Le lundi 27 mai 2002

Le lundi 27 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Ciel lumineux ce matin mais sans lui, L’Oestre (Verlaine à propos de Rimbe). Notre Jean-Guy en gratteux véhément pour le plancher à reteindre côté des cèdres ( longs arbres que le déneigeur promettait d’émonder…mais… ). Gros tracas hein ? Ouen. Oui, se défaire de tout et partir avec deux malles… D.Marleau finfinaude avec moi. Courriel sibyllin. Un zigue curieux.
Il a du jus. Mon Cornellier, lui, refuse (un peu ! il y réfléchit ? ) de suivre mon conseil : faire de sa chronique au Dev (des essais), des billets d’humeur, une sorte de feuilleton personnalisé. Pour cela il faut se sentir « écrivain ». Se sent-il tel ? Tout est là.
Rêve encore cette nuit. J’avais lu un curieux billet libre (La Presse) du fils de Jean Lapointe qui racontait une amie mal prise, dans un « rave » avec lui (à son âge ?), qui tombe dans les mals… Grave crise. Vite, ambulance, hôpital, bons soins mais il a éprouvé une peur terrible. Bon. M’est-il resté dans le cortex ou le cerveau…reptilien, des traces ?
Ce songe donc. Je suis demandé, coup de fil, chez Jean Lapointe. J’y vais. Banlieue froide, anonyme. Vaste logis. Jean est très mal en point. Vieilli davantage. Un sénateur gaga. Il me dit (insiste) d’enlever mes bottines (noires, cirées !) et les jette sur un tas de souliers dans une pièce désorganisée. Un désordre règne dans sa maison. On cause. Jean se plaint, se dit « fini ». Je tente de le requinquer. Vainement. Il s’en ira ? Me laisse en plan.
Je veux m’en aller aussi. Je cherche mes bottines. Ne les trouve pas. Je fouille dans ce tas énorme de chaussures. Pas là ! Des gens passent. Des jeunes gens. Une femme (inconnue de moi) épouse, gardienne ?, je ne sais…rôde. Va et vient dans la cuisine. Frigo qui s’ouvre sans cesse. Des bières partout. Je vais fouiller dans des placards. Toujours d’énormes paquets de chaussures ! Sandales, cuissardes, runninge-shoes, bottes, savates, à lames, sortes de patins, semelles à crampons, lisses, épaisses, minces, un vrai magasin de souliers divers, je n’en reviens pas. Je songe à prendre une paire de n’importe quoi et fuir. Mais…Incapable d’avoir deux souliers semblables ? Me voilà en sueurs !Bizarre ! Je me réveillerai découragé, perdu.
Qu’est-ce que c’est que ce rêve rempli d’escarpins ? Freud, au secours ! Insensé de m’être vu à genoux, énervé. Pourquoi cet empêchement à pouvor me chausser ? Quelle est la clé de cela ?
2-
Oh ! le film étonnant, loué avant-hier : « Wit ». Qui veut dire « dépérir ». Avec la fameuse Emma Thompson. C’est l’ami Faucher qui nous le recommandait. Avec raison.
Une très sévère « vieille fille », prof de littérature ancienne, —le poète ésotérique John Dunn est son idole— entre de toute urgence à l’hôpital. Un grave cancer des ovaires. Un ex-élève sera son soigneur. Il lui fouille le organes, ganté. Humiliation. Tout le film « Wit » nous fera assister à son calvaire. Intelligente, lucide, elle observe tout, note tout. Monologue fascinant. Imsghes redoutables. La Thompson y est hallucinante de justesse. C’est le terrifiant défilé des froids spécialistes, l’horreur d’une cure expérimentale (chimio), enfin, le délabrement physique.
« Wit », pas un film triste. C’est autre chose. Cette érudite, si austère, si rigoureuse, si intransigeante jadis, fait face à la mort plus que probable. Des retours en arrière, minimalistes, illustrent (à peine) son passé. Un courage inouï. « Wit », Une solitude totale. Quelques scènes inoubliables. « Wit », du cinéma important signé Mike Nichols. Un récit renversant tiré d’une pièce de Margaret Edson.
3-
Samedi dernier, Foglia , comme en passant, fesse Saint-Sauveur.
Il attaquait la Sheila en « ministre de la Propagande ». Alors ce laid lieu ? C’est fréquent en un certain milieu : comme c’est laid, Saint-Sauveur. Mont-Tremblant. Jadis : Pointe-Calumet. Ou Old Orchard, Maine. Des lieux fréquentés souvent par le populo. Est-ce laid, est-ce joli ? Quoi dire? C’est vivant, plein de monde, plein de touristes, Saint-Sauveur. Joyeux. Dynamique. On y va parfos Aile et moi et on ne juge pas le site. Commerces, restaus, une belle vieille église au milieu de la foire. Rappel du passé villageois modeste en un cirque populaire ?
Parc d’attraction quoi ? On voudrait pas un Sainte-Adèle dans ce genre. Oh non ! Mais y aller pour un bain de foule…sentimentale ? Au fond des choses, cette détestation bien bourgeoise relèverait-t-elle d’une misanthropie sourde ! Ah ! Redire que, jeune, Pointe-Calumet, ultra fréquenté, était une sorte de Parc Belmont et que cela a forgé mon caractère, disons, ludique. J’aimais marcher la rue « marchande » Saint-Hubert, ou le Marché Jean-Talon. La vie vive quoi ! J’aimais déjà les gens, la foule. Cela me stimulait. Des sauvageons restaient loin des cirques. À lire John Dunn ?
4-
Des tueurs protégés les médecins ? Oui, assez souvent. « Deux mille assassinats (2,000) chaque année au Québec », annonce un article de gazette. Il y a, dans cette profession, un mot caché, un euphémisme hypocrite, pour le « rapport » du bon docteur erratique. Erreurs médicales fatales. Léthales. J’ai oublié ce mot. Mais il s’agit, le mot chien ne mord pas, d’ « homicides involontaires ». Ce que dirait le code criminel. Il n’y a ni procès, ni sentence.
Duhaime, ex-politicien, rétorque : « Pas en deux mois mais en sept mois, mes grosses gages ! » C’est noté maître ! Donc environ 25,000 tomates par mois ! Donc environ 7,000 tomates par cinq jours ouvrables en consultant-lobbyiste. Maudit pauvre va ! Plein de travailleurs qui gagnent quoi, eux ? Trois centaines de dollars par semaine. La vie, la vie.
Visite de « l’étalagisye obsédé de chairs mises à nu » dans nos murs, sous le bon patronage complaisant du « Musée d’art contemporain » de l’ »abbé de cour », le révérend père Brisebois. Spencer Tunik, stoppé à New-York, vante notre…tolérance aux exhibitionnistes. Ceux-ci s’imaginent immortalisés dans les photos exposées. Prenez une loupe et cherchez-vous dans la multitude à poil, de bande de caves ! La nudité est importante dans l’histoire de l’art (ancienne surtout) mais voir un auguste nu lumineux d’Auguste Renoir ou voir un amas de viande humaine effondré sur le macadam, c’est deux choses.
5-
Brent TyLer, le féroce francophobe organisé (bonjour : All-liance Kouaybec) soupire après le bon temps —il parle de « liberté » pour nous, les francos, il nous aime tant— le merveilleux temps donc, quand 80% des enfants d’émigrants d’ici étaient mis aux écoles primaires anglaises. C’était un clair signal de racisme. D’un racisme particulier certainement. La loi 101 a changé ce… « contempt », cette intolérance viscérale à la langue de 84 % des citoyens d’ici. Pourtant, certains —suivez mon regard— travaillent encore à ramer contre le courant rétabli, normal partout ailleurs, dans tous les pays du monde.
Avons-nous un pays au fait ?
Avant le célèbre 11 septembre 2001, un mémo part, venant d’une antenne du FBI, au Texas : « Enquêter tous ces étudiants-en-pilotage araboïdes qui suivent des cours ( intensifs ?) de pilotage ces temps-ci. » À Washington, bof !, on fourre la note de service dans un dossier flou, à classer loin des regards. Le 11 ? Bang ! Va y avoir de la démotion dans la hiérarchie effbiaillienne ! Bientôt, soyez-en sûr !
Tanné d’être ce veuf accoté ? Mon mariage planifié depuis des années ? Je veux un gros party. 50 invités, au moins. La schmala bouchérienne et jasminienne au grand complet. Elle veut quoi ? Deux témoins. Négociations qui traînent. Je descend à 36, puis 25, puis à 15. Niet ! Je lui met sois les yeux le journal du jour : « Claudia Shiffer, cinq cents invités (500 !) ». Elle rit et me donne une grosse bise. Ouengne !
Dans la file de l’École des marmitons, surgissent des parents shmaliens : Carole (du Sommet bleu) et son frère Murray La Pan (de Saint-Sauveur). Je range mon texte d’Arthur Buies. Causerie puis portes ouvertes : choix immense cette fois. Bagarre polie comme toujours. Ça revole, les paniers se remplissent. Poulet, porc, agneau, poisson, pain bio, amuse-bouches cocasses, chocolats. Je finance Carole, avec intérêt de « 2% la minute ». On rigole.
Drôle, je songe encore au si bon film de Ray Lawrence « Lantana ». Dedans, cet acteur si fameux dans « The shine » (Geoffrey Rush) en pianiste schizo, balbutiant, bégayant et sauvé par une femme. Il joue dans « Lantana » un savant prof inguérissable de la mort tragique de son enfant et marié à une thérapeute pas moins poquée que lui qui déclenchera toute l’action de ce film étonnant. Un bon récit filmique fait cela :il vous hante.
C’est Tim « Robbins » (et non Collins comme j’avais noté) qui a donné une si formidable interview avec Lipton de la très brillante série « Inside Actors’s studio », la dernière fois au canal Artv. Les allures d’un brave agent immobilier ou d’assurances, ce bonhomme (aussi réalisateur à l’occasion. « Les évadés », un film à louer si pas vu encore ) a montré une intelligence —de ses deux métiers— hors du commun. J’y repense aussi à cet acteur dépareillé. Il dit soudain : « Prendre le métro—tant de silhouettes étonnantes, tant de caractères humains à étudier— est une source fameuse d’inspiration ! » Si vrai. Je m’ennuie parfois de ces bains de foule. Ce métro pris de1967 à 1971.
6-
Ma passion de lire. Pourquoi ? Pour ceci, par exemple, dans « Voyez comme on danse » de Jean D’Ormesson :
« La mort l’avait rattrapé. La mort rattrape toujours la vie. Elle règne parce que la vie règne. La seule question sérieuse est de savoir si cette mort, qui est le dernier mot de la vie, est le dernier mot de tout. » Et :
« Dans un monde où tout change, où tout passe son temps à bouger, le temps est la seule chose à ne jamais bouger, à ne jamais changer. Il bouge mais il ne bouge pas. Il change mais il ne change pas. (…) Le temps règne, immuable. Immuable et torrentueux, immuable et tout-puissant. » Il y a le temps d’abord, et tout le reste après, et dedans. ». Et :
« Il ne traitait pas Dieu comme ces imprécateurs dont la passion farouche peut toujours apparaître comme un amour inversé. » Et :
« Il me disait qu’il n’avait plus besoin de rien ni de personne (…)que Bach suffisait à remplacer tout ce qu’il avait tant aimé dans cette vie. Je lui glissai le mot de Cioran : « Dieu doit beaucoup à Bach ». Et :
« Nous savons bien que tout appartenait à un théâtre fragile dont nous étions les acteurs pour une série limitée de représentations. (…) Qu’est-ce que c’était que ce monde où rien ne nous est jamais donné que pour nous être retiré ? » Et :

« Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps. Nous sommes les prisonniers de l’histoire. (Les vieux ) nous avions été jetés dans une période les plus sombres de l’histoire. Elle s’ouvre avec une guerre (1914), elle se clôt avec la chute du mur de Berlin (et de l’Urss)(1990). Elle aura duré trois quarts de siècle. De violence, de haine, de mensonges, de crimes. (…) ceux qui auraient dû s’attacher à la justice et à la vérité se sont laissés aveugler par les idéologies meurtrières et rivales. Imposture intellectuelle. »
Oui, c’est cela la joie de lire.
7-
En gazette du jour, un petit malin. Pas le premier. Peintre inconnu, il donne des tableaux. Pour une œuvre caritative ? NOn, pas tout à fait. Belle générosité ? Dons du barbouilleur méconnu —seulement— aux « grands » de ce monde. Malin rare. Astuce et calculs ? Par exemple, une peinture au pape polonais à Toronto bientôt. L’artiste dit qu’il va la montrer à Jean Chréchien avant (fameux critique d’art comme chacun sait). Ce certain Y.-J. Nolet a donné aussi…à Bill Clinton. B’in quin ! Sa toile au pape s’intitule « Kanada 2002 » et montre un chef amérindien. Quoi ? Pape pas pape, pour les Européens, le pays c’est « les sauvages à plumes », non ? Et les cabanes à sucre, non ? Nolet : « C’est au plus grand des chefs que je vais la remettre ». Plus téteux, tu meurs.
Samedi, l’experte conteuse pour enfants, la romancière douée Dominique Demers, en « Forum » de La Presse, écrit longuement pour dire simplement ceci : il faut des animateurs, prof, bibliothécaires allumés pour exciter l’enfant à la lecture. Il faut aussi des livres excitants. Bref …elle est pour « le fort talent » comme on est tous…pour la vertu et contre le vice.
Maine. L’assaillant, Michel Doucette (nom prédestiné), curé de St-André, Bidderford, sud du Maine, —du côté de Old Orchard et d’Ogunquit— peut parler à ses ouailles. En chaire. Pour confesser ses péchés de sodomite en soutane. Silence totale dans la nef, on l’imagine bien. La victime, lui, David Gagnon, rien. Pas de sermon public ! Une affaire de C.-F., des expatriés d’il y a longtemps.
Les paroissiens : « Faut pardonner. Il fait de si bons sermons. On manque de prêtres (situation alarmante là-bas). Gagnon a déjà « gagné » 63,000 $ pour son silence. À 15 ans, il était assez grand pour refuser. Qui n’a jamais péché…Etc. »
Heureusement, existe le BTS —Breaking the silence— et, surtout le SNAP —nom de produit connu jadis pour déboucher les tuyaux bloqués ! Affaires d’égouts et ça sent mauvais. Il y a, ici, le MAJ (Mouvement action justice). On veut que tous ces pédés défroquent et vite. L’abbé Doucette est réfugié à Ottawa. Pourquoi là ? Un temps, on y trouvait de fameux réseaux de pédophiles actifs, vous souvenez-vous ? Une bin grosse talle.
À suivre ? Mon petit doigt me dit que Québec —après le Maine— va faire fleurir de ces tristes fleurs sur un fumier abondant. Qui ne sait pas quelques sombres histoires d’abus par frères et curés dans nos « petits séminaires » pensionnats, dans les écoles et collèges catholiques. Qui ? Vous verrez si tous nos abusés se décident à briser les silences complices.
Hen quoi ? Encore ? Oui. Lisez bien cela : un jour, un curé, bonne mine —photo dans la gazette— tête de l’abbé Pierre, reçoit à sa table un qui veut le sacerdoce. Repas arrosé. Soudain, raconte à la télé (« Good morning america » sur ABC) Paul Marcoux, 33 ans, ce curé Weakland, 55 ans, —il a 75 ans maintenant et est devenu archevèque de Milwaukee— ouvre soutane et pantalon, baisse la culotte du jeune Marcoux et lui …pogne le paquet ! Agression sexuelle. Une autre.
« J’étais pompette », dit Marcoux. Ah le vin de messe ?
Le New-York Times en fait sa « une ». Bon, okay, silence, on va payer. Presque un demi-million, versé à qui ? À notre francophobe Brent Tyler (de l’Alliance), avocat de Marcoux que ce dernier a connu à Montréal en 1993, publiant des vidéos religieux.
Ce « monseigneur », pauvre pécheur, était un libéral, voulait le mariage des prêtres, l’ordination des femmes. Le reporter Richard Hétu nos informe qu’on a obtenu une lettre du monseigneur : « J’ai le sentiment d’être le plus grand hypocrite du monde. Je reviens à l’importance du célibat dans ma vie (hum…) cet engagement donne la liberté ».
Le jour même du show-télé, Weakland démissionnait de son poste et le Vatican acceptait vite sa fuite. Ce qui me chicotte : l’attente. 20 ans à se taire. Il n’ avait pas 15 ans mais 33 !
Et tout cet argent versé. Triste situation car les cathos de Milwaukee sont atterrés.
8-
Le ménage continue. Rideaux au lavage, Tentures démontées, examinées. J’aide de temps à autre. Je la sens heureuse, légère. Elle chantonne les Michel Rivard qui sortent de mon bureau, satisfaite : « Méfiez-vous du méchant loup, il rôde tout partout, dans les sous-sols de nos banlieues… »
C’est dans les chromosomes des femmes ? Macho va ! Aile parade devant l’homme. Elle est en train de nettoyer le placard de l’homme. « Ce vieux veston ? Je jette ? Hein ? Ces trois chandails usés, ce gilet fané… » Je dis « Oui, okay ». La paix de ménages. Aile adore jeter ce qui traîne. Les contraires s’attirent. Mais il y a des limites : « Ouow! Minute ! ce tas de gaminets ? Non, bons pour mes petits fils…Elle : « T’es fou, tu connais pas les jeunes, c’est des cochonneries… » Je me tais.
Un jour, il y a longtemps, du temps du vivant de l’épouse, un veston de velours épais disparut, aussi, une chemise de soie, si légère… mon premier linge de jeune homme. Je l’aimais. Comme un costume symbolique. Je cherche partout. Aveu : « ça faisait quinze ans que tu traînais ça… » Oh mon chagrin ! Je m’attache à tout. À trop ? Trop à Aile ? Sans doute. Un bon matin, je jette Aile ! Je dois faire un homme de moi, non ?

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