Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».

Le samedi 29 juin 2002

Le samedi 29 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Mon tertre (de parking) à pétunias (St.Joseph, pas cher) …pas bin beau. Têtes penchées. Rabougries. Pas assez de terre ? Séraphin Jasmin aurait trop ménagé en sacs de terre, c’est ça ? » La démone. Hon ! Un démon n’a pas d’ailes ? Quoique ce Lucifer, ange déchu (je restais si jongleur à cette seule idée, enfant) du petit manuel, illustré avec de grandes ailles noères, non ?
Les annonces de pluies (jeudi) de Miss Pronostik, de la schnoutte. Il fait beau soleil encore ce samedi. Avec du vent, youpie! Le jardinier du voisin s’amène chez le juge et vroum, bizz, alors, je me dis, l’accompagner ? Nous p’tit déjeunions (épais Devoir et Presse du samedi étalés) sur la terrasse donnant dans la rue et Aile : « Regarde l’autre côté de la rue, des coupeurs de pelouses, va les voir. Ne te fatigue pas, c’est trop dur pour toi, Clo ». Non, que je me dis. Exercice, exercise, a dit le docteur Singer, la doctoresse (en menus) Parker :j’y vais.
C’est fait, bien fait et vite (« trop vite » grogne Aile ) fait. Sueurs. Je nage dedans. Voilà que mon petut radeau dérive au loin. Y avais ancré qu’un demi-bloc de ciment. Je nage le ramener et lui accroche un autre demi-bloc. Bon. Bouge pus !
Ouf ! Le sandwich à la dinde me colle à l’estomac. Si je peux arriver à « manger lentement » (comme dixit les Parker et Cie). Je suis toujours comme pressé. Depuis que je suis petit. Il y avait tant de batailles à livrer dans ma ruelle. Un cow-boy ne mange pas lentement. Plus tard, il y avait tant de belles filles à fleureter dans les rues de Villeray. Plus tard, il y avait tant de choses à voir, à faire, à installer entre deux romans ou deux décors. Et organiser de jeux pour deux beaux enfants que j’aimais.
Je me jure de ralentir. Sinon, un jour, je me frapperai à…Je ne sais trop quoi, mais ce sera fatal. « Ralentir, travaux » , disent des enseignes de rue. Chaises à matelas jaunes. Repos mérité. Aile lit de la presse du jour et moi je terminais ce « Tueur aveugle » d’ Atwood. C’est bon. J’ai aimé. J’ai pris grand plaisir à mieux connaître un milieu cossu, un monde de crésus de Toronto dans les années 30. L’inconnu m’intéresse. Margaret Atwood, fille d’un savant prof de Toronto, a peint en noir très noir ces gens de « la haute » commerciale. Un mari absolument diabolique. Hélas, ce n’est qu’en fin de roman que tout éclate, que tout s’explique. Pas du tout certain que ce truc soit le bon. Apprenant, enfin, les fils tordus des manigances, je regrettais de n’avoir rien su tout au long de cette méticuleuse (600 pages !) description des us et coutumes d’Ontariens vénaux et dénués de toute conscience. On choix. Un risque. Une écriture bien organisée. Chapeau à elle !Aile me dit qu’elle va s’y mettre et sans cesse me disait souvent : « Chut, tais-toi, je le lirai ». Je me taisais donc. Avec regret tant ce long récit suscitait des surprises chez moi.
2-
Ce journal, depuis six ou sept mois, m’a apporté un tas de bonheurs. Des fidèles surgissaient au courrier et commentaient. Il y a, en particulier, ce Daniel Marleau (de Longueuil) dont j’ai déjà parlé. Son dernier message est savoureux encore une fois. Il me nomme « Monsieur du pinceau », ou « monsieur du saucisson de mousse ». Je rigole. Marleau écoute du Fauré, du violoncelle de David Darling… Oh ! Comme je reste pris avec ce chagrin : être ignare en musique « seurieuse ». Chez moi, enfant, rien, que des chansons populaires et, plus tard, ado, du boogie woogie. Plus tard, chansons encore seulement : Brel, Ferré, Léveillée, Vigneault. Des airs d’opéra populaires. Ils sont grands et forts mais je sais que je passe à côté de sons importants en ignorant Bach, Mozart et Cie.
Aile a loué ce midi (pour ce soir) « I am Sam », avec l’acteur Penn, si brillant devant Lipton à ARTV récemment. Hier, c’était le mari fidèle (« 27 ans d’amour », a-t-il dit à Lipton) de la belle actrice brune, Francine Racette —qui abandonna le métier— Donald Sutherland. Il a eu des mots cruels pour sa petite patrie (la Nouvelle-Écosse). Il a été brillant, disert, montrant une gravité de bon aloi face à son métier. Le Lipton appréciait grandement. L’heure a semblé quinze minutes !
Ce matin, j’avais lu l’article censuré de Stanley Péan, Foglia assomme le démissionnaire de son canard avec raideur. Capable de mesquinerie à l’occasion, le surdoué vélocipède du Vermont (attraction étatsunienne fatale pour nos émigrants ?) laisse croire qu’il entrera sous peu au Devoir où l’on défend Bombardier « puisqu’elle y est chroniqueure ». Foutaise foglienne car le Péan (j’ai lu) est bien méchant envers la dame. Trop. Pourquoi son attaque bien méchante sur son « Ouf ! », quand il y a tant de livres qui se publient ? Ainsi, jadis, un Stéphane Lépine, intello pur et dur —congédié récemment des ondes culturelles de la SRC— me fessait. Le coup ? On cogne sur une notoriété et ainsi on est certain d’avoir beaucoup de monde à son écrit. C’est classique. Le mépris du personnage « trop connu » s’y déploie.
Péan, que j’aimais bien en intelligent et généreux chroniqueur de jeunes auteurs, se fit piéger. Cette incursion (inhabituelle chez lui) chez « une vieille » détestable (à ses yeux) l’a perdu. Bin bon pour toi, Stanley !
Une pétition d’artistes (dont mon amie dame Faucher) s’insurge devant un tas de « remplacés » sur CBF-FM-Culture. On refuse ces changements pour la saison qui vient. Or, on peut mettre X à la place de Y et Z à la place de A, cette radio pour petit public averti gardera son auditoire disons… d’ordre confidentiel. Le grave problème c’est que cette section de la SRC n’arrive pas à bien communiquer les divins fruits d’une élite déconnectée du public. Une radio publique doit savoir répandre la culture, initier efficacement, se sortir du cercle des affionados. Ce groupuscule a accès aux meilleurs livres, aux meilleurs concerts etc. mais reste impuissant à bien communiquer. Chez ces gens-là, vulgariser est comme un mot cochon !
3-
J’ai oublié de dire qu’avec le film « Nœud et dénouements » on voyait vivre un monde simple (Terreneuviens modestes), fait de travailleurs. C’est si peu fréquent un peu partout. Spacey, et les autres, n’était ni ingénieur, ni architecte, ni quelqu’un de la jet set. Sa tante qui ramasse l’urne funéraire de son grand frère (le papa du héros quoi) qui verse cela dans sa « bécosse » et qui chie dessus —puisqu’il l’avait violée à douze ans— était une forte scène. Il y en avait des tas d’autres même si,comme je l’ai dit, le scénario partait dans tous les sens, hélas.
Dame Denise Filliatreault (qui dansait divinement le jitterbug à Pointe-Calumet en 1946) voit son film (« Alice ») se faire démolir allégrement partout. Elle doit croiser les doigts. Si le bouche à oreille est bon, si son film remplit les salles, elle va se déchaîner. Ou se taire comme font les responsables de la série « Les boys ». Entendre : les cinéphiles sont tous des cornichons, le bon peuple, lui, en redemande. Vous bourrez votre affiche de vedettes populaires de la de télé, vous pondez une histoire molle, abracadabrante et la sauce risque de prendre. Démagogie ? Certainement.
Je dois absolument me jeter dans mes illustrations. La table à dessin est là, dehors, elle m’attend. J’ai peur. Lâche que je suis !
Et vous, le Marleau ironique, pas de farce plate, hen ? C’est dur d’avoir un peu de talent.
Demain dimanche : on travaille pas le dimanche, mécréant ! Hon ! Prétexte. Un de plus pour retarder mon boulot. J’ai peur, c’est simple. Peut-être que je devrais confier la tâche à un vrai dessinateur, un fameux. Mais… À demain ma table dehors…

Le vendredi 28 juin 2002

Le vendredi 28 juin 2002
Jours de pluie…

1-
La belle journée. Avec du vent fort. Comme j’aime. Un peu honte de me munir d’un saucisson de mousse (de pastique) quand je vais au large me baigner. Peureux? Bin oui. À mon âge, s’il fallait…une attaque…et que deviendrait Aile sans moi ? L’eau ? Bonne. Mon Atwwod (Le tueur aveugle) pas loin, l’ai pas continué, trop belle nature, trop beau temps où je préfère ne rien faire comme jeter des perchaudes mortes au loin, découvrir des nénuphars nouveaux…Chaque début d’été, Aile et moi, un rituel, on part en pédalo faire le tour du lac. Une sorte de tournée d’inspection. Des enfants se tiraillent sur le quai des Ferron., Jean-Paul, bien zen, est couché sur le dure du bois de son quai, Pauline hésite à se tremper, un rameur solitaire, un pêcheur bien patient… chez Laniel, une fillette joue avec son chien noir, à Villa Machin, des installés sur un radeau énorme…Pas beaucoup de monde aux chalets cossus, c’est classique. Beaux sites qui dorment…. leurs proprios partis plus loin ?, richards en Italie, Crésus en Grèce ? La petite plage publique bien fréquentée. La paix. La beauté de cette saison, la plus stimulante. Dehors, sur le gazon, j’ai installé une table pour dessiner mais…J’ai honte. Paresseux va !
Le journal parfait pour se corriger : l’acteur se nomme Harvey Kettel, non Keitel comme j’ai marqué, et Marlowe s’écrit avec un e, je parle du détective de Chandler.
Hier soir, location de « Virée d’enfer ». Aile toute ébranlée. C’est « Duel » numéro 2 ! Le film de John Dalh devrait se dédier modestement à Stephen Spielberg. Un film a trois têtes : deux gars (jeunes frères) et une fille (étudiante). Et un camion ! Énorme, fascinant, dangereux. Son conducteur quasi invisible reste « LE » méchant. Aile, au milieu du film s’exclame : « Il y en a qui entendent vraiment pas à rire » J’ai ri. Cela définissait si bien ce récit haletant où l’on assiste à la vengeance d’un routier contre ces jeunes frères qui ont voulu lui jouer une mauvaise blague. C’est bon pendant…mais, c’est plein de trous, failles vraiment grosses parfois, avec une fin surprenante et bien facile. Un vrai film d’horreur. On aime frissonner à l’occasion. C’est efficace cette « Virée d’ enfer », on s’accroche à son fauteuil, je vous jure. Il n’en reste vraiment rien à la fin. C’est comme, goulûment, avaler un sac de croustilles. C’est vain.
2-
« Le dîner de cons » avec Villeret m’avait fait me tordre de rire. Il y en a d’autres. Ainsi « Un week-end à Gosford Park », c’est un dîner de cons, signé Altman. Il se rapproche d’un polar de feu Agatha Christie. Altmann illustre une société décadente, un monde en apparences riche et d’une pauvreté totale. Une jet set «very british », sa caricature est bonne. « Conspiration » est lui aussi un dîner de cons. Oh, le film efficace ! On y voit un réunion (un repas plantureux) avec les horribles dignitaires nazis dans un pavillon de luxe de la campagne berlinoise. Un film qui donne froid dans le dos…qui continue le « Amen » de Costa-Gavras.
Je voudrais pouvoir résumer le Hawking, lu et relu. Non… Plus tard. Je crains les moqueurs. Les forts en physique. Plus tard. L’École Bouffe fait dans la boulangerie jusqu’au 11 juillet. J’y retournerai donc plus. Pas avant le 13 août.
Le petit dico « Les mots sauvages » (Larousse) est une mine de…plaisir pour un amateur de mots audacieux. Merci M. Reims, de l’Académie. Les énervés à la Larose et Léger en tomberaient bien malades. Ces mots « sauvages », pourtant, font voir comment il ne faut jamais craindre de revirer les mots à l’envers. Brutaliser la bonne vieille maman-ma-langue ! Triste de voir un Jean-Marc Léger qui, vieilli, guette les fautes sur les ondes publiques, crayon à la main. Très triste !
Un fidèle du journal, fort aimable, m’a donné l’adresse (site de la librairie Pantoute à Québec) pour que je puisse lire l’article refusé à La Presse au sujet du récent livre, « Ouf ! », de Denise Bombardier. Je vais imprimer et lire et y revenir.
3-
Ce matin, j’ai transporté l’immense tas de branches coupées vers le foyer au milieu du terrain. Ouf et re-ouf ! C’est le temps du « ouf ». Je vois, au pied du grand escalier, les beaux gros boutons ronds partout, ça va péter au soleil bientôt, si jolies fleurs qui vont éclore. Tant hâte. Nos pivoines vont embaumer la maison.
Hier, Aile guettant la « chronique des morts » sursaute : « Suzanne Bédard est morte ! » Elle avait mon âge, 71 ans. Une morte inconnue du grand public. Une de plus. Pourtant…une femme hors du commun. Courageuse, toujours sereine, capable de garder le cap dans des tourmentes difficiles. Parler d’un disparu c’est le faire revivre un peu, non ? Suzanne Charbonneau venait d’Ottawa, comme son mari (décédé lui aussi, tout le monde meurt, merde !). Son « Louis » (Bédard) mit en orbite hertzien avec un débutant, Marc Labrèche, mes 78 textes de « Boogie-woogie », en 1980. Suzanne était fière d’être une parente de ce Mgr Charbonneau que Duplessis fit exiler aux rivages de l’océan Pacifique pour le punir d’avoir appuyé les travailleurs en grève d’un Québec socialement mûr enfin pour le réveil. Suzanne était une de ces épouses solides capables d’élever sept (7) enfants :rare fait dans les années 60 et 70. Paix à ses cendres !
4-
L’ami André Dubois au téléphone ce matin : « Le 21 juillet, gros pow-wow dans ma cour, tiens-toi libre. Je te reviens ! » Je donne ma parole. Aile, retour de courses : « Hen, quoi ? Le 21 ? T’as oublié on a Monique (Miller) ici, avec nous, c’est arrangé depuis un bon moment, tu devrais le savoir. Vite, sonne chez André ! » Eh b’en ! Je me déciderai à posséder un agenda comme les importants.
Appel de Sylvain, mon neveu : « Gardez-vous libre, fête anniversaire de mariage chez moi, à Saint-Eustache, pour mes parents…. » Je me garderai libre. Ma « petite » soeur Nicole (boulottant chez « Épic ») ne sait rien…Gardez le secret abonnés du journal sur Internet, promis ?
La belle falaise dans le roc dans le parking du vidéo-club du boulevard Saint-Adèle. Je le remarque mieux hier soir. Je voudrais y peindre un œil, des dents, pas grand chose…J’en parle à Aile. Elle dit : « T’aimes ça hen mettre ta griffe un petit peu partout ! » C’est vrai. À qui demander la permission ?
Je vais y voir : de si belles murailles, il n’ y manque qu’un bouddha géant…à ne pas dynamiter !

Le jeudi 27 juin 200

Le jeudi 27 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Matin brillant, sommes donc allés en vélo. Cafés, etc. au Van Houtte de Val David. Rituel. Le chemin plus beau maintenant : des fleurs sauvages partout. Je guette mes balises : la talle de pins, la talle de sapins, celle des mélèzes ( proche de Val David) , celle des bouleaux (proche de Val Morin), un chemin donc archiconnu du pédaleur. Je ne m’en lasse pas.
Au retour : achat de papier à aquarelles, puis achat de fleurs et de terre chez Dolard Théoret (qui me taquine encore)…car, hier, j’ai fabriqué une sorte de petit tertre pour délimiter joliment le parking d’ici. Au travail donc : planter des pétunias…facile ! Annonce dforages : je sors du plastique, deux piquets, de la corde et j’installe une sorte de tente pour pas que se déracinent mes jeunes fleurs. Ouf ! Racké !
J’hésitais tantôt : aller à mon journal ou descendre à l’atelier trouver des illustrations lapetitepatriesques. Légère nervosité. Le 31, fin de juin et envoi pour « saisie « (!) aux 3-Pistes chez V.-L. B. mon éditeur de ce journal. Du calme, Cloclo. Je me dis que juillet et août seront consacrés à ces aquarelles. Oui, du calme. Je viendrai au journal plus rarement donc ces deux mois prochains.
Hier, la visite des envoyés de ARTV. L’un (le recherchiste) vient du Saguenay, l’autre (le réalisateur) habite rue Des Carrières) dans… oui, La petite patrie. Il me dit goguenard : « Un jour, un jeune vous dira : « Bonne idée d’avoir pris le nom d’un quartier pour votre fameux récit d’enfance ». On a ri. Il a raison. Comme certains jeunes croient que Champlain n’est qu’un nom de pont. Ils sont venus en repérage comme on dit. Retour avec kodak et micro le 5 juillet. La Francine Ladouceur me re-contacte : » Ça marche, le naturiste Brunet accepte de nous aider, bon signe d’intérêt chez René Angélil, espoir pour les Jean Coutu, Jean Campeau, St.Hubert BBQ, etc. Je lui rappelle de contracter Curzi, le Président de l’UDA, Franco Nuovo, le caricaturiste Chapleau etc. Elle se démène, elle le veut son « centre culturel », me vante encore sa rue Liège. Une dynamo. Je lui dis : « Je me jette dans mes illustrations tout l’été. Prévoyez un encadreur-souteneur ». Elle a ça, me dit-elle. Bien.
2-
Film loué raté hier soir : « Nœuds et dénouements » avec notre admitable Kevin Spacey…pris, hélas, dans un bien mauvais travail (de Hallström). Terre-Neuve, lot des pêcheurs, quête d’identité, des racines. Trop de pistes, trop d’imbroglios, trop de veines mal examinées. Un flop. Pourtant, Spacey y est captivant. Les paysages impressionnants. La mise en marche de ce « retour chez soi » prometteuse. Cette maison ancestrale amarré au sol escarpé comme un vaisseau à l’ancre…hum, épatante idée…
Aile et moi montons au dodo un peu enragés. C’est plate de perdre son temps à regarder un film qui aboutit à rien. Au lit, je lui dit un passage de mon « Tueur aveugle » d’Atwood, comme chaque fois, ma belle voix (c’est elle qui dit ça)…l’endort aussitôt.
J’ai dit (pour du vrai journal) me retenir souvent de trop commenter les nouvelles du jour, or, j’en peux plus cette fois. Et j’y fonce. Vitement. A) On sait que la célèbre Oriana Fallaci a publié une terrible charge (« La rage et l’orgueil », traduit, un million d’exemplaires vendus)) très anti-musulmans, farouchement. Cela après le 11 septembre. Eh bien, la voilà poursuivi par des mouvements anti-racistes variés. « Semeuse de haine raciale », gueulent ces protestataires. On veut faire interdire la diffusion du livre de Fallaci. Ce qui serait bien mieux : un livre pour se porter à la défense des musulmans, contredire l’auteure contestée. Moi, les censures…
B) Mon Foglia bien fol ! Il cogne et frappe sur son collègue Nuovo.
Il admet que Franco N. a frappé le premier et qu’il se trompait sur le fond de sa chronique à lui. La rage et ce matin, le rital surdoué de La Presse le classe : « un nul » ! Je n’en reviens pas. Impossible, critique d’art à La Presse, de m’imaginer « classer » un autre critique (disons Laurent Lamy du Devoir en ce temps-là)
Comme un nul. Il faut du toupet. Folglia en W.Bush ! C’est moi le meilleur, le « plusse bon » et je vais vous dire, moi, ce que valent mes collègues ! »
C) Falardeau, pas du tout langueboisé, cogne sur le prochain défilé du premier juillet, appuie Bégin et le MNLQ où l’on se propose de manifeste durant « la parade des fédérats », très subventionnée (20,000$ sur les 30,000$ nécessaires) par les dilueurs patentés, Ottawa. Mon avis : tout le monde, même les fédérastes ont le droit de marcher dans nos rues. Or on parle de 40 chars symboliques (de la rue Peel au Dominion Square, tiens, jamais dans l’est ?), de 25 fanfares et aussi…oh oh!, de 20 groupes d’artistes « ethniques ».
Cela m’attriste. On va donc encore se servir des émigrants pour illustrer le clivage des deux nations ? Ces communautés (ghettos ?) ethniques devraient refuser absolument de servir de « caution morale » aux négateurs de notre nation. C’est un piège sordide et qui nuira aux émigrants québécois tôt ou tard. En passant, le cinéaste Falardeau dit (à Lamia Gritli, de La Presse) : « Je manifesterais avec Jean Charest s’il devenait indépendantiste ». Mais oui. J’ai dit longtemps la même chose. C’est « après » l’indépendance que l’on pourra se diviser normalement, gauche, droite, centre. Pas avant ! Aussi je condamne les énervés, manière Paul Cliche dans Mercier, qui fesse sur un gouvernement indépendantiste. Le con. Les cons. La chapelle des énervés ¿incapable de stratégie intelligente— a fait cadeau à nos adversaires d’une députée fédérate de plus à Québec. Point final.
D) Bonheur, grand plaisir, ce matin : Pierre Delage et Gaétan Tremblay mettent le nez de Pratte (Pinocchio menteur de La Presse) dans son pipi. Pratte vient de publier (pour illuter et défendre sa liberté éditoriale !) : Principe à La Presse : « voir à la prospérité du Québec au sein d’un confédération canadienne moderne et souple ». Pauvre coco, tu vas l’attendre jusqu’à la St-Glin-glin, quand les poules auront des dents. Mais bon, bref, il a montré sa patte blanche à celui qui le nourrit. Mais Delage lui dit qu’il n’est plus crédible puisque les souverainistes ne comptent pas rue Saint-Jacques. Bang ! Bien. Tremblay lui : « 58 % des francophones (ils lisent le journal de Pratte, Roy et Cie) sont discrédités ! Il n’y a pas d’éthique chez les proprios des grands conglomérats (voir « Canwest » où critiquer Chréchien est interdit)». Que j’aime « les tribunes libres ».
E) Ce matin, un sociologue de Laval, Lux, se porte à la défense de Pie numéro 12. Le film « Amen » est mal fait. Costa-Gavras reste tendancieusement —selon Lux— malhonnêtement silencieux sur les efforts de Pie (hélas pas assez « pie » bavarde face à l’horreur hitlérienne. Ce mondain Pie, de très noble extraction, ex-ambassadeur du Vatican en Allemagne —où, hélas, il fit s’abolir le grand parti politique catholique (de centre-gauche) en Allemagne par prudence— aurait dû crier, fuir à New-York, à Londres ou à Montréal—s’offrir sur l’autel de la vérité, révéler clairement l’indicible massacre des israélites de l’Europe.
Ce pieux Lux de Laval juge un film de 90 minutes. Qui n’est pas parfait, c’est certain. Sera-t-il fait Chevalier de Malte ou du Saint-Sépulcre ? Sa charge anti-Costa-Gavras, anti-« Amen », pour redorer un misérable piètre successeur —vicaire— du Christ ne contribue en rien à la polémique en cours depuis des décennies. Des archives restent bloqués aux chercheurs divers, aujourd’hui même, dans les caves du Vatican. Rien à cacher ?
F) La Lysiane de « Gesca-Power et Cie » menace le Mario Dumont de l’associer au duplessisme. Hon ! Elle le veut plus franc fédéraste. Sinon gare… Elle lui sort le duo d’antan : « nationaleux » et « nationalistes ». Les premiers, sous sa loupe, sont de tristes des charognes refroidies. Les autres de vaillants protecteurs de nos droits. Sacrée file va ! Elle laisse entendre pour l’effaroucher qu’i l est la fille (!) de Duplessis ! Hon, hon ! Maître Paul Desmarais et son fils, le gendre de Chréchien, lisent et posent une belle étoile en or dans le cahier de la petite conne.
G) Aile ma belle théâtreuse souhaitait me traîner à « Zulu Time » du « visualisateur » Lepage. Or, on lui sonne les cloches. Ce matin encore, Dumas et le Guay du Devoir n’ont pas apprécié le show —in progress— qui n’en finit plus.
Pas de cohésion, dit la critique, ensemble hétéroclite, observations fugaces, sans intrigue forte, connexions floues. De gros moyens (la machinerie) pour des fins légères, explique Guay. Dumas, elle, parle carrément d’une absence de texte. D’une trame éclectique —tique taque— plus grave, elle dit : « On aurait aimé entendre parler (les personnages)…ils auraient gagné en profondeur… » Aïe ! Je tiens ce Robert-là pour un génie des images. Il a le droit de refuser les mots, la pensée. Il devrait s’installer à fond dans le monde de la vidéo, du cinéma, là, où justement c’est le lieu par excellence pour les machinations visuelles technologiques de pointe. J’ai dit !
H) Pour en finir avec les actualités : au grand caucus des 8, dans les belles « Canadian-Rockies-Mountains » regardons seulement les photos de ce matin dans les quotidiens. C’est clair et net. Il y a là, non pas un groupe de —chefs d’États— compagnons unis pour tenter de résoudre les problèmes du monde, non, non, il y a là le chef (élu vraiment ?) de la plus grande puissance matérielle de la planète. Il sourit,. Il est de bonne humeur. Il règne. Il le sait. Il est seul de sa catégorie à lui. Il y a le Britannique (l’axe des alliés anglos) le Français, l’Allemand, l’Espagnol et l’Italien, pis ça ? Et une souris verte…et une police montée…Quenau dirait ! Ces autres ? Ne parlons pas de Chréchien, il fait trop pitié il l’a dit : « Quoi ? Arafat ? Moi ? Je n’ai pas de point de vue spécifique… » La honte. Le Canada ridiculisé. « Mais la montagne est belle, chantait Ferrat ! lls ne comptent pas, les sept visiteurs. . Édifiant faux manège. Les petits chevaux de bois ne sont pas farouches. Ils tournent docilement autour de lui, lui qui vient de Washington, la capitale de l’univers uniformisé.Un dernier fion ? Kulture avec un grand K. Comme dans « cas ». Ou : Qulture, avec un gros Q ? Le Devoir offre de l’espace à Lafrance de la SRC qui publie que le Jean Larose a été congédié des ondes, soit, mais qu’’il n’a pas le droit (le samedi 22 juin) d’annoncer qu’après lui ce sera le déluge à la radio culturelle. Le Lafrance, vice-prési-dent a une dent raide. Il lui dit carrément : « Menteur, professeur Larose ! Énerveur intéressé ! Déçu diffameur ».
Culture toujours :Nat Pétro à matin. Patowe! Bing-bang ! Elle varge fort sur le frais démissionnaire de son propre journal. Elle termine sa vendetta par : « Foglia, Claude Gingras, Louise Cousineau, s’il y avait censure à la Presse (comme a dit Péan à Homier-Roy et à CKAC) est-ce que La Presse nous garderait sur le « payroll ». Cela, en d’autres mots. En d’autres mots : pour ma chère Nathalie (qui est talentueuse, très), la musique, la télé et les cancans —vélo, fromage et chattes en chaleur— sont les mamelles de la liberté de La Presse ! Les éditorialistes —et même les jeunes nouveaux columnists pigistes (à moins d’être protégés syndicalement et jusqu’aux yeux dans le cas des Gingras, Cousineau et Folgia)— peuvent-ils ( fermons la boucle du jour) publier un, un seul article en faveur de l’indépendance ?
Dans un canard, Stanley Péan attaque Renaud-Bray et Foglia, hérissé, dit que « non., jamaois, ça, au grand jamais ! Dans un autre canard (celle de N.P. ce matin) c’est d’avoir osé pisser sur le dernier roman de Bombardier qui a fait déborder le vase de La Presse, section culture et loisirs ! Bizarre d’ histoire, non ? Où lire ce papier interdit de Péan, où ?
Pétro-ow-ski conclue qu’il est banal de démolir Denise B. Que c’est facile, à la mode, un sport national, etc. Franchement, j’ai toujours trouvé cette manie d’une niaiserie totale. Je l’ai déjà dit à la principale intéressé il y a longtemps et je la questionnais sur « d’où pouvait venir tant d’animosité chez certains intellos d’ici ». M’ »avait-elle répondu : « envie, mesquinerie, je dis des vérités gênantes, rancunes… » Elle n’a pas une langue de bois mort, ça ! Péan aurait publié (Nat a-t-elle lu l’article censuré ?) : « une moraliste à l’égo aussi fragile que démesurée, auteur de médiocres arlequinades ».
Nous partons pour le restau de Claude-le-provençal, beau, bon…et pas cher…viande à chien ! Un barbier, lui aussi, s’en va. Jean-Guy Groulx, à l’aide d’un haut rasoir étonnant, échasse au bec pointu, il a fait une tonte énorme dans la cédraie de la terrasse du sud. Pour davantage de soleil aux petits-déjeuners extérieurs. Aile plutôt inquiète. Un rase-bol quoi ! Je dis : « Bof, ça repousse, tout repousse, pas vrai ? »
Partons… le lac est beau, une brise bien forte fait remuer mon fleurdelysé sur le rivage …il lève sa jupe, soulève sa robe, j’entendrais : « ah si mon moine voulait danser ! » Nationaleux ou nationaliste cela Lysiane Gagnon ?

Le mardi 25 juin 2002

Le mardi 25 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Adieu la fête nationale ! Ciel adéquat pour un lendemain. Grisailles au firmament. « Quoi ? Non, Clo. Pas de vélo à matin., trop sale ciel ! », dit Aile. Connaissant son cochon d’ « artisse », et sortant de ses ablutions (que c’est long la femme au lavabo du matin !), elle fait couler un bain souvent. Pour me faire taire, elle y jette de cette mousse rendant l’eau tout bleue avec des nuages de « cream puff ». Ça me fait rire. Je me sens une gogoune. J’y patauge. Hérédité ? Mon père détestait l’eau et le savon lui aussi. Fils de paysan ? Ma Germaine de mère criait après lui.
Deux jours de fête tombés dans… « l’abyme du rêve », (Nelligan). Visite du Groupe des 7, dimanche. Homards alla Ramona. Quinze tomates la bête au moins ! Aile : « Bof, une fois par année! C’est 30 au restau ! » Josée, son ancienne scripte de la SRC, devenue fidèle amie, est venue l’aider samedi. Ça revolait dans cabane et je me tenais sage, silencieux, discret. Il y a longtemps que c’est : « Toi,, mon Cloclo, je te demande juste d’animer nos invités, t’es excellent là-dedans, ne te mêle pas de la cuisine ! » Compris. À jamais. J’en profite. Je joue l’amphitryon zélé et efficace.
Un dimanche capricieux : ils arrivent, descente groupal au rivage. Belles couleurs vives, toujours quand le temps est gris. Jasettes : potins et nouvelles. Mimi en vacances de son job et pour longtemps. Retraitée précoce, pétante de vie. Elle a été fêtée, l’avant-veille à son collège (abandonnée) Marie-Victorin. Qu’elle aimait, qu’elle aimera toujours, dit-elle. Songe à « vraiment » peindre. Un vieux rêve enfin praticable. Josée, elle, contente d’enfin toucher du fric après ce conflit maudit (lock out) de la SRC. André (Dubois) observe le rivage et tourmente sa Michèle : « On devrait s’acheter un spot dans les Laurentides ». Mimi : « Non, non, merci ! Trop d’ouvrage. » Cancans. Méchants et gentils. La pluie nous arrose. On remonte en vitesse sur la véranda. Reprise de nos échos. Rires et souvenirs de vacances en groupe de jadis. La pluie plus forte à un moment donné. Avec du vent. Rentrée en catastrophe au salon. Le repas parfait d’Aile. Un peu trop de vin… blanc, rosée, rouge. Au dessert, quatre femmes
À l’unisson : les mères pas fameuses. Manque d’amour. Blessures diverses. Mineures et majeures. Freud, caché, écoutait le lamento des filles pas assez aimées ! André et moi, muets. Puis : « Moi ma maman m’aimait » !, je dis. André opine du bonnet. Quoi ? Les mères aimaient davantage leurs garçons ? Ça se peut-y ça ? Silence là-dessus. Il y a des yeux mouillés. Ah, « l’enfance,
cicatrice jamais refermée », disait la grande Colette.
Trois du groupe parent marcher jusqu’au joli parc de la rue Chantecler. C’est long. Les « restés au salon », nous décidons de tout éteindre dans la chaumière et mimer le sommeil. Je monte me coucher, Josée aussi (elle a sa chambre, ici), Mimi s’étend sur le divan. Le noir total. Rires quand les autres reviendront enfin. Un beau dimanche.
Je n’y tenais pas mais André (producteur) me reparle, rageusement, de notre échec pour la vente d’une série avec moi en prof-vulgarisateur des peintres d’ici. Le refus par (ARTV, Canal D et Historia) de notre « démo » avec Cornélius Krieghoff. Il voudrait approcher Télé-Québec et me dit : « On fera un nouveau « pilote », en septembre, avec ton cher Marc-Aurèle Fortin ». C’est ça un ami ! Je lui disais avoir préparé une belle émission sur M.-A.F, avec les reproductions et tout.
2-
Hier après-midi, petit speech du romancier adélois sous une des tentes (site de l’ex-hôtel Monclair). Une cinquantaine de curieux.
J’ai narré mes 4 ou 5 Sainte-Adèle. D’abord j’ai raconté les mensonges affreux de mon père sur les Laurentides. Devenus des ados, nous lui demandions de vendre Pointe-Calumet pour un chalet « dans le nord ». Papa noircissait les lieux :innombrables mouches-noires effroyables, rochers dangereux dans des eaux profondes, pas de plage de sable, le froid dès le crépuscule, les bêtes sauvages rôdant partout…
J’ai raconté la découverte du « nord » réel à seize ans avec le club de skieurs du collège Grasset. Le Saint-Adèle du temps du Centre d’art, du premier théâtre d’été, de l’ex-écurie du Chantecler où j’avais tenté de tenir atelier de potier, enfin, le Saint-Adèle des années 80, l’installation rue Morin, rédaction de mon premier polar « Le crucifié du Sommet bleu », les « Contes du Sommet bleu », etc. On m’a dit avoir aimé mes anecdotes.
Nous retournions parmi les ballons, la musique et les enfants maquillés pour le « souper aux brochettes ». Rencontres variées. Un monsieur Groulx (sosie de l’acteur Claude Blanchard) nous raconte longuement le temps des prises de vues pour « Les belles histoires ». Il y faisait de la figuration. Nous révèle des accidents de tournage fort cocases. Secrets sur Paul Dupuis (Arthur Buis) , le gros curé Labelle (Desmarteaux) , Alexis, Ducharme et Cie. Son père fut un pionnier du lieu, du côté de la Rivière aux Mulets. . Captivants souvenirs. Il m’a promis des photos « antiques », tout un album. En rentrant, nous croisons une petite famille. M. Côté m’arrête : »Je vos écoutais à CJMS avec Arcand. Que de bons souvenirs. Vos histoires… parfois je pleurais de rire. Exemple :cet ancienne blonde de vos dix ans, rencontrée avec vos petits –fils, devenue une armoire à glace avec moustache »! Il riait encore. « Vos petits-fils criant après son départ : « Ouasch ! Papi, c’était ça ta première blonde ! »
Sa femme rit avec lui, le gamin sourit de voir rire son père. Puis : « Je me souviendrai toujours de votre conte de Noël, à CKAC, l’an dernier, de ce pauvre Ovila, son taudis à Ville Jacques-Cartier. Fameux. » Parfois, on se questionne :ça sert à quoi nos bavardages ici et là et voilà que, hier soir, j’avais devant moi un des « invisibles ». De la radio. Qu’il était encore content de ses auditions. Requinqué le bonhomme, je vous jure. Aile étonnée et contente aussi.
Dimanche matin, veille de la Saint-Jean, levée du corps et vue bizarre :des oiseaux fléchés ? Fléchettes éparpillées. Ils filent. Si vifs ! Ils traversent, fusées minuscules, les carrés de vitre dehors. Fuites éperdues ? Revenant de journaux (et cigarettes aussi , hon !), une femme, rentre chez elle en tenant un gros et très long chat par les patres de devant. J’ai vu ce gros collet fourré que portait ma mère autour du cou le dimanche pour être « chic and souelle » ! Rue Morin, vue curieuse de ce vieux collet vivant qui se laisse faire.
Dans ce « Tueur aveugle », le roman que je lis (d’Atwood), il y a un récit dans le récit. Sans intérêt pour moi : Alex Thomas (le mystérieux militant gauchiste du roman) raconte épisodes après épisodes un conte d’extraterrestre à l’héroïne riche, Laura (la suicidée du roman). Je poursuis car je reste captivé par les descriptions de ce milieu cossu, si inconnu de moi (le père de Laura est proprio d’usines à Port Diconderoga, près de Toronto). Atwood illustre ces anglos dominateurs, bien installés, à la bigoterie toute « victorienne » et les affreux secrets de famille. C’est si éloigné de ce que nous étions, collectivement, la vaste plèbe « canayenne ». « Le tueur aveugle » c’est le monde des possédants, des « big shots » anglos, ébranlés (la Crise très bientôt) dans les années 20. Je continue et je saute le « roman dans le roman », ces fables extraterrestriennes.
3-
Samedi, je tente de gonfler de vieux matelas de plage. Je pédale sur une bombe de caoutchouc. En vain. C’est fini, mité, ruiné. J’abandonne, bof ! Je vais me baigner avec un de ces spaghettis de mousse. Mon voisin, le gras rat musqué s’amène, toujours effrontément. Je n’existe pas. Il a la gueule plein de branchettes feuillus (du saule) et disparaît sous notre quai-radeau. Un nid ?
Le soir, je sors le téléscope acheté cet hiver du beauf-Albert. Josée et moi, nous tentons de capter une étoile au nord-ouest. En vain. Il faudra donc que je lise le…manuel ? Ouash ! Tripotage de lentilles et hourra : on l’a ? On voit la carapace de cette étoile, croit-on. C’est comme l’astronaute marchant sur la lune, mille cratères, une texture de gruyère. Quand on vise le restau de l’hôtel d’en face : mêmes cratères. Ouaille ! Bon, rentrons ! Les chauve-souris vont sortir.
Josée à Aile dimanche matin : « J’ai eu du mal à m’endormir, ça grouille chez vous, plein de bestioles courent dans votre entre toit ». Voilà Aile toute chavirée : « Merde ! D’autres écureuils ! Ah non ! » Je ris. Tout bas.
Hier soir, fête extérieure, ma chanson préférée à la télé, un formidable « Labrador » de Claude Dubois. Fort bien envoyée par son auteur. « Ah, ta chère toune, Clo ! », dit Aile. Je hausse vite le son. Jouissance. Cette chanson m’émeut. Sa petite musique de guitare sèche m’envoûte. Il est question de glace, de nord, du frère isolé, perdu, de solitude, du père et de ses chiens, d’enfants qui ont besoin de chaleur… En surimpression, —évocation touchante— images de Riopelle, si vieilli et puis tout jeune ensuite, pour illustrer la nature qu’il aimait tant.
Soudain dehors, pif, paf, pouf ! Les feux de nos artificiers bénévoles. Ça commence mais je sortirai quand Dubois —devant 200,000 fans du Parc Maisonneuve— aura terminé. Aile invitée à descendre le grand escalier, reste sur la galerie, seul je descend au bord de l’eau. Herbes mouillés, sandales trempés. L’eau du lac multiplie les effets d’or, de rouge, d’argent et de citron, les collines décuplent les « boums » terrifiants. Ça grouille chez Maurice-voisin dans des bosquets de myric baumier. Loup-garou, elfes humains ?
Au ciel c’est, au fond, toujours les mêmes étoiles, les mêmes éclats, les mêmes queues de comètes sifflantes, pétards, baguettes magiques, mêmes paons dispersés, mêmes chevelures de fées, mais —enfants éternels— on admire la bouche ouverte. Revenu, c’est la fougueuse « vieille » Nanette Workman, louisianaise intégrée à nous, et une jolie, très jeune haïtienne, talentueuse, Mélanie Renaud. En chorus : un cantique laïc inoubliable : « …je vous entends jaser sur les perrons ces portes… piailleries d’école… » etc. Un fort moment. C’est fameux.
4-
Je glane dans le dernier numéro de « L’Action nationale » et j’y retrouve une tendance à dénigrer la langue populaire des nôtres. Des puristes s’énervent. Réactionnaires, nostalgiques, froussards. Une langue peut survivre à beaucoup de coups, de chocs, Dieu merci ! Le jeune prof d’université, Larose, le vieux pédant élitiste, J.-M. Léger —d’autres— s’imaginent un sombre complot bien masochiste, de la complaisance à parler mal. Des linguistes trop laxistes veulent notre mort langagière.
Une névrose qui dure depuis longtemps, depuis les campagnes de 1930 en faveur du « bon perler ». Tout le monde est pour la vertu, allons les excités. On fesse sur des effets –notre langue bin maganée— en ignorant les causes. Un vieux débat. Futile. Vieilli, feu Georges Dor adoptait hélas le camp des Pinsons et abandonnait le camp des « moénaux ». Snobisme : les instruits lèvent le nez sur des inventions (syntaxiques, etc.) d’un peuple dominé, diminué, infériorisé, moqué, bafoué, en un mot colonisé si longtemps. La prolétarisation totale des nôtres (arrivant en ville avec l’industrialisation galopante )est la cause de ces effets, de cette langue si maganée. Point final. Envie de rétorquer mais « L’Action… » accepterait-elle mon point de vue ? Comme un doute tant on accorde des pages et des pages à ces « fines bouches », à ces « nez délicats » qui dédaignent à mort le « mauvais perler » d’icitte !
5-
On me la ramenait encore : « Pourquoi tant désirer inscrire tes jours en ce journal » ? Répondre encore :je sens, je sais le temps qui passe, qu’il ne m’en reste pas tellement. Je ne peux plus construire un gros ouvrage. Mon rêve de jeunesse : une sculpture d’extérieur, plus solide que du Henry Moore. Non. Trop tard. Sans être désespéré, me dépêcher d’inscrire des marques, mes mains chaque jour, ou presque, sur des murs de grottes modestes. Oui, une urgence de vivre. Mettre ma griffe sur des éphémérides juste par plaisir, espérer des petits plaisir chez ceux qui me lisent.
Un hebdo régional, « Accès », surprend souvent. Une Frédérique David (un Nadeau aussi, un Desjardins) cogne très dur sur la corruption des favoris des régimes en place. Rare vent frais dans ce monde des hebdos qui sont, le plus souvent, des encarts de publicités locales. « Accès » offre même de l’espace à ce prof Lauzon (de l’Uquàm), le merveilleux don quichotte anti-exploiteurs.
6-
Notre argent public, dépensé comment ? Cinq cents millions de dollars pour deux petits jours de palabres dans les Rocheuses.
Penchez-vous là-dessus… cochons de payeurs de taxes ! Pourquoi pas un tel caucus —de 48 heurtes— dans un grand hôtel bien organisé du centre-ville à Toronto ou à Vancouver, à Montréal ou à Halifax ? Sans ces bataclans ruineurs, soldatesque déployée, police montée, barrages multiples. Sordide entreprise, gaspillage effarant pour discuter… de la pauvreté en Afrique ! On se moque des gens.
Soudain hier soir, Aile : « Je t’écoutais sous la tente : tu as révélé le secret, cette École Bouffe ! » Moi : « Oui, eh oui. J’ai toujours eu horreur de cette sorte de secrets, des privilèges. Tant pis si on est 50 demain aux portes, au lieu de la dizaine habituelle, tant pis ! » Elle rigole.
Mes chères « lettres ouvertes », ce matin, une chipie bien bourgeoise braille :elle sortait des HEC (pas de l’usine), elle allait chez le boulanger chic d’Outremont, rue Bernard, et puis chez les bonnes glaces du Bilboquet, même rue. Trottoir pas parfait, hon !, elle fouille… Cheville tordue, avant-bras éraflé et elle menace le maire Temblay ! Franchement ! Y a qu’à regarder où l’on pose les pieds, non ? Je préfère l’autre correspondant qui conspue notre actuel gouvernement élu de ne pas mieux se servir de son réseau, Télé-Québec, pour contrer la propagande fédéraste. Comme il a raison. Pourquoi pas des actualités commentés à T.Q. Au diable la loi fédérale, le CRTC et Cie, à bas l’autocensure perpétuelle du patronat de Radio-Cadenas aux « nouvelles ». Fin des reportages-bidon sur le canard blessé en Saskatchewan, province lointaine car il faut absolument parler des neuf autres provinces !
Il y aurait menaces, procès ? Pis ? Ça prendrait cinq, dix ans avant d’aboutir à l’auguste cour « soupream » des Pères Noël, à Ottawa. Entretemps, T.Q. ferait un ouvrage essentiel et normal. Mais…Plein de poltrons trop sages au pouvoir à Québec.
7-
Vu un documentaire étonnant à la télé. Sur Salamanque. Ville universitaire fameuse. Place publique régénéré, fêtes commémoratives à l’espagnole, joyeuses. Des « fous du Roy » partout dans les rues. Ce fut un « centre du monde », longtemps. Du temps qu’il y avait trois universités : La Sorbonne, Bologna et…Salamanque. Bibliothèque étonnante. Architecture de toute beauté. Échanges d’étudiants de toute l’Europe et d’ailleurs aussi. Jadis une vraie capitale européenne, comme Bruges en Belgique. C’est quand je vois des films de cette sorte qu’il me prend des envies de tout vendre, de n’avoir plus qu’un passeport et une malle et de partir à l’aventure avec Aile.
Vu « Le privé », film d’Altman, (ce soir, un Altman à ne pas rater) d’après un polar du célèbre Chandler, avec son célèbre « privé », Marlow, joué par Elliott Gould. Atmosphère, atmosphère…Oh oui ! Nous l’avions vu…Quand ? Plaisir de le revoir. Le polar, la loi du polar : on l’oublie vite, on le retrouve et on y reprend plaisir.
8-
Tantôt, je reçois un coup de fil de cette dynamo de la rue Liège, Francine Ladouceur (laferveur, son vrai nom). Son projet avance, cette expo de mes aquarelles petitepatriesques (j’utilise un néolo d’une courrielliste de ce matin ), que j’offrirais gratuitement pour ses œuvres.
J’ai la frousse : ne lui ai pas dit que j’étais insatisfait de mes premiers barbouillages, faut pas énerver le bénévolat . Je panique un brin : vite laisser ce journal pour peindre d’autres essais sur le « guenillou plein d’poux les oreilles plein’ d’poil » et autres fantômes de mon enfance. La frousse ! Dieux des peinturlureurs descendez sur moi !
J’y pense encore à ce film loué « Les légendes de Rita », quel bon film, loué sans regret aucun. Mort. Fuite. Prison. Espionnage obligé. Cavales. Amours. Le Mur horrible à Berlin. La mort de l’amoureux au pied du mur. À la fin (de ses déboires), sa fuite en moto malgré les gardes armés. Sa mort sur la route aussitôt. Récit d’une ex membre de « La bande à Baader », terroriste ballottée, outil de manipulation pour la Stasi de l’Allemagne de l’Est (1970); elle découvrira la folie folle de son anarchique combat. Ah oui, un film épatant ces « Légendes de Rita ».
9-
Une question l’autre jour :que devient donc X, ex-vedette de télé un temps. Réponse : « il joue au bridge, fou du bridge. » Ah ! Étrange destin. Pour un autre, j’entendrai : « Il ne pense plus qu’à la pêche » ! Ah ! Pour un autre : « Le golf est devenu son unique passion ! » Bon, bon ! « Destins —chantait le cher Tino Rossi à maman— lorsque ta main frappe à ma port-e- destin ! »
Rêve en trois lieux : A- Table à dessin, Radio-Can. Une dessinatrice accorte. M. L. Le camarade Hugo W. entre et jette ses esquisses sur une table de coin. Tassement. Caresses sur table à dessin ! On ouvre une fenêtre. Du vent. Plans qui s’envolent. H.W. s’amuse avec M.L. Je joue le surveillant. Moi ? Bizarre.
B- Boul St. Joseph, angle St. Denis. Bureau de design. Attente pour des plans. Extérieur. Jour (comme dit le ciné). Passage d’un défilé militaire. Des maisons encagées (du « sarnia bridge »). Partout. Soldats en pause. On boit. Debout. Farces grossières. Rires rauques. Le glauque. Des casques très ronds. (Ça vient du film avec cette anarchiste « Rita », un autre sur la Résistance, en France, vu récemment, avec Lino Ventura. Connivences ?) Défilé militaire reprend, grossit. Des casques trop ronds, comiques. M. L. y est encore, l’accorte dessinatrice. (Le lien ? Je sais pas trop.) Un camion vient. Tous y montent. M.L. aussi avec Hugo W. Entassement. Un public qui fuit ? Le chef-designer me colle, il veut des infos que j’ignore. Les plans de rénovation ? Il l’exige. Je proteste. Me dit de montrer avec tous les autres dans ce camion-navette. Allant où ? Il dit : « pour l’est, la Longue-Pointe ». (L’asile ?)
C-Rue Sherbrooke, angle Papineau. Beauté de vieilles maisons retapées. J’admire. Une guide à touristes parle dans un mégaphone. Une veuve va vendre, me dit-on. Une ligne de badauds s’enfle sur le trottoir. Tout sera démoli si aucun acheteur. Je traverse Sherbrooke. Trois belle filles sont dans le parc Lafontaine, pas loin. Des infirmières. Costumes brillants. L’une est vieillie précocement (La Rita du film ?). Une beauté discrète, on se moque d’elle, je vais vers cette sauvage maltraitée comme timide. Elle m’invite chez elle mais je refuse, je crains d’y aller. Je flaire comme un piège. Elle insiste. « Une bière ? Un thé, un café ? » Me tire par la main. Je regarde partout, ne veux pas être vu avec elle.
Le réveil. Brusquement. Ah, le mystère des songes !
10-
Je reviens à l’instant de l’École Bouffe ! J’étais le premier arrivé…avec mon petit panier ! On sera une dizaine, pas davantage. Merde, que des biscuits, des brioches, des pains ! Je prend une soupe —crême de tomate— congelée, une boite de brioches. Merde ! Je relis toujours, en poche —40 minutes d’attente—« Brève histoire du temps », oh la la !, astrologie de pointe, cosmograhie (cosmogonie ?) branchée, termes géants et obscurs, prévisions inouïes, trous noirs et étoiles naines blanches… « Si on y parvenait, à telle équation funeste, l’on pourrait, demain, assassiner vos pères et mères et cela avant qu’il ne vous aient conçus ! » Temps tordu, espace tordu. Bon, bon. Temps et espaces emmêlés, au diable ! Assez. Pouce ! Je traînerai un autre « poche » à lire la prochaine fois. Surtout qu’il est difficile de me concentrer quand ça pépie autour dans la file. :
Non, pas bon vulgarisatteur le Hawking. À moins que ce soit moi, le bouché total. À 18h., tantôt, mon éditeur velelbesque, troispistolien, jasera à ARTV. J’irai le regarder parler. Demain, une équipe —de ARTV justement— ici. Ils viennent « pré-voir » l’écrivain qui barbouille aussi. Quoi, et le journal tenu ? Rien, pas assez visuel, c’est ça ? Désormais, l’image primera, partout, toujours, que des images et un grand silence, ou bien des commentaires chétifs, brefs. Le philosophe et prophète Yvon Deschamps : « On veut pas le savoir, on veut l’voir ! »
Bon : « encore un peu de temps et vous me verrez, encore un peu de temps et vos me verrez plus. »
Alors, j’écris mon journal.

Le samedi 22 juin 2002

Le samedi 22 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Pour nous réveiller plus tôt, nous laissons les stores pas mal ouverts désormais. Ainsi je vois le paysage en me réveillant. Ce matin, vue bizarre, impression d’immuabilité. Brel : « plus rien ne bouge ». Aucun vent, pas la moindre brise. Les sapins droits debout, les feuillus aussi comme en arrêt de vie. Hautes épinettes si droites. Du stand-up…comices ? Et le silence total. Pas un son. Pas d’oiseaux ? Ils grassesmatinent (mon plaisir de néologiser) ? L’amour et la tendresse. Caresses ailées. Remuement conjugal autorisé —toléré— par toutes les églises même si on est pas mariés ! Et Aile, légère, chantonnant, ira au lavabo la première. Je roupille heureux. Ouvre et ferme le regard. Atmosphère un peu surréaliste derrière la moustiquaire des deux larges fenêtres sur le lac. Garde-à-vous, nature ! La fin du monde sans prévenir personne ? Enfin, rompez : une toute petite brise agite mon « flag » bleu et blanc, ça vient du nord-ouest. Ciel couvert. Humidité comme hier, je la sens.
Tant s’imaginent que, connu, tout roule dans l’huile. Oh non ! Les attentes se multiplient. Exemple :l’éditeur de « La petite patrie » ne répond pas à mes courriels. Je veux leur accord pour cet album illustré de mes aquarelles. Rien. Silence des Graveline et des Soucy chez « Ville-Marie-Sogides ». Les écrits restent ? La peur de…
L’existence des créateurs est tissé d’attentes. Qu’est-ce que ça doit être pour les « pas connus » Seigneur ! Ainsi, un projet de série-télé —« un retraité tranquille se fait happer dans un cortège de trafiquants véreux »— fut déposé chez l’héritière de Claude Héroux (retraité, lui). Pas un signe. La politesse ? Bof, le monde des affaires ne connait pas ce terme. Même projet déposé plus tard chez Fabienne Larouche (« Aetia »). Silence après un mot gentil : « Merci de l’envoi. Je vais lire cela, Claude et je vous reviendrai». Air connu que ce « je te reviens là-dessus ». À TVA, Chamberland (parti depuis), recevait un projet : « vie dans une station de radio commerciale », j’étais à CJMS. « C’est bon, bonne idée. Je te reviens… » Souvenir : aux archives de la B.N. : « Avez-vous dans vos cartons des romans abandonnés, des avortés ? » Moi : « Oui, beaucoup ! » Eux : « Ah, parfait, excellent ! » Étonnant, non ?
Courriel d’un ironiste doué, Daniel Marleau : humour toujours, fines drôleries. J’en suis stimulé. Il reste léger (légèreté de l’être, Mister Cioran ?) malgré un deuil tout récent.
2-
Vu hier soir Harvey Kettel à ARTV. Vive la télé ! Un formidable acteur raconte ses débuts, ses bons coups et ses méchants…. Passionnant. Aux actualités ensuite : déprime. Des enfants tués des deux bords. Israël et Palestine à n’en plus finir de sang et d’horreur. Arafat appelle l’Onu, les casques bleus !
Aile en safari nouveau » assassinat de fourmis sur la galerie. Bombe aérosol. Bien brave ma belle Aile …pas comme avec les écureuils…
Hier, Carole, la sœur de ma bru : en cinq minutes, en dix clic-clic, elle a pu me raccorder avec le courrier…démanché par mes réparateurs. Éblouissant pour un nono en machines ordinées.
Facal se l’ouvre et le chef des cuisines péquistes,Bernard, pas content. « Assez de sucer les clases moyennes », dit Joseph.
Les travailleurs, cols bleus, blanc, rouges, se font piquer leurs sous mécaniquement, n’ont pas de conseillers fiscaux, eux.
Des messages (chers courriels !) me stimulent, mon marcogendre avait donc raison, ils me disent : « on découvre vos romans, on vous lit ». Le journal m’apporte donc de nouveaux amateurs de mes proses diverses. Chaud au cœur.
Dégoûtant reportage hier à la télé sur les petits pieds obligés des Chinoises : un martyr pour bons mariages. Sottes traditions ! Barbarie. Clitoris coupés ailleurs. Sales coutumes. Les languedeboisés disent : « respectez les traditions ancestrales des autres ». Mon cul !
3-
Hier, je fulminais contre la non-intégration volontaire des émigrants. Dire clairement : oui, en cours de festivals divers, oui, aux chants et aux musiques et aux danses exotiques. Non, quand on veut s’installer parmi nous. « La bottine souriante » obtient de bons succès en visiteurs, partout. Les Écossais, friands de cette B.S. ne vont pas s’inscrire à une école de « set carré ». Le enfants des émigrants souhaient devenir des Québécois àpârt entière. Ottawa et ses sbires subventionnent les ghettos :il faut absolument diluer ce 84 % de la population. On nous dira un jour, le mal accompli : « Taisez-vous, vous n’êtes qu’une partie de la belle grande mosaïque canadian. Silence ! »
Hier, télé encore, un écolo crache sur le monde, la foule , les masses. Il craint que le beau parc naturaliste qui va recevoir les VIP (Groupe des 7) se détériore avec les améliorations apportées. « Il y aura davantage de gens ici ». Ces purs détestent le peuple ?
Souvenir : il n’y avait pas de Parc Paul-Sauvé à Oka. Nous y allions avec une clé clandestine. Gros cadenas des Sulpiciens dans le temps. Maintenant, la foule. Certes avec des dégâts. Jadis ces gens —qui ne vont pas à la mer dans le Maine— en jouissent de cette plage immense. Bravo. Ils salissent, pis ? Les écolos n’aiment pas le monde !
4-
Mort d’Alfred Tramta, dessinateur exilé du Luxembourg. Il était une sorte de dépanneur pour nous, les scénographes et longtemps, avec un Jean Dion. Des petits jobs plates. Indispensable Tramta pour les émissions de tables et chaises. Il était modeste, souriant sans cesse, zélé, poli, se pliant à mille contraintes quand il faut, subitement, arranger un studio pour un invité de marque qu’on attendait pas.
Avec « Sursis pour l’orchestre » et « Amen », j’en était venu à détester les Allemands, toutes générations confondues. Stop ! Ce matin, bonheur en Allemagne. Au foot, le pays de Goethe vient d’écraser les USA, en Corée du sud. Photos de jeunes sprtrgs germains et allures d’un monde normal. Ne pas oubloer, ces footballeurs n’étaient pas nés quand les « vieux » se nazifiaient en vitesse saluant bien bas Monsieur Hitler qui les protégeait des dangereux communistes. La vie fonce.
5-
Un loustic regrette (publiquement) la « parade » familiale de la Saint-Jean. Il a raison. On fait cela le soir désormais. Fini les enfants réjouis de jadis. La technologie préfère la nuit pour faire luire ses effets visuels lumineux. Hélas ? Oui. Cette année, pire, ce sera comme un long commercial (des plogues ) pour publiciser nos différents festivals, hiver et été. Regrettable démarche. Souvenir : un Pierre Garneau m’enrégimentait (avec d’autres scénographes) pour un premier essai de défilé de nuit (1968 ?). Ce fut un grand flop. Nous avions pondus des chars « modernes » beaucoup de plastique translucide, de l’aluminium découpé, des formes avant-gardistes. Le défilépopulaire du 24 juin : c’est la foule, des fanfares tonitruants, des bouffons au soleil du bon Dieu, des « chars » aux messages clairs et nets. De la candeur quoi ! Des prétentieux marchands de bébelles « flashy » se trompent.
À entendre des grognons, il faudrait leur changer le peuple.
Nation nigaude disait le drogué et névrosé fils à maman, Baudelaire, un surdoué en poésie. Ainsi le peuple n’aime pas les livres. L’État des bourgeois (Diane Lemieux, Louise Beaudoin) va y voir : « Vous allez aimer ça, la culture, ou bin on va dire pourquoi! » On fait payer le peuple gnochon, de force. Veut, veut pas. Des millions vont à entretenir artificiellement les arts. Belle démocratie ! Ah oui, si on pouvait changer de peuple, hein, les subventionnés ?
6-
C’est quoi un esprit libre ? Celui qui peut écrire, librement, ce qu’il veut. Faisons un pari : je donnerais mille ou dix mille dollars à un Mario Roy (ou à un André Pratte) s’il ose publier dans « La Presse » : « Il nous faut un pays indépendant. Nous sommes une nation, nous devons avoir un seul gouvernement ». Si je veux, je pourrais publier une défense de l’état fédéral centralisateur. Si je le décidais, je pourrais le faire. Je suis un esprit libre. C’est cela, exactement : pouvoir exprimer ce que l’on veut, librement. Les politiciens ne sont pas des esprits libres. Il y a « la fatale ligne du parti ». Les esprits libres sont rares. Et, jalousie, sont très détestés par les enchaînés de tout acabit.
Ce Jean Dion, du Devoir, a du talent à plein. Ce matin, parlant foot, il m’a fait encore rigoler. Il écrit : « étendu dans mon divan en véritable simili-cuirette »…Le comique ! Rare au royaume des sports, cet humour. De ce côté c’est la gravité niaise pour chaque match de quoi que ce soit. Se prendre au sérieux, c’est cela. Et le ridicule ne tue pas ces « gérants d’estrade ».
La fille de Félix, Nathalie, voit à perpétuer la mémoire du papa magnifique. On va inaugurer un musée à l’Ile d’Orléans, le 24 juin. La fille de Riopelle, Yseult, s’y emploie aussi. Et moi, ma fille ? Fera-t-elle quelque chose, moi mort ? Hum ! Je veux un oratoire, une nef imposante, un mausolée remarquable, je veux un monument…monumental…rue Bélanger, angle Saint-Denis, là où l’on jouait à la tag, à cachette, au cowboy, à moquer le buandier chinois, le guenillou « plein de poux les oreilles plein d’poils », le maraîcher et le marchand de glace. Là où je faisais le « cheval de coton » avec tit-Gilles pour les cinéphiles du Château et du Rivoli. Espoir mince.
7-
« Nous, le peuple… » (comme dit la Constitution des révoltés de 1776 à Philadelphie) avons payé deux millions six cent mille piastres pour acheter des tableaux de Riopelle. À Québec, sur les Plaines de la Défaite, il y en avait 70, il y en a 270 maintenant. Idem au musée de Montréal. Vous êtes mieux ça du Riopelle. On bin on y voir ! J’y reviens : la culture imposé.e de force comme dans « L’hiver de force ». Fiez-vous, nation nigaude, aux élites.
Elles veulent votre bien. Cela dit, je tiens un « Pavane « (triptyque) ou « La roue » pour des ouvrages de génie, du génie dees couleurs, Riopelle. Sacha Guitry disait : « On devrait remercier ce grand despote, Louis XIV, il nous a mis notre argent de côté, Versailles rapporte encore et beaucoup à l’État ! »
Remercions aussi l’État-gangster : Loto-ceci et cela rapporte beaucoup à l’État.
Ce matin, N. Thériault du Devoir m’emprunte un titre de roman, le cahier « Communications » clame : Et tout est silence ». Titre de mon premier livre. Chaud au cœur.
8-
Rêve curieux. Vendredi il y a sept ou huit jours. J’observe un jeu scénique. Acteurs masqués. Manèges bizarres. Menaçants. Ils tombent du ciel. Plouf ! Je sursaute chaque fois. Plouf ! Pantomime confuse. Grimaces comme m’étant adressées. Buissonneau m’approche (que je rencontrerai il y a deux jours !) me tire la manche. Il veut que je participe à ce jeu fou. Je résiste. Il en est faché. Il me fait une démonstration. « Facile, non » ? Je dois improviser. Un silence. On guette ce que je vais faire…ou dire. Tiraillages de tous. Un comédien se confie à moi. Il en a assez. M’invite à fuir avec lui. Un camion ramasse tout. Je refuse de partir en tournée. Plouf !, surgit une sorte de gérant. D’où tombent tout de monde ? Je cherche des yeux. Édifices partout, escaliers à incendie, tours obscurs. Soudain, Jean Letarte est à mon côté. Il rigole. Se fait rassurant. Me dit de foncer. Il est rigolard.
Bizarre :certes, on venait de m’inviter à cette fête pour le
50 ième anniversaire de La Roulotte. Sur la terrasse, vendredi dernier, l’ai-je dit ?, à une relationniste, je lui dis : « Deux anciens de La Roulotte, Luc Durand et Jean-Louis Millette vont venir, je les ai contactés » Elle sourit et passent alors, au même moment, au dessus de nos têtes, deux mouettes (ou goélands)! « Vous parlez au diable, vous ! » Moi : « Non, au bon Dieu ».
À La Moulerie, rue Bernard, jeudi soir, bouffe avec Aile, Josée et surgissent Louise Rémy et son chum, Claude Bérard, un des meilleurs cameramen de la SRC, jadis. Placotages en tous genres. Je is à la serveuse : « Louise Rémy faisait ma mère dans la série télévisée « Booguie Wooguie ». Elle : « Ah oui, , j’étais trop jeune pour regarder ça ».
Ferme-la un peu, le vieux, les jeunes ne savent rien de tes œuvres et de tes pompes.

Le vendredi 21 juin2002

Le vendredi 21 juin2002
Jours de pluie…

Après dix jours, le imac est réparé…
1-
Ciel mat. Bon vent du sud-ouest. L’été débute. Les heures s’en iront sans lumière peu à peu. Aile suractive : dimanche réunion du Groupe des 7, devenu « des 6 », mort d’Ubaldo Fasano, hélas.
Hier, cinéma du bas de la côte, non, avant-hier ? Suis un peu perdu depuis l’accident « imacien », tant de jours sans ma machine à pépier ! Vu « Amen » de Costa. Sorties comme accablés. Humiliés. Nous tous, Blancs chrétiens si muets pendant que les fours à gaz s’activaient en Allemagne et en Pologne. Et l’Odile Tremblay du Devoir qui faisait la moue devant ce film formidable. Quelle mondaine étripable ! Devant pareil sujet, oser chipoter, criticailler des détails…Franchement… Non mais…

Nous avions regardé, la veille, à T.Q. :« Sursis pour l’orchestre », même sujet. Autres visions épouvantables sur l’antisémitisme effroyable. Ces deux films, un après l’autre, font qu’on s’endort mal le soir venu. La mesure (d’endurance) est comble. Nous ne pourrions plus en visionner un autre. Pas avant un certain temps. Ce serait un poison mortel. Je maudis ce racisme écoeurant. Je ne voudrais pas être Allemand. Tache indélébile pour mille générations à venir. Le pire ? Bien savoir que si Québec avait été une grande puissance, un pion qui compte dans le vaste concert des grandes nations…oui, cela, cette maladie horrible, aurait pu s’installer. Bien savoir que personne ne peut proclamer : « Nous, on aurait pas été comme ça ». C’est cela qui fait mal. Je ne regrette pas d’avoir dit à Denise Bombardier avant de quitter mon siège (pour « Conversation ») : « Il faudrait mettre l’homme sur un bloc opératoire et le changer. »
Honte d’être des humains quand on découvre ce fatal racisme …pourtant au pays qui a donné tant d’écrivains, de musiciens et de philosophes merveilleux.
2-
Mes deux enfants sont venus fêter « le vieux papa ». Rien à faire pour Aile. Une sorte de pique-nique. Heureux moments. Cadeaux, jolies cartes, le rituel. Deux absents, David et Simon : les deux aînés. Études, travaux urgents, etc. Je détestais ces fêtes des « grandes personnes », jeune. Les comprendre. Gabriel, le cadet de mon gendre Marco, doué, musicien, créatif, s’installe à la cave-atelier et modelait un poisson d’argile. Soudain :cris, appels ! C’était le septième (7) bébé-écureuil qui…gigotait encore , tête ensanglantée dans une trappe à souris ! Frayeurs des dames :Éliane, Lynn et Aile. Marco, brave, est allé donné la « chose » au rat-musqué du rivage du lac. Depuis fin des apparitions écureuillois ! Aile respire d’aise. Elle n’en pouvait plus.
Hier soir, jeudi, à ARTV, la comédienne Sabina Azena (eh oui !). « Les feux de la rampe », copie conforme des entretiens liptonniens de New-York nous font voir des gens brillants. Cette Sabina y fut captivante. Hélas, le questionneur, Bernard Rapp, pas fort. Il rate d’entrer dans certains aveux spontanés et riches de promesses. Il écoute mal ou quoi ? Il suit trop « son » plan ? Danger cela. J’ai bien connu, en 1986, à TQS. La Azema, soudain, fond en larmes : on vient de lui faire voir des extraits anciens. « C’est toute ma jeunesse que je vois défiler ». Moments précieux. Avant, bon petit gueuleton sur la terrasse en face du lac, aux « Délices de Provence ». Le chef Claude sait préparer la perchaude (pour Aile) et la bavette (pour bibi). Un voisin de 88 ans, jeune d’allure :Monsieur Lupien. Arrivé ici en 1948. Je le questionne. Il m’aide à préparer mon petit discours de lundi à la Saint-Jean où je voudrai raconter le village quand j’y vins une première fois en prof de céramique dans l’ex-écurie du Chantecler.
3-
On a réparé mon Imac mais impossible de recevoir ou d’envoyer du courrier. Mystère. Panique. Je téléphone à Carole, la sœur de ma bru, du Sommet Bleu, qui est experte en ordinateurs. Elle sort d’ici et en deux gestes m’a reconnecté toute la patente. Du chinois pour moi.
Jadis aucune femme (pas une !) ne savait réparer « une machine ». Les temps changent hein ! J’y pense : amusant d’entendre la Sabina Azema dire : « Pour moi, tout compte, surtout au départ d’un rôle, le linge, oui un costume, un chapeau, des souliers, même un parfum… C’est l’extérieur qui me commande comment rentrer dans un personnage ». Si vrai ? On l’ignore trop… l’oublie, une pièce de linge — forme, couleurs— peut changer nos attitudes. Aile qui s’amuse à me sortir du linge quand je pars pour une interview et moi…soudain, « non, pas ça…Je serais pas bien ». Sans trop savoir pourquoi. Je change son choix, elle dit rien, elle sait bien, elle a été réalisateur si longtemps et a connu de ces caprices mystérieux.
4-
Il y a six jours, samedi, revu à la télé « La haine », un film étonnant. Trois désœuvrés dans une « cité » de Paris. Effets de l’émigration mal intégrée. Une police nerveuse. Une terrible bavure. De la révolte. Suite d’images (en noir et blanc) sur un rythme d’enfer. Le bon film. Meilleure connaissance de ces jeunes paumés, chômeurs, mal instruits, ouverts à la violence. Exutoire classique.
À « Campus » ce même soir :la régente Régine des cabarets parisiens. Vantarde et revenue de toit à la fois. « Jet set » d’un monde gâté-pourri raconté dans son livre. Durant tentera de lui tirer les vers du nez, elle ne nommera pas les célébrités croisés dans ses boîtes de nuit. Allure d’une vieille tenancière de bordel (moderne).À Montréal, elle fit « patate ». Pas assez de mondains riches ? Un livre,« Hell » (amércanophilie conne de Paris) est un livre d’une Lolita. Allure d’une collégienne qui raconte des dérives juvéniles. Secrets des « beaux quartiers », du côté du Parc Monseau, du 16 e arrondissement, de la chic Avenue Kléber. Mode des souvenirs, elle a 19 ans, parle en adulte, vieillie précocement. De la graine de collégienne délurée. Bon pour vendre du papier ! Mode. Ça jase drogues, exstasy et compagnie ! On raconte les drogués célèbres : le poète Michaux (mescaline), Cocteau et Malraux (opium), Sartre (médicaments-drogues). L’un des invités dira : « Kérouac s’inquiétait beaucoup de son copain toujours bourré, le poète Burrough mais…il est mort bien plus vieux que lui, à 80 ans ! »
On navigue de Prozac (drogue douce répandue) en métadone. L’on fait allusion à Styron le célèbre, alcoolisé à 100 %. Durant remue, frétille, le sujet le titille. La littérature sous un portique dangereux quoi !
5-
Mercredi dernier, soleil enfin. Fin des pluies. La laitue respire dans les champs spongieux. Ici, nos fleurs aussi. Je raccroche les corbeilles autour de la galerie. Au couchant, le lac en feu. Chants d’oiseaux vont croissantr. Le calme. La cloche de l’église à trois rues sonne le six heures. La volupté d’un certain silence. On rêve, Aile et moi, allongés dans les transats, livres aux mains. Ombres :je repense aux déclarations —voir un film brillant : « Jeu d’enfants », signé Prégent— pénibles des Frigon, des Crête (nouveau « big boss »). Un vice s’installe confortablement au pays, un succès énorme. Des enfants rêvent (ils le proclament en riant dans le film) de gagner gros sans effort aucun. Ils grattent. Plus tard, ils iront au casino, ils disent leur grande hâte ! Lieu magique, qui sera agrandi et mieux installé entre le port et le pont Champlain. L’État-mafieux ronfle. Installera une clinique pour soigner ses victimes. La farce ! La honte aussi.
Ma tondeuse ne me revient pas. On chercherait un morceau. Patience le tondeur-de-verdure. Ce matin-là, j’ai vu une balle. Une balle perdue ! Par quel enfant peiné ? Salie. Ordinaire. Au bord du trottoir. Grand effet ! Fou ! Je me suis souvenu de mes balles, enfant. Aile dit : « Ah oui, « sa » balle, si précieuse, « son » ballon, les chers trésors ». À huit ou neuf ans, sa belle balle aux couleurs vives…oui, un trésor. J’y songe encore : regardant « Jeu d’enfants », les maudites pubs pleuvent et cela me semble logique, la suite des illusions que le film condamne. Jumeaux exécrables :pub et gratteux ! La compagnie exacte, méritée, la fidèle dévote accrochée (la publicité télévisée) aux annonces de Loto-Québec. Quand j’ y pense : des enfants déjà « accros », c’est l’État-racketteur ! L’État-bandit !
6-
Téléphone la semaine dernière : c’est TVA, pour le 17 h. et c’est Anabelle la recherchiste : « Vous êtes sans doute très contre la Reine du Canada, c’est sûr » ? Je ris et je dis : « Sûr et certain ». « Bien, on va tenter de trouver un —ou une— « pro-monarchie et on vous enverra notre camion micro-ondes pour un débat ». N’y a pas eu de rappel. Personne ne veut venir face aux caméras proclamer les bienfaits de ce colonialisme chéri des anglos d’ici. J’étais content, cette fois, de perde le plantureux cachet !
Pauvre Anabelle !
Téléphone encore pour un projet de ARTV. On veut une série sur des artistes divers qui font de la peinture. Je suis sur la liste. Ils veulent venir faire une pré-entrevue dans ma cave-atelier où je m’échine justement à pondre des aquarelles sur « La petite patrie » Ils viendront mercredi prochain. Je dis q u’il y a notre Clémence bien-aimée, ils savaient. Qu’il y a Diane Dufresne…ils savent tout. Bien.
7-
On fait entrer une cassette vidéo dans la fente du magéto, on veut voir un film et bang !, ça bave, cris et mourmounages commerciaux, on nous sert des publicités pour des films à venir. Non mais…Ça ne finit plus parfois ! Dégueulasse ! Il faut protester. On a payé pour un film pas pour endurer cet arrosage de marchands infâmes. Il y a assez de pub partout. On veut voir un film, point final. Vraiment dégueulasse cette pratique !
Ce « Le bal du monstre », fort bon récit. Je le reverrais un jour volontiers. C’est rare qu’on a envie de dire cela. Billy Bob Thornton et Helle Berry (oscarisée cette année). CE B.B.T. jouait dans « The man who was not there »… où il brillait. Enfin pas de ce monde mondain, médiatique, non, enfin, enfin, enfin, du monde ordinaire. Lui, un agressif gardien de prison. Un bonhomme ordinaire. Elle, une petite serveuse de restau ultra-modeste. Monoparentale. Ça fait du bien. Ça nous change du petit monde nombriliste où les héros sont riches architectes, romanciers populaires, photographe génial (le dernier roman de Guillaume Vignault ) ingénieurs, experts en infographie ou en théâtre ou en scénarisation (songer à ce « Crabe dans la tête », à « La vie, la vie », et Cie).
« Le bal du monstre » :une histoire bien conduite où ce père raciste va muer quand son fils se suicidera. C’est ce soir-là qu’apparaissait au salon le sixième bébé-écureuil et je ne savais pas que le lendemain soir, mon ordinateur rendrait l’âme mystérieusement. Il faisait si beau soleil, abandon de l’écran, sieste dans la lumière, souper et ensuite, tu vas remuer ta souris et… pas de petite lumière sur l’écran ! De la schnoutte ! Merde !
8-
Avec la belle et moderne tondeuse du voisin Maurice, jeudi, tonte du terrain. Elle fait du compost en roulant ! Sueurs du vieillard attelé à sa machine grondeuse. Ça coule ! Aile, fée divine, vient m’offrir de …la bière d’épinette. Régalante. Somptueux goût de gomme de sapin ! Souvenir lointain de ce jus. J’aime toujours. Le matin, une photo du Devoir me ravit. « Les colonnes du cosmos ». Je la découpe. Je la punaise sur mon babillard du bureau. La beauté ! Photo qui me console de mes efforts quand je relis « Brève histoire du temps » de Hawking, attendant l’ouverture des portes de l’École Bouffe.
J’ai déniché chez « Tout outils », le brocanteur de la rue Valiquette, une cloche—pour dix piastres. Genre marine à gogo. Je l’ai vissé sur le 4 par 4 de la galerie, là ou fourmillent les fourmis (!). Aile cherche un machin tueur pour ces tites bébites. Je proteste. C’est tellement moins encombrant que les bébés-écureuils ! Désormais, avec cette vieille cloche à bateau, Aile pourra me sonner quand le souper sera servi et que je flânerai sur la berge. Bon pour un demi-sourd ces sons sonnants ! Dong, dong ! Oh un autre bon film : « Le tunnel ». Loué. Entreprise captivante de creuseurs de corridors sous le mur de Berlin avant 1989. Signature : Roland Suso Richler. Formidable courage. Basé sur des faits véridiques dit le générique de la fin.
Un des conjurés en tunnel interdit. Éric, serait devenu prof à Montréal ! Ah ! Ce film nous hantera longtemps. Comme pour tous les films forts. C’est le foot qui envahit tous les média. Je n’y connais rien. Ça va passer. Le 30 juin : « e finita la comedia » ! On y voit du patriotisme échevelé —Italie, Angleterre, etc— proche du fanatisme. Ma froideur semble me couper du monde. Habitué. Jeune, pas fou du hockey, j’avais ce sentiment un peu accablant de ne pas appartenir au monde normal. On s’y fait.
Samedi matin dernier : tomate rongée sur le comptoir de cuisine. Aile enrage. « Cloclo, va vite chercher la cage à Maurice. Il y en a encore. Eh merde ! » Pauvre Aile.
9-
Dimanche matin, à la radio de Radio-Canada, propos étonnants. On est pas en 1838. On est en 1967. On révèle les nervosités face à de Gaulle au Québec. La censure. Les inquiétudes ravageuses. S’il fallait… Jean Drapeau en petit et minable despote chiant dans sa culotte : « Vite ! Cacher le microphone du balcon. Il ne faut pas que le Président de la France s’adresse à la foule… » Etc. On n’en croit pas ses oreilles ! Un familier du Général raconte ce qu’il sait, il était là, dans le hall à Drapeau le chieux, le pisseux, il a vu les méfiances, les entourloupettes, les cachettes, l’autocensure. On est en 1967 et les dirigeants municipaux se conduisent comme des valets timides face aux anglos qu’il faut pas faire fâcher. Une honte !C’est ce genre d’émissions du réseau français de la SRC, que détestait tant le PET Trudeau et ses sbires (Lalonde, Goyer et Cie). Édifiante émission. Déterrons sans cesse de telles précieuses et instructives archives sonores, c’est salutaire.
Nous prenons ainsi les vraies mesures des petits potentats fédérastes du temps récent. Des pleutres. Des mauviettes. Des colonisés cons, Drapeau et sa ligue.
Et le Jean Dupire, son chef de cabinet, qui me disait un jour : « Tu verras, Drapeau finira par tout nous gagner, regarde, mon Claude, il n’y a que deux affiches de bronze devant l’entrée, rue Notre-Dame et c’est en français seulement. Tu vois, tu vois ? » Quand ça se voyait pas trop, oui, l’ex-nationaliste de 1942, du Bloc populaire, Drapeau, osait…des vétilles !
10-
On a un peu revu, à la tlé, ce « 12 singes » où Brad Pitt, jeune, incarnait un aliéné grave de manière convaincante au possible. Bruce Willis y tient le rôle d’un héros intrépide de B.D., envoyé spécial, sorti d’un puits gigantesque, mystérieux, pour découvrir l’origine d’une fatale guerre bactériologique. De la SF bien menée.
Parution des « Listes de La Presse » :le lectorat devait faire une liste ees auteurs importants. Pas là zut ! Rimbaud non plus ! S’en consolera-t-il le Arthur ? Bof, jouons les forts. N’empêche…mes lecteurs ne se sont pas grouillés le diable ! C’est pas juste, bon ! Justice pour Stanley Pan ? Il vient de démissionner de sa chronique —bien faite— des parutions fraîches. Il aurait osé critique le tout récent « Ouf ! » de Denise Bombardier, et sa « boss », Miss Lepage, serait mécontente. Le soupçonne même de misogynie ! Oh, oh ! plus grave, il aurait laissé entendre qu’avec la chaîne —très subventionnée par nous tous— Renaud-Bray, on peut acheter les annonces de leur catalogue. Etc. On a pas pu lire l’article. Ce fut :ou vous changez votre papier ou vous prenez congé d’espace. Le Péan, pas plus paon qu’un autre, a tiré. sa révérence. Dommage, il avait du jus comme chroniqueur. Pas facile à trouver le bon successeur. Moi ? J’ai pas le temps.
Qui est le populaire Beauchemin ? « Un écrivain de divertissement », dit un libraire. Aïe ! Comme Pagnol, comme Félix Leclerc, ajoute le cuistre.
Le libraire Moffat, lui, vante un de ses poulains, il bosse chez Flammarion., Coups de pied au derrière perdus !
J’ai finis par prendre du plaisir avec ce roman « Le tueur aveugle », une grosse brique de la Margaret Atwod. Hâte de m’y replonger dans ce récit à charnières. Grand plaisir aussi à farfouiller dans « Les mots sauvages » (Larousse) Un dictionnaire étonnant, par Maurice Rheims (pourtant académicien; mais pas frileux du tout) qui nous fait lire des mots rares, des inventions langagières, des néologismes d’une saveur stimulante. Du cru. Ainsi c’est les Quenau, les Céline, les Audiberti qui font montre d’ imagination. On sait, ici, comment j’aime inventrer et jouer avec les mots. Un livre tout à fait pour moi ce « Les mots sauvages ».
11-
Papa serait si heureux : son très cher Padre Pio est devenu un saint officiel. Il me parlait de ce modeste curé qui avait des dons, de bilocation par exemple, des stigmates et qui faisait sans cesse de miracles. L’église de Rome se méfiait, comme toujours, de ce thaumaturge admiré et aimé part les populations pauvres. Du temps passe et le voilà santifié. Je revois mon père tout content. Il n’Aimait que la religion des phénomènes. Que le Jésus bravant la mort de Lazare.
Mais pas de miracle salvateur pour ces gamins exilés d’Albanie qui se vendent. Marchandise en marché. Comment survivre en Italie ? Ailleurs aussi. Prostitution. Pire encore : organes neufs, rares, bons, pas trop chers ! Infamie des infamies. La pédophilie s’active, venant « en aide » à ces orphelins abandonnés du sort. On les achète, on les débarbouille un peu, on les installe sur des trains et… en route pour les marchés intéressés en Europe. De l’Est comme de l’Ouest ! Tchou, tchou, le train de l’Est…Tchou, tchou !
All-aboard, Albanie ! On parle alors de « Train de la honte » en voyant ces hordes de jeunes gamins qui voyagent vers des exils prometteurs. Oui ! Promesses d’exploitations garanties.
12-
« La Presse », en cette mi-juin, s’allie volontiers au raciste —francophobe— journal « The Gazette » . Mathieu Perrault joue le bon canayen innocent chez l’adversaire. Échanges de sornettes ? Ce matin encore, des tas de balivernes déboulent en colonnes fournies. Mon épée me démange, Cyrano ! On publie des sottises éhontées. On avance des mensonges graves. Maquillage d’une idéologie fédéraste grave. Foire de niais. Comptoir de nigauds ! Entreprise bizarre pour une réconciliation bidon. « Vive le multicul trudeauien ! » Foin de l’intégration harmonieuse, nécessaire, vitale, normale, souhaitable pour tous ces futurs petits québécois —à part entière— les enfants des émigrants. Trahison.
Entretenons les folklores tous azimuts. Ce n’est pas à la « nouvelle venue » d’Afrique d’apprendre notre folklore, nos rigodons, nos reels et ritournelles populaires (« À la claire fontaine »,…etc.) nos gigues, non, non, allons, c’est à nous de bien apprendre les danses et les musiques Noires.
Moi, m’exilant —m’installant— en Afrique, je m’appliquerais à étudier ces danses africaines, leurs folklores si variés, mais ici…on fait le contraire.
C’est l’entretien —si nocif, si peu rassembleur— des ghettos subventionnés —comme Ottawa entretient les francophobes des « All-Liance Kouébec ». Ghettos néfastes pour l’avenir des enfants d’émigrants. J’enrage.
La reporter de « La Presse » (à un Centre culturel Noir de la rue Jean-Talon) ne commente rien de cette lessive malodorante, ne dit rien, avale les couleuvres, ou veut nous les faire avaler. Une « tite » niaiseuse quoi ! Ou une surveillée, ou encore une autocensurée ? Les deux solitudes… cette fadaise. C’est une farce mais tragique. Il n’y a que ce refus obstiné (Meech et Cie) de reconnaître un état central qui serait fondamentalement constitué de deux nations. Le mot les fait trembler.
La tromperie est manifeste. Gloire aux ghettos et échangerons nos reporters !
Quoi faire ? Le bon lectorat candide —peu politisé— avalera ces bobards d’un bon-ententisme édulcoré. Je —d’autres aussi— pourrais rétorquer à ces articles de propagande…mais à quoi bon et où, surtout où ? J’évite de prêcher à des convertis, par exemple, dans « L’Action nationale. La puissante machine « Power-Gesca-Desmarais » : des hommes d’affaires bornés. Car 51 %, 55 %, peut-être même 60 % (ref. référendum de 1995) du lectorat de « La Presse » est indépendantiste. Pas un seul rédacteur, un seul édito (de toute la grosse équipe en place ), pas un seul chroniqueur ne défend l’option patriotique de l’indépendance nationale. Être des nigauds en « Business » c’est exactement cela.
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Rêve bref, en début de cette semaine : Nicole Leblanc, l‘actrice, me gronde, il y a des élections dans l’air, (actualités d’ici ! ) on me presse de m’engager, chicane byzantine autour, ma défunte première femme accompagne un cortège. Cris et injures volent. Cordon de police. J’ai peur et je ne sais de qui, de quoi ! Réveil subit.
Je ris aux reprises de « Catherine », réalisation efficace Philippe-Louis Martin, je rigole comme un gamin. Aile aime me voir rire, rit avec moi comme une maman avec son bébé qui rit pour rien. Esprit enfantin ? Je riais volontiers aux facéties primaires de « Cré Basile » de Gamache. On ne change guère ? Je pense encore à Vanessa Redgrave —on ne rit plus de ce côté— osant jouer la chanteuse défigurée dans un camp nazi. L’horreur. Dents jaunes, cheveux rasés, boutons rouges, etc. Courageuse comédienne et excellente actrice. Ce film : « Sursis pour l’orchestre » (« Playing for time » de Mann) me hante. Je me serais suicidé de honte et de désespoir au lendemain des révélations de tous ces Allemands bien silencieux de 1939 à 1945. Ou je serais exilé à jamais. Pauvre, pauvre Allemagne…Je repense à « Le liseur » cet excellent roman ou une ex- gardienne nazi se suicide n’en pouvant plus de se souvenir.
Oh, Monique Miller, amie de Raymonde (depuis « Montréal P.Q. ») viendrait séjourner ici. Merde ! Elle si bavarde. Elle me bat. Je vais perdre ma place, mon rang ? Merde, merde !
Demain :un samedi pas pire, dimanche pluvieux, Aile bien énervée, la « Bande des 6 » et de la pluie ! « Ouash », dit-elle. Eh qu’elle parle mal des fois, une fille qui alla chez Sita Riddez !

Le jeudi 20 juin 2002

Le jeudi 20 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Parfois, j’entendais des connaissances se lamenter : « mon ordi est kaput ! » Je me disais : « quelle guigne ! Pas de danger que ça m’ « arrive. » Eh b’en, mercredi dernier —quoi ? toute une semaine sans mon cher journal harassant!— au retour, quatre heures plus tard, je remue la souris et….kaput! Plus rien. Et la lumière…fuit ! J’avais débuté (perdu ce début) et le soleil se mit à luire tant, si fort, si invitant…. sans bon sens. J’avais laissé là cette machine, allumée. Quoi ? On sort prendre l’air et au retour le soir :plus de courant. Plus rien. Mort le machin Imac !
Mon Daniel me recommande d’aller voir un docteur en ordinateurs. Je vais, le lendemain, jeudi dernier, porter mon malade dans la 5 ième Avenue, à Rosemont…et les experts trouvent pas. Me menace : « le tube sans doute, ça va revoler dans le 900 tomates ! » Ouille ! « Ah, il n’a que deux ans, ah ! Bon, bon,. Alors on va mieux chercher le bobo ». Et, ce jeudi midi :enfin, c’est la patente remise à flots et une facture de 350 tomates ! Ouf ! Merde et re-merde !
Je vais devoir noter brièvement des éphémérides pourtant riches depuis toute cette semaine d’absence. Dire tout de suite que —le guéri dans le coffre de l’auto— il m’a fallu aller porter des photos d’enfance chez la Elsa de Denise Bombardier (pour « Conversation ») , proche de Radio-Canada. Ensuite, devoir filer à « La Maison des écrivains », rue Laval, aussi pour une photo : je suis invité à bavarder avec Fugère au Centre culturel Frontenac, en septembre. Photo exigée aussi pour la revue « Le bel âge » (rue University), enfin, aller à un anniversaire (le 50 ième) de « La Roulotte » sur la terrasse de l’Hôtel de ville. Paul Buissonneau y est. Quelques rares acteurs du vieux temps. Vin rouge frais, joli bouquet de lys aux vétérans. Merci. Aile a trouvé un vase tantôt, revenu au chalet.
Une chaleur caniculaire. Fin de la série de jours pluvieux enfin. Sueurs partout. Je sone à une première baignade. Je reviendrai au journal, plus tard. Demain matin ? J’en ai long à raconter. Calepin bourré de notules. Aile a acheté des livres ce midi. Je suis plongé dans « Le tueur aveugle » depuis deux jours, attendant le retour du… jedi-imac ! L’amie Josée, un soir récent, à La Moulerie quand je lui dis ma manie de la vitesse, ma peur de perdre du temps, mon angoisse ordinaire face aux jours qui filent, s’exclame : « Ah ça c’est l’urgence de vivre, Claude » Je lui dis : « Oui, c’est ça, c’est moi ça, ce serait bon comme titre. Pour mon journal en livre, tu permets ? » Elle rigole.
« L’urgence de vivre », journal. Oui, je vais courrielliser ce titre chez « la priseuse de textes », Martine Aubut aux Trois-Pistoles. Bon :sortir donc. Chaleur torride, je l’ai dit. « Demain, ça rivage « L’extraordinaire et triste histoire… » de Marquès —que j’avais bien aimé. Sortir donc. Demain, revenir au journal pour raconter mieux sept journées pas nettes de….de ceci et de cela.

Le lundi 10 juin 2002

Le lundi 10 juin 2002
Jours de pluie…
L’ordinateur de Jasmin est en panne. Chez le réparateur. Les mac c’est compliqué… Devrait avoir des nouvelles sous peu. Dommage, car on peut dire qu’il aurait pu écrire quelques JN avec tous les jours de pluie qu’on a eu… Profitez-en pour lire ceux que vous avez sautés. -lundi 17 juin

1-
Comme hier, dimanche, beau soleil ce matin. « On va faire un tour voir la mer, à Ogunquit, oui ? » Aile réfléchit. « Bin, sais pas hen, oui ? Non, demain. Regarde le beau soleil, on va pédaler ». À demain la mer « toujours recommencée », à demain ! Départ pour petit déjeuner chez le Van Houtte de Val David. Au retour, le bonhomme galarneau va se cacher. À 16h c’est la blanchitude totale. Et du vent fort. Aile : » La météo annonce des jours de pluie à la file ». Au Maine, USA ? Je monte voir météo-internet.
Aile examine le manège. Boston ou Porthsmouth : pluie et pluie !
Aile : « Nenni la mer pour cette semaine, hen ? » Je m’ennuie des flots bleus, de la « bergère d’azur infinie »(Trenet). On n’y est pas allé à ce rituel estival l’an dernier et je l’ai regretté. Un besoin viscéral. Plus juin s’allonge plus c’est cher de coucher au vaste motel le « Norseman », directement sur la plage. Maudite météo du yabl’
Au souper d’hier, régalade très appréciée des deux couples pour le « poulet mariné » d’Aile acheté samedi chez Adonis. Oh oui, miam ! Il a fallu transporter le BBQ sur le petit bacon d’en avant tant le vent soufflait. Après-midi passé donc avec les Faucher à commenter les résultats d’élections en France. Kir versé, on s’installait. Le Pen et ses énervés tous mis K.O. Satisfaction de nous tous. Chirac triomphe et Jean F. en est tout content. Françoise, Aile et moi plaignions la gauche, les socialistes, pas bien fortiches. Les moqueries et les piques fusent. On tente de peindre le Jean en réac, en froussard, en petit vieux conservateur. Il rigole ferme. TV-5 fait parler tous les acteurs-politiciens et aussi ses commentateurs. Jean, le plus attentif, manette en main, hausse le son —le crapaud— dès que nous fonçons dans un sujet autre que ces législatives.
Françoise précise : « Vous savez moi ni gauchiste ni droitière, je juge au cas par cas, la valeur des candidats ». Sagesse. Amusant : à la fin du repas Jean joue à Aile le questionnaire-Pivot (adopté par le Lipton d’ARTV). Puis il lui reprochera d’avoir recommandé le film « Memento » qu’il a détesté à fond. Je dis : « Trop compliqué pur toi, Jean, trop difficile pour toi ? » Chaque fois que je balançais, le cher ami mort, Ubaldo, me sevrait sa scie, me faisait enrager : « Peut-être trop compliqué pour toi, Claude ? » Quand nous disons à Françoise avoir reconnu sa vox dans « Insomnia » (en coroner), elle dira : « Vous m’entendrez aussi dans « Iris », un bon film et c’est moi qui doublait la vieille dame au précieux bijou dans « Titanic ». Notre surprise. Jasette sur la vieillisses, silicone à la mode et chirurgie plastique. Aile dira : « Moi, être actrice, je voudrais de l’aide, c’est normal. » Françoise : « Ah non. Je veux devenir la vieille dame que j’étais destinée à devenir. » Je l’applaudis. Sagesse.
Jean, l’ex-réalisateur émérite, nous annonce qu’il compose un livre. Un peu sur le modèle de ses nombreux « Propos et confidences » de la télé d’antan. Ces temps-ci, il travaille avec le comédien Gérard Poirier. J’applaudis encore. Françoise : « Et vous Claude, à quoi travaillez-vous ? » Je lui parle du journal. Étonnement léger. Dangers. Risques. Je dis que je n’ai pas de pudeur. « Oui mais… » Regards vers Aile. Aile parle de son anxiété face à ce journal. J’explique : « Je dis tout. Je n’ai rien à cacher. Quoi, je mène une bonne vie, non ? Alors pourquoi pas un journal intime ? » Rigolades de trous ! Françoise : » Ah non., impossible. Le seul fait de savoir qu’on sera lu, non, rien d’intime alors. On fait attention. » Je dis : « Je fais attention de ne pas blesser inutilement . C’est tout. »
Quand je lui raconte l’œuvre de Sœur Gagnon ( La Maisonnette dans La petite partie), que je me suis engagé à produire une quarantaine d’aquarelles sur les temps de jadis… Françoise aussitôt : « Vous devriez vous arranger avec M. Jacob, un pharmacien beauceron étonnant, merveilleux, qui a édit les beaux dessins coloriés de Clémence Desrochers … » Elle ne tarit pas d’éloges sur l’homme. Je me dis que si les Graveline et Soucy —de Vile-Marie, éditions— continuent dans leur silence, oui, j’aurais recours à cette petite maison beauceronne.
Françoise suractive : le 24 juin, elle ira (avec d’autres) dans le neuf Musée Félix-Leclerc à l’Île d’Orléans. Spectacle de lectures leclerciennes. Elle nous raconte une « lecture » du « Misanthrope » de Molière —qu’elle va monter en septembre au Théâtre Denise-Pelletier. Toute l’équipe, (une surprise !) —dont sa grande fille, Cartherine, qui a abandonné le cinéma pour diriger les productions—a organisé une lecture hors de l’ordinaire avec des artefacts, une ambiance « Théâtre Royal versaillais », des accessoires, chandelles, une lettre de Jean-Baptiste Poquelin. Beaucoup d’émotion pour elle, la semaine dernière.
Sans cesse, à la télé, les perdants de ce premier tour blâmaient le terrible 36% d’abstentionnistes chez les électeurs de France. Jean rigolait ferme : « Mais oui, tout le monde aurait voté communiste ou socialiste, c’est très certain » ! Suite dimanche prochain. Le grand soulagement : la chute du Front National.
2-
Hier soir, tard, un film coté « 1 » Un navet. « A touche of evil » ne vaut pas tripette. Ampoulé. Orson Welles en caricature de son « Citizen Kane ». Ah l’intimidation des « coteurs » face aux gros noms ! Foutaise. Aile et moi lui aurions fiché un 5. Snobisme idiot. Après 30 minutes, lassés de ce jeu de cabotins, extinction des feux partout. Dodo !
Le calme désormais. Nous vivions aux aguets depuis quelques jours. Ça semble bien terminé. On a pris au piège un autre bébé écureuil. Le quatrième. Et oups ! Dehors ! Ouf ! Aile, davantage que moi, se souciait de cette vermine dans nos murs. Son soulagement ce matin en voyant la cage, pour une fois, vide.
Avant ce « Touch … », entendu Guy Lapointe, à la SRC, en un topo raide sur W.Buch. Chevron (ex-Texaco) très intéressé par l’Afghanistan. L’oléoduc à installer du nord (ex-républiques d’URSS) jusqu’au sud, à la mer). La famille du Président captivé par la « manne ». Le président actuel, Karzaï, du clan buschien, installé en fantoche de la nouvelle alliance américano-afghan.
Un commentaire instructif en diable. Guerre aux Soviétiques s’abord, et victoire, armement utile aux intérêts « texans », le Ben Laden en « collabo » des USA d’abord, et le réseau bien connu, ces Talibans —chefs de guerre— entraînés par la CIA et puis qui virent (oh ! oh !) en intégristes anti-occidentaux. Terrorisme inédit ! Malheur ! Guerre aux Talibans alors ! En fin de compte :pétrole, pétrole, pétrole …et gaz ! Merci Guy Lapointe.
3-
Deux petits malin voient, à Las Vegas, des vagabonds qui se battent. On sort vite le caméscope. Haute définition ? Fibres « inhumaines » ? Du vrai bon stock hyper-réaliste. Mode bien aimé. On va d’abord passer ça sur Internet. Succès monstre ! Puis sur des réseaux privés. Télé payante ? Oh oui ! Messieurs Beesmet et Leticia, 24 ans, foncent. On organise de nouvelles rixes cher les démunis, les drogués, les « paumés du petit matin ». On offre. Prix de forte présence, des voyage, des bouffes.
« Oui, oui, pas de salaire, rien, c’est pas truqué, c’est du « real-tivi », disent-ils. Pas de salaire. Il y aurait, hors les murs en des casinos illuminés, au royaume des Céline-Angélil et des « Cirque du Soleil », plus de 4,000 SDF. En avant les bagarres ! Silence, on tourne ! Les deux jeunes salauds disent : « On ramasse le fric pour nos projets de cinéma »! Ils annoncent : « Il va y avoir « Bagarres de clochards, tome 2 », bientôt ».
On s’incline bas devant ces cinéastes, ces promoteurs malsains … pas par respect, mais par envie de vomir !
4-
Vendredi soir, T.Q., deux films avec D’Auteuil. Pas bien forts. « La séparation », le deuxième, un peu meilleur. Avec Isabelle Huppert (Claude Berri). Pas de vrai fin. La patte en l’air. Scénario boiteux. Lui, D’Auteuil, toujours solide, un gueule, il fait vrai, malgré les failles du récit filmique. C’est là que le troisième mini-écureuil fit son apparition. Presqu’au-dessus de sa tête, cri de mort, il tombait du plafond, d’une poutre (fausse). Aile criait fort ! Silence : ira-t-il vers la cage dans la cuisine ? Pauvre Berri, son film est perturbé. Paf ! Je le sors !
Trente minutes plus tard : un quatrième ! Aile dans tous ses états ! Il se cache. Je le chasse. Tente de l’orienter vers la cuisine. Il se sauve dans la salle à manger. Zut ! Je veux voir la fin du Berri, moi. Vaine chasse. Dérisoire safari. Aile montera au lit bien mal à son aise. Regarde partout sans cesse. Ferme la porte de la chambre. Imagine que la bestiole sera au fond de nos draps, sous notre oreiller…Brrr…
Le lendemain matin, il sera dans la trappe ! Ouf !
5-
En face, au Chantecler, troupes péquistes en caucus. Un party moins couru que ceux des courses en F.1 Deux centaines. Devrais-je, par pédalo ou canot, aller inviter Bernard Landry —croisés souvent à notre Caisse Desjardins, rue… Bernard— à se cacher chez nous, à l’abri des critiques mais pas à l’abri des mini-écureuils ? Non, je ne bouge pas. Si j’y allais ? Je lui dirais (à lui et à ses sbires) : « Vous annoncez : si vous refuez une patrie québécoise, votez conte nous ! C’est bien clair ? »
Clair. Net. Vous perdez les prochaines . Pis ? Liberté totale dans l’opposition, non ? J’imaginais les têtes de tous ces « grouilleurs » qui ne sont là que pour « garder le pouvoir à n’importe quel prix ». Le pouvoir et ses agréments.
Mais non, aux prochaines, ce sera encore ni net ni clair. Chantecler… clair ? Niet !
6-
Ces bolides autour du Casino —à déménager pour la faim et les fins du sieur Frigon le rapace d’État. Ces conducteurs sonnés. Comme je hais la boxe, je hais ces furieux des vitesses à dépasser sans cesse. Des ingénieurs démoniaques font de savants calculs. Du 300 à l’heure, ce serait encore pas assez ? J’avais lu des documents accablants sur ces dangereux inconscients dans une recherche quand j’avais pondu ma dramatique-télé : « Nous sommes tous des orphelins », avec mon courseur de Formule 1, bien joué par Denis Bernard.
Des vétérans (parfois devenus des infirmes) confessaient des choses troublantes sur ce « sport » suicidaire. La loi est claire, pour « refus de secourir personne en danger », c’est la prison, le procès. Le code pénal le dit. En noir sur blanc. Qui, un jour, osera porter plainte. Faire arrêter, avec mandat de juge, ces organisateurs de tuerie plausibles.
Ces « héros » du jour —à vroum-vroum bien cons et polluants— mais ce sont des kamikazes. Je pèse le mot. Kamikaze. Absolument. Il est interdit pourtant de risquer sa vie. Le faire sous les yeux de tous ces « assoiffés de sang », morbides voyeurs que nous sommes, est un acte hors-la-loi au fond des choses.
Allons, allons, va au cirque, fais comme les Romains antiques dans cette Rome éternelle qui se continue de mille façons. La boxe. La course de vitesse. Vieux Tyson (38 ans) , ensanglanté, à terre, hier. Vieux lutteur fini. À qui le tour ? Bonhomme Lewis attend, frétille et sautille …en attendant d’être le prochain Tyson. Tristesse. Le réalisateur-producteur, un des VIP en visite aux courses, dit : « On dirait une voiture d’enfant mas c’est une bombe avec un gars assis dessus » Il pouvait pas mieux dire !
Le kamikaze affligeant d’ici (et de Suisse ou de Monaco) Villeneuve (alias New Town), célébré sur le cadavre du « père tué », dimanche, sortait de piste au neuvième tour, blasé, vivant encore. La foule s’en allait :il n’y a pas eu de mort cette fois. Dommage hein ? Dans tous les hôpitaux de la planète, hier, des hommes (des vrais) en sarrau blanc luttaient pour garder la vie à des malchanceux qui, eux, s’accrochent à la vie. Des fous ?
« Dans quel trou m’avez-vous mis, mon Dieu ? » C’est de Réjean Ducharme.
7-
Soudain le vieux romancier (ou scénariste) est assailli par une idée. C’es fréquent. Tous mes collègues vous le diraient. Je venais de lire : « À la CIA, désormais, 17,000 agents sont affectés à la surveillance du territoire aux USA. » L’idée ? Un jeune Américain araboïde (originaire du Maroc ou du Yémen) est engagé dans le lot de flics. Espion donc, il devra fréquenter une mosquée (À New-York ou à Los Angeles). Il « infiltre » quoi. Il joue le nouveau converti farouche, le pieux. Se fait des amis. Finit par être vraiment très pieux et estime vraiment, franchement le code de l’islam. Ses nouveaux amis sont des kamikazes et un complot effroyable se trame. Il tombe d’accord. Il se taira face à ses chefs de la CIA. C’est l’attentat effrayant. Il fuit, s’exile. Disparaît à jamais.
Le grand manitou du FBI, Hoover, remue d’aise dans sa tombe. La « chasse », c’est reparti depuis le 11 septembre 2001. Avec Edgar Hoover il n’y avait pas de pègre aux États-Unis, il n’y avait que des socialistes vicieux et des communistes dangereux. Il était lié au sénateur obsédé McCarthy, chasseur de dissidents gauchistes partout. Le communisme a disparu, voici l’arabophobie. Tous suspects et flicaille partout. Vous voulez manifester contre le capitalisme mondialiste : dangereux dissident. Arrestation et « la question ». Torquemada toujours vivant. Inquisiteurs en tous genres, à vos rangs ! À vos matraques.
8-
Un felquiste devenu journaliste, P. Schneider, publie sa vieille vie. Révolte d’ado, bombes, arrestation, caution, vite fuir aux iles françaises —Saint-Pierre et Miquelon— demande d’asile refusé, cachette au Maine pour voler vers Cuba mais… police US qui le ramène ici, procès et prison. Deviendra « le serin » d’un caïd au pénitencier. Sortie. Puis journalisme à sensation (sauce Allô Police), un « deuxième père » : le douteux criminaliste Daoust, puis l’alcool, la chute fatale, mariage raté, faillite personnelle, dérive funeste, cliniques de désintox et re-journalisme, il est enfin sauvé. Ouf !
En entrevue, dimanche, il a dit : « Mon père était anglophone ». Ah ! Quelle sorte de père ? Anglo ce n’est rien. Agir (FLQ) pour faire mourir le père ? Le célèbre mot de Malraux : « Il faut tuer son père ». Tous comprenaient qu’il fallait se défaire de l’héritage ancien pour avancer. Mais lui, le jeune felquiste et d’autres jeunes révoltés, les pères ? Je lirai cette bio. Son nom, avec ceux de ses camarades, je les avais mis (1967) en dédicace à « Pleure pas Germaine », secoué que j’étais à cette époque par les premières bombes. J’avais mis en haut de la liste : « à ceux qui ont manqué de patience ». Oui, je lirai.
Le vent ne faiblit pas depuis des jours. La chaleur ne s’installe pas. Juin va s’en aller sans … l’été promis, normal. C’est, au juste, pour quand ? Coup de fil, ma fille, Éliane : « P’pa ? Dimanche, on apporte la bouffe, moi et Daniel on veut célébrer un brin la fête le des pères, à Sainte-Adèle, ça irait ? » Bien sûr !
Raccrochant, fou, je me disais : « Oui, faut fêter Daniel et Marco, les pères formidables de mes cinq petits-fils ». Et puis je me réveille :c’est pour moi, non ? Il n’y a pas de fête des grands-pères ? Voyons ! Que fait le commerce si friand en jours fériés pour consommateurs à piéger ? Et une fête des grands-mères ? Ça va venir, regardez bien ça !

Le samedi 8 juin 2002

Le samedi 8 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ciel blanc mat. Mais hier…oh hier, vendredi beau et si ensoleillé ! La belle fin de journée. Débutant dans la peur. Longue limousine noire dès potron-minet à ma porte au Phénix. Chauffeur impeccable. Un corbillard ? On me conduit à une potence : devoir animer deux trente minute sur les lectures d’enfance de deux « vedettes ». L’échafaud de devoir réussir. L’ »homme à la luisante casquette me parle de Ville La Salle, sa petite patrie à lui. Des beautés du canal Lachine rénové. Sa fierté. Il me vante les condos neufs aménagés dans des usines. Lui ayant conté la menace d’un bloc-tour dans « ma cour » chemin Bates, de la destruction du boisé sur l’escarpement d’Outremont, il me dit : « Je vous offre gratuitement, quand vous voudrez (me donne sa carte) une visite des alentours du canal. Vous aimeriez les abords de ce site-canal ». Je songe à maman, née au bord du canal, rue Ropery. Me verrait-elle mieux de l’éther si je m’installait dans sa toute petite patrie ? Je m’ennuie d’elle. Je ne l’ai pas assez aimée, devenue la petite vieille sur son balcon, dans sa berçante, avec son journal. Regrets futiles. J’étais tellement « busy body » n’est-ce pas ? Jeunes gens qui me lisez, ne faites pas comme moi. Vous le regretterez amèrement plus tard, la mère (le père) morte.
Vaine angoisse : tout se passa fort bien. Bilodeau fut chaleureux, bavard, heureux de raconter ses premiers plaisirs de lectures : Tintin, les deux Verne, Jules et Henri (Bob Morane), Dumas. Et Françoise Faucher, avec ses livres conservés toujours, La Semaine de Suzette et cette bretonnante « Bécassine », les contes de Grimm, leurs illustrations en couleurs. Et Dumas, elle aussi ! Alors je dis : « Mais c’est un genre pour garçons non ? » Elle : « Pas du tout, qu’allez-vous imaginer, tous ces beaux mousquetaires, ce si secret Athos surtout, non, non, nous en rêvions, les jeunes filles ! »
Trois heures plus tard, l’équipe semblant bien satisfaite (politesse ?) de son animateur, sortie et limousine de nouveau. Et retour à la maison. Le nouveau chauffeur vient de…Villeray, eh oui, Il et allé à l’école avec le fameux « gérant de Céline », René Angélil, son voisin. Nous parlons du quartier. Nous nous souvenions du père Lalonde, formidable animateur de loisirs à Saint-Vincent-Ferrier, rue Jarry. « Ah lui, Lalonde. Ses sermons fameux, il aimait le théâtre et cela se voyait. Il était merveilleux. Dans sa chaire des dimanches. »
La veille, jeudi, devoir aller à cet ex-vaste « Shop Angus », au nord-est de la rue Rachel, angle d’Iberville pour jaser avec Denise Bombardier pour sa série « Conversations », elle me dit au maquillage : « Tu vas parler au monde entier, Claude ! » Je dis : « Quand je t’entends saluer le monde, TV-5, c’est France, Suisse et Belgique, non ? » Elle : « Ah non, ça va partout, partout. Tiens, un jour, au Venezuela, à Caracas, un type traverse la rue pour venir me saluer. Étonnée, je dis : « Vous me connaissez ? » Et lui me dit : « Mais, je suis un francophile, je vous vois chaque semaine sur le Canal 5. » Eh b’en, le trac s’agrandit un peu. Hélas, Denise pose des questions relatives à mon enfance et alors, forcément,. je m’entends répéter ce que j’ai dit dix, vingt fois. Mais bon, à Caracas, on sait rien du petit gars de Villeray ! Les autres « pitonnerons » en maugréant : « on la sait par cœur sa « petite patrie ». Fière, Denise me présente son jeune réalisateur : c’est son fils ! Sosie parfait du papa, Claude Sylvestre, qui fut le jeune réalisateur du jeune René Lévesque, celui de « Point de Mire ». Affaire de famille, sa jeune compagnie ? Oui et j’aime ça. La chanceuse. La recherchiste est sa bru : Elsa. Elsa ? « Oui, Elsa, mes parents aimaient tant le poète Aragon ». On me fait déambuler devant une caméra dans cet ex-usine de locomotives. Décor étonnant avec ses colonnes métalliques, une dizaine de tours « Eiffel ». Dehors, vaste chantier où s’élèveront bientôt des appartements en grand nombre. En somme ,une zone morte, industrielle si longtemps, où des milliers d’ouvriers ont sué à longueur d’années, convertie en espace urbain moderne. Le progrès étonnant !
2-
Revenu des studios de La Salle, vendredi, interview après le lunch, par Julie Stanton arrivant de Québec, pour sa revue « Le bel âge ». Magnétophone posé devant moi, ce sera le questionnaire, d’abord sur « le jeune » et alors m’entendre encore répéter les éphémérides de mon enfance, misère ! Je ne suis tout de même pas pour m’inventer une autre enfance pour éviter le…radotage ! Ne pourrait-on pas —ces gens du « milieu » sachant bien ma petite histoire— trouver des questions différentes, un angle nouveau, qui pourraient surprendre ? Hum, il y faudrait de la recherche, du gros boulot mais… nous sommes tous si paresseux. Julie S. questionnera aussi : « le vieux », « Bel âge » oblige, ce sera lors le visage du « sage », de l’ « expérimenté » qui fait débouler ses conseils de vie. Oh la la !
À la fin : « Qu’aimeriez-vous qu’on dise de vous, un jour, longtemps après votre mort ? » D’emblée je dis : « Il a beaucoup aimé une femme. » Et, ce matin, je lis, pris dans une lettre de madame Georges Sand : « Il n’y a au monde que l’amour qui soit quelque chose. » Bravo Georges !
Le plus beau, le plus agréable de ce vendredi ? Imaginez-nous, Aile et moi, au couchant, rue Hutchison, installés sur le balcon du troisième étage chez les amis Carole et Pierre–Jean Cuillierier. Nous vidons une fiole de blanc bien frais avant d’aller à la soupe et aux pâtes dans un modeste restau (on apporte son vin), inconnu de nous deux, en face du « Rideau-Vert » rue Saint-Denis, le « Colloquio ». Pierre-Jean nous dira : « En face, Claude, c’est le logis de ta camarade Monique Proulx —dont j’ai tant apprécié cet « Homme à la fenêtre » (on en a tiré un film bien fait).
Souvenir : à un Salon du livre de Hull, je la rencontre et je lui fais de chaudes éloges pour ce roman. Monique Proulx rougit, m’écoute, ravie, et puis s’en va vite. C’est le vieux Richard louangeant Guy Lafleur ? Le vétéran est là, poqué, courbé, marqué de cicatrices, vieilles blessures et ..fraîches aussi —le Allard du « ça suffit Jasmin, on vous a assez vu, dégagez la voie ». Elle commence sa carrière et file vers son zénith. Chacun son tour, le bonhomme, pas vrai ? Au « Colloquio », la Croatie venant de battre l’Italie, en Corée, il y a des mines sombres. Bonne bouffe et nous marcherons de nouveau la rue Villeneuve de Saint-Denis jusqu’à l’Avenue du parc. Rue modeste, embellie, devenue ravissante, le calme, de la verdure, quelques terrasses camouflées, plus rien à voir avec la rue Villeneuve de 1950, triste, laide même, quand, à dix-huit ans, j’allais veiller chez Miche, angle Saint-Laurent, que sa maman, « chambreuse » débordée, trouvait le temps de me préparer de bons spaghettis.
Belle, formidable soirée de vendredi en somme, Aile toute épanouie, légère, regrettant presque de devoir aller dormir dans cette douce chaleur enfin, enfin, revenue. Les Cuillerier, plus jeunes et bien courageux, descendaient, de nuit, vers leur « rang rural » derrière Sutton, où ils rénovent un antique maison (1873) de campagne, un « work in progress » qui amuse l’ex-réalisateur.
3-

Rêve étrange vendredi : les coteaux au Chantecler, c’est l’hiver s’achevant. Du monde. Un festival ? Une Française rôde, semble vouloir me draguer ! Aile veille au grain. Nerveuse. La Parisienne si aimable avec Aile sera adopter en fin de compte —avec « Le Québec est merveilleux, ces gens sont si aimables, etc. » Invitation sur l’autre rive, chez nous. L’après-midi, j’avais entendu Aile inviter le couple Faucher à la maison, dimanche, pour la télé câblée (qu’ils n’ont pas, eux, au Lac Marois). Françoise, le matin, en studio, m’avait parlé de vouloir entendre les résultats des élections législatives en France, leur grand’ peur de ce Le Pen maudit).
La touriste française, accepte donc avec joie. Dit qu’elle devra téléphoner à son compagnon de voyage pour qu’il se joigne à nous tous. Nous avons, en guise de traversier du lac, un gros traîneau de bois rouge, tiré par trois petits chiens noirs (!), semblables au « Milou » de ma fille et au « Zoé » de mon fils. Traversée du lac. L’eau monte sur la glace. Danger ! Voilà, surprise, qu’il y a les petit-fils au rivage. Ils sont tombés et sont mouillés « jusqu’aux os », comme on dit. Aile énerve, elle les gronde. La Parisienne rigole, la calme. Inquiétude de noyade. « Sortez du lac, crie Aile, et vite. » d’aile. Les chiens, épuisés, boivent la tasse ! La foule nous encourage sur la rive du Chantecler. Arrivés à la maison, téléphone de l’accorte Française. Et, appareil posé, dira : « Échangisme ? Non ? » Aile scandalisée aussitôt. Malaise. Moi itou. Ah, ces Européens décadents, à la sauce Ouellebec ! Son homme s’en vient. Peur. Au « Colloquio », pour rigoler, à un serveur nous questionnant pour la facturation, Aile avait dit : « Nous sommes des échangistes ! » Bang, dans le rêve ça aussi ! Les enfants salissent la maison, Aile pas contente. Nous avions jasé de ça, au restau :le Claude bien cochon, salissant, intempestif barbouilleur de tout . Tout compte, la nuit venue ? Dans un coin, je chuchote à Aile : « pourquoi aussi avoir invité cette femme ? » Réveil. Ouf !
4-
Dumont dixit : la jeunesse, devenue l’atout suprême, partout. Voyez ce jeune Mario Dumont en vogue novelle, vu en sauveur. Niaiserie. Jadis : la vieillesse comme garantie pour la sagesse des nations. Le vieux Maréchal Pétain vu en sauveur de la France couchée ! Je rêve, j’aimerais le mélange. Pas juste cdes jeunes, pas juste les vieux. Le mélange des générations. À bas les cloisons sottes. Juger selon la valeur. Jeune, il y avait deux choses qui m’importaient : (a) ce mélange partout, vieux et jeunes, ma grand-mère Jasmin à l’étage, le grand-père Lefebvre, à deux pâtés de maisons. (b) Les classes sociales mélangée aussi dans mon quartier. Rue Saint-Denis, plein de médecins, avocats et notaires et plein de travailleurs modestes aussi. En banlieue moderne, souvent, une seule et même classe de monde, selon la qualité de ladite banlieue, est-ce instructif, bénéfique, pour les enfants ces uniformités – desquels naissent l’ennuie.
Ce matin, départ laurentien. Je sors le mini-frigo. Aile debout devant la voiture, un index pointé. Quoi ? Le faux-pare-choc de plastique. Pendant. Décroché. Je me penche. Clac, clac ! Remis dans ses trous. Aile satisfaite s’installe au volant : « Et que c’est smatte un homme ! » Immense affiche planté dans les arbres tronçonnés qui nous nargue : « À vendre. Condos. » L’entrepreneur, un certain Rhéal Martin, aux prises avec des poursuites judiciaires, dans Le Vieux et à Verdun. Chemin Bates des acheteurs résilleraient les contrats. Mince espoir. Je songe à ceux d’ici qui n’ont pas de résidence secondaire. Ça va creuser, cogner, dynamiter aussi ! C’est long élever un dix étages d’appartements.
Radio du samedi matin :la bande à Le Bigot. Chroniques diverses. Vivante radio. Modes, spectacles, politique, bouffe, botanique, et, etc. La parole à René-Richard Cyr qui prépare sa version, à Joliette, de « The man of la Mancha ». Fou de Brel comme moi —Brel qui adaptait cette comédie musicale de New-York— Joël Le Bigot l’écoute et, mis en confiance, salue volontiers l’initiative cyrienne. Il ira dit-il, je dis : nous irons Aile ! Comme nos irons voir, chaude recommandation de Pierre-Jean, « La souricière, la trappe » arrangé à la moderne par Asselin au « Rideau-Vert ». Pour « Lulu Time » de Lepage, crainte, je n’estime pas les acrobates, du fameux Cirque du Soleil ou non, ni la musique rock, du fameux Gabriel ou non. Peur. Lepage dans « Voir » : « On me chicane. On refuse les technologies, les effets visuels, ici, un establishment intellectuel —des critiques— me dit que blâme, déclare que c’est trahir un art voué à la parole avant tout ». C’est vrai? Je dis cela souvent. Ai-je tort ? Je ne sais plus trop. Nos avons pris tant de plaisir à certains Lepage !
Chez Le Bigot : ambiance fréquente de ..quoi donc ? De jet-set ? Ça m’énerve toujours. Tendances branchées, cuisine exotique. Hum ! Ce matin, transformé en gourmet savant et saliveux, soudainement. Je le voyais en gras Obélix, en Depardieu bouffi, humant les délicates odeurs d’un sanglier apprêté aux herbes introuvables hors le circuit bien bourgeois des fines gueules. Or, soudain, Aile fait un détour. Stop. « Adonis » —filiale des deux restaus « La sirène » où j’estime la pieuvre grillée— boulevard de L’Acadie. Immense magasin pour fins gourmets. J’y vais, méfiant. Ma vieille crainte des bourgeoisies. Un vaste marché étonnant, angle Sauvé, clients contents, mines satisfaites. Nos greco-québécois en habiles fournisseurs de bouffe de luxe.
4-
Avons visionné, jeudi dernier, le fil « Cap Fear » La vieille version avec Robert Mitchum en méchant « sorti de prison », revanchard primaire. J. Lee Thompson a signé un film de son temps. Manichéiste à plein. En noir et blanc, images mais aussi scénario où il y a le bon, tout bon (Gregory Peck), et le méchant tout méchant. La version moderne de ce « Cap Fear » est très supérieure avec de Niro en « méchant » étonnant, subtil. Je n’aime pas que les vieilles affaires culturelles soient toujours meilleures (ça arrive !) que les actuelles. J’étais content, et Aille aussi le disait, qu’il y ait net progrès. C’est normale, non ?
Oh, oh , oh ! « Fear is right ! » Cris au salon ! Soudain, encore la bête ! La bestiole, identique à la première, va et vient, cherche où se cacher. Cette fois, pas de pelle pour faire couler le sang, non, Aile m’apporte une couverture-guenille et je saisis ce nouvel intrus, agrippée à la cheminée, je cours le jeter en bas de la galerie.
Vendredi matin, je vois Aille en caucus ave notre voisin Maurice. Un débrouillard qui a vu neiger, de Baie-Comeau à Sorel, de Haute Rive à Tracy. Elle me reviendra avec une cage à écureuil. Une trappe qui ne tue pas, qui renferme. Il s’agirait de petits d’écureuils, nouveaux nés surgis dans l’entre-planchers et/ou l’entretoît. Bien. Bon. « Par ici, c’est fréquent », a dit Maurice. Vendredi midi, avant de quitter les lieux, Aile a mis trois noisettes …et une petite tomate dans le piège fatal. « Oh Clo ! C’est regrettable, on ne reviendra que samedi, la bête devra rester enfermée si longtemps avant sa délivrance ». Dois-je pleurer, renifler au moins ? Mottte, je la ferme. C’est une entreprise sérieuse.
Ce matin, Aile empressée de délivrer notre captif…trouve la cage vide. Et la tite tomate…plus là ? Examen minutieux. La bestiole pas assez pesante ? Questionnaire. Visite express chez Maurice. Retour : « Ça va marcher. Je vais remettre une tomate mais mieux fixée. Le poids suffit. Il y a que la tomate ne doit pas rouler à bas de son socle-déclencheur, etc. etc.
Ma chère Aile en inventeur à la Léonard Da Vinci calculant l’effet de sa machine de guerre…qui ne tue pas. Je m’amuse. Comme un fou. Sans le dire. Pas fou !
5-
On cherche toujours l’officiel poète fédérat. 20,000 piastres, imposable ! Je voudrais voir la liste des candidats. C’est ouvert à la confrérie écrivante. Comme « entretenus de l’État », les petits camarades en « fines lettres », membres ou non de l’UNEQ, s’y connaissent, croyez-moi. Luc Perrier, poète de Saint-Jean, ce matin, en lettre ouverte, offre son âme et son cœur. Amusante caricature. Le ridicule ne tue pas ? Jean-Louis Roux pourrait se forcer et avec son bon gros cachet sénatorial pourrait bien accepter les deux futiles taches. Et Jean Lapointe, le chanteur, compositeur à ses heures…en fou du roi Chréchien ! Non ? Ou cette brave Sagouine, la Viola Léger, non ? Mon Dieu, un petit effort ! Ottawa s’ennuie tant au milieu des copains démarcheurs engraissés.
C’est une vieille coutume angloise ! Une folle mode bien britannique. Il faut imiter nos bons maîtres, pas vrai ? Pas facile donc de trouver un troubadour pour le patroneux de Grand-Mère, un domestique un peu cinglé, sachant compter les césures et les pieds, arranger les rimes; trouvons vite un trouvère pour le château gothique des rivages du canal Rideau et de l’Outaouais, ouais ! Urgence ! Que va devenir le temple des « favoris » sans un écrivain d’État ? Ah, je le sens, va falloir que je me dévoue : j’irai à Westmount pour rencontrer le valet patenté Roch Carrier, il me donnera le mot de passe du traître québécois, le mode du code du raciste inverti, le questionnaire du « collabo » et je passerai le test fédérastique, yes sir !
6-
Vendredi, revenant des studios « Shop Angus », je dis à Aile : « J’ai vu le coin, je peux pas croire qu’enfant, tu marchais de chez toi, rue Molson, jusqu’à Christophe Colomb pour ton école Saint-Arsène. Toute une trotte, quinze rues non ? » Aile : « Oui, c’est pour ça que je suis en forme —qu’elle a de si belles jambes, j’ajouterais— et quatre fois par jour, hein ! Le midi, je mangeais en 4 minutes et demi et je repartais, l’hiver compris, à 25 sous zéro ! » Je n’en reviens pas, non !
Coup de fil rue Bates. Charles Mayer, 80 ans, veut me parler. Ex-camarade en décors, Hongrois d’origine. Il a fait des gravures. Nos belles grosses granges et autres bâtiments de ferme. C’était un habile dessinateur, vraiment très fort. Je lui donne deux, trois noms d’éditeurs « plausibles » de s’y intéresser. Il me dira : « Je jasais avec Peter Flinch (venu d’Allemagne, lui, c’était l’ONU à la scénographie de la SRC), tu sais, on est venus ici en émigrants et on va mourir en émigrants. Vous ne nous avez jamais vraiment acceptés. » Je jongle. Muet. Ne sais trop quoi rétorquer. Et-ce si vrai ?
Télé : vues du Cachemire, visions du Cambodge ruiné, Jérusalem encerclé, l’afrique secouée, Congo-atroces-chicanes, Israël aux bombes, querelles du monde. Des images de misère, de sang. Faut regarder. RDI, Canal D, TV-5, Historia, ne pas se boucher les yeux. Documents indispensables. Savoir, tout savoir et ne pas savoir quoi faire. Aux nouvelles d’ici : motards-à-drogues mis en prison. Oh relativité !
Un camionneur, routier à long fardier, raconte sa pénible vie à la télé d’Enjeux. Métier effrayant. Les mensonges. Les faux papiers. Rouler 14 heures sans dormir ! Un monde sinistre. Il ose tout dire. Il risque son job. Certain. Il pense à ceux qui vont venir. Il aura un terrible accident en bout de reportage. Oh, oh ! Psycho-soma ? Culpabilité ? Acte pas manqué. Ces 24 roues que l’on croise le jour, tard le soir, dans la nuit, on rouspète. On les craint. On fait bien ! On en voyait partout. Danger: les conducteurs poussés à la rentabilité doivent rouler, rouler très longtemps. Et vite ! Oh ces affreux travaux forcés modernes ! Ces galériens à couchette au-dessus de la tête ! Pour gagner du temps faire des calculs faux pour tromper les inspecteurs… sinon…le boss va grogner. Horreur !
7-
Au balcon de Juliette et Roméo, rue Hutchison, Pierre-Jean me raconte une réalité —du genre qui m’arrivé aussi parfois—: sa Carole, en congé jeudi, a besoin de relaxer. Pas une sinécure son job à l’urgence de la « Centrale-des-petits-cœurs-fragiles » (Institut de cardiologie). Il ira, seul, au Jardin Botanique pour y admirer les plantes. Devant lui, cheminent deux jolies femmes. Il remarque qu’elle sont joliment vêtues, à la mode, bon goût, elle gesticulent et s’arrêtent aux exhibits, semblent des connaisseuses en botanique. Il finira être proches d’elle et découvrira, désarçonné, qu’elles ne sont pas du tout ce qu’elles semblaient être. Une parlure, disons comme jadis, « commune ». Au bord de la vulgarité.
Comme c’est vrai désormais, avec toutes les infos qui circulent maintenant, des gens de toutes conditions apprennent à comment s’habiller, bien manger, se choisir du bon vin, rouge ou blanc. Ils restent tout de même ce qu’ils sont profondément, des incultes. Jadis, on pouvait facilement déceler de quelle classe sociale venait telle ou telle personne. Il m’est arrivé ainsi de croire que des gens étaient, comme on dit, du « milieu », artistes ou même —« boubo », ou « bobou » ?— bourgeois bohémiens, petits bourgeois et je finis par les entendre parler et c’est, à mon grand étonnement, des personnes qui se soucient comme d’une guigne de mal paraître, de mal parler, d’avoir un accent « cheap », d’analphabète !
Au souper, tantôt, à ce sujet, Aile me raconte : « Au Centre Rockland, vendredi, hier, une dame remplie de bijoux, vêtu richement —allure d’une dame de la haute. Quand je la côtoie à un comptoir de lingerie (Linen Chest), c’est le langage du bafouillage, ,l’absence totale de vocabulaire et des exclamations infantiles, des protestations puériles, idiotes, avec un accent « faubourg à mélasse ». Elle m’avait paru une riche et oisive bourgeoise de Westmount.
J’aime que l’on soit différents. Je me croyais fou de lire trois livres à la fois, en voyageant de l’un à l’autre. Vincent Bilodeau, lui, c’est dix ! Il déteste les biblios —j’en fréquente trois— car il tient à posséder ses livre. Il ne donne jamais ses bouquins. J’ai tout donné à la biblio locale.
À la fin de « Conversation », D.Bombardier : « Maintenant, toujours révolté ?, vous espérer quels changements ? » Je m’entends dire : « À 71 ans, je ne crois plus aux idéologies. C’est futile. Il faudrait coucher l’homme sur un bloc-opératoire et le changer, fondamentalement. » J’y pense : est-ce que je favoriserais la manipulation génétique radicale ! Seigneur ! On a pas une heure, pas une minute, pas dix secondes à la télé. On vous questionne :répondez vite, svp.
Mercredi dernier, piste cyclable, Aile me dit entendre des gazouillis variés d’oiseaux, détecter dix, vingt odeurs différentes, plantes, fleurs naissantes…Elle ne fume plus, elle. Je l’envie. Faut que je stoppe définitivement. C’est rendu dix par jours (clavier et cibiches vont de pair !) c’est dix de trop.
Vu, mercredi soir dernier, un docu de télé, sur cette célèbre Virginia Woolf —saphiste avouée, cocue misérable, suicidaire, déprimée grave, pacifiste et prophète à sa façon, féministe, bourgeoise « victorienne » de gauche, suicidaire— que je ne connais pas vraiment. Vive déception. Ouvrage pour spécialistes. Allusions à des personnages que j’ignore. À des textes inconnus. Pas de chronologie aucune. Suis-je trop linéaire, trop ancien pour apprécier ce genre en mosaïque ? Regrets. Je trouverai un livre, un jour. Carole Rioux, vingt ans plus jeune, au « Colloquio », m’a dit avoir estimé. Grandement. Cette V. W. :méfiante farouche de : familles, classes, nations, a eu père despotique… trouver « Une chambre à soi », « La traversée des apparences », « La chambre de Jacob », « La promenade au phare », « Orlando »( sa biographie). Elle disait deux choses importent : « Le sens critique et l’intelligence. Le reste… » Elle insistait : « Ne jamais séparer vie privée et vie publique. (vrai !) Cela explique les hommes ».
Discussion récente (avec Julie S.) : avoir trop fait de mes petits-fils des princes, sans cesse leur enseigner qu’ils étaient uniques. Était-ce dangereux ? La vie si raide, si bête…Ne plus savoir si j’ai bien fait. Je me disais s’il s’estiment suffisamment, ils se conduiront toujours comme des hommes de valeur. Avais-je raison. Ma fille disait : « Atention, pas trop, ne pas trop leur monter le bourrichon, la dure réalité sera terrible en vieillissant ». Qui a raison ? Ne plus savoir. J. S. dubitative elle aussi.
Un courriellisant D.M. me stimule. Il tient des propos vivifiants. Il est léger (« L’insoutenable… » de Kundera), me fait sourire. Précieux.
Chez Stanké, on publie un livre et on invite au lancement tous les gens nommés dans le livre. Foule. Si Beaulieu invite au lancement de ce journal (cet automne) tous les gens nommés, il faudrait louer un aréna, non ?
Milan Kundera : un vrai roman : le texte qui est pas adaptable, nulle part, nu au théâtre, ni au cinéma, ni à la télé. Alors…oh ! Le journal, le livre parfait. Inadaptable en images. Nulle part.
Lu ce matin : en Afrique 18 lignes —par groupe humain tel— de téléphone. Chez nous, en Occident industrialisée : 565 lignes par même nombre de têtes de pipes. C’est clair comme ça ? Un signe énorme ! Woolf, écœurée, dénonçait Churchill, jeune : il avait participé à un massacre horrible en commandant des batteries de mitrailleuses (engins nouveaux) en colonie d’ Afrique. 25,000 morts d’un coup ! En face, des Noirs qui n’avaient pas même un mousquet à pierres, juste des javelots ! Vive l’impérialisme britannique, vive l’Empire, vive Churchill, jeune ! Ensuite ? Venez me révérends pasteurs ! Nègres idiots : place à nos bons missionnaires protestants. Ça bat un peu Champlain au bord de l’Hudson tirant sur les « sauvages » qui s’enfuient, découvrant « la mort qui court », un fusil. S’il avait eu une mitrailleuse, hein ? Place aux Récollets et aux Jésuites, place, pace ! Le sabre et le goupillon, comme au Mexique, comme partout en ces temps de belles missions civilisatrices des Blancs si purs !
Oui, « Il n’ y a au monde que l’amour qui soit quelque chose », bien dit madame Sand, bravo!