Le mardi 4 juin 2002

Le mardi 4 juin 2002

Jours de pluie…

1-
Safari hier soir ! On regarde —tiré d’un roman-vérité de Peter Maas— « Serpico » à Artv. Le calme au salon, à l’écran les coups fourrés contre le jeune flic new-yorkais des années ’60, l’anti-« pourris », une histoire vraie, ce pur si bien jouée par Al Pacino, si bien réalisé par Sidney Lumet —si jeune le Al quand on pense à celui du bon film, « Insomnie », vu il y a peu— et soudain : cris d’Aile! Je sursaute.
Son index indique, là, là, derrière la télé ! Film vif, en temps réel : une bête ! Est-ce un lion ou un tigre ? Je cherche des yeux. Je vois l’intrus. Pas vraiment un mulot, non ! C’est quoi ? Aile et moi abasourdis. Rendu sous la fenêtre, la grosse bébittte nous fixe, crâneuse… monte sur une plainte chauffante, en redescend, file sous le porte-journaux. Angoisse d’Aile. Ô cinéma d’horreur ! Maintenant seul, il se démène, sans notre aide, ce vaillant Serpico qui doit s’enferrer en anti-magouilles policières !
Debout, impuissants, on cherche à « comment faire sortir l’impudente bestiole ». C’est un genre rongeur, plus gros qu’un rat, moins qu’un écureuil. Sorte de Suisse en miniature. Il court le long du mur ! Aile bondit pour lui ouvrir la porte-patio du coin à déjeuner. Il ne sent rien le petit zéro. Un nul. Il vagabonde. Je cherche quoi faire. Ce matin, nous avions vu une tomate rongée sur le comptoir de la cuisine. C’était donc lui. Mais d’où vient-il ? d’où sort-il ? Erreur donc d’avoir acheté et installé deux trappes à souris. Le fromage non, les tomates, oui !
Il grimpe sur un fauteuil. Nous défiant, ma foi ! Petits cris de souris de ma tendre Aile très énervée. Ah les femmes et les souris, c’est connu ! Je dos donc faire l’Homme. M’empare de la pelle de la cheminée et…bang ! Il gigote. Re-bang ! Du sang sur le parquet ! Il frétille, secousses mortelles et puis immobilité.
J’ai mal, fifi que je suis. J’ai pas aimé ça. Je « pellette » le cadavre chaud dehors, au dessus de la balustrade de la galerie. J’éponge ce sang. Ouash ! Adieu ! Je guette des applaudissements mais c’est : « Oh non, Cloclo, non ! Comment as-tu pu faire ça? »
Allons voir comment va se faire piéger par ses camarades vénaux ce policier courageux : coup de pelle fatal à la fin sur la bête et Serpico éliminé, handicapé, s’exilera en Suisse. Ouf !
Tantôt, merde, une autre tomate rongée ! Ils sont-étaient donc deux ? Ou quatre ? Misère ! Je suis allé porté les trappes à la cave. Encore cette pelle près de la cheminée ? À ce soir le numéro deux…mais on a trouvé mieux, on jettera un blouson sur le faux-suisse et hop, dehors ! L’expérience civilise.
2-
Une fois de plus, hier soir avant le dodo, on a rentré toutes les corbeilles de fleurs. La météo annonçait encore du « gel au sol ». Ciel tout couvert ce matin. Un 4 juin ! On s’ennuie de nos vélos.
L’ami frelishburgien, le théâtreux Pierre-Jean, avec sa Carole, une « peuthe », acceptent un « souper en ville » pour vendredi soir. Quand je sortirai de mes deux animations pour Bibliotheca-jeunesse. La recherchiste m’a couriellisé tous ses documents et je suis prêt à confesser Bilodeau et Faucher. Je me sens fragile pourtant, un peu comme avant ma première du temps de TQS naissant avec mon talk-show littéraire qui échoua. Courage Cloclo ! Ce sera plus facile de converser avec dame Bombardier mercredi, demain. Le sait-on assez :plus facile de parler que de faire parler. Denise est un vieux singe et connaît bien le métier :ça va donc aller tout seul.
Hier, appel du benjamin des Barrière, mon cher Gabriel-le-trompettiste. J’allais l’appeler. « Papi ? T’es encore là ? Tu viendras pas ce soir à mon concert au collège ? » Oh non. Nuit blanche, indigestion —le très gros et gras et délicieux bœuf chez Claude-le-Niçois— et récupération du gourmand malmené tout ce lundi. Je fume moins et je mange trop (Aile itou, qui ne fume plus du tout !). Je veux ralentir la bouffe. Je bedonne !
Télé. Pivot, lourdaud, complaisant, à Manhattan en quête de francophones pour ses « Double Je ». Paul Auster parle : « En France , on jase, on discute, on mange bien, on boit, on fume, on prend le temps de vivre, j’aimais ça. À New-York, il y a plus d’énergie et ça me manque quand je m’absente. » Un intervenant dira : « Les Français n’émigrent jamais vraiment. Ils retournent un jour ou l’autre en France, pas le cas des autres : Italiens, Grecs, etc. » Souvenir : notre premier séjour à Manhattan, 1962, Aile avait vingt-cinq ans moi trente et un, —voyage qui me fera écrire « Ethel et le terroriste »— avec plusieurs rencontres de new-yorkais parlant français, du taximan au proprio de galerie d’art. Notre étonnement, l’agréable surprise alors ! Avec Pivot, hier, un Noir, exilé d’afrique puis de Belgique, tenancier d’un club, « Le papis rouge », dit : « New-York, c’est Babel et personne ne nous demande jamais d’où nous venons, c’est fameux ! » Drôle de binette de Pivot qui, avec raison, ne cesse de questionner tout son monde francophone : « D’où venez-vous ? »
Pourquoi cette satisfaction, de taire ses racines, ses sources ? Pourquoi ce besoin d’un passé anonyme ? Mystère à mes yeux, moi qui cherche toujours (comme Pivot) « l’histoire » d’un rencontré, Où que ce soit. Ce « cosmopolitisme à secrets » m’intrigue. On cache quoi ? On a honte de quoi ? J’ai repensé à l’aubergiste dans l’excellent film, « Insomnie » : « Ici en Alaska il y a ceux qui y sont nés et tous les autres qui ont toujours quelque chose à cacher ». Oh, oh !
Ai-je bien fait d’avoir refusé de participer à ce « Sommet-Mntréal » dans un pré-comité culturel. Ça démarre en grande aujourd’hui aux HEC et ça va durer trois jours en assises. Assis ! Je serais pris dans cette « gommer à projeter de l’avenir ». Ouengne ! Le Simard (du Festival du jazz) lui, projette à qui mieux mieux et parle d’un funiculaire partant de la rue Peel (angle Avenue des Pins) vers le sommet du mont Royal, puis d’une navette spécialisée pour faire voir le Centre-Ville des arts et spectacles et ces nouveaux « centres-multi-médias », du canal Lachine et de l’ouest du Vieux, lieux qui rassemblent les travailleurs visuels modernes; et quoi encore ? Patentes à allécher le tourisme, cette « vache à lait » que l’on veut traire épuise partout désormais sur la planète. Exemple : parade qui s’organise de gais et lesbiennes à, incroyable !, Jérusalem! Ô Allah ! Ô père-fouettard Yaveh ! Ô tourisme !
3-
Vérité ? « Alice… », un film folichon, parodiant les contes de fée, va sortir bientôt et son auteure, qui co-signait le feuilleton « 4 et demi », dira :« La télé est un médium d’auteur, le cinéma un médium de réalisateur ». On sent de la frustration —il y aurait eu douze —oui : 12 !— versions du script de ce « Alice… », elle avoue qu’elle n’a pas trop envie de revenir au cinéma.
Au théâtre aussi c’est « place à l’auteur », à la pensée. Le cinéma, lui, est affaire d’images, de mouvement, pas souvent de pensée, donc d’ « écriture ». Il arrive, Dieu merci, qu’on y trouve les deux : du grand et fort texte, de la pensée, des sentiments humains riches, féconds, développés. Avec, un imagier pas moins fort. Il n’en reste pas moins que si cet imagier est un génie, on se fiche alors du contenu, de la pensée. Exemple : Federigo Fellini.
Gazette ce matin : quinzième anniversaire, cet été, d’un spectacle d’amateurs : « La fabuleuse histoire d’un royaume ». Vu à l’été de 1988, Aile et moi en sortions ravis par la générosité des participants (bénévoles) malgré un manière de faire… disons primaire. Le seul « pro » de ce gigantesque et sympathique pageant ? Michel Dumont, né natif du lieu. Il fait a voix du narrateur des multiples tableaux à la sauce-Épinal. Sa belle voix est un enregistrement ! Encore : une machine à attirer au Saguenay des centaines de milliers de touristes.
Les plus vieux de mes petits-fils adoraient les effronteries de « L’album du peuple » du François Pérusse des débuts. Ils me le firent connaître. Je rigolais. Ce diable d’homme sort de six ans (6 ans !) de radio en France, Belgique et Suisse. Il revient ici et déclare : « je dois retrouver mon parler, ma languie » ! Preuve d’un clivage profond, en humour, entre deux sortes de français parlé. Ça me fait réfléchir. Anomalie ? Un Noir viendra d’Afrique ou de France et à « Juste pour rire » fera rire la foule, cela sans changer sa parlure. Nous sommes vraiment des bilingues !
4-
Le « double-you » Buch en visite chez les apprentis-militaires, à l’école célèbre de West Point, près de New-York, dans le New- Jersey. Son sermon sur la montagne : « le mal existe, la moralité est une réalité, nous devons, Américains, défendre le bien ». Qui et pour le vice, qui est pour le mal, contre le bien. Discours surréaliste ? Chirac, en campagne, allant à l’école de Saint-Cyr, le West Point des Français, dirait-t-il la même chose, offrira-t-il la même salade aux jeunes de l’élite des armes ? Traîné en cours de justice —pour divers abus de bien public— s’il n’avait pas été président, pourra-t–il parler sans s’étouffer du bien et du mal ? Bush, élu par « effoirage » floridien, magouilleur pétrolier avec la famille Ben Laden, a un front de beu ! La jeunesse candide, costumé, au garde à vous, écoute, la main sur le cœur, l’œil vissé au drapeau. Misère humaine ! Images de la télé qui m’assomment.
Oh la merveilleuse télé parfois : face à Lipton, le formidable acteur et réalisateur Sean Penn (génial dans « La dernière marche »). C’était la cinquantième émission, a-t-on dit, émission que nous écoutions, hier soir —merci magnéto— religieusement, Aile et moi. Le père de Sean, Léo Penn, réalisateur, fut mis sur la « black list » des chasseurs de socialistes et communistes à la fin des années 50. Je n’ai jamais aimé cette sorte de bouille à la Penn. Une connerie. À force de voir jouer cet excellent comédien, me voilà réconcilié avec ce genre de petit visage anguleux, cette sorte de face à claques —regard d’oiseau de proie ! Fou non ?
Aile —comme moi— est portée à juger quelqu’un vite, sur sa mine. C’est idiot sans doute, cette manière de juger quelqu’un sommairement, au premier abord, d’après la physionomie. C’est périlleux évidemment. Il y a de bonnes bouilles camouflant des salauds et il y a des faciès ingrats se révélant des gens de bonté et de douceur. Ainsi le fameux professeur et si brillant vulgarisateur Jacquard qui est si laid : il parle, il pense à haute voix devant nous et il est transformé aussitôt, se révèlant le plus bel homme qui soit, non ? Mais bon, c’est plus fort que nous —et vous ? et vous ?— on voit un visage, on se dit : l’hypocrite, le fourbe, le vilain ! Idiote manie qui nous jouera des tours regrettables un de ces jours. En tous casa, Sean Penn qui pense, qui répond, qui explique son art : un moment de grâce fantastique.
5-
« Campus » sauce porno » cette semaine. Le Durant naviguait en eaux troubles et il tentait de joindre le voyeurisme à l’utile. Panel d’auteurs divers. En France, c’est nuque au monde, vous prenez un mot du dictionnaire, n’importe lequel, disons : fruits, et l’on peut former un aréopage de publiants —et récents hein ? — sur ce seul mot ! Pivot le prouvait parfois. Fameux pays de cocagne que la France en la matière.
« Porno manifesto », signé —sosie de Dyne Mousseau— Ovidie (sic, quel courage !). L’actrice de « cochonnailles pour voyeuristes » réclame le respect ! Bon. Jouant la noble péronnelle qui en a assez du mépris des gens (eh !), elle a laissé croire qu’avec tout l’argent du « vrai cinéma », la porno serait bien meilleure. Politesse ?, pas un rire sur le plateau de Campus ! J’imaginais les producteurs cochons rigoler. Sont pas à pour l’Art mais pour le pognon vite gagné.
Deux rasés (aucun faux tondu), mercenaire du genre —des « hardeurs », dit Paris-Salé— leur livre sous le coude, naviguaient volontiers dans ses belles eaux et ses pieux vœux. Le vendeur de livres (n’ayons pas peur des mots, j’ai déjà fait ce noble métier), Guillaume Durant se montrait en arbitre neutre, oh ! une moue, une lippe, rien de plus. Les noms voletaient : Georges Bataille (« Histoire de l’œil »), Aragon (« Le con d’Irène »), Paulhan (« Histoire d’O »), Alina Reyes (qui était là), les propos spéculaient entre « illégal, illicite, illégitime ». Censure et exploitation mécanisée.
« side-dish » de cette tablée aux épices frelatées : un romancier-ex-Goncourt signe, lui : « Rencontre sous X », c’est Didier Cauwelaert. Récit d’un acteur raté gars, un « hardeur », qui fourre, sur signal, une actrice ratée (ratée :divine Ovidie qui va me haïr) et qui, ensuite, en tombe amoureux. Un oasis rafraîchissant, ce romancier coté parmi les « horribles » (Rimbaud) travailleurs du sexe !
Nous savons bien qu’il s’agit moins de cinéma que de pantomime (toujours la même, c’est ennuyeux). Un ciné muet, forçément, répétitif et où l’humour est strictement interdit. Le rire ferait débander l’onaniste. Après « la mise en vente » de la marchandise, il y eut, avec d’autres panélistes, quelques propos solides : Kafka rôdait, la malsaine « marchandisation » des corps fut évoquée et l’on fit bien d’associer : a) les publicités et, b) les clips-vidéos du rock à de la porno « light ». Un quidam déclare : « C’est Bataille qui avait raison : l’érotisme c’est la trangression. C’était…car, partout, il n’y a plus que permissivité. Plus de tabou, plus moyen de transgresser.» Silence partout ! J’aimerais lire « Le nouvel ordre sexuel », ouvrage d’un sociologue présent et pas bavard hélas.
À la fin, diversion, on se réfugia du côté de cette expo à grand succès, celle des surréalistes (à Beaubourg), un courant d‘air frais passa et vive Dada !
6-
Souvenir : À Bordeaux, un voisin me racontait (1975 ) hilare et bon enfant que son ami (de Laval) sortant —avec l’épouse— d’un cinéma (le célèbre film, « Emmanuelle »)fila vite, n’en pouvant plus, au motel le plus proche (rue Lajeunesse) —avec l’épouse. Urgence de forniquer au plus coupant.
Moi expliquant au voisin : « c’est le résultat, extrêmement humiliant pour les femmes, d’un film porno vu. Le bonhomme se servira d’elle, après visionnement, comme d’un sac pour assouvir son fantasme avec « l’agissante » du film cochon. Le voisin médusé, puis : « J’avais pas pensé à ça. Baiser « la » cochonne du film en se servant de sa femme comme pis aller ? En somme, baiser par procuration ? Humiliant pour la femme, oui. » Bin oui, baquais, pas autre chose. Au lieu de divorcer —de bobonne qu’il n’aime plus— il s’en sert après voyeurisme de XXX. De la masturbation adolescente mais tronquée quoi. L’Église romaine qui vomit le divorce doit beaucoup à la porno. Hon !
Rêve bizarre hier. Mon ex-camarade de CJMS, Paul Arcand, goguenard, me tourmente : je ne suis plus qu’un empêtré de nostalgie. Un de ses deux fils (que j’ai baptisé un midi au bord de sa piscine ) me suit partout et papa-Paul le taquine : « Ce papi est un acteur, méfiance, un fourbe » ! Séquence autre : je suis en voyage, le caricaturiste Chapleau m’accompagne et me tourmente. Lui aussi. Je ne suis qu’un vieux schnock, un radoteur réacto. (Chapleau le faisait quand nous co-animions, à TQS, « Croque-madame » vers 1993). C’est un rêve flou, sans raccord. Sans sens clair.
7-
Petit retour à Sean Penn. À la fin de l’entretien, les élèves présents questionnent brièvement l’invité. Une élève de cet « Actor’s studio » demande à Penn : « Quand on a peur, qu’on sait pas comment acter, qu’o trouve pas…? » Réponse lumineuse de Penn : « Aider l’autre, en face., L’écouter, le regarder agir. Vous oublier. Penser à ce que l’autre a à faire et tenter de ’aider. Collaborer pour qu’il trouve et vous trouverez pour vous ainsi ». Courte et magistrale leçon. À la toute fin, un étudiant demande pourquoi il aime la poésie (de Charles Bukosvsky en particulier). Réponse : « C’est facile de s’exprimer, au théâtre, au cinéma, dans l’existence, il y a toujours des choses, un drame, une situation, des choses. Avec le poète, il n’y a rien et le poète dit quelque chose. À partir de rien. Souvent, de presque rien. C’est cela qui m’émeut ».
Plus tard, sur le thème de « toujours réfléchir », ne rien prendre pour acquis, critiquer : « Je pense à une anecdote là-dessus, dans un film, une séquence brève : un type voyage en train et un voisin de cabine siège, regardant défiler l’océan Pacifique dit : « C’est pas si beau, pourquoi faut-il dire que c’est beau ? » Le voisin sursaute , regarde encore par la fenêtre et dit : « C’est fantastique, merci, vous le dîtes et, ma foi, c’est vrai, on répète que c’est beau parce qu’il est convenu de le dire, merci ».
Je le plains mon-voisin-sans-télé par une bouderie niaise. Il a manqué, dimanche —merci encore magnéto— à « Découvertes », à la SRC. Du « cheap dumping » ? Pis ? De la BBC, signé Alastair Fortesghal, mirifiques images, étonnantes visions sur et sous la mer et tous ses habitants. Aile et moi renversés, on poussait des « oh ! » et des « ah !» comme des mômes, aussi épatés que par « Le monde migrateur » des oiseaux, vu récemment. Des sardines aux baleines, des méduses aux requins, séquences à couper le souffle. Du plus petits poissons aux immenses mammifères marins, un « mangeons-nous les uns les autres » sinistre et étonnant. Ce fut un trop bref voyage. Un « vingt milles lieux sous les mers » : Jules Verne n’a pas pu voir cela, le pauvre homme ! Hourrah, dimanche prochain, la suite ! Hâte ! Très grande hâte !
Je reviens de L’École Bouffe : deux potages frais du jour, saucisses de Toulouse ! Miam… Et du chocolat pour Aile si courageuse de laisser à jamais le sale bonhomme Nicot et Cie. Pendant que j’attendais : lecture du Hawkins (« Brève histoire du temps »), hum, c’est dur. Je vogue de Newton à Einstein. Ça rentre, pas vite, mais ça rentre. Je finirai par savoir causer espace-temps et trous noirs, vous verrez bientôt ! Tenez-vous bien. Si le soleil s’éteignait, juste un instant, il faudrait huit longues minutes pour revoir sa lumière. Question de distance, d’espace-temps à jamais liés. » Hen, saviez-vous cela ?

« GERMAINE BRAILLE P’US, EST MORTE! »

PARAÎTRA DANS LA REVUE DE « L’AUT’ JOURNAL » BIENTÔT

« Germaine braille p’us, est morte ». Je raconte en huit brefs paragraphes l’assassinat, près du bingo de la rue Papineau, de mon héroïne. Ce meurtre littéraire : au fond envie de quoi ? De me débarrasser du passé. Des ouvrages d’antan. La mort pour en finir ? Ma crainte de radoter ? Ma Germaine n’existe plus et ça m’avance à quoi ? Mystère ! >>> Journées nettes du 2 juin 2002

« GERMAINE BRAILLE P’US, EST MORTE! »

(à mon camarade Jean-Claude Germain)

Le vendredi soir, c’était son soir de bingo. Elle verrouilla sa porte, rue Cartier, coin Mont-Royal. Petite fille, déjà, en Gaspésie, elle aimait jouer au bingo en famille. Ses enfants grandis, partis, Germaine acceptait de se réinstaller à Montréal avec son  » vieux  » mari, Gilles. Elle l’avait connu, rue Drolet, quand elle était ouaitresse, jeune file exilée de son Bonaventure natal.

Chaque fois qu’elle se rend au vaste bingo, juste en face du Théâtre des Variétés, elle passe par la ruelle à l’est. Un rituel. Elle apporte des os pour un gros labrador noir qui est attaché à une chaîne dans une cour pas loin. Fillette, son meilleur ami, était Rex, un labrador noir à Bonaventure. Le chien s’agite fort à chacune de ses visites avec os.

Après le bingo, Germaine se promène un peu rue Mont-Royal, et, sortant de  » La licorne « , elle voit parfois des acteurs : Marie Thifaut, Pierre Curzi, Marc Messier, Monique Miller. Elle sourit chaque fois et on répond à ses sourires, gentiment. Ça lui fait chaud au coeur. Gilles, son mari, s’est déniché un job de gardien ‹de soir et de nuit‹ dans un manège militaire sur Remenbrance Road, derrière le Lac des Castors. Elle est souvent seule.

Ce soir-là, Germaine, dans cette ruelle derrière  » La Licorne « , a vu tout de suite deux silhouettes louches. Des jeunes punks ? Aussitôt elle a sorti le sac d’os de sa sacoche et a craint pour son argent du bingo. L’un des gamins, blouson noir, l’a approché, l’autre restant à l’écart :  » Tu donnes ton sac pis tu armes ta yeule, la mère, c’est bin compris ?  »

Germaine en a vu d’autres. À seize ans dans son club de nuit, cigarette-girl, elle devait se défendre farouchement des marlous. Avec son Gilles ‹ biberon, éponge notoire‹ elle a eu des combats parfois et elle ne perdait pas toujours. Elle lui a craché au visage au punk, et essaya de s’enfuir. L’autre jeune lascar, vêtu d’un long manteau bleu lui a sauté dessus. Il avait une barre de fer. Deux contre une. Combat inégal. Il a frappé trop fort. À la tête. Germaine est tombée. Au premier coup. Le blouson lui a arraché son sac à mains et le duo a fui vers le Mac Donald du coin où les attendaient deux comparses. Une relève.

C’est tout. Une mare de sang dans une ruelle. Une joueuse de bingo de moins rue Mont-Royal. Manteau bleu voulait juste l’assommer, il a frappé la tête, trop fort. La femme de Bédard ne se relèvera plus jamais. Germaine est morte. Des pauvres ont tué une pauvre. Femme au bout de sa vie. Un homme gueule des numéros et plein de mains courent avec un tampon sur des cartes numérotés. Personne ne sait qu’il y a un cadavre dans la ruelle, pas loin derrière le petit théâtre de La Licorne.

Un gros labrador noir jappe sans cesse pour sa ration d’os. Sa maîtresse sort et le fait rentrer :  » Vas-tu te la farmer, grand excité « . Un chien ne parle pas, ne peut dire :  » On vient de tuer ma fournisseuse d’os à soupe « .Dans un recoin du Mac Do, quatre voyous comptent l’argent du sac de Germaine :  » Tabarnak, vingt piastres! Aussi bin dire de la marde!  » La relève part en vue d’assommer un autre client, une autre Germaine. Détrousseurs à la petite semaine. Frapper des inconnus et filer.

Qui sait la vie de Germaine ? Qui pourrait raconter ses déboires. Sa longue bataille pour soigner, consoler, garder les amours de sa vie, son buveur bien-aimé, son Gilles, le malchanceux, le rêveur et ses enfants mal  » bien élevés  » qui sont partis trimer à gauche et à droite, vaillant petits soldats de la vie anémiée.

Hasard, sa Janine achevait de boire un café froid à ce Mac Do et a reconnu le sac à mains de sa mère! Elle a vite filé vers le téléphone public de l’entrée pour composer le 911. La police a surgi très rapidement, la patrouille était à bouffer du  » poulet-colonel  » un peu plus au sud. Arrestation des deux punks. On les brasse raidement et avec  » menaces du pire « . Aveux des jeunes malfrats dans la voiture. On se précipite dans la ruelle. La mare de sang agrandie. Germaine ne se relèvera pas, elle est morte.

Quand, à l’aube, après avoir mangé son oeuf et ses toasts au  » Ti-Coq Barbecue « , en bas de chez lui, Gilles rentrera rue Cartier, la police est là et lui explique : des drogués, des voyous, le coup de barre de fer, le vol, la mort de sa femme. Gilles ne dira rien : il y a maintenant dans sa vie un homme, un chef de guerre, un militaire important, médaillé. Un haut-gradé retraité qui fréquente sa caserne, qui organise une  » mision d’épuration  » avec un tas de complices, des gens importants. Le général répète que la société est malade et qu’il lui faut un despote éclairé. Que ce sera lui. Avec ses amis, son groupe. Ils préparent un action gigantesque. Ils prendront le pouvoir bientôt, grâce à une organisation puissante, encore clandestine. Il gueule parfois à ses miliciens que c’est assez tout ça : la drogue partout, les jeunes déboussolés, les homos qui paradent et se pavanent, la décadence, le monde sans valeurs sans but, sans idéal.

Gilles écoute le fracas de ses sermons-discours avec admiration quand ce chef entraîne ses cheveux courts à la salle du manège, la nuit. Il voit des armes. Il consent à cacher ce stock interdit. Assommé par cette mort, monsieur le gardien de nuit, Bédard, souhaite se venger des petits crasseux, des boms, des sans loi ni foi. Gilles comprend mieux que jamais qu’il doit désormais tout faire pour collaborer davantage à l’avènement de cet  » Ordre nouveau « , prôné par cet ex-général qui a des idées neuves, qui va réformer ce pays perdu.

Gille Pelletier, Françoise Faucher, d’autres artistes, des vedettes, regardaient un camionnette de la morgue qui sortait de la ruelle derrière le petit théâtre  » La Licorne « , hier soir. C’est l’anonyme Germaine qu’on emportait, celle qui achevait sa vie tranquillement, qui faisait du bénévolat dans une salle de l’église de l’Immaculée-Conception, plus au sud, qui allait jouer au bingo tous les vendredis soirs là où il y avait eu un cinéma, le  » Dominion  » ou le  » Papineau « , elle savait pas trop. Qui gagnait parfois ‹criant, sautant de joie, folle comme un balais chaque fois!

Germaine qui habitait, rue Cartier, au-dessus d’une pharmacie, qui, de son petit balcon, avait une vue imprenable sur la rue Mont-Royal illuminée et grouillante de passants, d’automobiles. Un barbu ventru, cheveux rares, lui avait dit un jour :  » C’est ici, chez vous, que vivait la famille de l’écrivain Michel Temblay quand ils ont quitté la rue Fabre. Lui, jeune, allait porter les commandes du  » Ti-Coq barbecue « .

Temblay ? Lire ses livres ? Mais Germaine ne savait pas vraiment lire. Elle lisait si lentement qu’après vingt lignes, elle abandonnait sa trop lente lecture, déchiffrer les mots lui était pénible, un calvaire. Écouter les enfants gardés, ça oui, elle pouvait. Enseigner des jeux, des chansons, ça oui, elle savait. Aller voir des danseurs, des farceurs, des chanteurs populaires chez Latulippe, ça oui, elle aimait. Boire de son  » crime-soda  » favori et jouer au bingo, sa grande sortie hebdomadaire :ah oui! Facile!

Au salon funéraire, rue Papineau, plus au nord, les enfants pleuraient, eux si rarement rassemblés. L’aîné de Gilles collait à son vieux père qui semblait si perdu, si lointain, comme à sec de larmes :  » Papa, on dirait que tu prends ça pas trop pire ?  » Gilles entraîna son  » plus vieux  » loin du cercueil :  » Écoute moé bin. J’ai pas le droit de parler, hier, dans nuit, au manège, j’ai prêté serment. Je te dirai juste un affaire mon gars : s’en vient un temps nouveau qui va bardasser tout l’monde. Ça va changer nos petites vies. Y en aura p’us de ces petites crapules droguées à barre de fer.  » Le fils s’était dit :  » Il vire fou, c’est le chagrin!  » Le père s’alluma un cigare bon marché sur le perron du salon mortuaire et ajouta :  » Tu sauras me le dire betôt. Ce que je viens de t’dire, ça va te revenir mon gars « .

Dans son tombeau, Germaine dort pour toujours. Elle pourra pas avertir, conseiller son rêveur de Gilles, c’est terminé. Il y a peu de fleurs chez les pauvre. Il y a une belle grande carte :

 » Adieu Germaine! De tes amies fidèles du bingo.  »

FIN

(P.S. Pour savoir la suite de cette histoire, j’invite le lectorat à emprunter à sa biblio de quartier :  » La nuit, tous les singes sont gris « , introuvable en librairie. C.J. )

Le dimanche 2 juin 2002

Le dimanche 2 juin 2002

Jours de pluie…

1-
« Ça va mal à shop » ce matin : froid insolite dehors. Un 2 juin ? Ce juin part bin mal ! La météo annonce : « gel au sol ce soir » ! Un cri ! C’est ma belle Aile très découragée : « Bon. Merde ! On va rentrer les fleurs, le plant de tes tomates, tout. » Yvon Deschamps : « US QU’ON S’EN VA ? » Papa répétait face au moindre caprice du monde en marche : « Ça, me enfants, c’est les conséquences de la bombe atomique ». Elle avait le dos large.
Je croise le André gigoteux et valeureux et vigoureux, jardinier chez le juge, mon voisin, je lui dis : « L’hiver va revenir ma foi ? » Ses yeux s’arrondissent, sa bouche crochait, il a pris le visage terrible d’un sorcier déçu : « Ouen ! Ça fait peur ! Le monde à l’envers ! Le monde va croche ! » Et il repart de son pas de bourru, marmonnant, grognard, d’inaudibles imprécations. André vient presque chaque jouir chez les Boissoneau d’à côté. Ce André impayable gratte, creuse, jette de la terre, ici et là, déplace des rochers, tond sans cesse, caresse virilement ses plantations, examine la pousse de ses efforts. Le juge a de la chance de pouvoir se payer un tel zélé « conservateur » de son jardin.
Aux nouvelles : braillements généralisés. On veut de l’argent. Celui du peuple. Écœurant ! La grand’ peur ces jours-ci Ottawa énervé par les scandales à propos des tripoteux qui les sucent des fonds généreux, a mis un moratoire. Stop ! Fini les folies ! Plus rien pour la propagande fédérate ! Les téteux à festivals tremblent ! Et vous ? Et moi ? Est-ce je lance, moi, un festival ? Non. Je suis pas assez riche. Eux ? Des « quéteux à cheval » : ils comptent sur l’argent public ! Le nôtre. Saloperie ! J’aimerais ça être producteur, et vous ?, aider des talents, soutenir des créateurs, encourager des imaginatifs, mais non, j’ai pas les moyens. Eux tous ? Sont comme vous, et moi mais se rabattent, ces parasites, veulent l’argent du trésor commun des taxés ! Honte ! J’aurais aimé ça être éditeur : pas les moyens et je refuse de téter l’État, le citoyens-travaileurs.
Un téteux va rétorquer : « Quoi ? le gover’n’ment donne aux entrepreneurs (G.M. ou Bombardier) de ci et de ça, donne aux usines, aux manufactures…pourquoi pas à nous, aux « parteux » de festivals variés, on draine du tourisme, non ? »
Bombardier, subventionné, génère des jobs ? Les festivaleurs rozonniens , subventionnés, remplissent les chambres des hôtels, nos restaurants du Vieux. Un système où c’est le travailleur qui soutient la patente marchande quoi.
Bon. Bien. Je me tais. Ottawa revenez vite, mettez vos unifoliés mur à mur. Ne tuez pas la beauté de ce monde, les Group’Action. Qui congédient déjà pour faire enrager le politiciens. Je suis un candide : je me disais que « pas riche », il ne me fallait pas oser installer une machine du genre : producteur de film, de séries-télé, d’éditions, de spectacles, etc.
Un candide ! Un nono. Un pas-capable.
Que les parasites intelligents en profitent et laissons-les chialer aux nouvelles : « On veut vos sous, cracheurs d’impôts ».
Allez travailler lundi, demain matin, et on vous prélever une part de vos gages : il y a « Juste pour rire », Le Jazz, le Festival du film, ma cabane à éditer, ma compagnie de production de séries-télé… Allez suer en mornes bureaux, en sordides usines, en exténuantes manufactures.
Les « gros » ? Ah les gros, eux, ils jouissent d’exemptions d’impôts car il y a l’investissement à amortir et leurs super-comptables- fiscalistes veillent aux « crédits ». Pus il y a les abris aux îles, « portes » de fausses compagnie aux îles machin-chose, non ? Demain matin, va travailler le nigaud candide !
2-
Ai donc débuté le Trevor Ferguson. Est-ce mal traduit ? Est-ce trduisable. Le Ferguson a peut-êtrre un style si original que …En tous cas, les yeux sursautent sans cesse. Aile : « Regarde donc ça dehors ! » Derrière le Ferguson et moi, soudain, hier soir, dimanche, une lumière faste dans la fenêtre du salon ! Collines sombres sous un fabuleux ciel nuageux découpé par un soleil invisible et pourtant radieux ! Une belle ancienne gravure dans un livre d’histoire sainte ! La beauté ! Notre ébahissement. Silence dans le salon.
Ai expédié, hier, ma lettre mensuelle à ma quasi-jumelle, Marielle. Un méméring bien-aimé. Marielle, un lien avec ce qui reste —si peu— de la famiglia !
Bien conseillé, j’ai pris, vendredi, de l’onglet (?) à l’École Bouffe. Sorte de bavette. Saignante ! Samedi, délicieux souper, à s’en lécher les doigts : artichauts (miam !), fèves et mini-tomates d’Aile.
Vu un reportage sur la (maintenant devenue célèbre) pépinière Jasmin au nord-ouest de l’ex-village Saint-Laurent. Le descendant, Pierre J., disait : « Au départ, nos vendions 300 vivaces par année, maintenant, c’est 3,000. Par jour ! En mai, c’est souvent, par client, jusqu’à mille dollars en achats. »
Ce vaste et florissant commerce, visité par la caméra de télé, se situe là même où l’ancêtre, Aubin, en 1715, faisait abatis sur abatis. Du « bois debout » couché à jamais. Où poussent désormais plantes exotiques, arbrisseaux variés, fleurs de toutes les couleurs; semailles « qu’on part » sous d’immenses serres climatisées. Non, on arrête pas le progrès, mon p’tit Chose !
Même le parc Jarry, jadis, faisait partie de Saint-Laurent. Papa me disait que, enfant, il y avait une barrière à péage —il y en avait partout pour pouvoir payer les cantonniers— au coin de la rue Saint-Laurent et de Castelnau, délimitant son village natal de la paroisse où il s’installait pour toute sa vie, Sainte-Cécile.
3-
Rassuré par les critiques (bien complaisants !), vendredi, sommes allés nous divertir en toute confiance « chez Astérix », Carrefour du nord, à Saint-Jérôme. On a ri. Souvent. C’est un très rapide défilé de gags visuels —effets infographiques connus —qui redondent partout, toujours les mêmes— avec des « répliques » (les « one line ») efficaces et le vieux jeu des anachronismes —Berval en jouait en 1950 à son « Beu qui rit » mêlant Corneille, Racine au joual— bref, on rigole et on sort de « Mission Cléopâtre » comme des nuls, des vides. Un humour épais, la maladie infantile du ciné actuel. Quelques gros (gros Depardieu !) noms n’ont, hélas, rien de solide à interpréter. Gaspillage de talents. Ce n’est pas pensé, ni écrit, c’est « dessiné ». Comme le comic-book à cinq cents de nos dix ans. Pas mieux, ni pire. Ir-recommandable. À personne. À moins d’une envie de pop-corn. Et encore.
Avant c’était mieux ? « Play Time », un film du Tati de 1967, revu vendredi, tard, à ARTV ; bien long, trois heures, et pas souvent comique. Piétinement intolérable dans sa caricature d’un monde d’acier, de verre et de plastique avec ses mécaniques à minuteries.
Pas comique non plus d’entendre le chanteur Renaud (tant aimé par mon fils et sa bande jadis) raconter sa chute récente. Le pastis, Pernod, Ricard ? « Une drogue dure », dit-il. Bon, il sort de son enfer et se remet en scène pour raconter son voyage (« bad trip ») aux rivages du Styx. Sa grande fille — « Je te reverrai plus jamais si tu t’en sors pas »— fut sa planche de salut. Jim Morrison n’avait pas de grande file, lui ! Un Vigneault (La Presse) a des bémols pour sa récente ponte. Aïe! Cette thérapie peu appréciée ?
Aile en état de choc hier matin, lisant la chronique nécro, La Presse : deux mortes. Son âge ! Gisèle et Monique. Qui travaillaient à la SRC comme elle. Très songeuse l’Aile interloquée.
4-
Hier, un docu de la BBC sur les frères Coen, cinéastes américains (« Fargo », film parfait). Les témoins bavassent vainement, potins vains des amis, camarades d’école, acteurs divers. Odieuse et facile technique du saucisson comme toujours. Après : leur film « Miller’s crossing » (ou « Un cadavre sous le chapeau »). Ouen ! Pas fort. C’est « Le parrain » en brouillon de potache. Trop de bandits, trop de sang, trop de futiles coups de revolver… et humour rare. Pas fort parfois nos chers Coen.
Samedi en fin d’après-midi, un vrai bon film. « Insomnia ». Un « remake » d’un vieux film suédois, me dit-on. Pacinon, excellent comme souvent, en flic expédié en Alaska (paysages étonnants parfois) avec Robin Williams en écrivain raté. Fameux duo. Une aubergiste dira : « Ici, en Alaska, il y a deux mondes, ceux qui sont nés ici et ceux qui sont venus toujours pour échapper à quelque chose. » Vrai pour tant d’apatrides, d’exilés. Si on excepte les réfugiés fuyant les prisons des dictatures.
Ce matin j’ai lu le cahier-livres de La presse, hier Le Devoir culturel du samedi, ai achevé L’Actualité … et pas de stimulations. Aucune. Pourquoi ? Lisant parfois un magazine de France, j’en sors toujours stimulé. Je songe à l’importance (pour les jeunes surtout) d’être stimulé. À quoi ça tient ce « manque » ici ? Épuisant de s’auto-stimuler sans cesse en une contrée trop souvent insipide…Ou bien, c’est la direction-rédaction des écrits d’ici qui est nulle. Ça se pourrait. Avant… dans mon temps.. dans les années ’60… Me taire là-dessus. Refus du rôle de vieux schnock nostalgique, pourtant…Me taire. Ça changea un de ces jours. L’espérance. Vertu.
5-
Ce matin, espace du store levé, un oiseau frétilant (un quisscal ?) juché au faîte d’un haut sapin. Comique. Aile me dit avoir vu cela, il y a deux jours. Silhouette remuante bizarre. L’étoile (noire ce matin ) qu’on posait au bout de l’arbre de Noël !
Loué « du québécois » vendredi soir. Merci aux critiques complaisants encore ! De Francis Leclerc (fils du grand Félix) « Une jeune file à la fenêtre ». Le navet des navets ! Ennui profond. Trois couples de jeunes aspirants-artistes dans la Vieille Capitale en 1920. Navet songé par quatre (4) scénaristes —obligation de Téléfim ? Quelques images photogéniques (facile à Québec) et récit ennuyeux, comme…non, « pire » que la pluie.
Aile penaude puisque, la veille, elle rapportait du vidéoclub cet autre navet « Comédie de l’innocence », pas moins assommant que le Leclerc malgré l’actrice Isabelle Huppert. Le talent est rare ? Pas de syntaxe ni grammaire filmique, pas de rythme partant. Du cinéma où l’on tourne séquence sur séquence sans tonus; films sans vie en découlent.
Coupures retrouvées, je corrige deux choses :1- C’est dans Le Devoir et non dans La presse qu’un édito, fort bien intitulé « Shame on you ! », fustigeait le racisme anglo de The Gazette où l’on nous traitait collectivement de racistes fascistes ( ref : le kirpan d’un écolier Sikh intoléré par le gouvernement). Le quotidien de Power-Gesca ménage The Gazette. 2-C’est Ouimet, le nom de la stupide qui déclarait come étant de « même farine, notre SSJB et l’ « All-liance Kouaybec », la très subventionnée par Ottawa. Coup de pied au cul perdu.
La SSJB se veut tellement « moderne » : on invite une Nanette Workman, un Éric Lapointe et Cie comme « figures patriotiques » à Montréal. À Laval, le 24 juin, ce sera le magnifique Claude Dubois et l’emblématique Gilles Vigneault. Vive Laval !
6-
Polar, suspense, « spy-story », film que l’on veut voir : « The sum of fears » (à Saint-Jérôme encore), basé sur un Tom Clancy (que l’on a comparé à Jules Verne. Franchement !). Marcel Sabourin y tient un bref rôle, un néo-nazi de France. Terroriste avec bombe nucléaire. Rien que ça. Quoi, à la Maison blanche, on la craint l’arnaque des arnaques…la nucléaire. Via les conteneurs puisque 2 % seulement sont examinés dans nos ports. Souvenir : 1975. J’avais lu « La bombe chez vous » avertissement de l’atomiste —qui travailla à Fort Alamo en 1944— Ted Teller. Secoué par ses révélations, fin 1966, je publie « Revoir Ethel » pour revoir Éthel et aussi pour le polar « d’une bombe atomique sur le stade Olympique », en construction à ce moment-là. Invité à « Parle, parle… », je narre l’intrigue de mon roman et j’entends l’animateur (Giguère) qui me dit : « Mais Claude ! Un film américain va se faire sur ce thème qui aura pour titre « Black sundae ». Imaginez ma stupéfaction ! Le roman n’eut guère de succès chez Stanké.
7-
Aile excitée. Page E-3 de La presse :on parle d’un entrepreneur, M. Marin, qui va construire un gros bloc de condos dans le joli jardin derrière notre pied à terre, Chemin Bates. On avait acheté pour ce boisé plein d’oiseaux. On voit une photo :un de nos voisins de palier, le lousianais valeureux, Zacharie Richard, tout désolé devant de arbres déjà sciés. Personne ne manifestera pour défendre des petits- bourgeois gâtés qui se lamentent pour une « escarpement vert », pas vrai ? On a tenté une bataille il y a deux ans et sans aucun succès. « On a besoin de taxes », disait le maire et ses conseillers. « Meanwhile, back to… ce M. Martin qui est aux prises avec les autorités municipales car un de ses blocs, à Verdun, pourrit déjà sur place ! Prometteur derrière chez soi.
Hypocrisie ? Même jour, on voit le maire Gérald Tremblé (sic) en vélo. L’article dit qu’il l’a loué pour la photo et, chose faite, le vélocipède Gérald est allé reprendre vite sa Mercedes !
Enfin, je reçois un courriel de Québec-Tourisme sur le projet fou —de M. Claude Langevin, originaire de Larouche et devenu collectionneur-galériste à Manhattan— de temples achetés, démolis et puis en voie de déménagement de Cochin (en Inde) vers Larouche (au Saguenay). Pour tourisme de haute gamme. Réponse : M. Jasmin cher. Larouche, c’est une affaire totalement privée. On a absolument rien demandé à notre ministère pour ce projet ».
Et clac !
Installé au rivage, je regardais… le vent. Deux oiseaux —noires, oui, chère Aile !— viennent se suspendre dans le tout jeune feuillage du vieux saule. Oh ! Joliesse ! Ravissement ! Une gravure délicate d’un peintre japonais classique ! La beauté une fois encore ! Le bonheur.
J’oubliais, vendredi à 17 h. … Comme d’habitude, porte ouverte à l’École Bouffe, c’est les ruades (homes et femmes aussi), la course effrénée pour obtenir les bons plats. À mon côté, une nouvelle venue sursaute à mes sparages et me jette : « Mal élevé d’effronté, va ! »
Je n’en reviens pas. Je dis rien. Je me sens redevenu le gamin de dix ans dans la ruelle et j’entendais maman me répétant : « Rentre toi, petit effronté de mal élevé ». On ne change guère?
Jean-Claude Germain l’a eu enfin ma brève nouvelle pour sa revue « L’ ». Mon titre : « Germaine braille p’us, est morte ». Je raconte en huit brefs paragraphes l’assassinat, près du bingo de la rue Papineau, de mon héroïne. Je vais envoyer copie à mon Marco de gendre pour le site. Ce meurtre littéraire : au fond envie de quoi ? De me débarrasser du passé. Des ouvrages d’antan. La mort pour en finir ? Ma crainte de radoter ? Ma Germaine n’existe plus et ça m’avance à quoi ? Mystère !