Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».

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