Le vendredi 17 mai 2002

Le vendredi 17 mai 2002



Articles de David et son grand-père
parus dans la Presse durant l’été 1999
dont Jasmin parle aujourd’hui

1-
Soleil et vent très fort ce matin. Notre petit quai de travers et l’énorme quai de la plage publique dérive, voyage vers l’ouest, échoue chez les Boissonneau et puis, dérive nouvelle —vent changé de bord— chez Maurice, mon autre voisin ! À l’heure du lunch, pschitt !, nuages gris se joignent partout et Galarneau se tire ! Bye bye !
Erreur dans mon entrée d’ hier :pas un milliard au délateur suicidé, non, un juste presque deux millions. Reste que c’est les gages de trois décennies de labeur allant à un seul homme(au courage et à la repentance bien rémunérés !) pour une seule année de loyaux services. C’est ça qui est écrit « loyaux services » sur ma carte de retraité de la SRC.
Belle visite tantôt : mon cher David, devenu un grand jeune homme. C’était mon vis à vis dans La Presse durant tout un été. Sur mon écran, paquet de messages. Un nouveau lecteur s’amène, ravi, enchanté des « journées nettes », il a lu l’articulet du chroniqueur web paru hier matin de La Presse. Je lui ai souhaité la bienvenue. Marco, le genre idéal, me suggère pour l’été de rédiger : « journées nettes pluvieuses », de tenir journal ces jours-là seulement. Bonne idée, je trouve. Drôle. Me confier au journal par mauvais temps seulement. Un plan pour maugréer chaque fois, non ?
Mon Marco en profite pour me donner l’absolution (orbi et urbi !) à propos de mes vagues remords : « ai-je accaparé de trop, un temps, ses trois mioches ? ». Fin, il me remercie même pour ces soins-divertissements.
Hier, chez Charon, historien venu jaser de son livre sur un Patriote venu de Suisse :Girod. Qu’on avait déclaré « suicidé » pour calmer les esprits de 1838 mais qui aurait été « exécuté » dans sa cachette à Rivière-des-Prairies. Trop court entretien comme toujours comme si au « Canal D » nous étions à une grosse commerciale station stressé par ses pubs !
Un correspondant qui m’aime mais… « il y a des répétitions ». Oh oh ! C’est cela aussi tenir un vrai journal. Pas un « arrangement » comme trop souvent chez des auteurs vaniteux. Un journal c’est (aussi) trois choses : a) des répétitions inévitablement, b) du coq à l’âne évidemment et c) pas de beau style. Ce qui n’interdit pas, subitement, de envolée poétiques, lyriques. Ça m’arrive parfois et avec bonheur… pour moi du moins.
2-
Jean Letarte me lit, « en pitjama », me dit-il, avec son café des matins. Que je devine bien noir. Je lui ai répondu qu’il figurait dans ce « Je vous dis merci », chez Stanké, puisque c’est à cet ex-réalisateur (aussi peintre et bijoutier) que je dois la dramatique « Chemin de croix dans le métro », Prix Anik-Wilderness de 1971.
À TV-5, ou Artv (?), le Festival de Canne hier soir à 21h. , Ses entretiens et ses petites novelles. Un animateur plat. Bredouilleur. Embourbé et vaincu par la sagacité quasi-agressive d’une Breillat — elle a un film à la Quinzaine — à sa table ronde. Ouen. De la télé amateur. Avant ce « Cannes-spécial », fausse chasse à l’ours dans un vieux village du sud-ouest de la France, Un docu bizarre où des amateurs se déguisent avec du noir à chaussures (!) plein les mains et pourchassent les loustics accourus. Après, Bernard Rapp fait jaser Charlotte Ramplng à son émission copiée sur le Lipton de New0York. Excellente heure ! Une actrice de cinéma étonnante. Radieuse avec pourtant des souvenirs lourds, une psychée encombrante, des attitudes rebelles qu’elle a utilisé sans cesse pour ses personnages toujours étonnants, mystérieux. De la télé fameuse à ces « feux de la rampe » d’Artv.
Coup de fil de David McColley. Le médecin qui achetait notre cottage de la rue Querbes en 1999. Il a lu « La petite patrie », a terriblement aimé, me questionnait : « Ma belle-mère qui vit en Autriche…je voulais lui envoyer ce « La petite patrie »… si traduit en anglais ? » Eh non ! Non. Sa surprise : que ce récit ne soit pas encore édité chez nos anglos. Je ne dis rien à cet urgentologue expatrié du « far-west canadian ». Je préfère ne pas embarquer dans ce que je pense là-dessus.
3-
J’ai regretté l’égocentrisme et la bourgeoisie des jeunes nouveaux romanciers. Jamais de travailleurs dans leurs récits ! Or, je lis ce matin : « Prêter des sentiments forts à des personnages du quotidien est un geste politique ». Voilà. C’est le cinéaste marseillais, Robert Guédiguian qui dit cela. Il est à Cannes avec son « Marie-Jo et ses deux amants. ». Il ajoute : « mon romantisme (chez ces petites gens) est, dans un sens, révolutionnaire. » Bravo, bien dit. Qui sera le prochain romancier d’une ouvrière, d’un ouvrier, continuant le Gilles Bédard, chômeur, de « Pleure pas Germaine » ? Suffit des héros égotistes, instruits, inquiets de devoir égarer le cellulaire, l’ordinateur de poche, ou ses belles planches de surf !
Avoir lu Esther Gidar (« Jasmin sur barbelés »), fuyant au Québec sa patrie retrouvée en vain, devenue un agressif camp militaire, continuel envahisseur de Palestine, Israël, je lis sur un courageux, étonnant, cinéaste de là-bas. Son film( au Festival) : « Kedna » (vers l’orient, en hébreu) oserait un dialogue franc et décapant entre un Israélien et un Palestinien. « Nous aurons des enfants révoltés, génération après génération » dit l’Arabe. Ce Janusz lucide déclare : « Israël n’est plus un pays juif ! » Il craint un peu son retour chez lui après Cannes. On lit aussi, même matin, que de plus en plus de « réservistes » de l’armée d’Israël refusent de combattre les si « proches voisins », les Palestiniens . Objecteurs de conscience, comme du temps du Vietnam pourri, tant de jeunes recrues se réfugiant en Canada. Espoir ? Un tit peu.
4-
Yves Duteil, le chanteur, lointain neveu de juif accablé célèbre Dreyfus, tourne dans nos parages. Il a fait de chansons nouvelles sur ses années récentes et terribles : mort du papa, maladie de l’épouse, etc. On lui raconte l’Ardisson fessant notre accent : « pas sexy Miss Arcand et à mettre aux rebuts. » Il s’en étonne. Dit que « c’est charmant de nous entendre » …Téteux un peu ? L’accent des « habitants », oui, l’accent désarticulé de nos citadins ? Ouen, pas joli du tout. Ce n’est souvent que charabia, hélas. Pour des raisons historiques, politiques. Économiques aussi. C’est certain.
Mon cher David —qu’Aile est allé chercher au Terminus des bus—va y goûter encore côté accent. Il y aura nos « quoi ? », nos « comment dis-tu ? », il le sait bien. Ça le fait rigoler et il se corrige volontiers —en notre présence— du « parler-ado » bien connu. Aile l’aime, il est bavard, cocasse, très franc. Nous allons encore le cuisiner. Nous sommes si curieux des us et coutumes des nouvelles générations. L’on va s’instruire encore davantage sur les visions d’avenir et les rêves de… « ceux qui viennent ». Bon séjour brave David !
5-
Duteil : « Je tente de ne pas livrer les miens en pâture, tout de même. » Oh ! Les miens ?… avec « La petite patrie » ou « Enfant de Villeray » ? En pâture ? Je ne crois pas. L’impression plutôt de les avoir valoriser. Facile ayant eu une enfance heureuse. Je devrais questionner ma quasi-jumelle Marielle là-dessus… elle qui vient de m’envoyer une belle nouvelle lettre. Elle accepte maintenant, m’annonce-t-elle, de remettre (crédits d’impôts ?) la liasse énorme de mes lettres mensuelles —depuis 10 ou 15 ans— aux archives nationales de la B.N.
Bush savait : on allait détourner des avions, il y avait des complots. Messages du réseau Al-Qaeda. Oui mais… Enfin quoi ? Le fou-à-complots avec son livre fou, en France, aurait-il un peu raison ? Silence organisé des FBI et CIA ? Non. Nul ne prévoyait ces avions détournés changés en bombes volantes sur des tours de Manhattan ! Mais des gens —de tous les bords— réclament maintenant une vaste enquête publique sur… ce que savait exactement les « agences » et La Maison blanche. Au juste quoi ? On va bien voir.
Oh ! Le gros quai-radeau de la plage n’est plus là chez Maurice. Vent de l’ouest plus fort encore. Qui le recevra? Ce qui es trouvé d’un échouage (vieille loi maritime) serait la propriété du trouveur ? Un vrai beau radeau ! En bois « traité ». Ce matin : danger le « cuivre chromaté » de bois traité est un vif poison à mesure que ce genre de bois vieillit. Brrr !
Ce « Kedma », le film courageux sur Israël et Palestine, est signé, je le découvre à l’instant : Amos (!) Gitaï. Le verra-t-on ici. À l’Ex-Centris seulement et peut-être ?
Allons accueillir le David valeureux, tiens, il fait deux « bacs » en même temps, il aura donc un sac rempli de manuels savants !

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