Le jeudi 16 mai 2002

Le jeudi 16 mai 2002

1-
Hier, mercredi, soleil tout l’après-midi, de retour de « Montréal-théâtre et dentiste », bain solaire sur la galerie en chaises longues, la rouge pour bibi, la jaune pour…baba. Aile. Avec lectures. Des textes d’un jeune voltairien québécois, bourgeois de Rimouski par sa maman, père disparu en colonie anglaise lointaine, soldat juvénile en Italie pour les Républicains, avocat par accident, anticlérical farouche, esprit libre, ouf ! Arthur Buies (livre paru chez Trois-Pistoles ); devenu vieux et re-converti au catho, marié sur le tard, l’arthur se fera—payé par l‘État— publiciste des « Pays d’en haut » niché dans la soutane de ce gros curé-sous-ministre (Labelle), personnage étonnant, ami de Mercier, alors « chef » d’un Québec qui redressait un peu la tête.
Une lecture illustrant une fin de dix-neuvième siècle Québécois captivante et cela vingt ans après la Rébellion, celle de nos vaillants et impudents Patriotes.
Ce matin :le sombre. Le lait là-haut. La blancheur d’albâtre partout. Ouash ! Ce journal « à nourrir » régulièrement m’accapare trop. Je ne retraitais pas pour me soumettre à un nouveau carcan, hein ?
Je viens de faire oublier mon testament , j’ai organisé « ma » cérémonie des adieux à… écrire dans ce tout récent « Écrire ». Non ? Ai obtenu « trois étoiles » par le « maître d’école Martel », non ? C’est que j’y arrive mal. Tenir journal est une discipline. Je hais les disciplines. Je songe donc à le quitter. Du moins pour l’été. Disons de juin à octobre. Ça fera pas de grosses vagues. « Ce qui est gratuit ne vaut rien ». Un adage faux ?
Onze messages sur mon écran ce midi ! Plusieurs « in english » ! Chaque fois, sans répondre vraiment, je gueule (par écrit) « EN FRANÇAIS SVP ! » Fait-on cela toujours, toujours, dans nos murs ? J’espère.
Donc vu, mardi soir, le Buissonneau au théâtre « Go ». Non mais quelle connerie ce nom de théâtre ? Le « Go ». Une bêtise rare. Choix de son animatrice hors du commun, la costumière Noiseux ? Sais pas. Rue Saint-Laurent : bâtisse mode « structure à l’air », minimaliste. Tristounet. Pas assez de subventions à ces architectes nouveaux ? En dedans, froideur mais du sacré bon café au petit bar du fond. La salle : encore ces nefs froides comme à « L’espace C. ». Il n’y a donc pas d’équivalent nouveau à ces merveilleuses vieilles sales de théâtre d’antan (et, jadis, de cinéma souvent) ?
Décior : des tables de café, des chaises, un écran (inutile et mal orné avec des images d’un peintre de Paris !) Plein paquet à surprises textuelles, Tardieu (sous-Queneau, sous-Prévert ?) et de bons moments d’un étonnement fantasque. Beaucoup de temps…moins forts. Le jeu avec le lexique et le sens des mots, ne m’a jamais beaucoup attiré. Tardieu offre parfois de lumineuses acrobaties verbales et mon Paul B., c’est sa veine, sa hache, son terreau de prédilection, s’y ébroue (comme un jeune chien qu’il est resté, Dieu soit loué). Une soirée divertissante dont, hélas, il ne reste rien.
Je serai toujours, au théâtre, du coté d’un Arthur Miller (pour prendre un seul exemple) celui de « Mort d’un commis-voyageur ».
Aimer ou admirer.
Tout est là. Tardieu et ses semblables (Beckett, Adamov, Ionesco) sont des gens de cirque (cirque langagier). Oui, on est épaté ici et là et oui, hélas, on est pas ému. On n’est jamais bouleversé. Il n’y a que des exercices brillants et la petite troupe du « GO » est pleine de bons talents, très capable de rendre ces vertigineux jeux avec les phrases…folles, ambiguës, alambiquées, surprenantes. Théâtre moderne ce « Cabaret… » ? Oui et non. J’aime les textes modernes, j’ai aimé —seul exemple— « Le ventriloque » de l’ « autre » Tremblay, au même théâtre. Il me faut une histoire, on peut me la narrer n’importe comment, de façon avant-gardiste et sans le vieil ordre chronologique si on veut, mais je reste froid s’il n’y a pas un récit, oui, une histoire.
2-
Hier matin, Aile chez son dentiste. Je fais des achats dans le quartier et vais à la « banque Desjardins » puisqu’il faut dire « adieu » aux Caisses pop, ce me semble. Puis, n’ayant pas apporté « mes » livres, je relis ce « Ethel et le terroriste » qui traîne sur une table de coin. Eh bien…c’est génial ! Oui, oui, génial. Hon ! Quoi ? J’aime faire rire de moi, moi ! Ce texte rédigé en un seul week-end me prouve aussi, hélas, que je serais probablement incapable de répéter un tel haut fait (gagneur du prix France-Canada dans le temps, 1964).
Maudite vieillesse ! Et puis, in petto, je me dis : tu pourrais t’y essayer, juste pur voir. On sait jamais. Le démon sur mon épaule ? Un fou hen ? Aveu encore gênant ? Aggraver mon cas, ces temps-ci, pas mal narcissique ? Oui. La veille, la télé si plate, et rien à lire encore, je sors d’un rayon à livres, mon tout premier bouquin : « Et puis tout est silence » (1959). J’ai beaucoup apprécié. Hon ! Hon ! Rions, c’est l’heure. Oui, j’ai trouvé cela fort estimable pour un premier essai. On y voit des maladresses, ici et là, c’est évident, aussi des mauvais emplois de mots, de tournure de phrases. Et quoi encore ? Je me suis surtout amusé de déceler des tas de thème qui, par la suite, me reviendront et seront repris. Mieux exploités, oserai-je dire.
Ces deux lectures auto- rétroactives firent qu’hier, au soleil, je cherchais une novelle histoire à conter. Je tentais d’imaginer un « dernier » roman. Sur mon écran cervical (oh !) défilaient des idées de roman, des tas de personnages. J’ai fini par me calmer et surveiller d’un œil, les « tits zoiseaux » de mes alentours. Le lilas bourgeonne gros. Le bouleau nouveau aussi et le sorbier à mi-côte du terrain et les innombrables chèvrefeuilles. Tout va péter, éclater bientôt et nos regards seront émerveillés une saison de plus. Au prochain jour d’ensoleillement, ce sera les feuilles toutes neuves. Le beau vert de la terre avec le bleu du ciel. Vive l’été qui viendra !
3-
Encouragé par mon auto- adulation naïve :voilà que je traverse (un peu en diagonale) mon « Alice vous fait dire bonsoir » (1985). Ah b’en là, dit le ouistiti. Quel talent unique ! Faut que j’en expédie une copie au critique Stanley Péan se proclamant « amateur » de nos polars. Il y verra un véritable chef d’œuvre !
Non mais… Suffit ! Du calme, candide lecteur de ses ouvrages. Franchement, ce Alice-polar est digne de n’importe quelle histoire du genre. Je n’en reviens pas. Hein ? C’est moi qu ai pondu ce « Alice… » ? Épaté, je suis. Riez, riez ! Mon détective retraité, l’as Asselin, buveur de Pernod, fumeur de cigarillos, a obtenu un contrat bizarroïde. Il doit surveiller des voisins dans un logis loué pour lui par une Marlène étrange d’Ottawa (là même où je venais d’emménager, rue Querbes ), et découvrira une rancune « juive » renversante. Un dénouement effroyable ferme le récit. Une fois de plus, me voilà tout stimulé à composer un… « dernier » roman. Et ce testament, et ces adieux ? Je suis fou.
4-
Fèves germées, cailles, potage tomate-patate, gâteaux pris à l’École des mirlitons marmitons, hier. Soleil reluisant, ado avec un Kodak luxueux qu rôde, sur la galerie du « B and B » d’en face, un homme affalé sur un banc. Parking de l’église d’à côté plein de chars. Bingo ? Une Jaguar décapotable blanche. Deux gamins courent derrière un ballon de soccer. La vie, la vie. Un vieux numéro de février dernier, l’hebdo gratuit « Ici », pris dans l’entrée. Le Robert Lévesque fou récidivait, affirmant détester, « sans les avoir vus » (!), les récents films d’ici. Ça fait peur !
Hier midi, Chemin Bates, suis allé saluer Lynn à sa cantine de « Publicor ». Je gueule à la troupe des scribes : « Vous venez d’être acheté par TVA, vous le saviez ? » On rigole. Cadeaux pour mes deux petits-fils. Une jeune dame me salue familièrement, me dit qu’il y a longtemps qu’on s’est vu ! Je ne la reconnais pas mais je fais mine de…Danger des « notoires » qui font de la télé. Certains ont l’impression qu’on voit le monde dans les salons ? C’est le « si je t’ai vu, tu m’as vu, non ? » Tout va si vite.
Un observateur du journal : « Vous faites du coq à l’âne…dur à suivre. » Quoi ? Reproche irrecevable. C’est cela, justement, un journal, cher monsieur.
Vu un film loué hier soir : « The others » (Les autres). En 1945 : une dame bien (vivant et ses deux enfants) engage trois domestiques pour l’entretien d’un vaste manoir sur une île Normande. Le papa est en France mais la guerre vient de finir. On guette son retour. Les malheurs commencent. La fillette voit des choses, une vieille, un couple, un garçon se nommant, dit-elle, Victor. Des esprits morts ? Bruits étranges au grenier ! Vous voyez le genre? Maman affolée. C’est long, c’est bien lent. À la fin, un coup de théâtre étonnant. Ouengne :un film divertissant. Reste rien. Et je n’ai guère le goût de revenir à ce « Mausolée… » sodomiteur de Guibert. Avons regardé, Canal D, « Histoire à la une », une fois de plus. Hum ! Fidel Castro en grande vitesse, ellipses niaises, puis « Le Ryan du « non à une patrie » , avec les Yvette », rafales d’assertions; bref, décevant encore une fois, c’est « L’histoire à la brume ». Le Charron ne reviendra pas la saison prochaine. Eh !
4-
Rêve bizarre cette nuit, de nouveau, constatation encore que les rêves se tissent à partir de réminiscences de veille : défilé de la Saint-Jean (je pense à un conte pour CKAC là-dessus), j’y amène les enfants, puis, je suis à Pointe-Calumet revisité (Jodoin, mon voisin, me parle de « lui » installé dans un texte d’ « Écrire », hier soir), grange vaste, un monde à la Fellini (on a parlé de Fellini Aile et moi), des gens de cinéma concocte un film, je refuse de m’en mêler, Gaucher et de Santis (j’ai pensé aux amis de jeunesse, hier, sur la galerie) me mettent en garde contre ces gens de cinéma, soudain, je dors avec un des fils de Marco. (Hier soir, David et puis Gabriel me téléphonaient ). Mon gendre, interromps notre sieste sur un quai de bois peint, Marc mécontent veut reprendre son fils, agressif. Moi, plutôt étonné, je lui résiste. Il tire sur son garçon mal réveillé. Il me semble jaloux de moi, du papi-gâteau ! Il caresse son fils, lui parle doucement, le prend dans ses bras et… me fuit ! Je me réveillerai.
En vérité, j’ai songé parfois que mon accaparement, jadis, de ses fils, pouvaient l’encombrer. Lui au travail et moi (1985-1998), retraité et très libre pour les conduire en excursions diverses. Fou, non ?
Un choc profond pour Aile et moi hier soir. On songe à monter dormir et, dernier coup de zapette, à la télé de la SRC, un documentaire d’un certain Brouilette sur le cinéaste défunt Gilles Groulx. À « Vues d’ici », le titre : « Trop c’est assez. »J’ai connu Groulx, vingt ans comme moi, en céramique. Beau jeune homme aux cheveux blonds, aux yeux d’un bleu clair. Il y resta peu de temps.
Le choc ? Lui en vieillard prématuré, vivant comme un misérable clochard dans un sinistre refuge pour débiles. Silhouettes inquiétantes tout autour de lui. Des gens perdus, fauteuils roulants, marchettes cognée en couloirs, la télé sans cesse dans un coin, les grosses bercantes rassemblées. La vie écrapoutie ! C’est trop !
J’en suis complètement secoué. C’est assez ! Aile pas moins abasourdie que moi. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? On ne le saura pas, hélas. Une interview pénible, libre, pas du tout explicative. Effrayantes images, effroyables propos confus de Groulx. L’horreur ! Nous sommes fascinés, malheureux, rivés à ces images infernales. Groulx, barbe hirsute, grise —il a cent ans ?—cheveux effilochés, buvant au goulot et tentant de rassembler péniblement les souvenirs du jeune cinéaste censuré qu’il fut à l’ONF. Groulx fut une sorte d’imitateur suiveur des pires conneries insignifiantes du Jean-Luc Godard dépouillé si subitement de ses premiers dons. Des extraits montrés, on se souvenait des incohérences « révolutionnarismes d’un cinéaste mal équipé intellectuellement pour dénoncer efficacement les abus « du monde à consommations » acceptées. Un Patrick Straram, un Vanier, poète illuminé bégayeur de condamnations floues. Tout ce pauvre carrousel de nos ivrognes—ou drogués— marxistes. Le gang de gaspillés, généreux et futiles, ces bohémiens désaxés des années ’70.
Deux heures de douleurs ! C’était un film amateur, pas assez… clair, trop…confus pauvre jeune Brouillette.
Le pire si j’ose dire : les pubs. Sans cesse. Aux huit minutes. Par paquets. Voir Groulx se noyer et devoir endurer ces spots crétinisants. Faire cela à un tel documentaire c’est pire que la pire pornographie. Une honte pour Radio-Canada.
Une de plus. Au moment où les patrons jouent aux malins avec les grévistes en ce mai de 2002. Un patronat qui vient de se congédier (et qui le sait fort bien) ce matin, les syndiqués venant de refuser les offres. C’est certain cela, c’est classique avec une telle corporation fédéraliste, tout comme en mars 1959, la grève terminée, Ottawa congédiait tout la bande de ces patrons incapables de « garder la paix syndicale » : les Ouimet, Viens, (Colbert, Lamarche, un peu plus tard), Jean-Paul Ladouceur, lui, « drette là ».
5-
Vu l’autre soir, en reprises à TVA, le « meilleur » du Grand blond. Hilarant ! Oui, décidément ce Marc Labrèche est un animateur hors du commun. Il peut devenir fou rare. Capoté. Iconoclaste. Audacieux Ses bafouillages (visuels ou sonores) finissent par arracher l’adhésion si vous avez un peu l’esprit surréaliste. Faut le faire ! Chapeau, son amateurisme accepté, ses intuitions débridées, ses improvisations surprenantes font parfois florès. À fond ! Hors du « meilleur » il faut endurer souvent de invités niais, des trous noirs, des ratés et des bavures, des déchets quoi. La loi des aventureux ?
On offrait un milliard sept cent mille piastres à une « balance », un indicateur de police. Salaire faramineux pour un voyou, un tueur, un bom, un délateur sans vergogne.
La police —qui nous protège est riche de l’argent public, celui des travailleurs taxés et imposés !— doit donc verser une fortune colossale pour obtenir des preuves.
Preuves valables quand une charogne humaine —la lie de la terre— bavant sur une autre charogne humaine ! Eh!
Aile — comme moi— a bossé trois —presque quatre— décennies pour avoir quoi ? Un demi-million, un million au bout de sa carrière ? Pour une infirmière c’est un peu moins ? Pour un agent de police c’est un peu plus ? Il n’en reste pas moins qu’il faudrait neuf cent existences bout à bout de salariés ordinaires pour ramasser ce pactole offert par la police pour faire cracher le morceau à un assassin…repenti ! Repenti ! Hum !
Fin de ce conte de fée monétaire: le bavard se tuait ! Cri, cri, cri, mon histoire est finie ! Un conte amoral !
6-
Ce matin, festival à Cannes, photos de Woody Allen partout. Et moi incapable de ne pas songer à ses photos pornos prises avec une ado (devenue sa fiancées !) qui était sa fille adoptive en quelque sorte, dont il avait charge morale. Je ne puis plus admirer ce créateur. C’est ainsi. Je suis bin ancien, hein ! Ma vive déception quand ceux que j’ai admiré se montrent soudain en crapules infâmes. Du déchet humain. Ainsi pour Picasso, que j’admirais tant et qui s’avère (à mesures des témoignages) un père absolument (et écoeuremment) dénaturé.
Dans le sérieux magazine IUSA « Variety » : au bout des appels hystériques d’Américains pour le boycott du Festival de Cannes —qui se tient en cette France « horrible »— oui, « Variety’ ose publier que la France de mai 20023 est exactement comme la France nazifiante de 1942. Folie ? Francophobie (mais oui !) couvante qui se déculpe ? Maladie mentale ? « Variety » n’est pas une poignée de hypocondriaques sionistes ! Au pays où il y a le plus de Juifs (après New-York) et d’Arabes, il subsiste quelques têtes brûlée, c’est inévitable, disposées à brûler des synagogues et à renverser des tombes d’israélites.
De là à comparer l’ex-France envahie (et certes en bonne part docile et même favorable au pouvoir « brun », —il faut pas craindre de le dire désormais) et la France de 2002…Des dieux juif sont tombés sur la tête aux USA. Exagération farfelue et donc insignifiance mais il restera des traces pénibles entre Hollywood-Variey et Paris-Cinéma.
7-
Le chef Laviolette (CSN) et le chef Landry : rien ne va plus ? N’empêche le grand chef syndical a raison. Récompenser un Mulroney, travailleur du fédéralisme infatigable, en faire un héros québécois (médaillé) est une connerie rare. Parler des beaux efforts de Brian pour deux traités honnis (Meech et Charlottetown), des offres combattus par tout le Québec souverainiste …
Landry a besoin de repos, c’et urgent.
Ce matin, colonne nécro : « mort d’un inconnu ». Un de plus. Encore un. Qui est le sulpicien Wilfrid Éthier ? Eh bien il était un professeur savant, dévoué et estimé des collégiens du collège Grasset, il y a longtemps. Un inconnu vient de mourir. Il ne saura jamais qu’un élève se souvient de lui, dans son journal intime, à Sainte-Adèle. Paix à ses cendres !
Et moi,, pas mort encore ? Non. Je sors de la clinique du docteur Singer. Jour de son rapport des analyses récentes . Eh bien, mes affreux contempteurs vont en baver. Tout baigne ! Je suis en bonne santé, cœur, ooumons, reins, alouette ! Il n,’y a que ce satané mauvais cholestérol. Mais il va me régler ça. Qu’il dit. Une diète ! Ah misère ! Adieu École des marmitons, leurs sauces grasses (si bonnes) à la française ! Singer m’a parlé comme un Montignac. Pas des trois maudits P. Pomme de terre (en frites !), pain (trop sucré) et pâtes (mes délices).
Aile ravie de ce bilan mais un peu énervée de devoir changer ses menus, s’adapter, adopter les mets dans les trois P. Tantôt elle allait acheter du…poisson ! Ouash ! Et du pain de blé entier. « Fini le beurre, qu’elle me dit, on va faire comme en Italie du sud :huile d’olive pure (machin à froid ) dans le beurrier ! » Oh oui, je vais râler. « Et des légumes… » Oh Seigneur ! « Et des fruits mossieu le diariste ! » Ouengne, pas trop!
Et me voilà avec l’achat d’un gros flacon de comprimés (sans ordonnance, au magasin voisin de la clinique) de…de quoi ? « Chol-Aid ». Ce docteur Singer, ça m’arrange bien, n’aime pas trop, le chimique, penche vers les produits naturels. Bien.
Un comprimé de chol-Aid avant chaque repas ? « Oui, et avec un verre d’eau », dit le vendeur de choses naturelles. Il méprise les pilules de magnésie, le pepto-bismol (mon sauveteur d’indigestions), et un truc que Daniel, mon fils, me recommandait, il y a peu. « Tout cela n’agit pas bien comme le chol-aid qui a trois fonctions, lui… contrarier l’acidité, installer dans l’estomac… Expédier dans le sang…» Blablabla ! Bouché en cette matière, bibi !
Bin, bon. On verra. « Revenir me voir, ici, pour examiner le progrès, dit Singer le toubib. Ce foie « trop paresseux », hérité de qui ? … On va me priver de ce que j’aime. Adieu les gâteaux de l’École…Ah je souffre d’avance. Mon royaume pour un morceau bien sucré ! L’Aile si heureuse pour tout le reste : « C’est pour ton bien, Cloclo. Tu vois tout va si bien à part ça, chanceux, il n’y a que ton méchant cholessse ! »
Je pense à ce beau jeune homme de vingt ans, aux yeux si bleuis, aux cheveux si blondés…et qui est mort, lui, en 1994 dans une refuge sordide, Gilles Groulx. Je pense aussi à un talentueux gaillard, cinéaste, doué lui, sans mémoire désormais, désespéré. D’un pont, ll s’est jeté à l’eau. Dans la poche du noyé on a trouvé un bout de carton, c’était écrit : « Mon nom est Claude Jutra. Je suis cinéaste »
Écrit pour lui.
Promis, Aile tendrement aimée, je serai docile.

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