Le samedi 29 juin 2002

Le samedi 29 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Mon tertre (de parking) à pétunias (St.Joseph, pas cher) …pas bin beau. Têtes penchées. Rabougries. Pas assez de terre ? Séraphin Jasmin aurait trop ménagé en sacs de terre, c’est ça ? » La démone. Hon ! Un démon n’a pas d’ailes ? Quoique ce Lucifer, ange déchu (je restais si jongleur à cette seule idée, enfant) du petit manuel, illustré avec de grandes ailles noères, non ?
Les annonces de pluies (jeudi) de Miss Pronostik, de la schnoutte. Il fait beau soleil encore ce samedi. Avec du vent, youpie! Le jardinier du voisin s’amène chez le juge et vroum, bizz, alors, je me dis, l’accompagner ? Nous p’tit déjeunions (épais Devoir et Presse du samedi étalés) sur la terrasse donnant dans la rue et Aile : « Regarde l’autre côté de la rue, des coupeurs de pelouses, va les voir. Ne te fatigue pas, c’est trop dur pour toi, Clo ». Non, que je me dis. Exercice, exercise, a dit le docteur Singer, la doctoresse (en menus) Parker :j’y vais.
C’est fait, bien fait et vite (« trop vite » grogne Aile ) fait. Sueurs. Je nage dedans. Voilà que mon petut radeau dérive au loin. Y avais ancré qu’un demi-bloc de ciment. Je nage le ramener et lui accroche un autre demi-bloc. Bon. Bouge pus !
Ouf ! Le sandwich à la dinde me colle à l’estomac. Si je peux arriver à « manger lentement » (comme dixit les Parker et Cie). Je suis toujours comme pressé. Depuis que je suis petit. Il y avait tant de batailles à livrer dans ma ruelle. Un cow-boy ne mange pas lentement. Plus tard, il y avait tant de belles filles à fleureter dans les rues de Villeray. Plus tard, il y avait tant de choses à voir, à faire, à installer entre deux romans ou deux décors. Et organiser de jeux pour deux beaux enfants que j’aimais.
Je me jure de ralentir. Sinon, un jour, je me frapperai à…Je ne sais trop quoi, mais ce sera fatal. « Ralentir, travaux » , disent des enseignes de rue. Chaises à matelas jaunes. Repos mérité. Aile lit de la presse du jour et moi je terminais ce « Tueur aveugle » d’ Atwood. C’est bon. J’ai aimé. J’ai pris grand plaisir à mieux connaître un milieu cossu, un monde de crésus de Toronto dans les années 30. L’inconnu m’intéresse. Margaret Atwood, fille d’un savant prof de Toronto, a peint en noir très noir ces gens de « la haute » commerciale. Un mari absolument diabolique. Hélas, ce n’est qu’en fin de roman que tout éclate, que tout s’explique. Pas du tout certain que ce truc soit le bon. Apprenant, enfin, les fils tordus des manigances, je regrettais de n’avoir rien su tout au long de cette méticuleuse (600 pages !) description des us et coutumes d’Ontariens vénaux et dénués de toute conscience. On choix. Un risque. Une écriture bien organisée. Chapeau à elle !Aile me dit qu’elle va s’y mettre et sans cesse me disait souvent : « Chut, tais-toi, je le lirai ». Je me taisais donc. Avec regret tant ce long récit suscitait des surprises chez moi.
2-
Ce journal, depuis six ou sept mois, m’a apporté un tas de bonheurs. Des fidèles surgissaient au courrier et commentaient. Il y a, en particulier, ce Daniel Marleau (de Longueuil) dont j’ai déjà parlé. Son dernier message est savoureux encore une fois. Il me nomme « Monsieur du pinceau », ou « monsieur du saucisson de mousse ». Je rigole. Marleau écoute du Fauré, du violoncelle de David Darling… Oh ! Comme je reste pris avec ce chagrin : être ignare en musique « seurieuse ». Chez moi, enfant, rien, que des chansons populaires et, plus tard, ado, du boogie woogie. Plus tard, chansons encore seulement : Brel, Ferré, Léveillée, Vigneault. Des airs d’opéra populaires. Ils sont grands et forts mais je sais que je passe à côté de sons importants en ignorant Bach, Mozart et Cie.
Aile a loué ce midi (pour ce soir) « I am Sam », avec l’acteur Penn, si brillant devant Lipton à ARTV récemment. Hier, c’était le mari fidèle (« 27 ans d’amour », a-t-il dit à Lipton) de la belle actrice brune, Francine Racette —qui abandonna le métier— Donald Sutherland. Il a eu des mots cruels pour sa petite patrie (la Nouvelle-Écosse). Il a été brillant, disert, montrant une gravité de bon aloi face à son métier. Le Lipton appréciait grandement. L’heure a semblé quinze minutes !
Ce matin, j’avais lu l’article censuré de Stanley Péan, Foglia assomme le démissionnaire de son canard avec raideur. Capable de mesquinerie à l’occasion, le surdoué vélocipède du Vermont (attraction étatsunienne fatale pour nos émigrants ?) laisse croire qu’il entrera sous peu au Devoir où l’on défend Bombardier « puisqu’elle y est chroniqueure ». Foutaise foglienne car le Péan (j’ai lu) est bien méchant envers la dame. Trop. Pourquoi son attaque bien méchante sur son « Ouf ! », quand il y a tant de livres qui se publient ? Ainsi, jadis, un Stéphane Lépine, intello pur et dur —congédié récemment des ondes culturelles de la SRC— me fessait. Le coup ? On cogne sur une notoriété et ainsi on est certain d’avoir beaucoup de monde à son écrit. C’est classique. Le mépris du personnage « trop connu » s’y déploie.
Péan, que j’aimais bien en intelligent et généreux chroniqueur de jeunes auteurs, se fit piéger. Cette incursion (inhabituelle chez lui) chez « une vieille » détestable (à ses yeux) l’a perdu. Bin bon pour toi, Stanley !
Une pétition d’artistes (dont mon amie dame Faucher) s’insurge devant un tas de « remplacés » sur CBF-FM-Culture. On refuse ces changements pour la saison qui vient. Or, on peut mettre X à la place de Y et Z à la place de A, cette radio pour petit public averti gardera son auditoire disons… d’ordre confidentiel. Le grave problème c’est que cette section de la SRC n’arrive pas à bien communiquer les divins fruits d’une élite déconnectée du public. Une radio publique doit savoir répandre la culture, initier efficacement, se sortir du cercle des affionados. Ce groupuscule a accès aux meilleurs livres, aux meilleurs concerts etc. mais reste impuissant à bien communiquer. Chez ces gens-là, vulgariser est comme un mot cochon !
3-
J’ai oublié de dire qu’avec le film « Nœud et dénouements » on voyait vivre un monde simple (Terreneuviens modestes), fait de travailleurs. C’est si peu fréquent un peu partout. Spacey, et les autres, n’était ni ingénieur, ni architecte, ni quelqu’un de la jet set. Sa tante qui ramasse l’urne funéraire de son grand frère (le papa du héros quoi) qui verse cela dans sa « bécosse » et qui chie dessus —puisqu’il l’avait violée à douze ans— était une forte scène. Il y en avait des tas d’autres même si,comme je l’ai dit, le scénario partait dans tous les sens, hélas.
Dame Denise Filliatreault (qui dansait divinement le jitterbug à Pointe-Calumet en 1946) voit son film (« Alice ») se faire démolir allégrement partout. Elle doit croiser les doigts. Si le bouche à oreille est bon, si son film remplit les salles, elle va se déchaîner. Ou se taire comme font les responsables de la série « Les boys ». Entendre : les cinéphiles sont tous des cornichons, le bon peuple, lui, en redemande. Vous bourrez votre affiche de vedettes populaires de la de télé, vous pondez une histoire molle, abracadabrante et la sauce risque de prendre. Démagogie ? Certainement.
Je dois absolument me jeter dans mes illustrations. La table à dessin est là, dehors, elle m’attend. J’ai peur. Lâche que je suis !
Et vous, le Marleau ironique, pas de farce plate, hen ? C’est dur d’avoir un peu de talent.
Demain dimanche : on travaille pas le dimanche, mécréant ! Hon ! Prétexte. Un de plus pour retarder mon boulot. J’ai peur, c’est simple. Peut-être que je devrais confier la tâche à un vrai dessinateur, un fameux. Mais… À demain ma table dehors…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *