Le mardi 14 mai 2002

Le mardi 14 mai 2002

1-
Hier soir, en ville, hockey, la dégelée hors de l’ordinaire, une raclée étonnante, totale, pour le club Canadiens et ce matin, la neige à la mi-mai, à plein ciel. Ailleurs, l’agressif Sharon faisant face à pire que lui : « Il n’y aura jamais, jamais, de pays nommé Palestine ! » proclament des énervés d’Israël, Bon. Que dire ? La déprime partout !
Comme pour nous divertir, à midi, foin du lunch à sandwiches, nous somme allés, sous cette neige maudite, « dévorer » la bonne soupe —habituelle du « Petit chaudron »— et des hot-dogs, oignons-moutarde, à cette chère gargote au pied de la côte. Avec frites. Avec vinaigre. Et café-déca, expresso. Dessert ? Une cigarette. Aile m’épate, se délecte du dessert-maison —crêpe au sirop d’érable— et résiste à prendre « sa » poffe ! Rencontre : Cyrille Beaulieu, ex-camarade d’Aile. Bonheur de rencontrer un ex-compagnon de travail —chef d’orchestre— du temps qu’Aile faisait « du variété ». Sa compagne, institutrice, va prendre sa retraite. Le couple a acheté, il y a pas longtemps, une maison au bord du lac, pas loin de notre rue. Qu’ils veulent rénover. Un « work in progress » qui sera lent », dit le musicien retraité.
J’ai parcouru en diagonale ce récent roman de Messadié. Je déteste toujours cette sorte de roman où se mèle de faits réelsde l’Histoire. Chute du roi de l’ Égypte coloniale, Farouk, venue du nationaliste indépendantiste Nasser. Ces dialogues…inventés, comme si l’auteur-narrateur y était. Pouah ! J’Ai mieux aimé, je l’ai dit, le petit récit de Esther Gidar : « Jasmin sur barbelés » sur ce même sujet. Messadié cite soudainement Cioran : « S’exiler c’est accepter de perdre son identité. »
Le fameux Cioran (un de personnages de M.) parle de son temps quand les « chartres de droits » n’encourageait pas du tout à la non-intégration des exilés. Désormais c’est le ghetto subventionné, l’encouragement —bien démocratique ?— à conserver tous ses folklores, quoi. Citation aussi de Guénon : « Le révolutionnaire est condamné à mener une vie d’esclave ! » Aïe !
Avons — après ce hockey humiliant— visionné un ancien film de Casavette (« Gloria ») . Pénible plutôt. Histoire abracadabrante d’un petit garçon abandonné par sa famille qu’on vient d’éliminer (pègre) et qui s’accroche désespérément à une ex-maîtresse de mafieux, une voisine délurée (jouée par madame Casavettes) et bien rapide sur la gachette. C’est long. C’est lent. C’est assez assommant d’invraisemblances…voulues.
Ce matin, chez Paul Arcand —que félicite Foglia dans sa chronique d’aujourd’hui— le chef de l’éducation, un étonnant Sylvain Simard qui va déclarer soudain que depuis le rapatriement de la Constitution, ce sont « les juges qui gouvernent » et non plus les élus du peuple. » Ça causait du kirpan à l’école ! C’est cela « une société de droits » et il faut obéir aux tribunaux. Bien ! Mais qui sont ces juges de toutes ces cours et d’où viennent-ils exactement ? Quel pouvoir avons-nous face à ces non-élus. Peut-on les « débarquer » s’ils errent ? Eh !
2-
J’ai toujours apprécié la lucidité du dramaturge le plus illustre du Québec, Michel Tremblay. Il vient de déclarer que ce fameux succès remporté hier soir à San Francisco avec « Encore une fois… » tient à la notoriété de la fabuleuse comédienne Olympia Dukakis… « puisque l’on ne sait rien de moi, là-bas ». Reste que ce triomphe pourrait lui ouvrir des portes importantes aux Usa. Rêvons : après les Tennessee Williams et autres Arthur Miller, pourquoi pas le Québécois Tremblay en dramaturge nouveau acclamé par tous les des Américains ? Ça ne m’étonnerait pas, moi.
Je lis dans mes gazettes que Baril « le député-patroneux déchu » se fera tabletter (dans un job chromé) sans que le chef libéral Jean Charest n’y trouve rien à redire. Ce serait un bon copain, quoi ! Voit-on mieux la vaste « chapelle » des copains comme cochons ? On se jette des injures pour la galerie. Dans les coulisses c’est un « club » uni, solidaire. Jadis, des observateurs de ces « ententes clandestines louches », un De Virieux, un Pierre Pascau, dénoncèrent cette situation incestueuse. Vainement. Pauvres gnochons d’électeurs que nous sommes qui s’imaginons voir des opposants radicaux quand il s’agit d’un bonne vieille confrérie de cochons-de-copains.
Anne Thivierge —lettre ouverte— publie ce matin : « Le gouvernement doit garder un contrôle sur tous les aspects de la vie en société. » Sainte-Vierge ! Non, non ! Jamais de la vie. Or je n’ai aucune confiance aux capitalistes, aux prêcheurs du « privé partout »,pas davantage en cette droite —à la Mario Dumont— avec le « moins de gouvernement possible ». Qui suis-je alors ? Combien sommes-nous ? Comment, où, nous inscrire ? Sous la rubrique : anarchistes ? Je sais pas hen ?
Stephen Harper, élu hier soir, chef de « L’alliance… ». Il cause français. Il fut installé, toit jeune, en « immersion française » par ses parents dont il ose dire (courageux ?) « qu’ils l’ont fait probablement pour se débarrasser de lui !!! Aïe ! Le Stephen affirme qu’il n’a pas eu à le pratiquer souvent puisque le Canada n’est pas du toit un pays bilingue.
Lucide, bravo !
On lit ce matin (Le Devoir) son speech contre le bilinguisme à la Trudeau — un rêveur romantique le Pet qui affirmait pourtant préférer la raison aux émotions ! Donc, un échec total avance Harper. Un non-sens. Une connerie, une folie qui a fait crouler des montagnes d’ argent public stupidement. « C’est un pays unilingue, le Canada », il le dit, il le sait. C’est la vérité. D’une même bouche, hélas, bouché et borné, ce chef Harper déteste la loi 101 qui protège (un peu) la langue du 2% de francos en Amérique du nord et il voudrait abolir ce bilinguisme officiel. Stupide en effet.. Et, entre nous, qui a fait reculer, qui a retardé la venue de notre indépendance (« objectivement », je le proclame). On sait plus s’il faut l’encourager ou le fustiger.
J’encourage mon petit-fils David qui étudie à Concordia, le félicite, il sera bilingue bientôt. Partout dans le monde, il y a des personnes bilingues —trilingues c’est encore mieux. Il n’y a pas de pays bilingue, allons, pauvre Pet mort, c’est une aberration.
3-
Mon adversaire idéologique, Lysiane Gagnon, frappe dans le mille ce matin en ridiculisant le récent questionnaire des sondeurs chez SOM. « Malhonnête », dit-elle. Vérité. Elle détaille la manière que l’on a rédigé les questions. Du biaisage éhonté, dit Gagnon. Et des commentateurs myopes y allaient, y vont de propos sérieux, d’analyses graves ! Des farceurs ? Des innocents ? C’est une farce qui a fait plaisir évidemment à Mario-le-privatiseur, à John Charest-le-défusionneur. Ne pas croire que je souffre pour un Landry en pente douce. Oh non !Rien de mieux qu’un bon séjour dans l’opposition pour ce parti tout embourgeoisé.
Un écrivain s’engage ? C’est si rare au pays des « écrivains d’État », tous entretenus comme des guidounes. Subventionnés. Noël Audet (« L’ombre de l’épervier ») attaque furieusement les patrons de Radio-Canada qui oublient qu’ils ne sont pas des proprios des ondes publiques mais que des petits valets en gestion, qu’il ne sont que « nos » employés, les « cracheurs d’impôts ».
4-
Un congrès chasse l’autre ces temps-ci. À Mont-Tremblant, un tas de ministres en justice veut trouver les bons moyens de « nettoyer le net » des vicieux pédés à mômes. À Montréal, congrès de l’ACFAS. Ça jase accent, français international, national…On y voit des Suisses et de Belges. Colonialisme ? Les délégués du Québec seraient seuls à proclamer la supériorité du Français de Paris ! Discussion sur…le sexe des anges : il y aurait le patois, le vocabulaire exotique, les trouvailles valables…ou non, la langue régionale et… aussi la diction, entendre la prononciation…
En effet, un cultivateur —je pense à feu Ubald Proux, pomiculteur de Saint-Joseph— parlant mal (selon les critères des puristes) avec un accent « d’habitant » formidable, reste un locuteur merveilleux. On ne ratait pas, avec mon Ubald, un seul mot. Il articulait, le bonhomme. Il prononçait ses phrases inventées par lui avec un éclat confondant. Le reste ? Broutilles !
Il sortira de ce caucus un beau rapport et une liste effarante de « notes de frais », factures plantureuses signées par ces délégués chéris, auto-proclamés « experts » et cooptés. Tout ce chiard de ratiocination à nos frais de cochons-de-payeurs –de-taxes. Comme toujours ! Fermez vite les bars et les bonnes tables, Seigneur !
Une étude (congrès autre !) signale : un suicide rendu public, celui d’une notoriété quoi, peut entraîner d’autres suicides. Est-ce bien vrai ? Oui, dit un rapport parmi d’autre rapports. Non pas que le suicidé (tel celui, jadis, d’ une Marylin Monroe ou, ici. un Gaétan Girouard, reporter célèbre de TVA) engendre des cas nouveaux, non, mais cette publicité fait se décider ceux qui y pensaient, qui, alors, sortent de leur état de velléitaires. Eh b’en ! Silence donc ? Comme on fait, dit-on, pour ceux (plus fréquents qu’on pense ?) de notre Métro. Est-ce bien vrai?
Il y a pas longtemps, on pouvait lire : « Citoyens d’ici, n’allez surtout pas en Algérie, danger ». Ce matin : Marois, la ministre, de retour de ce pays en régime militaro-dictatorial fait appel aux Québécois : » Allez en Algérie faire des affaires, c’est le bon temps ». ‘Cout donc ! Est-ce dangereux, oui ou non ? Des réfugiés d’Alger, à Montréal, pourraient aller raconter à Mme. Marois comment le gouvernement (promoteur de si beaux projets) agit face à ses dissidents. Des contes qui n’ont rien à voir avec ceux des « Mille et une nuit », elle devrait bien s’en douter.
5-
J’expédie —lentement, trop—du journal pour la pré-production du bouquin automnal aux Trois-Pistoles. Amusant, surprenant parfois, de relire en vitesse, des faits survenus en janvier ou en février, il y a quoi ?, deux ou trois mois seulement. Le temps file, des « entrés » me surprennent. Tout change, se métamorphose si vite. Des riens s’agrandissent, des « bizarreries » s’atténuent. Comme c’est fascinant !
Hâte d’étrenner mon beau vélo à 700 piastres ! Cette satanée neige ! Puis-je continuer à jouer le frugal avec ma bécane de luxe ? Dire que j’ai déjà moqué le Foglia qui jasait sur sa monture à mille piastres. Silence désormais. Honte ? Pourquoi ? D’où ca me vient… Cette manie de conserver le pus longtemps possible mes vieilles affaires. Mon enragement un peu puéril quand mon Daniel, ado normalement impétueux, brisait mon vieux vélo de jeunesse ou une vieille machine à diapositives ou une vieille ciné-caméra payée 30 tomates pour du film 8mm.
Édouard, mon vieux père mort, réparait sans cesse ses bébelles. Maman détestait ses rafistolages fous. Un barreau de chaise devenait une rampe épaisse par les mains maladroites de ce bricoleur indigne ! Papa fuyait les magasins, tous, il détestait acheter du neuf. Hérédité ?
Bon, départ maintenant pour Monrial, théâtre. Celui de Tardieu vu et corrigé par l’ami Buissonneau. Je devine déjà des visions surréalistes renversantes. Hâte pour une fois… pas de cette crainte habituelle quand Aile loue, un peu malgré moi, ses deux fauteuils…de théâtreuse invétérée. On y va ! J’en reparlerai.

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