Le mardi 25 juin 2002

Le mardi 25 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Adieu la fête nationale ! Ciel adéquat pour un lendemain. Grisailles au firmament. « Quoi ? Non, Clo. Pas de vélo à matin., trop sale ciel ! », dit Aile. Connaissant son cochon d’ « artisse », et sortant de ses ablutions (que c’est long la femme au lavabo du matin !), elle fait couler un bain souvent. Pour me faire taire, elle y jette de cette mousse rendant l’eau tout bleue avec des nuages de « cream puff ». Ça me fait rire. Je me sens une gogoune. J’y patauge. Hérédité ? Mon père détestait l’eau et le savon lui aussi. Fils de paysan ? Ma Germaine de mère criait après lui.
Deux jours de fête tombés dans… « l’abyme du rêve », (Nelligan). Visite du Groupe des 7, dimanche. Homards alla Ramona. Quinze tomates la bête au moins ! Aile : « Bof, une fois par année! C’est 30 au restau ! » Josée, son ancienne scripte de la SRC, devenue fidèle amie, est venue l’aider samedi. Ça revolait dans cabane et je me tenais sage, silencieux, discret. Il y a longtemps que c’est : « Toi,, mon Cloclo, je te demande juste d’animer nos invités, t’es excellent là-dedans, ne te mêle pas de la cuisine ! » Compris. À jamais. J’en profite. Je joue l’amphitryon zélé et efficace.
Un dimanche capricieux : ils arrivent, descente groupal au rivage. Belles couleurs vives, toujours quand le temps est gris. Jasettes : potins et nouvelles. Mimi en vacances de son job et pour longtemps. Retraitée précoce, pétante de vie. Elle a été fêtée, l’avant-veille à son collège (abandonnée) Marie-Victorin. Qu’elle aimait, qu’elle aimera toujours, dit-elle. Songe à « vraiment » peindre. Un vieux rêve enfin praticable. Josée, elle, contente d’enfin toucher du fric après ce conflit maudit (lock out) de la SRC. André (Dubois) observe le rivage et tourmente sa Michèle : « On devrait s’acheter un spot dans les Laurentides ». Mimi : « Non, non, merci ! Trop d’ouvrage. » Cancans. Méchants et gentils. La pluie nous arrose. On remonte en vitesse sur la véranda. Reprise de nos échos. Rires et souvenirs de vacances en groupe de jadis. La pluie plus forte à un moment donné. Avec du vent. Rentrée en catastrophe au salon. Le repas parfait d’Aile. Un peu trop de vin… blanc, rosée, rouge. Au dessert, quatre femmes
À l’unisson : les mères pas fameuses. Manque d’amour. Blessures diverses. Mineures et majeures. Freud, caché, écoutait le lamento des filles pas assez aimées ! André et moi, muets. Puis : « Moi ma maman m’aimait » !, je dis. André opine du bonnet. Quoi ? Les mères aimaient davantage leurs garçons ? Ça se peut-y ça ? Silence là-dessus. Il y a des yeux mouillés. Ah, « l’enfance,
cicatrice jamais refermée », disait la grande Colette.
Trois du groupe parent marcher jusqu’au joli parc de la rue Chantecler. C’est long. Les « restés au salon », nous décidons de tout éteindre dans la chaumière et mimer le sommeil. Je monte me coucher, Josée aussi (elle a sa chambre, ici), Mimi s’étend sur le divan. Le noir total. Rires quand les autres reviendront enfin. Un beau dimanche.
Je n’y tenais pas mais André (producteur) me reparle, rageusement, de notre échec pour la vente d’une série avec moi en prof-vulgarisateur des peintres d’ici. Le refus par (ARTV, Canal D et Historia) de notre « démo » avec Cornélius Krieghoff. Il voudrait approcher Télé-Québec et me dit : « On fera un nouveau « pilote », en septembre, avec ton cher Marc-Aurèle Fortin ». C’est ça un ami ! Je lui disais avoir préparé une belle émission sur M.-A.F, avec les reproductions et tout.
2-
Hier après-midi, petit speech du romancier adélois sous une des tentes (site de l’ex-hôtel Monclair). Une cinquantaine de curieux.
J’ai narré mes 4 ou 5 Sainte-Adèle. D’abord j’ai raconté les mensonges affreux de mon père sur les Laurentides. Devenus des ados, nous lui demandions de vendre Pointe-Calumet pour un chalet « dans le nord ». Papa noircissait les lieux :innombrables mouches-noires effroyables, rochers dangereux dans des eaux profondes, pas de plage de sable, le froid dès le crépuscule, les bêtes sauvages rôdant partout…
J’ai raconté la découverte du « nord » réel à seize ans avec le club de skieurs du collège Grasset. Le Saint-Adèle du temps du Centre d’art, du premier théâtre d’été, de l’ex-écurie du Chantecler où j’avais tenté de tenir atelier de potier, enfin, le Saint-Adèle des années 80, l’installation rue Morin, rédaction de mon premier polar « Le crucifié du Sommet bleu », les « Contes du Sommet bleu », etc. On m’a dit avoir aimé mes anecdotes.
Nous retournions parmi les ballons, la musique et les enfants maquillés pour le « souper aux brochettes ». Rencontres variées. Un monsieur Groulx (sosie de l’acteur Claude Blanchard) nous raconte longuement le temps des prises de vues pour « Les belles histoires ». Il y faisait de la figuration. Nous révèle des accidents de tournage fort cocases. Secrets sur Paul Dupuis (Arthur Buis) , le gros curé Labelle (Desmarteaux) , Alexis, Ducharme et Cie. Son père fut un pionnier du lieu, du côté de la Rivière aux Mulets. . Captivants souvenirs. Il m’a promis des photos « antiques », tout un album. En rentrant, nous croisons une petite famille. M. Côté m’arrête : »Je vos écoutais à CJMS avec Arcand. Que de bons souvenirs. Vos histoires… parfois je pleurais de rire. Exemple :cet ancienne blonde de vos dix ans, rencontrée avec vos petits –fils, devenue une armoire à glace avec moustache »! Il riait encore. « Vos petits-fils criant après son départ : « Ouasch ! Papi, c’était ça ta première blonde ! »
Sa femme rit avec lui, le gamin sourit de voir rire son père. Puis : « Je me souviendrai toujours de votre conte de Noël, à CKAC, l’an dernier, de ce pauvre Ovila, son taudis à Ville Jacques-Cartier. Fameux. » Parfois, on se questionne :ça sert à quoi nos bavardages ici et là et voilà que, hier soir, j’avais devant moi un des « invisibles ». De la radio. Qu’il était encore content de ses auditions. Requinqué le bonhomme, je vous jure. Aile étonnée et contente aussi.
Dimanche matin, veille de la Saint-Jean, levée du corps et vue bizarre :des oiseaux fléchés ? Fléchettes éparpillées. Ils filent. Si vifs ! Ils traversent, fusées minuscules, les carrés de vitre dehors. Fuites éperdues ? Revenant de journaux (et cigarettes aussi , hon !), une femme, rentre chez elle en tenant un gros et très long chat par les patres de devant. J’ai vu ce gros collet fourré que portait ma mère autour du cou le dimanche pour être « chic and souelle » ! Rue Morin, vue curieuse de ce vieux collet vivant qui se laisse faire.
Dans ce « Tueur aveugle », le roman que je lis (d’Atwood), il y a un récit dans le récit. Sans intérêt pour moi : Alex Thomas (le mystérieux militant gauchiste du roman) raconte épisodes après épisodes un conte d’extraterrestre à l’héroïne riche, Laura (la suicidée du roman). Je poursuis car je reste captivé par les descriptions de ce milieu cossu, si inconnu de moi (le père de Laura est proprio d’usines à Port Diconderoga, près de Toronto). Atwood illustre ces anglos dominateurs, bien installés, à la bigoterie toute « victorienne » et les affreux secrets de famille. C’est si éloigné de ce que nous étions, collectivement, la vaste plèbe « canayenne ». « Le tueur aveugle » c’est le monde des possédants, des « big shots » anglos, ébranlés (la Crise très bientôt) dans les années 20. Je continue et je saute le « roman dans le roman », ces fables extraterrestriennes.
3-
Samedi, je tente de gonfler de vieux matelas de plage. Je pédale sur une bombe de caoutchouc. En vain. C’est fini, mité, ruiné. J’abandonne, bof ! Je vais me baigner avec un de ces spaghettis de mousse. Mon voisin, le gras rat musqué s’amène, toujours effrontément. Je n’existe pas. Il a la gueule plein de branchettes feuillus (du saule) et disparaît sous notre quai-radeau. Un nid ?
Le soir, je sors le téléscope acheté cet hiver du beauf-Albert. Josée et moi, nous tentons de capter une étoile au nord-ouest. En vain. Il faudra donc que je lise le…manuel ? Ouash ! Tripotage de lentilles et hourra : on l’a ? On voit la carapace de cette étoile, croit-on. C’est comme l’astronaute marchant sur la lune, mille cratères, une texture de gruyère. Quand on vise le restau de l’hôtel d’en face : mêmes cratères. Ouaille ! Bon, rentrons ! Les chauve-souris vont sortir.
Josée à Aile dimanche matin : « J’ai eu du mal à m’endormir, ça grouille chez vous, plein de bestioles courent dans votre entre toit ». Voilà Aile toute chavirée : « Merde ! D’autres écureuils ! Ah non ! » Je ris. Tout bas.
Hier soir, fête extérieure, ma chanson préférée à la télé, un formidable « Labrador » de Claude Dubois. Fort bien envoyée par son auteur. « Ah, ta chère toune, Clo ! », dit Aile. Je hausse vite le son. Jouissance. Cette chanson m’émeut. Sa petite musique de guitare sèche m’envoûte. Il est question de glace, de nord, du frère isolé, perdu, de solitude, du père et de ses chiens, d’enfants qui ont besoin de chaleur… En surimpression, —évocation touchante— images de Riopelle, si vieilli et puis tout jeune ensuite, pour illustrer la nature qu’il aimait tant.
Soudain dehors, pif, paf, pouf ! Les feux de nos artificiers bénévoles. Ça commence mais je sortirai quand Dubois —devant 200,000 fans du Parc Maisonneuve— aura terminé. Aile invitée à descendre le grand escalier, reste sur la galerie, seul je descend au bord de l’eau. Herbes mouillés, sandales trempés. L’eau du lac multiplie les effets d’or, de rouge, d’argent et de citron, les collines décuplent les « boums » terrifiants. Ça grouille chez Maurice-voisin dans des bosquets de myric baumier. Loup-garou, elfes humains ?
Au ciel c’est, au fond, toujours les mêmes étoiles, les mêmes éclats, les mêmes queues de comètes sifflantes, pétards, baguettes magiques, mêmes paons dispersés, mêmes chevelures de fées, mais —enfants éternels— on admire la bouche ouverte. Revenu, c’est la fougueuse « vieille » Nanette Workman, louisianaise intégrée à nous, et une jolie, très jeune haïtienne, talentueuse, Mélanie Renaud. En chorus : un cantique laïc inoubliable : « …je vous entends jaser sur les perrons ces portes… piailleries d’école… » etc. Un fort moment. C’est fameux.
4-
Je glane dans le dernier numéro de « L’Action nationale » et j’y retrouve une tendance à dénigrer la langue populaire des nôtres. Des puristes s’énervent. Réactionnaires, nostalgiques, froussards. Une langue peut survivre à beaucoup de coups, de chocs, Dieu merci ! Le jeune prof d’université, Larose, le vieux pédant élitiste, J.-M. Léger —d’autres— s’imaginent un sombre complot bien masochiste, de la complaisance à parler mal. Des linguistes trop laxistes veulent notre mort langagière.
Une névrose qui dure depuis longtemps, depuis les campagnes de 1930 en faveur du « bon perler ». Tout le monde est pour la vertu, allons les excités. On fesse sur des effets –notre langue bin maganée— en ignorant les causes. Un vieux débat. Futile. Vieilli, feu Georges Dor adoptait hélas le camp des Pinsons et abandonnait le camp des « moénaux ». Snobisme : les instruits lèvent le nez sur des inventions (syntaxiques, etc.) d’un peuple dominé, diminué, infériorisé, moqué, bafoué, en un mot colonisé si longtemps. La prolétarisation totale des nôtres (arrivant en ville avec l’industrialisation galopante )est la cause de ces effets, de cette langue si maganée. Point final. Envie de rétorquer mais « L’Action… » accepterait-elle mon point de vue ? Comme un doute tant on accorde des pages et des pages à ces « fines bouches », à ces « nez délicats » qui dédaignent à mort le « mauvais perler » d’icitte !
5-
On me la ramenait encore : « Pourquoi tant désirer inscrire tes jours en ce journal » ? Répondre encore :je sens, je sais le temps qui passe, qu’il ne m’en reste pas tellement. Je ne peux plus construire un gros ouvrage. Mon rêve de jeunesse : une sculpture d’extérieur, plus solide que du Henry Moore. Non. Trop tard. Sans être désespéré, me dépêcher d’inscrire des marques, mes mains chaque jour, ou presque, sur des murs de grottes modestes. Oui, une urgence de vivre. Mettre ma griffe sur des éphémérides juste par plaisir, espérer des petits plaisir chez ceux qui me lisent.
Un hebdo régional, « Accès », surprend souvent. Une Frédérique David (un Nadeau aussi, un Desjardins) cogne très dur sur la corruption des favoris des régimes en place. Rare vent frais dans ce monde des hebdos qui sont, le plus souvent, des encarts de publicités locales. « Accès » offre même de l’espace à ce prof Lauzon (de l’Uquàm), le merveilleux don quichotte anti-exploiteurs.
6-
Notre argent public, dépensé comment ? Cinq cents millions de dollars pour deux petits jours de palabres dans les Rocheuses.
Penchez-vous là-dessus… cochons de payeurs de taxes ! Pourquoi pas un tel caucus —de 48 heurtes— dans un grand hôtel bien organisé du centre-ville à Toronto ou à Vancouver, à Montréal ou à Halifax ? Sans ces bataclans ruineurs, soldatesque déployée, police montée, barrages multiples. Sordide entreprise, gaspillage effarant pour discuter… de la pauvreté en Afrique ! On se moque des gens.
Soudain hier soir, Aile : « Je t’écoutais sous la tente : tu as révélé le secret, cette École Bouffe ! » Moi : « Oui, eh oui. J’ai toujours eu horreur de cette sorte de secrets, des privilèges. Tant pis si on est 50 demain aux portes, au lieu de la dizaine habituelle, tant pis ! » Elle rigole.
Mes chères « lettres ouvertes », ce matin, une chipie bien bourgeoise braille :elle sortait des HEC (pas de l’usine), elle allait chez le boulanger chic d’Outremont, rue Bernard, et puis chez les bonnes glaces du Bilboquet, même rue. Trottoir pas parfait, hon !, elle fouille… Cheville tordue, avant-bras éraflé et elle menace le maire Temblay ! Franchement ! Y a qu’à regarder où l’on pose les pieds, non ? Je préfère l’autre correspondant qui conspue notre actuel gouvernement élu de ne pas mieux se servir de son réseau, Télé-Québec, pour contrer la propagande fédéraste. Comme il a raison. Pourquoi pas des actualités commentés à T.Q. Au diable la loi fédérale, le CRTC et Cie, à bas l’autocensure perpétuelle du patronat de Radio-Cadenas aux « nouvelles ». Fin des reportages-bidon sur le canard blessé en Saskatchewan, province lointaine car il faut absolument parler des neuf autres provinces !
Il y aurait menaces, procès ? Pis ? Ça prendrait cinq, dix ans avant d’aboutir à l’auguste cour « soupream » des Pères Noël, à Ottawa. Entretemps, T.Q. ferait un ouvrage essentiel et normal. Mais…Plein de poltrons trop sages au pouvoir à Québec.
7-
Vu un documentaire étonnant à la télé. Sur Salamanque. Ville universitaire fameuse. Place publique régénéré, fêtes commémoratives à l’espagnole, joyeuses. Des « fous du Roy » partout dans les rues. Ce fut un « centre du monde », longtemps. Du temps qu’il y avait trois universités : La Sorbonne, Bologna et…Salamanque. Bibliothèque étonnante. Architecture de toute beauté. Échanges d’étudiants de toute l’Europe et d’ailleurs aussi. Jadis une vraie capitale européenne, comme Bruges en Belgique. C’est quand je vois des films de cette sorte qu’il me prend des envies de tout vendre, de n’avoir plus qu’un passeport et une malle et de partir à l’aventure avec Aile.
Vu « Le privé », film d’Altman, (ce soir, un Altman à ne pas rater) d’après un polar du célèbre Chandler, avec son célèbre « privé », Marlow, joué par Elliott Gould. Atmosphère, atmosphère…Oh oui ! Nous l’avions vu…Quand ? Plaisir de le revoir. Le polar, la loi du polar : on l’oublie vite, on le retrouve et on y reprend plaisir.
8-
Tantôt, je reçois un coup de fil de cette dynamo de la rue Liège, Francine Ladouceur (laferveur, son vrai nom). Son projet avance, cette expo de mes aquarelles petitepatriesques (j’utilise un néolo d’une courrielliste de ce matin ), que j’offrirais gratuitement pour ses œuvres.
J’ai la frousse : ne lui ai pas dit que j’étais insatisfait de mes premiers barbouillages, faut pas énerver le bénévolat . Je panique un brin : vite laisser ce journal pour peindre d’autres essais sur le « guenillou plein d’poux les oreilles plein’ d’poil » et autres fantômes de mon enfance. La frousse ! Dieux des peinturlureurs descendez sur moi !
J’y pense encore à ce film loué « Les légendes de Rita », quel bon film, loué sans regret aucun. Mort. Fuite. Prison. Espionnage obligé. Cavales. Amours. Le Mur horrible à Berlin. La mort de l’amoureux au pied du mur. À la fin (de ses déboires), sa fuite en moto malgré les gardes armés. Sa mort sur la route aussitôt. Récit d’une ex membre de « La bande à Baader », terroriste ballottée, outil de manipulation pour la Stasi de l’Allemagne de l’Est (1970); elle découvrira la folie folle de son anarchique combat. Ah oui, un film épatant ces « Légendes de Rita ».
9-
Une question l’autre jour :que devient donc X, ex-vedette de télé un temps. Réponse : « il joue au bridge, fou du bridge. » Ah ! Étrange destin. Pour un autre, j’entendrai : « Il ne pense plus qu’à la pêche » ! Ah ! Pour un autre : « Le golf est devenu son unique passion ! » Bon, bon ! « Destins —chantait le cher Tino Rossi à maman— lorsque ta main frappe à ma port-e- destin ! »
Rêve en trois lieux : A- Table à dessin, Radio-Can. Une dessinatrice accorte. M. L. Le camarade Hugo W. entre et jette ses esquisses sur une table de coin. Tassement. Caresses sur table à dessin ! On ouvre une fenêtre. Du vent. Plans qui s’envolent. H.W. s’amuse avec M.L. Je joue le surveillant. Moi ? Bizarre.
B- Boul St. Joseph, angle St. Denis. Bureau de design. Attente pour des plans. Extérieur. Jour (comme dit le ciné). Passage d’un défilé militaire. Des maisons encagées (du « sarnia bridge »). Partout. Soldats en pause. On boit. Debout. Farces grossières. Rires rauques. Le glauque. Des casques très ronds. (Ça vient du film avec cette anarchiste « Rita », un autre sur la Résistance, en France, vu récemment, avec Lino Ventura. Connivences ?) Défilé militaire reprend, grossit. Des casques trop ronds, comiques. M. L. y est encore, l’accorte dessinatrice. (Le lien ? Je sais pas trop.) Un camion vient. Tous y montent. M.L. aussi avec Hugo W. Entassement. Un public qui fuit ? Le chef-designer me colle, il veut des infos que j’ignore. Les plans de rénovation ? Il l’exige. Je proteste. Me dit de montrer avec tous les autres dans ce camion-navette. Allant où ? Il dit : « pour l’est, la Longue-Pointe ». (L’asile ?)
C-Rue Sherbrooke, angle Papineau. Beauté de vieilles maisons retapées. J’admire. Une guide à touristes parle dans un mégaphone. Une veuve va vendre, me dit-on. Une ligne de badauds s’enfle sur le trottoir. Tout sera démoli si aucun acheteur. Je traverse Sherbrooke. Trois belle filles sont dans le parc Lafontaine, pas loin. Des infirmières. Costumes brillants. L’une est vieillie précocement (La Rita du film ?). Une beauté discrète, on se moque d’elle, je vais vers cette sauvage maltraitée comme timide. Elle m’invite chez elle mais je refuse, je crains d’y aller. Je flaire comme un piège. Elle insiste. « Une bière ? Un thé, un café ? » Me tire par la main. Je regarde partout, ne veux pas être vu avec elle.
Le réveil. Brusquement. Ah, le mystère des songes !
10-
Je reviens à l’instant de l’École Bouffe ! J’étais le premier arrivé…avec mon petit panier ! On sera une dizaine, pas davantage. Merde, que des biscuits, des brioches, des pains ! Je prend une soupe —crême de tomate— congelée, une boite de brioches. Merde ! Je relis toujours, en poche —40 minutes d’attente—« Brève histoire du temps », oh la la !, astrologie de pointe, cosmograhie (cosmogonie ?) branchée, termes géants et obscurs, prévisions inouïes, trous noirs et étoiles naines blanches… « Si on y parvenait, à telle équation funeste, l’on pourrait, demain, assassiner vos pères et mères et cela avant qu’il ne vous aient conçus ! » Temps tordu, espace tordu. Bon, bon. Temps et espaces emmêlés, au diable ! Assez. Pouce ! Je traînerai un autre « poche » à lire la prochaine fois. Surtout qu’il est difficile de me concentrer quand ça pépie autour dans la file. :
Non, pas bon vulgarisatteur le Hawking. À moins que ce soit moi, le bouché total. À 18h., tantôt, mon éditeur velelbesque, troispistolien, jasera à ARTV. J’irai le regarder parler. Demain, une équipe —de ARTV justement— ici. Ils viennent « pré-voir » l’écrivain qui barbouille aussi. Quoi, et le journal tenu ? Rien, pas assez visuel, c’est ça ? Désormais, l’image primera, partout, toujours, que des images et un grand silence, ou bien des commentaires chétifs, brefs. Le philosophe et prophète Yvon Deschamps : « On veut pas le savoir, on veut l’voir ! »
Bon : « encore un peu de temps et vous me verrez, encore un peu de temps et vos me verrez plus. »
Alors, j’écris mon journal.

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