Le mercredi 1er mai 2002

Le mercredi 1er mai 2002

1-
Retour de promenade tantôt, découverte au bout de la rue Morin d’un site de neufs pavillons luxueux, dans une colline. Architecture bizarre. Hirsute ! Style vague et de « parvenu ». Voyant des sortes de marguerites jaunes sauvages, j’en arrache un plant et le planterai au pied d’un vinaigrier…pour voir. Aile craint un genre de « pissenlit » mais ne proteste pas trop. J’aime tant…planter. Ce matin, vite, devoir aller porter des chèques chez Desjardins, rue Valiquette, car, aujourd’hui, les voraces du FISC vont gober de nos économies ! Pas loin, le brocanteur. Incapable de ne pas entrer. Autre manie irrépressible. J’y crache pour 60 piastres de… « cossins », dirait Aile. Un voiler de bois, une aiguillère et son bol, un pot à mélasse, et quoi encore ? Rentrant at home : « Ah b’en, non ! pas encore des cochonneries ! Où est-ce qu’on a pouvoir mettre ça ? »
La leçon classique d’une rangeuse : ma belle Aile !
Téléphone de ma fille, Éliane : « Me rappelle, jadis, une excursion ensemble à l’Hôtel-Dieu pour nous faire ôter aux paupières…des sortes de pustules ! Elle me demande si je me souviens du toubib ! Oh non ! Moi, les toubibs, j’oublie les noms…brrr ! Je lui recommande une dermato de Notre-Dame que j’avais apprécié il y a 10 ans. Ira-t-elle ? Elle a vu son frère hier, a vu sa neuve mini-jeep —« oui, une bien jolie voiture »— promenade de Zoé ensemble, c’est le chien de Daniel. Un joli parc, immense, jouxte sa demeure au fils en son domaime Saint-Sulpice. Formidable, non ? Comme ça me fait chaud au cœur de les savoir marchant ensemble au soleil la grande sœur et son frère cadet. Comme je suis content chaque fois !
2-
Ni hier, ni ce matin, « La Presse » n’a jugé intéressant de publier mon petit « requiem » à Sita Riddez. Voilà que l’on annonçait hier la mort précoce et subite d’un chanteur-chansonnier qui ne me plaisait pas beaucoup, Sylvain Lelièvre. Le mièvre ? Je le trouvais un peu « drab », un peu fade. Du blues plutôt endormant. Mon opinion…mais il avait ses fans. Il en reste tout de même deux ou trois bonnes tounes.
Hier, il fallait être au « pied-à-terre », Chemin Bates et TVA me voulait pour un autre mini-débat. Thème : « Le hockey en éliminatoires ! » J’ai parlé d’un féminisme bebête, égalitarisme qui défait les différences nécessaires, ces filles qui singent les gars désormais, des trop nombreux « gros clubs » anonymes, d’argent désignant qui aura pour gagner la Stanley Cup , des joueurs millionnaires paresseux (selon Guy Lafleur lui-même), de la fin d’un certain patriotisme, celui de ma jeunesse.
« Ceinture fléchée », me lancent les deux vis-à-vis —car le Bruneau est un partisan de la Maréchal, ma foi ! Cette « injure » (?)me fait rire. Quand j’ai déclaré, —à mes risques et défiant le chauvinisme ambiant— avoir mieux estimer les patineurs Russes aux J.O. était-je toujours « ceinture fléchée » ? Ah !
L’Isabelle m’apparaîtra en chandail des « Habitants » ! Rouge comme sa chevelure ! On fait le topo, pour cette fois, en studio et aux côtés de Bruneau et je me sens alors bien plus à mon aise. J’ai demandé d’être toujours en studio à l’avenir. Voudra-t-on à TVA ?
3-
Avec l’amie M.-J. —ainsi consolée un brin de mon absence de ce week-end, pauvre misérable orpheline de son homme— Ale est allé voir une pièce (très) recommandée à Sainte-Thérèse. Hum… Pas fort, m’a-t-elle dit. Maudits critiques complaisants encore ? Le lendemain, elles allèrent au cinéma du complexe commercial de Saint-Jérôme; hum, pas fort encore ! Malchance ! Ce matin, éloges encore pour les textes de Tardieu monté par Paul Buissonneau au « Go ». Aile saute sur le téléphone. J’ai confiance. Je n’ai jamais oublier le Tardieu renversant (toujours monté par Paul) vers 1980 au « Quat’_Sous ». « Théâtre de chambre », joué par des élèves en théâtre, fut une splendeur visuelle inoubliable. inégalable. Pause :soupe. Tantôt, à la télé du 1er mai : Le Pen, à Paris, criant sur une estrade : « On a ramassé partout des gens contre moi, des francs-maçons, des communistes, il en reste et……des théâtreux, des intelllos… » Aile, bols de soupe en mains, choqué, comme insultée personnellement. Elle est belle quand elle se fâche !
En revenant de cette randonnée parmi les maisons prétentieuses neuves, rue Morin, rencontre fortuite d’une dame « théâtrale » un peu, disons tendance gitane. « Nanoushska », se présente-elle. Explique que c’est son nom de « plume ». Elle est une Noiret, Boiret, Mordet… Elle machouille certains mots, parle très vite. « C’est un nom de France, vous savez! »
Elle n’en revient pas de me voir « vous, en chair et en os ». Admet volontiers m’admirer et « suivre votre carrière ». Elle écrit « de la poésie. Oh un peu ! Bien peu ». Vient de Montréal, habite les Laurentides, il y a peu Sainte-Agathe, maintenant, Sainte-Adèle. Sort de pétrins. D’un deuil aussi. Rien de trop clair. Sympa, grouillante, hilare et grave par intermittences, très verbeuse. Elle dira : « Ah, vous, c’est donc vous, et qui je vois avec vous ? C’est elle, non ? C’est celle-là, c’est cette Raymonde dont vous parlez si souvent. Vous êtes devant moi, vous, le poète (je proteste à ce mot) vous paraissez plus jeune, en personne, mieux qu’ à la télé. Je vous ai vu encore hier avec Isabelle Maréchal. Vous nous amusez tant. Évidemment, c’est vous que je vois enfin. » Elle en frétille de contentement, montre des trous dans ses dents, touche un bras, ajuste, comique, son grand béret. Aile gênée.
La gitane hilare fuit soudainement avec des « au revoir ». Je dis à une Aile secouée un peu : « Tu vois, tu es profondément, indissolublement, irrémédiablement, ancré dans la littérature québécoise. »
Motte, pas un seul mot. Je sais ce qui la décoiffe, c’est qu’elle n’y peut rien. Qu’elle ne peut inter-agir. Qu’elle se voit comme manipulée par son horrible compagnon bavard et indiscret. Elle souffre ? Je ne crois pas. Elle s’en amuse pas mal. J’espère…
Souper tantôt. Deux poissons frais —sauces appétissantes, pas trop grasses— que j’ai ramené à 17h, tantôt, de l’École-Bouffe. Pas mal bon. Dessert ? Gâteau dit « boston » et je remonte fermer le clavier. Juste dire ceci : comme je suis content, heureux, Aile, livre sur le coin de la table, toute excités : « Tu vos, regarde Cloclo, je l’ai trouvé, ce petit oiseau couleur carotte, c’est un oiseau commun d’ici, le Bruant Hudsonien. Tu vois, la crête carotte, regarde, une mandibule pâle, regarde l’image, l’autre plus foncée. Vois sous le bec, dans le cou, regarde bien la photo, la tache noire ? Tu la vois ? C’est l’« hudsonien ».
Oui, grand bonheur de la voir si heureuse. mon amour qui fait, hélas, ce qui se nomme de la haute pression. Je met cela sur le dos de toutes ces équipées stressantes de réalisation, pour illustrer les textes de Victor. Elle me montre ensuite nos mésanges à tête e noire, autre oiseau commun. Dit : « C’est bien de savoir nommer les oiseaux, pas vrai ? » Vrai. Elle me fait voir ceci et cela, le « quisscal », trop présent dans nos alentours nombreux à son goût, des petites corneilles, puis le geai bleu, enfin, nos chères jolie tourterelles « tristes ».
Aile me montre la tourterelle « rieuse » ! Ah oui, c’est cela le printemps québécois. Dans quelques semaines, je la verrai de nouveau entourée de boîtes, de corbeilles, les poches de bonne terre, ses outils, ses gants, les fleurs étalées à ses pieds. Elle sera si belle encore cette année. Si belle quand elle s’exclamera —comme elle dit— : « Je fais mes fleurs ! »
Suffit. Aile nous a loué le film « Ali ». Ce sport est une folie grave, j’en ai parlé. Mais c’est l’histoire singulière, vraie, d’un gamin de ghetto qui boxe —seule voie de sortie pour les démunis de la négritude à cette époque. Il sera un grand champion historique, cet Américain Noir devenu musulman, changeant son nom de Cassius Clay en Mohammed Ali. Hâte de voir ce film tant vanté, il y a quelques mois.

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