Le samedi 22 juin 2002

Le samedi 22 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Pour nous réveiller plus tôt, nous laissons les stores pas mal ouverts désormais. Ainsi je vois le paysage en me réveillant. Ce matin, vue bizarre, impression d’immuabilité. Brel : « plus rien ne bouge ». Aucun vent, pas la moindre brise. Les sapins droits debout, les feuillus aussi comme en arrêt de vie. Hautes épinettes si droites. Du stand-up…comices ? Et le silence total. Pas un son. Pas d’oiseaux ? Ils grassesmatinent (mon plaisir de néologiser) ? L’amour et la tendresse. Caresses ailées. Remuement conjugal autorisé —toléré— par toutes les églises même si on est pas mariés ! Et Aile, légère, chantonnant, ira au lavabo la première. Je roupille heureux. Ouvre et ferme le regard. Atmosphère un peu surréaliste derrière la moustiquaire des deux larges fenêtres sur le lac. Garde-à-vous, nature ! La fin du monde sans prévenir personne ? Enfin, rompez : une toute petite brise agite mon « flag » bleu et blanc, ça vient du nord-ouest. Ciel couvert. Humidité comme hier, je la sens.
Tant s’imaginent que, connu, tout roule dans l’huile. Oh non ! Les attentes se multiplient. Exemple :l’éditeur de « La petite patrie » ne répond pas à mes courriels. Je veux leur accord pour cet album illustré de mes aquarelles. Rien. Silence des Graveline et des Soucy chez « Ville-Marie-Sogides ». Les écrits restent ? La peur de…
L’existence des créateurs est tissé d’attentes. Qu’est-ce que ça doit être pour les « pas connus » Seigneur ! Ainsi, un projet de série-télé —« un retraité tranquille se fait happer dans un cortège de trafiquants véreux »— fut déposé chez l’héritière de Claude Héroux (retraité, lui). Pas un signe. La politesse ? Bof, le monde des affaires ne connait pas ce terme. Même projet déposé plus tard chez Fabienne Larouche (« Aetia »). Silence après un mot gentil : « Merci de l’envoi. Je vais lire cela, Claude et je vous reviendrai». Air connu que ce « je te reviens là-dessus ». À TVA, Chamberland (parti depuis), recevait un projet : « vie dans une station de radio commerciale », j’étais à CJMS. « C’est bon, bonne idée. Je te reviens… » Souvenir : aux archives de la B.N. : « Avez-vous dans vos cartons des romans abandonnés, des avortés ? » Moi : « Oui, beaucoup ! » Eux : « Ah, parfait, excellent ! » Étonnant, non ?
Courriel d’un ironiste doué, Daniel Marleau : humour toujours, fines drôleries. J’en suis stimulé. Il reste léger (légèreté de l’être, Mister Cioran ?) malgré un deuil tout récent.
2-
Vu hier soir Harvey Kettel à ARTV. Vive la télé ! Un formidable acteur raconte ses débuts, ses bons coups et ses méchants…. Passionnant. Aux actualités ensuite : déprime. Des enfants tués des deux bords. Israël et Palestine à n’en plus finir de sang et d’horreur. Arafat appelle l’Onu, les casques bleus !
Aile en safari nouveau » assassinat de fourmis sur la galerie. Bombe aérosol. Bien brave ma belle Aile …pas comme avec les écureuils…
Hier, Carole, la sœur de ma bru : en cinq minutes, en dix clic-clic, elle a pu me raccorder avec le courrier…démanché par mes réparateurs. Éblouissant pour un nono en machines ordinées.
Facal se l’ouvre et le chef des cuisines péquistes,Bernard, pas content. « Assez de sucer les clases moyennes », dit Joseph.
Les travailleurs, cols bleus, blanc, rouges, se font piquer leurs sous mécaniquement, n’ont pas de conseillers fiscaux, eux.
Des messages (chers courriels !) me stimulent, mon marcogendre avait donc raison, ils me disent : « on découvre vos romans, on vous lit ». Le journal m’apporte donc de nouveaux amateurs de mes proses diverses. Chaud au cœur.
Dégoûtant reportage hier à la télé sur les petits pieds obligés des Chinoises : un martyr pour bons mariages. Sottes traditions ! Barbarie. Clitoris coupés ailleurs. Sales coutumes. Les languedeboisés disent : « respectez les traditions ancestrales des autres ». Mon cul !
3-
Hier, je fulminais contre la non-intégration volontaire des émigrants. Dire clairement : oui, en cours de festivals divers, oui, aux chants et aux musiques et aux danses exotiques. Non, quand on veut s’installer parmi nous. « La bottine souriante » obtient de bons succès en visiteurs, partout. Les Écossais, friands de cette B.S. ne vont pas s’inscrire à une école de « set carré ». Le enfants des émigrants souhaient devenir des Québécois àpârt entière. Ottawa et ses sbires subventionnent les ghettos :il faut absolument diluer ce 84 % de la population. On nous dira un jour, le mal accompli : « Taisez-vous, vous n’êtes qu’une partie de la belle grande mosaïque canadian. Silence ! »
Hier, télé encore, un écolo crache sur le monde, la foule , les masses. Il craint que le beau parc naturaliste qui va recevoir les VIP (Groupe des 7) se détériore avec les améliorations apportées. « Il y aura davantage de gens ici ». Ces purs détestent le peuple ?
Souvenir : il n’y avait pas de Parc Paul-Sauvé à Oka. Nous y allions avec une clé clandestine. Gros cadenas des Sulpiciens dans le temps. Maintenant, la foule. Certes avec des dégâts. Jadis ces gens —qui ne vont pas à la mer dans le Maine— en jouissent de cette plage immense. Bravo. Ils salissent, pis ? Les écolos n’aiment pas le monde !
4-
Mort d’Alfred Tramta, dessinateur exilé du Luxembourg. Il était une sorte de dépanneur pour nous, les scénographes et longtemps, avec un Jean Dion. Des petits jobs plates. Indispensable Tramta pour les émissions de tables et chaises. Il était modeste, souriant sans cesse, zélé, poli, se pliant à mille contraintes quand il faut, subitement, arranger un studio pour un invité de marque qu’on attendait pas.
Avec « Sursis pour l’orchestre » et « Amen », j’en était venu à détester les Allemands, toutes générations confondues. Stop ! Ce matin, bonheur en Allemagne. Au foot, le pays de Goethe vient d’écraser les USA, en Corée du sud. Photos de jeunes sprtrgs germains et allures d’un monde normal. Ne pas oubloer, ces footballeurs n’étaient pas nés quand les « vieux » se nazifiaient en vitesse saluant bien bas Monsieur Hitler qui les protégeait des dangereux communistes. La vie fonce.
5-
Un loustic regrette (publiquement) la « parade » familiale de la Saint-Jean. Il a raison. On fait cela le soir désormais. Fini les enfants réjouis de jadis. La technologie préfère la nuit pour faire luire ses effets visuels lumineux. Hélas ? Oui. Cette année, pire, ce sera comme un long commercial (des plogues ) pour publiciser nos différents festivals, hiver et été. Regrettable démarche. Souvenir : un Pierre Garneau m’enrégimentait (avec d’autres scénographes) pour un premier essai de défilé de nuit (1968 ?). Ce fut un grand flop. Nous avions pondus des chars « modernes » beaucoup de plastique translucide, de l’aluminium découpé, des formes avant-gardistes. Le défilépopulaire du 24 juin : c’est la foule, des fanfares tonitruants, des bouffons au soleil du bon Dieu, des « chars » aux messages clairs et nets. De la candeur quoi ! Des prétentieux marchands de bébelles « flashy » se trompent.
À entendre des grognons, il faudrait leur changer le peuple.
Nation nigaude disait le drogué et névrosé fils à maman, Baudelaire, un surdoué en poésie. Ainsi le peuple n’aime pas les livres. L’État des bourgeois (Diane Lemieux, Louise Beaudoin) va y voir : « Vous allez aimer ça, la culture, ou bin on va dire pourquoi! » On fait payer le peuple gnochon, de force. Veut, veut pas. Des millions vont à entretenir artificiellement les arts. Belle démocratie ! Ah oui, si on pouvait changer de peuple, hein, les subventionnés ?
6-
C’est quoi un esprit libre ? Celui qui peut écrire, librement, ce qu’il veut. Faisons un pari : je donnerais mille ou dix mille dollars à un Mario Roy (ou à un André Pratte) s’il ose publier dans « La Presse » : « Il nous faut un pays indépendant. Nous sommes une nation, nous devons avoir un seul gouvernement ». Si je veux, je pourrais publier une défense de l’état fédéral centralisateur. Si je le décidais, je pourrais le faire. Je suis un esprit libre. C’est cela, exactement : pouvoir exprimer ce que l’on veut, librement. Les politiciens ne sont pas des esprits libres. Il y a « la fatale ligne du parti ». Les esprits libres sont rares. Et, jalousie, sont très détestés par les enchaînés de tout acabit.
Ce Jean Dion, du Devoir, a du talent à plein. Ce matin, parlant foot, il m’a fait encore rigoler. Il écrit : « étendu dans mon divan en véritable simili-cuirette »…Le comique ! Rare au royaume des sports, cet humour. De ce côté c’est la gravité niaise pour chaque match de quoi que ce soit. Se prendre au sérieux, c’est cela. Et le ridicule ne tue pas ces « gérants d’estrade ».
La fille de Félix, Nathalie, voit à perpétuer la mémoire du papa magnifique. On va inaugurer un musée à l’Ile d’Orléans, le 24 juin. La fille de Riopelle, Yseult, s’y emploie aussi. Et moi, ma fille ? Fera-t-elle quelque chose, moi mort ? Hum ! Je veux un oratoire, une nef imposante, un mausolée remarquable, je veux un monument…monumental…rue Bélanger, angle Saint-Denis, là où l’on jouait à la tag, à cachette, au cowboy, à moquer le buandier chinois, le guenillou « plein de poux les oreilles plein d’poils », le maraîcher et le marchand de glace. Là où je faisais le « cheval de coton » avec tit-Gilles pour les cinéphiles du Château et du Rivoli. Espoir mince.
7-
« Nous, le peuple… » (comme dit la Constitution des révoltés de 1776 à Philadelphie) avons payé deux millions six cent mille piastres pour acheter des tableaux de Riopelle. À Québec, sur les Plaines de la Défaite, il y en avait 70, il y en a 270 maintenant. Idem au musée de Montréal. Vous êtes mieux ça du Riopelle. On bin on y voir ! J’y reviens : la culture imposé.e de force comme dans « L’hiver de force ». Fiez-vous, nation nigaude, aux élites.
Elles veulent votre bien. Cela dit, je tiens un « Pavane « (triptyque) ou « La roue » pour des ouvrages de génie, du génie dees couleurs, Riopelle. Sacha Guitry disait : « On devrait remercier ce grand despote, Louis XIV, il nous a mis notre argent de côté, Versailles rapporte encore et beaucoup à l’État ! »
Remercions aussi l’État-gangster : Loto-ceci et cela rapporte beaucoup à l’État.
Ce matin, N. Thériault du Devoir m’emprunte un titre de roman, le cahier « Communications » clame : Et tout est silence ». Titre de mon premier livre. Chaud au cœur.
8-
Rêve curieux. Vendredi il y a sept ou huit jours. J’observe un jeu scénique. Acteurs masqués. Manèges bizarres. Menaçants. Ils tombent du ciel. Plouf ! Je sursaute chaque fois. Plouf ! Pantomime confuse. Grimaces comme m’étant adressées. Buissonneau m’approche (que je rencontrerai il y a deux jours !) me tire la manche. Il veut que je participe à ce jeu fou. Je résiste. Il en est faché. Il me fait une démonstration. « Facile, non » ? Je dois improviser. Un silence. On guette ce que je vais faire…ou dire. Tiraillages de tous. Un comédien se confie à moi. Il en a assez. M’invite à fuir avec lui. Un camion ramasse tout. Je refuse de partir en tournée. Plouf !, surgit une sorte de gérant. D’où tombent tout de monde ? Je cherche des yeux. Édifices partout, escaliers à incendie, tours obscurs. Soudain, Jean Letarte est à mon côté. Il rigole. Se fait rassurant. Me dit de foncer. Il est rigolard.
Bizarre :certes, on venait de m’inviter à cette fête pour le
50 ième anniversaire de La Roulotte. Sur la terrasse, vendredi dernier, l’ai-je dit ?, à une relationniste, je lui dis : « Deux anciens de La Roulotte, Luc Durand et Jean-Louis Millette vont venir, je les ai contactés » Elle sourit et passent alors, au même moment, au dessus de nos têtes, deux mouettes (ou goélands)! « Vous parlez au diable, vous ! » Moi : « Non, au bon Dieu ».
À La Moulerie, rue Bernard, jeudi soir, bouffe avec Aile, Josée et surgissent Louise Rémy et son chum, Claude Bérard, un des meilleurs cameramen de la SRC, jadis. Placotages en tous genres. Je is à la serveuse : « Louise Rémy faisait ma mère dans la série télévisée « Booguie Wooguie ». Elle : « Ah oui, , j’étais trop jeune pour regarder ça ».
Ferme-la un peu, le vieux, les jeunes ne savent rien de tes œuvres et de tes pompes.

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