Le jeudi 30 mai 2002

Le jeudi 30 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Adieu mai ! Odeurs d’eau dehors. Nuit pluvieuse. Un matin annonciateur de pluies nouvelles. Je reviens de mon barbier, Lessard et frère, d’une coupe « rase-crâne ». Tondeuse utie anti-sueurs. Puis suis allé voir ma vieille tondeuse chez le brocanteur pas loin, rue Valiquette. À son chevet, le nouveau « Michel », des lieux, y travaille et me conseille de la garder ma vieille picouille. Bon.
Aile en beauté. Si heureuse. Neuf corbeilles sont suspendues autour des galeries, en avant et en arrière. Ses choix merveilleux. En plus :pots de géraniums et, à ma demande, un plant de tomates. Elle y allait avec truelle, pelle, terre noire, dans le parking, joie et bonheur pour elle ce rituel de fin mai. Ah 1 la voir remontant l’escalier d’en arrière avec ses chères fleurs ! Oui, le bonheur du printemps enfin, enfin, revenu.
De mon bord : plantation d’un joli sapin entre le bouleau et le haut chèvrefeuille pour nous cacher du voisin. Plantation de deux bosquets de chèvrefeuile pour camoufler la souche immense de cet érable pourri (à Giguère !) qu’on a fait abattre le printemps dernier. Maintenant on voit mieux le lac à gauche. Nouveau paysage. Hier soir, je sors ma lunette sur la galerie, téléscope pas cher ( l’aubaine de mon beauf, Albert), hélas, rien qu’une étoile au nord et pas bien luisante. J’espérais tant. Une vision…moi en mini Reeves épaté ! J’arrive à rien. Attendre un ciel vraiment étoilé !
Querelle : sculpture-fontaine de Riopelle que certains veulent sortir d’ Hochelaga pour la réinstaller au centre-ville. J’ai signé la pétition de Keable mais…cette patente bronzée ( déjà un peu sénile le Jean-Paul usé ?) un peu lourde, confuse, noironne ne m’ecite pas. Ne l’ai vu qu’en photo. Je voudrais la voir « en personne ». Si elle est si laide… je fesserai dessus. Les grands noms ne m’impressionnent pas. Avec une réputation bien établie, des artistes arrivent à faire passer tout. Du moins bon. Ce snobisme intimidant n’a aucune prise sur moi.
2-
Un navet. Ennuyant comme tout ce film (de Ruiz) loué : « Comédie de l’innocence ». Aile attirée par une Isabelle Huppert. Un conte à dormir …assis dans le salon. Erreur. Aile embarrassé. Je lui dis : « c’est ça ma peur quand tu veux me laisser choisir. » Comme lorsque tu m’expédies à l’École Bouffe. Crainte justement de me tromper. Navet, navet !
Ce film (d’après un roman italien) : que de « beauty shots », ouash ! Esthétisme décadent. Pas de travailleurs encore une fois dans ce conte endormant se déroulant en un milieu de professionnels riches. Tout tourne autour d’un enfant-roi capricieux, désolé, en manque d’amour (?), vivant dans un appartement luxueux avec un papa absent et une maman pas trop maternelle et un oncle, étrange psy.
Il va se sauver. À sa manière. Il va suivre une dame dans un jardin public, l’adopter comme… nouvelle maman. C’est une folle. Elle a perdu un garçon du même âge par noyade accidentelle. Camille devient donc ce Paul, l’enfant mort. La démente s’empare du gamin…
Bon, une histoire bonne en soi mais ce Ruiz en a fait une longue machine sans structure, sans ossature, sans épine dorsale. Suites de photos plates ! Tout le monde ne peut être un Bunuel ! Le récit tourne en un néo-boulevard insipide. À qui se fier ? Ainsi, des noms « de béton » disent « oui » à des histoires sinistres ? Ou bien…manque de talent (des réalisateurs) malgré le bon synopsis. Comme avec ce « Comédie… »
J’ai songé à l’asile des fous visionnant cette ineptie. À ce mystérieux cousin de papa, l’oncle inconnu surnommé « Bombarde » car il jouait de la guimbarde. J’en ai parlé dans « Enfant de Villeray ». La folie me fascinait. Devenir fou ? Le pus grand des malheurs, me disais-je à douze ans. Pus, il y eut une cousine (même famille) « qu’on a faite renfermée » comme disaient le peuple de ce temps. Cette expression m’était effarement : se faire renfermé ! Elle fut utilisée dans ce film de Ruiz. Tout s’éveillait alors, souvenirs de l’asile des fous :ma peur de voir surgir Bombarde chez moi. Ou l’autre, sa sœur, la fille de tante Evilna. Ce poète fameux, Nelligan, pourissant dans sa cellule. J’imaginais une conspiration. Autour de moi on moquait tant les poètes.
3-
Pourquoi donc ? D’où viennent certaines pensées, souvenirs, etc. J’ai pensé à Guy Dufresne, auteur mort depuis longtemps. Il avait signé une dramatique-télé formidable : « Les traitants ». Jean Dumas, le réalisateur de ces « Traitants » en fit un spectacle inoubliable. Ah ! Dumas, retraité, a signé, comme moi, un texte en hommage à Léo Jacques, ex-maire de L’Assomption.
Ensuite, j’ai songé au réalisateur Gilles Senécal, mort il y a peu, qui avait réalisé superbement « Les filles du Roy » (du même Dufresne ?). Je questionnerai l’ami Pierre-Jean là-dessus, il a été le compagnon d’une fille de ce Dufresne. C’est fini ces grands moments de la S.R.C. Comme c’est fini « La soirée du hockey », disent les gazettes d’aujourd’hui. « Tout s’en va… » Léo Ferré ?
Soudain, Aile sort en trombe. Des cris d’oiseau piquent sa curiosité. Elle ira jusqu’au rivage pour tenter de trouver la source de cette complainte bizarre. Revenue : « J’ai vu deux rats musqués, un gros et son petit, ils nageaient rapidement pas loin du rivage. Ces cris d’un oiseau ? J’ai pas pu le voir. Sur la grève, j’entendais clairement ce piaillage. Mais rien à voir. Mystère ! C’était là, dans la haie, je cherchais des yeux… et pas d’oiseau ! Curieux non ? L’oiseau invisible existe, c’est ce criard ! »
L’amie Françoise Faucher au téléphone. Elle accepte volontiers de parler avec moi dans un studio-Scully à Ville La Salle (jeudi ou vendredi prochain). Sujet : « Lectures de son enfance ». « J’ai encore ces « premiers » livres, Claude ! » La recherchiste Gagnon en sera heureuse pour son « Biblotheca Jeunesse ».
Je loge un appel sur le répondeur de J.-C. Germain qui veut un bref « polar » (une page de revue). Je lui dis que ça va venir, que je tiens une piste. Date-limite : le 15 de ce mois. Je dois trouver un bon sujet. Son magazine est de gauche. Comment relier « limier, bandit police et gauche » ?
Aile : « Menteur, tu n’as rien et tu lui dis que tu as … » Je m’explique : » Folie ? Vanité conne ? Un auteur ne va pas avouer à un camarade qu’il n’a pas une idée. » Elle rigole. Répète : « Menteur, saudit menteur ! » Elle…des fois. Aile… parfois …
4-
Le président du conseil (sous le maire Tremblay) est mon ex-camarade des parcs de la Ville, Marcel Parent. Je viens de demander à Faucher (de L’Actualté) de me donner des nouvelles de lui, via une entrevue. On sait jamais. Ce bonhomme était un moniteur de récréation dans Maisonneuve où j’allais faire peinturlurer ses petits. Il devint cadre plus tard. Il aimait les enfants, les enfants l’aimaient. Il aimait le théâtre. Il fut enrôlé par Buisonneau pour « La tour Eiffel qui tue » Marcel jouait, poudré de blanc, un vendeur itinérant, il répétait, son kiosque-cabaret en bandoulière : « Limonade, orangeade » en fixant la salle comme un dément perdu. Je l’ai perdu de vie… Il se fit élire député. Il devint ‘coach’, chef du caucus sous Bourassa. Le voilà donc en Président du Conseil, « boudeur exaspéré », dans toutes les gazettes du jour.
Manifestation hier dans nos rues. Le monde de la couture industrielle proteste. Mes sœurs furent exploitées en midinettes mal payées. Maintenant, l’on craint et l’exploitation, au sud, des travailleurs… et….qui nuisent aux emplois du « monde de la guenille » à Montréal. Situation complexe. On trouve donc toujours « pire que soi ». Les industriels désormais (merci mondialisation !) voyagent et dénichent (« cheap labor ») plus misérables que nos misérables relatifs ! Comme on dit : je pensais pas voir ça de mon vivant !
5-
Un magazine (L’Express) consacre un tas de pages à : « Le Québec veut des Français ! » Suis curieux de lire cela. Ceux qui ont lu « Je vous dis merci » savent tout ce que je dois à nos Français de France. Ils émigrent peu. On peut comprendre cela. La France est un pays étonnant, si varié, si fécond dans maints domaines. Vouloir devenir apatride, quand on vit dans ce fantastique pays, nécessite de graves raisons. Une certaine xénophobie (chez les fragiles comme toujours), mélangée à un certain complexe d’infériorité (pour des raisons connues) font que l’émigré de France devra faire face à certains problèmes. Il n’en reste pas moins que (la France) c’est une source parfaite, idéale, pour la lutte contre la dénatalité et contre les tentatives séculaires des francophobes pour nous diluer.
Quelle francophobie ? Bon. Lisez « The Gazette » of Montrial. L’affaire du « kirpan à l’école » fait de nous des fascistes dangereux, des intolérants enragés, des brutes nazies. Lisez « The Gazette » et vous verrez si la francophobie existe encore dans nos murs. Des éditos (La Presse et Le Devoir) se scandalisent avec raison de ces condamnations folles !
À L’École Bouffe hier : « pain de viande ! » Ma surprise ! Le bon vieux temps du « meat loaf » de nos enfances pauvres de retour ? J’ai pris aussi du chocolat —« cher »— cadeau pour cette Aile qui fait de si beaux bouquets de fleurs ! Moi le « malade » me contente du chocolat à 80 % chez l’épicier. Pas bien sucré mais…
Nuits chaudes enfin, donc dormir fenêtres ouvertes et le store aussi. Brise parfaite. Je regarde la nuit et je vois les lumières des maisons (condos) sur l’autre rive. Conte de Noël. Cartes de souhaits de l’enfance. Sous-Krieghoff. Paysages bien-aimés de jadis. Ces maisonnettes illuminés sur la colline d’en face comme celles posées au pied de l’arbre de Noël. Elles sont là, lucioles vives, veilleuses charmantes dans les collines, si vraies dans ma nuit. Et je m’endors comme un enfant la veille d’un Noël.
6-
J’ai vite abandonné un roman nouveau de Marie Auger, un pseudo pour Mario « ché-pas-qui ». Page vingt, je décrétais » Non mais… Quelle détestable fable aux péripéties inexistantes. Page 40 : Piétinement, redondances, bégayeur, haïssables jeu de mots. « Le ventre en tête » est une lourde et pénible logorrhée. Une salade de calembours pesants. Page :60, indigeste intrigue. Nulle. C’est répétitif. Aucune progression dramatique.
N’est pas Soucy qui veut (fantastique « La petite fille aux allumettes »). Aile débute dans ce « Ventre… » et me dit qu’elle aime bien. Quoi ? Ma peur ? Que nous soyons trop différents. Fou non ? Elle a droit à ses goûts, à ses auteurs favoris, à ses opinions. Oui fou : je voudrais l’unanimité toujours, que nous formions un couple parfait —niaiserie— avec les mêmes valeurs, critères, et les mêmes plaisirs et déplaisirs. Je rêve moi !
Journal : « On va geler, à Ottawa, 50 millions d’argent (public, le nôtre). Enquête sur pub et propagande avec retour (backshish ?) aux caisses du parti libéral. Cryogénie passagère !
Voici enfin un nouveau lien avec mon éditeur basdufleuvien . Je dois ré-expédier —par « envoyer vers…— les mois du journal à un nouveau (nouvelle) adjoint (e). Gros tas de mots à réviser. Ai prévenu : laissez-moi mes néologismes, aussi mes erreurs (dates, noms etc.) car, à d’autres entrées, je corrige moi-même ! Eh ! Labeur dur !
Encore une bombe hier, À Tel-Aviv. Oh Dieu, Yaveh, Allah ! Bousillage de vies innocentes versus mission sacrée chez des enfants palestiniens fanatisés. Rien à faire. Mille chars de la Tsahal n’y pourront jamais rien. Hélas ! Le pacifistes des deux camps mis à mal ! L’horreur sans nom !
J’ai lu des novelles de Marquez hier,. Grand plaisir pour moi qui n’avait guère apprécié son célèbre « Cent ans de solitude ».
Gabriel-Garcia Marquez, avec ces nouvelles (« L’incroyable…) brosse des personnages, des lieux, des fables qui sortent d’un pays pauvre de la mer Caraïbe où la misère court les rues de villages désertiques perdus.
Un monde « ancien » ? Ses souvenirs « arrangés » de son jeune âge ? Je sais pas. Je ne sais trop. Un panorama insolite. Fillettes prostituées, généraux bouffons —j’avais beaucoup aimé son « Patriarche… »— sorciers, guérisseurs infâmes, homme-oiseau, ou ange tombé, maquerelle redoutable, milices effrayantes.
Et puis, sur toute cette plèbe, autour de ces gueuses et gueux, des descriptions étonnantes avec des phrases audacieuses, percutantes, d’une imagerie troublante. Fort écrivain. Et qui m’a donné l’envie —c’est cela aussi lire pour un auteur— de me garrocher illico dans cette sorte de récits fous où je pourrais sublimer, moi aussi, mes souvenirs en fable folles, délirantes.
Est-ce que je pourrais. Hum ! Silence là-dessus. Je dis « oui » mais…
7-
Je palpe un Trevor Ferguson qu’Aile m’a rapporté —bon chien, oh, si elle lisait cela !— de la biblio du coin. Je veux le connaître. Un anglo de Montréal, ex-chauffeur de taxi, j’aime les autodidactes. Doué dit-on partout, et qui a connu, enfin, un succès tardif. J’ai lu dix pages. Histoire au fin fond du grand nord. Je crois que ça me conviendra. Un jeune orphelin candide s’amène dans un camp de grossiers travailleurs du rail. Un job de « time keeper ». Un couque (cook) bizarre. Un chef de chantier curieux. Un chien-loup mauvais. Oui, je vais m’y plonger. On verra bien.
J’ai donc achevé le Hervé G. Son misérable « Mausolée.. » Une fin affreuse. Voyez comme on …dansait ! Difficile à supporter toute cette chasse à fellations…ces « traces de merde sur le drap »…(sic), la coprophagie implicite, la pédophilie tacite, la porno infantile admise (page 341), cette petite Louise qu’il doit garder (!), l’amant, T. qui le trompe, qui est l’époux de C., la mère de Louise, et ce mari bi-sexuel volage.
« Il me lèche l’anus », précise et insiste le Guibert et on voit les voyeurs compulsifs qui vont accourir. Misère humaine ! On a mal au cœur ? Oui. On continue dans cette merde (à la lettre), car, soudain, de brefs portraits —d’inconnus qui passent— brossés avec art. Soudain, en quatre lignes une vision bien définie : un talent évident. Ses parents —contentieux amer et flou sur eux— lui avouent « tout ramasser sur lui, pour revendre tout cela un de ces jour ! » Oh ! Soudain, l’Hervé —qui vomit, qui chie partout, à bout de souffle, qui supporte mal la médicamentation anti-sida— assiste à une messe en plein air ! Et il en est troublé. Soudain, il a un chapelet aux doigts … C’est Verlaine, sorti de prison, avec son chapelet, s’agenouillant devant son Rimbaud en route pour l’exil.
Du journal sans aucune entrée claire. Quinze années d’une vie de patachon obsédé de sexualité inverti, jeune bourgeois (venu de La Rochelle) parisianisé, englué dans son vice. Deux tantes riches qu’il visite, de vraies tantes, une à l’agonie. Séjour à Villa Médicis —pour ses dessins, ses photos ?— chicane chez Lindon-Minuit (trois ans), querelle chez Gallimard, (cinq ans). Guibert passant chez Pivot, Guibert heureux d’être reconnu dans la rue. À la fin, Guibert crevant, chauve, titubant vers sa mort. Lecture bien triste. Content d’en être sorti.
Dans « Voir », à des émissions culturelles (Fugère et Cie) « La presse » et où encore ?, pas u mot sur sa folie obsessionnelle, mais non. Voyons restons « littéraires » n’est-ce pas. Hypocrisie niaise. Guilaine Massoutre, par seul exemple, publiait (le 16 mars) : « Si les « Essais » de Montaigne étaient récrits aujourd’hui, ils diraient la sagesse antique et retrouvée d’un Guibert »
Incroyable mais vrai. Dans « Le Devoir » , plus tordue que Ma Sourde », tu meurs. !
8-
Je tiendrai journal en juin. Moins souvent, forcément, à moins que le temps… Météo, je te guette. Grand mystère : à deux reprises, —articles différents— je veux alerter le public sur ce projet fou d’églises vandalisées en Inde, par un M. Langevin, venu de Larouche et devenu un riche marchand d’art, galériste dans Manhattan. Un reportage du jeudi 9 mai signé Richard Hétu. Ce bizarre projet d’un site touristique à Larouche, village du Saguenay pourrait être dénoncé par l’Unesco. André Pratte (La Presse) que je secoue : « Pas de place. Plus tard !» Et je lis des lettres futiles depuis. Chaque jour.
Oui, mystère épais ! Qui cache quoi au juste ? Alors j’avertis le ministère du Tourisme à Québec, avant hier, et pas d’écho encore ! Non mais…que cache cette affaire ? Je fouillerai encore. On verra bien.
Bête intelligente le racoon ? Ah, ce chat sauvage du yable ! Il a fait tomber l’œillet de mon crochet à notre boite à vidanges. J’en ai reposé un plus gros. Aile n’en revient pas. Comme elle n’en revient pas de ce pape si mal en point qui continue de voyager. Elle dit : « Il est comme certains acteurs, il souhaite mourir en scène, au travail, c’est beau ! » L’Hervé du « Mausolée… » : « Un écrivain dot mourir en train d’écrire ». Ouengne ! Romantisme qui m’énerve.
9-
Il y a 13,000 postes de loto dans nos murs ! Ce serait unique en Amérique du nord ! Une société distincte hein ! Je dis :on est les meilleurs ! Sérieusement ? Nous sommes le pire trou au monde!
J’écoute le bonhomme Royer aux nouvelles, un des grands manitous (venu du bureau de l’ex-chef Pariseau) de la patente à sucer le fric des fragiles. Il semble content : 13 mille tentations sur le territoire ! Eille chose ! Et, hypocrite comme sept yables, il parlera aussi du bureau de surveillance pour les compulsifs ! Non mais…
À PBS, avant-hier, une version d’ « Anna Karénine ». La « Madame Bovary » russe ! Aile qui aima tant leur moderne « Othello » avec un vrai Noir, pas un maquillé d’opéra, écoute avec attention. À la fin, elle va louer encore le bon travail de réalisation. Je regardais d’un seul œil. Soudain, je zieute un sosie d’André « grand-père » Cailloux et, soudain, me voilà encore rêvant.
Faire un film. De la vidéo, c’est moins cher. Engager Cailloux. Me souvenir de sa bouille rare, de son timbre de voix si spécial. Je rêvasse :enrôler un tas de ces « vieux » comédiens (hommes et femmes). Composer des histoires où il faudrait des gens âgés. Je dis à Aile : « Tu reprendrais le métier, oui ? » « Non », fait-elle. J’ai donné. C’est bien fini ». Bon, je ferai son job. On voit tant d’amateurs complets dans ce métier.
Je voudrais tant revoir des figures fameuses d’il n’y a pas si longtemps, merde ! Comme on a jeté vite les vieux artistes par ici.
J’entendais les noms des premiers invités d’une série d’ ici, pour ARTV, qui va imiter (bravo !) et Lipton et Rap : encore que des jeunes gens. J’admire, moi aussi, Luc Picard ou Marina Orsini mais il y a les aînés, non ? Gilles Pelletier, par exemple, n’est pas nommé. Je n’aime pas du tout cette ingratitude des producteurs d’ici. Chez Lipton aussi, on voit des artistes pas bien vieux mais on invite parfois des figures fameuses qui ont donné de grands moments —d’impérieuses lettres de noblesse, d’honneur— à l’art dramatique des USA.
10-
Avec Denise Bombardier, mercredi qui vient, pour une « Conversation ». Où ça ? Aux ex-shops Angus au bout de la rue Rachel, dans l’est. Des studios naissent donc partout ? La recherchiste au téléphone : « Apportez donc des photos de vous, enfant ! » Non mais…Se moque-t-elle de moi ? Je dis : « Ne m’embarquez pas là-dedans, vous me connaissez là-dessus, la nostalgia ! » Elle est sérieuse et y tient.
Jeudi et vendredi, studio de nouveau, pour ces « Bibliotheca Jeunesse ». Faire jaser Bilodeau et F. Faucher sur leurs lectures premières. Je jongle : est-ce qu’un jour, cela ne pourra plus se faire ? Dans 50 ans, ce sera : « Parlez-nous de vos premières images de ciné ? De télé ? » J’imagine un (e) gaillard (e) s’amenant en studio, non plus s avec un vieux roman de Jules Verne mais avec des bobines. Des cassettes de chefs d’œuvre divers, signés de grands « imagiers » aux noms connus, prestigieux. Pourquoi pas ?
Et cela ne me fait pas mal. Je me dis : mais oui, le monde change, Ils auront, à la maison, une filmothèque, une vaste vidéothèque et plus de bibliothèque. Eh ! Le mot sera biffé des dictionnaires. Quoi ? Chaque année grossit des stocks effarants d’excellents ouvrages visuels, pas vrai ? Alors….
Grande hâte de revoir mes pivoines au pied de la galerie, sous les lilas. Belles grasses fleurs. Roses et blanches. Parfum fort, consistant. Fleurs volées ! J’avoue. La maison voisine, celle de la vieille demoiselle Françoise Saint-Jean, resta longtemps en vente. Les pivoines poussaient… pour personne chaque année. Un jour, nuitamment, la pelle… et hop, déménagement chez nous d’une bonne part de ces pivoines-pour-personne. Un peu de honte, rien de plus. Peur d’être vu surtout. Aile bien humiliée d’abord. Bof !
Les acheteurs, nouveaux venus, refirent complètement l’aménagement paysagiste du terrain et ainsi ne furent privés de rien. J’ai raconté ailleurs (in « Pour tout vous dire » ou « Pour ne rien vous cacher ») mes déboires avec ma chère vieille fille Saint-Jean. Je me retiens d’y revenir. Ce fut « le chat (moi en matou) et la souris (Françoise énervée du raminagrobis effronté).
Qu’entends-je à la radio ? Le Bouchard « ethnologiste » à Brazzo qui raconte : Dans les vieux pays, tous ces Européens fuyaient pour plus de liberté, venaient en ce continent nouveau dans l’eldorado du tout est permis ? » Vrai et faux ? Je vos plutôt deux types : l’un, minoritaire, est une sorte de saint, de mystique et il fait partie d’une élite, d’une caste de nantis à la moralité noble, il est accompagné d’un autre minoritaire, le marchand audacieux qui rêve de marchés nouveaux.
L’autre type, c’est le monde ordinaire, majoritaire. Tel mon ancêtre en 1700, vos ancêtres. Comme Aubin Jasmin (du Poitou), ce sont des très jeunes gens pauvres. Ils s’engagent comme soldats. Régiment de Repentigny (Aubin) , de Callière, etc. Ils n’ont plus rien à perdre. Tout à gagner. De la terre. À perte de vue une fois l’engagement terminé. À Poitiers Aubin n’ a rien. N’est rien. Ici, il aura, au village Saint- Laurent, des milliers d’arpents ! Cela va de la rivière des Prairies jusqu’au Dorval actuel. Une hache, un cheval, un vache… plus tard, cabane dresse, une « file du Roy », pis vas-y, défriche jeune homme !
Foin de ces « rêveurs de liberté » bonhomme Bouchard !
11-
L‘animateur Daniel Pinard, volontairement abandonneur d’émissions-cuisine et qui rêvait publiquement de son « Sel de la semaine » télévisé bien à lui, doit être très triste. Bien déçu. C’est René Homier-Roy qui a été élu pour animer ces entretiens d’une heure à ARTV. Pinard a fait des remous gigantesques « en sortant du placard » comme on dit. Des producteurs sec sont-ils dit :non, pas un homosexuel strident, évident ! J’espère que non.
Quelle connerie de percevoir un homosexuel comme, uniquement, un être d’une certaine sexualité. Aberrante attitude.
Pinard —que j’ai un peu fréquenté— est « aussi » un homme cultivé, érudit sur bien des sujets, passionné par tous les aspects humains de la vie et des êtres, il est bien articulé quand il questionne, il est capable de structurer solidement une interview, capable de jacasser avec beaucoup d’esprit (radio, télé, aussi journaux). Il a de l’humour à revendre. Bef, j’espère qu’il aura une autre occasion de faire valoir ses talents multiples.
12-
Le grand homme des anglos, PET, disait de nous : « un peuple de maîtres-chanteurs ». Bang ! Mais qui offre sans cesse ce chantage ? Ottawa. Preuve en est faite ces temps-ci. On demandait pas tous ces millions en publicité, en propagande, via les compagnies comme Group’Action et alliés. Non ! Énervé par le 60 % de francos souhaitant l’indépendance, les fédérats gaspillent tout cet argent public (celui de tous les Canadiens) pour nous faire la cour. Avec ristourne aux caisses du parti.
Un prof des HEC vient de fournir les preuves que c’est au Québec que l’on crache le plus du trésor commun public. C’est grotesque. Injuste pour les payeurs de taxes et d’impôts du Canada… qui devrait s’en révolter. Le maïtre-chateur nb’est pa celui qu’on pense ! Une réalité.
Mais, ce matin, un éditorialiste de La Presse compare volontiers les fanatiques francophobes (type Brent Tyler) aux gens de la SSJB ! Diffamation dégueulasse au moment où cette vieille société nationale change, évolue, mue et, depuis des décennies, fait tout (avec beaucoup trop de zèle parfois !) pour inclure, pour attirer, pour intégrer tous les émigrants québécois.
13-
sa only ! USA always ! Ce matin, « La presse », un certain F. Perron couvre l’activité d’un certain H. Knowles, fleuron amerloque ! Encore un. Un autre. Un de plus. Ça ne cesse pas. Partout. Maudite marde si, ensemble —chroniqueurs, reporters, etc. — on décidait de cesser de jouer la courroie de tansmission docile des Américains, pour arts, culture, spectacles, etc. Quoi ? On veut fermer nos frointi;res ? Mais non. Les ouvrir justement et vraiment. Pouvoir lire davantage sur Espagne, France, Belgique, Italie, Suisse, Scandinavie, etc. Faire l’essai. Juste un an pour voir. Des novelles sur le monde. Sur les pays de l’univers. Assez de « USA only », non ? Paresse maudite ! La culture pop américaine n’a pas besoin de nous. Serait-ce injuste de ne pas mousser leurs bébelles Kulturelles ? Pas du tout. Ils sont assez nombreux (275 millions) pour s’épanouir sans l’aide du con zélé, stipendié, du petit « plus grand journal français d’Amérique ».
14-
Comme c’est fréquent ici, vers 18 h ou 19 h, le soleil se montre en force. Luisant, brillant. Surprenant. Chaque fois, c’est la galerie inondée. « Va-y-t-on manger dehors ? » Aile : « Euh …Pourquoi pas ? » Et manger quoi ? C’est Aile qui est allé à l’École Bouffe tantôt. Réponse : « Aile de requin ! » Hen quoi ? Incroyable. Elle s’est apprêtée à quelle sauce mon Aile ? J’exagère, Aile oui, mais requin, non. Ça, jamais ! Plutôt un médusante méduse. Je m’approche donc de ce « jaw » cuisiné, en confiance.
Demain, dernier jour de mai. Je chante : « Le temps, le temps et rien d’autre… » Je ne le vois pas passer. Hier, dans la file de l’École bouffe, j’ai repris (une troisième tentative) la lecture de « Brève histoire du temps », de Hawkins. Je veux comprendre notre univers. Début avec Aristote, Ptolémée, plus tard, Galilée, puis Copernic et Newton . Ça va jusque là… mais j’ai peur de la suite.

Le lundi 27 mai 2002

Le lundi 27 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Ciel lumineux ce matin mais sans lui, L’Oestre (Verlaine à propos de Rimbe). Notre Jean-Guy en gratteux véhément pour le plancher à reteindre côté des cèdres ( longs arbres que le déneigeur promettait d’émonder…mais… ). Gros tracas hein ? Ouen. Oui, se défaire de tout et partir avec deux malles… D.Marleau finfinaude avec moi. Courriel sibyllin. Un zigue curieux.
Il a du jus. Mon Cornellier, lui, refuse (un peu ! il y réfléchit ? ) de suivre mon conseil : faire de sa chronique au Dev (des essais), des billets d’humeur, une sorte de feuilleton personnalisé. Pour cela il faut se sentir « écrivain ». Se sent-il tel ? Tout est là.
Rêve encore cette nuit. J’avais lu un curieux billet libre (La Presse) du fils de Jean Lapointe qui racontait une amie mal prise, dans un « rave » avec lui (à son âge ?), qui tombe dans les mals… Grave crise. Vite, ambulance, hôpital, bons soins mais il a éprouvé une peur terrible. Bon. M’est-il resté dans le cortex ou le cerveau…reptilien, des traces ?
Ce songe donc. Je suis demandé, coup de fil, chez Jean Lapointe. J’y vais. Banlieue froide, anonyme. Vaste logis. Jean est très mal en point. Vieilli davantage. Un sénateur gaga. Il me dit (insiste) d’enlever mes bottines (noires, cirées !) et les jette sur un tas de souliers dans une pièce désorganisée. Un désordre règne dans sa maison. On cause. Jean se plaint, se dit « fini ». Je tente de le requinquer. Vainement. Il s’en ira ? Me laisse en plan.
Je veux m’en aller aussi. Je cherche mes bottines. Ne les trouve pas. Je fouille dans ce tas énorme de chaussures. Pas là ! Des gens passent. Des jeunes gens. Une femme (inconnue de moi) épouse, gardienne ?, je ne sais…rôde. Va et vient dans la cuisine. Frigo qui s’ouvre sans cesse. Des bières partout. Je vais fouiller dans des placards. Toujours d’énormes paquets de chaussures ! Sandales, cuissardes, runninge-shoes, bottes, savates, à lames, sortes de patins, semelles à crampons, lisses, épaisses, minces, un vrai magasin de souliers divers, je n’en reviens pas. Je songe à prendre une paire de n’importe quoi et fuir. Mais…Incapable d’avoir deux souliers semblables ? Me voilà en sueurs !Bizarre ! Je me réveillerai découragé, perdu.
Qu’est-ce que c’est que ce rêve rempli d’escarpins ? Freud, au secours ! Insensé de m’être vu à genoux, énervé. Pourquoi cet empêchement à pouvor me chausser ? Quelle est la clé de cela ?
2-
Oh ! le film étonnant, loué avant-hier : « Wit ». Qui veut dire « dépérir ». Avec la fameuse Emma Thompson. C’est l’ami Faucher qui nous le recommandait. Avec raison.
Une très sévère « vieille fille », prof de littérature ancienne, —le poète ésotérique John Dunn est son idole— entre de toute urgence à l’hôpital. Un grave cancer des ovaires. Un ex-élève sera son soigneur. Il lui fouille le organes, ganté. Humiliation. Tout le film « Wit » nous fera assister à son calvaire. Intelligente, lucide, elle observe tout, note tout. Monologue fascinant. Imsghes redoutables. La Thompson y est hallucinante de justesse. C’est le terrifiant défilé des froids spécialistes, l’horreur d’une cure expérimentale (chimio), enfin, le délabrement physique.
« Wit », pas un film triste. C’est autre chose. Cette érudite, si austère, si rigoureuse, si intransigeante jadis, fait face à la mort plus que probable. Des retours en arrière, minimalistes, illustrent (à peine) son passé. Un courage inouï. « Wit », Une solitude totale. Quelques scènes inoubliables. « Wit », du cinéma important signé Mike Nichols. Un récit renversant tiré d’une pièce de Margaret Edson.
3-
Samedi dernier, Foglia , comme en passant, fesse Saint-Sauveur.
Il attaquait la Sheila en « ministre de la Propagande ». Alors ce laid lieu ? C’est fréquent en un certain milieu : comme c’est laid, Saint-Sauveur. Mont-Tremblant. Jadis : Pointe-Calumet. Ou Old Orchard, Maine. Des lieux fréquentés souvent par le populo. Est-ce laid, est-ce joli ? Quoi dire? C’est vivant, plein de monde, plein de touristes, Saint-Sauveur. Joyeux. Dynamique. On y va parfos Aile et moi et on ne juge pas le site. Commerces, restaus, une belle vieille église au milieu de la foire. Rappel du passé villageois modeste en un cirque populaire ?
Parc d’attraction quoi ? On voudrait pas un Sainte-Adèle dans ce genre. Oh non ! Mais y aller pour un bain de foule…sentimentale ? Au fond des choses, cette détestation bien bourgeoise relèverait-t-elle d’une misanthropie sourde ! Ah ! Redire que, jeune, Pointe-Calumet, ultra fréquenté, était une sorte de Parc Belmont et que cela a forgé mon caractère, disons, ludique. J’aimais marcher la rue « marchande » Saint-Hubert, ou le Marché Jean-Talon. La vie vive quoi ! J’aimais déjà les gens, la foule. Cela me stimulait. Des sauvageons restaient loin des cirques. À lire John Dunn ?
4-
Des tueurs protégés les médecins ? Oui, assez souvent. « Deux mille assassinats (2,000) chaque année au Québec », annonce un article de gazette. Il y a, dans cette profession, un mot caché, un euphémisme hypocrite, pour le « rapport » du bon docteur erratique. Erreurs médicales fatales. Léthales. J’ai oublié ce mot. Mais il s’agit, le mot chien ne mord pas, d’ « homicides involontaires ». Ce que dirait le code criminel. Il n’y a ni procès, ni sentence.
Duhaime, ex-politicien, rétorque : « Pas en deux mois mais en sept mois, mes grosses gages ! » C’est noté maître ! Donc environ 25,000 tomates par mois ! Donc environ 7,000 tomates par cinq jours ouvrables en consultant-lobbyiste. Maudit pauvre va ! Plein de travailleurs qui gagnent quoi, eux ? Trois centaines de dollars par semaine. La vie, la vie.
Visite de « l’étalagisye obsédé de chairs mises à nu » dans nos murs, sous le bon patronage complaisant du « Musée d’art contemporain » de l’ »abbé de cour », le révérend père Brisebois. Spencer Tunik, stoppé à New-York, vante notre…tolérance aux exhibitionnistes. Ceux-ci s’imaginent immortalisés dans les photos exposées. Prenez une loupe et cherchez-vous dans la multitude à poil, de bande de caves ! La nudité est importante dans l’histoire de l’art (ancienne surtout) mais voir un auguste nu lumineux d’Auguste Renoir ou voir un amas de viande humaine effondré sur le macadam, c’est deux choses.
5-
Brent TyLer, le féroce francophobe organisé (bonjour : All-liance Kouaybec) soupire après le bon temps —il parle de « liberté » pour nous, les francos, il nous aime tant— le merveilleux temps donc, quand 80% des enfants d’émigrants d’ici étaient mis aux écoles primaires anglaises. C’était un clair signal de racisme. D’un racisme particulier certainement. La loi 101 a changé ce… « contempt », cette intolérance viscérale à la langue de 84 % des citoyens d’ici. Pourtant, certains —suivez mon regard— travaillent encore à ramer contre le courant rétabli, normal partout ailleurs, dans tous les pays du monde.
Avons-nous un pays au fait ?
Avant le célèbre 11 septembre 2001, un mémo part, venant d’une antenne du FBI, au Texas : « Enquêter tous ces étudiants-en-pilotage araboïdes qui suivent des cours ( intensifs ?) de pilotage ces temps-ci. » À Washington, bof !, on fourre la note de service dans un dossier flou, à classer loin des regards. Le 11 ? Bang ! Va y avoir de la démotion dans la hiérarchie effbiaillienne ! Bientôt, soyez-en sûr !
Tanné d’être ce veuf accoté ? Mon mariage planifié depuis des années ? Je veux un gros party. 50 invités, au moins. La schmala bouchérienne et jasminienne au grand complet. Elle veut quoi ? Deux témoins. Négociations qui traînent. Je descend à 36, puis 25, puis à 15. Niet ! Je lui met sois les yeux le journal du jour : « Claudia Shiffer, cinq cents invités (500 !) ». Elle rit et me donne une grosse bise. Ouengne !
Dans la file de l’École des marmitons, surgissent des parents shmaliens : Carole (du Sommet bleu) et son frère Murray La Pan (de Saint-Sauveur). Je range mon texte d’Arthur Buies. Causerie puis portes ouvertes : choix immense cette fois. Bagarre polie comme toujours. Ça revole, les paniers se remplissent. Poulet, porc, agneau, poisson, pain bio, amuse-bouches cocasses, chocolats. Je finance Carole, avec intérêt de « 2% la minute ». On rigole.
Drôle, je songe encore au si bon film de Ray Lawrence « Lantana ». Dedans, cet acteur si fameux dans « The shine » (Geoffrey Rush) en pianiste schizo, balbutiant, bégayant et sauvé par une femme. Il joue dans « Lantana » un savant prof inguérissable de la mort tragique de son enfant et marié à une thérapeute pas moins poquée que lui qui déclenchera toute l’action de ce film étonnant. Un bon récit filmique fait cela :il vous hante.
C’est Tim « Robbins » (et non Collins comme j’avais noté) qui a donné une si formidable interview avec Lipton de la très brillante série « Inside Actors’s studio », la dernière fois au canal Artv. Les allures d’un brave agent immobilier ou d’assurances, ce bonhomme (aussi réalisateur à l’occasion. « Les évadés », un film à louer si pas vu encore ) a montré une intelligence —de ses deux métiers— hors du commun. J’y repense aussi à cet acteur dépareillé. Il dit soudain : « Prendre le métro—tant de silhouettes étonnantes, tant de caractères humains à étudier— est une source fameuse d’inspiration ! » Si vrai. Je m’ennuie parfois de ces bains de foule. Ce métro pris de1967 à 1971.
6-
Ma passion de lire. Pourquoi ? Pour ceci, par exemple, dans « Voyez comme on danse » de Jean D’Ormesson :
« La mort l’avait rattrapé. La mort rattrape toujours la vie. Elle règne parce que la vie règne. La seule question sérieuse est de savoir si cette mort, qui est le dernier mot de la vie, est le dernier mot de tout. » Et :
« Dans un monde où tout change, où tout passe son temps à bouger, le temps est la seule chose à ne jamais bouger, à ne jamais changer. Il bouge mais il ne bouge pas. Il change mais il ne change pas. (…) Le temps règne, immuable. Immuable et torrentueux, immuable et tout-puissant. » Il y a le temps d’abord, et tout le reste après, et dedans. ». Et :
« Il ne traitait pas Dieu comme ces imprécateurs dont la passion farouche peut toujours apparaître comme un amour inversé. » Et :
« Il me disait qu’il n’avait plus besoin de rien ni de personne (…)que Bach suffisait à remplacer tout ce qu’il avait tant aimé dans cette vie. Je lui glissai le mot de Cioran : « Dieu doit beaucoup à Bach ». Et :
« Nous savons bien que tout appartenait à un théâtre fragile dont nous étions les acteurs pour une série limitée de représentations. (…) Qu’est-ce que c’était que ce monde où rien ne nous est jamais donné que pour nous être retiré ? » Et :

« Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps. Nous sommes les prisonniers de l’histoire. (Les vieux ) nous avions été jetés dans une période les plus sombres de l’histoire. Elle s’ouvre avec une guerre (1914), elle se clôt avec la chute du mur de Berlin (et de l’Urss)(1990). Elle aura duré trois quarts de siècle. De violence, de haine, de mensonges, de crimes. (…) ceux qui auraient dû s’attacher à la justice et à la vérité se sont laissés aveugler par les idéologies meurtrières et rivales. Imposture intellectuelle. »
Oui, c’est cela la joie de lire.
7-
En gazette du jour, un petit malin. Pas le premier. Peintre inconnu, il donne des tableaux. Pour une œuvre caritative ? NOn, pas tout à fait. Belle générosité ? Dons du barbouilleur méconnu —seulement— aux « grands » de ce monde. Malin rare. Astuce et calculs ? Par exemple, une peinture au pape polonais à Toronto bientôt. L’artiste dit qu’il va la montrer à Jean Chréchien avant (fameux critique d’art comme chacun sait). Ce certain Y.-J. Nolet a donné aussi…à Bill Clinton. B’in quin ! Sa toile au pape s’intitule « Kanada 2002 » et montre un chef amérindien. Quoi ? Pape pas pape, pour les Européens, le pays c’est « les sauvages à plumes », non ? Et les cabanes à sucre, non ? Nolet : « C’est au plus grand des chefs que je vais la remettre ». Plus téteux, tu meurs.
Samedi, l’experte conteuse pour enfants, la romancière douée Dominique Demers, en « Forum » de La Presse, écrit longuement pour dire simplement ceci : il faut des animateurs, prof, bibliothécaires allumés pour exciter l’enfant à la lecture. Il faut aussi des livres excitants. Bref …elle est pour « le fort talent » comme on est tous…pour la vertu et contre le vice.
Maine. L’assaillant, Michel Doucette (nom prédestiné), curé de St-André, Bidderford, sud du Maine, —du côté de Old Orchard et d’Ogunquit— peut parler à ses ouailles. En chaire. Pour confesser ses péchés de sodomite en soutane. Silence totale dans la nef, on l’imagine bien. La victime, lui, David Gagnon, rien. Pas de sermon public ! Une affaire de C.-F., des expatriés d’il y a longtemps.
Les paroissiens : « Faut pardonner. Il fait de si bons sermons. On manque de prêtres (situation alarmante là-bas). Gagnon a déjà « gagné » 63,000 $ pour son silence. À 15 ans, il était assez grand pour refuser. Qui n’a jamais péché…Etc. »
Heureusement, existe le BTS —Breaking the silence— et, surtout le SNAP —nom de produit connu jadis pour déboucher les tuyaux bloqués ! Affaires d’égouts et ça sent mauvais. Il y a, ici, le MAJ (Mouvement action justice). On veut que tous ces pédés défroquent et vite. L’abbé Doucette est réfugié à Ottawa. Pourquoi là ? Un temps, on y trouvait de fameux réseaux de pédophiles actifs, vous souvenez-vous ? Une bin grosse talle.
À suivre ? Mon petit doigt me dit que Québec —après le Maine— va faire fleurir de ces tristes fleurs sur un fumier abondant. Qui ne sait pas quelques sombres histoires d’abus par frères et curés dans nos « petits séminaires » pensionnats, dans les écoles et collèges catholiques. Qui ? Vous verrez si tous nos abusés se décident à briser les silences complices.
Hen quoi ? Encore ? Oui. Lisez bien cela : un jour, un curé, bonne mine —photo dans la gazette— tête de l’abbé Pierre, reçoit à sa table un qui veut le sacerdoce. Repas arrosé. Soudain, raconte à la télé (« Good morning america » sur ABC) Paul Marcoux, 33 ans, ce curé Weakland, 55 ans, —il a 75 ans maintenant et est devenu archevèque de Milwaukee— ouvre soutane et pantalon, baisse la culotte du jeune Marcoux et lui …pogne le paquet ! Agression sexuelle. Une autre.
« J’étais pompette », dit Marcoux. Ah le vin de messe ?
Le New-York Times en fait sa « une ». Bon, okay, silence, on va payer. Presque un demi-million, versé à qui ? À notre francophobe Brent Tyler (de l’Alliance), avocat de Marcoux que ce dernier a connu à Montréal en 1993, publiant des vidéos religieux.
Ce « monseigneur », pauvre pécheur, était un libéral, voulait le mariage des prêtres, l’ordination des femmes. Le reporter Richard Hétu nos informe qu’on a obtenu une lettre du monseigneur : « J’ai le sentiment d’être le plus grand hypocrite du monde. Je reviens à l’importance du célibat dans ma vie (hum…) cet engagement donne la liberté ».
Le jour même du show-télé, Weakland démissionnait de son poste et le Vatican acceptait vite sa fuite. Ce qui me chicotte : l’attente. 20 ans à se taire. Il n’ avait pas 15 ans mais 33 !
Et tout cet argent versé. Triste situation car les cathos de Milwaukee sont atterrés.
8-
Le ménage continue. Rideaux au lavage, Tentures démontées, examinées. J’aide de temps à autre. Je la sens heureuse, légère. Elle chantonne les Michel Rivard qui sortent de mon bureau, satisfaite : « Méfiez-vous du méchant loup, il rôde tout partout, dans les sous-sols de nos banlieues… »
C’est dans les chromosomes des femmes ? Macho va ! Aile parade devant l’homme. Elle est en train de nettoyer le placard de l’homme. « Ce vieux veston ? Je jette ? Hein ? Ces trois chandails usés, ce gilet fané… » Je dis « Oui, okay ». La paix de ménages. Aile adore jeter ce qui traîne. Les contraires s’attirent. Mais il y a des limites : « Ouow! Minute ! ce tas de gaminets ? Non, bons pour mes petits fils…Elle : « T’es fou, tu connais pas les jeunes, c’est des cochonneries… » Je me tais.
Un jour, il y a longtemps, du temps du vivant de l’épouse, un veston de velours épais disparut, aussi, une chemise de soie, si légère… mon premier linge de jeune homme. Je l’aimais. Comme un costume symbolique. Je cherche partout. Aveu : « ça faisait quinze ans que tu traînais ça… » Oh mon chagrin ! Je m’attache à tout. À trop ? Trop à Aile ? Sans doute. Un bon matin, je jette Aile ! Je dois faire un homme de moi, non ?

Le dimanche 26 mai 2002

Le dimanche 26 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Lévitant de mon lit — toujours un peu tard, paresse grandissante avec le temps— store levé, regard sur le lac : un bien sombre dimanche s’annonce. Au coin des « Variétés », rue Morin, journal sous le bras et achat (honteux) de cigarettes (trop chaque jour encore !), une vision dantesque : tout le ciel avec des noirs d’apocalypse au nord-ouest, au-dessus des collines. C’est impressionnant mais…
Gazette lue avec Aile —commentaires sans cesse ente nous comme à l’accoutumée—, cafés bus, c’est la montée du forçat bienheureux vers… le journal. Avec paquet de coupures de quotidiens lus aux doigts —cela qui s’accumulent sans cesse. Fin bientöt ? Ne sais plus. Mai ou juin. Victor-l’éditeur-pistolien dirait quoi ? Finir avec juin ? Sais pas. six ou sept mois du journal cet automne ? Lui ai proposé titre nouveau (« À cœur de jour » à abandonner ?) : « Aile, oui elle et tous les autres. »
Coup de fil hier de Beaulieu : « Mossieu Jasssmin ! Ai reçu ton stock pour mars mais pas clair, plein de guillemets, parenthèses etc. Faudrait faire quoi? » Ah ! Je tente alors de renvoyer le texte par le mode « envoyer vers… » Comme je fais avec Marco pour le journal sur le site. Cause du brouillage ? Il est avec IBM moi avec Imac. Deux nonos en ordis, lui et moi ?
Message de Miss Dufour pour la télé de « Bibliotheca junior », à animer betôt. Elle souhaite recevoir nos vieux livre lus dans l’enfance ! Oh ! Je lui renvoie le singe. Qu’elle me déniche un Jules Verne, un Félix Leclerc (« Pieds nus… »), des comics-books à dix cents ! Elle me dit que le chauffeur du producteur R.-G. Scully ira nous chercher, Daniel et Thomas Jasmin, moi. Luxe !
Bon : mon imprimante kaput ! Misère !
Ce film loué et tant aimé : « Lantana ». Dire le grand moment filmique quand le héros, « une grosse police »,fond soudainement en larmes, seul, dans son auto de patrouille, vers la fin. Cette petite fresque, sauce bien-aimée « altmanienne », sur trois couples « ordinaires » dans le nord d’une petite ville étatsunienne. Six vies, six existences s’entremêlant en un carrousel étonnant. Prosaïsme et malheurs inattendus. Le bon film !
2-
Samedi, hier, soleil, Jean-Guy qui peint la galerie, l’escalier, habile, lui, « qui gratte la vieille peinture, lui, qui se beurre pas », dirait mon Aile. Très satisfaite de cette rénovation qui s’imposait. Je pose un crochet au couvercle du coffre de bois à vidanges au bord du chemin. Fini de s’y introduire monsieur le racoon ! Je l’ai vu, ce matin, se dandinant, filant vers chez mon voisin Jodoin, l’hypocrite déchireur de sacs verts ! Il a frappé un nœud avec mon crochet !
Avant d’aller m’étendre avec Aile au rivage avec livres et magazines, suis allé, hier midi, au courrier de l’ordi. Ah, me voilà bien piégé comme tant d’internautes ! C’est si bon, réconfortant. Des gentillesses de correspondants. Aussi, hélas, des appels à bosser : la Francine du Villeray renaissant, le gros Germain qui attend mon bref polar promis pour sa revue « L’ » et puis quoi encore ? Je riais des « accrochés » en ordi il y a pas si longtemps. « Tu quoque filii ? » disait César à son assassin, Brutus.
Hier soir, comme dans le beau film vu au cinéma Pine (« Peuple migrateur »), trois canards glissent sur l’eau et puis nagent. Vite, mes jumelles. La beauté au pied du terrain !
En soirée, télé pour « Thema » à Artv, un bien long portrait d’Isabelle Huppert. Déception. Douze mois de tournage pour bien peu. Un film de Serge Toubina sans grand intérêt. Préfére regarde un Bernard Rapp ou un Lipton questionnant ces vedettes. On a pu voir l’Isabelle petite fille. Vieux films, 8mm, de famille. Mieux qu’un album de photos fxes ? La chanceuse ! La petite bourgeoise chanceuse. Envie ! J’aimerais tant me revoir « en action » enfant. L’autre nuit, entre deux phases de sommeil, j’ai tenté —très fort— de m’imaginer, en 1934, pédalant dans ma mini-chevrolet, à trois ans ! J’ai fini par y arriver ! J’étais dans la cour, je pédalais. Étrange sensation, je vous jure. J’y étais. J’avais trois ans !
Dans le reportage de Toubina, je vois un écriteau : « Sans issue ». Ah ! Il y a aussi « impasse » et « cul de sac ». Ce « Sans issue » me semble…dramatique.
J’achèverai bientôt le « Mausolée… » guibertien. L’obsession des jeunes garçons ne le lâche pas. Une obsession, vraiment. Je connais beaucoup d’homophiles qui se conduisent bien. Qui ne sont pas, pas du tout, des « guetteurs » compulsifs d’adolescents comme ce Guibert. Qui ne sont ni voyeurs vicieux, ni onanistes névrosés. Qui fuient la porno infantile—dont se régale le Hervé— et autres misères sexuelles. Qui vivent en couples, loin de saunas à fantasmes grossiers (ô Mausolée…), qui mènent une vie heureuse, calme.
Hitler, Mussolini —tels des sorciers moyenâgeux— mettaient à mort les « étoilés roses ». Longtemps, l’on disait : une maladie mentale. Les riches parents d’enfants homosexuels, engageaient des thérapeutes —qui s’y prêtaient ces vilains ignares— pour qu’ils soignent cette « honteuse maladie » chez le chéri héritier dévoyé. Dans mes alentours, j’entends encore des : « cela se soigne ! » On refuse de croire que « cela » n’est pas un choix. J’ai eu des confidences de camarades homos : « enfant, déjà, il savait, il constatait, qu’il l’était. »
Dans « L’Actualité » reçu avant-hier : tiens, articulet sur l’homosexualité. Innée ou acquise? Finira-ton d’accabler, de culpabiliser les femmes, ces « mômans » couveuses, ces mères « trop possessives » et autres fadaises ? Trois phases à ce jour. 1- Docteur Dean Hamer (1993) : Gènes transmis par la mère. Ah ? Région du chromosome Xq28. Hamer a étudié 40 paires de frères homos. 2- Dr George Rice (1999) :Pas en assez grand nombre ces Xq28 ! Peut pas conclure à une hérédité, à de l’inné donc. Rice a étudié 52 paires de frères homos. Pas certain donc d’une origine commune. 3- Dr Spitzer, un spècialiste de la question lui aussi, en 1973, changeait d’avis : « c’est peut-être réversible et un traitement psychothérapeutique pourrait modifier cette orientation sexuelle. » En 1973. Quand on ne parlait pas du chromosome :Xq28. À suivre.
Bon, si, un jour, on corrige le Xq28 (ou un voisin, un autre), cela fera-t-il des homosexuels une espèce en voie de disparition. Et quand cela n’existera plus…en 2050, fera-t-on des documents folkloriques (livres, films, etc.) de ces invertis des débuts du 21 ième siècle ? Il n’en restera pas moins que ces « inversés » , —sublimation ou non sublimation— furent, sont encore, des créateurs féconds et indispensables et cela dans maints domaines, qu’ils ont enrichi le patrimoine culturel mondial de façon tout à fait remarquable. Pas vrai ?
3-
Souvent quand j’ai fait un rêve conséquent—dont je me souviens— Aile aussi en a vécu un. Ainsi, cette nuit, chacun de son côté dans le King size, flanc contre flanc, il y a eu de l’action.
Aile me raconte, ce matin : « Fou, j‘étais une sorte de chauffeur. Pas de n’importe qui. Pour René Lévesque. Qui était tres mal rasé, mal habillé, mal en point, râleur mais bon enfant parfois, toujours en retard, me pressant.
Je le conduisais ici et là, à gauche, à droite. Il y avait des caucus comme… secrets. Une sorte de clandestinité floue. Aussi des assemblées plus ouvertes. J’étais appréciée comme conductrice et cela me flattait, fou non ? J’attendais souvent. Je fumais. Je lisais. Ou j’y assistais mais sans droit cde parole. Sans permis d’opiner. Une nuit de déménagements, de déplacements incessants et lui, le chef, souvent moqueur, bien goguenard, café sur café, autoritaire aussi pourtant, commandait les voyages à faire.
Moi.
Cela s’ouvrit par une rue bloquée. Saint-Denis vers le sud. Je suis jeune, avec mes deux jeunes enfants. En coccinelle beige, la mienne dans le temps. Voyant la foule, les bannières, la rue remplie de manifestants, je fonce vers des rues à l’est. Je dois atteindre le Vieux-Montréal et vite. Sans savoir pourquoi. Des courses spéciales ? Arrivé dans le coin Berri-DeMontigny (dans mon rêve, cette rue y est encore), des bâtisses lugubres. On descend. Dans une entrée de narchandises, haute, aux briques sales et effritées, des gaillards m’interpellent. Un trou noir. Ils m’enlèvent mon fis, Daniel ! Disparaissent dans l’édifice inquiétant. Je tente de protester.
Je me hisse, avec ma fille, dans ce trou noir. Noirceur totale, puis, un peu de lumière. On s’y perdra et je me retrouve avec ma fille , dehors, dans la rue Saint-Denis, près du vieux cinéma du même nom. Un parterre sale. Une vieille femme en haillons. Couverte de bijoux de pacotille. Peinturlurée comme un vieille pute de cinéma. Elle tente de me calmer. Me dit qu’elle est la maman de mon ex-camarade, Louis-Georges Carrier. Mon étonnement. Lui si digne, une mère si ..ignoble ! Elle rit, pète, rotte, boit des bières. Elle me dit où se trouve mon gars et j’y vais,. Entrée d’un bar louche. Il m’attendait, seul, pleurnichard. Je le récupère. Nous repartons en auto. Filant vers le nord. À un feu rouge, un trio de jeunes musiciens en guenilles, sur un petit balcon. Ils semblent en boisson. Des cris pour attirer mon attention.
L’un, crasseux, que je reconnais vaguement, me salue de sa casquette. Il tient un petit accordéon. Me dit que je dois l’aider. La mère-Carrier, elle aussi, tantôt, me demandait de l’aide. Je dis : « oui, oui, je vais y voir, je vais vous revenir » Ces musiciens de rue souhaitent un contrat. Je le sens. Inquiet, je me dépêche de rentrer chez moi. Accélération rue Saint-Denis. Je me réveillerai.
William Shakespeare, dis-moi, de quelle étoffe, ces rêves ?
4-
Cahier livres de La Presse, ce matin, deux articles concernant mon cher éditeur-auteur. Édition trois-pistoliennes d’un vieux texte d’Aubin (arrivé en Canada en 1835). Une collection de nos « anciens » dont je lis le fort cocasse Arhur Buies (« Jeunes barbares ») en attendant les plats de l’École des marmitons. Aussi, re-parution de son « mon Tolstoï », la 34 ième brique de sa murale fascinante. Michel Lapierre parle du fréquent « gin and rhum » d’antan quand le Vic s’adonnait à la « saudite boésson ».
Il tisse un parallèle entre le vieux « Tolstoï à l’écart », —Seigneur déguisé en paysan— et mon Beaulieu, « seigneur de paroisse », revenu de l’arrachement, enfant, de sa terre natale. Et tenant journal (ah !) à l’ombre du Grand Russe. « Pour comprendre l’univers, tout doit être ramené à soi », conseillait le Grec fameux. Aussi je me ramène… hantant le Villeray de mes commencements et pris maintenant avec cette Lucille toute dévouée au quartier de mon enfance, m’y enrôlant presque contre mon gré. Quand, pur son projet d’expo, vais-je commencer à barbouiller mes figures d’origine, guenillou, maraîcher, etc. ? Ça m’énerve. Le Lapierre cite V.-L.B. : « «Écrire en bandant, écrire bandé » Les mêmes mots (de Lindon ) dans le journal d’Hervé Guibert, Ah !
5-
Une idée qui me revient parfois. J’avais dit à Aile à peine déconcerté : « On vend tout. Le deux logis, les deux autos, les mobiliers, etc. Vraiment tout.
Nous resteraient deux passeports, deux cartes Visa etc deux malles de linge utile.
Et on part, on voyage. À l’année longue. Les Reers-Feers, en lente fondue. Jusqu’à notre mort. Même à Montréal, on couche à l’auberge modeste. Plus rien à entretenir. Rien, absolument rien.
Je lui en re-touche un mot hier. Silence encore.
Comme moi, Aile se dit-elle :pour aller où ? Le premier voyage…où ? Ça donnerait quoi ? Meilleure vie ? Sûr ? Le bonheur plus grand encore ? En effet, quand j’y repense à mon plan, nous en aller où ? On a vu, loin, que Paris, Londres, Rome, un bout de Suisse… Ai-je vraiment envie (besoin) de voir…la Grèce, l’Espagne et le Portugal,, la Chine et le Japon ? Je ne sais pas trop. Sommes-nous deux sédentaires ? Je cherche quoi ? Pas des paysages. Pas l’exotisme. Quoi ? Quoi ? Souvenir : Notre ennui, en Floride (15 jours à la fois) car pas de biblios, pas de librairies, pas de livres, ni cinéma, ni télé, en français !
Ouen ! Ouaille ! Non mais…
La simple idée du « six mois au sud-ouest de la France » ne se concrétise pas depuis trois ou quatre ans. Alors ? Bof ! J’y repenserai plus tard. Toujours plus tard hein les humains, les branleux ? Aveu : ne plus revoir, longtemps, les miens : les enfants (ah !), les chers conjoints, les petits-fils (oh !), ma sœur Marielle, Marcelle, Nicole, mon frère Raynald (que je ne vois presque jamais, merde !) Hum…que je trouve niaizeux !
6-
J’aime arroser. Mystère ? Chaque fois, Aile me nargue : « On annonce de la pluie pur demain, Cloclo ! » Souvent vrai. J’arrose les petits arbres qu’Éliane m’a donnés, fraîchement plantés. Avant-hier, au téléphone, Éliane, ma fille, rit : « Tu peux pas imaginer, papa ! Le père de l’ami de mon Gabriel, Raphaël Drolet, Roger…il a fait aménager un étang près de son ex-couvent qu’il rénove. On l’a presque forcé à y mettre des poissons. Des rouges, des carpes exotiques quoi, gigantesque aquarium, tu vois. Or, s’amènent des goélands. Plongeons. Festin ! À pleines gueules. Énervement là-bas. Un voisin de Roger s’amènera, carabine à l’épaule. Protestations de l’animateur néo-moraliste. « Non. Ne tirez pas ! Pas permis. » Discussion. Contre sa volonté mâle : photos prises par l’épouse étonnée.
Éliane s’amuse fort de ce conte vrai. Et moi donc. Moi aussi. Je voyais les goélands maudits au dessus de l’étang drolettien avec, au bec —pas des vidanges d’un Mac DO— luxe, des poissons rouges ! Belles taches dans l’azur, M. l’astronome Reeves.
Je regrette encore que ma fille refuse de venir jaser « lectures d’enfance » pour « Bibliotheca ». Me semble que … « N’insiste pas, j’ai pas l’habitude, moi. Daniel va bien faire ça. » Son Laurent déçu. Lui ai promis qu’à une prochaine occasion. Aile un peu moqueuse : « C’est pas trop « famiglia » tes prestations-télé ? »
Pas ma faute, Marc Labrèche, alter-égo de « Boogie woogie » n’avait qu’a pas partir en vacances ! Aile encore : « Ça aussi, ta chère « petite patrie », c’est pas un peu beaucoup ? »
Elle m’enrage.
7-
Oh ! Lisant le Guibert du « Mausolée… » : « Journal… l’impression dans ce travail d’apprendre enfin l’écriture et la comprendre, c’est se mettre dans l’état de ne plus pouvoir la produire… »
Le cinéaste Groulx, au bout de son rouleau, disant : « il reste de vrai, les actualités, seuls vrais films, authentiques, le reste, mensonges et trucages. » Oh !
Jean-Pierre Guay qui, vers 1986, me donnait le goût, l’envie de journaliser, disait, lui aussi, vouloir abandonner la littérature, les littérateurs, les mensonges, via : « tenir, publier son journal ». Guay que je n’aimais guère, ses tomes trop remplis d’initiales, de prénoms inconnus, de querelles intimistes obscures.
À « Historia », soudain, une très jolie chapelle, moderne, sobre, de beaux vitraux de Plamondon (circa 1945), maître-autel en céramiques rares, des têtes de banc sculptées, un chemin de croix moderniste, des vases sacrés aux émaux (camaïeux de bleus de cobalt) vraiment éblouissants… et apprendre que cette chapelle des Clercs de Saint-Viateur était là, rue Querbes, à un coin de rue de chez moi, jadis, et que je ne savais pas. Merde ! Y aller visiter un de ces jours.
8-
John Chréchien à Ottawa : « Au référendum de 1995, on a frôlé la catastrophe, mes dames et messieurs, il fallait réagir…(à coups de millions, en pleine campagne et contre nos lois. ) Quelle catastrophe ? Mes dames, messieurs, on a frôlé la victoire, on a frôlé d’avoir une patrie, oui, une patrie, puisque nous formons une nation.»
C’est cela la vérité, sauf pour les Québécois stipendiés, francos de service vénaux du fédéral, anti-patriotes dont le rôle noir sera inscrit dans nos livres d’histoire un jour et fera la honte de leurs descendants pour des générations et des générations.
Le canot parti à la dérive, le pédalo à l’envers, avant-hier, un vent de tous les diables. Mon fleurdelysé se déchire…Seigneur ?
Grève terminée hier à la CiBicI. Ainsi on a traversé une ligne de piquetage. Sans aucun état d’âme. Juste des « beaux bonjours » en passant ? Combien qui « traversaient » ont donné aux grévistes, juste un petit % ?
Nous, en 1959, on a respecté la ligne de piquets des réalisateurs, les seuls en grève. Une solidarité qui nous donna rien. Il aurait fallu entrer et soutenir les réalisateurs en leur versant un petit % de nos gages. Ainsi, les grévistes, les réalisateurs, auraient pu tenir, négocier très raidement, rester dehors, ma foi, six mois, une année entière…
Mais non !
Imaginez la panique des gestionnaires sachant que ceux « en dedans », qui osent traverser une ligne de piquetage, soutiennent « avec de l’argent » les mécontents : précaires abusés, femmes sous-payées, etc. ? Oh la ! Panique et bordel chez le « boss » Rabinovitch à Ottawa et tous ses adjoints ! Ils se mettent à table et vite dans un cas du genre, non ? Trop tard. Mais..à la prochaine ?
9-
Pénible Annie Girardot s’entretenant avec Bernard Rapp à Artv. Un peu hystérique. Bonne actrice, brillante, névrosée quand elle veut raconter son long et fructueux parcours de comédienne. Le Rapp souvent instabilisé par sa verbosité fébrile et…incompréhensible. . Et, il y a une deuxième partie..Ouais ! On compense avec beaucoup d’archives visuelles, heureusement.
Pure merveille d’entretien brillant avec l’acteur américain Tim Collins chez « Inside Actor’s studio ». Rares moments, franchise, humour, modestie, intelligence vive, culture surprenante (il étudia la « Comedia del’arte », etc.). L’heure passa comme dix minutes. Décidément ce Lipton s’est révélé (à l’usage) comme un fameux questionneur.
10-
Avocat, beau métier ? Des fois. Mon père me le disait : « T’as pas voulu t’instruire … » Un beau gros 90,000.00 piastres, viande à chien, en gages pour un mois (un) de dur labeur ! Pour un ex-politicien, redevenu avocat. Cela, avec vos deniers, quand on utilise Yves Duhaime pour organiser du rapprochement épiciers (Marchands-Métro) versus Gouvernement !
Le père Duhaime « y va aux toasts » comme on dit. Il proteste. Il va poursuivre en cour ceux qui révèlent cette farce grotesque…Une de plus, une « pas pire » que les grossières farces se déroulant à Ottawa, ces temps-ci —Comedia del’arte ignoble—avec notre argent à nous, pauvres cochons de payeurs de taxes et impôts.
Saloperie. La Lysiane Grognonne (La presse), à froid, stigmatise : « Le pouvoir corromp ». Non ? C’est tout ? Eh oui. Un loustic, ce matin, dit, sans rire hein : « Le jeune Mario Dumont, lui (et ses complices ?), b’en, il est jeune, on devrait le faire élire aux prochaines (et aux partielles) ça ferait de l’air pur un peu, avant qu’il atteigne le soixante ans !
Oh ! Belle mentalité ? Bin ! C’est une forme du désespoir des populations devenus fatalistes. Fatal danger pour la démocratie. Il pousse toujours sur ce fumier fumant, un jour ou l’autre, un démagogue, un profiteur et l’on glissera dans la trappe d’un despote fou, d’un tyran effrayant.
Cela s’est vu souvent, non ?
Je viens de cracher un autre mille piastres… En taxes municipâles (sic), cette fois. Eh ! Pour mes vidanges, mes rues propres, mes lampadaires, mes parcomètres et quoi encore ?
Plus grave nouvelle hier : le bandit-motard-en-mercedes, le gros cousin —fesse gauche— d’Aile, « Mom » Boucher, se rapproche de nous. Il quitte la rue Tolhusrt (où habite mon frère, Raynald), à Ahuntsic, pour s’installer à Sainte-Anne des Plaines. Pas bien loin de Sainte-Adèle. Droit de visite au cousin rendu plus facile pour Aile ?
Au début, elle grimaçait là-dessus. Maintenant elle en rit et parle de « Mom » comme elle parlerait de ses frères, Pierre et Jacques. Nette évolution.
Le soleil est revenu. Sortons vite !

Le jeudi 23 mai 2002

Le jeudi 23 mai 2002

1-
Bien ! Ah oui ! Comme hier, beau soleil, ciel net et du fort vent. D’ouest. J’aime le vent, comme un fou. Pourquoi ? Mystère. Ce vélo cher, une vraie merveille. Tant de vitesses (à la poignée)…Du luxe. Adieu vieille bécane d’antan ! J’ai eu froid dans le sentier du « Petit train », brrr… Notre premier petit déj, un rituel, dehors, à Val David, chez le Van Houtte du coin de la gare (restituée).
Ce matin, message urgent expédié à M. Graveline, éditeur chez Sogides (Typo) qui a acheté à « La Presse », ex-éditeur, les droits de « La petite patrie » mon récit, je dirais « emblématique » et parfois encombrant quand trop de monde s’imagine que c’est tout ce que j’ai publié dans ma vie !
Or, avant-hier, mardi, un couple étonnant s’est pointé chez moi. Ils sont comme fous de ce récit qui fut télévisé (1974-1976) en version « jeunes- adultes » puisque le réalisateur ne voulait pas d’enfants dans son casting. Lucille, une retraité qui habite le quartier du récit, Villeray, la compagne du couple, est un phénomène. Elle est en tain d’organiser un Centre culturel en s’associant au curé de Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle a bossé à Ottawa (dans l’entourage des Trudeau et Cie !) et dit avoir un million de bons et utiles contacts.
Bavarde, enthousiaste, fringante, je n’ai pas pu refroidir cette Lucille ! Le compagnon rigolait : « Vous la connaissez pas. C’est une fonceuse que personne ne peut faire battre en retraite. » J’ai tout essayé, on peu me croire. Non, rien à faire, acharnée, elle est certaine que son « affaire » sera un succès. Si bien que me voilà embarqué dans sa galère.
De l’ouvrage pour tout l’été. Je raconte : depuis fort longtemps je songeais à illustrer de mes aquarelles ce récit nostalgique. Oui, singer l’album formidable du grand Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémon « Maria Chapdelaine ».
Je ferai donc, en juin et juillet, des tas de dessins coloriés sur le guenillou, l’affûteur de couteaux ambulant, le maraîcher, etc. Lucille organisera une expo de cette ponte dans le sous-sol de l’église Saint-Arsène. Le profits iraient aussi à « La maisonnée », un essentiel refuge pour femmes en détresse dans Saint-Jean de la Croix, animé par la formidable Sœur Gagnon.
Aile inquiète de cet engagement. Je dis : « T’en fais pas, mon amour, pas question de m’enfermer dans la cave-atelier, non, je sortirai ma table à aquarelliser dehors ! »
Téléphone urgent d’une recherchiste lundi : on me veut (on me veut ? Que c’est plaisant !) pour animer deux émissions d’une série « Bibliotheca-spécial-jeunesse ». J’ai fit « oui » puisqu’il va s’agir de faire parler mes invités sur les lectures fondatrices de leur enfance. Le beau projet, la bonne idée. J’ai suggéré Vincent Bilodeau et Marc Labrèche, deux acteurs qui durent m’interpréter — en alter-égo— dans deux feuilletons autobiographiques.
Oh ! Ça parle au diable ! À l’instant nouveau coup de fil de cette recherchiste : « Vincent Bilodeau a accepté mais impossibilité pour Marc Labrèche, parti en vacances du « Grand blond ». Alors, j’ai eu une idée : pourquoi pas avec votre fils et un de vos petits-fils ? Trois générations. Trois genres différents de lecture dans l’enfance, non?»
J’ai dit « oui ». J’ai réfléchi :une fille lisait davantage. Je téléphone aussitôt à Éliane. Pas là. Va me rappeler dit Laurent, « l’enfant du milieu » que j’invite, lui aussi. À suivre ! Ah, appel de ma fille : « Oh là… la télé…ouen, b’en… » Elle hésite quoi, se dit en santé fragile, se questionne sur un Laurent introverti, mutique parfois, risque de silence fréquent… et elle se souvient très mal de ses lectures d’enfant…
Elle va me décider d’ici ce soir. Ça s’annonce pas fort !
2-
Soleil au bord du lac, une première, hier après-midi. Lecture. J’avance péniblement sous ce « Mausolée des amants » du « pédophile qui se retient mal », le défunt Hervé Guibert. Jeunes, nous disions : « Ça me donne mal au coeur ». Envie de redire cette phrase en lisant certaines pages de ce journal —15 ans sans aucune date, rien— très louangés par nos critiques. Envie de vomir quand l’auteur imagine avec jouissance des « enfants livrés à des sodomites endiablés ». Pas certain d’aller plus loin que cette mi-livre.
Hier pour souper, rien de bon à l’École, nous marchons au coin de la rue du Chantecler. Salade et « Pita » au poulet avec la sauce et les patates cuites aussi à la grecque. Plein du monde d’un élégant bus nolisé qui s’est vidé —moult caquètements inouïs— chez « Dino’s’Or ». Notre brave Denise toute débordée par sa petite foule en « voyage organisé ». Avons loué, hier soir, « Vanilla sky » avec Tom Cruise-belle-gueule. « Un genre que j’aurais jamais aimé », me dit Aile ! Ah !
Ce « Ciel couleur vanille », de Cameron Crowe, est un « remake » d’un film surréaliste d’Almadovar (« Abre los ojos ») . Pas vu ici. La mode l’exige ?, pas de travailleurs ordinaires, gens des majorités —c’est sans intérêt n’est-ce pas— là-dedans. Aucun ouvrier, un monde imaginaire, une frange, toujours la même —voir nos jeunes romans— des personnages chics qui bossent dans le monde des médias modernes. Lieux forcément redondants, lofts, penthouses, discos, galeries, sites ultra-utilisés (voir « Un crabe dans la tête »).
Marre, comme on dit à Paris.
Ennui profond de ma part. Des plans réussis, quelques séquences bien enlevés, des « pros » sont aux machines, hélas, un récit inchoatif, mal articulé. Même le surréalisme a besoin d’une structure minimum. Impression d’avoir visionné un brouillon d’étudiants en cinéma, cégep 1!
« Lantana », lui, est un fameux de bon film en comparaison.
3-
Je peux lire des courriels fameux désormais. Internet est un mode communication merveilleux. Je recevais tellement moins de lettres jadis. Un jeune homme s’offre pour succéder à l’adjointe parie de V.-L. B. Lettre drôle et brillante. Je l’encourage à s’exiler aux Trois-Pistoles, mon éditeur ne va s’ennuyer si ce candidat est accepté. Par lui. Louise Champagne-Chamard m’expédie un tas de souvenirs nostalgiques à propos de lieux qui me sont familiers et qu’elle aussi a fréquentés. Une gerbe de « mémos » cocasses. J’ai apprécié.
Ce film, « Lantania », loué lundi, signé Ray Lawrence, méritait d’être vu. Très bonne histoire. Bonnes images. Bon réalisateur. Vraiment du cinéma qui compte. Que je reverrais mëme tant c’est riche et bien mené. Mais ce « Vanilla… » , la peste, bien noire, et d’une prétention intolérable.
Ça brassait dans cabane, avant-hier, mardi. Aile et ses deux femmes de ménage ont les baguettes en l’air. Je ne sais où me cacher. En voilà une du trio —à torchons, serviettes, serpillières, moppettes et époussettes— de ces nettoyeuses-frotteuses dans mon bureau. Oh maman ! Mes craintes. J’achève café et gazette dans l’angoisse ! L’étage sent bon vers midi ! Il y avait besoin de lavage, de grattage, de nettoyage, c’est certain.
Hier et aujourd’hui, travaux herculéens sur la galerie. Jean-Guy, l’indispensable, retire le bois pourri des balustrades et du plancher. Sciage de forcené. Bois nouveau. Clous et peinture partout. Oui, où se cacher. Aile : « C’est drôle hen, ça me gêne quand des gens travaillent comme ça, chez nous et qu’on est là, étendus au bord de l’eau. » Délicate Aile va ! Moi itou. Gêne. Pas l’habitude ?
4-
Soupe au « Petit chaudron », rencontre aux tabourets du producteur retraité qui a passé les rennes à sa fille, Claude Héroux. Une compagne alerte, souriante, lumineuse. Souvenir : je lui avais très subitement rapporté ses belle machines à travailler quand Réjean Temblay, malgré les promesses de Héroux, refusait mordicus de me laisser rédiger les premiers jets de « Lance et compte ». Je refusais, moi, de lui servir de « polisseur », de secrétaire téléphonique, ce que fit volontiers mon Louis Caron (sans vraiment le réaliser ?). Je perdais une petite fortune ce faisant ! Pas l’âme d’un nègre littéraire.
Nous songeons souvent où nous réfugier deux mois, l’hiver venu. Claude Héroux, —« producteur môron » dirait la Larouche ?— comme Cadet-Rousel, a trois maisons ! Un chalet à Val Morin, un logis en Floride (Pompano Beach) et un autre en Provence, pas loin de Cannes. Il hésite à se brancher côté soleil ! Me dit : « En Provence, l’hiver, c’est frais. Oui, faut une laine parfois. Quoi, le mistral (que je crains) ? C’est très rare. L’été, chaleur effroyable là-bas. Impossible d’y rester pour nous. »
Ah, la misère des riches !
Julie Stanton au téléphone avant-hier : « M. Jasmin, j’ai perdu notre entretien téléphonique pour mon magazine, « Le bel âge » ! Sacré enregistreuse… » Vieille chanson jadis ..mais en 2002 ? Avant-hier, j’ai reçu son questionnaire par courriel et lui ai renvoyé mes réponses. Hier, retour sur internet : « Bien reçu. Merci, vous m’avez fait rire et émue aussi, merci ! » Bon. Recevrai-je une copie du magazine ? Des fois…rien.
Résumé visuel du film québécois « Un crabe dans la tête » ?
Ski aquatique, gros yatch, baise, plongée sousmarine, drogue dure , lofts luxueux, baise, cellulaire sans cesse, baise, photos glamours, baise, observatoire de Mégantc, « décormag », jumelles, baise, galeries avant-gardistes, etc.
Ouash ! Téléfikm trove cela fort bien et crache de notre argent public…de travailleurs hors-ces-circuits ! Pas d’ouvriers jamais, pas de monde normal, ordinaire. Vos vies sont trop moches, bandes de gueux ! Allez nous ramasser taxes et impôts, gang de cons finis, on a des films à faire pour illustrer…les autres ! Aucun intérêt pour les travailleurs. Foutaises subventionnés !
Si on veut voir du vrai monde, on peut louer —vidéocassettes arrivées— maintenant l’étonnante adaptation par Alain de Halleux ( de Bruxelles) de mon roman « Pleure pas Germaine » (un classique québécois a décrété Réginald Martel ). Un correspondant « net » a cru à un piratage (!) en lisant les annonces dudit film ! « La presse », avant-hier, lui a mis 3 belles étoiles ! C’est un film qui m’a fait grand plaisir, très respectueux de mon intrigue et de mes personnages, ce qui est rare. Un film modeste, quelques séqueces émovates. L’histoire d’un ouvrier en chômage, bon buveur, en vacances-fuite, et qui découvre enfin les siens. Un voyage de pauvres —non plus vers la Gaspésie, mais vers les Pyrénées. SoniaSarfatio écrit : « De Halleux rappelle le cinéma de Robert Guédiguan ». Très vrai.
Mai va finir. Le soleil me fait signe. Sortons donc s’y soumettre avec bonheur. Le journal va ralentir. Je le crains.
Oui, l’intituler désormais : « jours de pluie ! »

Le lundi 20 mai 2002

Le lundi 20 mai 2002

1-
Le soleil, le petit verrat, se montre tôt et quand vous êtes sur le piton, cafés bus, journaux lus, pouf ! disparu l’astre des astres ! À moins de vêtir nos costumes de skieurs de fond, pas moyen d’aller randonner sur la piste du « petit train du nord » …je voudrais bin essayer mon neuf vélo moi ! Coup de fil tantôt. Des Trois-Pistoles. Mon nouvel éditeur V.-L.B. Semble content du Réginald Martel (La Presse) et aussi du Louis Cornellier (Le Devoir de samedi dernier) . En effet, deux bons petits papiers pour notre « ÉCRIRE », le mien (de cette collection « vlebesque ») s’intitulant : « Pour l’argent et la gloire ». Cornellier (aussi prof au cégep de Joliette) me nommait : « L énergumène ». J’aime ça.
Mon cher Vic s’informe : il a bien reçu le stock du journal J.N. pour janvier. Je lui dis que février allait partir bientôt sur internet pour lui. Je lui dis en riant : « Devrais-je lire le journal de Jean Paré pour me stimuler, il vient de paraître, tout l’an 2001 ? »
La mode journal grandit ? Formidable. Des articles sur le journal de J.P. laissent entendre que l’ex-directeur de « L’Actualité » y va surtout de son métier : éditorialiste. Une entrevue raconte qu’il a « de la terre » en masse, à perte de vue, à Stanstead, et que des cerfs viennent y musarder. Le chanceux, le « crésus » —c’est si payant servir « MacLean and Hunter » ? Dans son journal, il passe…des mois ! Des mois ?
Paré semble une sorte de châtelain, un « farmer’s gentleman ». Moi, j’en deviens un roturier de basse extraction avec le tout petit terrain au bord du lac. Mais, Paré, lui, a-t-il ce joli tout petit lac laurentien à ses pieds ? Ah !
Mon Victor-éditeur se cherche une nouvelle complice car sa Katleen a mis les voile (!). Dans son village lointain du Bas-du-Fleuve, « pas facile, dit-il, de dénicher une habile aide-littéraire pour révision, pré-production », etc. Il travaille à son projet de neuf téléroman ces temps-ci, je crois. Pris, très pris, mon barbu matamore, ex-Bouscotte vieilli. N’ai pas osé lui dire que le diariste pourrait ralentir (beaucoup) pour l’été qui vient. De toute façon, il va publier (cet automne ) « janvier-juin 2002 »… d’abord. On verra bien pour la suite.
Me voilà pris avec une autre commande, torrieu ! J’avais promis — il y a un an— à la « magnifique » Soeur Gagnon, âme active et fondatrice de « La Maisonnée » dans « La petite patrie », un paquet d’aquarelles inédites qu’elle pourrait vendre pour ramasser des fonds. Pour son œuvre —les femmes démunies de son coin. Elle vient d’acquérir — déménageant de son pauvre petit logis-refuge— le grand presbytère Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent, angle Saint-Zotique. Au cœur de « La petite Italie ». Son voisin sera donc cette « Église-vendue-en-condos ». Or, une dame me contacte par téléphone samedi matin : « Oui, ça va se faire votre expo, aiguisez vos plume et mouillez vos pinceaux M. Jasmin. » Elle veut jumeler l’expo avec l’installation d’une sorte de centre culturel dans le sous-bassement de l’église Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle dit loger rue Liège angle Saint-Denis et a à cœur de ré-animer un esprit « petite patrie » chez les résidants du quartier.
J’ai tenté de la décourager mais c’est une farouche acharnée et aucun de mes arguments n’ont pu lui faire baisser les bras. J’admire cela. Elle vient donc me rencontrer, ici, demain matin pour discuter de cette « affaire » caritative et culturelle.
Bigre ! Diantre ! Sacrebleu ! M’installer, tout l’été, à mes tables à barbouiller à l’atelier-cave ? Aile m’en grondait déjà tantôt. « Non, lui ai-je dit, je poserai mes couleurs dehors, en plein air ».
Je dois vite maintenant contacter Sire Graveline (chef en éditions pour VLB, Ville-Marie, Typo, etc.) qui a les droits du livre (« La petite p. ») pour qu’il accepte la publication du récit populaire avec mes aquarelles. Ces tableaux —les originaux— seront donc exposés et vendus par la suite. Au fond, c’était un vieux projet chéri et abandonné (par paresse) et voilà qu’en y étant comme forcé, cela va se réaliser maintenant. J’espère. Ainsi je singerai le célèbre Clarence Gagnon et ses illustrations fameuses du roman de Louis Hémon : « Maria Chapdelaine ».
Ouf, du boulot !
2-
Remue-ménage dès vendredi quand le jeune géant, mon David, (20 ans à peine) —l’aîné d’Éliane et Marco— s’amenait pour le week-end. Un goinfre ? Un gouffre. Son bagage posé à l’étage, il va voir dans notre frigo. Pas grand chose. Nous n’ achetons —tous les jours— que la seule bouffe du souper. Le vide sous ses yeux ! Lippe maussade ! Rien à dévorer ! On rigole !
Aile qui n’aime vraiment que les garçons —elle s’adonnait mieux avec les mâles, camarades réalisateurs, acteurs ou techniciens, à son travail !— observe attentivement le jeune phénomène. Elle en a eu pour son… argent. David est d’un genre…naturel et franc. Il n’a rien à cacher, est bien dans sa peau et rétorque vivement à tout questionnement.
Moi aussi je suis curieux des us et coutumes de cette neuve génération. Un spectacle étonnant dimanche : David a son baladeur sur les oreilles parfois, ce qui ne l’empêche nullement de dialoguer avec nous ! Il a apporté trois manuels scolaires car il tente de faire deux bacs en même temps à Concordia, il regarde le hockey à la télé d’un œil, répond à nos questions et, de l’autre œil, étudie (!) ses livres…Un phénomène, non ?
Je lui ressemblais. À Radio-Canada, j’aimais, un temps, plus jeune, crayonner un décor sur ma table à dessin, jaser avec un camarade venu écornifler dans mon cagibi, et parler au téléphone avec un réalisateur anxieux de son décor. Tout en fumant et en buvant une bière. Jeunesse folle ?
Samedi soir, avant le film loué, « Sortie de l’enfer », David, en confiance avec son papi (?), se confie : « Je découvre peu à peu l’ambiance trop matéraliste à mon goût de ce monde du marketing, de l’économie, à l’université. Je voudrais pas me retrouver plongé dans le monde du « business only ». Aussi je songe maintenant, papi, à l’enseignement. Je ferais mon doctorat et je serais prof dans une université, ici ou aux États-Unis s’il le faut. Ça me mènera à quoi ? Vingt-cinq ans par là ? Ce sera plus long mais ça vaut la peine d’attendre, non ? »
Je lui parle de « moa » à vingt ans : j’étais en deuxième année d’une école technique (la céramique), j’étais pas du tout certain de me trouver un emploi dans le domaine. Oh non ! Je raconte à David les douleurs (ordinaires) de cette « angoisse de l’avenir » à cet âge. Je sens que mes propos le rassurent un peu puisque « c’est toujours la même histoire ». À vingt ans, l’avenir est un fameux point d’interrogation. Je cause avec lui de hasards, de circonstances. Le jeune céramiste diplômé finira par être… décorateur (La Roulotte) et puis animateur dans les Terrains de jeux et les Centres de récréation… Et puis, nouveau hasard, scénographe aux émissions pour enfants à la télé.
David sera bilingue, aura des connaissances solides en économie, et se passionnera toujours pour l’histoire (il adore) il sera donc, —peut-être— professeur. Je lui dis : « C’est le plus beau métier du monde ». Je le crois sincèrement. Je lui raconte aussi : « J’avais voulu l’être mais quand j’ai posé ma candidature (aux Arts appliqués), je découvrais que j’allais perdre quelques milliers de dollars — par rapport à mon job à la SRC et j’avais charge de famille ». Adieu donc le prof qui dort toujours au fond de moi.
Dimanche après-midi, ramenant le beau jeune géant —qui porte un collier de barbe maintenant— chez lui, ma fille— à son si joli jardin avec mon Marco— me fait cadeau d’un pot avec, dedans, six arbres nains : érable à sucre , chêne, bouleau, amélanchier, etc. Nous avons, père et fille, la passion des plantes. Rue Chambord, un cerisier et un pommetier montraient feuilles et fleurs naines déjà. Le climat dans le sud (!) est meilleur. Ici, on attend les feuilles encore. Marc, chef de service (information) au Ministère de la Famille, dit avoir donner du boulot à des grévistes de Radio-Canada. Aile en a les yeux dans l’eau. Elle éprouve une peine immense de voir patauger tous ces « précaires » mis sur le trottoir depuis maintenant des mois. Elle enrage de voir « sa » chère Société couler irrémédiablement, elle qui y connut presque quatre décennies de bonheur parfait.
3-
David me dira que lui et ses copains n’aiment guères les discothèques —« trop bruyantes, on peut plus se parler personne »— et les bars « où les filles, dit-il, se dénudent tant qu’elles peuvent pour attirer, attiser, les gars ». Ils vagabondent plutôt dans des cafés. Je dis : « Et le théâtre découvert au secondaire et au cégep ? » « Plus le temps, c’est raide deux bacs. » Il lui reste la musique (ses chers rappeurs !), sa bonne copine —une belle fille, je l’ai rencontrée, venue avec ses parents de San Salvador. Et des livres d’histoire, son dada.
Et la danse, David ? « Discos archi- bruyantes ou rien, m’explique-t-il. Nous autres, fin des années ’40, avions des lieux : l’Union des Latins d’Amérique rue Sherbrooke, le manège du CEOTC, rue Berri, le « Peace Centennial School », rue Jean-Talon, etc. Eux : rien si ce n’est le bruit infernal !
Dans ses cours d’histoire, lui et cinq de ses camarades, francophones de souche, « étrivent » un peu leur prof. David me montre des chapitres de son manuel d’histoire (du Canada). On rigole. On pouffe de rire. Les notions enseignées versent dans le merveilleux « plus meilleur » Canada fédéraliste. Il est resté farouchement patriote québécois, ce qui me rassure.
J’en profite aussi pour monter la nécessité de la lucidité. Je ne m’empêche pas de lui souligner certains bienfaits enseignés par nos conquérants. Cela existe. Craindre, toujours, le fanatisme. Nous sommes, là-dessus, tous les deux d’accord.
Nous visionnons une cassette, vendredi soir : « Allégria », spectacle très costumé du cirque du Soleil. Hélas, pas fort à la télé. Le cirque n’est pas du tout télégénique, il faut y être. Ennui donc. Avons observé l’ « Hannibal Lecter », génial Anthony Hopkins, répondre avec intelligence au sieur goguenard, toujours fort bien documenté, le Lipton de « Actors’ studio ». Bien belle heure de télé. David très attentif.
Samedi matin, coup de fil de mon fils à Aile. « Avez-vous vu Le Devoir ? Mon père se fait fêter, très bon article de Cornellier pour son petit dernier.» Aile —je l’adore— court vite acheter les journaux pendant que je patauge dans la baignoire.
En soirée, eaux gazeuses (on avait prévu), pop-corn, croustilles, noix, raisins verts ou rouges, tout se vide à très haute vitesse avec le jeune ogre David en Gargantua ! Aile n’en revient pas. Mais ce gaillard est frileux. Découverte d’un tas de draps (!) sur le lit de David samedi matin ! Aile le gronde amicalement. Il n’avait pas vu le thermostat au mur, il ignorait, au pied de son lit, la commode aux couvertures de laine. Ainsi, il ne voit pas serviettes et débarbouillette sur un meuble, mis là exprès pour lui. Bizarre !
Mauvais temps. Pas ce vélo donc. On ira faire —en apès-midi— un « tour de machine », comme on disait enfant, pour lui montrer de « grosses cabanes » ultra-bourgeoises vers Sainte-Marguerite. Il regarde l’opulent étalage de ces amateurs de « bunkers » luxueux l’œil froid et puis parlera de — bientôt— devoir se louer « un petit appartement, quelque part ». Enfin, il est content de s’être déniché —il vient de l’apprendre— pour les vacances, un job de « maître-nageur » et sauveteur à la piscine —olympique— du parc Sophie-Barat, si près de chez lu. Il a les diplômes voulus. Soudain, bailliages, David : « On dirait que le grand air du nord m’endort ! » On rit. On rentre.
Il ne faut pas louer « From hell », un film mal fait. Décors et costumes, du « Londres de 1898 », fameux cependant. Un récit tarabiscoté, bien saignant , tiré d’un album de b.d. Hypothèse : le fameux « Jack l’éventreur » serait un franc-maçon, chirurgien (de la Reine Victoria)et bien malade. Erreur d’avoir loué ce « From hell » et trio de déçus samedi soir. Quand le Jack-chirurgien coupe et découpe les malheureuses et sympathiques prostituées de Whitechapell, notre Géant-David détourne la tête. La vue de tout ce sang !
Jeune, je ne supportais pas (mon père, c’était pire, l’évanouissement). Je me suis soigné, ayant appris qu’il s‘agit de ne pas « vivre » le rôle de la victime, ne jamais se mettre à sa place, (paranoïa conne), de vite se distancier, de vite percevoir que c’est du…cinéma, d’examiner alors les rouages de la mise en scène. J’explique le procédé à David et il regardera davantage après. Sans crier.
4-
Une amie raide, la chère France : « Claude, comment croire qu’on est assez intéressant pour publier de son journal intime ? » La démone ! M’expliquer : envie de mettre sans cesse : « Et vous ? », « Vous aussi ? Comme moi ? », « Sommes-nous semblables ? » Vérité. Je ne le fais pas. Cela va de soi.
Le journalier espère qu’ au fond des choses, c’est cela, se livrer dans un journal, chercher les points communs. Espérer qu’il y a plein d’autres humains qui vivent la même situation. C’est souhaiter sans cesse qu’il y aura des lecteurs pour dire : « C’est vrai. C’est exactement comme ça que je réagis moi aussi. » Et si vous arrivez à trouver un gros lectorat qui se retrouve dans vos écrits, c’est un succès. J’aime lire du journal. Il y en a trop peu. Trop des journaux des « grands littérateurs » sont trafiqués. Sont trop « écrits », mesurés, calculés, repris, corrigés. Du mensonge alors. Jean Paré, avec raison, dit craindre ce « ravaudage » après les aveux. Ce qu’il n’a pas voulu, lui, trop se corriger, afin de faire vrai, spontané. Il a raison. Ce que je fais aussi.
Idées, émotions, sentiments, opinions, ne sont valables que s’il y a ce lecteur qui compare, qui nie parfois, qui a envie de protester même, ou qui est d’accord. C’est formidable quand il y a, souvent, concordance. Rien à voir, chère France, avec la vaine fatuité, la détestable vanité, l’exhibitionnisme quoi.
Reste que des tas de gens —pudeur, sentiment d’infériorité, identité mal assurée, crainte d’être jugés— n’oseront jamais se livrer en diariste. Vocation ? Oui. Recherche compulsive de complicité, de solidarité ? Oui, je l’affirme. Mes contempteurs, bien entendu, peuvent continuer de crier :égocentrisme. Je n’y peu rien et que ceux qui aiment mes proses ne m’abandonnent pas, Seigneur !
5-
David étonné. Nous discutions des actualités :Kosovo, Kamikazes, intégristes, antisémitisme, Islam, Cachemire, Palestine, Israël etc.
Aile surgit de la cuisine et lâche : « Maudites religions aussi ! Elles font naître ces guerres partout ! » David se redresse, il est de foi prostestante, pratiquant, songeait même à aller à un office le lendemain matin, dimanche, à la coquette chapelle du coin de la rue du Chantecler. Il explique calmement que le danger réside à appliquer « littéralemet » — et, dit-il, « littérairement »— les livres de religion anciens : Coran, Thora, Bible.
J’apprécie la distinction de David. Je tente de calmer la soudaine fougue a-religieuse d’Aile, lui dit que la religion est souvent un besoin de spiritualité très valable. Elle finira par l’admettre. Justement, à TV-5, dimanche soir, face à trois savants qui publient pour fustiger l’irrationnel —des invités de « Campus »— l’animateur Durant avance : « Que pensez-vous de la religion, une affaire de philosophe, une affaire de poète ? » Les scientifiques hésitent à répondre. Je guettais. L’on bafouille. Rien de clair. Puis : « La religion comble, rassemble, tente de rassurer ce que la science qui est , forcément, partielle », dit le savant Changeux. Voilà le succès de la religion.»
Ces illustres chercheurs (et trouveurs) en avaient surtout contre la montée des amateurs astrologues, la vogue des signes du Zodiac, les sorciers-escrocs d’aujourd’hui, les gourous à gogo, ces « témoins » d’Ovnis à une télé très fréquemment consacrée —« pire qu’avant »—aux parapsychologues, etc.
L’un du trio : « Nous souffrons collectivement d’ « analphabétisme scientifique » et c’est très grave. » Il y avait Charpak, (prix Nobel) déclarant, solennel : « Nous serons 9 milliards dans 50 ans, non plus 6 milliards comme aujourd’hui. Et ça augmentera. Danger :pollutions diverses, effet de serre, etc. Faut prévoir. La science seule peut nous aider à organiser l’avenir. »
Guillaume Durant ose parler des difficultés de comprendre la science : « Tout serait donc chimique, messieurs, en fin de compte. Électrique quoi ! C’est vite dit. Ces neurones, ces cellules et leurs synapses tout cela n’est pas facile à appréhender, admettez-le ».
Silence sur le plateau.
Changeux éclate : « C’est le seul prodigieux organe humain, le cerveau. Il est capable d’être, beaucoup plus qu’un organe fonctionnel, comme coeur, poumon, reins, d’organiser, il forme d’innombrables réseaux à milliards de connexions. Il permet tous les raccordements, c’est inouï, non ? »
C’est le Durant qui se tait.
Moi de même… qui aimerait tellement être plus savant. Qui tente parfois de lire (et de comprendre), les recherches physiques modernes. Mais oui, je reste un « analphabète scientifique », hélas, comme tant d’autres.
Dimanche soir, avant les savants, Devos et deux autres « comiques », connus en France —Dany Boon (!) et Fellag— commentaient un livre sur l’humour et ses lois. Un quatuor de sourds et puis ça va trop vite. Personne ne dit rien de substantiel.
Je m’ennuie de Pivot. Je l’ai dit.
Il y avait meilleures conversations sur des livres. « Campus » embrasse trop large. La portion finale avec les livres nouveaux et leurs critiques —dont une épivardée, Léglise son nom, qui a un accent insensé— me semble vaine. Je m’ennuie de Pivot, bon !
6-
Vu à la SRC —en reprise ?— l’acteur Dumont, patron chez Duceppe, s’entretenant avec Charron. Conversation aimable. Jasette sans prétention. De la télé pas cher. Repos des esprits. Badinage. Révélations en mineur. Michel Dumont, d’entrée de jeu, avoue avoir eu envers son mentor, Jean Duceppe, une relation « père-fils » tout à fait comme son interrogateur, Claude Charron pour René Lévesque. Il lui disait « vous » et « monsieur Duceppe », pourtant, jusqu’à sa mort. Vénération totale. Charron, lui, on le sait tois, ira jusqu’à tahir ce « père ». Voudra même le voir démissionner. Disparaître. Colère du chef à cette époque (1972-1973 ?). Dumont, lui, n’a jamais contesté son admirable « père » tout en avouant ses colères subites effroyables à ce Duceppe, peut-être maniaco-dépressif.
Jamais je n’ai eu un tel engouement durable pour un « plus vieux que moi ». (Et vous ? Et vous ?) Mystère à mes yeux ce besoin d’un « père spirituel », d’une idole, que dis-je, d’une icône. Souvenir : entrant au collège Grasset, nos devions nous choisir un « père spirituel, un confesseur quoi ? Des grands me dirent : « Chosis le père Lachance, il est à moitié sourd et endormi et endormant, il te fichera la paix totale. » Je l’avais élu volontiers ! Et puis la paix !
Tout en lisant, hier soir—avant « Campus »— revu à la SRC (reprise ?), « Le temps d’une vie » de Roland Lepage. « Très » adapté pour la télé par Cyr. Cette Sylvie Drapeau (la mère) est une comédienne tout à fait hors du commun. Incapable de lire bientôt…accroché totalement à cette misérable, pathétique, victime des temps jadis… et d’aujourd’hui. De la télé rare !
Dans le jardin du petit château Chambord, rue du même nom, rencontre de Raphaël, fils de Roger Drolet, copain de Gabriel-le-trompettiste et amateur de poissons exotiques, le benjamin du clan-Barrière. Les deux partaient pour « La Ronde », question d’y obtenir une passe-saison, je crois. Comme pour le ski-alpin, ma détestation d’attendre en file indienne au bas des appareils. Jeune, je négligeais le vieux « Parc Belmont » du boulevard Gouin, pour ces attentes à n’en plus finir. Est-ce que cela a changé ? Sais pas. Quand je dis à David :ce parc très populaire était une des possesions de Trudeau, il doute : « Hen, comment cela ? Trudeau était si riche ? » Je lui raconte la saga des « garages-Champlain », du club d’automobilistes, le C.A.C, propriétés du papa de PET, l’héritier… écossais par sa mère, une Elliott. Je remarque, une fois de plus, comment ces… historiettes fascinent la jeunesse.
7-
Remontés dans les Pays d’en hit, Aile et moi partons en promenade de santé. L’autre jour, prenant à gauche de la rue Morin, avions découvert les gras neufs pavillons du pas moins neuf « Chemin du Nomade ». Cette fois, bifurcation à droite, vers le Chemin Joli-Bourg ». Encore des condos, pas vieux du toit. Plusieurs construits dans des ressauts escarpés. Architecture bon marché ? Quelques cent mille tomates l’unité ? Autour, des boisés. Parfois d’immenses bouquets de gros bouleaux très blancs. Beauté. Des impasses partout , nous devons donc rebrousser chemin souvent. Impossible de dénicher un sentier menant aux côtes de ski de l’hôtel Chantecler. Mystère ! Les gens doivent-ils prendre la voiture pour aller skier à deux minutes plus loin ? Aile, avec raison, s’explique mal l’achat d’un logis qui est collé à deux ou trois autres. Le ski, les jeunes enfants ? Sans doute. Soudain un gamin dévale un chemin en pente sur son vélo. Le seul être vivant rencontré. Personne donc pour promener sa carcasse. Oh, un jeune coupe ! Avec un chien fou. Le seul rencontré. Mystère cela aussi ! Ici et là, des ruisseaux bruissent . Petits bonheurs. De gros tuyaux de métal les font filer sous les chemins pavés…qui vont se multipliant dans ces collines.
Aile a pris les appels sur le répondeur du Chemin Bates. Invitation à aller animer deux émissions spéciales pour une télé de compagnie privée, apparentée à celle de Guy-Robert Scully. On aura apprécié mon topo sur Gabrielle Roy ? Je le suppose. On verra mardi, aujourd’hui, lundi, jour férié et silence au téléphone. C’est bien.
8-
Mes coupures : Gregory Baum, fédéraliste ouvert aux changements, il a 78 ans, déclare qu’il est découragé de constater que jamais le reste du Canada (ROC) ne voudra reconnaître que Québec forme une nation à part entière. Dire que des cocos comme Mario Dumont ou John Charest, eux, ne sont nullement découragés et font miroiter aux citoyens québécois candides qu’ils réussiraient à changer tout ce monde anglo ! Des fumistes ?
Un homosexuel d’Espagne veut révéler ses coucheries avec trois évèques espagnols. Ce Carlos Alberto Blendicho, un abusé sexuel (ou un consentant ?) des années ’80, sait-il qu’en Espagne la religion catholique est en chute libre et que ses divulgations ne feraient pas un bien grand tort à l’église de Rome là-bas.
Daniel Gourd, patron à Radio–Canada, affirme qu’il sort dans le couloir quand la réunion en cours évalue un projet de son fils qui est producteur de télé. Riez ! Un fameux grammairien d’ici, jadis, (le nom ne me revient pas à ce patroneux) auteur de manuel scolaire et aussi juré au DIP (Département de l’Instruction public, machin d’avant le ministère) disait, lui aussi, aller fumer sa pipe dans le corridor quand ses pairs évaluaient son projet de grammaire ! On riait !
Très drôle ce Laporte du dimanche souvent dans La presse. Son papier d’hier sur les films avec suites, un petit bijou d’humour.
Nous avons ,chacun, un cochon. Ça y est : ils seraient sept (ou huit) millions de porcs sur notre vaste territoire. Égalité magnifique. Un home, un cochon. Il y a que ça chie en masse ces bestioles et qu’on ne sait plus quelle terre agricole aller arroser de ce purin surabondant ! On songerait à abattre des forêts (ça se fait déjà dit-on). Non mais…
Parlant cochon : il y a ce curé catholique bostonnais. Geoghan.130 plaintes d’abus sexuels. Dix ans d‘activités missionnaires évangéliques quoi ! Quelle bonne santé monsieur le vicaire du Christ ! Il y aurait 80 poursuites pendantes…au dessus de sa tête. Il en a donc une ! Que le pays, la région, des antiques pieux Pilgrims, des anciens très pieux Shakers et autres ultra-pieux Puritains a changé ! Arthur Miller rédigera-t-il une neuve version de ses « Sorcières de Salem » ?
Claude Guay, de Sherbrooke, —mes chères lettres ouvertes— se porte à la défense du Cornellier qui recommandait d’enseigner d’abord nos auteurs dans les écoles du Québec. Je suis juge et partie dans ce débat. Je dois donc la fermer. Mais ce Guay dit que « le grand Marcel Proust, pour si bien rayonner, partait (parlait) de son Cambray de jeunesse pour aller loin, partout, jusqu’à Venise. Que c’est normal, ordinaire, ce cheminement du connu vees l’inconnu. Le même Cornellier, samedi, ayant lu mon dernier bouquin-manifeste approuve « ma confiance » en nous et dit qu’il y a moyen d’être universel en écrivant sur nous. Un cinéaste belge (Van Beuren) a vu de l’universel dans mon « Pleure pas Germaine » (que je viens de voir arriver en cassette-vidéo au bas de la côte). En 1965, on m’a bavé dessus chez les puristes : « régionaliste infâme » !
Michel Tremblay qui est loué —et joué d’abord— partout n’a rien fait d’autre. En 1968, au départ, l’on bavait sur son théâtre en milieu cultivé et colonisé : « un autre régionaliste borné ! » . Et puis, le succès venu, silence. Dans « L‘Action nationale, dernière livraison, on peut lire un excité qui se creuse les méninges pour démolir tout mouvement de reconnaissance de la culture littéraire vivante d’ici. Pour ce grand énervé, il n’y a de bon bec qu’à Paris, à l’étranger quoi. Tristesse. En 2002, ce combat idiot ne devrait plus être mené. C’est dépassé. C’est une niaiserie. Vous pouvez écrire en jargon, en patois, en joual (vert ou rouge) un navet dégueulasse ou un chef d’œuvre. Le niveau d’écriture n’a rien à voir avec le talent. Ou le génie. L’outil est secondaire.
Il y a des ouvrages insignifiants très bien rédigés avec une totale connaissance du français… de Paris, de Bruxelles ou de Lausanne. Ce sont des livres ennuyeux. En un français impeccable. Bien écrire désormais c’est réussir à captiver un vaste public, à épater un monde large, à émouvoir un auditoire important. Point final.
Rares les écrivains qui s’engagent. C’est imprudent. Pour bourses, voyages, subventions, etc. Yves Beauchemin a le cran d’appuyer le Dorion qui a soutenu une thèse bien faite sur les périls que nous courrons collectivement en face de l’aveuglement de pouvoir actuel, si prudent, si lécheculiste (Commission Larose, ministre Diane Lemieux ) aussi en face des tentatives de sabordage d’Ottawa (avec l’assiatnce des juges « supreme court », tous luttant e sans cesse pour réduire, diluer l’essentielle Loi 101.
Coupure de presse grave : un ex-patron de la CIA a répondu franchement enfin. À la télé. Un chevalier de la franchise ? Est-ce que la CIA ment, a menti, mentira encore ? « Oui », dit Donald Rumsfeld. Bon. Clair comme ça. Ces mensonges nuisent-ils ? « Non », dit le compère. Il le fallait. » « Pourquoi mentir, questionne l’animateur de télé ? Même aux chefs élus ? Ces omissions à la vérité et publiquement encore, c’est une entorse à la démocratie, non ? » Sa réponse : « Pour protéger le USA. Ou pour protéger les intérêts de certains alliés ».
Enfin, un aveu net ! Méditons sur les intérêts des uns et…des autres.
Film québécois à l’affiche, ici ce soir. « Un crabe dans la tête. » Il était temps, je sais. Hâte de voir ça. Je dis à Aile : « Me semblait que tu voulais voir « Quit », recommandé par les Faucher, non ?
Aile : « Non. Fait pas assez beau. Avec ce temps maussade, ce froid en mai, pas envie de nous (ce « nous » tout de même !) plonger dans une très triste histoire de femme triste, accablée…»
Bon, bon. C’est Aile qui mène en ce domaine !

Le vendredi 17 mai 2002

Le vendredi 17 mai 2002



Articles de David et son grand-père
parus dans la Presse durant l’été 1999
dont Jasmin parle aujourd’hui

1-
Soleil et vent très fort ce matin. Notre petit quai de travers et l’énorme quai de la plage publique dérive, voyage vers l’ouest, échoue chez les Boissonneau et puis, dérive nouvelle —vent changé de bord— chez Maurice, mon autre voisin ! À l’heure du lunch, pschitt !, nuages gris se joignent partout et Galarneau se tire ! Bye bye !
Erreur dans mon entrée d’ hier :pas un milliard au délateur suicidé, non, un juste presque deux millions. Reste que c’est les gages de trois décennies de labeur allant à un seul homme(au courage et à la repentance bien rémunérés !) pour une seule année de loyaux services. C’est ça qui est écrit « loyaux services » sur ma carte de retraité de la SRC.
Belle visite tantôt : mon cher David, devenu un grand jeune homme. C’était mon vis à vis dans La Presse durant tout un été. Sur mon écran, paquet de messages. Un nouveau lecteur s’amène, ravi, enchanté des « journées nettes », il a lu l’articulet du chroniqueur web paru hier matin de La Presse. Je lui ai souhaité la bienvenue. Marco, le genre idéal, me suggère pour l’été de rédiger : « journées nettes pluvieuses », de tenir journal ces jours-là seulement. Bonne idée, je trouve. Drôle. Me confier au journal par mauvais temps seulement. Un plan pour maugréer chaque fois, non ?
Mon Marco en profite pour me donner l’absolution (orbi et urbi !) à propos de mes vagues remords : « ai-je accaparé de trop, un temps, ses trois mioches ? ». Fin, il me remercie même pour ces soins-divertissements.
Hier, chez Charon, historien venu jaser de son livre sur un Patriote venu de Suisse :Girod. Qu’on avait déclaré « suicidé » pour calmer les esprits de 1838 mais qui aurait été « exécuté » dans sa cachette à Rivière-des-Prairies. Trop court entretien comme toujours comme si au « Canal D » nous étions à une grosse commerciale station stressé par ses pubs !
Un correspondant qui m’aime mais… « il y a des répétitions ». Oh oh ! C’est cela aussi tenir un vrai journal. Pas un « arrangement » comme trop souvent chez des auteurs vaniteux. Un journal c’est (aussi) trois choses : a) des répétitions inévitablement, b) du coq à l’âne évidemment et c) pas de beau style. Ce qui n’interdit pas, subitement, de envolée poétiques, lyriques. Ça m’arrive parfois et avec bonheur… pour moi du moins.
2-
Jean Letarte me lit, « en pitjama », me dit-il, avec son café des matins. Que je devine bien noir. Je lui ai répondu qu’il figurait dans ce « Je vous dis merci », chez Stanké, puisque c’est à cet ex-réalisateur (aussi peintre et bijoutier) que je dois la dramatique « Chemin de croix dans le métro », Prix Anik-Wilderness de 1971.
À TV-5, ou Artv (?), le Festival de Canne hier soir à 21h. , Ses entretiens et ses petites novelles. Un animateur plat. Bredouilleur. Embourbé et vaincu par la sagacité quasi-agressive d’une Breillat — elle a un film à la Quinzaine — à sa table ronde. Ouen. De la télé amateur. Avant ce « Cannes-spécial », fausse chasse à l’ours dans un vieux village du sud-ouest de la France, Un docu bizarre où des amateurs se déguisent avec du noir à chaussures (!) plein les mains et pourchassent les loustics accourus. Après, Bernard Rapp fait jaser Charlotte Ramplng à son émission copiée sur le Lipton de New0York. Excellente heure ! Une actrice de cinéma étonnante. Radieuse avec pourtant des souvenirs lourds, une psychée encombrante, des attitudes rebelles qu’elle a utilisé sans cesse pour ses personnages toujours étonnants, mystérieux. De la télé fameuse à ces « feux de la rampe » d’Artv.
Coup de fil de David McColley. Le médecin qui achetait notre cottage de la rue Querbes en 1999. Il a lu « La petite patrie », a terriblement aimé, me questionnait : « Ma belle-mère qui vit en Autriche…je voulais lui envoyer ce « La petite patrie »… si traduit en anglais ? » Eh non ! Non. Sa surprise : que ce récit ne soit pas encore édité chez nos anglos. Je ne dis rien à cet urgentologue expatrié du « far-west canadian ». Je préfère ne pas embarquer dans ce que je pense là-dessus.
3-
J’ai regretté l’égocentrisme et la bourgeoisie des jeunes nouveaux romanciers. Jamais de travailleurs dans leurs récits ! Or, je lis ce matin : « Prêter des sentiments forts à des personnages du quotidien est un geste politique ». Voilà. C’est le cinéaste marseillais, Robert Guédiguian qui dit cela. Il est à Cannes avec son « Marie-Jo et ses deux amants. ». Il ajoute : « mon romantisme (chez ces petites gens) est, dans un sens, révolutionnaire. » Bravo, bien dit. Qui sera le prochain romancier d’une ouvrière, d’un ouvrier, continuant le Gilles Bédard, chômeur, de « Pleure pas Germaine » ? Suffit des héros égotistes, instruits, inquiets de devoir égarer le cellulaire, l’ordinateur de poche, ou ses belles planches de surf !
Avoir lu Esther Gidar (« Jasmin sur barbelés »), fuyant au Québec sa patrie retrouvée en vain, devenue un agressif camp militaire, continuel envahisseur de Palestine, Israël, je lis sur un courageux, étonnant, cinéaste de là-bas. Son film( au Festival) : « Kedna » (vers l’orient, en hébreu) oserait un dialogue franc et décapant entre un Israélien et un Palestinien. « Nous aurons des enfants révoltés, génération après génération » dit l’Arabe. Ce Janusz lucide déclare : « Israël n’est plus un pays juif ! » Il craint un peu son retour chez lui après Cannes. On lit aussi, même matin, que de plus en plus de « réservistes » de l’armée d’Israël refusent de combattre les si « proches voisins », les Palestiniens . Objecteurs de conscience, comme du temps du Vietnam pourri, tant de jeunes recrues se réfugiant en Canada. Espoir ? Un tit peu.
4-
Yves Duteil, le chanteur, lointain neveu de juif accablé célèbre Dreyfus, tourne dans nos parages. Il a fait de chansons nouvelles sur ses années récentes et terribles : mort du papa, maladie de l’épouse, etc. On lui raconte l’Ardisson fessant notre accent : « pas sexy Miss Arcand et à mettre aux rebuts. » Il s’en étonne. Dit que « c’est charmant de nous entendre » …Téteux un peu ? L’accent des « habitants », oui, l’accent désarticulé de nos citadins ? Ouen, pas joli du tout. Ce n’est souvent que charabia, hélas. Pour des raisons historiques, politiques. Économiques aussi. C’est certain.
Mon cher David —qu’Aile est allé chercher au Terminus des bus—va y goûter encore côté accent. Il y aura nos « quoi ? », nos « comment dis-tu ? », il le sait bien. Ça le fait rigoler et il se corrige volontiers —en notre présence— du « parler-ado » bien connu. Aile l’aime, il est bavard, cocasse, très franc. Nous allons encore le cuisiner. Nous sommes si curieux des us et coutumes des nouvelles générations. L’on va s’instruire encore davantage sur les visions d’avenir et les rêves de… « ceux qui viennent ». Bon séjour brave David !
5-
Duteil : « Je tente de ne pas livrer les miens en pâture, tout de même. » Oh ! Les miens ?… avec « La petite patrie » ou « Enfant de Villeray » ? En pâture ? Je ne crois pas. L’impression plutôt de les avoir valoriser. Facile ayant eu une enfance heureuse. Je devrais questionner ma quasi-jumelle Marielle là-dessus… elle qui vient de m’envoyer une belle nouvelle lettre. Elle accepte maintenant, m’annonce-t-elle, de remettre (crédits d’impôts ?) la liasse énorme de mes lettres mensuelles —depuis 10 ou 15 ans— aux archives nationales de la B.N.
Bush savait : on allait détourner des avions, il y avait des complots. Messages du réseau Al-Qaeda. Oui mais… Enfin quoi ? Le fou-à-complots avec son livre fou, en France, aurait-il un peu raison ? Silence organisé des FBI et CIA ? Non. Nul ne prévoyait ces avions détournés changés en bombes volantes sur des tours de Manhattan ! Mais des gens —de tous les bords— réclament maintenant une vaste enquête publique sur… ce que savait exactement les « agences » et La Maison blanche. Au juste quoi ? On va bien voir.
Oh ! Le gros quai-radeau de la plage n’est plus là chez Maurice. Vent de l’ouest plus fort encore. Qui le recevra? Ce qui es trouvé d’un échouage (vieille loi maritime) serait la propriété du trouveur ? Un vrai beau radeau ! En bois « traité ». Ce matin : danger le « cuivre chromaté » de bois traité est un vif poison à mesure que ce genre de bois vieillit. Brrr !
Ce « Kedma », le film courageux sur Israël et Palestine, est signé, je le découvre à l’instant : Amos (!) Gitaï. Le verra-t-on ici. À l’Ex-Centris seulement et peut-être ?
Allons accueillir le David valeureux, tiens, il fait deux « bacs » en même temps, il aura donc un sac rempli de manuels savants !

Le jeudi 16 mai 2002

Le jeudi 16 mai 2002

1-
Hier, mercredi, soleil tout l’après-midi, de retour de « Montréal-théâtre et dentiste », bain solaire sur la galerie en chaises longues, la rouge pour bibi, la jaune pour…baba. Aile. Avec lectures. Des textes d’un jeune voltairien québécois, bourgeois de Rimouski par sa maman, père disparu en colonie anglaise lointaine, soldat juvénile en Italie pour les Républicains, avocat par accident, anticlérical farouche, esprit libre, ouf ! Arthur Buies (livre paru chez Trois-Pistoles ); devenu vieux et re-converti au catho, marié sur le tard, l’arthur se fera—payé par l‘État— publiciste des « Pays d’en haut » niché dans la soutane de ce gros curé-sous-ministre (Labelle), personnage étonnant, ami de Mercier, alors « chef » d’un Québec qui redressait un peu la tête.
Une lecture illustrant une fin de dix-neuvième siècle Québécois captivante et cela vingt ans après la Rébellion, celle de nos vaillants et impudents Patriotes.
Ce matin :le sombre. Le lait là-haut. La blancheur d’albâtre partout. Ouash ! Ce journal « à nourrir » régulièrement m’accapare trop. Je ne retraitais pas pour me soumettre à un nouveau carcan, hein ?
Je viens de faire oublier mon testament , j’ai organisé « ma » cérémonie des adieux à… écrire dans ce tout récent « Écrire ». Non ? Ai obtenu « trois étoiles » par le « maître d’école Martel », non ? C’est que j’y arrive mal. Tenir journal est une discipline. Je hais les disciplines. Je songe donc à le quitter. Du moins pour l’été. Disons de juin à octobre. Ça fera pas de grosses vagues. « Ce qui est gratuit ne vaut rien ». Un adage faux ?
Onze messages sur mon écran ce midi ! Plusieurs « in english » ! Chaque fois, sans répondre vraiment, je gueule (par écrit) « EN FRANÇAIS SVP ! » Fait-on cela toujours, toujours, dans nos murs ? J’espère.
Donc vu, mardi soir, le Buissonneau au théâtre « Go ». Non mais quelle connerie ce nom de théâtre ? Le « Go ». Une bêtise rare. Choix de son animatrice hors du commun, la costumière Noiseux ? Sais pas. Rue Saint-Laurent : bâtisse mode « structure à l’air », minimaliste. Tristounet. Pas assez de subventions à ces architectes nouveaux ? En dedans, froideur mais du sacré bon café au petit bar du fond. La salle : encore ces nefs froides comme à « L’espace C. ». Il n’y a donc pas d’équivalent nouveau à ces merveilleuses vieilles sales de théâtre d’antan (et, jadis, de cinéma souvent) ?
Décior : des tables de café, des chaises, un écran (inutile et mal orné avec des images d’un peintre de Paris !) Plein paquet à surprises textuelles, Tardieu (sous-Queneau, sous-Prévert ?) et de bons moments d’un étonnement fantasque. Beaucoup de temps…moins forts. Le jeu avec le lexique et le sens des mots, ne m’a jamais beaucoup attiré. Tardieu offre parfois de lumineuses acrobaties verbales et mon Paul B., c’est sa veine, sa hache, son terreau de prédilection, s’y ébroue (comme un jeune chien qu’il est resté, Dieu soit loué). Une soirée divertissante dont, hélas, il ne reste rien.
Je serai toujours, au théâtre, du coté d’un Arthur Miller (pour prendre un seul exemple) celui de « Mort d’un commis-voyageur ».
Aimer ou admirer.
Tout est là. Tardieu et ses semblables (Beckett, Adamov, Ionesco) sont des gens de cirque (cirque langagier). Oui, on est épaté ici et là et oui, hélas, on est pas ému. On n’est jamais bouleversé. Il n’y a que des exercices brillants et la petite troupe du « GO » est pleine de bons talents, très capable de rendre ces vertigineux jeux avec les phrases…folles, ambiguës, alambiquées, surprenantes. Théâtre moderne ce « Cabaret… » ? Oui et non. J’aime les textes modernes, j’ai aimé —seul exemple— « Le ventriloque » de l’ « autre » Tremblay, au même théâtre. Il me faut une histoire, on peut me la narrer n’importe comment, de façon avant-gardiste et sans le vieil ordre chronologique si on veut, mais je reste froid s’il n’y a pas un récit, oui, une histoire.
2-
Hier matin, Aile chez son dentiste. Je fais des achats dans le quartier et vais à la « banque Desjardins » puisqu’il faut dire « adieu » aux Caisses pop, ce me semble. Puis, n’ayant pas apporté « mes » livres, je relis ce « Ethel et le terroriste » qui traîne sur une table de coin. Eh bien…c’est génial ! Oui, oui, génial. Hon ! Quoi ? J’aime faire rire de moi, moi ! Ce texte rédigé en un seul week-end me prouve aussi, hélas, que je serais probablement incapable de répéter un tel haut fait (gagneur du prix France-Canada dans le temps, 1964).
Maudite vieillesse ! Et puis, in petto, je me dis : tu pourrais t’y essayer, juste pur voir. On sait jamais. Le démon sur mon épaule ? Un fou hen ? Aveu encore gênant ? Aggraver mon cas, ces temps-ci, pas mal narcissique ? Oui. La veille, la télé si plate, et rien à lire encore, je sors d’un rayon à livres, mon tout premier bouquin : « Et puis tout est silence » (1959). J’ai beaucoup apprécié. Hon ! Hon ! Rions, c’est l’heure. Oui, j’ai trouvé cela fort estimable pour un premier essai. On y voit des maladresses, ici et là, c’est évident, aussi des mauvais emplois de mots, de tournure de phrases. Et quoi encore ? Je me suis surtout amusé de déceler des tas de thème qui, par la suite, me reviendront et seront repris. Mieux exploités, oserai-je dire.
Ces deux lectures auto- rétroactives firent qu’hier, au soleil, je cherchais une novelle histoire à conter. Je tentais d’imaginer un « dernier » roman. Sur mon écran cervical (oh !) défilaient des idées de roman, des tas de personnages. J’ai fini par me calmer et surveiller d’un œil, les « tits zoiseaux » de mes alentours. Le lilas bourgeonne gros. Le bouleau nouveau aussi et le sorbier à mi-côte du terrain et les innombrables chèvrefeuilles. Tout va péter, éclater bientôt et nos regards seront émerveillés une saison de plus. Au prochain jour d’ensoleillement, ce sera les feuilles toutes neuves. Le beau vert de la terre avec le bleu du ciel. Vive l’été qui viendra !
3-
Encouragé par mon auto- adulation naïve :voilà que je traverse (un peu en diagonale) mon « Alice vous fait dire bonsoir » (1985). Ah b’en là, dit le ouistiti. Quel talent unique ! Faut que j’en expédie une copie au critique Stanley Péan se proclamant « amateur » de nos polars. Il y verra un véritable chef d’œuvre !
Non mais… Suffit ! Du calme, candide lecteur de ses ouvrages. Franchement, ce Alice-polar est digne de n’importe quelle histoire du genre. Je n’en reviens pas. Hein ? C’est moi qu ai pondu ce « Alice… » ? Épaté, je suis. Riez, riez ! Mon détective retraité, l’as Asselin, buveur de Pernod, fumeur de cigarillos, a obtenu un contrat bizarroïde. Il doit surveiller des voisins dans un logis loué pour lui par une Marlène étrange d’Ottawa (là même où je venais d’emménager, rue Querbes ), et découvrira une rancune « juive » renversante. Un dénouement effroyable ferme le récit. Une fois de plus, me voilà tout stimulé à composer un… « dernier » roman. Et ce testament, et ces adieux ? Je suis fou.
4-
Fèves germées, cailles, potage tomate-patate, gâteaux pris à l’École des mirlitons marmitons, hier. Soleil reluisant, ado avec un Kodak luxueux qu rôde, sur la galerie du « B and B » d’en face, un homme affalé sur un banc. Parking de l’église d’à côté plein de chars. Bingo ? Une Jaguar décapotable blanche. Deux gamins courent derrière un ballon de soccer. La vie, la vie. Un vieux numéro de février dernier, l’hebdo gratuit « Ici », pris dans l’entrée. Le Robert Lévesque fou récidivait, affirmant détester, « sans les avoir vus » (!), les récents films d’ici. Ça fait peur !
Hier midi, Chemin Bates, suis allé saluer Lynn à sa cantine de « Publicor ». Je gueule à la troupe des scribes : « Vous venez d’être acheté par TVA, vous le saviez ? » On rigole. Cadeaux pour mes deux petits-fils. Une jeune dame me salue familièrement, me dit qu’il y a longtemps qu’on s’est vu ! Je ne la reconnais pas mais je fais mine de…Danger des « notoires » qui font de la télé. Certains ont l’impression qu’on voit le monde dans les salons ? C’est le « si je t’ai vu, tu m’as vu, non ? » Tout va si vite.
Un observateur du journal : « Vous faites du coq à l’âne…dur à suivre. » Quoi ? Reproche irrecevable. C’est cela, justement, un journal, cher monsieur.
Vu un film loué hier soir : « The others » (Les autres). En 1945 : une dame bien (vivant et ses deux enfants) engage trois domestiques pour l’entretien d’un vaste manoir sur une île Normande. Le papa est en France mais la guerre vient de finir. On guette son retour. Les malheurs commencent. La fillette voit des choses, une vieille, un couple, un garçon se nommant, dit-elle, Victor. Des esprits morts ? Bruits étranges au grenier ! Vous voyez le genre? Maman affolée. C’est long, c’est bien lent. À la fin, un coup de théâtre étonnant. Ouengne :un film divertissant. Reste rien. Et je n’ai guère le goût de revenir à ce « Mausolée… » sodomiteur de Guibert. Avons regardé, Canal D, « Histoire à la une », une fois de plus. Hum ! Fidel Castro en grande vitesse, ellipses niaises, puis « Le Ryan du « non à une patrie » , avec les Yvette », rafales d’assertions; bref, décevant encore une fois, c’est « L’histoire à la brume ». Le Charron ne reviendra pas la saison prochaine. Eh !
4-
Rêve bizarre cette nuit, de nouveau, constatation encore que les rêves se tissent à partir de réminiscences de veille : défilé de la Saint-Jean (je pense à un conte pour CKAC là-dessus), j’y amène les enfants, puis, je suis à Pointe-Calumet revisité (Jodoin, mon voisin, me parle de « lui » installé dans un texte d’ « Écrire », hier soir), grange vaste, un monde à la Fellini (on a parlé de Fellini Aile et moi), des gens de cinéma concocte un film, je refuse de m’en mêler, Gaucher et de Santis (j’ai pensé aux amis de jeunesse, hier, sur la galerie) me mettent en garde contre ces gens de cinéma, soudain, je dors avec un des fils de Marco. (Hier soir, David et puis Gabriel me téléphonaient ). Mon gendre, interromps notre sieste sur un quai de bois peint, Marc mécontent veut reprendre son fils, agressif. Moi, plutôt étonné, je lui résiste. Il tire sur son garçon mal réveillé. Il me semble jaloux de moi, du papi-gâteau ! Il caresse son fils, lui parle doucement, le prend dans ses bras et… me fuit ! Je me réveillerai.
En vérité, j’ai songé parfois que mon accaparement, jadis, de ses fils, pouvaient l’encombrer. Lui au travail et moi (1985-1998), retraité et très libre pour les conduire en excursions diverses. Fou, non ?
Un choc profond pour Aile et moi hier soir. On songe à monter dormir et, dernier coup de zapette, à la télé de la SRC, un documentaire d’un certain Brouilette sur le cinéaste défunt Gilles Groulx. À « Vues d’ici », le titre : « Trop c’est assez. »J’ai connu Groulx, vingt ans comme moi, en céramique. Beau jeune homme aux cheveux blonds, aux yeux d’un bleu clair. Il y resta peu de temps.
Le choc ? Lui en vieillard prématuré, vivant comme un misérable clochard dans un sinistre refuge pour débiles. Silhouettes inquiétantes tout autour de lui. Des gens perdus, fauteuils roulants, marchettes cognée en couloirs, la télé sans cesse dans un coin, les grosses bercantes rassemblées. La vie écrapoutie ! C’est trop !
J’en suis complètement secoué. C’est assez ! Aile pas moins abasourdie que moi. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? On ne le saura pas, hélas. Une interview pénible, libre, pas du tout explicative. Effrayantes images, effroyables propos confus de Groulx. L’horreur ! Nous sommes fascinés, malheureux, rivés à ces images infernales. Groulx, barbe hirsute, grise —il a cent ans ?—cheveux effilochés, buvant au goulot et tentant de rassembler péniblement les souvenirs du jeune cinéaste censuré qu’il fut à l’ONF. Groulx fut une sorte d’imitateur suiveur des pires conneries insignifiantes du Jean-Luc Godard dépouillé si subitement de ses premiers dons. Des extraits montrés, on se souvenait des incohérences « révolutionnarismes d’un cinéaste mal équipé intellectuellement pour dénoncer efficacement les abus « du monde à consommations » acceptées. Un Patrick Straram, un Vanier, poète illuminé bégayeur de condamnations floues. Tout ce pauvre carrousel de nos ivrognes—ou drogués— marxistes. Le gang de gaspillés, généreux et futiles, ces bohémiens désaxés des années ’70.
Deux heures de douleurs ! C’était un film amateur, pas assez… clair, trop…confus pauvre jeune Brouillette.
Le pire si j’ose dire : les pubs. Sans cesse. Aux huit minutes. Par paquets. Voir Groulx se noyer et devoir endurer ces spots crétinisants. Faire cela à un tel documentaire c’est pire que la pire pornographie. Une honte pour Radio-Canada.
Une de plus. Au moment où les patrons jouent aux malins avec les grévistes en ce mai de 2002. Un patronat qui vient de se congédier (et qui le sait fort bien) ce matin, les syndiqués venant de refuser les offres. C’est certain cela, c’est classique avec une telle corporation fédéraliste, tout comme en mars 1959, la grève terminée, Ottawa congédiait tout la bande de ces patrons incapables de « garder la paix syndicale » : les Ouimet, Viens, (Colbert, Lamarche, un peu plus tard), Jean-Paul Ladouceur, lui, « drette là ».
5-
Vu l’autre soir, en reprises à TVA, le « meilleur » du Grand blond. Hilarant ! Oui, décidément ce Marc Labrèche est un animateur hors du commun. Il peut devenir fou rare. Capoté. Iconoclaste. Audacieux Ses bafouillages (visuels ou sonores) finissent par arracher l’adhésion si vous avez un peu l’esprit surréaliste. Faut le faire ! Chapeau, son amateurisme accepté, ses intuitions débridées, ses improvisations surprenantes font parfois florès. À fond ! Hors du « meilleur » il faut endurer souvent de invités niais, des trous noirs, des ratés et des bavures, des déchets quoi. La loi des aventureux ?
On offrait un milliard sept cent mille piastres à une « balance », un indicateur de police. Salaire faramineux pour un voyou, un tueur, un bom, un délateur sans vergogne.
La police —qui nous protège est riche de l’argent public, celui des travailleurs taxés et imposés !— doit donc verser une fortune colossale pour obtenir des preuves.
Preuves valables quand une charogne humaine —la lie de la terre— bavant sur une autre charogne humaine ! Eh!
Aile — comme moi— a bossé trois —presque quatre— décennies pour avoir quoi ? Un demi-million, un million au bout de sa carrière ? Pour une infirmière c’est un peu moins ? Pour un agent de police c’est un peu plus ? Il n’en reste pas moins qu’il faudrait neuf cent existences bout à bout de salariés ordinaires pour ramasser ce pactole offert par la police pour faire cracher le morceau à un assassin…repenti ! Repenti ! Hum !
Fin de ce conte de fée monétaire: le bavard se tuait ! Cri, cri, cri, mon histoire est finie ! Un conte amoral !
6-
Ce matin, festival à Cannes, photos de Woody Allen partout. Et moi incapable de ne pas songer à ses photos pornos prises avec une ado (devenue sa fiancées !) qui était sa fille adoptive en quelque sorte, dont il avait charge morale. Je ne puis plus admirer ce créateur. C’est ainsi. Je suis bin ancien, hein ! Ma vive déception quand ceux que j’ai admiré se montrent soudain en crapules infâmes. Du déchet humain. Ainsi pour Picasso, que j’admirais tant et qui s’avère (à mesures des témoignages) un père absolument (et écoeuremment) dénaturé.
Dans le sérieux magazine IUSA « Variety » : au bout des appels hystériques d’Américains pour le boycott du Festival de Cannes —qui se tient en cette France « horrible »— oui, « Variety’ ose publier que la France de mai 20023 est exactement comme la France nazifiante de 1942. Folie ? Francophobie (mais oui !) couvante qui se déculpe ? Maladie mentale ? « Variety » n’est pas une poignée de hypocondriaques sionistes ! Au pays où il y a le plus de Juifs (après New-York) et d’Arabes, il subsiste quelques têtes brûlée, c’est inévitable, disposées à brûler des synagogues et à renverser des tombes d’israélites.
De là à comparer l’ex-France envahie (et certes en bonne part docile et même favorable au pouvoir « brun », —il faut pas craindre de le dire désormais) et la France de 2002…Des dieux juif sont tombés sur la tête aux USA. Exagération farfelue et donc insignifiance mais il restera des traces pénibles entre Hollywood-Variey et Paris-Cinéma.
7-
Le chef Laviolette (CSN) et le chef Landry : rien ne va plus ? N’empêche le grand chef syndical a raison. Récompenser un Mulroney, travailleur du fédéralisme infatigable, en faire un héros québécois (médaillé) est une connerie rare. Parler des beaux efforts de Brian pour deux traités honnis (Meech et Charlottetown), des offres combattus par tout le Québec souverainiste …
Landry a besoin de repos, c’et urgent.
Ce matin, colonne nécro : « mort d’un inconnu ». Un de plus. Encore un. Qui est le sulpicien Wilfrid Éthier ? Eh bien il était un professeur savant, dévoué et estimé des collégiens du collège Grasset, il y a longtemps. Un inconnu vient de mourir. Il ne saura jamais qu’un élève se souvient de lui, dans son journal intime, à Sainte-Adèle. Paix à ses cendres !
Et moi,, pas mort encore ? Non. Je sors de la clinique du docteur Singer. Jour de son rapport des analyses récentes . Eh bien, mes affreux contempteurs vont en baver. Tout baigne ! Je suis en bonne santé, cœur, ooumons, reins, alouette ! Il n,’y a que ce satané mauvais cholestérol. Mais il va me régler ça. Qu’il dit. Une diète ! Ah misère ! Adieu École des marmitons, leurs sauces grasses (si bonnes) à la française ! Singer m’a parlé comme un Montignac. Pas des trois maudits P. Pomme de terre (en frites !), pain (trop sucré) et pâtes (mes délices).
Aile ravie de ce bilan mais un peu énervée de devoir changer ses menus, s’adapter, adopter les mets dans les trois P. Tantôt elle allait acheter du…poisson ! Ouash ! Et du pain de blé entier. « Fini le beurre, qu’elle me dit, on va faire comme en Italie du sud :huile d’olive pure (machin à froid ) dans le beurrier ! » Oh oui, je vais râler. « Et des légumes… » Oh Seigneur ! « Et des fruits mossieu le diariste ! » Ouengne, pas trop!
Et me voilà avec l’achat d’un gros flacon de comprimés (sans ordonnance, au magasin voisin de la clinique) de…de quoi ? « Chol-Aid ». Ce docteur Singer, ça m’arrange bien, n’aime pas trop, le chimique, penche vers les produits naturels. Bien.
Un comprimé de chol-Aid avant chaque repas ? « Oui, et avec un verre d’eau », dit le vendeur de choses naturelles. Il méprise les pilules de magnésie, le pepto-bismol (mon sauveteur d’indigestions), et un truc que Daniel, mon fils, me recommandait, il y a peu. « Tout cela n’agit pas bien comme le chol-aid qui a trois fonctions, lui… contrarier l’acidité, installer dans l’estomac… Expédier dans le sang…» Blablabla ! Bouché en cette matière, bibi !
Bin, bon. On verra. « Revenir me voir, ici, pour examiner le progrès, dit Singer le toubib. Ce foie « trop paresseux », hérité de qui ? … On va me priver de ce que j’aime. Adieu les gâteaux de l’École…Ah je souffre d’avance. Mon royaume pour un morceau bien sucré ! L’Aile si heureuse pour tout le reste : « C’est pour ton bien, Cloclo. Tu vois tout va si bien à part ça, chanceux, il n’y a que ton méchant cholessse ! »
Je pense à ce beau jeune homme de vingt ans, aux yeux si bleuis, aux cheveux si blondés…et qui est mort, lui, en 1994 dans une refuge sordide, Gilles Groulx. Je pense aussi à un talentueux gaillard, cinéaste, doué lui, sans mémoire désormais, désespéré. D’un pont, ll s’est jeté à l’eau. Dans la poche du noyé on a trouvé un bout de carton, c’était écrit : « Mon nom est Claude Jutra. Je suis cinéaste »
Écrit pour lui.
Promis, Aile tendrement aimée, je serai docile.

Le mardi 14 mai 2002

Le mardi 14 mai 2002

1-
Hier soir, en ville, hockey, la dégelée hors de l’ordinaire, une raclée étonnante, totale, pour le club Canadiens et ce matin, la neige à la mi-mai, à plein ciel. Ailleurs, l’agressif Sharon faisant face à pire que lui : « Il n’y aura jamais, jamais, de pays nommé Palestine ! » proclament des énervés d’Israël, Bon. Que dire ? La déprime partout !
Comme pour nous divertir, à midi, foin du lunch à sandwiches, nous somme allés, sous cette neige maudite, « dévorer » la bonne soupe —habituelle du « Petit chaudron »— et des hot-dogs, oignons-moutarde, à cette chère gargote au pied de la côte. Avec frites. Avec vinaigre. Et café-déca, expresso. Dessert ? Une cigarette. Aile m’épate, se délecte du dessert-maison —crêpe au sirop d’érable— et résiste à prendre « sa » poffe ! Rencontre : Cyrille Beaulieu, ex-camarade d’Aile. Bonheur de rencontrer un ex-compagnon de travail —chef d’orchestre— du temps qu’Aile faisait « du variété ». Sa compagne, institutrice, va prendre sa retraite. Le couple a acheté, il y a pas longtemps, une maison au bord du lac, pas loin de notre rue. Qu’ils veulent rénover. Un « work in progress » qui sera lent », dit le musicien retraité.
J’ai parcouru en diagonale ce récent roman de Messadié. Je déteste toujours cette sorte de roman où se mèle de faits réelsde l’Histoire. Chute du roi de l’ Égypte coloniale, Farouk, venue du nationaliste indépendantiste Nasser. Ces dialogues…inventés, comme si l’auteur-narrateur y était. Pouah ! J’Ai mieux aimé, je l’ai dit, le petit récit de Esther Gidar : « Jasmin sur barbelés » sur ce même sujet. Messadié cite soudainement Cioran : « S’exiler c’est accepter de perdre son identité. »
Le fameux Cioran (un de personnages de M.) parle de son temps quand les « chartres de droits » n’encourageait pas du tout à la non-intégration des exilés. Désormais c’est le ghetto subventionné, l’encouragement —bien démocratique ?— à conserver tous ses folklores, quoi. Citation aussi de Guénon : « Le révolutionnaire est condamné à mener une vie d’esclave ! » Aïe !
Avons — après ce hockey humiliant— visionné un ancien film de Casavette (« Gloria ») . Pénible plutôt. Histoire abracadabrante d’un petit garçon abandonné par sa famille qu’on vient d’éliminer (pègre) et qui s’accroche désespérément à une ex-maîtresse de mafieux, une voisine délurée (jouée par madame Casavettes) et bien rapide sur la gachette. C’est long. C’est lent. C’est assez assommant d’invraisemblances…voulues.
Ce matin, chez Paul Arcand —que félicite Foglia dans sa chronique d’aujourd’hui— le chef de l’éducation, un étonnant Sylvain Simard qui va déclarer soudain que depuis le rapatriement de la Constitution, ce sont « les juges qui gouvernent » et non plus les élus du peuple. » Ça causait du kirpan à l’école ! C’est cela « une société de droits » et il faut obéir aux tribunaux. Bien ! Mais qui sont ces juges de toutes ces cours et d’où viennent-ils exactement ? Quel pouvoir avons-nous face à ces non-élus. Peut-on les « débarquer » s’ils errent ? Eh !
2-
J’ai toujours apprécié la lucidité du dramaturge le plus illustre du Québec, Michel Tremblay. Il vient de déclarer que ce fameux succès remporté hier soir à San Francisco avec « Encore une fois… » tient à la notoriété de la fabuleuse comédienne Olympia Dukakis… « puisque l’on ne sait rien de moi, là-bas ». Reste que ce triomphe pourrait lui ouvrir des portes importantes aux Usa. Rêvons : après les Tennessee Williams et autres Arthur Miller, pourquoi pas le Québécois Tremblay en dramaturge nouveau acclamé par tous les des Américains ? Ça ne m’étonnerait pas, moi.
Je lis dans mes gazettes que Baril « le député-patroneux déchu » se fera tabletter (dans un job chromé) sans que le chef libéral Jean Charest n’y trouve rien à redire. Ce serait un bon copain, quoi ! Voit-on mieux la vaste « chapelle » des copains comme cochons ? On se jette des injures pour la galerie. Dans les coulisses c’est un « club » uni, solidaire. Jadis, des observateurs de ces « ententes clandestines louches », un De Virieux, un Pierre Pascau, dénoncèrent cette situation incestueuse. Vainement. Pauvres gnochons d’électeurs que nous sommes qui s’imaginons voir des opposants radicaux quand il s’agit d’un bonne vieille confrérie de cochons-de-copains.
Anne Thivierge —lettre ouverte— publie ce matin : « Le gouvernement doit garder un contrôle sur tous les aspects de la vie en société. » Sainte-Vierge ! Non, non ! Jamais de la vie. Or je n’ai aucune confiance aux capitalistes, aux prêcheurs du « privé partout »,pas davantage en cette droite —à la Mario Dumont— avec le « moins de gouvernement possible ». Qui suis-je alors ? Combien sommes-nous ? Comment, où, nous inscrire ? Sous la rubrique : anarchistes ? Je sais pas hen ?
Stephen Harper, élu hier soir, chef de « L’alliance… ». Il cause français. Il fut installé, toit jeune, en « immersion française » par ses parents dont il ose dire (courageux ?) « qu’ils l’ont fait probablement pour se débarrasser de lui !!! Aïe ! Le Stephen affirme qu’il n’a pas eu à le pratiquer souvent puisque le Canada n’est pas du toit un pays bilingue.
Lucide, bravo !
On lit ce matin (Le Devoir) son speech contre le bilinguisme à la Trudeau — un rêveur romantique le Pet qui affirmait pourtant préférer la raison aux émotions ! Donc, un échec total avance Harper. Un non-sens. Une connerie, une folie qui a fait crouler des montagnes d’ argent public stupidement. « C’est un pays unilingue, le Canada », il le dit, il le sait. C’est la vérité. D’une même bouche, hélas, bouché et borné, ce chef Harper déteste la loi 101 qui protège (un peu) la langue du 2% de francos en Amérique du nord et il voudrait abolir ce bilinguisme officiel. Stupide en effet.. Et, entre nous, qui a fait reculer, qui a retardé la venue de notre indépendance (« objectivement », je le proclame). On sait plus s’il faut l’encourager ou le fustiger.
J’encourage mon petit-fils David qui étudie à Concordia, le félicite, il sera bilingue bientôt. Partout dans le monde, il y a des personnes bilingues —trilingues c’est encore mieux. Il n’y a pas de pays bilingue, allons, pauvre Pet mort, c’est une aberration.
3-
Mon adversaire idéologique, Lysiane Gagnon, frappe dans le mille ce matin en ridiculisant le récent questionnaire des sondeurs chez SOM. « Malhonnête », dit-elle. Vérité. Elle détaille la manière que l’on a rédigé les questions. Du biaisage éhonté, dit Gagnon. Et des commentateurs myopes y allaient, y vont de propos sérieux, d’analyses graves ! Des farceurs ? Des innocents ? C’est une farce qui a fait plaisir évidemment à Mario-le-privatiseur, à John Charest-le-défusionneur. Ne pas croire que je souffre pour un Landry en pente douce. Oh non !Rien de mieux qu’un bon séjour dans l’opposition pour ce parti tout embourgeoisé.
Un écrivain s’engage ? C’est si rare au pays des « écrivains d’État », tous entretenus comme des guidounes. Subventionnés. Noël Audet (« L’ombre de l’épervier ») attaque furieusement les patrons de Radio-Canada qui oublient qu’ils ne sont pas des proprios des ondes publiques mais que des petits valets en gestion, qu’il ne sont que « nos » employés, les « cracheurs d’impôts ».
4-
Un congrès chasse l’autre ces temps-ci. À Mont-Tremblant, un tas de ministres en justice veut trouver les bons moyens de « nettoyer le net » des vicieux pédés à mômes. À Montréal, congrès de l’ACFAS. Ça jase accent, français international, national…On y voit des Suisses et de Belges. Colonialisme ? Les délégués du Québec seraient seuls à proclamer la supériorité du Français de Paris ! Discussion sur…le sexe des anges : il y aurait le patois, le vocabulaire exotique, les trouvailles valables…ou non, la langue régionale et… aussi la diction, entendre la prononciation…
En effet, un cultivateur —je pense à feu Ubald Proux, pomiculteur de Saint-Joseph— parlant mal (selon les critères des puristes) avec un accent « d’habitant » formidable, reste un locuteur merveilleux. On ne ratait pas, avec mon Ubald, un seul mot. Il articulait, le bonhomme. Il prononçait ses phrases inventées par lui avec un éclat confondant. Le reste ? Broutilles !
Il sortira de ce caucus un beau rapport et une liste effarante de « notes de frais », factures plantureuses signées par ces délégués chéris, auto-proclamés « experts » et cooptés. Tout ce chiard de ratiocination à nos frais de cochons-de-payeurs –de-taxes. Comme toujours ! Fermez vite les bars et les bonnes tables, Seigneur !
Une étude (congrès autre !) signale : un suicide rendu public, celui d’une notoriété quoi, peut entraîner d’autres suicides. Est-ce bien vrai ? Oui, dit un rapport parmi d’autre rapports. Non pas que le suicidé (tel celui, jadis, d’ une Marylin Monroe ou, ici. un Gaétan Girouard, reporter célèbre de TVA) engendre des cas nouveaux, non, mais cette publicité fait se décider ceux qui y pensaient, qui, alors, sortent de leur état de velléitaires. Eh b’en ! Silence donc ? Comme on fait, dit-on, pour ceux (plus fréquents qu’on pense ?) de notre Métro. Est-ce bien vrai?
Il y a pas longtemps, on pouvait lire : « Citoyens d’ici, n’allez surtout pas en Algérie, danger ». Ce matin : Marois, la ministre, de retour de ce pays en régime militaro-dictatorial fait appel aux Québécois : » Allez en Algérie faire des affaires, c’est le bon temps ». ‘Cout donc ! Est-ce dangereux, oui ou non ? Des réfugiés d’Alger, à Montréal, pourraient aller raconter à Mme. Marois comment le gouvernement (promoteur de si beaux projets) agit face à ses dissidents. Des contes qui n’ont rien à voir avec ceux des « Mille et une nuit », elle devrait bien s’en douter.
5-
J’expédie —lentement, trop—du journal pour la pré-production du bouquin automnal aux Trois-Pistoles. Amusant, surprenant parfois, de relire en vitesse, des faits survenus en janvier ou en février, il y a quoi ?, deux ou trois mois seulement. Le temps file, des « entrés » me surprennent. Tout change, se métamorphose si vite. Des riens s’agrandissent, des « bizarreries » s’atténuent. Comme c’est fascinant !
Hâte d’étrenner mon beau vélo à 700 piastres ! Cette satanée neige ! Puis-je continuer à jouer le frugal avec ma bécane de luxe ? Dire que j’ai déjà moqué le Foglia qui jasait sur sa monture à mille piastres. Silence désormais. Honte ? Pourquoi ? D’où ca me vient… Cette manie de conserver le pus longtemps possible mes vieilles affaires. Mon enragement un peu puéril quand mon Daniel, ado normalement impétueux, brisait mon vieux vélo de jeunesse ou une vieille machine à diapositives ou une vieille ciné-caméra payée 30 tomates pour du film 8mm.
Édouard, mon vieux père mort, réparait sans cesse ses bébelles. Maman détestait ses rafistolages fous. Un barreau de chaise devenait une rampe épaisse par les mains maladroites de ce bricoleur indigne ! Papa fuyait les magasins, tous, il détestait acheter du neuf. Hérédité ?
Bon, départ maintenant pour Monrial, théâtre. Celui de Tardieu vu et corrigé par l’ami Buissonneau. Je devine déjà des visions surréalistes renversantes. Hâte pour une fois… pas de cette crainte habituelle quand Aile loue, un peu malgré moi, ses deux fauteuils…de théâtreuse invétérée. On y va ! J’en reparlerai.

Le dimanche 12 mai 2002

Le dimanche 12 mai 2002

1-
Un ciel dominical blanc. Si mat. Bof ! Je suis bien. Je suis heureux. Je pense soudain à un « vieux » de mon âge qui est dans un centre pour… vieux, qui est pas bien du tout, il y en a, non ? Sa mémoire qui flanche… Le comprimé- miracle pas encore testé comme il faut. Sa détresse… Je prie pour lui. Pour eux. À ma manière. Union de pensée. De prières. Je pense à une fillette, en Palestine, dans des ruines, perdue, orpheline, photo qui traîne dans un coin de gazette n’est-ce pas ? Les ballottées sur terre, il y en a trop. Je pense souvent, si souvent, à ce jeune garçon vu dans un reportage de Michaële Jean et son compagnon de vie, à Haïti-la-misérable, elle me hante encore cette séquence, ces images d’un gamin au regard déjà si lourd, si pesant, si pesant, d’une gravité anormale pour son âge. Qui m’avait donné frisson. Un malaise grave.
Mais bon, je suis bien ce dimanche matin, je suis heureux. Il le faut bien.
Le monde en chamailles, misère, n’a pas le droit de me gâcher mon bien-être. Quoi?, quoi?, je n’ai rien fait de mal. Enfant, notre mère menaçante, pour une rumeur, du bavassage, on se défend aussitôt : « J’ai rien fait de mal,, m’man. Je le jure ». Vous vous souvenez, Rien de mal.
Pauvres de nous, les impuissants des malheurs de la terre. Se soulager de ces pensées noires. Comment ? En vivant. Tout bonnement. En continuant. Modestement. Pour ceux, au moins, qui nos entourent. Un devoir simpliste. Le devoir d’être léger malgré tout. Rappelez-vous : nous avions un problème et notre mère disait : « Avance. Donne le bon exemple. » Le bon exemple. Illustrer un fait indiscutable, vrai qu’on a de la chance, ici, en ces temps-ci, en Amérique-du-nord-la-chanceuse.
2-
Vendredi midi. Montréal. Aile s’ ira à ses courses dès notre arrivée à Outremont. Trouver des casseroles, des plats : aubaine notée au « la Baie » de Rockland. Moi, je file luncher avec les garçons de Daniel, comme promis. Thomas, « congé pédagogique » est chez lui. Fougueux, il me saute dans les bras comme lorsqu’il était tout petit. Cet enfant m’aime fort. Son chien, Zoé, lui aussi, que de belles façons frénétiques dans le portique, rue des Coopératives. Départ vers Sophie-Barat, pas loin, pour ramasser Simon, le grand frère. Pâtes au « Pasta Extress », rue Fleury.
On jacasse. Ces deux ados me semblent en pleine forme. C’est bon de les voir si souriant, en santé totale, ouverts, curieux, généreux. Ils m’écoutent raconter le garçon « aux doigts disparus » au Van Houtte de Val David . Ils rient. Thomas me parle de ses prouesses en skateboard, sa passion parascolaire actuelle. Simon m’annonmce qu’il Il laisse son job d’« emballeur » au marché Métro du coin. Travail aux vacances d’été, pas avant. Bravo !
Les études ? Cette question ? « Ça va, papi, ça va. » L’un a un 90% en français, l’autre a eu un 100% en telle matière. Mon Dieu, moi, dans mon temps de collège, je ramais péniblement dans le 60% et ça me forçait. Est-ce que l’on pondère les notes de nos jours ? Hum !
Arrêt chez un Jean Coutu pour collation. Permission de petits cadeaux pour « la fête des mères », dimanche. « Non, non, Lynn préfère des poèmes, des dessins, elle a insisté là-dessus. On n’achètera rien », me dit Thomas. Que beaucoup de gommes à mâcher. Un livre à rabais pour le papa. À propos de bouddhisme, son sujet de réflexion actuel. Reconduite de Simon boulevard Gouin, l’ancien couvent de filles des Sœurs du Sacré-Cœur est devenu un gros complexe pour « clientèle » —mot d’aujourd’hui— mixte. Plein de jeunes Noirs. Haïtiens de Montréal-Nord ? Sans doute.
3-
Revenu au foyer, Lynn qui travaille seulement trois jours par semaine, fait des tisanes. On jase de tout, de rien. J’en fume une. Une seulement. Eux ont vraiment cessé de fumer et tiennent bon. Je les admire. « Allons promener Zoé », dira Daniel. Ce noiraud excité tire, à m’arracher le bras, sur sa laisse. Arrivé au parc, liberté, il ârt en fou. Fait la revue « reniflante » du parc. Un temps plutôt couvert, comme on dit. Tant pis. Le vent n’a pas cessé depuis deux jours, ici comme dans les Laurentides. Soudain, un écriteau et je prends conscience du nom de ce vaste parc :Jean-Martucci. « Qui ? Tu le connaissais ? » Je parle de lui. Élève doué et sage du Grasset. Un « premier de classe » et pieux… dont on se méfiait un peu les cancres. Martucci sera ordonné prêtre, deviendra un expert en livres sacrés anciens, rédacteur en la matière au Devoir, un jour, il deviendra « le » brillant délégué du Québec en Italie. À une émission d’ « Avis de recherche », il m’apparut soudain sur l’écran de télé et me questionna : « Claude, pourquoi, à moi, tu passais pas ton petit roman ronéotypé, hein ? » J’avais bafouillé. Pas envie de révéler en ondes : « On te « trustait » pas maudit fifi des moines, éternel premier de classe ! » Niaiseries de cet âge bête.
4-
Arès la merveilleuse halte chez mon fils, je file vers la rue Saint-Hubert, angle Ontario. Quartier bigarré. Vie vive dans ces alentours. Un western ! Décor anarchique. Stationnement rue Saint-Christophe où j’aperçois des maisons rénovées bien jolies. Rue Saint-Hubert, bureau d’avocats-criminalistes, un édifice bancal, louche presque, où m’attend l’équipe d’Alain Gravel pour mon témoignage filmé sur le Villeray quelque peu pégrieux et sur le bandit effrayant, longtemps ennemi public numéro 1, un as des évasions (onze ou douze !) et surnommé « Le chat », Richard Blass.
Bandit dangereux, garçon pourtant né (rue de Castelnau), baptisé, communié, confirmé dans ma bonne paroisse Sainte-Cécile. En mémoire de ce lascar terrifiant, j’avais composé ce roman noir : « L’armoire du Pantagruel », car, au bar Gargantua, rue Beaubien, Blass avait assassiné dans « l’armoire à bière » 13 personnes. Troublante fin de carrière. Blass se fera tué (oui !) par la police dans un chalet de Val David. Comme la police assassinait son célèbre homologue (en coups furieux) Mesrine à Paris !
Découverte sympa : le père de mon caméraman —petit monde, le Québécois !— est le fils de Jean Beaudin, le cinéaste de l’esthétique adaptation filmique de mon roman « La sablière ». Je lui raconte des anecdotes de notre entente de jadis. Et lui me dira : « Ah, ce conte « La Sablière » tourné aux Îles de la Madeleine ! A la fin, on voulait plus manger de maudits homards. Écœurés nous étions !» On rit. Le preneur de son, lui, est le neveu du romancier Poulin (« Volkwagen Blues »). Il me dit que la belle-maman de cet oncle-écrivain est la proprio du bâtiment parisien où —au coin de la concierge— travaille le Poulin.
Le vent rempironne mais le jeune Beaudin ne craint rien et commande que l’on tourne l’entretien sur le toit de l’édifice. « Derrière vous, dit-il, regardez, il y a plein de ruelles et ce sera comme l’illustration des ruelles du votre temps, de celui de Richard Blass. » C’est bon. On tourne, silence !
5-
Plus tard, je dévorerai la chère pieuvre grillée à la mode libanaise. Nos bonheurs, à Aile et moi, à « la Sirène de la mer », rue Dresden, tout proche de notre pied-à-terre du Chemin Bates. Yam, yam ! Soudain : « Ah, Claude ! Bravo pour votre article publié avant-hier dans le Devoir en l’honneur de Sita Riddez. C’était formidable, très poétique. » C’est Jean-Marc Brunet, ex-aspirant-boxeur de Villeray, devenu millionnaire avec ses magasins de produits naturistes. Il nous dit qu’il était son élève —comme le fut mon épouse décédée et l’Aile bien aimée —rue Durocher. Qu’il y a connu, élève aussi, sa compagne de vie, la si mignonne Marie-Josée du téléroman populaire, « Rue des Pignons », signé Mia Riddez, sœur de Sita. Oui, le monde québécois est tricoté serré.
6-
Avant de partir parler du bandit villerayien, plus d’encre dans ma machine à Saint-Adèle. Ashh ! Je déteste cela. Peur ! Jamais certain de bien savoir soigner ces… bobos ! Je note la marque, la sorte, ah pis, j’emporte la boite et la fiole, supposément vide ! J’ai vu, tiens, une petite « bio » de Serge Lagacé. À Télé-québec. 60 minutes. Un bandit repenti. Il a fait les mille mauvais coups et , souvent , du pénitencier. Maintenant, le surnommé « Coq de Montréal » fait des figurations dans des films…de bandit !
Une gueule ! Un film vite fait hélas. Un de ces « docus » plutôt « botchés », faute de moyens car le héros valait, lui, le déplacement. Avec une sorte de …prudence, sinon de pudeur, ce Serge-rangé racontait ses éclats sinistres de jadis. En bavardant, nous pouvions, peu à peu, bien voir la relation entre les rêves candides du jeune « bom » et désormais ce même rêve…de la célébrité. D’une gloire. Cette vedette des « Allô Police », Lagacé, a parlé aussi d’un besoin, ado mal parti, d’aider les siens, d’apporter de la richesse à sa môman ! Je n’avais pas envie de rire. Je le sentais sincère.
Richard Blass, le chat, lui aussi, écrivait à sa môman de belles lettres (j’ai pu en lire des bouts dans la recherche d’Alain Gravel), d’un amour véritable. Et j’ai songé que ce vieux désir des malfrats venait de loin, de creux, de toujours. Qu’il était le feu premier de tant de carrières, les unes honorables, tant d’autres, misérables, hélas. Qui conduisaient d’un songe valable aux potences, aux chaises électriques. Même motivation plus ou moins admise : pourvoir payer un château à la pauvre maman bien- aimée de son enfance. Éternels petits gamins voulant venger l’humiliée, la malchanceuse du sort. Des « engins » tarabiscotés d’Hollywood aux tragédies des grands auteurs Grecs.
Vu, jeudi dernier, le comique Jacques Villeret avec Bernard Rapp, jeudi soir à Artv. Gros garçon timide. Rond comme une bonne boule de crème glacée !Carrèire étonnante. Héritier des Bourvil, Fernandel, de Funès…Villeret répond aux questions et ne cesse de jouer le gamin comme pris en faute. Oui, je suis célèbre ,mais j’ai pas fait vraiment exprès ! Modestie des grands comiques. « C’est la chance, je travaille pas tellement ! Je me prends pas la tête ! » Sympa au maximum ce rond gaillard qui me fit tant rire —à me ordre littéralement à certains moments— dans « Dîner de cons », il n’y a pas si longtemps. Ce « Les feux de la rampe » passe bien la rampe. Souhaitons que cela continue.
7-
Ce matin, je me lève le premier, ça m’arrive parfois : pour cause de vent mauvais, la moustiquaire des toilettes … à terre ! Je regarde cela. Aile est dans ma tête. Vais-je réussir pas à poser la chose…Malheur à moi si…. Non mais…Je sais qu’il est défectueux. Le vent a eu beau jeu de le jeter hors de son cadre de fenêtre. Bon. La peur.
L’entendre me crier d’en haut pendant que je prépare le café du matin : « Claude ! T’as pas pu vraiment … » Brrr… Je n’y mets. Et, bon, je réussis à poser la bébelle. Tant bien que mal. Aile va examiner la chose tantôt je le sais. Je la connais. Elle dira : « Clo, mon chou, mon amour, tu as pas réussi à vraiment bien remettre… »
Je fais une vie dangereuse. Haute surveillance. Les femmes. Aile…elle, oui, me guette. Me dompte aussi. Elle fera de moi un bon petit mari bricoleur un jour…Mais quand ? Ça. Je raconte cela car je sais que tant d’hommes, comme moi doivent sans cesse se garder d’être négligents. Mais oui, cher poète Aragon, oui, oui, « la femme est l’avenir de l’homme. » C‘est ça chante Aragon, chante et moi je m ‘échinais sur la maudite moustiquaire que le maudit vent s’acharne à débarquer de ses rainures.
Ce vent a jeté mon canot noir à l’eau, a renverses le vieux pédalo du vieux saule pour le jeter sur la elouse… Il a cassé des branches partout durant notre absence en ville, à semé des détritus ici et là. Ah, quelle vie quand un mauvais vent vante à ma porte et… que sont devenus mes amis… des morts trop souvent.
8-
Oh, hier soir, vu un film merveilleux sur « les oiseaux migrateurs » Si envoûtant ! Images étonnantes. Couleurs se déployant dans tous les ciels de la planète terre. Que d’ailes devant nos Yeux. Aile éblouie comme moi ! Buses, oies grises, (le peintre Riopelle, fou d’oiseaux, mort avant d’avoir ou voir ce film, hélas !) immenses pigeons, colombes, tourterelles blanches, beiges, canards aux plumes colorées si diversement , pélicans, hérons, hiboux, perroquets rouges, macareux, nos fous de bassan, aigles, faucons, bernaches du Québec, cols verts, j’ en passe, j’en oublie. La beauté céleste !
Un film qui vous donne deux heures de beauté inouïe. Une soirée qui transporte au-dessus de l’humaine contrée, nous nous envolons, nous planons, silence au ciel, nous piquons, nous plongeons, cris, becs aboyeurs, nous voguons, icares avec nos yeux hypnotisés. Quelle belle chose ce cinéma moderne. En avion, en hélico, en montgolfières, avec des jumelles, des lentilles « zooms » les imagiers actuels nous offrent ces tableaux vivants…
Cela bouge sans cesse, parade nuptiale, défilé du mariage, jalousie, bataille, drame du triangle, dans tous les sens, par milliers soudain, formant une sorte de gigantesque nuée au dessin capricieux, soleil caché, noirceur d’un instant. Ou, en gros plan, écran bien rempli, par deux yeux d’un rouge de grenat rare, de grandes mains aux doigts de plumes noires d’une voilure légère, un bec si jaune, si crochu, un doux se sauve, un farouche attaque, la mort d’un crapaud, rien, ces oiseaux qui ne cessent de se suivre du temps meilleur, migrations rituelles, une murale mirifique. Une fresque mobile si séduisante. La joie, un écran de beauté pour ceux qui aiment les documents de la télé sur la nature. Ici, un comble ! Des lumières inoubliables. Étangs bizarres, océans calmes , mers déchaînées , glaces en avalanches bleues, banquises qui filent au soleil trop bas, désert d’Afrique…Oui, la beauté sur grand écran. Rêvons de voler Aile, rêvons !
Jeudi midi, Aile semble décidée. On va à l’atelier de vélos de la vieille gare de Mont-Roland. « Faut nettoyer ta vieille bécane, il y a des limites ! » Je dis : « Vrai ! » Hier, on y retourne. L’expert joue le zouave ou quoi » « Ça vaut pas cher votre machine. Si je répare tout ce qui se déglingue, vous en avez pour 80 tomates » « Bon,. J‘irai ailleurs, je dis. »
Non, Aile va y voir. La connaissez-vous ?. Un neuf comme le mien, c’est 300 dollars mais si vous aviez des usagés ‘ » Le bonhomme doit jouir; « Ah , chanceuse petite madame. Il m’en reste un. Un dernier. » Il le sort. Ouengne ! Tout en aluminium avec des gadgets. « Il valait 700 piastres vous savez ». Bedang ! Folie ! Euh, je vous le laisse à moitié prix :. 350 piastres. »
Mais oui, Aile toute fière, heureuse pour moi.
J’ai mis le vélo luxueux sur le support. Et Aile, dans le portiue , admire l’engin : »Tu faisais pitié avec mon vieux vélo de fille acheté en 1973. Et gnang, gnan gnan… La femme est l’Avenir de l’Homme !

Le jeudi 9 mai 2002

Le jeudi 9 mai 2002

1-
Non mais… brume encore un 9 mai ? Bof ! Faire mine de s’en foutre. Hier, avec Galarneau à son poste au zénith, première balade avec nos vélos. Le bonheur retrouvé. Le vélo c’est toute ma jeunesse. Fraîcheur de l’avant-midi dès la sortie de la Jetta au parking de Sainte-Adèle est, Chemin-Pierre-Péladeau. Nous avions des blousons. Portions des pantalons. « Des pantalons longs » disions-nous jadis. Drôle non ? Sur l’ex-chemin de fer, certains y allaient de la pédale en shorts. Brrr…Plaintes d’un bon gros ! Les imprévoyants.
Petit-déjeuner au bout des premiers efforts, comme en guise de récompense. Cela, cette petite bouffe du matin, comme l’an dernier, au Van Houtte de Val David. Yum ! Œufs, rôtis, confiture et…fruits. Aile : œufs avec viandes (bacon, saucisses) et patates ! La gourmande ! Depuis qu’elle ne fume plus du tout, elle a des envies de dévorer… de tout ! J’ai peur. Je tiens à ma peau. Moi, j’en fume une après chaque repas.
À ce restau du coin de la « track », les flâneurs habituels, des retraités rieurs, d’autres cyclistes comme nous. La serveuse-chef avec un bel accent du…Chili, Bolivie, Pérou ? : « Ah ! C’est donc vous ! Je vous ai entendu à TVA chez monsieur Bruneau. Je suis de tout cœur avec vous : on ne peut tout réussir, carrière et vie familiale. Moi, j‘ai dit non. À beaucoup. Je viens du sud et j’ai dit « oui » à mon homme, un Québécois. Et ainsi, j’ai tourné le dos à une carrière dans mon pays. Ici, cela a été autre chose mais je ne regrette rien. »
Elle est enjouée, efficace, fait plaisir à voir. Je me dis :pourquoi devoir ainsi couper, retrancher, pourquoi donc ne pas pouvoir tout avoir ? Je ris de ma réflexion sachant bien, le premier, que j’ai été obligé de renoncer à ceci voulant sauver cela. Ce trajet le long de la Nord, jusqu’à Val David, est merveilleux. Le silence d’abord. Total. Les vues sur la forêt. Les cascades rugissantes juste avant d’arriver au lac Raymond, à Val Morin. Ces rochers, monuments célestes, sur des hauteurs ou bien dans des ravins, tombeaux muets et anonymes. Ici on ne voit pas, comme au village, dix ou vingt sapins mais des grappes de centaines et de centaines d’arbres, sapins, oui, mais aussi mélèzes, érables, pins, bouleaux. Bouleaux qui sont d’un blanc si éclatant avant la pousse de leurs feuillages.
Chaque fois c’est un bain naturaliste qui nous stimule. Sommes si heureux maintenant de pouvoir de nouveau rouler dans cette large piste du « petit train du nord. » Avant de rentrer Aile décide de mettre mon vieux vélo « Québec-tours » (acheté en 1985) chez le…huileur et graisseur à sa boutique de la gare de Mont-Roland. Hen, quoi ? Ce sera 40 tomates ! Et elle m’a dit : « Tu cracheras un peu, Séraphin Poudrier ! » Non mais…
2-
Revenus, heureux, satisfaits, de l’excursion bicyclitale rituelle, prise de soleil sur balcon. Bronzons un peu. Des corneilles , sans cesse, tournent autour de notre mangeoire à mésanges et à pics. .Aile, furieuse, tape dans ses mains. En vain. Elles reviennent toujours ces noires bestioles ! Un racisme spéciale, non ?
Pour me changer un peu du Hervé Guibert obsédé en son triste mausolée de sodomites, envie de lire le récent Jean D’Ormesson : « Voyez comme on danse ». Bizarre, je m’en trouve comme tout heureux, tout ravi, léger. Au septième ciel ! Des mots joyeux. Des phrases longues mais si souples. Tournures anciennes certes mais bonne santé des propos dès les premières pages. Bien éloigné de certains mâles parisiens invertis et si fiers de l’être.
J’avais croisé, en 1981, l’Académiste fameux, abonné chez Pivot, lors d’un lancement pour mon prix France-Québec (« La Sablière »), à la Maison du Québec à Paris. Arrivant rue du Bac, mon éditeur me dit soudain : « Oh, chanceux ! Jean D’Ormesson est là ! C’est important, c’est un bonze du « Figaro », il est très influent ce mondain mais il ne va pas partout. » Présentation. Échange bref de propos vides entre deux verres …de cidre. Michaud (Yves) présidait à tout à la québécoise ! Je me moque un peu cruellement de cette cérémonie dans « Maman-Paris, Maman-la-France », surnommant D’Ormesson, De L’Hameçon.
Je lis donc son « Voyez… », en effet, c’est un homme d’autrefois et il est d’humeur égale, joviale, adore les potins, semble déférent, distant avec politesse (son vif regard d’un bleu de cobalt vise un point lointain entre le plafond et le haut de votre crane) ! L’homme est d’une politesse antique, tout cela rend agréable toute rencontre avec ce romancier bien nostalgique. Et avec ses mots.
Que de nostalgie encore avec son dernier livre. « Voyez comme on danse » est, hélas ?, un roman déguisé en livre d’histoire. Ou vice versa. Un cimetière, on attend un convoi funèbre. Un ami décédé. Beau, séduisant, brillant, iconoclaste, célèbre à force de ne rien faire ! Qu’on aimait et qu’on jalousait.
Petite foule des amis, même des rivaux, dont le narrateur—visiblement D’Ormesson à peine déguisé. Pour chaque « tête » de cette lugubre fête, un récitatf récapitulatoire ! Retrouvailles délicates parfois : ex-amoureuses, etc., Il part donc en cent, mille brefs récits rétros. Ses souvenirs illustrent un milieu chic, très « 16 ième arrondissement ». Vaste galerie d’aristocrates et aussi d’aventuriers, des chanceux se sortant de la basse extraction de roturiers….On sourit de ce Paris aux vieux sangs bleus.
Je lis, je lis…et bientôt je me lasse…ce monde dérisoire, hors- temps, aux origines de privilégiés blasés, ils m’assommeront sous peu, je le sens. Alors, je vais à un livre de Messadié, pris à notre bibilo par Aile. Titre : « 25 rue Solmar Pacha ». Ma surprise ! C’est le même lieu (Le Caire), le même temps (1950) du « Jasmin sur barbelés » : le roi déchu, frappé, Nasser au pouvoir, guerre aux portes, la fuite des bourgeois étrangers d’Égypte, la chasse aux juifs. Entre le « Jasmin sur barbelés » (un modeste récit véridique) et ce livre de Messadié, il y aura sans doute un monde. Encore un roman-histoire ! Je lirai au moins certains chapitres (vus en table des matières) car je n’aime pas lire un roman qui n’est que prétexte à donner un cours d’histoire. Je préfère les vrais livres d’histoire sans récit romanesque pour faire avaler les faits, la vérité. C’est ce que ce livre de Messadié doit être, je le crains.
3-
Avons vu un film, en vidéocassette, avec Robert Redford (« Le dernier château ») et avons eu envie de rire à la fin avec ce patriotisme, fort « patriotard », sauce USA bien connue. Le drapeau au vent, la main sur le coeur et la morale sauve : « Oui, les soldats révoltés qui cassent tout en cette prison militaire en avaient le droit car…ils étaient des martyrs d’un directeur cinglé. Récit souvent utilisé, on le sait. Mais film si bien mené, au suspense si bien ordonné, qu’il en devient une autre démonstration du savoir-faire brillant américain. L’ensemble, avec un Redford extrêmement convainquant en ex-général déchu —qui, désobéissant à Washington, commit une erreur fatal en Somalie— fait d’un tel film mineur une excellente occasion de divertissement.
4-
« Groupaction », agence à lobbying de Montréal, devrait être baptisé « Groupàfédérat ». La firme de publicitaires, favorisés par les Libéraux, est engouffrée dans une merde médiatique. Merde engendrée par le gaspillage éhonté —« politico-patroneux »— que l’Opposition dénonce sans cesse. « Groupàfédérat » est embarrassée maintenant par la condamnation de « l’examinatrice » officielle d’Ottawa, hier.
Ils « communiquent » ce matin : « On a sauvé un Canada en grand danger, suite au dangereux « 50-50 » du référendum de 1995. » Un messie quoi, un sauveur des fédérats, via les annonces, fanions, écriteaux, drapeaux, enseignes, bannières, bandes d’arénas, drapeaux, guenilles et torchons rouges, placards partout. Partout !
Chréchien, audacieux, applaudit. L’enquête étant confiée à la RCMP ! Quand on sait que cette police fédérale peut 1-rédiger de faux communiqués du FLQ, 2-mettre le feu à des granges, 3-voler des listes électorales, 4-installer des bombes (chez Steinberg), etc…On peut avoir confiance comme le chef Chréchien. Non ? La RCVMP va conclure : « ouiaille, toutes ces magouilles, ces gaspillages scandaleux, c’était pour la belle cause « anti-patrie » québécoise ! » Fermez la boîte de pandore. Okay ? Compris ? Notre peuple québÉcois est pas fou. Un jour, tout cela éclatera, et notre pays normal, notre nation normal l’aura. Regardez bien ce que je dis, maintenant, en mai 2002. Je verrai cela avant de mourir, moi qui attend cela deouis1960. Cela adviendra. J’en suis convaincu. Je verrai ce jour merveilleux en serrant dans mes bras mes petits-fils devenus adultes et qui, comme ceux de leur génération, ne toléreront plus la folle mascarade fédrate. De cela je suis sûr et certain.
Le Dion-à-moustache de Chapleau, distrait, affirmait avant-hier : « Mais non, la pub ça sert à rien ! ». Puis , hier, se reprenait : « Peut-être bin que oui. » On sait en tous cas des choses clairs sur ce fatras d’argent public dépensé avec les bons copains : c’est cher, très cher. On a payé un prix fou dans cet « Almanach du peuple », devenu prostitué ouvertement. Vous y lisez un long reportage sur, par exemple, Trudeau. Vous apprenez qu’on a pris votre argent pour vous faire lire ce « publi-reportage ». Et beaucoup ! Tarifs exorbitants ! Un scandale de plus. Bof ! C’est 40 millions par année cette pub fédérate ! Argent public. Et cela, depuis 1996. Calculez : c’ »est donc 300 millions de nos dollars, à ce jour, de taxes et d’impôts —pour nous et ceux du ROC. Et l’autre avec son : « La pub, la commandite, ça sert à rien ». Le traître stipendié, le renégat à notre patrie balbutie, bafouille, il achève de ronger son fromage.
5-
Le Roger Drolet chez Marc Labrèche avant-hier soir: « Le féminisme est une invention des hommes pour mieux rouer les femmes. » Rires dans la salle et salve de « hourras » des filles présentes. Pauvre Simone, pauvre Kate et Cie. Ignorance ou facétie pour faire rigoler —droletter— l’auditoire ? On sait jamais. « La femme est soumise à l’homme et heureuse de l’être », continue notre héros en litotes variées.
Le gaillard des dimanches soirs de CKAC semblaient s’amuser ferme de ce « grand blond » jouant volontiers le tit-clin, le tit-coune qui saisit pas trop vite ! Labrèche excelle dans ce rôle du niais limité. Il me fait rire. Aile encore davantage. Ses grimaces de candeur sont efficaces en diable. Un bon acteur, le Marc.
Ça y était. C’était parti. Pas de confrontation, et bravo, tant mieux, ce n’est ni l’heure ni le lieu. Nous étions en contrée du divertissement de bon aloi. Drolet a l’intelligence de le comprendre. Aussi il joue de son fleuret gaillard en rigolant, sans se prendre au sérieux. Du music-hall quoi pas une chaire en Sorbonne hein ? Mutt and Jeff volontaires ! Laurel et Hardy de bon coeur ! Je riais et Aile aussi. Un bon moment de télé, faut le dire.
Plus jeune, mon Roger Drolet pourrait très légitimement songer à devenir un « stand up » comique d’autorité. Il y ferait florès. Il est doué. C’est un comédien peut-être amateur mais qui a du rythme et c’est l’essentiel. Il joue de silences calculées avec art, et aussi de fortes affirmations étonnantes avec un très bon sens du « timing », ce vétéran des stations de radio. À 19 ans, il « facétiait » déjà, à la radio de Joliette, pratiquant le genre « canulars de téléphone » sans vergogne. Et le premier hein ? Bien avant les Tex Lecor.
Chapeau à lui ! Pour le public sérieux c’est un bonhomme qui vogue de généralités en généralités. Le « cas par cas », mon Roger, il connaît pas ! Le grand public en est friand, lassé par tant de ratiocinations confuses. Jos Bleau et tante Armandine écoutent, rassurés, les élucubrations « claires » de l’oracle du cinéma Château : « Tous les hommes sont des cochons, des sensuels sans sentiment. Toutes les femmes sont sentimentales, généreuses et abusée. » Ça revole ! Au pays des nuances, Drolet n’existe pas. Et puis, là, la salle est vide. C’est plate. Il aime le pays des forts contrastes. La foule aime les monstres. Il en est un et si gentil, si poli. Malin et roublard. Rien à voir avec la réalité mais cela peut être tellement plus divertissant. Moi, j’aime les bouffons, le cirque, le vaudeville, oh ! les mélodrames aussi, je le prouve parfois.
6-
J’oubliais : au Van Houtte de Val David, un garçonnet près de notre table, avec son père, je l’aborde et lui fait mon vieux coup du pouce coupé en deux. Il m’observe. Il tente de m’imiter mais je lui dis : « Écoute, c’est long, tu pratiqueras chez toi et on se reverra un jour, peut-être ici. Il tente de m’imiter encore et s’éloigne. Il me revient bientôt résolu, me défiant. Joue avec ses mains comme moi, et me montre, lui, deux doigts disparus. Il les cache tout simplement. « Hein, hein ? Qu’est-ce que t’en penses, qu’est-ce que tu dis de ça ? », fait-il, fier comme Artaban. Aussitôt Je joue l’étonné, le renversé et le félicite : « Deux doigts, deux ! » L’enfant exhulte et aussitôt, le ventre en l’air, il éclate de rires si cristallins, si cristallins, que tout le petit bistrot s’en trouve comme embelli, les clients sourient, en sont allégés on dirait. Le blond gamin est ravi de ce public. Il s’en va, s’autocongratulant, avec son papa qui me fait un clin d’œil. Dans la porte ouverte du Van Houtte, le gamin lâche : « Tu pratiqueras ça pour quand on se reverra ! »
Un enfant de six ans triomphait d’un vieil adulte.
Et puis, ses rires si clairs, si clairs, ce matin-là, ah ! ma journée était faite ! Aile semblait ravie de ce vieux jeu du papi et de l’enfant, elle y est habituée, me dira encor : « Que tu as le tour, mon vinyenne, avec les enfants ».
Mon secret ? Je les aime.
7-
Hier soir, Aile, nerveuse, qui ne fume plus, dit qu’elle a besoin de salé-sucré. Je sais ce qu’elle veut. Je pars au dépanneur « bleu » de la rue Valiquette lui acheter croustilles et tablette de chocolat, son cher « Oh henry ». Ouf ! C’était son anniversaire hier, à mon taureau d’amour, —mon fils, le 13— les coups de fil ne cessaient plus. On ne s’achète jamais de cadeaux. Ni à Noël ou au Jour de l’An. Jamais. C’est entendu entre nous depuis longtemps. On dit en riant que nous sommes « un cadeau de tous les jours, l’un pour l’autre. À force de nous le dire…nous nous sommes crus !Et puis on n’aime pas trop sombrer dans les manèges usuels.