Le lundi 20 mai 2002

Le lundi 20 mai 2002

1-
Le soleil, le petit verrat, se montre tôt et quand vous êtes sur le piton, cafés bus, journaux lus, pouf ! disparu l’astre des astres ! À moins de vêtir nos costumes de skieurs de fond, pas moyen d’aller randonner sur la piste du « petit train du nord » …je voudrais bin essayer mon neuf vélo moi ! Coup de fil tantôt. Des Trois-Pistoles. Mon nouvel éditeur V.-L.B. Semble content du Réginald Martel (La Presse) et aussi du Louis Cornellier (Le Devoir de samedi dernier) . En effet, deux bons petits papiers pour notre « ÉCRIRE », le mien (de cette collection « vlebesque ») s’intitulant : « Pour l’argent et la gloire ». Cornellier (aussi prof au cégep de Joliette) me nommait : « L énergumène ». J’aime ça.
Mon cher Vic s’informe : il a bien reçu le stock du journal J.N. pour janvier. Je lui dis que février allait partir bientôt sur internet pour lui. Je lui dis en riant : « Devrais-je lire le journal de Jean Paré pour me stimuler, il vient de paraître, tout l’an 2001 ? »
La mode journal grandit ? Formidable. Des articles sur le journal de J.P. laissent entendre que l’ex-directeur de « L’Actualité » y va surtout de son métier : éditorialiste. Une entrevue raconte qu’il a « de la terre » en masse, à perte de vue, à Stanstead, et que des cerfs viennent y musarder. Le chanceux, le « crésus » —c’est si payant servir « MacLean and Hunter » ? Dans son journal, il passe…des mois ! Des mois ?
Paré semble une sorte de châtelain, un « farmer’s gentleman ». Moi, j’en deviens un roturier de basse extraction avec le tout petit terrain au bord du lac. Mais, Paré, lui, a-t-il ce joli tout petit lac laurentien à ses pieds ? Ah !
Mon Victor-éditeur se cherche une nouvelle complice car sa Katleen a mis les voile (!). Dans son village lointain du Bas-du-Fleuve, « pas facile, dit-il, de dénicher une habile aide-littéraire pour révision, pré-production », etc. Il travaille à son projet de neuf téléroman ces temps-ci, je crois. Pris, très pris, mon barbu matamore, ex-Bouscotte vieilli. N’ai pas osé lui dire que le diariste pourrait ralentir (beaucoup) pour l’été qui vient. De toute façon, il va publier (cet automne ) « janvier-juin 2002 »… d’abord. On verra bien pour la suite.
Me voilà pris avec une autre commande, torrieu ! J’avais promis — il y a un an— à la « magnifique » Soeur Gagnon, âme active et fondatrice de « La Maisonnée » dans « La petite patrie », un paquet d’aquarelles inédites qu’elle pourrait vendre pour ramasser des fonds. Pour son œuvre —les femmes démunies de son coin. Elle vient d’acquérir — déménageant de son pauvre petit logis-refuge— le grand presbytère Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent, angle Saint-Zotique. Au cœur de « La petite Italie ». Son voisin sera donc cette « Église-vendue-en-condos ». Or, une dame me contacte par téléphone samedi matin : « Oui, ça va se faire votre expo, aiguisez vos plume et mouillez vos pinceaux M. Jasmin. » Elle veut jumeler l’expo avec l’installation d’une sorte de centre culturel dans le sous-bassement de l’église Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle dit loger rue Liège angle Saint-Denis et a à cœur de ré-animer un esprit « petite patrie » chez les résidants du quartier.
J’ai tenté de la décourager mais c’est une farouche acharnée et aucun de mes arguments n’ont pu lui faire baisser les bras. J’admire cela. Elle vient donc me rencontrer, ici, demain matin pour discuter de cette « affaire » caritative et culturelle.
Bigre ! Diantre ! Sacrebleu ! M’installer, tout l’été, à mes tables à barbouiller à l’atelier-cave ? Aile m’en grondait déjà tantôt. « Non, lui ai-je dit, je poserai mes couleurs dehors, en plein air ».
Je dois vite maintenant contacter Sire Graveline (chef en éditions pour VLB, Ville-Marie, Typo, etc.) qui a les droits du livre (« La petite p. ») pour qu’il accepte la publication du récit populaire avec mes aquarelles. Ces tableaux —les originaux— seront donc exposés et vendus par la suite. Au fond, c’était un vieux projet chéri et abandonné (par paresse) et voilà qu’en y étant comme forcé, cela va se réaliser maintenant. J’espère. Ainsi je singerai le célèbre Clarence Gagnon et ses illustrations fameuses du roman de Louis Hémon : « Maria Chapdelaine ».
Ouf, du boulot !
2-
Remue-ménage dès vendredi quand le jeune géant, mon David, (20 ans à peine) —l’aîné d’Éliane et Marco— s’amenait pour le week-end. Un goinfre ? Un gouffre. Son bagage posé à l’étage, il va voir dans notre frigo. Pas grand chose. Nous n’ achetons —tous les jours— que la seule bouffe du souper. Le vide sous ses yeux ! Lippe maussade ! Rien à dévorer ! On rigole !
Aile qui n’aime vraiment que les garçons —elle s’adonnait mieux avec les mâles, camarades réalisateurs, acteurs ou techniciens, à son travail !— observe attentivement le jeune phénomène. Elle en a eu pour son… argent. David est d’un genre…naturel et franc. Il n’a rien à cacher, est bien dans sa peau et rétorque vivement à tout questionnement.
Moi aussi je suis curieux des us et coutumes de cette neuve génération. Un spectacle étonnant dimanche : David a son baladeur sur les oreilles parfois, ce qui ne l’empêche nullement de dialoguer avec nous ! Il a apporté trois manuels scolaires car il tente de faire deux bacs en même temps à Concordia, il regarde le hockey à la télé d’un œil, répond à nos questions et, de l’autre œil, étudie (!) ses livres…Un phénomène, non ?
Je lui ressemblais. À Radio-Canada, j’aimais, un temps, plus jeune, crayonner un décor sur ma table à dessin, jaser avec un camarade venu écornifler dans mon cagibi, et parler au téléphone avec un réalisateur anxieux de son décor. Tout en fumant et en buvant une bière. Jeunesse folle ?
Samedi soir, avant le film loué, « Sortie de l’enfer », David, en confiance avec son papi (?), se confie : « Je découvre peu à peu l’ambiance trop matéraliste à mon goût de ce monde du marketing, de l’économie, à l’université. Je voudrais pas me retrouver plongé dans le monde du « business only ». Aussi je songe maintenant, papi, à l’enseignement. Je ferais mon doctorat et je serais prof dans une université, ici ou aux États-Unis s’il le faut. Ça me mènera à quoi ? Vingt-cinq ans par là ? Ce sera plus long mais ça vaut la peine d’attendre, non ? »
Je lui parle de « moa » à vingt ans : j’étais en deuxième année d’une école technique (la céramique), j’étais pas du tout certain de me trouver un emploi dans le domaine. Oh non ! Je raconte à David les douleurs (ordinaires) de cette « angoisse de l’avenir » à cet âge. Je sens que mes propos le rassurent un peu puisque « c’est toujours la même histoire ». À vingt ans, l’avenir est un fameux point d’interrogation. Je cause avec lui de hasards, de circonstances. Le jeune céramiste diplômé finira par être… décorateur (La Roulotte) et puis animateur dans les Terrains de jeux et les Centres de récréation… Et puis, nouveau hasard, scénographe aux émissions pour enfants à la télé.
David sera bilingue, aura des connaissances solides en économie, et se passionnera toujours pour l’histoire (il adore) il sera donc, —peut-être— professeur. Je lui dis : « C’est le plus beau métier du monde ». Je le crois sincèrement. Je lui raconte aussi : « J’avais voulu l’être mais quand j’ai posé ma candidature (aux Arts appliqués), je découvrais que j’allais perdre quelques milliers de dollars — par rapport à mon job à la SRC et j’avais charge de famille ». Adieu donc le prof qui dort toujours au fond de moi.
Dimanche après-midi, ramenant le beau jeune géant —qui porte un collier de barbe maintenant— chez lui, ma fille— à son si joli jardin avec mon Marco— me fait cadeau d’un pot avec, dedans, six arbres nains : érable à sucre , chêne, bouleau, amélanchier, etc. Nous avons, père et fille, la passion des plantes. Rue Chambord, un cerisier et un pommetier montraient feuilles et fleurs naines déjà. Le climat dans le sud (!) est meilleur. Ici, on attend les feuilles encore. Marc, chef de service (information) au Ministère de la Famille, dit avoir donner du boulot à des grévistes de Radio-Canada. Aile en a les yeux dans l’eau. Elle éprouve une peine immense de voir patauger tous ces « précaires » mis sur le trottoir depuis maintenant des mois. Elle enrage de voir « sa » chère Société couler irrémédiablement, elle qui y connut presque quatre décennies de bonheur parfait.
3-
David me dira que lui et ses copains n’aiment guères les discothèques —« trop bruyantes, on peut plus se parler personne »— et les bars « où les filles, dit-il, se dénudent tant qu’elles peuvent pour attirer, attiser, les gars ». Ils vagabondent plutôt dans des cafés. Je dis : « Et le théâtre découvert au secondaire et au cégep ? » « Plus le temps, c’est raide deux bacs. » Il lui reste la musique (ses chers rappeurs !), sa bonne copine —une belle fille, je l’ai rencontrée, venue avec ses parents de San Salvador. Et des livres d’histoire, son dada.
Et la danse, David ? « Discos archi- bruyantes ou rien, m’explique-t-il. Nous autres, fin des années ’40, avions des lieux : l’Union des Latins d’Amérique rue Sherbrooke, le manège du CEOTC, rue Berri, le « Peace Centennial School », rue Jean-Talon, etc. Eux : rien si ce n’est le bruit infernal !
Dans ses cours d’histoire, lui et cinq de ses camarades, francophones de souche, « étrivent » un peu leur prof. David me montre des chapitres de son manuel d’histoire (du Canada). On rigole. On pouffe de rire. Les notions enseignées versent dans le merveilleux « plus meilleur » Canada fédéraliste. Il est resté farouchement patriote québécois, ce qui me rassure.
J’en profite aussi pour monter la nécessité de la lucidité. Je ne m’empêche pas de lui souligner certains bienfaits enseignés par nos conquérants. Cela existe. Craindre, toujours, le fanatisme. Nous sommes, là-dessus, tous les deux d’accord.
Nous visionnons une cassette, vendredi soir : « Allégria », spectacle très costumé du cirque du Soleil. Hélas, pas fort à la télé. Le cirque n’est pas du tout télégénique, il faut y être. Ennui donc. Avons observé l’ « Hannibal Lecter », génial Anthony Hopkins, répondre avec intelligence au sieur goguenard, toujours fort bien documenté, le Lipton de « Actors’ studio ». Bien belle heure de télé. David très attentif.
Samedi matin, coup de fil de mon fils à Aile. « Avez-vous vu Le Devoir ? Mon père se fait fêter, très bon article de Cornellier pour son petit dernier.» Aile —je l’adore— court vite acheter les journaux pendant que je patauge dans la baignoire.
En soirée, eaux gazeuses (on avait prévu), pop-corn, croustilles, noix, raisins verts ou rouges, tout se vide à très haute vitesse avec le jeune ogre David en Gargantua ! Aile n’en revient pas. Mais ce gaillard est frileux. Découverte d’un tas de draps (!) sur le lit de David samedi matin ! Aile le gronde amicalement. Il n’avait pas vu le thermostat au mur, il ignorait, au pied de son lit, la commode aux couvertures de laine. Ainsi, il ne voit pas serviettes et débarbouillette sur un meuble, mis là exprès pour lui. Bizarre !
Mauvais temps. Pas ce vélo donc. On ira faire —en apès-midi— un « tour de machine », comme on disait enfant, pour lui montrer de « grosses cabanes » ultra-bourgeoises vers Sainte-Marguerite. Il regarde l’opulent étalage de ces amateurs de « bunkers » luxueux l’œil froid et puis parlera de — bientôt— devoir se louer « un petit appartement, quelque part ». Enfin, il est content de s’être déniché —il vient de l’apprendre— pour les vacances, un job de « maître-nageur » et sauveteur à la piscine —olympique— du parc Sophie-Barat, si près de chez lu. Il a les diplômes voulus. Soudain, bailliages, David : « On dirait que le grand air du nord m’endort ! » On rit. On rentre.
Il ne faut pas louer « From hell », un film mal fait. Décors et costumes, du « Londres de 1898 », fameux cependant. Un récit tarabiscoté, bien saignant , tiré d’un album de b.d. Hypothèse : le fameux « Jack l’éventreur » serait un franc-maçon, chirurgien (de la Reine Victoria)et bien malade. Erreur d’avoir loué ce « From hell » et trio de déçus samedi soir. Quand le Jack-chirurgien coupe et découpe les malheureuses et sympathiques prostituées de Whitechapell, notre Géant-David détourne la tête. La vue de tout ce sang !
Jeune, je ne supportais pas (mon père, c’était pire, l’évanouissement). Je me suis soigné, ayant appris qu’il s‘agit de ne pas « vivre » le rôle de la victime, ne jamais se mettre à sa place, (paranoïa conne), de vite se distancier, de vite percevoir que c’est du…cinéma, d’examiner alors les rouages de la mise en scène. J’explique le procédé à David et il regardera davantage après. Sans crier.
4-
Une amie raide, la chère France : « Claude, comment croire qu’on est assez intéressant pour publier de son journal intime ? » La démone ! M’expliquer : envie de mettre sans cesse : « Et vous ? », « Vous aussi ? Comme moi ? », « Sommes-nous semblables ? » Vérité. Je ne le fais pas. Cela va de soi.
Le journalier espère qu’ au fond des choses, c’est cela, se livrer dans un journal, chercher les points communs. Espérer qu’il y a plein d’autres humains qui vivent la même situation. C’est souhaiter sans cesse qu’il y aura des lecteurs pour dire : « C’est vrai. C’est exactement comme ça que je réagis moi aussi. » Et si vous arrivez à trouver un gros lectorat qui se retrouve dans vos écrits, c’est un succès. J’aime lire du journal. Il y en a trop peu. Trop des journaux des « grands littérateurs » sont trafiqués. Sont trop « écrits », mesurés, calculés, repris, corrigés. Du mensonge alors. Jean Paré, avec raison, dit craindre ce « ravaudage » après les aveux. Ce qu’il n’a pas voulu, lui, trop se corriger, afin de faire vrai, spontané. Il a raison. Ce que je fais aussi.
Idées, émotions, sentiments, opinions, ne sont valables que s’il y a ce lecteur qui compare, qui nie parfois, qui a envie de protester même, ou qui est d’accord. C’est formidable quand il y a, souvent, concordance. Rien à voir, chère France, avec la vaine fatuité, la détestable vanité, l’exhibitionnisme quoi.
Reste que des tas de gens —pudeur, sentiment d’infériorité, identité mal assurée, crainte d’être jugés— n’oseront jamais se livrer en diariste. Vocation ? Oui. Recherche compulsive de complicité, de solidarité ? Oui, je l’affirme. Mes contempteurs, bien entendu, peuvent continuer de crier :égocentrisme. Je n’y peu rien et que ceux qui aiment mes proses ne m’abandonnent pas, Seigneur !
5-
David étonné. Nous discutions des actualités :Kosovo, Kamikazes, intégristes, antisémitisme, Islam, Cachemire, Palestine, Israël etc.
Aile surgit de la cuisine et lâche : « Maudites religions aussi ! Elles font naître ces guerres partout ! » David se redresse, il est de foi prostestante, pratiquant, songeait même à aller à un office le lendemain matin, dimanche, à la coquette chapelle du coin de la rue du Chantecler. Il explique calmement que le danger réside à appliquer « littéralemet » — et, dit-il, « littérairement »— les livres de religion anciens : Coran, Thora, Bible.
J’apprécie la distinction de David. Je tente de calmer la soudaine fougue a-religieuse d’Aile, lui dit que la religion est souvent un besoin de spiritualité très valable. Elle finira par l’admettre. Justement, à TV-5, dimanche soir, face à trois savants qui publient pour fustiger l’irrationnel —des invités de « Campus »— l’animateur Durant avance : « Que pensez-vous de la religion, une affaire de philosophe, une affaire de poète ? » Les scientifiques hésitent à répondre. Je guettais. L’on bafouille. Rien de clair. Puis : « La religion comble, rassemble, tente de rassurer ce que la science qui est , forcément, partielle », dit le savant Changeux. Voilà le succès de la religion.»
Ces illustres chercheurs (et trouveurs) en avaient surtout contre la montée des amateurs astrologues, la vogue des signes du Zodiac, les sorciers-escrocs d’aujourd’hui, les gourous à gogo, ces « témoins » d’Ovnis à une télé très fréquemment consacrée —« pire qu’avant »—aux parapsychologues, etc.
L’un du trio : « Nous souffrons collectivement d’ « analphabétisme scientifique » et c’est très grave. » Il y avait Charpak, (prix Nobel) déclarant, solennel : « Nous serons 9 milliards dans 50 ans, non plus 6 milliards comme aujourd’hui. Et ça augmentera. Danger :pollutions diverses, effet de serre, etc. Faut prévoir. La science seule peut nous aider à organiser l’avenir. »
Guillaume Durant ose parler des difficultés de comprendre la science : « Tout serait donc chimique, messieurs, en fin de compte. Électrique quoi ! C’est vite dit. Ces neurones, ces cellules et leurs synapses tout cela n’est pas facile à appréhender, admettez-le ».
Silence sur le plateau.
Changeux éclate : « C’est le seul prodigieux organe humain, le cerveau. Il est capable d’être, beaucoup plus qu’un organe fonctionnel, comme coeur, poumon, reins, d’organiser, il forme d’innombrables réseaux à milliards de connexions. Il permet tous les raccordements, c’est inouï, non ? »
C’est le Durant qui se tait.
Moi de même… qui aimerait tellement être plus savant. Qui tente parfois de lire (et de comprendre), les recherches physiques modernes. Mais oui, je reste un « analphabète scientifique », hélas, comme tant d’autres.
Dimanche soir, avant les savants, Devos et deux autres « comiques », connus en France —Dany Boon (!) et Fellag— commentaient un livre sur l’humour et ses lois. Un quatuor de sourds et puis ça va trop vite. Personne ne dit rien de substantiel.
Je m’ennuie de Pivot. Je l’ai dit.
Il y avait meilleures conversations sur des livres. « Campus » embrasse trop large. La portion finale avec les livres nouveaux et leurs critiques —dont une épivardée, Léglise son nom, qui a un accent insensé— me semble vaine. Je m’ennuie de Pivot, bon !
6-
Vu à la SRC —en reprise ?— l’acteur Dumont, patron chez Duceppe, s’entretenant avec Charron. Conversation aimable. Jasette sans prétention. De la télé pas cher. Repos des esprits. Badinage. Révélations en mineur. Michel Dumont, d’entrée de jeu, avoue avoir eu envers son mentor, Jean Duceppe, une relation « père-fils » tout à fait comme son interrogateur, Claude Charron pour René Lévesque. Il lui disait « vous » et « monsieur Duceppe », pourtant, jusqu’à sa mort. Vénération totale. Charron, lui, on le sait tois, ira jusqu’à tahir ce « père ». Voudra même le voir démissionner. Disparaître. Colère du chef à cette époque (1972-1973 ?). Dumont, lui, n’a jamais contesté son admirable « père » tout en avouant ses colères subites effroyables à ce Duceppe, peut-être maniaco-dépressif.
Jamais je n’ai eu un tel engouement durable pour un « plus vieux que moi ». (Et vous ? Et vous ?) Mystère à mes yeux ce besoin d’un « père spirituel », d’une idole, que dis-je, d’une icône. Souvenir : entrant au collège Grasset, nos devions nous choisir un « père spirituel, un confesseur quoi ? Des grands me dirent : « Chosis le père Lachance, il est à moitié sourd et endormi et endormant, il te fichera la paix totale. » Je l’avais élu volontiers ! Et puis la paix !
Tout en lisant, hier soir—avant « Campus »— revu à la SRC (reprise ?), « Le temps d’une vie » de Roland Lepage. « Très » adapté pour la télé par Cyr. Cette Sylvie Drapeau (la mère) est une comédienne tout à fait hors du commun. Incapable de lire bientôt…accroché totalement à cette misérable, pathétique, victime des temps jadis… et d’aujourd’hui. De la télé rare !
Dans le jardin du petit château Chambord, rue du même nom, rencontre de Raphaël, fils de Roger Drolet, copain de Gabriel-le-trompettiste et amateur de poissons exotiques, le benjamin du clan-Barrière. Les deux partaient pour « La Ronde », question d’y obtenir une passe-saison, je crois. Comme pour le ski-alpin, ma détestation d’attendre en file indienne au bas des appareils. Jeune, je négligeais le vieux « Parc Belmont » du boulevard Gouin, pour ces attentes à n’en plus finir. Est-ce que cela a changé ? Sais pas. Quand je dis à David :ce parc très populaire était une des possesions de Trudeau, il doute : « Hen, comment cela ? Trudeau était si riche ? » Je lui raconte la saga des « garages-Champlain », du club d’automobilistes, le C.A.C, propriétés du papa de PET, l’héritier… écossais par sa mère, une Elliott. Je remarque, une fois de plus, comment ces… historiettes fascinent la jeunesse.
7-
Remontés dans les Pays d’en hit, Aile et moi partons en promenade de santé. L’autre jour, prenant à gauche de la rue Morin, avions découvert les gras neufs pavillons du pas moins neuf « Chemin du Nomade ». Cette fois, bifurcation à droite, vers le Chemin Joli-Bourg ». Encore des condos, pas vieux du toit. Plusieurs construits dans des ressauts escarpés. Architecture bon marché ? Quelques cent mille tomates l’unité ? Autour, des boisés. Parfois d’immenses bouquets de gros bouleaux très blancs. Beauté. Des impasses partout , nous devons donc rebrousser chemin souvent. Impossible de dénicher un sentier menant aux côtes de ski de l’hôtel Chantecler. Mystère ! Les gens doivent-ils prendre la voiture pour aller skier à deux minutes plus loin ? Aile, avec raison, s’explique mal l’achat d’un logis qui est collé à deux ou trois autres. Le ski, les jeunes enfants ? Sans doute. Soudain un gamin dévale un chemin en pente sur son vélo. Le seul être vivant rencontré. Personne donc pour promener sa carcasse. Oh, un jeune coupe ! Avec un chien fou. Le seul rencontré. Mystère cela aussi ! Ici et là, des ruisseaux bruissent . Petits bonheurs. De gros tuyaux de métal les font filer sous les chemins pavés…qui vont se multipliant dans ces collines.
Aile a pris les appels sur le répondeur du Chemin Bates. Invitation à aller animer deux émissions spéciales pour une télé de compagnie privée, apparentée à celle de Guy-Robert Scully. On aura apprécié mon topo sur Gabrielle Roy ? Je le suppose. On verra mardi, aujourd’hui, lundi, jour férié et silence au téléphone. C’est bien.
8-
Mes coupures : Gregory Baum, fédéraliste ouvert aux changements, il a 78 ans, déclare qu’il est découragé de constater que jamais le reste du Canada (ROC) ne voudra reconnaître que Québec forme une nation à part entière. Dire que des cocos comme Mario Dumont ou John Charest, eux, ne sont nullement découragés et font miroiter aux citoyens québécois candides qu’ils réussiraient à changer tout ce monde anglo ! Des fumistes ?
Un homosexuel d’Espagne veut révéler ses coucheries avec trois évèques espagnols. Ce Carlos Alberto Blendicho, un abusé sexuel (ou un consentant ?) des années ’80, sait-il qu’en Espagne la religion catholique est en chute libre et que ses divulgations ne feraient pas un bien grand tort à l’église de Rome là-bas.
Daniel Gourd, patron à Radio–Canada, affirme qu’il sort dans le couloir quand la réunion en cours évalue un projet de son fils qui est producteur de télé. Riez ! Un fameux grammairien d’ici, jadis, (le nom ne me revient pas à ce patroneux) auteur de manuel scolaire et aussi juré au DIP (Département de l’Instruction public, machin d’avant le ministère) disait, lui aussi, aller fumer sa pipe dans le corridor quand ses pairs évaluaient son projet de grammaire ! On riait !
Très drôle ce Laporte du dimanche souvent dans La presse. Son papier d’hier sur les films avec suites, un petit bijou d’humour.
Nous avons ,chacun, un cochon. Ça y est : ils seraient sept (ou huit) millions de porcs sur notre vaste territoire. Égalité magnifique. Un home, un cochon. Il y a que ça chie en masse ces bestioles et qu’on ne sait plus quelle terre agricole aller arroser de ce purin surabondant ! On songerait à abattre des forêts (ça se fait déjà dit-on). Non mais…
Parlant cochon : il y a ce curé catholique bostonnais. Geoghan.130 plaintes d’abus sexuels. Dix ans d‘activités missionnaires évangéliques quoi ! Quelle bonne santé monsieur le vicaire du Christ ! Il y aurait 80 poursuites pendantes…au dessus de sa tête. Il en a donc une ! Que le pays, la région, des antiques pieux Pilgrims, des anciens très pieux Shakers et autres ultra-pieux Puritains a changé ! Arthur Miller rédigera-t-il une neuve version de ses « Sorcières de Salem » ?
Claude Guay, de Sherbrooke, —mes chères lettres ouvertes— se porte à la défense du Cornellier qui recommandait d’enseigner d’abord nos auteurs dans les écoles du Québec. Je suis juge et partie dans ce débat. Je dois donc la fermer. Mais ce Guay dit que « le grand Marcel Proust, pour si bien rayonner, partait (parlait) de son Cambray de jeunesse pour aller loin, partout, jusqu’à Venise. Que c’est normal, ordinaire, ce cheminement du connu vees l’inconnu. Le même Cornellier, samedi, ayant lu mon dernier bouquin-manifeste approuve « ma confiance » en nous et dit qu’il y a moyen d’être universel en écrivant sur nous. Un cinéaste belge (Van Beuren) a vu de l’universel dans mon « Pleure pas Germaine » (que je viens de voir arriver en cassette-vidéo au bas de la côte). En 1965, on m’a bavé dessus chez les puristes : « régionaliste infâme » !
Michel Tremblay qui est loué —et joué d’abord— partout n’a rien fait d’autre. En 1968, au départ, l’on bavait sur son théâtre en milieu cultivé et colonisé : « un autre régionaliste borné ! » . Et puis, le succès venu, silence. Dans « L‘Action nationale, dernière livraison, on peut lire un excité qui se creuse les méninges pour démolir tout mouvement de reconnaissance de la culture littéraire vivante d’ici. Pour ce grand énervé, il n’y a de bon bec qu’à Paris, à l’étranger quoi. Tristesse. En 2002, ce combat idiot ne devrait plus être mené. C’est dépassé. C’est une niaiserie. Vous pouvez écrire en jargon, en patois, en joual (vert ou rouge) un navet dégueulasse ou un chef d’œuvre. Le niveau d’écriture n’a rien à voir avec le talent. Ou le génie. L’outil est secondaire.
Il y a des ouvrages insignifiants très bien rédigés avec une totale connaissance du français… de Paris, de Bruxelles ou de Lausanne. Ce sont des livres ennuyeux. En un français impeccable. Bien écrire désormais c’est réussir à captiver un vaste public, à épater un monde large, à émouvoir un auditoire important. Point final.
Rares les écrivains qui s’engagent. C’est imprudent. Pour bourses, voyages, subventions, etc. Yves Beauchemin a le cran d’appuyer le Dorion qui a soutenu une thèse bien faite sur les périls que nous courrons collectivement en face de l’aveuglement de pouvoir actuel, si prudent, si lécheculiste (Commission Larose, ministre Diane Lemieux ) aussi en face des tentatives de sabordage d’Ottawa (avec l’assiatnce des juges « supreme court », tous luttant e sans cesse pour réduire, diluer l’essentielle Loi 101.
Coupure de presse grave : un ex-patron de la CIA a répondu franchement enfin. À la télé. Un chevalier de la franchise ? Est-ce que la CIA ment, a menti, mentira encore ? « Oui », dit Donald Rumsfeld. Bon. Clair comme ça. Ces mensonges nuisent-ils ? « Non », dit le compère. Il le fallait. » « Pourquoi mentir, questionne l’animateur de télé ? Même aux chefs élus ? Ces omissions à la vérité et publiquement encore, c’est une entorse à la démocratie, non ? » Sa réponse : « Pour protéger le USA. Ou pour protéger les intérêts de certains alliés ».
Enfin, un aveu net ! Méditons sur les intérêts des uns et…des autres.
Film québécois à l’affiche, ici ce soir. « Un crabe dans la tête. » Il était temps, je sais. Hâte de voir ça. Je dis à Aile : « Me semblait que tu voulais voir « Quit », recommandé par les Faucher, non ?
Aile : « Non. Fait pas assez beau. Avec ce temps maussade, ce froid en mai, pas envie de nous (ce « nous » tout de même !) plonger dans une très triste histoire de femme triste, accablée…»
Bon, bon. C’est Aile qui mène en ce domaine !

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