Le jeudi 23 mai 2002

Le jeudi 23 mai 2002

1-
Bien ! Ah oui ! Comme hier, beau soleil, ciel net et du fort vent. D’ouest. J’aime le vent, comme un fou. Pourquoi ? Mystère. Ce vélo cher, une vraie merveille. Tant de vitesses (à la poignée)…Du luxe. Adieu vieille bécane d’antan ! J’ai eu froid dans le sentier du « Petit train », brrr… Notre premier petit déj, un rituel, dehors, à Val David, chez le Van Houtte du coin de la gare (restituée).
Ce matin, message urgent expédié à M. Graveline, éditeur chez Sogides (Typo) qui a acheté à « La Presse », ex-éditeur, les droits de « La petite patrie » mon récit, je dirais « emblématique » et parfois encombrant quand trop de monde s’imagine que c’est tout ce que j’ai publié dans ma vie !
Or, avant-hier, mardi, un couple étonnant s’est pointé chez moi. Ils sont comme fous de ce récit qui fut télévisé (1974-1976) en version « jeunes- adultes » puisque le réalisateur ne voulait pas d’enfants dans son casting. Lucille, une retraité qui habite le quartier du récit, Villeray, la compagne du couple, est un phénomène. Elle est en tain d’organiser un Centre culturel en s’associant au curé de Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle a bossé à Ottawa (dans l’entourage des Trudeau et Cie !) et dit avoir un million de bons et utiles contacts.
Bavarde, enthousiaste, fringante, je n’ai pas pu refroidir cette Lucille ! Le compagnon rigolait : « Vous la connaissez pas. C’est une fonceuse que personne ne peut faire battre en retraite. » J’ai tout essayé, on peu me croire. Non, rien à faire, acharnée, elle est certaine que son « affaire » sera un succès. Si bien que me voilà embarqué dans sa galère.
De l’ouvrage pour tout l’été. Je raconte : depuis fort longtemps je songeais à illustrer de mes aquarelles ce récit nostalgique. Oui, singer l’album formidable du grand Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémon « Maria Chapdelaine ».
Je ferai donc, en juin et juillet, des tas de dessins coloriés sur le guenillou, l’affûteur de couteaux ambulant, le maraîcher, etc. Lucille organisera une expo de cette ponte dans le sous-sol de l’église Saint-Arsène. Le profits iraient aussi à « La maisonnée », un essentiel refuge pour femmes en détresse dans Saint-Jean de la Croix, animé par la formidable Sœur Gagnon.
Aile inquiète de cet engagement. Je dis : « T’en fais pas, mon amour, pas question de m’enfermer dans la cave-atelier, non, je sortirai ma table à aquarelliser dehors ! »
Téléphone urgent d’une recherchiste lundi : on me veut (on me veut ? Que c’est plaisant !) pour animer deux émissions d’une série « Bibliotheca-spécial-jeunesse ». J’ai fit « oui » puisqu’il va s’agir de faire parler mes invités sur les lectures fondatrices de leur enfance. Le beau projet, la bonne idée. J’ai suggéré Vincent Bilodeau et Marc Labrèche, deux acteurs qui durent m’interpréter — en alter-égo— dans deux feuilletons autobiographiques.
Oh ! Ça parle au diable ! À l’instant nouveau coup de fil de cette recherchiste : « Vincent Bilodeau a accepté mais impossibilité pour Marc Labrèche, parti en vacances du « Grand blond ». Alors, j’ai eu une idée : pourquoi pas avec votre fils et un de vos petits-fils ? Trois générations. Trois genres différents de lecture dans l’enfance, non?»
J’ai dit « oui ». J’ai réfléchi :une fille lisait davantage. Je téléphone aussitôt à Éliane. Pas là. Va me rappeler dit Laurent, « l’enfant du milieu » que j’invite, lui aussi. À suivre ! Ah, appel de ma fille : « Oh là… la télé…ouen, b’en… » Elle hésite quoi, se dit en santé fragile, se questionne sur un Laurent introverti, mutique parfois, risque de silence fréquent… et elle se souvient très mal de ses lectures d’enfant…
Elle va me décider d’ici ce soir. Ça s’annonce pas fort !
2-
Soleil au bord du lac, une première, hier après-midi. Lecture. J’avance péniblement sous ce « Mausolée des amants » du « pédophile qui se retient mal », le défunt Hervé Guibert. Jeunes, nous disions : « Ça me donne mal au coeur ». Envie de redire cette phrase en lisant certaines pages de ce journal —15 ans sans aucune date, rien— très louangés par nos critiques. Envie de vomir quand l’auteur imagine avec jouissance des « enfants livrés à des sodomites endiablés ». Pas certain d’aller plus loin que cette mi-livre.
Hier pour souper, rien de bon à l’École, nous marchons au coin de la rue du Chantecler. Salade et « Pita » au poulet avec la sauce et les patates cuites aussi à la grecque. Plein du monde d’un élégant bus nolisé qui s’est vidé —moult caquètements inouïs— chez « Dino’s’Or ». Notre brave Denise toute débordée par sa petite foule en « voyage organisé ». Avons loué, hier soir, « Vanilla sky » avec Tom Cruise-belle-gueule. « Un genre que j’aurais jamais aimé », me dit Aile ! Ah !
Ce « Ciel couleur vanille », de Cameron Crowe, est un « remake » d’un film surréaliste d’Almadovar (« Abre los ojos ») . Pas vu ici. La mode l’exige ?, pas de travailleurs ordinaires, gens des majorités —c’est sans intérêt n’est-ce pas— là-dedans. Aucun ouvrier, un monde imaginaire, une frange, toujours la même —voir nos jeunes romans— des personnages chics qui bossent dans le monde des médias modernes. Lieux forcément redondants, lofts, penthouses, discos, galeries, sites ultra-utilisés (voir « Un crabe dans la tête »).
Marre, comme on dit à Paris.
Ennui profond de ma part. Des plans réussis, quelques séquences bien enlevés, des « pros » sont aux machines, hélas, un récit inchoatif, mal articulé. Même le surréalisme a besoin d’une structure minimum. Impression d’avoir visionné un brouillon d’étudiants en cinéma, cégep 1!
« Lantana », lui, est un fameux de bon film en comparaison.
3-
Je peux lire des courriels fameux désormais. Internet est un mode communication merveilleux. Je recevais tellement moins de lettres jadis. Un jeune homme s’offre pour succéder à l’adjointe parie de V.-L. B. Lettre drôle et brillante. Je l’encourage à s’exiler aux Trois-Pistoles, mon éditeur ne va s’ennuyer si ce candidat est accepté. Par lui. Louise Champagne-Chamard m’expédie un tas de souvenirs nostalgiques à propos de lieux qui me sont familiers et qu’elle aussi a fréquentés. Une gerbe de « mémos » cocasses. J’ai apprécié.
Ce film, « Lantania », loué lundi, signé Ray Lawrence, méritait d’être vu. Très bonne histoire. Bonnes images. Bon réalisateur. Vraiment du cinéma qui compte. Que je reverrais mëme tant c’est riche et bien mené. Mais ce « Vanilla… » , la peste, bien noire, et d’une prétention intolérable.
Ça brassait dans cabane, avant-hier, mardi. Aile et ses deux femmes de ménage ont les baguettes en l’air. Je ne sais où me cacher. En voilà une du trio —à torchons, serviettes, serpillières, moppettes et époussettes— de ces nettoyeuses-frotteuses dans mon bureau. Oh maman ! Mes craintes. J’achève café et gazette dans l’angoisse ! L’étage sent bon vers midi ! Il y avait besoin de lavage, de grattage, de nettoyage, c’est certain.
Hier et aujourd’hui, travaux herculéens sur la galerie. Jean-Guy, l’indispensable, retire le bois pourri des balustrades et du plancher. Sciage de forcené. Bois nouveau. Clous et peinture partout. Oui, où se cacher. Aile : « C’est drôle hen, ça me gêne quand des gens travaillent comme ça, chez nous et qu’on est là, étendus au bord de l’eau. » Délicate Aile va ! Moi itou. Gêne. Pas l’habitude ?
4-
Soupe au « Petit chaudron », rencontre aux tabourets du producteur retraité qui a passé les rennes à sa fille, Claude Héroux. Une compagne alerte, souriante, lumineuse. Souvenir : je lui avais très subitement rapporté ses belle machines à travailler quand Réjean Temblay, malgré les promesses de Héroux, refusait mordicus de me laisser rédiger les premiers jets de « Lance et compte ». Je refusais, moi, de lui servir de « polisseur », de secrétaire téléphonique, ce que fit volontiers mon Louis Caron (sans vraiment le réaliser ?). Je perdais une petite fortune ce faisant ! Pas l’âme d’un nègre littéraire.
Nous songeons souvent où nous réfugier deux mois, l’hiver venu. Claude Héroux, —« producteur môron » dirait la Larouche ?— comme Cadet-Rousel, a trois maisons ! Un chalet à Val Morin, un logis en Floride (Pompano Beach) et un autre en Provence, pas loin de Cannes. Il hésite à se brancher côté soleil ! Me dit : « En Provence, l’hiver, c’est frais. Oui, faut une laine parfois. Quoi, le mistral (que je crains) ? C’est très rare. L’été, chaleur effroyable là-bas. Impossible d’y rester pour nous. »
Ah, la misère des riches !
Julie Stanton au téléphone avant-hier : « M. Jasmin, j’ai perdu notre entretien téléphonique pour mon magazine, « Le bel âge » ! Sacré enregistreuse… » Vieille chanson jadis ..mais en 2002 ? Avant-hier, j’ai reçu son questionnaire par courriel et lui ai renvoyé mes réponses. Hier, retour sur internet : « Bien reçu. Merci, vous m’avez fait rire et émue aussi, merci ! » Bon. Recevrai-je une copie du magazine ? Des fois…rien.
Résumé visuel du film québécois « Un crabe dans la tête » ?
Ski aquatique, gros yatch, baise, plongée sousmarine, drogue dure , lofts luxueux, baise, cellulaire sans cesse, baise, photos glamours, baise, observatoire de Mégantc, « décormag », jumelles, baise, galeries avant-gardistes, etc.
Ouash ! Téléfikm trove cela fort bien et crache de notre argent public…de travailleurs hors-ces-circuits ! Pas d’ouvriers jamais, pas de monde normal, ordinaire. Vos vies sont trop moches, bandes de gueux ! Allez nous ramasser taxes et impôts, gang de cons finis, on a des films à faire pour illustrer…les autres ! Aucun intérêt pour les travailleurs. Foutaises subventionnés !
Si on veut voir du vrai monde, on peut louer —vidéocassettes arrivées— maintenant l’étonnante adaptation par Alain de Halleux ( de Bruxelles) de mon roman « Pleure pas Germaine » (un classique québécois a décrété Réginald Martel ). Un correspondant « net » a cru à un piratage (!) en lisant les annonces dudit film ! « La presse », avant-hier, lui a mis 3 belles étoiles ! C’est un film qui m’a fait grand plaisir, très respectueux de mon intrigue et de mes personnages, ce qui est rare. Un film modeste, quelques séqueces émovates. L’histoire d’un ouvrier en chômage, bon buveur, en vacances-fuite, et qui découvre enfin les siens. Un voyage de pauvres —non plus vers la Gaspésie, mais vers les Pyrénées. SoniaSarfatio écrit : « De Halleux rappelle le cinéma de Robert Guédiguan ». Très vrai.
Mai va finir. Le soleil me fait signe. Sortons donc s’y soumettre avec bonheur. Le journal va ralentir. Je le crains.
Oui, l’intituler désormais : « jours de pluie ! »

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