En Inde, vandalisme québécois scandaleux

par Claude Jasmin
(écrivain, ex-critique d’art)

On lit et on n’en croit pas ses yeux! Un Québécois, devenu galériste à New-York et collectionneur d’art exotique, affirme  » qu’on revient toujours à ses racines « . C’est vrai. Justement, ce millionnaire de Manhattan fait annoncer qu’il organise ‹avec la permission de l’archevêque idiot des lieux‹ la démolition d’une partie du patrimoine religieux de Cochin, état de Kerala (en Inde).

Tenons-nous bien, Simard va expédier le tout dans son village natal! À Larouche au Saguenay-Lac Saint-Jean. L’antique église (St-Thomas Chuch) construite dans les années 1600, démolie en ce moment même, sera donc réinstallée et exhibée, dit Simard,  » pour les touristes haut de gamme « . L’enraciné de la place, le collectionneur de 50 tableaux du peintre-barbier Villeneuve ne donne pas le bon exemple à l’étranger!

Foin de l’enracinement ailleurs ? Des pauvres ? Claude Simard, new-yorkais d’adoption, profite donc de l’inconscience de cet idiot de prélat et aussi de l’ignorance des habitants de Cochin. Les prix déboursés ne sont pas encore connus. Cette entreprise, dérisoire (antiques monuments religieux de Cochin à Larouche! ) et honteuse à la fois, porte un nom : vandalisme.

L’UNESCO qui protège les sites patrimoniaux partout va réagir à temps ? Doutons-en. Claude Simard a avoué pourtant :  » Ça n’avait pas de bon sens ( ) la destruction d’un tel trésor architectural.  » Eh b’en quoi alors ? Au lieu d’alerter les autorités nationales en Inde, il sort son carnet de chèques, et est en train d’organiser l’exil de ces précieux trésors dans son village natal. Et tant pis pour les pauvres de Cochin, tant pis pour leur besoin ‹à eux aussi‹ de touristes visiteurs. Cette entreprise (avec, SVP, restaurateur d’art indien envoyé bientôt au Saguenay ) est d’une bêtise consommée. Elle illustre bien l’arrogance des millionnaires et si cela se tentait, pas loin d’ici, pour l’art maya ou aztèque, ce serait aussitôt dénonciation, scandale planétaire, et les polices.

On croyait ces pratiques désuètes, honteusement colonisatrices quand un jeune Malraux se faisait voleur de statuettes en ex-Indochine! Réjean Lévesque, le maire de Larouche, s’est dit tout content, candide fervent complice de ce vandalisme. Les commettants qui l’ont élu pourraient, un jour, avoir honte‹et devoir retourner les effets de ce vandalisme autorisé par ce misérable archevêque du Kerala. On pense à nos curés de jadis vendant aux Américains à prix vils des objets inestimables. À Cochin, le  » bargainer  » en soutane a déclaré, iconoclaste, vouloir  » construire du neuf  » avec l’argent du  » p’tit gars de Larouche « .

Imaginez les coûts si, un jour, un tribunal (d’un ordre international), décrétait que la petite ville de Larouche doit réinstaller  » en l’état  » cet héritage, là-bas à Cochin! Qui va défrayer l’énorme facture alors ? Il faut vite dénoncer le vandalisme éhonté du  » déménageur de temples  » ‹car d’autres sites en Inde sont la proie de Claude Simard‹ auprès du consul (à Montréal) et de l’ambassadeur (à Ottawa) de l’Inde. C’est très urgent.

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Le mardi 7 mai 2002

Le mardi 7 mai 2002

1-
Brume partout ce matin. Misère ! Un 7 mai ! Un printemps mal parti ? Patientia ! Couragio ! Daniel , le fils, communique. Chaud au cœur : il dit s’ennuie de nos rencontres fréquentes de jadis. D’avant ma casanerie en laurentie. Moi aussi, je regrette de ne pas aller le voir plus souvent pour jaser sur tout et sur rien, nos promenades, avec son petit Zoé, noiraud fou comme un balai, courant mes bâtons, dans son grand parc d’Ahuntsic. Je trouverai un truc. Il le faut. Étant par là, j’en profitais toujours pour aller aussi saluer sa sœur, ma chère Éliane. Il y a qu’à cette époque j’allais souvent, le midi, lunché avec leurs gamins.
Peu à peu, Aile et moi nous nous sommes… ancrés (?) ici. On ne souhaite plus descendre en ville pour un oui ou un non. C’est devenu vraiment notre « home » et on ne dit plus « le chalet » en parlant de cette maison. On dit plutôt « le pied à terre » à propos du petit condo du Chemin Bates.
Daniel en profite pour m’instruire davantage sur ses lectures …asiatiques spirituelles. Le zen et Cie. Il me préviens de ne rien craindre côté secte ou embrigadement. Je n’ai pas peur, je connais trop son côté « sauvageons’ » son refus de toute gnose, doctrice ou autre…évangile ! J’ai moqué légèrement l’aspect « fais rien, bouge pas, n’agis pas tant » de ces écrits… zennois (sc) et il me chicane : « Tu n’as rien compris pops ! » Bon, bon !
Un autre « jeune » courrielliste (sic) qui me gronde fort c’est l’ex-camarade Blanchette. Oh ! Il me semble « fâché noir » de mon acharnement à le houspiller en journal à propos de « nous, pauvres minoritaires exploités, bafoués et pourtant sécurisés par notre natalité « hénaurme ». Il écrit : « vieux patriotes », merci, « jouant les victimes », eh ! nous le fument si longtemps Jacques, « subtilité de la vérité historique », bon, bon, moi l’épais, le grossier quoi.
À la fin de son envoi, Blanchette affirme : « …tous les pays occidentaux ouverts à l’immigration ont des structures d’accueil. » Pas vrai ! Faux ! J’en mettrais ma main au feu. Certes il y a un « bureau ordinaire » mais absolument pas de ces complaisantes machines (genre : cours de français gratuits, les Cofi, etc. Il est plus jeune que moi (le chanceux et l’ignorant ) il refuse l’idée de notre « sécurité ethnique, ici ». Oh la la ! Il existait ce sentiment et pas à peu près car les autorités politiques et religieuses (cela ne faisait qu’un) nous enseignaient —encore dans les années ’30— que nous allions, les C.-F., évangéliser, illuminer tout le Canada un jour. Confiants, les pionniers, de proches ancêtres, partaient pour l’ouest canadien et on va les humilier, les écraser, les bafouer, les piétiner). Songez aux profs de Gabrielle Roy (elle l’a conté) cachant leurs manuels en français face aux inspecteurs francophobes. Léandre Bergeron, plus jeune, au kiosque du Salon, m’a narré ce racisme très actif quand il y vivait. Les tit-Jacques Blanchette sont de la bonne pâte : « faut oublier ça, c’est pas grave. Brûlons ces méchants livres d’histoire qui rappellent les saloperies des maudits anglais ! Faut pas demander aux monarques de la perfide Albion, à Buckingham, qu’ils offrent la moindre excuse pour le génocide des Acadiens, n’est-ce pas ? Oui Cyrano, mon épée me démange ! Vieux patriote? Oui. Et fier de l’être, mon Jacques !
2-
Oh le bon petit film modeste vu hier soir ! Aile a déniché ce
« Pain, tulipes et comédie ». Très désopilante histoire d’une jeune ménagère de Milan qui décide soudainement de ne plus entrer à la maison. Défile alors un paquet de personnages hirsutes et cela dans un décor fabuleux : Venise-en-arrière. Ses ruelles et ses venelles. Un zest de Fellini ici et là. Un conte de fée mais plausible. Belle soirée. Je l’ai remercié beaucoup pour une si jolie trouvaille au vidéo-club du bas de la côte-Morin. Nous nous sommes mis au lit de bonne humeur. Elle lit le « Cherche le vent » signé Vigneault jr. Et je poursuis mon « Mausolée…des pédés » où H.G. incruste souvent dans son journal des notations imagées d’une vraie belle coulée. Gallimard a bien fait de le publier.
Marco, mon gendre, l’initiateur de mon site web, me parle de mettre des critiques d’art (et quelques entrevues) du Jasmin des années « 60 » à La Presse quand le milieu arts plastiques –« révo tranquille » qui s’ébranle— bouillonnait, grouillait d’expos. Mais…mon temps… compté désormais ! Si un zélé archiviste voulait aller fouiller mes papiers à la B.N., succursale de la rue Holt, à Rosemont. Moi ? Pas ce courage.
Merde et re-merde : encore un « ça l’a ». Entendu hier à la télé, à Paris, par Claude Charron, un type qui fréquenta l’université pourtant ! Découragé je suis !
Qui comprend cela : un « Prix Nobel de la paix » mis en prison. 19 mois ! En Birmanie. Personne pour crier ? L’ONU —ou qui ou quoi encore?— n’a rien fait ? Non, je comprend pas. Cette Suu Kyi qui vient d’en sortir…pour combien de temps ? Je ne comprend pas.
Parcouru hier le dernier « Croc ». Chaque fois de la déception vient de notre (maigre) « canard déchaîné ». Quelques signatures solides : Vadeboncoeur, Lauzon, Falardeau, Beaulieu, de Bellefeuille, le fondateur. Le reste ? Hum ! Des anonymes prudents ici et là. Grande page de la fin signée Livernois (?) pour écraser Jacques Godbout. Pas pus que le roi, le cinéaste-romancier Godbout n’est ni mon frère, pas même mon cousin mais l’impression que le L. lui cherche des poux. Brûlot vaseux, comme éteint ! Mèche vaine ! L’homme n’est pas sans défaut (Rimbaud : « quelle âme est sans défaut ?) mais vouloir en faire un pitre, un sinistre profiteur…franchement ! Il y a des cibles autrement plus urgentes à viser. On a l’impression d’une histoire personnelle, privée, d’un besoin de vengeance aux sources inconnues.
À CBF-FM, malgré le conflit traînard, pour « Ici tout est permis » de bons entretiens souvent (reprises ?) avec le musicien Dompierre. Ce matin, Michel Tremblay. Il doit craindre le radotage comme moi tant on lui pose les questions traditionnelles. Pour la première fois, (à mes oreilles en tous cas) le fameux dramaturge avoue l’importance primordiale dans une carrière littéraire d’un agent compétent. Il a eu cette chance le veinard (que je n’ai jamais eu, hélas ). Avec ce feu-John Goodwin, Tremblay a raconté ses incursions partout (avec ses pièces) à New-York, à Los Angeles, à Paris aussi.
Comme Asile il a parlé de sa maman « bien plus vieille que les autres » et qui lui faisait honte…ce dont il a honte à présent. Aile souriait de connivence. C’est quand il a jasé sur sa demi-surdité que je « connivais » en masse avec lui. Cette infirmité le rend bougon, dit-il. En effet, on se sent poussé vers une certaine solitude, malgré soi, quand on arrive si mal à comprendre des discussions, chez soi ou ailleurs, entre amis ou dans un restau, etc. Temblay a répété que son oreille gauche est morte. Complètement. Je compatis.
Ce matin, toutes les lettres de lecteurs (La Presse), comme moi, exigent qu’on fiche la paix à nos témoins du passé, les crucifix à l’hôtel de ville. Je me sens moins seul. Certains zélateurs laïcistes diront : démagogue. Quand je suis en osmose avec les gens —c’est fréquent et je n’y peux rien— c’est l’insulte qe l’on me brandit sous le nez. Quand, à l’occasion, je m’oppose à un grand courant populaire…silence ! Tout à coup je ne suis pus qu’un mouton noir. La peste de ces catalogueurs !
Le Devoir, pétition pro Radio-Canada initiée par Solange Lévesque. Aile y voit, avec le mien, son nom et duit : « on va dire, on sait bin, s’il y a Claude… ». Ça m’enrage. Aile a travaillé là durant 39 ans, moi, 30. C’est son coeur, sa jeunesse, tous ses efforts pour, avec tous ses camarades, travailler à une télé qui aurait de la gueule. Les « en dedans » afficheraient maintenant aux fenêtres de tous les bureaux des grands cœurs rouges…de solidarité avec les « en dehors » sur le trottoir. Ça m’a touché.
3-
Que de nouveaux romanciers ! Et pas jeunes du tout ! Voici Roger D. Landry, ex-boss, à La Presse, qui publie chez Stanké, avec deux bonnes amies, un roman ! Voici que le frère cadet de Lucien Bouchard en fait autant. Un roman qui raconterait les pionniers de son pays chéri, le Saguenay-Lac Saint-Jean. Bienvenue au domaine des grandes solitudes chers collègues !
Nat Pétro moque cruellement la femme du grand boss de Radio-Canada, Cecil Rabinovitch. À la sortie d’un bal mondain, elle s’est échappée en face d’une reporter de la SRC : « Mon mari, le Rabinovitch, est un gros méchant « bocké » et il lâchera pas le morceau. Et vous n’ êtes tous que de pauvres manipulés par votre centrale syndicale menteuse ! » Aie ! Séraphin avait-il raison de garder Donalda à maison, viande à chien ? Une telle « créature » peut couler un brave mari. Ce matin, nous apprenons que les députés (ministres aussi) pressent le patronat SRC de régler ça et vite. Merci Cécil-la-grande-langue.
Enfant, nous lisions fidèlement « Superman », aussi « Spiderman ». Vieux « comic book ». Un film avec gadgets modernes sort et aussi avec machins d’incrustations multiplicateurs d’effets visuels. L’imaginaire des dessinateurs d’antan n’est plus impossibilités cinématographiques désormais. C’est le gros succès au box-office. Chanceux les gamins de 2002 ?
Pierre Trépanier, historien, démasque lune Esther malodorante. Danger des amalgames, dit Trépanier ce matin. Il fesse avec raison sur l’historienne déshonorée. Esther Delisle (avec son diabolique adjoint, le calominateur Jacques Zylberger) a osé, on le sait, mettre dans le même sac l’antisémitisme ordinaire qui régnait —hélas— partout en Occident des années ’30 avec
l’antisémtisme violent, mortel, des nazis.
Lionel Groulx ou Pelletier du Devoir, et Goering ou Adolph Hitler : « même combat », dit la Delisle. Elle n’a plus aucune crédibilité. La rage delislienne ? Voulant tuer son chien—nous tous peints par eux en nazis— on a reçu sa rage, celle d’une « raciste invertie », son mensonge amalgamé, en pleine face. Un cinéaste, Eric Scott, se joignait volontiers à l’enragée aveuglée et malhonnête pour en faire un documentaire, titré par méchanceté raciste : « Je me souviens », —pas vu— qui passait au Canal D. Un four à gaz en Allemagne de 1942 ou un graffiti au Marché Bonsecours en 1937, même horreur pour Esther-la-folle.
La shoa et une réunion de tit-counes avec le toqué Adrien Arcand :même horreur dit la désaxée. Voilà que le vieux Ramsay Cook, historien jadis respecté, signe la préface du pitoyable livre de l’Esther-sur-amalgames. Cook, cordialement, émet :« The rigour of her analysis. » Tirez la chasse d’eau, ça pue trop !
4-
Le redire, ce Nadeau, photographe quotidien au Devoir a du génie. Exemple ? Ce matin, comme un tableau de maître italien ancien, le portrait de la procureure (pour le boucher Mom Boucher des Hells) l’avocate France Charbonneau. Fameux œil qu’a ce Nadeau !
J’y reviens : Aile et Michel Tremblay. Comme lui, importance des romans imprimés durant la guerre dans la « si modeste » collection pour tous, « Nelson. Aile me l’a répété si souvent : « ma seule bibliothèque familiale ». Tremblay, toujours avec Dompierre, raconte que, typographe à l’ancienne, jeune, il fut promu « correcteur ». Pour des romans à dix sous chez Lespérance, l’éditeur des « X-13 » du bonhomme Daigneault. Ils étaient vite rédigés et pour le prix qu’il en obtenait, on peut comprendre la négligence du romancier polygraphe.
Étonné d’entendre Tremblay, d’habitude si modeste, disant que les Gratien Gélinas tout comme les Marcel Dubé faisaient dans « le réalisme premier degré » et que lui entra dans le métier avec un réalisme plus léger, plus stylisé, plus fantaisiste et qu’il était temps. Il a tout à fait raison. Comme, désormais, on peut voir une dramaturgie « réaliste » encore bien plus symbolique, plus éclatée. Voir « Le ventriloque » de l’« autre » Tremblay. Et il l’admettra volontiers. Il est très lucide.
Ah, le soleil revenu ! Ouf ! C’est beau. Vol de canards au ciel. En « v ». Vite descendre et trouver mes jumelles. Un vent franc du nord. Mon drapeau sur la berge le proclame. Que vois-je ? Il se déchire ? Un signe… Allons, foin de signes symboliques. Il n’y aura qu’à le changer, c’est dix piastres dans un dolorama. Ils ne durent jamais longtemps…les symboles.

Le lundi 6 mai 2002

Le lundi 6 mai 2002

1-
Trois jours hors journal ?
Eh oui. Maintenant que le « beau » temps est revenu…Quoi ? IL y aurait le temps « laid » ? Le mauvais temps durant des mois ? Le temps méchant ? Allons, il y a de beaux jours même au plus creux de l’hiver quand Galarneau-qui-est-au- ciel fait scintiller la neige en mille milliards de mini-diamants dans une allée de sapins.
Ce matin, pleins feux au firmament mais à dix heures, terminé. Ciel gris ! Sortie de la couchette de bonne heure ce lundi car Aile a retrouvé sa femme de ménage favorite —récemment revenue de Floride, l’époux en santé précaire— et lui a préparé le terrain des lavages et dépoussiérages du mois de mai. La guerre ménagère !Les grandes manœuvres. Je me tasse. Silence bonhomme encombrant : l’homme.
Bientôt midi, lumière nouvelle au ciel laurentien. Pas « percées de soleil » comme prédisait Jocelyne Blouin jadis (avant la grève) mais « percées de lumière… un peu fade. Derrière ma porte de bureau —où pendent deux vieux crucifix venus de mon enfance et le chapelet de papa-l’ultramontain— j’entends un brouhaha du grand ménage. Ouvrages inévitables. Moi dans l’abri. Grouille pas l’homme ! Souvenir : enfant, ma mère à ses travaux printaniers avec la bonne gaspésienne. C’était aussi : silence et grouille pas ! Ou « va jouer dehors, ouste l’encombrant ! La vie ne change pas ?
Je devrais remonter de la cave-atelier le bénitier doré de ma chambre d’enfant, conservé…par…par…Fétichisme catho ? Il est bien joli, un ange avec son petit bol (à eau bénite) sur le bedon .
Samedi, au beau soleil, s’amènent donc nos invités, les Faucher. Pas loin… de leur lac Marois. Françoise en grande forme n’appréhendant pas trop tout ce boulot qui fond sur elle. D’entrée de… visite : « Ah vous, mon grand chien fou, je vous ai vu à TVA, hier, défendant les crucifix à l’hôtel de ville. C’est un lieu laïc, Claude , allons ! » Me voilà lui servant mes arguments. Notre passé à faire accepter, à assumer, par tous, Juifs ou immigrants, et par nous-mêmes devenus des non-pratiquants en majorité…, Montréal d’abord nommé « Ville-Marie », les débuts héroïques, Marguerite Bourgeois, première étonnante « maîtresse d’école », Jeanne Mance, première valeureuse « infirmière », Maisonneuve, tous grands catholiques intrépides, généreux visionnaires, des gens hors du commun, notre « culture historique » ou notre « histoire culturelle », je fais des inversions pour tenter de la séduire.
Rien à faire. Je finis par : « Et si, Françoise, c’était des objet d’art, disons des crucifix sculptés par un Baillargé, hein, hein ? » Alors, là, elle hésite à répondre, me sourit et me dit : « Ouais, là, peut-être ! » On rit et on boit des apéros au soleil.
Jean nous raconte travailler— un peu pour rire— à un vague projet d’écriture fort captivant où il va jouer des similitudes et de son imaginaire à partir des amis communs ! Le polygraphe, moi, je l’encourage, j’aime pas trop l’idée des écrits mi-fiction, mi-réalité mais il s’agit ici d’une fantaisie. Le soleil de fin d’après-midi transforme l’eau du lac, de notre côté, en lave volcanique. Chez eux, au Lac Marois, le soleil se couche autrement et ils n’ont pas ce même effet de coulée de métal en fusion.
On finit par entrer et c’est la « bouffe d’Aile », une sorte de fricassée, de bouillis, « potte-rose », que sais-je, au fort goût de vin généreux. Au dessert : son triomphe et nos acclamations car elle a très bien réussi —premier essai— sa crême-caramel (ou crème renversée ?) ; « dévoration » dévote donc d’une sorte de « flanc » dont Jean —comme moi— raffole.
Suite de nos causeries intempestives au salon après les cafés. Six heures des libres parlementaires ! Libres, sans parti organisé. Avec nos farces, nos « sérieusetés » aussi. Ce terrifiant Jean-Marie Le Pen aux élections de demain ? Fera-t-il 20 ou bien 30 % . Frayeur de Françoise, Jean, lui, toujours plus calme et plus fataliste, s’amuse de son anxiété.
Le couple se souvient d’un récent long séjour dans le quartier parisien du Canal Saint-Martin où ils se retrouvèrent… minoritaires ! Leur désarroi. Ils nous en avaient parlé au retour et ils en reparlent samedi soir.
Je dis qu’il aurait fallu, ici, en France, partout, deux choses : Premier point : que l’on fasse en sorte que tous ces immigrants puissent s’installer un peu partout et non les enfermer en ghettos dans des zones sinistrées. Qu’il faut pour l’harmonie, entre « vieux » et « jeunes arrivés » en un pays, qu’il puisse se former une intégration réelle. Avec efforts mais des deux côtés. Car, trop souvent maintenant, les exilés se fichent bien de cette intégration. Pourtant essentielle pour l’épanouissement de leurs enfants. Se méfier alors des « chartres de droits » où aucun « devoir » commun, collectif n’est évoqué. Ces chartres-sans-devoirs qui atomisent les collectivités, individualisent à outrance, installent la sordide mode « victimisation », l’irresponsabilité.
Françoise et Jean semblent en convenir, en tous cas gardent le silence, ne répliquent pas. La comédienne émérite dira qu’en effet il y a une sorte de limite à la capacité d’absorption d’une société —dans un temps donné— aux afflux d’émigrants.
Autrement c’est les problèmes actuels —et pas juste en France, on le sait bien — ces ravages de nervosité chez les vieux installés et, un jour ou l’autre, montée de xénophobie, terreau fertile pour les démagogues lepennistes.
Ce problème de l’intégration est partout en pays industriels avancés. Jadis c’était plus facile, il n’y avait pas les envahissements rapides.
Deuxième point : je dis aux Faucher : « L’idéal aurait été que les riches, nous, les prospères, avancés technologiquement,
l’on fasse —dès les années ’50— le maximum, par solidarité humaine, pour aider ces pays des suds. En exportant nos technologies, nos savoirs et des régiments (pas de soldats) d’experts payés par l’État.
Qu’il fut plus… avantageux de les laisser croupir chez eux, de les exploiter (via les prétentieuses colonies) et, plus tard, de les laisser grimper très nombreuxses dans les nords. L’on fermait les yeux, au début : vaste et commode source de « main d’œuvre à bon marché », pas vrai ? Un esclavagisme nouveau « soft ». Pour les taches ingrates dont les « installés » ne veulent plus.
Ils m’écoutent alors je continue : « Pour cela, j’aurais consenti à payer très cher en taxes et impôts, très, très cher, pour que ces pays de notre tiers-monde —Amériques pauvres au sud, avec Haïti, etc.— puissent accéder, chez eux, et au plus tôt, aux mêmes progrès que nous. Le déracinement actuel n’est qu’une solution misérable. Place aux débrouillards, aux rares bourgeois et que les autres périssent !
On se tait un moment. Combien d’occidentaux « gras-durs » auraient consenti de verser de grandes parts des salaires pour que ces populations n’aient pas que cette terrifiante solution : s’expatrier. Le déracinement de quelqu’un est toujours une choix navrant, dommageable à l’être humain. Je me souvenais des très émouvants aveux de Françoise quand elle nous confiait les terribles affres, la bousculade terrifiante —face aux us, coutumes, etc— au début de leur arrachement de la France en 1950.
Dostoievsky : « Être apatride, le pire des sorts humains ».
Unique choix de survivance ? Quitter sa patrie, quêter, se débattre —dans une autre sorte de misère— pour progresser un tout petit peu. Les problèmes éclatent vite. Le maudit ghetto, une progéniture sans avenir —le terrible manque d’emploi.. La délinquance. La grogne. Surgit le fascisme des indigènes fragilisés, bousculés. Et un extrémisme, un Front National qui fait du score.
2-
Le bouquet offert à Aile, vendredi matin, s’embellit, on dirait. Je l’ai vue (Aile pas le bouquet) l’admirant et le déplaçant sans cesse. Un oiseau-mouche de bois y est greffé, cadeau de chez « Mademoiselle Hudon, fleuriste ». Boutique voisine. J’en oubliais, l’autre fois, quand j’ai voulu illustrer la chaleur d’un village. Oublis : la papeterie —mes tubes d’acrylique ou de gouache, mes encres, plumes et pinceaux— du Boulevard Ste Adèle, la petite imprimerie sous le théâtre, « Au coton fleuri » boutique ancienne si sympa aux grosses armoires 1900, le très vieux et bon marché cher « Petit chaudron » de l’autre coté de la rue, où les soupes sont si bonnes. Plus au nord, le cher bonhomme Théoret et sa vieille quincaillerie rénovée, lui et ses piques, ses quolibets chaleureux. ’en oublie.
Samedi soir, je sors mes récents essais graphiques sur papier-journal (les pages de petites annonces). Françoise en dira : « Fort amusant, on dirait des trucs faits en Inde ! » J’en déchirerai deux ou trois, sur huit, le lendemain. Avec le goût d’y retourner au plus tôt. Essayer autre chose, hier, riant, j’ai dit à Jean :sur du papier-cul, non ?
Mon voisin Jean-Paul J., anarcho sur les bords, lui aussi, me chicane : « Oublie-ça tes crucifix à la mairie de Montréal, je t’en prie. » À lui aussi je sors mon argumentaire-culture et le « assumons le passé catho » en adultes ! Ne veut rien savoir mais il rigole tout en m’aidant à redresser le quai qu’un vent très puissant —jeudi— a poussé de travers.
Ce matin, dans son mini parking de briques modernes, ma voisine du sud —femme de juge— me parle en souriant alors que je vais visiter ma boîte postale. Je ne comprends pas. Ça m’arrive de plus en plus souvent. Je lui souris et risque…d’acquiescer à des propos badins sans doute. Ma gêne désormais…celle de devoir trop souvent faire répéter les gens. Je fais mine d’avoir compris. La honte d’un handicap embêtant en maudit. Saudite vieillesse ! Quand je raconte cela à Aile, elle prend une mine sincèrement compatissante, dira même : « Mon pauvre chou ! » Elle l’aime son vieil infirme vaniteux. Je la mordrais !
3-
Je relis le courriel de l’ex-camarade radiocanadien, Blanchette. Il osait sortir, cette « scie » maudite, que nous avons été peu accueillant pour nos émigrés jadis et qu’alors on n’aurait qu’à s’en prendre à nous-mêmes si ces nouveaux venus (d’Italie, de Grèce, du Portugal etc.) sont allés chercher cette « accueil chaleureux » chez nos Anglois ! Ouash ! J’enrage chaque fois que l’on nous sort cette menterie.
Un jour le dramaturge Marco Micone —Italo-québécois anglophone converti totalement au français désormais et Dieu merci car il est talentueux !— sort cette niaiserie à une Rencontre des écrivains. Voulant sans doute nous culpabiliser et nous instruire sur le fameux « manque d’accueil et donc le racisme de nos parents. J’avais bondi et l’avais engueulé.
Il avait fini par dire la vérité. Sa première version nous chicanant : « On l’avait refusé à l‘école française à son arrivée d’Italie. » Bien. Mes questions. Comment cela ? J’ apprendrai qu’il avait dix ans (ou douze ans), qu’il ne parlait pas un mot ni de français ni d’anglais mais, malgré cela, ses parents exigeaient qu’il puisse poursuivre normalement ses études commençées en Italie, donc, que Marco soit installé en… telle année, disons la quatrième année (ou en sixième année, peu importe).
Marco Micone me dira : « Refus net. Leur raison : ne parlant pas un mot de français, je ne comprendrai rien, ne pourrai pas suivre les autres et je serai injustement un « dernier de classe ». Quand mes parents vont à l’école protestante anglaise, c’est : « Venez, entrez, bienvenue ! »
Il m’explique que l’on avait une classe chez ses « bons » Anglais pour les émigrants. Offre donc de cours spéciaux, de « rattrapage en anglais » quoi, il put donc s’instruire sans perdre une seule année de scolarité. C’était clair et je lui ai dis. D’abord, nos francophobes désiraient grossir, ralentir leur minoration. Aussi ils étaient tout disposés à en payer le prix fort avec leurs classes spéciales.
Ensuite :cette minorité riche et, forcément, dominante, avait les moyens de se payer des classes d’intégration, pas nous.
Enfin, nous étions nettement majoritaires —même si pauvres collectivement, traités en minoritaires colonisés— aussi nous n’éprouvions aucune insécurité ethnique. Aucun motif de zèle pour assimiler au plus vite ces enfants émigrants non-francophones.
À l’école où j’allais pourtant, il y avait nombre de jeunes italiens, nés ici évidemment, intégrés très normalement, les Martucci, DiBlasio, Greco, Diodatti, Colliza… et aussi des Libanais, des Syriens francophones, tel Edmond Khouri, mon petit voisin.
Toute La vérité, c’était cela. Marco ne disait plus rien. J’espère que le sieur Blanchette lira tout cela. J’ajouterai ceci : les émigrants —exilés ici souvent pour des raisons de pauvreté économique— estimaient, jugeaient, et rapidement, notre déplorable statut social. Ils constataient —lucides— que le pouvoir (donc l’avenir de leurs enfants?) était du côté « bloke » des choses en ce Québec d’avant les années ’60 et ’70. Alors !
4-
Pour enfoncer le clou ? Dans quel pays du monde y a-t-il des systèmes d’accueil ? Non mais, qu’est-ce que c’est que cette foutaise ?
Si vous décidez d’aller vous intégrer aux Scandinaves ou aux Italiens tiens, aux Finlandais ou aux Espagnols, trouverez-vous une organisation d’accueil vous cajolant ? Mais non. Rien. Rien du tout ! Informez-vous. Vous devrez vous débrouiller comme n’importe quel émigrant. Et est normal, correct.
Je ne parle pas des bonzes qui débarquent avec des millions de dollars et offrent d’ouvrir une usine hein ? Mon cul avec cette idée —léchecultiste— d’un accueil spécial. On doit être ouverts aux nouveaux venus (c’est terrible de devoir s’exiler), généreux, aimables, gentils, tout ce qu’on voudra. Sans plus. Par simple conduite normale, humaine.
5-
Aile partie se promener et ira à la poste : elle a besoin de marcher, la nicotine lui manque affreusement. Pour moi aussi c’est un deuil si terrible que j’ai acheté samedi matin du tabac et sorti mes vieilles pipes. Aile grimace me voyant bourrer une pipe et l’allumer. Ma honte. Salaud de tricheur ! Retour D’aile : mes clés oubliés enfin sont revenus du Château Laurier de Québec. Un numéro du « Croc ». Une bulletin des « anciens » de l’Assomption dans lequel j’ai rédigé un petit papier folichon sur l’ex-maire, Léo Jacques, aussi décorateur retraité de la SRC, comme moi. Envie de relire mon récit publié en 1979, « L’Outagagasipi » (nom amérindien de la rivière) narrant les débuts de ce village.
6-
Lectures : j’ai achevé avant-hier ce drôle de témoignage du « boulanger interdit » de Rouyn, Léandre Bergeron, exilé, lui, du Manitoba tout comme son célèbre frère le « radiocanadien » Henri Bergeron.
J’hésite à juger sa philosophie. « Comme des invités de marque », en 165 pages, raconte —en une sorte de…oui, « journal »— l’élevage, passez-moi ce mot, de ses trois filles. Aux noms incroyables : Deidre, Phèdre et Cassandre. Très souvent Bergeron le naturaliste parle vrai. Quand il juge écoles-prisons, diciplime niaise, domination candide des adultes, programmes débiles et lents, experts aux avis contradictoires, etc.
Mais…oh que de « mais » en le lisant ! Risques ? Dangers ? Oh oui ? Socialiser à la « sauvageonne », durant deux décennies, trois enfants, en refusant toute aide organisée, la société ambiante, l’ordre (!) social, est-ce un bon moyen, un moyen parfait pour que ses enfants puissent assouvir le normal instinct grégaire. C’est lui, ce besoin « d‘être comme les autres » qui peut rendre heureux des enfants normaux. Que cela soit plaisant ou déplaisant, nos enfants devront se débrouiller et grandir et s’épanouir (si possible) dans une société donnée. La réformer en gang, en bandes, en mouvements concertés, en partis, en groupes, en sociétés organisés, oui, mais tenter de vivre à l’écart… S’en détacher si complètement…hum ! J’aurais eu peur. Est-ce du courage chez l’auteur ou un refus égotiste ? Eh !
A-t-il pensé à lui ou à ses enfants vraiment ? Bergeron fut un populaire et fameux rebelle dès son installation à Montréal, jeune, Rebelle à l’enseignement de notre histoire, non sans raison. Il publia un « petit manuel » effronté, iconoclaste, qui fit florès chez Parti-Pris . Il le fut aussi, rebelle, face au rejet snob de nos patois. Un autre livre, sur nos jargons, nos parlures, eut grand succès.
Ses façons singulières pourtant arrachent parfois l’adhésion. Il y a un aspect « P’tite maison dans la prairie » qui fait sourire. On y trouve, ça et là, de la sentimentalité bien naïve, aussi une sorte de volonté farouche à laisser la liberté totale sans aucune grande discipline. Or on dit tellement que les caractères se forment face à l’opposition (des parents si souvent).
Ce papa « chum », bon copain, va à l’encontre de la psychologie la plus aine, la moins fourbe, qui recommande la figure d’autorité, nécesaire à la maturité de ceux qui grandissent. Comment trancher ? Léandre ne s’opposait en rien aux désirs de ses trois « déesses » ! Il en est tout entiché, c’est très évident. C’est un prof d’anarchisme mais d’une belle délicatesse. Il a les mêmes soucis (écologiques et autres) pour sa petite ferme, soignant amoureusement quelques bêtes que…parois, il faudra saigner ! Eh, la vie réelle !.
Je ne sais vraiment pas trop quoi en penser. Il faudra que j’y réfléchisse. Il faudrait que j’aille vivre dans son « rang » à McWatters —son village aux portes Rouyn-Noranda — que je puisse observer ses trois filles, en somme que je puisse juger sur place quoi ! Et moi en juge, non merci ! Il y a que cette toute petite famille a vécu, vit comme en réclusion des autres, à l’abri du groupe humain environnant et c’est avantageux ^parfois, désavantageux aussi sans doute. Mais voilà que maintenant, l’aînée tient le magasin des pains et brioches de ce papa-artisan (en sursis comme les journaux l’annonçaient ) et c’est déjà un fort bon contact quotidien avec une partie de la population. Une autre participe aux foires champêtres des alentours, l’été, à des concours équestres.
À la fin, une anecdote fait mal : quand l’une des sœurs veut passer une audition, à Montréal, pour étudier le théâtre, elle n’a aucun prof —ou coach— pour la préparer (tirade de Cyrano !) et pas même quelqu’un pour y aller avec elle simplement lui donner la réplique. Elle ira seule et sera refusée. J’ai trouvé ça triste. Mais vivre en une région éloignée fait cela à n’importe quel jeune ambitieux d’entrer à la prestigieuse « École nationale ».
Curieusement, l’auteur ne nous fait point voir la collaboration de sa compagne, la maman des trois « formidables » sœurs ! Quand, —c’est rare— elle est nommée, c’est par l’expression : « leur mère ». Très bizarre cela, non ? Reste une lecture captivante, déroutante ici et là, bien pleine d’interrogations car Bergeron oublie —ou esquive— de répondre à bien des questions d’un lecteur intéressé.
7-
J’ai parlé de ce « Jasmin sur barbelés » d’Esther Gidar (éditeur : « La plume d’oie», une maison d’ici). Et j’ai dit mon intérêt à apprendre comment on vivaient une famille juive et bourgeoise, jadis (1950), dans un beau quartier du Caire. Un autre livre m’avait apporté ce genre de plaisir. En Égypte encore une fois. C’était les merveilleux « Récits de notre quartier », c’était signé Naguib Mahfouz. J’avais été si surpris de découvrir une enfance et des lieux, si proches, si loin.
Fascinant ainsi de savoir que le monde de l’enfance est partout, toujours le même. Ce petit Naguib, devenu vieux, se souvenait des cordes aux linges qui battent au vent, du guenillou ambulant, des fruits volés aux étals, des « comics books », de la « strap » à l’école, du premier baiser volé, d’un ti-coune surnommé No’ no’ et des mûres aux murs du monastère voisin.…
Bref, c’était mon jumeau ! C’était « la petite patrie » de Mahfouz, si éloignée de Villeray, la mienne et, à la fois, si semblable.
8-
J’ai enfin commencé le livre —recommandée ici et là— signé par feu Hervé Guibert : « Le mausolée des amants ».
On est bien loin des souvenirs d’enfance radieuse et pauvre de Mahfouz. Après une cinquantaine de pages, je suis tout divisé. Voilà un jeune parisien, issu d’un milieu bourgeois, qui est un grand malade. C’est un journal mais sans datation aucune ! Qui va de 1976 à 1991, une quinzaine d’années sur seulement 400 pages ! Avare ? Mesquin? Constipé ? J’en aurais, moi, pour 7,000 pages. Au moins.
Chaque page est bourrée d’entrées, quatre lignes, vingt lignes, cela varie. Sans aucune indication : pas de titres, ni sous-titres. Des notes. Et toujours, comme en toile de fond, sur un même thème : enculages et enculés. Sodome en action, matin, midi et soir. Et la nuit ? Bin.. masturbations diverses, onanisme d’obsédé. Est-ce que cela se soigne, se dit-on ? Est-ce qu’un analyste (freudien ou lacanien peu importe ) un jour, bientôt, voudra résoudre ce cas ?
Faut dire que le héros mort aujourd’hui, ce H.G., semblait tout content sur ce rapport compulsif, maladif, pathologique. Un livre comme un concours de sordides fellations dans des toilettes publiques, avec l’obsession —à chaque page ou presque jusqu’ici (va-t-il se calmer pus loin ?)— de jeunes garçons.
On lit ? Oui, on lit partagé entre la pitié et l’écœurement. Mais on tourne les pages car Guibert savait faire voir et mettre en mots. Entre ses dragues pour enculer ou se faite enculer, des vues ordinaires sont bien pochardées. Des silhouettes croisées dans un bus, dans le métro, dans un bar, dans un café…à Paris surtout mais aussi à Venise, à Berlin ou à Cracovie, sont brossées avec un bon talent, à l’occasion avec un très fort don. Il se déplaçait souvent en vue d’articles pour on ne sait trop quelle pubication, c’est vague.
Voyages fréquents donc, attention, c’est, ce T. —j’anticipe— le cordon ombilical, le lien et le « bellus casi ». Être ou ne pas être avec T. Ce Thierry ( à sa mort, on en sut davantage), jeune compagnon infidèle, à la sexualité variable, est son bat blessant (sans jeu de mots). Mort, lui aussi, il aurait eu épouse et enfant. Bref, c’est la pénible fresque d’une faune déboussolée dont on jase au théâtre ou cinéma pour happy fews.
C’est un livre avilissant mais tout garni de jolies fleurs, —flore riche sur fumier bien gras — une prose vivace, celle d’un rédacteur très compétent qui aura été la victime d’un… virus —ou quoi donc ?— lamentable. Il se peint volontiers aux couleurs de ce pathétique rôdeur en veine de cochonneries, tel un vilain « petit-garçon- vicieux-sous-des-balcons ».
Dans notre enfance, on a en a tous connus au moins un, n’est-ce pas ?
C’est infiniment triste. Nos critiques enthousiates, la Laurin, le Fugère, ne pipait mot sur ce côté noir du livre. Ça ne se fait pas en milieu littéraire et c’est bien con. Guibert se dira volontiers « pourri », « voyeur » et « pornocrate. ». On voudrait qu’il ose s’examiner plus ouvertement —plus courageusement ? Oui. Cette déréliction assomme vite le lecteur. Il y a les trouvailles. Le Hervé défunt n’était pas du genre dont les gazettes nous entretenaient récemment : « Formons un couple comme les autres. Adoptons un enfant !»
Est-il victime du sida comme je le subodore ? Il ne commente pas sa maladie : juste un peu de sang un matin, des pustules un autre. Un soir, une plaie aux yeux, une nuit, une trace sur la peau …mystère ! Il parlait, ici et là de ses cheveux qui tombaient, de sa vanité blessée. Mystère !…
Aile l’a lu avant moi. Je pense qu’elle l’a terminé. Elle disait qu’il lui fallait changer de livre, faisant pause du Guibert, tant la recherche « garçonnière » devenait lassante. Aile n’a rien d’une moralisatrice. Je compris moi aussi, et vite, que c’est en effet une lecture —pas du tout troublante comme le souhaite ces auteurs— assommante. On y voit quelqu’un en danger et il n’y a personne pour le secourir dans son désert où fourmillent des larves tarées. Connivence avec la déchéance ? Un : « On crèvera nombreux ? »
Encore une fois, les critiques d’ici en disaient du bien et c’est justice mais pas un seul n’indiquait aussi, par delà le talent, tout le grand et long pan de déliquescence d’une puérile complaisance. Cela est très grave. lDes voyeurs observant ce voyeur, grand amateur de photos pornos, voilà la matière de fond. Monde curieux que notre petit monde snob qui n’osent dire un seul mot contre le sordide d’un tel …mausolée.
9-
Hier soir, attendant « Campus » à TV-5, on a vu Céline Dion, René son gérant, Garou, un abonné de « LA » firme, Goldmannn, un chansonnier à elle, un bn vieux vétéran, le vieux Barclay, Varclay ?, un nom comme ça et tout ce monde réuni avec l’animateur Michel Drucker, fidèle pâle valet et souscripteur volontaire de cette « schmala » charlemagnesque. Les trois chroniqueurs de ce « Vivement dimanche », d’habitude bien capable de vacheries fines, se montrèrent dégriffés complètement. Deux belles tounes néanmoins. Un grand talent dans la chanson pop.
Quand on questionne la jeune femme sur les dangers ou les bienfaits de la mondialisation…c’est misérable. Aussi pourquoi ce genre de question ? Même bouche ouverte et puis tentative molle quand on la gratte sur qualités et défauts de la France par rapport aux USA. Pourtant deux domaines fréquentés souvent. Un seul fait étonnant, renversant : Céline dira : « Je me sens plus à l’aise en anglais qu’ en français dans les talk-shows et je ne sais pas trop pourquoi. »
Il y eut un drôle de silence sur les banquettes d’honneur !
Le « Campus » de Guillaume hier soir ? Pas fort. Souvent plate ! Eh ! Tout le monde a une moyenne au baseball comme au hockey…Comment finira cette série Ouragan-de-Caroline versus Habitants-de-Montreal ? On verra, verrat !

Le vendredi 3 mai 2002

Le vendredi 3 mai 2002

1-
Cochonnerie de cochonnerie : de la neige encore ! Un 3 mai ! Déprime chez Aile et chez moi itou. Consolation ? Montez tenir journal.
Ce matin, tôt, coup de fil de TVA pour que j’aille vociférer un peu à « Dans la mire » de Jocelyne Cazin. « Ou bien on vous expédie le micro-ondes de TVA », dit la recherchiste. Quoi ? Quel sujet ? Sa réponse : « Vous allez sauter :un conseiller municipal juif de Motréal-agrandie, veut que l’on sorte le crucifix catho des murs de l’hôtel de ville ! »
Silence. Elle attend. Elle guette son vociférateur de service. Je sais ce qu’elle veut entendre. Envie de rire. Je la fais languir un peu. Je dis pour l’écouter roucopuler : « Oh, oh ! C’est terrible cela. Non mais, on est chez nous. C’est une tradition à nous, un vieux symbole, nous somme majoritaire encore, oui ? Quoi, le kirpan, oui et le crucifix, non ? » Etc.
Elle roucopule en effet : « Alors, dit-ele , vous venez ou on y va ? » Mais, pas fou encore, je dis : « Non. Impossible. Pas le temps. Merci de l’invite mais on prépare un banquet ici, ma compagne voudra pas voir de camion Tva dans la place. Une autre fois ! » Elle s’incline déçue.
Oh, Aile est pesante ! Je retourne au lit. Chicane aussitôt, Aile très mécontente : « Je t’ai entendu mon sacripan, encore ma faute, encore moi en empêcheuse de tourner en rond. Lâche ! T’as pas honte ? Tu joue ce jeu-là trop souvent, avec tes sœurs, avec tes enfants, tes petits-fils. C’est injuste, dégueulasse ! »
Ma foi, elle a raison. Je me lamente : « Oh, amour, c’est vrai mais toi aussi, si tu veux, tu peux te servir de moi pour te défiler, te déprendre d’une situation embarrassante, un couple peut servir à cela, non ? Je serais d’accord. » Elle grogne de plus belle : « Non jamais je ferais cela, moi. J’assume courageusement mes choix, moi».
Changement de ton :« Tu as raison, c’est pas correcte. C’est lâche. C’est trop facile. Je suis une lavette. Pardonne-moi. Ça ne se reproduira plus. » Je me colle mais elle me repousse. Elle boude, se lève, va se laver, pas contente du tout. Refuse mes bonnes résolutions.
Eh maudit que la vie réelle est pas facile ! Maudite neige de mai ! On cherche un coupable à l’altercation conjugale, pauvre petit Cloclo ? Pas fier de moi. Je me fais la promesse de ne plus me servir d’elle, jamais plus . L’orage passera. J’avais dit aussi à cette rabatteuse de grandes gueules : « Écoutez, j’ai déjà semoncé durement l’isolement de nos juifs hassidim d’Outremont, si ce conseiller n’était pas un juif…je refuse de me faire cataloguer zélé antisémite. J’ai donné. Ça suffit. »
Plus tard, lisant mes gazettes, je songe que je n’ai jamais aimé ce symbole du christianisme, la potence de bois, un homme crucifié, sanguinolent, plaies à la tête, au côté, aux mains et aux pieds …Ouash! Le grand fait religieux (évangélique) est la résurrection, non ? C’est ce symbole qui aurait dû être mis de l’avant. Sans ce « est ressuscité des morts…est monté au ciel », Jésus n’est qu’un prophète — démiuge, thaumaturge— et un sage. Je déteste cette sinistre potence. À l’époque du Christ des milliers d’innocents (rebelles à Rome par exemple) mouyraient sur une croix.
Or comment illustrer la grande et merveilleuse nouvelle d’un fils de Dieu revenu à la vie ? Pas facile. Une silhouette humaine en lévitation ? Un revenu des enfers —voir le « est descendu aux enfers » du Crédo— flottant entre deux nuages ? On dirait que —comme pour les Juifs et les Musulmans— il aurait fallu interdire, (dès les prêches du grand zélote Paul) les images, les « représentations » du Chrit-Dieu. Vaste débat non ?
2-
Je suis allé voir ce « Dans la mire », encore un débat mal foutu hélas et bien bref, bien mal articulé avec quelques témoignages du populo sans images. Un bon propos, un seul brillant, sortait de la bouche de Tessier, historien vulgarisateur : « Devrait-on dévisser la grande croix sur le mont Royal ? » Oh ! Tout est dit.
Content, au fond, de n’avoir pas participé à cette émission.
D’autre part, malgré ma désolation du symbole choisi il y a si longtemps…dire tout de même ceci —sur cette question du déboulonnage de symboles antiques : quand, bientôt, nos églises seront sans aucun doute transformées en centres culturels ou sociaux (ou les deux), devra-t-on dévisser toutes les croix aux clochers de ces belles vieilles bâtisses ? Retirer les beaux vitraux des fenêtres ?
Une réalité : tout débutait avec la venue de grands Croyants, catholiques en ce pays tout neuf. Cette colonie commençait (comme avec les célèbres « Pilgrims » du Massachusett d’ailleurs) par cette foi chrétienne très active. On baptisa la cité naissante de « Ville-Marie », des prêtre (les Messieurs de Saint-Sulpice) veillaient sur elle. Il y eut des héros d’une piété étonnante, généreux à l’excès :le fondateur Sieur de Maisonneuve, les Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et tant d’autres.
C’est cela, indéniable, un héritage. Qu’il faut accepter. C’est aux nouvrau venus d’étudier notre histoire, de tout faire pour s’intégrer (émigrants ou jeunes athées) hein ?
À nous de tout faire certes pour les aider à s’intégrer ( leur évitant les ghettos nocifs qu’encouragent les suiveurs de Trudeau et les fervents de « chartes à droits individuels » qui « séparent » les citoyens. À eux de tout faire aussi pour cette intégration essentielle. Installé, moi, en pays étranger (musulman ou bouddhiste) je ferais tout pour m’intégrer (et vite, pour mes enfants avant tout). Je commencerais par étudier très sérieusement leur histoire, leurs racines — leurs commencements.
Et je respecterais ces sources.
Le grand « idéal des débuts » —on peut bien s’en moquer en 2002— en rire carrément, reste une réalité soci-politico-religieuse. On n’y peut rien.
Cela se nomme « notre » histoire. L’hymne national en témoigne, faudrait-il changer les mots des hymnes nationaux de tous les pays à mesure des progrès, des idéologies courantes ? Folie ! Ce catholicisme, c’est notre histoire, notre culture. Et foin des déracinements. Croyant ou non, pratiquant ou non, c’est l’héritage à assumer, nos sources, nos pieuses origines, pas vrai ? Qui ça dérange au fond ? Des laïcistes zélés, des énervés anti-spiritualité ?
Oh, nouveau coup de fil de TVA, à l‘instant ? C’est la vaillante Annabelle du 17h de Pierre Bruneau : « Tantôt, je vais contacter Isabelle Maréchal, dites-moi ‘abord votre sentiment à propos des crucifix qu’un échevin veut sortir des hôtels de ville ? »
Ah bin là ! La belle enceinte-Isabelle serait-elle pour les crucifiés aux murs publics ? Je verrai bien.
3-
Très ému l’autre jour ma belle Aile. Je rentrais de ce topo-hockey à TVA : « Oh Clo ! Tu m’as bouleversé. Je t’ai vu à l’écran, tantôt, agitant ton petit doigt pour ces deux enfants de Québec, en fin d’émission ? Tu n’as pas craint de passer pour un fou. C’était insolite et c’est magnifique, bravo ! J’ai été très ému, tu es un homme merveilleux ! »
C’est que je lui avais raconté : au Salon, dimanche, deux enfants, gentils et éveillés et leur papa me causaient de mes brèves prestations de polémiste chez Bruneau et je déclarai : « Les enfants, la prochaine fois, je vous ferai un signe, juste entre nous cela. J’agiterai mon petit doigt, ainsi vous saurez que je pense à vous deux. »
J’ai donc tenu parole en effet. Et Aile m’aime encore un peu plus pour cela. J’aurais dû lui rappeler cela au lit ce matin ! Fier, très fier…qu’elle m’aime et que je puisse l’émouvoir encore.
Tantôt, au lunch., la voilà qui me revient du bas-du-village avec un objet déniché :un joli beurrier en acier brillant. Ale toute contente de sa trouvaille. Je n’ai rien dit tout en constatant que ma manie de brocanteur déteint sur elle. Enfin !
C’est quoi « sin » village, « son » lieu familier ? Pas une mégapole nécessairement hein ? C’est d’avoir son barbier (les frères Lessard) à mi-côte. L’utile tabagiste aux magazines étrangers presque en face. Avoir son encadreur, pour me essai d’aquarelliste (quand c’est un peu réussi) un peu plus haut dans la rue Morin. Dans la commerciale petite rue Valiquette ? Ma « Caisse », une modeste boutique d’électronique, le précieux cordonnier, mon cher brocanteur, l’atelier de couture. C’est cela un village, de tout et pas trop loin. Les cinémas du pied de la côte. Des restaus à mon goût, la « pita » au poulet chez Denise, en haut, ou mon cher « Délices.. » rue du Chantecler. Le joli petit parc en face, au bord du lac, ses arbres variés. J’en passe et j’en oublie. Le coeur d’un lieu choisi, adopté, c’est cela. C’est chaud.
C’était un peu cela, en plus mince, quand nous vivions au 551 de la rue Cherrier à partir de 1978. En 1985, arrivant au « village » d’Outremont, vite je dénichais tous ces marchands de quartier et il y en avait, rue Van Horne, rue Bernard, rue Laurier, Avenue du Parc. Tout était là. Je n’aime pas beaucoup les gros centres commerciaux où on va avec sa voiture. Anonymat inhumain. Sans aucune convivialité. Pas de salut, jamais de bonjour, on ne vous connaît pas, vous ne les connaissez pas. Au fond, est-ce que je veux retrouver toujours la chaude paroisse, ce Villeray chaleureux de mon enfance, où, accompagnant ma mère, on nous saluait dans toutes les échoppes, rue Jean-Talon, rue Bélanger, au Marché Jean-Talon ? Peut-être bien.
Oh, Annabelle me revient ! Ça y est mais Isabelle-la-maréchale n’y sera pas, ce sera mini-débat avec la belle Saint-Germain, une féministe qui s’engueule tous les matins avec le Dutrizac, à CKAC. Le camion « micro-ondes » est en route. J’aurais pu m’y rendre ? Paresse maudite… deux heures de route… alors, j’ai dis : « Je l’attends. » Et ferai-je signe encore, du petit doigt, à mes deux gamins de Québec ? Oui.
4-
Chez Bernard Rapp, à Artv, hier soir —un peu perdue— visite de la comédienne Miou-Miou. Autodidacte, donc —comme c’est fréquent, me dit Aile— elle semblait affublée du « complexe de l’imposteur ». La célèbre comédienne ne fut pas trop habile à décortiquer les questions posées. Silences, hésitations, rires insolites, etc. Cependant c’était très franc, gravement réaliste. Elle a les deux pieds sur terre l’ex-ouvrière-tapissière —mal payée— de Paris qui fut sauvée de sa vie routinière par le gang-de-Coluche et leur fameux « Café de la gare », en 1967. Miou-Miou fut bien en dessous du merveilleux bavard Philippe Noiret —qui la précédait à cette nouvelle émission. Copie « singeant » habilement celle du Lipton de « L’Actors Studio », à Artv le… vendredi. Ce soir, justement, grande hâte de voir la suite de l’entretien avec ce clown étonnant, brillant, Robin Williams.
Souvenir : cette gentille Miou-Miou (venue ici pour le Festival du film) généreuse, modeste et enjouée à mon talk-show de TQS en 1986. Le contraire d’une pédante comme feu Marie Cardinal ou du prétentieux et froid Philippe Djian à cette même émission. Un vrai bon souvenir la Miou-Miou.
5-
J’ai terminé, au lit hier soir, le deuxième roman —« Chercher le vent »— de Vigneault jr. J’ai bien aimé. Ce Guillaume, fils du poète de Natasquan, a décidément un bon talent. S’il trouve, pour son prochain roman, un sujet bien fort, une intrigue bien solide, je pense bien qu’il sera un romancier québécois des plus importants. Il a le sens des images fortes, cela parfois dans une asthmosphère ténue, fragile,légère et il sait brosser énergiquement une situation loufoque et tragique à la fois. Sa courte fresque —en fin de bouquin, en Louisiane— du pauvre Noir, Derek, un marchand de hot-dog et crevettes —en banlieue de la Nouvelle Orléans— qui l’emploie, est extrêmement bien ficelée, vivante, imagée. J’y crois et j’aime qu’il y ait une relève prometteuse.
6-
J’écoutais Marcel Dubé ce matin à Cbf-fm. Une « reprise » je pense bien. Grève maudite ! Soudain, terrible, le fameux dramaturge déclare, presque solennel, qu’il a toujours été déçu par une seule et même chose, et il détache ses mots face à Michaële Jean : « L’inconscience et l’égoïsme des gens. »
Étrange cette catégorisation. J’ai toujours essayé de ne pas généraliser. Je sais bien qu’il y a des inconscients égoïstes mais « les gens » —qui ?, la nation, tout le peuple, l’univers ?— ce n’est pas un lot d’inconscient. J’ai toujours senti chez Marcel une sorte de lumière noire. La sombre lueur, dans son regard, du misanthrope. À nos rares rencontres, je devinais un homme comme accablé. Ne souriant pas souvent. Tempérament hérité bien entendu, ­inné, acquis, peu importe. En 12973, Dubé, appauvri tragiquement par des années de maladie, dut vendre tous ses droits d’auteur à son éditeur, feu Gérard Leméac. Une catastrophe à cette époque. Plus tard, l’on organisa (les racheteurs du Leméac en faillite ) une rupture de ce contrat effrayant, Dieu merci.
Dubé, lui, alla à l’université (en lettres). Il en dira : « J’ai vite vu que je n’apprenais rien de neuf par rapport au collège classique d’où je sortais et, pauvre, j’ai écrit une poésie-dramatique pour la radio et aussi ma première pièce de théâtre. » C’était sa courte « De l’autre côté du mur », sorte de « pratique » pour son célèbre « Zone ». Acclamé, il va continuer jusqu’à ce qu’un certain Michel Tremblay (1968) semble le détrôner dans la même veine du réalisme poétique.
Ce matin (mais enregistré quand ?), Marcel Dubé semblait comme à bot de souffle. S’exprimait lentement. Mauvais état de santé encore ? J’ai prié pour lui brièvement, à ma manière. Il fut d’une importance capitale pour nous illustrer et si longtemps.
7-
Mon jeune camarade Raymond Plante y va encore une fois d’une ode au hockey. Le virus du bleu-blanc-rouge le tient fermement et depuis son enfance dans Villeray. Nostalgique à souhait mon Raymond dans « La presse » ! Il écrit sur son jeune temps et il revoit des gamins en hockey bottines sur les trottoirs ces temps-ci vu les bons succès récents des Canadiens. Rêve-t-il ? Comment savoir ? Ma peur de savoir ces gamins bien assis devant des cassettes de jeux électroniques. Hélas ? La photo choisie par le quotidien montre Maurice Richard caressant la Stanley Cup. Hum, hum! Nostalgia, Raymond ?
Même page, Luc Picard, brillant comédien, ayant campé un De Lorimier —patriote pendu— renversant dans un film de Falardeau, fustige Lysiane Gagnon pour un récent article où elle ménageait l’Israël du Sharon militariste agressif, où elle déplorait surtout ces ados palestiniens fanatisés qui se transformaient en bombes, enfin où elle jetait des blâmes sur les « colonisés » plutôt que sur les « colonisateurs. » Habitude de fédérate ?
Bedang ! Le Picard cogne et frappe, sur quatre colonnes le Picard ne mâche pas ses mots. Pas piqué des vers son brulôt. Trop rares les artistes qui osent faire publier de tels propos engagés, hélas. La Gagnon semble un peu sonnée…rétorque timidement qu’elle a été mal lue, que Luc Picard déforme sa pensée. Et bla bla bla… Elle termine, méprisante envers, n’est-ce pas, un simple artiste : « …une réalité complexe que vous avez manifestement du mal à analyser. » Salope ! Picard a très bien compris :oui, il y a de trop jeunes kamikazes, oui, ils sont dangereux et… oui, les Israëliens, armés jusqu’aux dents, munis de machines de guerre sophistiquées, « occupent » leurs terres et leurs villes, et ils mènent au désespoir ces jeunes forcément désespérés. C’est très clair, non ? Pas complexe du tout pauvre conne !
8-
Encore une fois, pile de coupures de mes gazettes sous mon canard de bois dans la fenêtre. Je refuse, le plus souvent possible, d’y piger mes sujets du journal. Mais…hier, Daniel Lemay (cahier sports de La P.) a parlé de commentateurs choisis, engagés, payés par le club Canadien. Oh oh !Pierre Rinfret à CKAC, par exemple. Bergeron de Radio-Canada aussi. Eh b’en ! Je le savais mais je veux ramener la question, on ne le fait pas assez souvent. Quelle complaisance alors. Des mercenaires stipendiés par les proprios intéressé à posséder des commentateurs dociles. Quelle Horreur ! Grand H. Michel Blanchard fait le candide et exige que le CRTC (si mou !) exige que cela se sache en début d’émission. que l’on dise franchement : « Amateurs de sports-spectacle, ce que disent les Rinfret, Bergeron et Cie, c’est du « publi-reportage ». Quoi ? Comme font les jornaux quand ils impriment des articles-bidon. L’éthique à la « seurieuse » et publique société radio-can…c’est de la schnoutte ?

Le jeudi 2 mai 2002

Le jeudi 2 mai 2002

1-
Oh ce jeudi tout gris ! Allons écrire. Un journal ne doit pas n’être que recension des livres lus, à mon avis. Certains diaristes connus en font trop…mais je lis sans cesse et n’en parle pas trop. Faisons un peu, ce matin, le critique. Mon pauvre petit Moutier et sa si aimable note à mon égard au Salon…Oh la la ! quel méchant livre mal foutu que son « Pour une éthique urbaine ».
À fuir ! Un ramassis d’états d’âme vains. Plusieurs niveaux de réflexion, galimatias idéologique, charabia infâme ici et là, un mélange détestable…Ironie peu fine (chapitre « à lettres ouvertes » sur un MacDonald du Plateau), gravité intermittente (chapitre nostalgique sur Godin-Pauline-Julien !), opinions niaises. Ouash ! Que je n’ai donc pas aimé son petit dernier au jeune homme néanmoins fort sympa rencontré deux fois « en personne ».
J’ai lu aussi le « cadeau » de Victor, ce « Jasmin sur barbelés ». Lecture intéressante d’une gentille petite fille (E.Gibar) juive de la bourgeoisie égyptienne du Caire avant que n’éclate la guerre avec Israël. Le jasmin parfume ses souvenirs de petite fille si heureuse, si insouciante, si candide. Soudain : la guerre éclate chez Nasser ! Chasse aux juifs. C’est la fuite…à Marseille d’abord , camp de réfugiés. Les barbelés commencent pour Esther, le jasmin s’évanouit, puis, sur un rafiot misérable c’est l’ « exode » dans « la patrie biblique » où l’on installe les exilés juifs de tous les coins du monde et en très grande vitesse. Camp et barnelés encore. Puis le kibboutz et un bonheur rare ! Le « Babel » stoppé, Esther Gibar va — comme tout le monde sous les tentes— apprendre l’hébreu. Le vrai ciment. Le lien essentiel dans l’ONU spécial de la colonisation toute neuve.
Comme pour l’émouvant film italien : « Les jardins des Finzi- Contini » on assiste à ce terrible déracinement à cause de l’antisémitisme et c’est toujours plus effrayant, plus troublant, quand on vient de la bonne bourgeoisie inconsciente. On tombe de très haut. Esther Gibar —installée au Québec maintenant— est très sentimentale, très délicate, d’un romantisme total : tout est embelli, si joli, sa —« si gentille »— famille portée aux nues. C’était rose et pastel…puis, tout s’écroulait ! Captivant de mieux savoir un certain monde. Milieu protégé, choyé, monde de confort heureux dans Le Caire ensoleillé quand les « gentils » domestiques (Arabes et Noirs) sont si fidèles, si polis, si dociles. Si bons serviteurs n’est-ce pas ? Oui, j’ai appris sur une sorte de colonialisme doucereux, innocent et sur lequel, soudain, va fondre une foudre…foudroyante !
Cette patrie juive idéalisée devient vite un terrible champ de guerre perpétuelle. Alors avec un enfant, le mari, Esther va fuir. Ici. Ce beau paradis promis (Israël) se transformait en « régime militaire », permanent, selon ses propres mots. Les siens
cherchaient le bonheur, la paix et trouvèrent l’effrayante déception. Mitrailleuses sur toutes les épaules, des jeunes étudiantes comme des étudiants imberbes. Esther déteste ces fusils partout, ces chars autour des barbelés des colonies. Elle craint la haine des Palestiniens envahis, alors elle part. « Adieu rêve d’un Israël imaginaire.
On sait, aujourd’hui même, les dégâts qui s’aggravent !
2-
Je vais achever de lire le nouveau Vigneault jr. Ouen ! Ce type de récit —nombriliste— m’assomme un peu. Décidément, sa manière « bobo » (bohèmien-bourgeois) ne lâche pas ce Guillaume. Son « Cherche le vent », —comme son premier roman, « Carnets de naufrage »— baigne dans ce monde de fainéants béats où l’on ne vieillit pas, où une jeunesse —instruite— n’a pas envie du tout de s’installer, ni matériellement, ni sentimentalement. Craint farouchement la sédentarité. Son jeune héros est un photographe trentenaire divorcé. Il bien coté jusqu’à Manhattan (Pas courant de tels personnages ). Jack semble traverser une sorte de lente dépression, avec tentation suicidaire pas nette, en tous cas un spleen existentiel le hante. Ce « Jack », alias Jacques, a son avion dans un garage abitibien, souvenir lourd semble-t-il, il a aussi un camp d’été à La Minerve, dans le Parc de la Vérendrie, héritage familial et des souvenirs encombrants…bien peu clairs. L’art du flou ! Faut continuer à lire sinon… Jack boit sec. Beaucoup. Il manque se noyer. Son beau-frère, fils de psychanalyste (eh oui !) l’entraîne dans son condo montréalais, il n’est pas moins désemparé que lui. Ils vont déplacer leur mal de place. Maine, USA. Avec une jolie ex-serveuse du « Vieux », qui prépare une maîtrise (eh oui !) et qui, toute nue dans un petit chalet de Bar Harbor où se trouve une belle bibliothèque (!), nargue —et attise— les deux jeunes gens. Championne aux échecs soit dit en passant ! Un deus ex machina rare. Je m’instruis. Image correcte de sa génération ? Sais pas trop. Reflet vrai d’une classe précise ? Ce sera un road-story kérouacien pour la fin du livre ? Intrigué mais un peu las de ce petit monde de « gâtés-pourris », à l’adolescence attardée, bin, j’ai pas trop hâte de poursuivre.
J’ai débuté « Comme des invités de marque », livre du boulanger —artisan « interdit »— de Rouyn-Noranda, Léandre Bergeron, compagnon de kiosque chez « Trois-Pistoles » éditeur. L’étrange ex-manitobain veut nous conter comment ses trois fille, aux prénoms exotiques, ( Deidre, Cassandre et Phèdre !), furent élevées, dans des champs hors-Rouyn, sans école aucune !
Oh ! c’est un journal (!) mais d’un ordre particulier. Ce « farmer » volontaire joue le rousseauiste avec délectation. Curieux de lire la suite.
Enfin, j’ai lu, après ce dynamique magazine « L’ » de Germain, le dernier numéro de « L’Action nationale » (avril). Segment consacré à l’utile chicane de Louis Cornellier sur :
« Enseigner d’abord la littérature d’ici aux jeunes des écoles. » C’est en quatre « papiers » : un de V.-L. Beaulieu, bon mais bien court, un de Andrée Bertrand-Ferretti, plutôt cuistre et confus, un de Roy —le Bruno qui préside l’« Union des écrivains »— qui y va de prudence, jouant le diplomatique arbitre de la querelle. Enfin celui d’une prof, Roxanne Bouchard, bien argumenté. Le débat relève du « racisme inverti » dont le triste champion est le prof Ricard, pissant sur la qualité de nos livres avec délectation.
3-
L’autre soir, Artv, avec le Lipton questionneur, un Robin Wiiliams débordant d’énergie. L’acteur s’est livré à de improvisations loufoques. Hilare, déchaîné —cachant quoi ?— le cabot a montré du talent vrai. Entre ses facéties étonnantes, « Popeye » se livrait brièvement. La drogue. Le danger de couler. La thÉrapie. Les regtets sincères. La salle de l’Actors Studio en lkiesse face à ces grimaces et ses envolÉes. Bidonnage intempesyif et le grave Lipton ne se dmonta pas du toit p;rouvant un flegme peu commun. Chapeau ! Hélas, la pub envahit Artv peu à peu. Interruptions trop fréquentes et décevantes dans son contenu comme partout ailleurs. Mais tudieu, quel épuisant et épatant bouffon que cet acteur surdoué, merveilleux, comme il l’a montré dans plusieurs de ses meilleurs films.
À la télé du Canal-5, la série « Thalassa » m’ennuie tant parfois que je fuis n’importe où. Même en un documentaire vu et revu dix fois. Mais, l’autre soir, ce document dans l’arctique, oh ! Une pure merveille. Vieux album de photos jaunies, films en noir et blanc, des pionniers audacieux (comme notre vaillant Capitaine Bernier !) explorant ce pôle nord mythique et puis l’installation précaire des chercheurs d’aujourd’hui; le sujet fascinait. On y a vu aussi, venus en avion moderne, des touristes argentés (mode du tourisme naturaliste et sauvage). Des citadins aux conforts solides émerveillés de se voir aux confins du monde. Sur la calotte, comme on dit. Si heureux, excités, de pouvoir marcher sur la banquise, dans cet immense désert de blancheur et de froid terrifiant. Effrayant paysage de nudité. Pas un brin de vberdure. Trous des phoques, pistes des ours. Un bon moment. Un fort moment
4-
Ce matin Nathalie Pétro, tentant de louanger Sylvain Lelièvre qui vient de mourir, sort, comme inconsciemment, des mots blessants, tout ce que l’on pouvait lui reprocher en réalté à ce chanteur disons « faible ». Un requiem bizarre. Disons, une petite machination hypocrite où la columnist dit sans le dire ce que plusieurs pensent. Comme c’est confondant ce gente de prose polie où une sorte —respect aux morts !— de diplomatie prudente transfigure les mots, les maquille, les change tant que l’on arrive à leur faire dire le contraire de ce qu’on pense.
Est-ce que cela m’est déjà arrive ? Sans doute. Qui est sans péché là-dessus ?
« Ali », le film, vu hier soir : une sauvagerie imbécile, folie niaise que la boxe. Je reste un ardent opposant à ce sport imbécile. Réussite tout de même des trois ou quatre combats visuellement. Aile me dit qu’il y faut une rare et parfaite chorégraphie, minutieuse sans doute. Un montage difficile. Un sacré combat pour la réalisation. On y croit. On y est. Hélas, on sait peu sur son enfance, sa jeunesse et même ses débuts. Tout est raconté comme en vitesse et avec des ellipses pas toujours intelligentes. Déception grave donc pour Aile et moi. Plein de pans de ce film comme illogiques. Il manque des explications. Ce n’est pas du genre « savant et intellectuel » non, cela Aile aime bien, c’est juste que c’est mal fait, mal écrit sans doute au départ.
Confusion n’est pas subtilités. Et, à la fin —fort abrupte— rien sur son handicap grave. Pas un mot ! « Ali » se termine avec sa fameuse victoire en Afrique contre le texan Forman. Une victoire bizarre. On dirait un combat « arrangé » comme au temps où les pégriots tricheurs hantaient les arènes de boxe.
Critiques complaisantes donc pour ce film, « Ali » comme trop souvent. Sans elles, pas de ce « Ali » en raccourci dans notre machine. Les commentateurs d’aujourd’hui se transforment volontiers en courroie de transmission des organisateurs de « junkets », ces voyages à « premières », avion, et tout, payé par les producteurs, avec interviews à la gomme…Cette plaie ! Qui transforme un (une) analyste en publiciste invétéré. Le mode du job « précaire » actuel engendrerait ces trahisons des lecteurs ?
J’ai peur de cet avenir.
5-
Tabarnak ! ‘Scusez… Je rêve pas : il neige. À bons flocons. Un 2 mai ! Par ma fenêtre de bureau, le paysage vite tout blanc ! Le lac comme plus noir. Un 2 mai ! Aile d’en bas : « Tu as vu ça, dehors, Cloclo ? » Elle rage. Elle part pour une boutique de Saint-Sauveur. Dégueulasse, vraiment.
6-
Lu ce matin un long et futile article de complainte. Bizarrerie. Marie Gagnon — se disant une auteure— s’adonnait à la drogue et commettait des vols. Pas bon marché la dope ? On est loin de monseigneur Félix-Antoine Savard, hein ? Auteur lui aussi jadis ! Ou du brave Robert Choquette. Rien à voir avec Germaine Guèvremont ou Gabrielle Roy…ou Anne Hébert… des auteurs sages et qui ont signé de très bons livres ?
Bon. Prise par la police, on installe cette Marie Gagnon en prison. À Joliette. Neuf bâtiment. Confortable. Voilà que la prisonnière— tout en admettant que c’est ni Tanguay-la-sale, ni Kingston-la-sale— râle dans ce faux club-med. « Un asile pour folles », semble-t-elle crier. Intenable.
Le grand grief ? Tenez-vous bien : on souhaite l’aider, la réformer, la soigner de son mal-de-vivre, de la drogue, et partant de sa manie de voler. L’aider ? Un crime ! Un outrage ! Une entreprise inhumaine !
On croit rêver. « Malgré elle », dit-elle, tous ces soins, toute cette horrible discipline et ces horaires stricts, ces effrayants conseillers. Ces manières de la faire « bosser » comme…une prisonnière ! On irait contre sa volonté de « rester ce qu’elle est ». La mode du « Je m’aime comme que chu ! » « C’est ma vie pis je l’aime comme ça. »
Ah bin là ! Est pas contente la Marie ! On a envie de lui parler de la Turquie ou du camp militaro-USA à Cuba-sud ! Elle veut pas guérir, ni changer de vie ? Elle a son âme bien à elle, grogne-t-elle dans « La Presse » de ce matin qui lui accorde le quatre colonnes en « Forum ». On a pas le droit d’aider le monde poqué. Foké !D’offrir des thérapeutes, de vouloir transformer une voleuse droguée… Bon ! Elle va publier tout un livre de ses récriminations cet automne chez VLB.
À la fin de sa jérémiade stupide, Marie Gagnon dit : « Est-ce, peut-être, à cause de mon extrémisme que je suis écrivaine ? » Sans rire hein ! Des coups de pied au cul se perdent !
Pourvu que les responsables de la prison de Joliette, face à cette ingratitude, ne décident pas de donner raison au poujadisme des Gilles Proust et jugent que : le « Club-Fed » c’est fini ! Qu’ils n’aillent pas transformer « la tôle » de Joliette en vrai prison, le trou à rats d’antan, l’enfermement infernal de jadis.
Là, la Marie aurait vraiment de quoi brailler, délinquante gâtée de cette génération. Il n’y a pas si longtemps, c’était, rue Fullum, à Montréal : « Farme ta yeule maudite voleuse, pis ta moppe ! » Pas de thérapie à l’horizon. Il n’ y avait rien à faire, rien à comprendre, face à une jolie jeune femme (comme Marie Gagnon et tant d’autres) en mal d’être intégrée dans l’existence normale. C’était : « Maudite voleuse, farme ta yeule pis va torcher le corridor des vomissurtes », ou « Farme-la, toé, maudite « droyée », marche dans ton trou pis avale ta soupane infect. » Joliette en asile pour déficients mentaux légers ? Pis ? C’est mille fois préférable à ces donjons insalubres de mon jeune temps où l’on battait, frappait durement souvent, les déviants de nos comportements sociaux admis. T’aurais pas eu le choix de te plaindre complaisamment dans « La presse », pauvre jeune Marie. Il n’y aurait eu que de grosses matrones mal payées pour te déchirer ton article au visage et le jeter dans une cuve crasseuse. Chasse d’eau aussitôt. Quand elle fonctionnait !
7-
À la Chambre de commerce de Montréal, M. Valaskakis, a parlé des 500 mégapoles de l’univers. En avant du rang : Paris, New-York, Londres. C’est connu. Lui aussi explique que les talents du monde entier vont vers ces grandes villes où il y a beaucoup de terrasses, des théâtres, des cabarets, des bons restaus, etc. Évidemment. Après d’autres experts, Il a dit que, désormais, la « gent créatrice » —50 % de la nouvelle main d’œuvre actuelle— se fiche des centres spécialisés (silicon valley et cie). Ces cerveaux modernes cherchent des villes amusantes, culturelles. Donc, installation —payante pour le lieu— à New-York, Paris, Londres…peut-être Montréal un jour.
Ainsi, affirme-t-il, ça sert à rien l’Internet, la téléphonie moderne et les satellites : c’est pas tout. Ces gens-là veulent une bonne vie, une belle vie. Il avance : « Ils aiment les quartiers ethniques nombreux et, du même souffle, ils craignent es conflits ethniques ! »
Faudrait savoir. Oui aux ghettos si colorés et non aux ghettos si dangereux ? Je crois deviner : c’est oui aux ethniques bien installés, venus avec du fric et c’est non aux réfugiés démunis qui sont forcément (travaux ardus, couples aux douze-heures au boulot !) empêchés de bien surveiller les rejetons, qui n’ont pas les moyens de les caser dans des institutions de bonne réputation. Est-ce bien cela ?
Valaskakis conférencait sur la mondialisation. Sur l’avenir. Gageons qu’il n’a pas pipé mot ni sur l’Afghanistan, ni sur l’Afrique, ni sur l’Amérique du Sud ou l’Inde ! On connaît la chanson douce aux oreilles des Chambres de commerce. Il ose parler « racines’ » dit que contre la mondialisation anonyme , il y aura toujours l’attirance de ces belles grandes villes séduisantes ! Baratineur va ! Adieu nations, adieu états organisés, retour au Moyen-Âge. Les grandes villes. Le salut. De qui ? Pour qui ? Les villes de l’occident riche, Paris (Les champs Élysées), Londres (La City) et surtout New-York, (Manhattan). Cherchez-bien, il y en aurait 500, pas plus ! Aucune en Afrique…etc.
La neige a cessé : Émile Nelligan, dans l’éther, vas-tu nous pondre un nouveau poème ?
8-
À « Sixty minutes », made in USA, il y a pas si longtemps : « Montréal ? une ville de fascistes ! Le Québec, tous des nazis ! L’émission montrait (un faux apprenait-on plus tard) un anglo-martyr face à un « mesureur » fanatique de français…C’était l’enfer. Le four crématoire pour bientôt… »
De la télé « Sixty minutes » quoi !
Dernièrement, on remettait ça : « Le Canada, pays de cons avec plein de dangereux terroristes, faux réfugiés. Ontario, Québec, des « Clubs Med » pour tueurs politiques ! Une frontière-bidon. Une passoire et dangereuse pour les USA. Les rues grouillaient de talibans mal masqués. »
Et voilà qu’à Ottawa des nonos se levaient : « M’ sieur l’président, avez-vous entendu ça à « Sixty minutes » ? C’est effrayant, le go’vern’ment actuel fa rien et nous sommes infestés de kamikazes, ils l’ont dit à tivi américaine !»
C’est cela l’Alliance-western, et pour emmerder le pouvoir, des du Bloc joignent le concerto des tarlais qui suivent « Sixty minutes », made in USA.
Misère politique, oui, et colonialisme coutumier !
9-
La loi Bégin numéro 86 ? Je suis pour. « Homoparenté » pour ceux qui ont déjà des rejetons. Et je suis contre. Pourquoi ? Je le redis, le dis : foin d’égocentrisme (dont l’odieux illustre exemple des deux lesbiennes sourdes…décidant… l’ horreur !).
Il faut ne penser qu’à ces enfants qui seront, deux fois marginalisés. Ils souffriront. Les enfants sont, hélas si on veut, cruels. Le grégarisme est un fait éternel. Ils seront mis au ban partout, quartier, rue, cour des écoles. Ces « futurs » enfants ne méritent pas cela. C’est l’enfer que n’avoir pas d’amis, que d’hériter injustement des sarcasmes de tous, des petits camarades, des cons d’adultes divers, des chuchotements cruels, des dos tournés, des grimaces sarcastiques, des caricatures immondes, des singeries infantiles, des refus d’admission à un party, de la gêne de ne pas amener chez soi un copain, son meilleur ami, une copine aimée, des portes qui claquent, ou qui se referment doucement (c’est pire ?), des silences lourds, des moqueries non-méritées.
L’enfant est —assez longtemps— un pervers polymorphe. Freud. Mes amis, les homos, mes amies, les lesbiennes, si vous aimez les enfants, refusez l’enfant dans votre couple homosexuel, je vous en supplie. Vous —j’en suis sûr— qui aimez vraiment les enfants (sacrifice terrible, je le sais ) ne faites pas (in vitro, par adoption, ou autrement) ce cadeau empoisonné à des enfants pas encore nés, pas encore adoptés. Je vous en prie. Je vous en supplie. Ce sera alors la preuve éclatante que vous aimez vraiment les enfants, que votre refus volontaire d’en avoir.
10-
« Claude Jasmin, mort hier soir, était un écrivain populaire très aimé. » Qu’est-ce que je lis là ? « La mort d’un auteur qui aimait les siens, Claude Jasmin ! » Qu’est qu’on écrira sur moi, une fois mort ? Si je pouvais voir les petits titres dans les « morgues » des quotidiens ?
J’y pensais encore ce matin parcourant mes gazettes : ah, si on avait publié (éloges étonnants au Dev ou à La P.) tant de belles phrases sur Sylvain Lelièvre vivant, il en aurait été si stimulé, si encouragé, qu’il aurait pu pondre quelques chansons inoubliables de plus. Pourquoi attendre la mort ? J’aime m’imaginer de jolies phrases bien chaudes au jour de mon décès. Cela me fait sourire. Vivant, vous êtes…pas pire. Mort, vous êtes bien…mieux! Méchante leçon. Et je ne vais mourir pour avoir le plaisir de lire des éloges. Tant pis. Je continue à vivre.
Ce matin, un étonnant Gilles Archambault à la radio de CBF-FM, stock en cas de grève) : « Mes enfants ?, c’est tout ce qui comptait et ce qui compte pour moi. » Étrange affirmation, tardive, jamais je n’ai pu percevoir chez mon camarade radiocanadien cet amour si total ! Illusion ? Regrets d’un père imparfait (comme nous tous) changés en promesse a posteriori ? Bizarre assertion à mes oreilles. Pour moi ? B’en…oui, évidemment je les aimes, ils le savent, ont des preuves, je crois, mais…. Y voir peut-être une sentimentalité exacerbée ? Un amour relatif, je crois, que cet amour de ses petits. De là, en tous cas, à foncer dans cette phrase …totalitaire, il y a des limites. Aux mensonges, aux réparations, aux refuges, aux aveux tardifs…
Je ne sais plus. Juste mon étonnement d’entendre Gilles affirmer cela sur ses rejetons : « ce qui compte avant tout ! »

Le mercredi 1er mai 2002

Le mercredi 1er mai 2002

1-
Retour de promenade tantôt, découverte au bout de la rue Morin d’un site de neufs pavillons luxueux, dans une colline. Architecture bizarre. Hirsute ! Style vague et de « parvenu ». Voyant des sortes de marguerites jaunes sauvages, j’en arrache un plant et le planterai au pied d’un vinaigrier…pour voir. Aile craint un genre de « pissenlit » mais ne proteste pas trop. J’aime tant…planter. Ce matin, vite, devoir aller porter des chèques chez Desjardins, rue Valiquette, car, aujourd’hui, les voraces du FISC vont gober de nos économies ! Pas loin, le brocanteur. Incapable de ne pas entrer. Autre manie irrépressible. J’y crache pour 60 piastres de… « cossins », dirait Aile. Un voiler de bois, une aiguillère et son bol, un pot à mélasse, et quoi encore ? Rentrant at home : « Ah b’en, non ! pas encore des cochonneries ! Où est-ce qu’on a pouvoir mettre ça ? »
La leçon classique d’une rangeuse : ma belle Aile !
Téléphone de ma fille, Éliane : « Me rappelle, jadis, une excursion ensemble à l’Hôtel-Dieu pour nous faire ôter aux paupières…des sortes de pustules ! Elle me demande si je me souviens du toubib ! Oh non ! Moi, les toubibs, j’oublie les noms…brrr ! Je lui recommande une dermato de Notre-Dame que j’avais apprécié il y a 10 ans. Ira-t-elle ? Elle a vu son frère hier, a vu sa neuve mini-jeep —« oui, une bien jolie voiture »— promenade de Zoé ensemble, c’est le chien de Daniel. Un joli parc, immense, jouxte sa demeure au fils en son domaime Saint-Sulpice. Formidable, non ? Comme ça me fait chaud au cœur de les savoir marchant ensemble au soleil la grande sœur et son frère cadet. Comme je suis content chaque fois !
2-
Ni hier, ni ce matin, « La Presse » n’a jugé intéressant de publier mon petit « requiem » à Sita Riddez. Voilà que l’on annonçait hier la mort précoce et subite d’un chanteur-chansonnier qui ne me plaisait pas beaucoup, Sylvain Lelièvre. Le mièvre ? Je le trouvais un peu « drab », un peu fade. Du blues plutôt endormant. Mon opinion…mais il avait ses fans. Il en reste tout de même deux ou trois bonnes tounes.
Hier, il fallait être au « pied-à-terre », Chemin Bates et TVA me voulait pour un autre mini-débat. Thème : « Le hockey en éliminatoires ! » J’ai parlé d’un féminisme bebête, égalitarisme qui défait les différences nécessaires, ces filles qui singent les gars désormais, des trop nombreux « gros clubs » anonymes, d’argent désignant qui aura pour gagner la Stanley Cup , des joueurs millionnaires paresseux (selon Guy Lafleur lui-même), de la fin d’un certain patriotisme, celui de ma jeunesse.
« Ceinture fléchée », me lancent les deux vis-à-vis —car le Bruneau est un partisan de la Maréchal, ma foi ! Cette « injure » (?)me fait rire. Quand j’ai déclaré, —à mes risques et défiant le chauvinisme ambiant— avoir mieux estimer les patineurs Russes aux J.O. était-je toujours « ceinture fléchée » ? Ah !
L’Isabelle m’apparaîtra en chandail des « Habitants » ! Rouge comme sa chevelure ! On fait le topo, pour cette fois, en studio et aux côtés de Bruneau et je me sens alors bien plus à mon aise. J’ai demandé d’être toujours en studio à l’avenir. Voudra-t-on à TVA ?
3-
Avec l’amie M.-J. —ainsi consolée un brin de mon absence de ce week-end, pauvre misérable orpheline de son homme— Ale est allé voir une pièce (très) recommandée à Sainte-Thérèse. Hum… Pas fort, m’a-t-elle dit. Maudits critiques complaisants encore ? Le lendemain, elles allèrent au cinéma du complexe commercial de Saint-Jérôme; hum, pas fort encore ! Malchance ! Ce matin, éloges encore pour les textes de Tardieu monté par Paul Buissonneau au « Go ». Aile saute sur le téléphone. J’ai confiance. Je n’ai jamais oublier le Tardieu renversant (toujours monté par Paul) vers 1980 au « Quat’_Sous ». « Théâtre de chambre », joué par des élèves en théâtre, fut une splendeur visuelle inoubliable. inégalable. Pause :soupe. Tantôt, à la télé du 1er mai : Le Pen, à Paris, criant sur une estrade : « On a ramassé partout des gens contre moi, des francs-maçons, des communistes, il en reste et……des théâtreux, des intelllos… » Aile, bols de soupe en mains, choqué, comme insultée personnellement. Elle est belle quand elle se fâche !
En revenant de cette randonnée parmi les maisons prétentieuses neuves, rue Morin, rencontre fortuite d’une dame « théâtrale » un peu, disons tendance gitane. « Nanoushska », se présente-elle. Explique que c’est son nom de « plume ». Elle est une Noiret, Boiret, Mordet… Elle machouille certains mots, parle très vite. « C’est un nom de France, vous savez! »
Elle n’en revient pas de me voir « vous, en chair et en os ». Admet volontiers m’admirer et « suivre votre carrière ». Elle écrit « de la poésie. Oh un peu ! Bien peu ». Vient de Montréal, habite les Laurentides, il y a peu Sainte-Agathe, maintenant, Sainte-Adèle. Sort de pétrins. D’un deuil aussi. Rien de trop clair. Sympa, grouillante, hilare et grave par intermittences, très verbeuse. Elle dira : « Ah, vous, c’est donc vous, et qui je vois avec vous ? C’est elle, non ? C’est celle-là, c’est cette Raymonde dont vous parlez si souvent. Vous êtes devant moi, vous, le poète (je proteste à ce mot) vous paraissez plus jeune, en personne, mieux qu’ à la télé. Je vous ai vu encore hier avec Isabelle Maréchal. Vous nous amusez tant. Évidemment, c’est vous que je vois enfin. » Elle en frétille de contentement, montre des trous dans ses dents, touche un bras, ajuste, comique, son grand béret. Aile gênée.
La gitane hilare fuit soudainement avec des « au revoir ». Je dis à une Aile secouée un peu : « Tu vois, tu es profondément, indissolublement, irrémédiablement, ancré dans la littérature québécoise. »
Motte, pas un seul mot. Je sais ce qui la décoiffe, c’est qu’elle n’y peut rien. Qu’elle ne peut inter-agir. Qu’elle se voit comme manipulée par son horrible compagnon bavard et indiscret. Elle souffre ? Je ne crois pas. Elle s’en amuse pas mal. J’espère…
Souper tantôt. Deux poissons frais —sauces appétissantes, pas trop grasses— que j’ai ramené à 17h, tantôt, de l’École-Bouffe. Pas mal bon. Dessert ? Gâteau dit « boston » et je remonte fermer le clavier. Juste dire ceci : comme je suis content, heureux, Aile, livre sur le coin de la table, toute excités : « Tu vos, regarde Cloclo, je l’ai trouvé, ce petit oiseau couleur carotte, c’est un oiseau commun d’ici, le Bruant Hudsonien. Tu vois, la crête carotte, regarde, une mandibule pâle, regarde l’image, l’autre plus foncée. Vois sous le bec, dans le cou, regarde bien la photo, la tache noire ? Tu la vois ? C’est l’« hudsonien ».
Oui, grand bonheur de la voir si heureuse. mon amour qui fait, hélas, ce qui se nomme de la haute pression. Je met cela sur le dos de toutes ces équipées stressantes de réalisation, pour illustrer les textes de Victor. Elle me montre ensuite nos mésanges à tête e noire, autre oiseau commun. Dit : « C’est bien de savoir nommer les oiseaux, pas vrai ? » Vrai. Elle me fait voir ceci et cela, le « quisscal », trop présent dans nos alentours nombreux à son goût, des petites corneilles, puis le geai bleu, enfin, nos chères jolie tourterelles « tristes ».
Aile me montre la tourterelle « rieuse » ! Ah oui, c’est cela le printemps québécois. Dans quelques semaines, je la verrai de nouveau entourée de boîtes, de corbeilles, les poches de bonne terre, ses outils, ses gants, les fleurs étalées à ses pieds. Elle sera si belle encore cette année. Si belle quand elle s’exclamera —comme elle dit— : « Je fais mes fleurs ! »
Suffit. Aile nous a loué le film « Ali ». Ce sport est une folie grave, j’en ai parlé. Mais c’est l’histoire singulière, vraie, d’un gamin de ghetto qui boxe —seule voie de sortie pour les démunis de la négritude à cette époque. Il sera un grand champion historique, cet Américain Noir devenu musulman, changeant son nom de Cassius Clay en Mohammed Ali. Hâte de voir ce film tant vanté, il y a quelques mois.