Le vendredi 3 mai 2002

Le vendredi 3 mai 2002

1-
Cochonnerie de cochonnerie : de la neige encore ! Un 3 mai ! Déprime chez Aile et chez moi itou. Consolation ? Montez tenir journal.
Ce matin, tôt, coup de fil de TVA pour que j’aille vociférer un peu à « Dans la mire » de Jocelyne Cazin. « Ou bien on vous expédie le micro-ondes de TVA », dit la recherchiste. Quoi ? Quel sujet ? Sa réponse : « Vous allez sauter :un conseiller municipal juif de Motréal-agrandie, veut que l’on sorte le crucifix catho des murs de l’hôtel de ville ! »
Silence. Elle attend. Elle guette son vociférateur de service. Je sais ce qu’elle veut entendre. Envie de rire. Je la fais languir un peu. Je dis pour l’écouter roucopuler : « Oh, oh ! C’est terrible cela. Non mais, on est chez nous. C’est une tradition à nous, un vieux symbole, nous somme majoritaire encore, oui ? Quoi, le kirpan, oui et le crucifix, non ? » Etc.
Elle roucopule en effet : « Alors, dit-ele , vous venez ou on y va ? » Mais, pas fou encore, je dis : « Non. Impossible. Pas le temps. Merci de l’invite mais on prépare un banquet ici, ma compagne voudra pas voir de camion Tva dans la place. Une autre fois ! » Elle s’incline déçue.
Oh, Aile est pesante ! Je retourne au lit. Chicane aussitôt, Aile très mécontente : « Je t’ai entendu mon sacripan, encore ma faute, encore moi en empêcheuse de tourner en rond. Lâche ! T’as pas honte ? Tu joue ce jeu-là trop souvent, avec tes sœurs, avec tes enfants, tes petits-fils. C’est injuste, dégueulasse ! »
Ma foi, elle a raison. Je me lamente : « Oh, amour, c’est vrai mais toi aussi, si tu veux, tu peux te servir de moi pour te défiler, te déprendre d’une situation embarrassante, un couple peut servir à cela, non ? Je serais d’accord. » Elle grogne de plus belle : « Non jamais je ferais cela, moi. J’assume courageusement mes choix, moi».
Changement de ton :« Tu as raison, c’est pas correcte. C’est lâche. C’est trop facile. Je suis une lavette. Pardonne-moi. Ça ne se reproduira plus. » Je me colle mais elle me repousse. Elle boude, se lève, va se laver, pas contente du tout. Refuse mes bonnes résolutions.
Eh maudit que la vie réelle est pas facile ! Maudite neige de mai ! On cherche un coupable à l’altercation conjugale, pauvre petit Cloclo ? Pas fier de moi. Je me fais la promesse de ne plus me servir d’elle, jamais plus . L’orage passera. J’avais dit aussi à cette rabatteuse de grandes gueules : « Écoutez, j’ai déjà semoncé durement l’isolement de nos juifs hassidim d’Outremont, si ce conseiller n’était pas un juif…je refuse de me faire cataloguer zélé antisémite. J’ai donné. Ça suffit. »
Plus tard, lisant mes gazettes, je songe que je n’ai jamais aimé ce symbole du christianisme, la potence de bois, un homme crucifié, sanguinolent, plaies à la tête, au côté, aux mains et aux pieds …Ouash! Le grand fait religieux (évangélique) est la résurrection, non ? C’est ce symbole qui aurait dû être mis de l’avant. Sans ce « est ressuscité des morts…est monté au ciel », Jésus n’est qu’un prophète — démiuge, thaumaturge— et un sage. Je déteste cette sinistre potence. À l’époque du Christ des milliers d’innocents (rebelles à Rome par exemple) mouyraient sur une croix.
Or comment illustrer la grande et merveilleuse nouvelle d’un fils de Dieu revenu à la vie ? Pas facile. Une silhouette humaine en lévitation ? Un revenu des enfers —voir le « est descendu aux enfers » du Crédo— flottant entre deux nuages ? On dirait que —comme pour les Juifs et les Musulmans— il aurait fallu interdire, (dès les prêches du grand zélote Paul) les images, les « représentations » du Chrit-Dieu. Vaste débat non ?
2-
Je suis allé voir ce « Dans la mire », encore un débat mal foutu hélas et bien bref, bien mal articulé avec quelques témoignages du populo sans images. Un bon propos, un seul brillant, sortait de la bouche de Tessier, historien vulgarisateur : « Devrait-on dévisser la grande croix sur le mont Royal ? » Oh ! Tout est dit.
Content, au fond, de n’avoir pas participé à cette émission.
D’autre part, malgré ma désolation du symbole choisi il y a si longtemps…dire tout de même ceci —sur cette question du déboulonnage de symboles antiques : quand, bientôt, nos églises seront sans aucun doute transformées en centres culturels ou sociaux (ou les deux), devra-t-on dévisser toutes les croix aux clochers de ces belles vieilles bâtisses ? Retirer les beaux vitraux des fenêtres ?
Une réalité : tout débutait avec la venue de grands Croyants, catholiques en ce pays tout neuf. Cette colonie commençait (comme avec les célèbres « Pilgrims » du Massachusett d’ailleurs) par cette foi chrétienne très active. On baptisa la cité naissante de « Ville-Marie », des prêtre (les Messieurs de Saint-Sulpice) veillaient sur elle. Il y eut des héros d’une piété étonnante, généreux à l’excès :le fondateur Sieur de Maisonneuve, les Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et tant d’autres.
C’est cela, indéniable, un héritage. Qu’il faut accepter. C’est aux nouvrau venus d’étudier notre histoire, de tout faire pour s’intégrer (émigrants ou jeunes athées) hein ?
À nous de tout faire certes pour les aider à s’intégrer ( leur évitant les ghettos nocifs qu’encouragent les suiveurs de Trudeau et les fervents de « chartes à droits individuels » qui « séparent » les citoyens. À eux de tout faire aussi pour cette intégration essentielle. Installé, moi, en pays étranger (musulman ou bouddhiste) je ferais tout pour m’intégrer (et vite, pour mes enfants avant tout). Je commencerais par étudier très sérieusement leur histoire, leurs racines — leurs commencements.
Et je respecterais ces sources.
Le grand « idéal des débuts » —on peut bien s’en moquer en 2002— en rire carrément, reste une réalité soci-politico-religieuse. On n’y peut rien.
Cela se nomme « notre » histoire. L’hymne national en témoigne, faudrait-il changer les mots des hymnes nationaux de tous les pays à mesure des progrès, des idéologies courantes ? Folie ! Ce catholicisme, c’est notre histoire, notre culture. Et foin des déracinements. Croyant ou non, pratiquant ou non, c’est l’héritage à assumer, nos sources, nos pieuses origines, pas vrai ? Qui ça dérange au fond ? Des laïcistes zélés, des énervés anti-spiritualité ?
Oh, nouveau coup de fil de TVA, à l‘instant ? C’est la vaillante Annabelle du 17h de Pierre Bruneau : « Tantôt, je vais contacter Isabelle Maréchal, dites-moi ‘abord votre sentiment à propos des crucifix qu’un échevin veut sortir des hôtels de ville ? »
Ah bin là ! La belle enceinte-Isabelle serait-elle pour les crucifiés aux murs publics ? Je verrai bien.
3-
Très ému l’autre jour ma belle Aile. Je rentrais de ce topo-hockey à TVA : « Oh Clo ! Tu m’as bouleversé. Je t’ai vu à l’écran, tantôt, agitant ton petit doigt pour ces deux enfants de Québec, en fin d’émission ? Tu n’as pas craint de passer pour un fou. C’était insolite et c’est magnifique, bravo ! J’ai été très ému, tu es un homme merveilleux ! »
C’est que je lui avais raconté : au Salon, dimanche, deux enfants, gentils et éveillés et leur papa me causaient de mes brèves prestations de polémiste chez Bruneau et je déclarai : « Les enfants, la prochaine fois, je vous ferai un signe, juste entre nous cela. J’agiterai mon petit doigt, ainsi vous saurez que je pense à vous deux. »
J’ai donc tenu parole en effet. Et Aile m’aime encore un peu plus pour cela. J’aurais dû lui rappeler cela au lit ce matin ! Fier, très fier…qu’elle m’aime et que je puisse l’émouvoir encore.
Tantôt, au lunch., la voilà qui me revient du bas-du-village avec un objet déniché :un joli beurrier en acier brillant. Ale toute contente de sa trouvaille. Je n’ai rien dit tout en constatant que ma manie de brocanteur déteint sur elle. Enfin !
C’est quoi « sin » village, « son » lieu familier ? Pas une mégapole nécessairement hein ? C’est d’avoir son barbier (les frères Lessard) à mi-côte. L’utile tabagiste aux magazines étrangers presque en face. Avoir son encadreur, pour me essai d’aquarelliste (quand c’est un peu réussi) un peu plus haut dans la rue Morin. Dans la commerciale petite rue Valiquette ? Ma « Caisse », une modeste boutique d’électronique, le précieux cordonnier, mon cher brocanteur, l’atelier de couture. C’est cela un village, de tout et pas trop loin. Les cinémas du pied de la côte. Des restaus à mon goût, la « pita » au poulet chez Denise, en haut, ou mon cher « Délices.. » rue du Chantecler. Le joli petit parc en face, au bord du lac, ses arbres variés. J’en passe et j’en oublie. Le coeur d’un lieu choisi, adopté, c’est cela. C’est chaud.
C’était un peu cela, en plus mince, quand nous vivions au 551 de la rue Cherrier à partir de 1978. En 1985, arrivant au « village » d’Outremont, vite je dénichais tous ces marchands de quartier et il y en avait, rue Van Horne, rue Bernard, rue Laurier, Avenue du Parc. Tout était là. Je n’aime pas beaucoup les gros centres commerciaux où on va avec sa voiture. Anonymat inhumain. Sans aucune convivialité. Pas de salut, jamais de bonjour, on ne vous connaît pas, vous ne les connaissez pas. Au fond, est-ce que je veux retrouver toujours la chaude paroisse, ce Villeray chaleureux de mon enfance, où, accompagnant ma mère, on nous saluait dans toutes les échoppes, rue Jean-Talon, rue Bélanger, au Marché Jean-Talon ? Peut-être bien.
Oh, Annabelle me revient ! Ça y est mais Isabelle-la-maréchale n’y sera pas, ce sera mini-débat avec la belle Saint-Germain, une féministe qui s’engueule tous les matins avec le Dutrizac, à CKAC. Le camion « micro-ondes » est en route. J’aurais pu m’y rendre ? Paresse maudite… deux heures de route… alors, j’ai dis : « Je l’attends. » Et ferai-je signe encore, du petit doigt, à mes deux gamins de Québec ? Oui.
4-
Chez Bernard Rapp, à Artv, hier soir —un peu perdue— visite de la comédienne Miou-Miou. Autodidacte, donc —comme c’est fréquent, me dit Aile— elle semblait affublée du « complexe de l’imposteur ». La célèbre comédienne ne fut pas trop habile à décortiquer les questions posées. Silences, hésitations, rires insolites, etc. Cependant c’était très franc, gravement réaliste. Elle a les deux pieds sur terre l’ex-ouvrière-tapissière —mal payée— de Paris qui fut sauvée de sa vie routinière par le gang-de-Coluche et leur fameux « Café de la gare », en 1967. Miou-Miou fut bien en dessous du merveilleux bavard Philippe Noiret —qui la précédait à cette nouvelle émission. Copie « singeant » habilement celle du Lipton de « L’Actors Studio », à Artv le… vendredi. Ce soir, justement, grande hâte de voir la suite de l’entretien avec ce clown étonnant, brillant, Robin Williams.
Souvenir : cette gentille Miou-Miou (venue ici pour le Festival du film) généreuse, modeste et enjouée à mon talk-show de TQS en 1986. Le contraire d’une pédante comme feu Marie Cardinal ou du prétentieux et froid Philippe Djian à cette même émission. Un vrai bon souvenir la Miou-Miou.
5-
J’ai terminé, au lit hier soir, le deuxième roman —« Chercher le vent »— de Vigneault jr. J’ai bien aimé. Ce Guillaume, fils du poète de Natasquan, a décidément un bon talent. S’il trouve, pour son prochain roman, un sujet bien fort, une intrigue bien solide, je pense bien qu’il sera un romancier québécois des plus importants. Il a le sens des images fortes, cela parfois dans une asthmosphère ténue, fragile,légère et il sait brosser énergiquement une situation loufoque et tragique à la fois. Sa courte fresque —en fin de bouquin, en Louisiane— du pauvre Noir, Derek, un marchand de hot-dog et crevettes —en banlieue de la Nouvelle Orléans— qui l’emploie, est extrêmement bien ficelée, vivante, imagée. J’y crois et j’aime qu’il y ait une relève prometteuse.
6-
J’écoutais Marcel Dubé ce matin à Cbf-fm. Une « reprise » je pense bien. Grève maudite ! Soudain, terrible, le fameux dramaturge déclare, presque solennel, qu’il a toujours été déçu par une seule et même chose, et il détache ses mots face à Michaële Jean : « L’inconscience et l’égoïsme des gens. »
Étrange cette catégorisation. J’ai toujours essayé de ne pas généraliser. Je sais bien qu’il y a des inconscients égoïstes mais « les gens » —qui ?, la nation, tout le peuple, l’univers ?— ce n’est pas un lot d’inconscient. J’ai toujours senti chez Marcel une sorte de lumière noire. La sombre lueur, dans son regard, du misanthrope. À nos rares rencontres, je devinais un homme comme accablé. Ne souriant pas souvent. Tempérament hérité bien entendu, ­inné, acquis, peu importe. En 12973, Dubé, appauvri tragiquement par des années de maladie, dut vendre tous ses droits d’auteur à son éditeur, feu Gérard Leméac. Une catastrophe à cette époque. Plus tard, l’on organisa (les racheteurs du Leméac en faillite ) une rupture de ce contrat effrayant, Dieu merci.
Dubé, lui, alla à l’université (en lettres). Il en dira : « J’ai vite vu que je n’apprenais rien de neuf par rapport au collège classique d’où je sortais et, pauvre, j’ai écrit une poésie-dramatique pour la radio et aussi ma première pièce de théâtre. » C’était sa courte « De l’autre côté du mur », sorte de « pratique » pour son célèbre « Zone ». Acclamé, il va continuer jusqu’à ce qu’un certain Michel Tremblay (1968) semble le détrôner dans la même veine du réalisme poétique.
Ce matin (mais enregistré quand ?), Marcel Dubé semblait comme à bot de souffle. S’exprimait lentement. Mauvais état de santé encore ? J’ai prié pour lui brièvement, à ma manière. Il fut d’une importance capitale pour nous illustrer et si longtemps.
7-
Mon jeune camarade Raymond Plante y va encore une fois d’une ode au hockey. Le virus du bleu-blanc-rouge le tient fermement et depuis son enfance dans Villeray. Nostalgique à souhait mon Raymond dans « La presse » ! Il écrit sur son jeune temps et il revoit des gamins en hockey bottines sur les trottoirs ces temps-ci vu les bons succès récents des Canadiens. Rêve-t-il ? Comment savoir ? Ma peur de savoir ces gamins bien assis devant des cassettes de jeux électroniques. Hélas ? La photo choisie par le quotidien montre Maurice Richard caressant la Stanley Cup. Hum, hum! Nostalgia, Raymond ?
Même page, Luc Picard, brillant comédien, ayant campé un De Lorimier —patriote pendu— renversant dans un film de Falardeau, fustige Lysiane Gagnon pour un récent article où elle ménageait l’Israël du Sharon militariste agressif, où elle déplorait surtout ces ados palestiniens fanatisés qui se transformaient en bombes, enfin où elle jetait des blâmes sur les « colonisés » plutôt que sur les « colonisateurs. » Habitude de fédérate ?
Bedang ! Le Picard cogne et frappe, sur quatre colonnes le Picard ne mâche pas ses mots. Pas piqué des vers son brulôt. Trop rares les artistes qui osent faire publier de tels propos engagés, hélas. La Gagnon semble un peu sonnée…rétorque timidement qu’elle a été mal lue, que Luc Picard déforme sa pensée. Et bla bla bla… Elle termine, méprisante envers, n’est-ce pas, un simple artiste : « …une réalité complexe que vous avez manifestement du mal à analyser. » Salope ! Picard a très bien compris :oui, il y a de trop jeunes kamikazes, oui, ils sont dangereux et… oui, les Israëliens, armés jusqu’aux dents, munis de machines de guerre sophistiquées, « occupent » leurs terres et leurs villes, et ils mènent au désespoir ces jeunes forcément désespérés. C’est très clair, non ? Pas complexe du tout pauvre conne !
8-
Encore une fois, pile de coupures de mes gazettes sous mon canard de bois dans la fenêtre. Je refuse, le plus souvent possible, d’y piger mes sujets du journal. Mais…hier, Daniel Lemay (cahier sports de La P.) a parlé de commentateurs choisis, engagés, payés par le club Canadien. Oh oh !Pierre Rinfret à CKAC, par exemple. Bergeron de Radio-Canada aussi. Eh b’en ! Je le savais mais je veux ramener la question, on ne le fait pas assez souvent. Quelle complaisance alors. Des mercenaires stipendiés par les proprios intéressé à posséder des commentateurs dociles. Quelle Horreur ! Grand H. Michel Blanchard fait le candide et exige que le CRTC (si mou !) exige que cela se sache en début d’émission. que l’on dise franchement : « Amateurs de sports-spectacle, ce que disent les Rinfret, Bergeron et Cie, c’est du « publi-reportage ». Quoi ? Comme font les jornaux quand ils impriment des articles-bidon. L’éthique à la « seurieuse » et publique société radio-can…c’est de la schnoutte ?

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