Le dimanche 2 juin 2002

Le dimanche 2 juin 2002

Jours de pluie…

1-
« Ça va mal à shop » ce matin : froid insolite dehors. Un 2 juin ? Ce juin part bin mal ! La météo annonce : « gel au sol ce soir » ! Un cri ! C’est ma belle Aile très découragée : « Bon. Merde ! On va rentrer les fleurs, le plant de tes tomates, tout. » Yvon Deschamps : « US QU’ON S’EN VA ? » Papa répétait face au moindre caprice du monde en marche : « Ça, me enfants, c’est les conséquences de la bombe atomique ». Elle avait le dos large.
Je croise le André gigoteux et valeureux et vigoureux, jardinier chez le juge, mon voisin, je lui dis : « L’hiver va revenir ma foi ? » Ses yeux s’arrondissent, sa bouche crochait, il a pris le visage terrible d’un sorcier déçu : « Ouen ! Ça fait peur ! Le monde à l’envers ! Le monde va croche ! » Et il repart de son pas de bourru, marmonnant, grognard, d’inaudibles imprécations. André vient presque chaque jouir chez les Boissoneau d’à côté. Ce André impayable gratte, creuse, jette de la terre, ici et là, déplace des rochers, tond sans cesse, caresse virilement ses plantations, examine la pousse de ses efforts. Le juge a de la chance de pouvoir se payer un tel zélé « conservateur » de son jardin.
Aux nouvelles : braillements généralisés. On veut de l’argent. Celui du peuple. Écœurant ! La grand’ peur ces jours-ci Ottawa énervé par les scandales à propos des tripoteux qui les sucent des fonds généreux, a mis un moratoire. Stop ! Fini les folies ! Plus rien pour la propagande fédérate ! Les téteux à festivals tremblent ! Et vous ? Et moi ? Est-ce je lance, moi, un festival ? Non. Je suis pas assez riche. Eux ? Des « quéteux à cheval » : ils comptent sur l’argent public ! Le nôtre. Saloperie ! J’aimerais ça être producteur, et vous ?, aider des talents, soutenir des créateurs, encourager des imaginatifs, mais non, j’ai pas les moyens. Eux tous ? Sont comme vous, et moi mais se rabattent, ces parasites, veulent l’argent du trésor commun des taxés ! Honte ! J’aurais aimé ça être éditeur : pas les moyens et je refuse de téter l’État, le citoyens-travaileurs.
Un téteux va rétorquer : « Quoi ? le gover’n’ment donne aux entrepreneurs (G.M. ou Bombardier) de ci et de ça, donne aux usines, aux manufactures…pourquoi pas à nous, aux « parteux » de festivals variés, on draine du tourisme, non ? »
Bombardier, subventionné, génère des jobs ? Les festivaleurs rozonniens , subventionnés, remplissent les chambres des hôtels, nos restaurants du Vieux. Un système où c’est le travailleur qui soutient la patente marchande quoi.
Bon. Bien. Je me tais. Ottawa revenez vite, mettez vos unifoliés mur à mur. Ne tuez pas la beauté de ce monde, les Group’Action. Qui congédient déjà pour faire enrager le politiciens. Je suis un candide : je me disais que « pas riche », il ne me fallait pas oser installer une machine du genre : producteur de film, de séries-télé, d’éditions, de spectacles, etc.
Un candide ! Un nono. Un pas-capable.
Que les parasites intelligents en profitent et laissons-les chialer aux nouvelles : « On veut vos sous, cracheurs d’impôts ».
Allez travailler lundi, demain matin, et on vous prélever une part de vos gages : il y a « Juste pour rire », Le Jazz, le Festival du film, ma cabane à éditer, ma compagnie de production de séries-télé… Allez suer en mornes bureaux, en sordides usines, en exténuantes manufactures.
Les « gros » ? Ah les gros, eux, ils jouissent d’exemptions d’impôts car il y a l’investissement à amortir et leurs super-comptables- fiscalistes veillent aux « crédits ». Pus il y a les abris aux îles, « portes » de fausses compagnie aux îles machin-chose, non ? Demain matin, va travailler le nigaud candide !
2-
Ai donc débuté le Trevor Ferguson. Est-ce mal traduit ? Est-ce trduisable. Le Ferguson a peut-êtrre un style si original que …En tous cas, les yeux sursautent sans cesse. Aile : « Regarde donc ça dehors ! » Derrière le Ferguson et moi, soudain, hier soir, dimanche, une lumière faste dans la fenêtre du salon ! Collines sombres sous un fabuleux ciel nuageux découpé par un soleil invisible et pourtant radieux ! Une belle ancienne gravure dans un livre d’histoire sainte ! La beauté ! Notre ébahissement. Silence dans le salon.
Ai expédié, hier, ma lettre mensuelle à ma quasi-jumelle, Marielle. Un méméring bien-aimé. Marielle, un lien avec ce qui reste —si peu— de la famiglia !
Bien conseillé, j’ai pris, vendredi, de l’onglet (?) à l’École Bouffe. Sorte de bavette. Saignante ! Samedi, délicieux souper, à s’en lécher les doigts : artichauts (miam !), fèves et mini-tomates d’Aile.
Vu un reportage sur la (maintenant devenue célèbre) pépinière Jasmin au nord-ouest de l’ex-village Saint-Laurent. Le descendant, Pierre J., disait : « Au départ, nos vendions 300 vivaces par année, maintenant, c’est 3,000. Par jour ! En mai, c’est souvent, par client, jusqu’à mille dollars en achats. »
Ce vaste et florissant commerce, visité par la caméra de télé, se situe là même où l’ancêtre, Aubin, en 1715, faisait abatis sur abatis. Du « bois debout » couché à jamais. Où poussent désormais plantes exotiques, arbrisseaux variés, fleurs de toutes les couleurs; semailles « qu’on part » sous d’immenses serres climatisées. Non, on arrête pas le progrès, mon p’tit Chose !
Même le parc Jarry, jadis, faisait partie de Saint-Laurent. Papa me disait que, enfant, il y avait une barrière à péage —il y en avait partout pour pouvoir payer les cantonniers— au coin de la rue Saint-Laurent et de Castelnau, délimitant son village natal de la paroisse où il s’installait pour toute sa vie, Sainte-Cécile.
3-
Rassuré par les critiques (bien complaisants !), vendredi, sommes allés nous divertir en toute confiance « chez Astérix », Carrefour du nord, à Saint-Jérôme. On a ri. Souvent. C’est un très rapide défilé de gags visuels —effets infographiques connus —qui redondent partout, toujours les mêmes— avec des « répliques » (les « one line ») efficaces et le vieux jeu des anachronismes —Berval en jouait en 1950 à son « Beu qui rit » mêlant Corneille, Racine au joual— bref, on rigole et on sort de « Mission Cléopâtre » comme des nuls, des vides. Un humour épais, la maladie infantile du ciné actuel. Quelques gros (gros Depardieu !) noms n’ont, hélas, rien de solide à interpréter. Gaspillage de talents. Ce n’est pas pensé, ni écrit, c’est « dessiné ». Comme le comic-book à cinq cents de nos dix ans. Pas mieux, ni pire. Ir-recommandable. À personne. À moins d’une envie de pop-corn. Et encore.
Avant c’était mieux ? « Play Time », un film du Tati de 1967, revu vendredi, tard, à ARTV ; bien long, trois heures, et pas souvent comique. Piétinement intolérable dans sa caricature d’un monde d’acier, de verre et de plastique avec ses mécaniques à minuteries.
Pas comique non plus d’entendre le chanteur Renaud (tant aimé par mon fils et sa bande jadis) raconter sa chute récente. Le pastis, Pernod, Ricard ? « Une drogue dure », dit-il. Bon, il sort de son enfer et se remet en scène pour raconter son voyage (« bad trip ») aux rivages du Styx. Sa grande fille — « Je te reverrai plus jamais si tu t’en sors pas »— fut sa planche de salut. Jim Morrison n’avait pas de grande file, lui ! Un Vigneault (La Presse) a des bémols pour sa récente ponte. Aïe! Cette thérapie peu appréciée ?
Aile en état de choc hier matin, lisant la chronique nécro, La Presse : deux mortes. Son âge ! Gisèle et Monique. Qui travaillaient à la SRC comme elle. Très songeuse l’Aile interloquée.
4-
Hier, un docu de la BBC sur les frères Coen, cinéastes américains (« Fargo », film parfait). Les témoins bavassent vainement, potins vains des amis, camarades d’école, acteurs divers. Odieuse et facile technique du saucisson comme toujours. Après : leur film « Miller’s crossing » (ou « Un cadavre sous le chapeau »). Ouen ! Pas fort. C’est « Le parrain » en brouillon de potache. Trop de bandits, trop de sang, trop de futiles coups de revolver… et humour rare. Pas fort parfois nos chers Coen.
Samedi en fin d’après-midi, un vrai bon film. « Insomnia ». Un « remake » d’un vieux film suédois, me dit-on. Pacinon, excellent comme souvent, en flic expédié en Alaska (paysages étonnants parfois) avec Robin Williams en écrivain raté. Fameux duo. Une aubergiste dira : « Ici, en Alaska, il y a deux mondes, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont venus toujours pour échapper à quelque chose. » Vrai pour tant d’apatrides, d’exilés. Si on excepte les réfugiés fuyant les prisons des dictatures.
Ce matin j’ai lu le cahier-livres de La presse, hier Le Devoir culturel du samedi, ai achevé L’Actualité … et pas de stimulations. Aucune. Pourquoi ? Lisant parfois un magazine de France, j’en sors toujours stimulé. Je songe à l’importance (pour les jeunes surtout) d’être stimulé. À quoi ça tient ce « manque » ici ? Épuisant de s’auto-stimuler sans cesse en une contrée trop souvent insipide…Ou bien, c’est la direction-rédaction des écrits d’ici qui est nulle. Ça se pourrait. Avant… dans mon temps.. dans les années ’60… Me taire là-dessus. Refus du rôle de vieux schnock nostalgique, pourtant…Me taire. Ça changea un de ces jours. L’espérance. Vertu.
5-
Ce matin, espace du store levé, un oiseau frétilant (un quisscal ?) juché au faîte d’un haut sapin. Comique. Aile me dit avoir vu cela, il y a deux jours. Silhouette remuante bizarre. L’étoile (noire ce matin ) qu’on posait au bout de l’arbre de Noël !
Loué « du québécois » vendredi soir. Merci aux critiques complaisants encore ! De Francis Leclerc (fils du grand Félix) « Une jeune file à la fenêtre ». Le navet des navets ! Ennui profond. Trois couples de jeunes aspirants-artistes dans la Vieille Capitale en 1920. Navet songé par quatre (4) scénaristes —obligation de Téléfim ? Quelques images photogéniques (facile à Québec) et récit ennuyeux, comme…non, « pire » que la pluie.
Aile penaude puisque, la veille, elle rapportait du vidéoclub cet autre navet « Comédie de l’innocence », pas moins assommant que le Leclerc malgré l’actrice Isabelle Huppert. Le talent est rare ? Pas de syntaxe ni grammaire filmique, pas de rythme partant. Du cinéma où l’on tourne séquence sur séquence sans tonus; films sans vie en découlent.
Coupures retrouvées, je corrige deux choses :1- C’est dans Le Devoir et non dans La presse qu’un édito, fort bien intitulé « Shame on you ! », fustigeait le racisme anglo de The Gazette où l’on nous traitait collectivement de racistes fascistes ( ref : le kirpan d’un écolier Sikh intoléré par le gouvernement). Le quotidien de Power-Gesca ménage The Gazette. 2-C’est Ouimet, le nom de la stupide qui déclarait come étant de « même farine, notre SSJB et l’ « All-liance Kouaybec », la très subventionnée par Ottawa. Coup de pied au cul perdu.
La SSJB se veut tellement « moderne » : on invite une Nanette Workman, un Éric Lapointe et Cie comme « figures patriotiques » à Montréal. À Laval, le 24 juin, ce sera le magnifique Claude Dubois et l’emblématique Gilles Vigneault. Vive Laval !
6-
Polar, suspense, « spy-story », film que l’on veut voir : « The sum of fears » (à Saint-Jérôme encore), basé sur un Tom Clancy (que l’on a comparé à Jules Verne. Franchement !). Marcel Sabourin y tient un bref rôle, un néo-nazi de France. Terroriste avec bombe nucléaire. Rien que ça. Quoi, à la Maison blanche, on la craint l’arnaque des arnaques…la nucléaire. Via les conteneurs puisque 2 % seulement sont examinés dans nos ports. Souvenir : 1975. J’avais lu « La bombe chez vous » avertissement de l’atomiste —qui travailla à Fort Alamo en 1944— Ted Teller. Secoué par ses révélations, fin 1966, je publie « Revoir Ethel » pour revoir Éthel et aussi pour le polar « d’une bombe atomique sur le stade Olympique », en construction à ce moment-là. Invité à « Parle, parle… », je narre l’intrigue de mon roman et j’entends l’animateur (Giguère) qui me dit : « Mais Claude ! Un film américain va se faire sur ce thème qui aura pour titre « Black sundae ». Imaginez ma stupéfaction ! Le roman n’eut guère de succès chez Stanké.
7-
Aile excitée. Page E-3 de La presse :on parle d’un entrepreneur, M. Marin, qui va construire un gros bloc de condos dans le joli jardin derrière notre pied à terre, Chemin Bates. On avait acheté pour ce boisé plein d’oiseaux. On voit une photo :un de nos voisins de palier, le lousianais valeureux, Zacharie Richard, tout désolé devant de arbres déjà sciés. Personne ne manifestera pour défendre des petits- bourgeois gâtés qui se lamentent pour une « escarpement vert », pas vrai ? On a tenté une bataille il y a deux ans et sans aucun succès. « On a besoin de taxes », disait le maire et ses conseillers. « Meanwhile, back to… ce M. Martin qui est aux prises avec les autorités municipales car un de ses blocs, à Verdun, pourrit déjà sur place ! Prometteur derrière chez soi.
Hypocrisie ? Même jour, on voit le maire Gérald Tremblé (sic) en vélo. L’article dit qu’il l’a loué pour la photo et, chose faite, le vélocipède Gérald est allé reprendre vite sa Mercedes !
Enfin, je reçois un courriel de Québec-Tourisme sur le projet fou —de M. Claude Langevin, originaire de Larouche et devenu collectionneur-galériste à Manhattan— de temples achetés, démolis et puis en voie de déménagement de Cochin (en Inde) vers Larouche (au Saguenay). Pour tourisme de haute gamme. Réponse : M. Jasmin cher. Larouche, c’est une affaire totalement privée. On a absolument rien demandé à notre ministère pour ce projet ».
Et clac !
Installé au rivage, je regardais… le vent. Deux oiseaux —noires, oui, chère Aile !— viennent se suspendre dans le tout jeune feuillage du vieux saule. Oh ! Joliesse ! Ravissement ! Une gravure délicate d’un peintre japonais classique ! La beauté une fois encore ! Le bonheur.
J’oubliais, vendredi à 17 h. … Comme d’habitude, porte ouverte à l’École Bouffe, c’est les ruades (homes et femmes aussi), la course effrénée pour obtenir les bons plats. À mon côté, une nouvelle venue sursaute à mes sparages et me jette : « Mal élevé d’effronté, va ! »
Je n’en reviens pas. Je dis rien. Je me sens redevenu le gamin de dix ans dans la ruelle et j’entendais maman me répétant : « Rentre toi, petit effronté de mal élevé ». On ne change guère?
Jean-Claude Germain l’a eu enfin ma brève nouvelle pour sa revue « L’ ». Mon titre : « Germaine braille p’us, est morte ». Je raconte en huit brefs paragraphes l’assassinat, près du bingo de la rue Papineau, de mon héroïne. Je vais envoyer copie à mon Marco de gendre pour le site. Ce meurtre littéraire : au fond envie de quoi ? De me débarrasser du passé. Des ouvrages d’antan. La mort pour en finir ? Ma crainte de radoter ? Ma Germaine n’existe plus et ça m’avance à quoi ? Mystère !

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