Le mardi 30 juillet 2002

1-
Comme hier, au ciel, tumultueux voyagement—charriage impétueux— de nuages. En vrac ! Paquets d’ouates effilochés voguant, voiliers confus, aux formes floues. Beauté sempiternelle dont on ne se lasse pas, même enfant, surtout enfant, pas vrai ? Et du vent bien fort ce matin, mon cher vent. Mon fleurdelysé se retenant de fuir son mat !
À Historia, hier, « Le choix de Sophie » —tiré d’un roman de Byron— jamais vu encore, un fort film de Pakula (scénario et réalisation), avec une Merryl Streep extraordinaire, jouant cette rescapée d’un camp nazi et qui tombe amoureuse —émigrée à Brooklyn— avec un dément pathétique. Aile en a été profondément touchée. Moi itou.
Karen (et non Sophie comme j’ai mis) Molson continue de me raconter sa saga familial. On sursaute souvent. Exemple : « l’envoyé de Londres, Lord Durham, a commis une terrible bourde en libérant les Patriotes emprisonnés ». Oh la la, Karen ! L’historique révolte de 1837-38 n’est qu’un bref chapitre. Elle lui accorde le même espace que pour une épidémie ou de mauvaise récoltes (d’orge-bière-virtuele). Ce Montréal des débuts du siècle dernier n’est qu’un terrain pour « affaires ». Enrichissant sans cesse la tribu-Molson. Yatchs luxueux de l’un, riche manoir à Cacouna pour un autre, des étés idylliques quand, pas loin, tout autour des Molson, nos « habitants » en arrachent de plus en plus. Ils installent des hôpitaux, des temples (protestants), une université (McGill), se dévouent pour les « leurs » avant tout. Un racisme flagrant. La Karen ne s’en rend même pas compte. Amusante lecture de ce point de vue et qui confirme les faits : tous ce loyalistes ont les yeux sans cesse tournés vers la mère-patrie, l’Angleterre. Par exemple, un Molson fera des pieds ce de mains pour obtenir un titre de noblesse. Ah oui, une lecture instructive en diabe !
2-
Aile lit : « Deux sollicitudes » à son tour. Étrange voisinage —organisé par la radio publique de Rimouski avant publication— entre Beaulieu (l’autodidacte cultivé de Saint-Jean et de Dieu et de Montréal-Mort) et la fameuse Margaret Atwood. J’en ai parlé. Aile, comme moi, constate moins de générosité, d’ouverture aux confidences, chez Atwood. Deux tempéraments. Deux nations !
Monsieur le directeur d’une union de musiciens, « Subit-Rana », se fait débarquer par des membres en réunion. Cela malgré l’opposition à ce « putch » du « siège central » aux USA.
Souvenir : mon syndicat américain (Iatse) ne nous apporta aucune aide durant la grève des réalisateurs. Pas une cenne ! Après le conflit, nous avions décidé d’abandonner ce grand frère amerloque. À cette assemblée, J’avais, face à l’envoyé des USA, cogné très fort sur « Iatse ». Premier constat pour moi en 1959. Nous étions, Québécois, seuls. René Lévesque constatait la même situation de solitude voyant Ottawa tout aussi indifférent Deux ans plus tard, rencontrant D’Allemagne, je rompais à jamais avec ces alliés (!) « anglos » indignes. Le nationalisme nouveau naîtra de cette prise de conscience : « ne plus comptez que sur nous-mêmes ».
3-
Souvent harcelés —sexuellement— par deux prêtres de Saint-Sulpice au collège… non, je ne porterai pas plainte. Et pourquoi non ? Par reconnaissance pour le dévouement formidable de tous les autres « moines » du collège, les Legault, Amyot, Piquette, Aumont, Fillion, etc. Deux galeux quoi ! Mais si d’autres ex-élèves —de tous nos « petits séminaires—, moins capables de résister, furent d’innocentes victimes abusés, alors oui, ils doivent se lever et parler. Je suis d’accord qu’il faut dénoncer ces galeux même 30 ou 40 ans après les faits scabreux.
Ann-Marie Dussault, à Télé-Québec comme, tous les matins d’été, à CBF-FM : « pu capab » ! Comme pour la Levasseur postée à Washington. Son fréquent « drop de son » —pour parler en technicien— avec ses fins de « longues » questions qui n’aboutissent pas : « pu’ capab »!
La franchise dure et raide de Foglia. Quatre exemples ce matin : 1- Si c’était les stéroïdes qui donnent le cancer (Armstrong) tous les cyclistes (du Tour de France) auraient le cancer. 2- Oui, lecteurs, on vous prend pour des cons (« un Tour propre, propre ») et souvent à juste raison. 3- Les filles vont moins vite et c’est un aussi bon spectacle, c’est la compétition qui est valable. On est en train de tuer le Tour. 4- Pas assez agressifs (la ONCE)…on peut pas donner de coups comme au hockey. Que j’aime ce Foglia-là !
4-
Chanceux Elie Wiesel : sa maison natale ((nord de la Roumanie) devient un musée public E la mienne ? Souvenir : comme une cloche, papa-le-céramiste mort, sous le choc, si peiné, j’avais fait des démarches pour « notre » maison du 7068 Saint-Denis à convertir vite, vite, en petit musée public. Réponse de Québec : « Installez la chose à vos frais et, plus tard, on vous subventionnera peut-être ». Bonne réponse et puis je n’ai pas du tout la pointure international du fabuleux et essentiel chasseur de nazis, Wiesel, Prix Nobel. De la paix.
J’ai un peu fréquenté Chapleau à TQS. Un cynique. Ce matin, une platitude (cela arrive aux plus doués). Gros plan sur une capote usagé pour résumer (!) ce fabuleux rassemblement de jeunes à Toronto, émules du vieux pape malade. Niaiserie graphique regrettable.
Même gazette : trois choses. 1- Le jeune Pratte, épaté par le vieux chanteur Salvador, enchaîne avec le vieux Wojila à Toronto (show-bizz ?) défend les anciens « qu’on pousse à la retraite, qu’on veut parquer ». Les nonagénaires étaient un demi-million en 1991, en 2010, ils seront presque un million et demi, souligne-t-il, il y aura alors plus de vieux que de poupons » ! Et Pratte d’inviter la sagesse (hum !Toujours ?) des vieux à mieux s’exprimer. B’en… je vais lui quémander une colonne quotidienne, tiens ! On va bien voir s’il met son argent où est sa bouche (traduction moche du « Put your money where is your mouth »). 2-La petite mère Ouimet contredit sa voisine Lysiane Gagnon : Dutoit, comme le juge Boilard, doivent payer pour leur impérialisme…verbal. Elle en a assez de ces tyrans à « sale caractère ». « Le talent n’excuse pas tout », dit-elle. Je m’écoutais palabrer avec Nadeau ce matin à la radio publique disant que je n’excusais pas les surdoués (Riopelle ou Picasso) d’avoir été des machos inhumains. Je persiste donc… et je signe. 3-Deux lecteurs s’expriment, l’un, Pierre Meurice, souhaite carment des médecins-fonctionnaires de l’État (salariés par eux avec la Castonguette, non ?). Pas loin, ce matin, la Gagnon semble dire :quoi, le populo est en désaccord avec moi (elle favorise l’entreprenariat libre chez ces docteurs-salariés avec nos impôts et taxes) ? Tous des cons, des envieux-de-riches ! L’ironiste qui disait : « Il faudrait lui changer le peuple » ! En seulement sept lignes, Yves Deslauriers, comme moi il y a peu, parle du lobby de marginaux puissants et omniprésents : les homos et lesbiennes aux créneaux. « Fierté gaie, tourisme gai,mariage gai, adoption gai, paternité gaie, maternité gaie »… «On dirait une toune de la Bolduc avec son « Le R-100 ».
Souvenir : tante Lucienne nous expédiant à Pointe-Calumet son vieux gramophone « Victrola » et un tas de « records », des « plates » lourdes dont les disques de la Bolduc. Cadeau formidable. On crinquait sans cesse la manivelle. Séduisante découverte alors de cette amusante turluteuse. N’ai jamais oublié certaines ritournelles dont : « Les maringouins… » que j’entonne quand…j’ai pris un ballon de rouge de trop !
5-
Qui m’expliquera pourquoi « l’union civile », la loi 84 de Bégin, ne satisfait pas vraiment les « convoleurs » homos ? Mystère pour moi et pour Aile ?
Dimanche soir, vu « The glasshouse », un « trois étoiles » de Sarfati. Est pas exigeante. Un suspense plutôt convenu. Récit filmique vite oublié. À qui se fier ?
Lu : les 600 invités du Maire Drapeau sur sa terrasse nobilaire eurent la « baboune », grosse moue, venant d’entendre le Président de la France crier : « Vive le Québec libre ! » On voit mieux de quelle pâte molle est faite la gente VIP ? Une honte. 600 fédérats dans leur fromage infâme. Tous contre la nation. Tous pour la dilution. Une belle bande de traîtres, le mot « chien » devrait mordre parfois.
Dans le Village Gay, venant de Newark (New-Jersey) deux prêtres organisaient la prostitution de jeunes ados…pour servir des concitoyens amerloques ! « La honte » en effet vieux pape ! Ils sont repartis chez eux avec un petit mille piastres de dépôts devant la cour. Ces Giblin (70 ans !) et Heyndrieks (50 ans), proxénètes en soutane —ou en collet romain— démissionnaient de leur ministère, eh ! l’un des deux souteneurs catholiques dirigeait un collège catholique là-bas. Franchement… et voilà qu’un jésuite, prof de religion à Atlanta et un « logue » d’Arizona, Publie, à partir de 400 entrevues. « Passionate Uncertainty », le livre, fait tout un tabac. Il dénonce « la culture homosexuelle » des séminaires…qui attirent tant les jeunes homos. Enragé, un jésuite rétorque : « Livre-foutaise. Ils ont questionné une majorité de défroqués du jésuitisme ». Le livre dit : « un jésuite sur trois ». Il répond : « On fait d’enquête sur l’orientation sexuelle… » On devrait.
6-
Le ciel se bleute davantage … aller me baigner ! En finir. Cher courrier électrique, le Marleau ironique me revient toujours pétillant et « ravi » de me lire. Il fait de la révision et s’en chagrine un peu, avec raison. J’ai souvent songé à mes brillants réviseurs —engagés par mes éditeurs— de textes :métier terrible, généreux. Bien payé j’espère. « Les mots des autres » —un très bon livre de V.-L. B.— c’est voir aux mots des autres et négliger les siens. Daniel Marleau pourrait me surprendre un jour, il peaufine un premier roman qu’il remet (trop) souvent sur son métier. Georges G., lui, vient de lire mon « Pour l’argent et la gloire » et y a trouvé davantage de questions que de réponses. Cela me plaît bien. Il aime du journal, celui du grand Julien Green l’a sauvé. Il a, ensuite, remplit des cahiers et des cahiers de ses mots intimes à lui. Souvenir : découverte de Green un jour et je m’enflamme pour ses « Moïra » ou « Léviathan », je retrouvais une sorte de Mauriac à l’américaine, ce qui me convenait. Y revenir ? Oui. Je vais tenter de dénicher de son journal.
Je vois par ma fenêtre —mon « flag » Tit-Jean Chréchien— que le vent vient maintenant du nord et ça ne m’empêchera pas de descendre au rivage pour en finir avec ces Molson « tribaux à mort », épousant des cousines d’Angleterre, qu’ils font venir dans leurs beaux « batteaux » (ah, ils peuvent bien, consanguinuité, être si laids !) pour que le fric reste dans le clan.

Le dimanche 28 juillet 2002

1-
Effondréééé…. le diariste :quatre heures de clavier chez le yabl’, j’ai cliqué à tort et l’icône insolite apparut, je clique « Non », toujours, quand ces insolites surgissent. Merdre ! J’ai perdu une dizaine d’entrées ! Je rage. Je téléphone au fils imacien comme moi. « Ah, je te l’ai dit souvent , tu « saves » pas. Misérable père distrait ! Trop tard. Ton long texte est tombé dans les enfers ordinateures. » Je sonne chez Carole l’experte, elle aussi : « Rien à faire. Faut ré-écrire tout cela. Je regrette ». J’en bave. J’avais mis quelques « lumières » ici et là. Bon, au clavier, courage et ne fuyions pas.
Un dimanche matin de brume. Exactement comme samedi, hier. L’impression, au lever du lit, de vivre sur une île ! Îlot. Le terrain émerge mais tout autour ce sfumato blanc ! Une petite planète. Pas de perspective aucune. Pas de haut ni bas, une verticalité étonnante. Blanche. Décor surréaliste chaque fois. Un temps pour…diarer donc. J’y monte.
Samedi soir, deux fesses. Roses. Chez le Claude des « Délices.. », rue du Chantecler. Yam ! Correction : « Silence on court » est un titre générique à T.Q. (pour toute une série) et pas celui du film si « amateur » vu vendredi soir à Artv. L’acteur De Niro, revu avec Lipton. Quel fabuleux comédien. Il pleut. Corrections : j’ai mis Hyppocrate, c’est Hippocrate. J’ai mis guingette, c’est guinguette. « Ortograf », mon démon maudit. Juste un peu « moins pire » qu’au collège quand on me fichait (ma détresse) des « zéro sur vingt » à cause de l’orthographe, à moi le gnochon, qui aimait tant déjà composer de belle rédactions françaises. Paresseux aussi :j’ai, sur mon I-Mac, ce correcteur pourtant. Paresseux vicieux va !
Ce JMJ à Toronto : tout divisé, tout tiraillé. Aile ma belle pleureuse braille soudain. Ce vieux papa malade la bouleverse. Moi ? Aussi ému en fin de compte. Une idole. Paganisme involontaire. Un seul Dieu tu aimeras…. C’est lui « la » personnalité au charisme indéniable qui aimante tant de foules, lui seul. Le vieux Polonais mort, y aura-t-il pareilles rassemblements ? Permis d’en douter. C’est le fond de la question. Et aussi mon scepticisme sur un catholicisme vraiment renouvelé. La curaille (en violet, en mauve, en ceinturons variés), en profite, installe des confessionnaux, ouvre le catéchisme vulgarisé… En vain ? On verra bien si dimanche prochain nos églises cathos seront remplies de jeunesses ! Doutons-en n’est-ce pas ?
2-
Pas top inquiet pour la patronne virée (en réalité, selon tant de rumeurs) de la SRC. Michèle Fortin ira jouer de « la chaise honteuse », ce tout petit cirque des cooptations. On a vu cela pour les autres dégommés. Un club sélect.
J’y repense : nous aurions une belle photo du pape polonais et moi, à Paris en 1980. Aile à l’appareil photo, moi, dans le bon angle sur un boulevard aux passants disséminés, il s’en venait pas loin, saluant la toute petite foule. Je me disais :c’est papa le pieux qu sera content, son fils —« défroqué »— salué par le Pontife de Rome ! Patatra ! Aile, démone, avait mal chargé la pellicule et… pas de photo historique !
Fou de sa succulente confiture-maison, Aile cherche des fraises. N’y a plus que des framboises. Elle se ramène avec des … fleurs pour me consoler ! Je l’aime. Je n’ai pas osé lui raconter ce rêve fou, d’un érotisme curieux, où deux beautés lascives, dénudées, se collaient, frénétiques …Silence !
Voyant un Jésus très efféminé, puceau glabre doucereux dans une gazette, je veux faire des aquarelles sur la religion de ma jeunesse en vue de cet album-petite-patriesque illustré (édition chez Ville-Marie en 2003). À une vente de garage, proche de Lachute, je vois un Christ sanguinolent à l’espagnole-jésuistique. Je dis à la vendeuse : « Combien pour ce cadre ? » Elle dit : »Deux piastres » et arrache la gravure sanglante et la froisse certaine que je veux le cadre et sa vitre. Je saute sur la pieuse image, la défroisse, peiné. Elle en est étonnée. Ce barbu aime Jésus ? J’ai encore cette image de sang et de sueurs. Elle va m’inspirer. Je barbouillerai une Fête-Dieu et quoi encore ? Une procession de la Saint-Antoine, devant l’église Santa Madona della difesia, voisine de chez nous. J’ai hâte.
À la radio du samedi matin, Jean Bissonnette, retraité, gérant de « Bye Bye » audacieux : « Ça serait plus faisable maintenant. Il y a tant de pression (le puissant lobby droitiste, les marchands). Un de RBO ensuite : « Impossible en 2002. Nos charges féroces sur des publicités quétaines …non, il y aurait un veto, c’est certain. » C’est beau le progrès hein ?
Aile et moi délibérément francophones. Nous ignorons complètement la culture pop des amerloques. Trop des nôtres s’y collent en colonisés inconscients. Une Monique Miller, l’autre solr, comparait les mérites des Jay Leno et des Leiterman… On les a jamais vu, les connaît pas ! Elle en est étonnée, nous regarde de travers un peu. Lussier dans « La Presse » recommande souvent des show « made in USA ». Ce monde tout-puisant a-yt-il besoin de ces publicitaires innocents ? Il fonctionne sans nous. Les fans du « way of life USA » n’attendent pas son « choix » quotidien. Ils s’y plongent en petits »toutous » fascinés par les gros Crésus de « l’entertainement ». Pourquoi jouer ce jeu ? La mère Cousineau s’y complaît bien moins.
Le « milieu » des artistes —je ne cesse pas de dénombrer ces colonisés inconscients— est farci de ces candides et bizarres nationalistes : ils gueulent pour les différences culturelles et se vautrent néanmoins dans les gnochonneries étatsuniennes télévisées. Attraction fatale et, hélas, mondiale.
On nous sert : « tas de « bas-de-laineux » ou « gang de ceintures fléchées »! Erreur. Combien sommes-nous qui souhaitent voir les meilleures émissions de Chine ou du Japon ? Du Brésil ou du Mexique, nos voisins continentaux. Ce serait vraiment international. Assez de « seulement les USA » ! Les Québécois, c’est dit et redit si souvent par des visiteurs étrangers, sont très curieux des autres nations. Non, bienvenue au dumping USA. C’est pas cher, les amortissements se font vite chez ces plus de deux cent millions de consommateurs de ce gras show-business outre-quarante cinquième. On obtient cela pour des pinottes, alors on fonce dans ce rétrécissement culturel chez les programmeurs de télé. Horreur ! Horizon culturel « one track ».
Nous regardons les nôtres, aussi, très souvent, TV-5 pour la Suisse, la Belgique et la France. Il faudrait des canaux divers. Cogeco (ici) nous offre des tas, un florilège touffu, de canaux Usa. Qu’on regarde jamais. Maladie infantile du « satellisme » « one way » ? À bas cette univocité plate, non ?
J’ai rédigé, hier, ma lettre mensuelle en écho à celle de ma quasi-jumelle, Marielle. Bulletin de nouvelles du clan. Actualités de la tribu ? Oui. Une coutume chérie. Par écrit, c’est merveilleux, tellement mieux qu’au téléphone.
Tiraillement samedi soir entre Fellini de Rome et Jean-Paul de Rome à Toronto. Zapette que l’on s’arrache. Aile envoûtée par ce vieillard charismatique. Avec raison mais…mon cher Fellini. Quand nous voguons entre « Juliette des esprits » et le festival jeunesse torontos, même ambiance visuelle ! Notre stupeur. Même climat atmosphérique :grilles métalliques, réflecteurs puissants, foule en ombres chinoises…Bizarre surprise, je vos jure.
La saga des Molson : 1790, vingt ans après l’abandon de la France, toute prise qu’elle était par sa guerre sur son continent. John Molson, orphelin, a ris un vieux bateau dangereux et s’en vient à 19 ans avec un petit pécule. La nuit, enfin parvenu sur le Saint-Laurent, de canots surgissent dans la nuit, cris des « sauvages », avec des « halloooo » en guise de salutations sonores dans la totale obscurité.
Sachant les rudiments de ce métier, le voilà au pied « Courant Sainte-Marie », installant une malterie pionnière. Hier, aux nouvelles, je voyais de la Molson à Toronto et je lisais sur son installation récente au Brésil ! John, à 19 ans, initiait donc toute une future famille au houblon, à la levure, au brassage de l’orge « canadien ». Son client principal : les « occupants » armés qui nous sueveikllent encore et qui « watchent » les patriotes des jeunes USA —libérés de Londres-monarchiste— il y a 15 ans et zieutant ce Canada à avaler.
La soldatesque (mercenaires compris) a droit à ses six « pintes » par jour ! Rue Notre-Dame, hors les fortifications donc, le fermier Monarque (seul C.-F. mentionné !) vend ses terres peu à peu car Molson s’agrandit. Ce débrouillard idusriel sera aussi marchand de bois, hôtelier, proprio de « batteaux » à vapeur et même banquier. Je poursuis cette lecture où je redécouvre qu’avec 10 % de la population, les blokes (Écossais surtout) détiennent 50% et plus des richesses montréalaises ! Dire qu’un jeune con d’ historien affirmait chez Charron (à Historia) que la Défaite (pas la Conquête hein ?) avait été bénéfique aux nôtres ! Sic ! Malade !
Au restau samedi, Aile me parle longuement de son papa mort —du cancer de la gorge— jeune, à 64 ans,. Ses regrets. Son gros chagrin de ne pas l’avoir mieux aimé, écouté, questionné, etc. « On est imbéciles, Clo, quand on est jeune, non ? » Oui. J’ai aussi d’immenses regrets de n’avoir pas mieux fréquenté mon vieux papa. Jeunes on est tout pogné par nos propres intérêts. Je lis les regrets de cette même sorte chez la célèbre actrice, Jane Fonda qui, vieillie, se reproche de n’avoir vu qu’à sa carrière et pas assez aux siens. Enfants négligés, vieille histoire classique ?
Je n’ose écrire que je fus bien plus attentif. À cela, seuls peuvent répondre adéquatement mes deux enfants, n’est-ce pas ? Pourtant, oui, il me semble… Père-modèle ? Non, ça n’existe pas bien entendu.
Baignades samedi, fréquentes. Avec moi, au rivage, le Molson (1890) du temps des lampes à l’huile de baleine, enmpuanteuses, des égouts à l’air libre, du quai quémandé en vain, de l’eau potable vendue à la criée, des malades partout, des morts d’enfants sans cesse, des rares bourgeois (tous anglos ou presque) en calèches sur des rues mal pavées, et mon confort moderne.
Monique et son fils nous vantaient le four micro-ondes… Je balance. Aile n’en veut pas. Pas davantage du portable (cellulaire). Moi itou ! M. Molson, lui, aurait dit « oui « à tout cela, je suppose car il part pour Londres acheter les derniers modèles d’outils pour sa jeune brasserie, des moteurs modernes pour ses deux barques de luxe qui font Montréal-Québec en 23 heures !
Samedi soir, « Casanova » suivait « Juliette… » avec Sutherland, jeune, laideron facétieux comme un Marc Labrèche. J’avais détesté ce Fellini (fait rare), j’ai encore pas du tout aimé ce film. On ferme et dodo alors, avec, chevet, le livre des Molson. Plus tôt, en zappant, cocasserie, on voit la petuie Juliette sur un grill de théâtre prête à rôtir pour sauver son âme. Giuletta Massina —si vraie fameuse en épouse cocue dans « Juliette.. »—
sera délivrée par son papi athée et on voit aussitôt une séance niaise de chants plats avec chorégraphettes insipides sur l’estrade. Gestuelle désincarnée qui m’assomme chaque fois. Se continuait ainsi (avec Fellini moqueur) une religiosité soi-disant spectaculaire et très navrante. Tel ce Chemin de croix (de Gendreau) dans les rues torontoises. Images d’Épinal navrante. Un Jésus en hyppie, bel adonis, un Acadien, aux allures Woodstock ?
Mépris ou démagogie ? On a eu peur de faire entendre à cette jeunesse la si remuante musique grégorienne, ses chants si beaux ? Ouen… l’on préfère les battements de nains à la sauce néo-africaine des raves pasteurs évangéliques du Sud des USA. Oh Lord, oh Lord ! Alleluia, amen ! Ce mot « Lord » que je honnis, faisant des fidèles des quoi ?, des domestiques ?, des cerfs bien dociles ? Un esclavagiste : Jésus en « bon Maître missieu » ! Vaste Case d’Uncle Tom ?
Mes coupures gazettières ? En vrac. La Ouimet encourage le Ministre Cauchon d’ « Ottwawa » d’avoir le courage —il médite ce week-end— d’imiter la Hollande et…. Québec pour légaliser le mariage des homos. Parodie des hétéros ? Contrat légal entre conjoints de fait — homos ou non— mais oui. Cérémonie nuptiale loufoque, non. Ce petit et actif lobby, devenu puissant, sert bien la rectitude politique. Cette minorité accapare la une des journaux. La marginalité fait vendre de la copie, meuble les petits écrans mais rien ne changera la réalité qui a fait dire à l’animateur Pinard qu’il se serait empressé d’avaler un comprimé, s’il avait existé, pour quitter son état d’homo.
Dix images comme une b.d. illustre le code secret des gestes des Hells et Cie. Cocasse. Gestes clandestins pour voler, ou drogues en vue, surveiler, messe-caucus, police pas loin, pour un kilo de coke, pour… tuer ! Oh ! Omerta sinistre alors !
La Lysiane de La Presse, hier, reprend sa Mission Gesca-Power. Le Ministre Legault qui fera cesser l’odieux « médecin-businessman » n’est qu’un matamore et sot. Les tribunes libres (radio-journaux) montrent souvent l’accord des « clients » d’hôpitaux. Tous des sots, Lysiane ?
Casivi, lui, avec raison, fesse sur les organisateurs de spectacles qui gardent les bons billets pour la chapelle intime, la coterie, les VIP, le gang de bons amis. Il dénonce ce favoritisme. Souvenir : au Festival du film (1968 ?), je vois une rangée de fauteuils libres, je m’y installe. Des gorilles surgissent : « Quittez vite, ces places sont pour Monsieur Péladeau et ses invités. Mon refus. Gérant accouru, les baguettes en l’air. Je ne bouge pas. Raminagrobis P. s’amène, je dis : « Bonsoir, je voulais absolument être à vos côtés. » Il rigole et me serre la main. Fin des énervés « men in black ».
Ce matin, dimanche, l’archiviste captivant de La Presse, Vennat, me cite —sans me nommer— pour mon interview du peintre Alfred Pellan le 14 juillet 1962. Souvenir encore : Pellan qui rebondit sur le terrain paternel à Pointe-Calumet, arrivant de son Sainte-Rose (Auteuil maintenant), le crayon rouge aux doigts. Il veut nuancer ses propos. Je dis : « Mais c’est trop tard, c’est publié. » Lui : « Non, non. En cas, pour plus tard… » Sacré Pellan : son art surchargé de signaux visuels chambranlait face au triomphe de l’abstraction lyrique. L’art tachiste incandescent de Riopelle régnait, Borduas et ses avatars aussi —Borduas, rival que Pellan détestait vu son anti-dogmatisme total. Pellan aurait pu mieux utiliser sa veine « primitiviste », naïve, être notre Chagall. Il a brossé des tas de tableaux étonnants cependant, des éclatements très graphiques, chaudement colorés, uniques.
Un farouche athée, Réjean Bergeron, y va d’un long papier anti-JMC à Toronto. Pour lui c’est un carnaval pitoyable, des dévotionnettes lamentables à « un humain hors du commun ». Vedettariat risible. Croyant, je ne suis pas choqué. Vive la liberté de parole! Je suis agnostique. Je crois pas à un « Notre père », celui de la belle prière rédigée (texte apocryphe ?) par des évangélistes zélotes. Je crois à une Lumière éternelle pour les esprits (âmes si on veut) puisque l’esprit est indestructible, imputrescible, comme les ondes ( Stephen Hawkings dirait aussi cela). Nous nous retrouverons, tous ceux qui ont vécu un peu en humanistes —après la mort physique de nos carcasses— dans cette Lumière paradisiaque… et j’invoque tous mes défunts souvent…chaque fois que l’angoisse métaphysique me hante. Non, les êtres humains, M. Bergeron, ne sont pas seuls. Non.
Sur quatre longues colonnes, La Presse étale les orientations de la série « Sex and the City », Non mais… on s’en sacre-t-y ? Un chef de pupitre participe ainsi à davantage de colonialisme USA. Coup de pied au derrière qui se perdent partout.
Vincent Arseneau dans l’excellente page « À votre tour », du quotidien (dominical) de la rue Saint-Jacques s’insurge avec raison contre les téléphoneuses du télé-marketting, le soir. Le plus souvent, comme Arseneau, je les envoie paître. Parfois je songe que les jobs sont rares, qu’il faut bien gagner sa vie. Aussi, il m’arrive de jouer l’amusant interlocuteur et pour distraire un peu ces filles enchaînées, je blague. Récréation ? Complaisance nigaude ? Non, certaines me remercient de mes blagues.
Les touristes des USA, (marché de 265 millions !) sans devoir prendre l’avion, pourrait découvrir un vrai pays différent, le Québec. Non, nos marchands sont trop bêtes pour saisir cette manne commerciale. Ou trop racistes ? Ou trop francophobes ? Titres des bars, discos etc. Lisez : Angels, Bed Room, Blizzarts, Bily Kun, Blue Dog, Bourbon Street West, Club One, Cream Night Club, Funhouse, Groove Society, Hurley’s Irish Pub, Llume Room, Jupiter Room, Jingxi, Laika Club, Living, Medley, Pub Sky, Rainbows, Sky Club, Square Dorchester, Swimming. Tiffany, Tokyo, The Tunnel, Unity 2, Upstairs … Se tirer dans le pied (à profits commerciaux) c’est cela !
Cinq colonnes — La Presse encore— pour nous raconter que la Chine actuelle s’américanise rapidement. Qu’en pense son auteur, Ludovic H. ? Rien. Motte ! Aucune opinion. « Facts only », dit un vicieux réglement —implicite— chez American Press. Oui, il y a un « Bourbon Street » en Chine moderne comme à Saint-Sauveur. Le reporter nous jase un brin d’un homo de Montréal (Mark) qui se fait suivre, à Shangaï, d’un aréopage de « minets chinois ». Grande nouvelle hen ? Mark est le gigolo d’un petit vieux australien. Comme c’est intéressant , hen ?Benoit Braud déclare : « les Chinoises fondent pour les Occidentaux plus gentils que les Chinois avec les femmes ». Eh ! « Si j’ara su, j’ara venu ». Ce journalisme de mémère exilée fait pitié. Non ?
Qurtelle vaine : sortez les vélos du trafic. L’un dira : « Jeunes et pas riches, on a aucun autre moyen de transport ». L’autre : « Tous des têtes de linottes dangereuses » ! Cher vélo de ma jeunesse, rivé à moi, pour aller au collège de la lointaine rue Crémazie quand le tickett coûtait 3 cents noires ! Quand je promenais la belle Irlandaise, Marion Hall, sous les stalles désertes du Marché Jean-Talon, ou autour de la Gare Jean-Talon, la belle Italienne, Angela Capra. Cher vélo inoubliable.
Mort d’Évita (Peron) il y a 50 ans en 1952 ! À 33 ans. Un film pas bien fort. La vedette : Madonna, en dame peronniste toute zélée. Charitable, se souvenant d’où elle sortait. Surnommée Evita, elle sera la Bien aimée du populo candide et snobbé par les élites argentines. Une légende vraie : une pauvresse bien jolie sauvée par le grand homme, ex-colonel, malin et ambitieux, démagogue, ce Juan Domingo Peron. Un dictateur « soft » d’un pays en chicanes civiles perpétuelles. Mort, funérailles nationales. Une belle chanson : « Don’t cry for me Argentina ».
La pluie a cessé, une fin d’après-midi ensoleillé. Descendre me baigner avec le père Molson sous le bras. Allons-y.

Le vendredi 26 juillet 2002

1-

Ce matin, un ciel lacté. Rubans de jaune, d’orangé. Contraste avec ces derniers beaux jours ensoleillés. Allons au journal donc.

Hier matin, rôties et café sur la terrasse —maintenant ensoleillée depuis l’émondage des grands cèdres—, Aile toute retournée : « Si tu avais vu cela ! Ce matin, à l’aube, c’était le rare spectacle de la brume mobile sur le lac et, en face, le haut des colline illuminées en rose tendre, sortant de l’ombre tout doucement. La beauté, Clo ! » Oui, j’ai déjà vu ce spectacle. On dirait d’antiques gravures japonaises, on dirait de ces vieilles photos d’antan, qui montraient les brumes en Scandinavie, le long des fjords.

Hier, un jeudi de bonheur. Mon fis s’amène après le lunch avec sa si jolie Lynn et les deux beaux ados, Simon et Thomas. Ils ont leur baladeur moderne à portée de main…ne s’en serviront pas. Je fournis des vers et deux lignes à pécher « de 1900 », longues cannes de bois à poignée de liège —trouvées aux rebuts, rue Morin— il n’en sortira que cinq crapets-soleil et pas de truite, pas d’achigan, hélas ! Les parents avaient le canot blanc sur le toit de leur voiture et s’absenteront deux heures. Voguer sur un lac au nord-ouest. Ils canotent depuis très longtemps. Ma fille et mon Marcogendre —téléphone— devaient venir aussi. Nouveau coup de fil. Viendront pas hélas ! Il y a tant de cantonniers -réparateurs sur la 15 —au lieu de 45 minutes, il faut 95 minutes pour monter ici— qu’Éliane, pas en bien bonne santé, abandonne l’idée de se joindre à nous.

Souvenirs : quand Aile bossait encore avec ses chers Jean-Louis Millette —elle avait dîné avec lui quelques jours avant qu’il s’écrase à tout jamais sur un trottoir du Vieux, près de chez lui— et Monique Miler (fin de « Montréal-P.Q. »), Daniel venait me chercher pour m’initier à sa passion du canot. Ensemble, nous avironnions sur la Rouge, entre les îles du Saint-Laurent (vers Sorel), sur la rivière L‘Asomption aussi, un jour. On se retrouve alors comme hors du trafic des humains. C’est inoubliable.

Plongeons et concours « du meilleur souffle » sur le radeau quand ils reviennent de leur excursion. La joie ! Souper —la maman de ma bru, la veuve en santé, Denise, nous arrive de Saint-Sauveur— au « jambon à la Aile » sur la longue galerie, le crépuscule nous éclabousse tant qu’il faut installer le rideau de bambou. La joie toujours. Je fais voir un trésor précieux car j’ai fait un tri des plus jolies « roches chanceuses » que me rapportaient les petits-fils jadis quand ils pensaient à moi le collectionneur de ces roches brillantes. On dirait des agates souvent ! Fabuleux trésor.

J’ai fait voir, inquiet, ma vingtaine d’aquarelles pour l’album en vue et l’expo d’octobre. Daniel, généreux ?, me rassure et élit d’emblée une bonne douzaine de ces essais graphiques. Un regard extérieur, neuf, ainsi, me rend comme plus indulgent envers ma ponte. Eux en allés, Aile, plus sévère réduit « les élus » à neuf !

Des éléments de certaines illustrations, me dit-elle, sont à conserver. Je me reprendrai donc. Il y a « Le guenillou », mon plus récent petit ouvrage, dont je suis très content et qui a rallié tout le monde. Aller vers cette manière de faire davantage donc.

Avant de m’endormir, j’ai remercié la Providence et tous mes défunts chers, d’avoir ces descendants en bonne santé, pleins de vie vive. J’ai prié encore pour que ma fille retrouve sa santé amochée.

2-

Le film loué visionné mardi soir —« Sous le sable » de François Ozon— nous hante encore. Aile surtout…qui m’aime tant ! Cette épouse, si bien jouée par Charlotte Rampling, absolument inconsolable du mari (Bruno Cremer) tant aimé et disparu en mer— mystère du film— sur une plage des Landes était d’une tristesse effrayante. Elle en est devenue comme folle et le voit sans cesse, partout, dans ses vains efforts pour lui survivre.

Vu la fin du téléfilm « Silence, on court » à Artv. Amateur !

Simon Galien (?), Jean Saulnier (?) offre un récit chétif avec Sabourin, Ronfard et l’amie Françoise Faucher. Pas moins amateur, le talk-show de Gildor Roy, aperçu parfois en zappant. De la télé d’élèves du secondaire…non, ils font mieux souvent ! Et c’est les nouvelles de ce mardi :c’est Gaza, le massacre du missile israélien. Un poupon tué. Deux mois ! L’horreur totale. Sharon dira : « On savait pas qu’il y avait des civils pas loin. » Ouen !

Horrifié, un chef palestinien appelle l’ONU comme Arafat. De toute urgence. Des casques bleus bientôt en Israël, pays démocratique et souverain ? Pas question n’est-ce pas ? (Ni en Tchétchènie indépendantiste où l’on souhaite —ses patriotes— sortir de la Fédération russe, n’est-ce pas ?) Un Palestinien dit : « Ce qui est inconcevable c’est l’indifférence totale de nos frères, ceux de tous les pays arabes ». Ignore-t-il que l’Égypte comme la Syrie, l’Arabie saoudite comme la Jordanie ne sont pas libres d’agir face à Israël, allié chouchou, petit protégé de Washington. Encore moins l’Iran (détestée par Bush) et encore beaucoup moins l’Irak (honnie par Busch jr.). Ne parlons pas de la Lybie hein ?

Qu’arriverait-il donc si une (une seule) bombe (d’Égypte ou de Syrie) tombait sur le quartier-général de Tsahal ? La guerre totale le lendemain et W. Bush grimpé sur ses grands chevaux militaristes —installations militaires USA, avec sous-marins nucléaires, paquebots boirrés de G.I.— partout dans le alentours. Immédiatement, prétexte noble enfin, W.B. volerait à la rescousse de son cher allié. La guerre totale, oui.

« Pu capab »… cette Danièle Levasseur postée à Washington pour Radio-Canada. Cet accent bizarre, ce langage déformé, non mais…

Mercredi, autre séance à l’atelier du sous-sol et …Sœur Madeleine Gagnon (« La maisonnette ») me regarde barbouiller, alors, je me force. L’eau colorée —et l’encre de Chine— revole partout. Un gamin joue au drapeau ou au cow-boy, une fillette lèche son cornet à quatre boules, ou sa « pomme de tire »rouge.

Je me creuse les méninges. Ah ! Quatre bambins passent l’Halloween dans de vieux draps blancs, deux trous pour les yeux…

3-

Jeudi matin, vélo. Deux crêpes avec trop de sirop, à Val David ! Lecture du Journal de Montréal offert aux clients. Tabloïd chétif, bourré de pleines pages de pub, « page trois » sur 10 pages !

Nuovo— le crétin de Foglia— voyage d’un sujet ultra-léger, un matin, à un gravissime un autre matin où il fait voir son « bon sens » habituel que j’estime, moi.

Au retour, ce jour-là, tondeuse et puis natation. Je suis content de moi. J’y vais sans la « nouille de plastique » désormais et j’apprécie la liberté de mouvement rendue alors. C’est une sorte de rein cette « nouille » ce « saucisson », Mister Marleau !

Hier, mon fils ramassait nos restes de jambon dans les assiettes et en remplit un petit sac. Pour Zoé restée at home. « Eh oui, je suis sensible au règne animal, moi. On sait bien pour toi, papa, c’est du très « inférieur » et il y a nous, les humains, trônant au dessus de tous les règnes sur terre, c’est bien ça ? » Discussion là-dessus. Il admettra le ridicule des visionnaires intégristes chez les écolos mais tient à espérer les hommes comme « plus capables » de savoir que les bêtes ont des sentiments, des émotions et peuvent souffrir terriblement de leur sujétion, de leur domestication. « Nous devons être « responsables ». Quand je suggère un effet de ses lectures boudhiques, il se cabre : « Ne crains pas de me voir embrigadé dans une religion. Le

bouddhisme me sert comme philosophie avant tout.

Je lui parle du Somerset Maugham (« Un gentleman en Asie ») que je lis et qui, justement, avance que le « Bienheureux » ne souhaitait pas une religion, qu’il faisait de la métaphysique et que ce sont ses disciples …sbires (?) qui dressèrent une théologie tatillonne à partir de ses réflexions philosophiques avant tout. Ainsi de Jésus le Galiléen ? Que de « pépères de l’église » pour greffer à son évangile des discours à charnières concoctés pour étiqueter en commandements et préceptes innombrables (et péchés multiples) le « aime-toi et aime ton prochain ». Comme mon fils, je sais bien qu’il doit y avoir un vaste équilibre entre les règnes (animal, végétal, minéral), qu’il y va de notre survie. Il me dit : « En traitant mieux poulets, cochons et vaches, il y aura un prix à payer. La viande se vendra plus cher car c’est toujours la seule et unique motivation fondamentale de tous ces marchands : produire plus et vendre moins cher ». Je sone à Sorman et j’oublie de lui rétorquer que, déjà, les tiers-mondes ne peuvent pas même se payer ces denrées pas bien chérantes ! Vaste débat dirait De Gaulle ?

Mon Maugham est Bangkok et il ose dire que toutes ces villes d’Asie n,Ont pas, comme en Europe, de références pour le voyageur. Qu’à Venise ou à Prague, il y a les littérateurs pour nous enrichir en visitant églises, musées, monuments, places publiques. Sacré londonnien de 1923 va ! Il y a, non ?, que les poètes, les musiciens de ces lointaines contrées étaient (sont encore) inconnus des Occidentaux, non ? Je ne sais trop. Maugham semble déplorer que ces pays asiatique n’ont aucune culture écrite, gravée, sculptée, publiée…

Il apprécie les couleurs (des costumes des gens), les pagodes, les temples (teck laqué, pierreries, bouddhas de bronze) cependant. Émerveillé parfois, il décrit habilement ces chatoiements multicolores dans les ruelles et les venelles de Bangkok, ces village sur pilotis, ces marchés sur radeaux, ces cités lacustres du Siam. Je voyage avec lui sans les files d’attente aux aéroports et les mille désagréments des touristes en voyages « organisés ».

4-

À 19h. vu du stock de « Victo Story » avec de jeunes fringants aux imaginations farfelues. Piètre pâté, je vous jure. Encore « Avanti » qui signe cette recherche (hum !) de nouveauté abrutissante (comme pour le Gildor Roy « botché »), avec son Luc Wiseman au gouvernail. Aile, tout autant que moi, déçue. Nous aimerions découvrir de jeunes nouveaux talents. Solides. C’est « cheap ». Production bâclée, amateurisme, insignifiance toujours quand on exagère dans l’humour bien gros, bien gras. Plate quoi !

Aperçue chez Martineau et Cie, T.Q. Raphaella Anderson qui publie « Hard ». Habile questionneur, audacieux souvent, le Martineau la tasse sans cesse. Elle se défend plus ou moins selon les agressions voulues par le bonhomme. »Oui, je fais forcément partie prenante (avec son livre « Hard ») de ce système de « cul et fric ». La belle franchise ! Excuse ? « Quoi, je gagne ma vie ! »

Elle parle de survivre, de subsister. Sans cette veine (simili-porno ou porno hard), elle devrait aller en usine, c’est cela ? Tristesse profonde. Si jeune ! Un moment l’Anderson paraît une petite conne finie, un autre, une lucide froide. Le féminisme, c’est fini. Le lesbianisme, c’est sa tasse de thé. L es gars, tous des dégueus.

« Baise-moi », de son sérail, est une réalité incontournable. Soudain : « Moi, je dois me défendre, hein, je n’ai pas à défendre les autres » ! Elle dit (c9mme elle le fit à « Campus ») que « l’industrie de la porno » (films) est exploiteuse, que ses acteurs sont mal payés. Un projet futur questionne Martineau ? « Oui, avec pédophilie et inceste ». Beau programme de vie à venir ! Soudain vertueuse : « Il y a là des victimes et je veux dénoncer ces salauds qui les exploitent ». On la sent futée et on la sait capable d’exploiter des filons qui reviennent à « cul et fric ». Grande tristesse. « Faut gagner sa vie », répéterait-elle et moi je répète (après Ferrat) : « Y a d’la place en usine, pauvre petite conne ».

5-

Un film bien façonné : « Jonh Q. » signé Cassavetes junior. Les chialeurs québécois (on a trop de « welfare » providence par icitte) y trouveraient un bon motif de se la fermer. Un ouvrier métallurgiste, un Noir (brillant Washington), découvre que, faute d’assurances et donc d’argent, on va renvoyer chez lui son fils condamné à mort (cœur de bœuf). Il décidera de prendre en otage le chirurgien affairiste. Chaos dans l’hôpital et police partout. Négociateur ratoureux (Duvall, excellent). Un bon suspense. À obliger de visionner les John Charest et les Mario Dumont que gênent tant la même médecine pour tous, pauvres ou riches. Hilary Clinton est montrée à la fin, elle qui dut vite battre en retraite (à ce sujet ) face au dur et chic lobby médical toit puissant ici comme aux USA. Ces jours-ci (raisonnable loi Legault), on en voit pas mal qui ne comprendront jamais —ces culs-ronds de bourgeois— que la médecine ne peut pas être un simple « business ». Qu’il faudrait détruire les odieux quotas, le contingentement (corporatisme !) scandaleux aux facultés universitaires. Que les actuels prêteurs de serment (à Hyppocrate) jouent honteusement les « entrepreneurs autonomes » libres. Deux belles lettres de lecteurs de La Presse, ce matin, s’insurgent face à ces « médecins-businessmen ».

Voir « John Q. », malgré son « happy end » hollywoodien facile, fera réfléchir. Aux USA, c’est le docteur qui dit : « T’es pauvre ? Va chier » ! »Jonh Q. » un film certainement pas prioduit et réalisé par des Républicains « buschiens » (sic) mais par des Démocrates convaincus.

6-

Entendu à LC-Tva : « Aux funérailles du syndicaliste Louis Laberge, on a entendu, à la fin de la cérémonie, la chanson de Sinatra « My way ». Connerie ! Encore l’ignorance ! Cette chanson est de —compositeur en France— Claude François. « My way » s’intitulait : « Comme d’habitude », un grand succès. Sinatra, ébloui par l’habile ritournelle, l’avait achetée. Les aînés ont « l’habitude » maintenant d’entendre sans cesse de ces niaiseries en médias, la plate plaine des courtes mémoires. Un jeune contingent de nouveaux venus pourraient un peu mieux se documenter, non ? Hier encore : « L‘épée de Démoclès » ! Da ! Da !

Vu, hier soir, la deuxième émission (avec le même invité, cela arrive chez le Lipton de « Actor’s studio) de « Sous les feux de la rampe » hier soir à ARTV. Patrice Chéreau, metteur en scène coté au théâtre (Nanterre surtout), fait maintenant du cinéma (« La Reine Margot », « Ceux qui m’aiment », « Intimité 2000 », etc.) et l’acteur d’occasion, y brillait de tous les … feux de la rampe, réalisé par Philippe Azoulay. Rationnel, souvent cartésien même, Chéreau expliquait son métier de « chef de troupe » à un Bernard Rapp débordé par sa faconde.

Tournant souvent à Londres —il songe à Pacino pour son projet sur « Napoléon dans l’île Sainte-Hélène—, il a osé : « Les Anglais sont meilleurs acteurs que les Français ». Silence lourd dans la salle pleine d’étudiants…français ! Festival de Cannes ? Il dira : « Nous, cinéastes français, nous traversons prudemment dans les clous, les Américains eux foncent dans le trafic… » Oh ! Ce matin, le gros Depardieu cogne très dur sur le cinéma américain, disant qu’ils contrôlent tout le trafic de la distribution des films, partout !

Chez Bernard Rapp (le jeudi soir), me fait remarquer Aile, on ne s’adresse jamais au public de la salle contrairement à Lipton(le vendredi soir, même canal Artv) qui ne cesse de faire ses appels du pied, de même que ses illustres invités. « C’est comme s’il n’y avait personne devant l’invité » souligne Aile.

7-

Vu le vieillard étonnant Henri Salvador au « Point » hier soir. 85 ans ! Plus vieux que le pape qui retrouve du tonus face aux centaines de milliers de jeunes à Toronto. Rigolard, en forme splendide, Salvator dira : « Le trou s’approche » !, en parlant de des morts de ses alentours. C’est un autre Trenet qui ressuscite.

Tel l’ Adamo revenu à la vie active après une pub de lait dans nos enceintes nationales ! Que de revenants ! Il y a deux ans ou presque, le vieil Henri a pondu un disque sans y croire, « Chambre avec vue ». Succès inattendu et le voilà dans nos murs !

Avant le vieux vert, encore cette Danièle Levasseur en direct de Washington… « Pu cabab » ! J’ai parlé plus haut

d’accent, non, j’aime les accents, même le pointu de Viroli ou l’accent parisien de Michaele Jean. Non, non, elle a carrément un défaut de langue( ou de bouche) ! Elle ne dit pas de niaiserie et pourtant c’est le débit d’une débile ! « J’peux pu » !

8-

Au bulletin de nouvelles, hier : un suicide. Celui d’un magouilleur horrible. Un de moins d’un trio de fripouilles. Un autre est en prison, l’autre servira de « témoin à charge ». Affaire intrigante. Imaginez : des nonnes —des bonnes et pieuses sœurs— (une congrégation religieuse de Québec), avaient un sacré magot : 80 millions de belles piastres ! Viande à chien ! Ça laisse rêveur. Un démarcheur frauduleux —le suicidé— sut les enjoler. Comment ? L’histoire le dit pas. Les dévotes richardes (80 millions de $) s’embarquaient aveuglément dans une supposée juteuse affaire. L’on songeait chez ces ensoutanées non pas à une cathédrale ni à un orphelinat mais à transformer les terrains au nord-est de la rue Crémazie en un juteux marché général bien lucratif.

Dieu, (ou l’Immaculée Conception ?) injuste si souvent, a permis que les braves nonnes virées en spéculateurs immobiliers —à la vue plus grande que la panse— se retrouvent le cul sur la paille, comme des petits Jésus de crêche. Le fric des nonnes, détourné, se faisait « laver » au paradis de fraudeurs, j’ai nommé la Suisse!

Rideau : hier, l’homme expert au tir de pigeons d’argile (et autres pigeonnes bien noirs!), chasseur-touriste assidu de la Colombie, sainte contrée s’il en est, tournait sa chic carabine contre sa tête de tricheur. Miséricordieuses, les religieuses affairistes de Québec vont-elles prier pour le repos de l’âme de leur bandit, détrousseur de grand-chemin-Crémazie, devenue boulevard-autoroute numéro 40 !

9-

Hier, on parlait vieillesse à table, vin rouge coulant généreusement. Lynn et Daniel parlait d’un miroir cruel dans un motel de Sherbrooke ce printemps. Ils se voyaient… plus vraiment des jeunes ! Aile racontait un incident similaire dans une loge d’artistes, un jour. J’avais découvert un midi, soudainement, la vieillesse de papa. Il ne me voyait pas. Il sortait, seul, du marché Bourdon, près de la Casa Italia. Il poussait son caddy à emplettes lentement. Grimaçait. Sa vieille casquette sur le front. Son pas laborieux. Je le percevais enfin comme ce qu’il était : un petit vieux ! Ça me faisait mal. Daniel m’entendant m’avoue : « Moi, aussi, un jour je découvrais que tu étais… vieux. Rue Garnier, je t’avais prêté un vélo et tu pédalais, lentement, vers le Parc Lafontaine… Oui, je te voyais en « vieux » pour la première fois de ma vie. Eh b’en !

Daniel, encouragé par le bon succès de l’un de ses jeux de société « Bagou » —« je viens d’en vendre un millier et demi de plus en France »— est en train de créer Bagou-2. « Moins facile que le premier à installer, car je dois dénicher des difficultés du français qui sont nouvelles par rapport à Bagou-1 mais, bon, j’y arrive ». Le père bien fier du fils !

10-

Quand l’intelligente Lysiane Gagnon quitte son aire de l’anti-patriotisme, elle vise bien parfois. Son « papier » sur Dutoit (chef d’orchestre) et Boilard (juge des motards Hells) qu’on jette vitement est de solide farine. Elle termine sa colonne (de columnist) en parlant de notre grande peur des polémiques. Avec raison elle souligne qu’en médias (électronique) on glisse sans cesse vers le « mou ». On évite les confrontations; surtout, dit-elle dans le sérail des universitaires « canadians ». À la fin, elle fionne : « Canada, gentil Canada, gentille Alouette… »

Boilard ? Trop de tempérament : dehors ! Dutoit, idem, ouste, la porte ! Gagnon dit de quitter la cour si l’on supporte pas les remontrances d’un juge fougueux, bravo ! De quitter un orchestre si on endure pas la critique du chef. Bravo ! elle reprend justement l’adage : « Si vous êtes incapable de supporter la chaleur, sortez de la cuisine ». Bien dit.

Ce n’est pas un nationaliste étroit qui parle, c’est l’ONU. Rapport tout récent intitulé « Rapport-2002 » clamant : « le contrôle des médias par de grande entreprises menace la liberté d’expression dans le monde ». Il faut mettre le monde des informations, dit le rapport, et à l’abri des sociétés gigantesque et à l’abri des États. Vaste programme…encore une fois ! La « droite » Institut Fraser rétorque (naïvement ?): « N’ayons pas peur des grosses compagnies, les sources d’infos varient tellement à notre époque… ». Les cons !

Je suis toujours étonné de certaines révélations. Exemple : un gars jouait au TNM dans « Equus ». Après il fit du théâtre de quartier (dans Villeray, tiens !). Trois décennies passent. En 1986, il incarnait Ignace Bourget, évèque de Montréal. Robert Gendreau a maintenant 53 ans. Un jour, « le Sacré-Cœur lui est apparu » ! Six mois plus tard (!), raconte Perreault de « La presse », Gendreau va à la messe, rue Mont-Royal et se confesse. En cachette de son « milieu », il va à messe durant trois mois et c’rest l’appel. La vocation. Il est curé. Il est à Toronto. Il organise « La voie de la Croix », un spectacle pour les jeunes festivaliers cathos de Toronto. À la fin de l’interview, Gendreau dit : « Les jeunes cherchent un modèle, une force. Ils ont vécu les divorces des parents, connaissent un suicidé proche, l’échec…. ».

Ce théâtreux catho parle du 97% de pratiquants au Québec quand il était tout jeune ! « Du jamais vu et ça ne se verra jamais plus », dit-il.

11-

Les journalistes Cormier (Le Dev.) comme Brunet (La P.) acceptent de n’être que courroies dociles des USA —et affiliés et assimilés— en infos-spectacles, musique, etc. Tristesse, ces minables valets soumis du « petit monde riche » anglo-saxon. Et voilà mon cher « comique » du sport-spectacle, Jean Dion, qui, nous livre ses sources. Variées ? Non. De moult pays ? Non. Non. Lisez : « Sports Illustrated, The San Jose News, Roanoke Times, Virginian-Pilot, Brimingham News, Charlotte Observer, Greenville News, Chronicle of H.E. » Édifiant hein ?

Les Québécois aiment le vaste monde, on dit qu’ils sont accueillants et généreusement ouvert aux autres civilisations. En témoignent parfois des visiteurs de tant de pays étrangers. Or, toute cette valetaille de nos médias n’en a que pour USA et USA et Cie. Pleines pages (souvent payés par les producteurs) consacrées aux activités du puisant voisin. Cinéma compris bien entendu. Jamais d’échos, ni, surtout, de reportages substantiels, sur les héros —vedettes ou nouvelles étoiles) de l’Espagne ou du Mexique, de la Scandinavie ou de Holande, de l’Italie, de la Grèce ou de l’Allemagne. Rien. Une bande de colonisés contents.

12-

Ce matin : rue Laurier, la petite et grouillante librairie Hermès ferme. La libraire, Marchildon, était sympathique. Impossible de survivre. Il y a les chaînes, il y a Cosco-Club Price, là où on vend presque au prix coûtant les nouveautés… littéraires ou non. Gazette de ce matin : « Quebecor-livres congédie 16 personnes ! Oh ! Ma belle bru qui y travaille ? Peur ! Le progrès ça madame ! Mon cher quincaillier (Théoret) finira par baisser les bras ?

Ce matin, rue de Bleury, Rima Elkouri est allée confesser Thérèse (O’Reilly) :on ferme la très antique boutique « Bellefontaine » ! Souvenir : papa finit enfin par fermer son petit restaurant. Maman contente. Il doit avoir 65 ans. Il ira travailler là, chez Bellefontaine. Jouant l’étalagiste autodidacte. Il ira faire « l’étalagiste naïf » chez L.N. Messier après, rue Mont-Royal. Il ira jardiner aux Serres Notre-Dame. À la cantine de l’Oratoire, il jouera les « cooks » d’occasion ! Il sera gardien au par Laurier, au Parc Maisonneuve, chaque été, au Square Dominion (devenu Dorchester) où il y avait expo de plein air et « guingette » à touristes.

À la fin, longtemps, au petit Musée-galerie sur le Mont-Royal. Il y était heureux se prenant pour un galériste, un guide indispensable. Un vrai « Jack of all trades »! Là aussi, un jour, il avait quoi, 72 ans ? …on lui dira : « On ferme la galerie municipale ». Alors, lui qui avait toujours aimé dessiner et peindre, il se métamorphose en « céramiste primitif » dans le salon-double des enfants… partis depuis longtemps.

Hier, il m’est venu une histoire, une intrigue pas piquée de vers et l’envie de raconter cela ici. Se retenir ? C’est que Somerset Maugham (« Un gentleman.. »), lui, soudain, y va d’un conte, une bonne histoire, au beau milieu de son récit de voyage. Si —mauvais exemple ?— je me mettais à livrer des historiettes de mon cru dans mon journal. Je vais y réfléchir. Danger ?

13-

Prenez le cahier « spectacles de La Presse d’aujourd’hui : farci de nouvelles à la sauce USA et alliés. Une honte. Huit « papiers » sur Uncle Sam et ses produits « Kultu-cucul-rels » —dont un gros reportage illustré sur Austin Powers (on s’en crisse-t-y d’Austin Powers, pauvre M.A. Lussier ! Parfois le « Voir », qui coûte rien, fonce (Olivier Lalande-en-courroie) dans cette propagande commerciale à sens unique :USA.

C’est cela jouer les courroies de transmission dociles. Un tout petit coin pour raconter que Sorokine —romancier Russe né en 1955 et très connu là-bas, traduit parfois— a pondu un roman (« Le Lard bleu ») où Staline et Khroutchev sont… deux pédés. Subtil non ? Procès. Amende et risque de deux ans de tôle ! L’ex-coco voulait « tester les limites du Kremlin », dit-il. Finesse du raisonnement !

À la mi-juillet, le vétéran-reporter, Gérald LeBlanc (natif de l’Acadie), faisait ses adieux au métier sur cinq colonnes. Hélas, LeBlanc parlait de notre indiférence (Québécois) au sort fragile de ses frères Acadiens. Doit-on sauver aussi la Lousiane ? Quel dadais, quel grand tarlais, quel innocent ! Il faut militer sans cesse pour sauver un Québec que tant d’adversaires voudraient diluer en melting-pot sauce mosaïque multiethniques (et cela avec les millions d’Ottawa pour cette dilution organisée).

LeBlanc, un jour nationaliste prudent (comme Cormier jadis à La Presse), un jour, trembleur devant le « patron Desmarais », le gendre de Jean Chréchien, André. Je l’observais. Il naviguait à vue. Il calculait. Une sortie audacieuse un matin, un retraite de pleutre l’autre matin. Au service des infos (et des Affaires publiques) il y avait, longtemps, plein de ces patriotes sous surveillance (un Jean Lebel par exemple), une émission bravait l’Establishmentd’en hait )elle-même sous haute surveillance et constante du « Siège » à Ottawa, une autre émission les rassurait.

J’ai observé. Ce cirque de ma table à dessin durant 30 ans. Nous nous amusions, à gauche et indépendantistes, à commenter ce jeu de bascule radio-canadien. Balançoire lancinante. Le petit boss montréalais, Marc Thibault, masqué en salomon tout tiraillé entre ses serments à la Reine (une tradition longtemps quand on entrait à la CBC) et ses convictions cachées. Lui aussi, le poète-bureaucrate, Paul-Marie Lapointe, veillait au grain. À coup de méchants « mémos » sinistres, tous ces pions-fonctionnarisés souvent à bout de nerfs. La peur des vases chinois, la peur de Trudeau. Une vraie farce. Alors, tannés de calculer, de veiller à pas trop écoeurer les fédérats dans la place, quand un Bourdon ou un Gérald Godin alla trop loin —« pour tester les limites » ?— ce fut : « La porte, Bourdon ! Il se fit député péquiste. Dehors, Godin ! Il se fit député péquiste ».

Hen, c’est plaisant d’être vieux, on peut en raconter des affaires (publiques).

Il pleut. P’tite pluie fine, quasi invisible. Aile, débrouillarde, a pris sur elle d’acheter un machin de plastique et, ainsi, de remplacer un tirette brisée pour la cuvette des toilettes. Je la félicite chaudement , c’est bien fini l’homme à tout faire, le seul capable, en matière de plomberie. Les temps changent. Le progrès je vous disais pauvre libraire….

Le mardi 23 juillet 2002

1-
Au lever un ciel gris, un vent féroce, rideaux faisant tomber les traîneries de ma table de chevet. Brrr….Brunch, il est tard. Œuf et jambon. La confiture de fraises extra d’Aile. Yam ! Journaux du jour, ce petit bonheur indispensable. Le ciel se dégage mais…bon, du journal. Car, hier, j’ai oublié des choses. Dont la visite-éclair, dimanche, du filleul d’Aile, le Pierre-Luc du frérot Pierre. Je les écoutais jaser, lui et Monique (M.). Ils racontaient des provinces de France. Pierre-Luc a voyagé pas mal. Aile et moi sommes allés outremer en 1980, une première ! J’avais 49 ans ! « Le monde a changé tit-loup » chantait Dubois ! Éliane et son Marco, Daniel et sa Lynn allaient en France, jeunes. Gabriel, le benjamin, trompettiste à ses heures, y a pris de longues vacances plusieurs fois. Dans le bordelais ! Oui, le monde a changé. Dimanche, Monique et son Patrice admirant à fond notre joli refuge…je dis : « Comprenez-vous pourquoi on part plus, pourquoi on reste collés ici ? »
Je lis Somerset Maugham ces temps-ci. « Un gentleman en Asie », (poche 10-18). Un « livre de voyage » fort amusant. Époque : 1922-23. Long et lent (avec mules et poneys) itinéraire à travers la Birmanie, puis le Siam (Thaïlande d’aujourd’hui). Bientôt, nous irons, « ensemble », au Cambodge puis en Indochine à la fin (j’ai lu la quatrième couverture). Le très « Britannique » Maugham cogne fort, ici et là, sur le colonialisme de sa patrie impériale. C’est bien. Étonnant voyage qui me captive —malgré une sorte de monotonie liée aux lenteurs des moyens de transports— avec ses notes de calepin. Villages exotiques en diable. Populations misérables et très capables de courtoisie et de grande bonté pour ce baladeur impétueux. Il va de bungalow en bungalow (sorte de relais pauvres) puisqu’il semble y avoir un réseau (modeste) d’installations prévues pour ces voyageurs. Les surprises de Somerset face à tous ces temples faits de bambous coupés. Édifices de cannes coupées ! Statues dorés, laque sur le bois de teck ou de cèdre, mosaïques de carreaux de faïence, pierreries, etc. quand la pauvreté est pourtant totale. Le bouddhisme fleuri.
Je voyage. Dans le temps. Le temps d’avant les clubs modernes de vacanciers bien organisés. Je suis loin du Ouellewbec avec ses plages où l’on consomme sexuellement des enfants pauvres des deux sexes ! Dans ces pays du bout du monde, en 1923, c’est commerce et commerce. Initiatives d’exploitations (par les Blancs) des richesses naturelles.
Je voyage en une Asie inconnue de moi. Peu à peu, regrets de ne pas y aller fureter. Je suis comme jaloux des pérégrinations de mon frère Raynald en ces contrées. Un monde de parfums, d’épices, de fleurs, d’oiseaux colorés. J’en reste à nos iris communs … qui poussent maintenant tout autour de nous. Paresse ? Crainte des embarras, des attentes dans les aéroports.
Merci monsieur Maugham : je voyage assis dans ma chaise-longue !Il a de l’esprit, est fort bon observateur, se moque de lui, des arriérés innocents aussi, narre des destins (rencontres inopinées) hors du commun : un jésuite italien, barbu maigre, perdu en forêt, un colon riche cocu d’une jeune femme « achetée », un paysan-guide congédié subitement, abandonné dans des rizières, un exilé de France, playboy repentant.
Des misérables débrouillards le fascinent, de belles jeunes femmes sous des chapeaux coniques, avec des fleurs dans les cheveux, le séduisent, le hantent, lui, le gras littérateur parcourant ces contrées lointaines. Une rivière à méandres, des ponts fragiles de bambou pourri…des torrents furieux, un bœuf qui s’évade, une mule qui s’écrase, son poney parti à l’épouvante…Je voyage avec lui, c’est cela aussi le bonheur des livres. J’ai songé à notre Alain Grandbois, poète Québécois parti investiguer le vaste monde de l’Orient dans les années ’30.
2-
Vu hier soir un autre suspense du fameux Alfred Hitchcock. Revu son bon métier et aussi du « cucul la praline ». Des musiques démagogiques pour souligner des dangers. Des photos souvent cuculs. « Le grand cinéaste » de François Truffault —il lui fit un bel album d’hommage— avait ses tics. Ses manies déplorables. Film décevant que ce duo de Sean–James bond et de Tipi Hendren. L’histoire : une jolie voleuse, traumatisée par son enfance misérable, mignonne blondinette, trouve (« deus machina » ) un chic richard (Connery jeune) pour la sauver de sa cleptomanie. Du freudisme popularisé par le ciné de cette époque. Avec « happy end » convenu ! Nos regrets de cette perte de temps car j’aurais pu continuer de rôder au Siam avec Maugham ! Aile aurait pu terminer les magazines achetés récemment. Elle veut que j’essaie « Les Molson », me dit : « Surtout pour les débuts de leurs installations en brasseurs de bière audacieux ». Me dit aussi comment il est fascinant, révélateur, de constater que nous n’existons pas. Qu’ils s’installent parmi nous comme si nous étions une majorité invisible, plèbe inexistante, mariages arrangés entre eux, progrès constant organisé comme à notre insu. Dans cette minutieuse biographie des Molson, pas un seul mot, me dit Aile, sur ces Canadiens-français qui, pourtant, les entouraient de toutes parts ! Racisme solide, inconscient. La terrible loi des descendants de nos conquérants qui vivent entre eux, qui sont nullement influencé par cette plèbe francophone, ces récents « sortis des campagnes » environnantes et qui seront leurs valets obéissants. Je lirai.
3-
La faim malgré le faux-brunch. Aile m’appelle. Je suis l’Homme-sandwich des midis. Aux tomates avec beaucoup de mayonnaise. 14h. Ciel amélioré grandement. Du bleu. Retour au journal et musique (Albiboni, Bach, Vivaldi, Handel, Pachelbel) baroque classique qui me distrait moins que mes chers chansonniers.
Dimanche, La Presse, je lis sous ma photo (le jeu du jour) : « Né en 1930, premier roman en 1960, « La corde au cou » —faux, c’est « 1959 avec « Et puis tout est silence »— critique d’art à La presse, auteur de deux téléromans —faux : j’ai signé aussi « Dominique », 1976-1979, il fut trois ans durant le « no. 1 » au palmarès. Son roman « La sablière », titré « Mario » fut porté à l’écran ».
Là où il y a Céline et Angélil, là où il y a le triomphe visuel du Cirque du soleil, il y a un autre monde. Dubois, romancier et reporter de France, raconte ce peuple des déchus avec une éloquence tragique. Le Noivel Obs fait voir cette déchéance fatale des gamblers compulsifs. Reportage affreux. Comme j’aurais voulu faire comme ce Dubois. Être envoyé partout. Décrire ces expéditions pour les miens. Ici, il y avait de pauvres revues : La Revue populaire, Le Samedi, et quoi encore ? Aucun moyen d’envoyer un écrivain québécois peindre le monde. Chanceux ce Dubois talentueux. Loin des palaces illuminés, il y a un Las Vegas terrible où des gueux, hier riches bourgeois, qui croupissent dans des dépotoirs humains infects. Ils ont joué leur fortune, petite ou grande. Ils vendent toit ce qui reste :une montre-bracelet, un vieux bazou pour tenter de « se refaire », impénitents livrés aux bandits à un bras innombrables même dans ces zones de clochards en loques, banlieues de vagabonds qui espèrent encore, souillés, complètement démunis, pris par ce démon du jeu. Ici, démons bien organisés par l’État du Québec ! Là-bas, bientôt, Céline fera florès, notre prodigieux Cirque aussi.
4-
Ce matin, à Radio-Canada, Pierre Nadeau interroge madame Greta Chambers, ex-rectrice (hon !) de Mc Gill. Comique de la voir se débattre pour paraître « la Reine des bon-ententistes ». Le serpent bien con des « deux solitudes » sort encore, hélas, de la boîte ! Cette foutaise. Il y a deux nations et les Blokes refusent cette réalité. Est-ce que Belges et Hollandais sont « deux solitudes » ? Est-ce que Suédois et Danois sont « deux solitudes »? Est-ce que Finlandais et Norvégiens… On en finirait pas.
Tant qu’Ottawa —avec l’aide de nos traîtres stipendiés, de Laurier à Saint-Laurent, de Trudeau à Chrétien— refusera de reconnaître que nous formons une nation avec le droit, reconnu à l’ONU, de nous gérer nous-mêmes, la lutte va continuer. Fallait entendre la Greta bafouiller parfois, tenter de jouer l’arbitre aimable de cette longue bataille depuis 1837. Une comédie hilarante. Une Beaubien par sa mère, madame Chambers est le prototype parfait du péril qui nous retardait : le jeu du « bonententisme » à tout crin. Quand Nadeau lui dira que la loi 101, nous sécurisant enfin, aurait amené les « non » trop nombreux aux deux référendums…un silence de sa part. Elle qui combattait (à « The Gazette » où elle a sévi) cette loi ! Puis, elle marmottera : « Oui, peut-être ».
Avec raison, Nadeau, lui rappellera l’ouvrage —de premier conciliateur— de son mari Egan Chambers —un député Bleu de Diefenbaker— lors du terrible conflit (1959) des réalisateurs du réseau français. En effet, il aura fallu l’intervention d’un bloke de bonne foi pour qu’Ottawa —totalement indifférent aux francophones laissés sans télé populaire— commande, ordonne, la fin de cette grève historique. Les C.-F. on s’en sacrait complètement mais quoi ?, un Conservateur, un gars du parti au pouvoir, parlait fort (in english) ? Alors, oui, on va y voir ! C’était cela aussi le colonialisme et le racisme de ce temps. Greta se confie : « Une nuit, mon mari revient d’une séance de conciliation et me dit, abattu : « c’est affreux, René Lévesque vient de passer chez les séparatistes ! » La vérité, on le sait désormais.
5-
Un juge coloré, bouillant à l’occasion, au franc-parler rare, Boilard, a pu lire une lettre de blâme du juge Garon (chef d’un sous-comité de surveillance des magistrats rebelles) : « Vous avez été insultant en cour pour un avocat jadis, c’est pas bien, indigne du « banc ».
C’est la compétente Isabelle Richer de la SRC qui lui a fait lire cette lettre qui traînait. Boilard le fougueux a bondi. Vers la porte de sa cour. Il abandonne les motards criminalisés. S’en va à la retraite. Ce matin, tribunes publiques partout, manchettes des journaux. On entendra mieux les juges ronflards et moins les « sans langue de bois » désormais. Les soporifiques perruqués triomphent. Les autres viennent d’être prévenus. Pas trop de clarté et pas trop de personnalité. Installez-vous dans le ronron ennuyeux des procès pour endormir.
Le nouveau juge des « Mom » devra lire tout le dossier maintenant. Des lectures énormes. Il s’installera avec prudence. Et le cirque des jargonneux législateurs va reprendre de plus belle. La prudence est la mère des confortables tribunes, assommants de vétilles et de broutilles « codées ».
Deauvile, en France —comme pour le Festival du film à Toronto— de nouveau tout américanisé. Ce fanatisme pour les amerloques ! Des stars d’Hollywood affluent à ce festival des colonisés et contents de l’être. Le cinéma de Londres ou de Berlin ou de Rome (on est en Europe non ?) à Deauville ? Allons ! Où est le gros fric et les gros machins ? Ils viennent de Los Angeles, USA. Place, place ! Le « haine et amour » de cette sorte de français fait que s’installent souvent de ces hommages étonnants. « Paris-Match » va s’y précipiter.
Rien à faire, les caricaturistes sombrent souvent dans les clichés éculés. Ce matin, par exemple courant, images (La Presse) d’un col bleu et d’un compagnon. « Tu feras rien en vacances ? » L’autre : « Ah non, ça ressemblerait trop à mon travail ».Ah, ah, ah ! On enfonce un vieux clou rouillé. Le satiriste paresseux quand il y a tant de sujets pour illustrer l’exploitation des riches, des requins envers… les cols bleus et tout le peuple. Pénible paresse.
Ça y est, le soleil partout maintenant. Je repars « en voyage » avec Maugham » au bord du lac.

Le lundi 22 juillet 2002

1-
Bel après-midi. Prélassement total, chaises longues matelassées, baignades, lecture du « Nouvel Obs » —sur la vérité et les mensonges dans la Bible—, Aile lit « L’Express », je repars nager vers le radeau et, coucou, passage du rat musqué familier, au large un canard, solitaire !, visions de poissons rouges énormes (venus de bocal renversé?), carpes capables de s’adapter au lac d’ici donc ? Mon ignorance. Soudain : adieu soleil, adieu chaleur, le ciel virant au gris sombre, vent plus violent, on monte vitement vers la maison. Le temps d’aller au journal est venu.
Tout un week-end passé avec une terrible pie bavarde dans mon genre, la comédienne émérite Monique (Miller). Elle et son fils Patrice (Gascon) sont repartis ce midi. Taquinage dès samedi midi (à son arrivée) avec cette « nouvel officier de l’Ordre du Canada ». Elle ira bientôt chercher sa médaille, logée, nourrie, à Vancouver, billets d’avions payés ! On a rigolé. Je lui ai répété qu’elle devait dire : « J’accepte cet honneur d’un pays étranger mais néanmoins ami ». « Laisse-moi tranquille, on a pas le droit de parler. Okay ? » Comment ça se fait ça qu’ à moi, Ottawa ne m‘offre jamais rien, ni médaille, ni ruban? Monique : « Pis j’suis p’us séparatist’ Jasmin ! Depuis tu sais quand ».
J’ai lu le prof, auteur-éditeur Brochu ce matin dans la « une » du Devoir. Il narre avec cruauté l’état piteux de l’idée nationaliste de nos jours. Oh la la ! L’académicien y va d’une lucidité remarquable mais atroce. Le lot des déçus, des découragés grossit vite ma foi du diable ! Moi ? Je serais le dernier, le seul, à lutter pour notre indépendance, je continuerais à la proclamer. Toujours. Jusqu’à ma mort. Nos compatriotes (quatre sur dix !), pour des raisons connues, craignent le changement. Ce fait têtu ne change pas une conviction, il me semble. Je reste optimiste.
Dimanche, visite avec nos deux invités à Val David pour les « 1,001 pots » (de céramique). La qualité baisse. Vaste fourre-d’argiles diverses tout bien démocratique mais… Déception légère de tous. À l’aller, vision sur la 117 de troupes assemblées. Police, ralentissement. Val Morin reçoit pour un cérémonial de type indou mais on ne sait trop de quoi il retourne. Ce matin, nous apprenons qu’il s’agissait d’un vaste pow-wow religieux, Tamoul. Ça ne devait pas trop causer en français !
Un bonhomme (reportage de ce matin) installé longtemps aux USA revient tout heureux à Montréal. Il vante la place. Ça fait chaud au cœur de lire son grand plaisir. Dira-t-il qu’il veut s’intégrer à nous, qu’il avait besoin de nous ? Non. Pas du tout. Il ne vante que l’aspect cosmopolite de Montréal. Pour lui, c’est le suc de l’existence. Le 84 % des nôtres le laisse de glace. Il dit qu’à Montréal, il ne perçoit pas l’homogénéité raciale qu’il devait endurer à Atlanta !Ils sont nombreux ces zigues (dont certains des nôtres). Le Québec ils s’en crissent ! Notre culture, nos us et coutumes, notre histoire, notre avenir incertain, nos combats de résistance ( 2% au milieu de la vastitude anglo-saxonne) c’est de la schnoutte ! Ils n’aiment que la mosaïque de ghettos du centre-ville. Une sorte de racisme. C’est bien clair.
Tout autour de ce centre-ville à ethnies « variables » (tant s’exilent vers Toronto tôt ou tard), vivent les nôtres, à Longueuil comme à Laval, à Saint-Hubert, à Saint-Jean comme à Sainte-Thérèse et à Saint-Eustache… des millions des nôtres, rien à faire. Toutes ces foules ne comptent pas, non, ce qu’il estiment c’est le carnaval des ethnies. Un racisme, oui.
2-
Le tonnerre gronde maintenant, on passe de la grisaille à l’ardoise dehors. Le vent a viré de l’ouest vers un nordet énervant. Ça sent l’eau qui va tomber en trombes…On verra. Monique nous a beaucoup parlé de sa tournée en Europe avec « Je suis une Mouette… », le captivant spectacle monté par Denoncourt. Un franc succès de Marseille à Berlin, à Munich, etc. Cette fille possède une énergie renversante. Je ne me voyais pas trop, (on a à eu près le même âge) dans mes valises, changeant d’avion, de train, de ville… Mais non, Monique, elle, raconte ses périples avec joie, fait voir tout cela comme une expédition agréable. Facile, ce lot de représentations à l’étranger ? C’est qu’elle adore son métier, je suppose.
Aile, Monique sur la route, semble toute essoufflée…d’avoir vu encore cet engin inouï, Monique, qui cause, qui brille, qui se souvient de tout, de tous, qui est une mémoire absolument prodigieuse. Tant que je lui dis : « Tu veux pas que je te rédige un bouquin, tout ce que tu sais, pourrait se perdre, non ? » Elle rit. Me fait comprendre sans doute qu’elle se sent encore trop jeune pour se mettre au livre de ses souvenirs. Hélas ?
Rêve de vendredi. Un cauchemar. Des enfants sadiques, avec des poignard, qui cherchent dans nos rues des victimes. Je me cache comme tout le monde face à ces petits sorciers, bandits, qui règlent je ne sais trop quels comptes ! Des amis sont blessés et râlent. Je reconnais des camardes de travail de jadis (Roussel, Picard, Valade). Puis, il y a une réunion. Salle vaste. Un gymnase ? Des moniteurs nous conseillent. Un caucus savant, bavard, futile. Je me sauve. Aile me retient. « Il y va de notre survie » ! Je sors, je me moque, plus une seule voiture en ville. Les jeunes rôdeurs juvéniles sont disparus. Méfiance de cette accalmie. Une sorte d’Harry Potter pleure, seul, assis dans un caniveau. Je me sauve. La peur. Je me réveille.
D’où ça peut venir. Lectures récentes. Sur l’excision en Afrique. À la télé, des enfants installanbt une machine pour faire dérailler un train. Les 118 assassinats du sordide docteur en Angleterre. J’avais songé à ma bande, dans « Enfant de Villeray », martyrisant les chats de ruelle. Mystère des songes noirs.
3-
Jeudi soir, film loué, bien fait. « The Hart’s war ». Un Bruce Willis solide. Un camp de prisonniers au nord de l’Allemagne. Même ambiance que pour « Le caïd », autre film bien fait mais se déroulant dans un camp tenu par des Japonais. Un récit effrayant, encore sur cette guerre de ‘39-’45. Gregory Hoblit est un réalisateur compétent.
Actualités : Une parodie du mariage ? Deux homos. 29 ans de vie commune harmonieuse. Désir tenace d’une union officielle. Rien du genre névrosé, des « homos à sauna », pour des secousses anonymes et brèves. Un beau couple, cela est évident. Trouver un nom nouveau pour ce type d’union …maritale ? Oui. Aile enfin y consent. Je dois me dénicher un papier attestant que je suis bien un veuf et le curé du village, Michel Forget, dit qu’il nous organisera un mariage. À trois coins de rue d’ici. Régler cela pour septembre. Fin du concubinage. Ce mot ! Vendredi, voyage-éclair en ville. Courrier, Aile pour son cher poulet mariné du Adonis, rue Sauvé. Entrer-sortir quoi. Vendre ce mini-condo en ville, non ? Aile, desperados espagnolisante : « Non, non, Clo. S’il fallait que l’un ce nos deux tombe gravement malade…Nous voit-y voyager tout ça pour le visites à l’hôpital à Montréal ? » Bon. Pas vendre. Mon correspondant de Concord (qu est en Mass, pas au New-Hamshire, dit-il) : « record Guiness ? j’ai touché 8 dollars US de royautés pour mon « Total Chaos ». Eh ! Je reçois parfois un chèque de 8, ou de 13 piastres, pour un vieux livre publié qui trouve quelques lecteurs. Pour un livre nouveau, oui, c’est rude. Ça fait mal. Ça stimule pas une miette. Ce G. Tod pourrait sombrer dans la parano car il avance que si un littérateur critique trop fort, ne respectant pas les tabous….—et cela par un inconnu ou un méconnu— c’est l’enterrement rapide.
5-
Ce vendredi-là, anniversaire de ma fille. Téléphone du popa. Elle a reçu mon cadeau. Elle devra rencontrer bientôt deux ou trois médecins. Spécialiste de ceci et de cela. Ma peine. Elle qui fut si forte si…en bonne santé jadis, enfant , ado. J’invoque mes chers défunts à son sujet : que la santé lui soit rendue.
Les spéculateurs se méfient. Les mensonges aux boursificateurs des patrons. La cupidité rongeuse de confiance. La bourse en alarme. Crise, Congédiements en cascades. L’économie des USA chambranlante. Dans un magazine de Paris : prévisions de catastrophe aux États-Unis. L’Euro grimpe. Des jargonneurs s’en mêlent. Pour l’un, rien à craindre, pour l’autre, un tremblement de terre économique chez nos gras voisins. Qui croire ? Nortel valait 120 piastres l’action. Chute vertigineuse et c’est 2 dollars l’action maintenant. Du chinois pour moi. Word- machin s’écroule…faillite à l’horizon ! Manchettes premières sur tout cela au télé-journal. Aile : « Desjardins m’a prévenu pour mes REERS, je vais perdre dans le 3,000$ Et toi » ? « Moi ? Je lis pas ces paperasses codées chez Desjardins ».
Petit écran, petit écran, que vois-tu venir ? Misère en Angola. Guerres civiles. Du sang en Israël. Du feu…des inondations…Le sida-ravage. Et, enfin, le pape, en ce moment dans son avion jaune et blanc, surgira à Toronto et des foules jeunes attendent ce petit vieux malade, tremblant, étonnant pontife d’une religion à laquelle la même jeunesse ne souscrit en rien ! Mystère ?
Ce pape veut mourir à l’ouvrage, en pèlerin. « Mort d’un commis-voyageur évangéliste ! À Toronto peut-être ? Ou au Mexique, où il s’en va après ? Monique Miller : « Oui Claude , comme Molière, il veut mourir en action ! ».
Fête de l’amie Mimi Dubois, dimanche. Promesse d’un petit mot. Je le fais. Courriel au mari organisateur de la « cérémonie ». l’ami André Dubois. Pendant que le jardin de Mont-Royal festoyait (40 invités !), nous, ici, dimanche, nous bavardions à perdre haleine, conversations à bâtons casés sur les faits divers en « colonie artistique ». La revue générale des « gens de la balle » quoi !
J’ai repris mes pinceaux une fois encore, vendredi. Hum… Essais, essais ! Fort marchand de glace et de charbon. Vieux à la pipe sur le balcon. Une mouman et se quatre fillettes au panier de tomates….Pas fort encore ! Au bord du découragement ? Oui et non. Fou, je me dis que, soudain, je trouverai la bonne veine et que paf ! ça va jaillir, couler comme source. Tête heureuse va !
Vendredi soir, entretien télévisé à « Inside Actor’s studio » avec Kim Basinger. Bonne télévision d’ARTV. Une actrice aux antipodes de la fraîche manipulatrice Sharon Tate vue il y a peu. Avec Basinger de la bonne franchise, des aveux frais, de l’expérience offerte généreusement aux élèves de l’école de New-York et…à tout le monde aux écrans.
Oh ! La bonne rencontre chez Claude, vendredi soir, rue du Chantecler où l’on bouffe trop gras mais… quelle formidable régalante bouffe ! À une table voisine : une directrice-adjointe de la SRC, aux dramatiques, Claudine Cyr. Je suis ravi car voilà qu’elle offre à Aile de donner un cours (« sur l’image ») à l‘alma-mater. Aile refuse. Rendue à la maison : « N’empêche ça fait du bien. On me veut, on pense encore à moi. On a toujours confiance en moi. C’est vitalisant. » Moi bien fier d’elle.
6-
Un bon groupe de soldats en Israël refuse d’aller servir dans ces territoires occupés. Ouf ! Vent frais nécessaire. Ils iront en prison. Honorable incarcération. L’honneur de ce pays est sauvé par eux. Beau courage. Ces objecteurs de conscience d’aujourd’hui sont la nécessaire « réparation » d’une réputation « bin maganée » là-bas. État, menacé certes, mais qui doit comprendre qu’il faut aussi un état aux Palestiniens. Sinon…du sang versé (de civils innocents) et pour longtemps encore.
Un lecteur laurentien s’insurge avec raison dans l’hebdo « Succès ». Par ici, Cogeco (comme à Montréal ?) n’offre pas la télé française de l’ontario, TFO. C’est scandaleux. Sylvio LeBlanc est révolté. Comme moi, il dit qu’il se fiche carrément du gros paquet de canaux USA offerts gratuitement. Il y a si peu de chaînes francophones. Comme LeBlanc, je voudrais bien obtenir TFO. Et au plus sacrant. Je dois trouver un bon moyen de dénoncer ce COGECO aux mains pleines d’Amériquétaineries ! Ça suffit !
7-
Je viens de lire (courriel) un jeune (Robert Mercier) qui est monteur pour l’entrevue accordée récemment ici. Il me remercie pour mes propos. Rares compliments chez un technicien… le monde change, les temps changent. Il m’a donné confiance. On se jette à l’eau, face à la caméra, on sait pas trop si notre baratin a de la gueule ou si c’est du vasage et voilà qu’un modeste monteur vous dit : « c’est bon, merci, c’est des propos riches ». Merci jeune homme !
Si jamais mon fils ou ma fille décidait de rédiger un bouquin sur « moi, en père »… que dire ? que faire ? Ouaille ! Dangereux. La fille du très célèbre reclus, l’ermite de Cornisch, New Hampshire, J.D. Salinger —auteur de « L’attrape cœur », relu récemment, livre-culte, roman d’initiation— fait éditer « L’attrape rêves ». Nil, éditeur, 512 pages. « Nihil obstat » ? Margaret Salinger étale la vie secrète de papa. Un illuminé, qui navigue de religion en religion, parle des langues inventées (de l’au-delà), boit sa pisse…Franchement ! Est-il vraiment sénile ? Si oui, vite, « le manteau de Noé », madame. Sinon… quoi ? Pour du fric ? Par besoin de casser une camisole qui l’a fait souffrir ? Mon Dieu…la vie, la vie à l‘ombre des gloires littéraires made in USA !
Normand Rousseau explique clairement aux lecteurs de La presse que c’est une fausseté de répandre qu’au Québec le citoyen croule sous les taxes et impôts. Aux Usa, où tout doit se payer, le coût de la vie revient autrement plus cher. Y vivre peut être la ruine en cas de malheurs (de santé entre autres). Ces bobards servent à diffamer le Québec un peu social-démocrate. Ils sont repris par les bons valets John Charest ou Mario Dumont. « On va couper tout cela et puis vous débourserez de votre poche si vous tombez malade ». Une mode dangereuse s’annonce.
La vogue néo-libéraliste (sauce Reagan, Tatcher, Harris-Ontario) est dénonçée désormais et il était temps. Pendant ce temps… des affairistes, —tel M.Léon Courvile— se coulissent chez l’ADQ dumontiste ! Eh !
8-
Dame Clarkston —la femme à Saül— (Vice-de-la-Reine) dans « L’Actualité » dit que la CBC engage souvent des francophones mais, hélas, pas le réseau français de Radio-Canada —pour ses chers pauvres petits anglos. Petite niaiseuse va ! Les nôtres sont toujours les seuls bilingues…voilà pourquoi ils peuvent bosser à CBC ou ailleurs ! Et pas les anglos toujours unilingues anglais, eux. Non mais…quelle sotte vice-royaliste ! Comme d’habitude, l’interviewer ne réplique pas, rien. Faut être poli face à la General Governor ? Hon, pas de médaille jamais pour moi, là, c’est certain.
Je lis sur Napoléon Bonaparte : « Il a fait un pays de veuves et d’orphelins » J’applaudis et tant pis pour les cocos à la Ben Weder, ces idolâtres ce « petit caïd des banquiers (Guillemin).
Mon éditeur, bon ami du Ben Weder, racontera « L’homme fort du Québec », le très célèbre jadis, Louis Cyr. En six épisodes, Beaulieu montrera que le leveur de poids prodigieux, connu dans toute l’Amérique du nord, était aussi danseur (!) et musicien et…. politisé à fond ! Hâte de voir cela.
Robitaille, qui vit à Paris dit qu’il a étudié les Augustes de l’Académie « comme une tribu d’Amazonie ». Il publie en septembre « Le Salon des Immortels… ». Il parle de médiocrité totale depuis qu’on y trouve plus des Bossuet, Racine, Lafontaine et…Valery, Péguy, Mauriac…Robitaille avance que cette Institution anachronique sert de compensation subconsciente depuis que l’on a osé trancher la tête du cou du gras roi Louis numéro 16. Lecture amusante (Denoël, éditeur) bientôt.
9-
Monique Miller a eu l’occasion (chanceuse !) de voir le fameux transformiste italien Brachetti. Hier, ici, elle ne tarissait pas d’éloges. Elle est certaine qu’il va triompher partout aux USA où il s’en va maintenant. On a raté cela.
Nous tous, via notre Caisse public (des dépôts) soutenons Péladeau Junior —qui énerve bien du monde par ses acahats audacieux. Quebecor Media c’est quoi ? C’est 180 journaux désormais, de tailles diverses certes dont le Journal de Montréal. C’est Vidéotron : un million et demi d’abonnés. C’est TVA et LCN. C’est Canoé et Netgraphe. C’est 170 magasins SuperClub, des magazines « people » et des hebdos pop. Un empire. Un colosse made in Québec ! Nos économies (à tous) sont bien à l’abri de magouilles style Enron, Nortel et Cie ? Touchons du bois.
Francophobie qui pointe aux USA « La France serait un terrain d’antisémitisme virulent ! Un ambassadeur y rétorque. Dans le Washington Post. Titre : La France calomiée. » Bujjon L’Estang contre-attaque : « Les Usa ont rejeté Lieberman comme candidat, en France, Blum et Mendès-France, juifs, furent élus ! Les actes anti-juifs sont le fait d’une jeunesse nord-africaine mal intégrée, il n’y aurait jamais eu de KKK anti-Noirs en France, jamais. Depuis un certain silence se serait installé au sud de Lacolle !
10-
La « Presse Canadienne » se l’ouvre : dépenses royales des politichiens fédéraux aux Olympiques chez les Mormons ! Une fédération de jeunes sportifs à Salt Lake city recevait 15,000 $ pour s’exercer. Madame « Drapeau Copps » payait 3,475 $ pour chacque nuit à son chic hôtel ! La ministre de la « Kulture Canadian a acheté pour 57,000 $ de billets « de faveur ». Elle a versé pour des babioles et du beau linge « unifoliant » pour 60,000$ Pour des petits fours et du vin mousseux de l’Ontario :14,000$
Clair ? Les politichiens avaient le gros du fric et des pinottes pour les jeunesses sportives. Apprenant tout cela, on entend « Ça me dégoûte ». Déclaration d’ une skieuse, Sara Renner. Pas seulement vous mademoiselle !

Le mercredi 18 juillet 2002

1-
Au lever, ciel gris. À midi,. beau soleil, nuage épars. Hier, séance d’aquarellisme et…pas fort, fort. Vendeur de glace, de légumes, enfants avec bolo, toupie (nos moines à pine de cognac !), bilboquet. Doigts tachés de couleurs. Ouen ! Je dois mieux me trouver une manière, un style. C’est trop …ordinaire encore. Je m’énerve et, déçu, je sors tondre le gazon —« la largeur de ma langue », Lafontaine. Ouf ! Deux pauses obligées : je vieillis !
Le soir venu, film loué par Aile sur ma recommandation : « Histoires à raconter », avec sous-titres en français, ce qui est bien mieux que les satanés doublages si souvent pénibles. Écrit et réalisé par Tadd Solandz qui a du talent. Son deuxième récit est plus solide (plus long aussi, plus étoffé) racontant une famille de banlieusards bien bourgeois du New-Jersey. Un album de famille effrayant, comique aussi, satirique et à l’occasion fort cruel. Un jeune ado perdu.
Après ce film terrifiant et drôle à la fois, l’Impro. Belgique versus Canada. Des platitudes. Je n’ai jamais aimé ce faux-théâtre fondé par Gravel. De rares grands moments mais devoir supporter les facéties vides des improvisateurs rarement talentueux m’assomme. Aile m’a semblé d’accord.
2-
Hier midi, CKAC m’invitait à topogiser (!), par téléphone, sur « les vieux qu’on jette ». Écho au topo de la veille sur Tva. Je fonce. Coup de fil du « vieux » Jacques Fauteux. Vétéran (des ondes) en forme et inemployé, lui aussi, il rage. Il me félicite chaudement de mes condamnations. En réalité je parle pour les autres puisqu’un écrivain ne retraite jamais (pas plus qu’un peintre ou un musicien), l’auteur est toujours actif, se donne À lui-même de l’ouvrage (mon journal, mes barbouillages ).
Aile, chanceuse, a pu décrocher en douceur puisque, retraitée, la section « dramatiques » de la SRC l’employait durant des années comme « coach » (des jeunes réalisateurs) et lectrice (de projets).
Rire comme un môme encore mardi en observant la Sylvie Moreau incarner avec tant de talent une idiote niaise et folle même, « Catherine ». Un gang de folichons l’entoure efficacement dont l’étonnante « vieille » Dodo ! C’est léger, c’est vite fait, c’est une récréation utile au moment où d’autres suicidaires au nom d’ Allah —ou akbar !
Téléphone du « pistolet » trois-pistolien, Victor. « Le titre de ton journal ? » « À cœur ouvert », que j’avais mis —en titre de travail— serait le bon selon lui. Bien. Une chose de réglé. Et des mercis à mes suggestionneurs nombreux. Il me dit : « Tu sais que ton journal de six mois va me faire un bouquin de 800 pages ! » Fierté. J’aime bien la « grosse brique » à l’occasion.
Il m’invite à monter chez lui, pour une causerie (« j’offre le motel, Claude ») et surtout pour un « roast » à son ami Stanké (dimanche le 28). Alain l’insolent expose dans son centre réouvert —après deux ans de pause— ses belles sculptures sur bois. Aile me prévient, l’agenda sorti : venue de la tribu au chalet ce même jour. Je n’irai donc pas voir la mer troispistolienne, hélas !
3-
Vu, mardi, location du vidéo-club, « Entre l’arbre et l’écorce », un très bon film. Un publicitaire à grosses gages « s’écarte » dans l’immense parc de sa ville (Central Park ?). Une bande de punks (Noirs et Blancs) s’empare du chic bourgeois, veulent son argent et sa montre en or aussi ! Il se sauve et, désespéré, grimpe dans un arbre géant. Va débuter une paniquante séance aux cruautés sadiques. Révélations sur les jeunes bandits et aussi sur ce « créatif », peu à eu on saura tout et sur lui, infidèle mari juché dans son arbre, et sur eux, en bas, combinant des plans diaboliques pour sa mort prochaine, vagabonds dans la fleur de l’âge, paumés en des familles dysfonctionnelles, etc. Un film aux péripéties étonnantes. Écrit (bien) et réalisé (bien) par William Philipps.
Même soir (et hier soir aussi) le Bureau du « Point » conversait intelligemment avec Guy Sorman, économiste (néo-libéral) et sociologue, un réactionnaire étonnant (au sens littéral du mot). Plaisir d’entendre un questionneur habile, brillant. Ce jeune Bureau est un phénomène ici, il faut le louer. Sorman, allures d’une religieuse travesti, sourires de jocrisse malin, refuse le titre de provocateur. Je l’ai jugé (j’avais lu un ou deux livres de lui) nécessaire. Il fait réfléchir. Il étonne certainement étant pro-OGM, pro-cloning, anti-Kyoto, etc. Son dernier livre « Le progrès et ses ennemis » veut illustrer « la haine des intellos du monde face aux technologies progressistes », selon Sorman. Il dira à Bureau : « Tous ces gens, les écolos à gogo, Bové et Cie, manipulant les médias, ne veulent que faire peur sans fonder solidement les objets des craintes. Ils veulent quoi ? Comme toujours, les pouvoirs, dont le pouvoir intellectuel ».
Sorman souhaite la controverse, la polémique, regrette le silence des scientifiques : « Hélas, ils ne parlent pas, jamais ». Comment ne pas être d’accord avec lui ? Oui, partout, l’on craint les nécessaires engueulades, confrontations. Oui, nous manquons de tribunes libres. Il dira : « Il y a trop peu de sources fiables pour les informations. C’est dommage ». De la bonne télé mais, hélas, avec des publicités assommantes. I dit que la sublimation actuelle du fait « nature » est un paganisme. Il dit que la méfiance des intellos (et des écolos) envers le progrès est un funeste péril. Ils se disent tous les anti-mondialistes, « de la « Résistance », titre aguicheur s’il en est », dit-il. C’est trop facile, dit Sorman. « Résistance aux progrès, oui ». On l’écoute aux « Point », on voudrait protester, le questionner sur les méfaits bien connus de tant d’aspects venus de ce qui se nomme « le progrès ». Rien à faire, il n’est pas devant vous. Ce qui compte ? Qu’un Sorman secoue nos confortables certitudes. C’est ce qui est bon.
On jongle à ses propos : Il n’y a que les gros bourgeois de gauche pour tant s’énerver du progrès des scientifiques. Le coton ou le riz génétique sauveraient de graves famines. U magazine comme « Nature » ose entretenir des inventions « bonhomme sept heures » de déconnectés de sciences. On répand des mythes, des bobards, des a-priori nébuleux. Les tant détestés OMG pourraient secourir les pays pauvres, Inde, Afrique, s’il n’y avait pas cette résistance des nantis. Le clonage humain (« pas avant des décennies ») ne conduit pas à la réplique parfaite mais plutôt à la venue de simples jumeaux. Le « protocole de Kyoto » (« qu’aucun pays n’a encore ratifié » dit-il ) et son projet de freinage énergétique retarderait les pays sous-développés, Chine, Inde. Mais oui, on jongle…
4-
Hier midi, visite annoncée au chalet d’un retraité de l’enseignement, Jacques. Fernande, son épouse, est sauvé d’un cancer. Médicaments efficaces cette fois. Rémission réussie. Aile heureuse. J’écoute, ravi, la narration descriptive de toutes les boutiques du temps de leur rue Rachel.
Découverte d’un site le long de la piste cyclable. À l’ouest de Val Morin, avant d’arriver à Val David. Qui a installé une foule de mini-dolmens. Pierres sur pierres et toutes dorées ! J’aime. Nous songeons à ces dolmens improvisés sur la Côte Nord, entre Mingan et Natasquan. Formidable installation naturaliste.
Lu tantôt, durant le lunch du midi —toujours un sandwich— au bord de l’eau, une invitation à un pique-nique des « Écrivains des Laurentides » ! Sur presque une centaine de membres, cinq ou six seulement qui ont eu assez d’activités littéraires pour se faire une petite notoriété. Je n’irai pas. Mes doutes sur l’utilité d’une telle association quand l’UNEQ, si vaste, ne me sert à rien. Va-t-on bientôt vouloir encore des subventions arrachées aux cochons de payeurs de taxes ? J’en ai peur. On verra bien. J’ai été un syndicaliste militant jadis, comme scénographe et journaliste mais l’associativité à tout crin, très peu pur moi.
Demain, vendredi, anniversaire de ma fille. Cadeau posté hier. Éliane a été une petite vraiment fille merveilleuse. Elle aimait accompagner mon père quand il semait tout ce qu’il pouvait. Je la voyais en botanique un jour. Non, elle sera, brièvement, institutrice, le plus beau métier du monde, je le répète. Les enfants (trois grands ados désormais ! ) sont venus. Rapidement. Fin du boulot pour elle. Les enfants grandis, elle étudie l’aquarelle —la vraie, pas les « accidents tachistes » du vieux papa hein ? Je l’aime. Je n’arrive pas à croire qu’elle aura 50 ans bientôt. Elle reste « ma petite fille ». Fou cela.
5-
Kamikazes palestiniens de nouveau. Des morts civils. Chars d’assaut israéliens partout. Folie ! Inutilité. Des terroristes, c’est imprévisible. L’armée de Trudeau-Bourassa à Montréal en octobre 1970. Folie ! Faire peur au monde, tactique politique. Aux Usa même bêtise. Des terroristes, cela ne se coincent pas. Ce qu’ik faut : endiguer, changer les choses, stopper les motifs de cette haine, de cette révolte. Sinon, gaspillage de temps, d’argent, d’hommes. Aussi :intérêt d’entretenir la peur avec lois nouvelles, surveillance partout de « tous » les dissidents et le fric, beaucoup de fric, pour les intéressés : militarisme ambiant enrichissant les vendeurs de… De bombes, de chars, de systèmes d’alarme, de milices excités, de gardiennage, de d’écoute. La belle pagaille !
Au monde de la finance, des faiseurs de conglomérats commerciaux, on va installer des vérificateurs (gazettes de ce matin) pour surveiller les… vérificateurs ! Et qui va surveiller les vérificateurs des vérificateurs ? La farce. Grand guignol quand la cupidité est aux trousses de ce monde-là.
Le parti rouge ramasse du fric. Paul Martin (en vrai : « paül martinn ») se démène. Abattre le chef actuel. Promesses d’indépendance aux amérindiens, hier. Chez les chrétiennistes, le slogan : « Fierté d’être Canadien ? Donnez de votre argent aux Libéraux. » Suis-je fier, moi, d’être Québécois ? Oh oui. Fier de notre longue histoire de résistance en ce vaste continent totalement anglo-saxon. Un phénomène inouï. Le sait-on assez ? Si j’avais vécu en France ? Bonheur des stimulations incessantes là-bas pour un tempérament comme le mien. Pourtant ça vient ici, j’aime que ça pousse de plus en plus au domaine des idées, j’aime qu’il y ait un Jean Larose et un Falardeau, un J.-M. Léger et un Bourgault, un Michel Chartrand et un jeune conservateur, Mario Dumont, un Martineau et une Pétrovsky, un Foglia et une Lysiane Gagnon. L’unanimisme est un fléau.
Le Cauchon d’Ottawa fuma, jeune, un peu de pot. Ottawa songe (gazettes de ce matin) à légaliser cette drogue. Des chercheur se contredisent., Pour l’un il y a destruction des neurones, pour l’autre « il n’y a rien là ». Ça sentait fort dans mon sous-sol de Bordeaux un temps, le buveur de Campari découvrait une jeunesse au tabac un peu fort ! Souvenir : vacances à la mer, l’ami Ubaldo, Ocean City. Il sait où s’en procurer dans un parking d’Atlantic City. Au chalet, essai. Aucun effet, je préférais le pastis, aux effets plus clairs et plus rapides sur le plan de l’euphorie. Quand je feins les rires (prévus) et la mascarade du « gars parti », Ubaldo ne rigole pas comme déçu par non-perméabilité à la belle marijuana.
6-
L’on bafoue, dans nos écoles secondaires, la minorité d’ados au bord d’assumer leur homosexualité. On va y voir. Des affiches se font imprimer : tolérance pour ceux qui sont de futurs invertis. Nous savons bien la cruauité des masses, noius connaissons tous d’atroces souvenirs sur le sort des « différents ». L’instinct grégaire (propre à la jeunesse) a un lourd dossier. Ça rouspète dans certaines écoles. On veut pas de çà ! L’on ignore qu’un poster de plus ou de moins sur les murs tapissés de tout (et de graffitis) …ça ne changera absolument rien. C’est le « cachez ce sein… » ? Sois comme toute le monde ou cache-toi, quoi ! Vieille imbécile loi d’airain.
Débat actuel : fallait-il allé en prison ou se sauver du temps de l’URSS partout ? À Prague, Milan Kundera se sauvait. Le dramaturge de l’absurde ( héritier des Beckett et des Ionesco) Vaclav Havel —Président de Tchékie— alla en prison. Il y eut polémique entre eux un temps. Le clandestin parle « d’illusion » quand il nomme « le printemps de Prague » massacré par les chars russes. Bientôt retraité, malade, il ira vivre au Portugal. Exil tardif. Un seul exemple ? Les Haïtiens devaient combattre chez eux les deux « Doc », papa et bébé, ou bien s’enfuir à Miami, à New-York et à Montréal ? Les Cubains…Les …il y a en tant. Je ne sais quoi dire n’ayant jamais été menacé d’incarcération (longue parfois !) pour mes idées. Aussi je me tais.
Le bon vieux Frère Untel, ce matin, jase. Il louange un vieux conseiller, Naud, prêtre de Saint-Sulpice. Son mentor à l’entendre quand Desbiens bossait en haut-fonctionnaire de l’Éducation. Il sort de nouveau son anti-syndicalisme bien chevillé à son âme de brave frère Mariste. Aussi sa notion bien à lui de « race ». Mot magique à ses yeux.
Souvenir : invités au Salon du livre du Saguenay, je l’avais croisé (en bus-navette à écrivains, il tient journal lui aussi) et avais lunché avec lui à la vieille gare de Québec. J’avais gardé le profil bas ne souhaitant pas le faire enrager. Respect de son grand âge même s’il m’avait semblé en parfaite forme physique. J’aurais dû mieux l’agacer, le faire étriver même, le provoquer un tantinet, il me semble que nous aurions pu assister (nous n’étions pas seuls à table) à une belle querelle idéologique, lui —comme son irlandophile sur le tard, compère-correspondant aussi réactionnaire que lui, Jean O’Neil— qui moque sans cesse les indépendantistes de ma sorte…et ceux de toutes les sortes !
Le soleil brille dehors. Aile lit ses « Molson » —elle aime moins maintenant, « trop de monde, trop d’héritiers !— et malgré le temps frais, j’oserai aller nager, je me le jure.

Du mercredi 10 au mardi 16 juillet 2002

1-
Ça ne pouvait durer ? Cinq ou six jours de bel été. Tant de bon soleil. Ce matin : fin de la récréation solaire. Ciel bouché. Météo prometteuse (et menteuse) et nous partions pour Val David à vélo. Un aller-retour à l’ombre des nuages en camaïeux de gris.
Bof ! Presque vingt kilomètres à observer une nature en pleine maturité déjà avec des couleurs vraies puisque le soleil n’est pas là pour fausser en ombres fortes les lumières et donc tricher. On m’a dit que photographes, comme cinéastes, en fin de compte, préfèrent ce temps gris pour, justement, obtenir les couleurs franches.
Dépendance affective totale ? Hier soir, au ciné, entendant mal, je vais m’installer loin d’Aile en avant de la salle. Eh b’en, oui, après quinze, vingt minutes de… « solitude », je suis revenu près d’elle avec ma boite de chocolats « closette » aux raisins !
« Chemin de perdition » forme un récit filmique bien parfait, très pro, signé Mendes. Richard Johnson en est l’extraordinaire directeur artistique. Que de bonnes séquences dans des lumières glauques. Et on aime tant Tom Hank (aves un « s », ? ) depuis son fameux, « Forest Gump », « Le soldat Ryan », d’autres.
Au lit je dis : « Un bon film, oui, mais au fond une niaiserie.
Écoute Aile : c’est encore la vie (brève) d’un modeste salaud (Tom H.), collecteur-tueur pour (Paul Newman) un chef pégrieux des années ’30. Ce patron irlandais a un fils idiot, une tête brûlée, jaloux de l’affection de son papa pour Tom H., il va tenter de le faire assassiner. Échouant, ce fils-con, vite sur la gâchette, tuera l’épouse et un des deux fils de Tom. Débute alors l’illustration —avec sang versé sans cesse— d’une vengeance. Classique récit des westerns et des films sur la pègre. Le célèbre Al Capone (invisible à l’écran) tire toutes les ficelles, commande les marionnettes. Fin.
Aile est d‘acord. « On devrait éviter de perdre notre temps à ces bluettes (rougeâtres d’hémoglobines), non ? » Pas de réponse, la « famille Molson » (son livre actuel) gagne.
2-
Depuis tous ces beaux jours, tiraillement terrible : les aquarelles promises. Ma honte totale. Tantôt l’Anabelle (revenue de vacances) de TVA au téléphone. Le camion micro-ondes s’en vient. Sujet proposé : « Le sort fait aux Vieux ». Oh ! Je vais en profiter pour me défouler un brin. Je souhaitais tant, devenu un aîné, jouer les sages, celui que des jeunes consultent. Nenni ! Nos expérience —tant d’erreurs !— ne servent à rien. Ça va barder chez Pierre Bruneau. Ailes : « Cloclo ! Du calme. Pas de criage hein? » Ma chère boussole !
Avant-hier, dimanche, on s’amène au Lac Marois chez les Faucher. J’ai un barbouillage avec le tricolore. Jean nous fait taire sur le parvis, nous pousse devant son téléviseur et on voit Chirac entouré de sautilleurs (à cheval). Non, il n’y a pas eu de « Dallas à Paris », Dieu merci ! Pastis sur la galerie. Large tricolore fixé à l’escalier. Vive le 14 juillet ! Solange Lévesque (du Devoir) nous parle de spectacles vus récemment sur sa route : Nicole Leblanc, Hughette Oligny au « Caveau de mon éditeur de Trois-Pistoles, une reprise de « Encore une fois, si vous me permettez » avec Louison Danis en « mamma » de Tremblay à Beaumont. Une gentille bretonnante —sa filleule— rigole de nous entendre ferrailler Jean et moi. Bonne bouffe, revue des fleurs sauvages partout, les bons soins de Françoise.
La veille, samedi, à cinq rues de la belle vieille église (des Patriotes) de Saint-Eustache, « garden-party » pour célébrer 40 ans de mariage de ma sœur Nicole et de son Louis, imprimeur retraité. L’hôtesse, Marie-Hélène, a deux jolies fillettes. L’aînée, Aude, se laisse apprivoiser mais l’autre, une petite Fanny adorable de quatre ans, résiste farouchement à mes…avances ! Oh ! Mon neveu Sylvain va bien s’amuser de me efforts. À la fin de la fête, Fanny est sur mes genoux et me fait voir son ruban doré entortillé à son index. Je lui parle de fonte et d’une bague de princesse à fabriquer ! Je l’ai eu. Aile : « Je le savais. Tu as le tour avec les enfants ! »
Louis veut savoir le truc. Facile : ne jamais prendre le rétif de front. Passer par un objet. Faire « focus » sur cet objet lui appartenant. Vont défiler alors les dessins, les « peluches », etc. L’enfant timide refuse d’être sondé, d’être « le » sujet. Mais si vous lui parlez de ses « petites affaires », il ne tarira plus.
3-
À TV-5, dimanche soir, plus de ces « Campus » aux bavardages « speedy ». Table ronde avec des auteurs divers, Vargas (« Pars vite… ») Decoin, Djian, Tounier, etc. Invité d’honneur, Umberto Eco. Vous savez, l’homme érudit qui déteste voir ces masses laborieuses, ces vains touristes, jacasser trop fort dans les musées ! L’Umberto (avec son frais paru, « Baudolino », roman picaresque) est disert, brillant, rétorque vitement. Sait faire aussi le modeste disant : « les intellos ne devraient pas sans cesse fournir aux médias qui les questionnent des décrets définitifs lors des « actualités » à chaud ». Ce qui ne risque pas de se passer par ici. « L’intellectuel, dit-il, doit parler « avant » l’événement et « longtemps après ». Pendant, il n’est qu’un citoyen pas plus capable d’analyser qu’un autre ! » Quand on questionne sur les « favoris », c’est, comme toujours :Proust, Céline, Dante (pour Eco).
Mon Daniel est revenu du Maine. Camping. Quatre journées. Suis jaloux :je voudrais (re)voir la mer ? « À la mi-septembre », suggère Aile. Bien. Ma .deuxième mère », Lucille :pas là à Saint-Eustache. Ni mon frère « sauvage » Raynald. Parti à la pêche, on ne sait où. Eh ! Mon regret —chagrin même— de ne pas arriver à de plus fréquentes rencontres. Bof, moi itou, assez sauvage au fond. À tant voyager j’ai su que lui et sa Monique se sont faits de bons nouveaux amis. C’est bien. C’est fatal ? Ne sommes-nous pas plus proches —avec le temps— de nos amis que de nos parents ? Faut bien l’admettre, non ?
4-
Je pense encore à ces « Souvenirs… d’un ronchon » de Jacques Henripin. Deux cent pages souvent remplies de graves regrets, de critiques acerbes, de vivifiants rechignages. Très souvent, je me suis senti solidaire de ses condamnations des temps actuels. Il est mon aîné de cinq ans. Ce garçon pauvre, presque misérable (« Je n’ai pourtant jamais manqué de rien ».), venu de Lachine, aspirant-curé dans un pensionnat de Chambly (Les Oblats de Marie-Immaculée !), courageux « très » jeune travailleur pour gagner ses études, s’inquiète du laxisme ambiant dans écoles et collèges —dans les familles aussi ? Henripin épingle cruellement jusqu’aux universitaires. Se moque des colloques, des séminaires, de ces « futiles voyages payés » Sa lucidité grognonne fait plaisir à lire.
Il finira pas être fort bien coté comme expert-démographe. Solides contrats, très en demande à Ottawa (!) et passages fréquents dans les médias. Retraité de l’université, il grogne —avec raison, l’âge venant, il devrait être encore meilleur — qu’on l’invite moins désormais.
Ah, sujet de mon bref topo ce soir à TVA !
Des chapitres entiers illustrent ses recherches, ses travaux, ses publications fréquentes. Peu à peu, il m’a déçu. Choqué vraiment. Le voilà traitant la nation québécoise de simple « tribu » de râleurs ! Drôle de mouche qui l’a piqué (il se dit de « Cité libre », revue fédéraste crasse. Il finit son livre en militant anti-nationaliste furibond et content ! Nous ne sommes —les indépendantistes— que « tribalisme », gens à courte-vue. Une sorte d’imbéciles quoi.
Hélas, son livre reste muet sur toute sa vie intime. Sans tomber dans les bobards indiscrets, il est difficile de bien estimer un bonhomme qui ne jase que sur son métier, qui passe sous silence tant d’aspects d’une existence…qui font un être vraiment humain. Que cache donc une si énorme discrétion ?
Dimanche chez les Faucher, voyant Chirac menacé j’ai songé à « Conversation » (Plon éditeur) de son épouse, lu récemment. J’ai aimé les parties de son bouquin quand elle raconte ses déambulations nocturnes dans le vieux château de Napoléon-le-Petit (le no. 3). Le livre fait bien voir une femme de la bonne bourgeoisie française (moins « gaulienne » cependant que celle de son époux), un vaste monde sépare ces gens du commun. J’ai bien pris conscience que cette classe sociale (en France) vit en une sorte d’immense vase clos ! Les valeurs de Bernadette et de Jacques n’ont rien à voir avec les foules françaises, paysannes ou ouvrières. Pourtant cette catégorie de citoyens jouit d’une sorte de ferveur. Ils sont (les Chirac en sont la pointe) l’équivalent de la monarchie britannique. « Paris-Match » les illustre régulièrement.
Ce pays de « La » révolution a gardé la nostalgie des temps anciens. En cela, nous sommes vraiment des nord-américains.
5-
Vendredi aller-retour en ville. Ramasser le courrier. Comme de fait : des factures surtout. Quelques chèques utiles aussi ! Y est le « Couac » dernière livraison plus solide que d’habitude. Moins de faciles facéties iconoclastes bien estudiantines. U n bon article de Nadeau sur un Pierre Vallières, devenu comme fou, gravement malade, qu’il fera hospitaliser (à St-Luc). De révélations étonnantes sur un ex-asiprant-capucin ( Henripin encore !) qui vire révolté, qui entre en FLQ, qui fera de la prison, qui imagine des complots invraisemblables, qui renie ce qu’il adorait, qui part pour la Bosnie en fin de parcours (on songe à Malraux, vieux malade, voulant aller au combat politique, armé !). Triste itinéraire.
Normand Baillargeon (alias Raymond-la-science) raconte deux expériences américaines. Des « tests » très effroyables. Manipulation de type behaviouriste. Démonstration horrible. Des individus finissent par obéir à des ordres si on sait les conditionner. À lire absolument au domaine de la « psychologie sociale ». N’importe qui peut devenir un tortionnaire sadique en toute bonne conscience. Cela rejoint ces bons jeunes soldats chrétiens de France torturant volontiers des Algériens indépendantistes en 1960. Un très bon « Couac ».
Je me sens parfois trop isolé. Des livres m’excitent introuvables ici. Des spectacles m’attirent mais… descendre en ville…Oui, j’en cause avec Aile, trop souvent, le fâcheux sentiment de passer à côté de « ce qui se fait ». Demeurer urbain, montréalais, ne ferait-il pas que j’irais voir ce film à la cinémathèque ou à Ex-Centris, ce spectacle à tel Festival, ce brillant humoriste hors du lot commun, mais quoi…il n’y a qu’à aller tailler un bosquet… déplanter et replanter un arbuste comme j’ai fait hier matin.
Il y a quelques années, je suis allé me stationner près d la prison de Vallières (Bordeaux) en face d’un coquet logis habité quinze ans. Je rêvassais. Dans un champ immense (d’Hydro) jouaient mes deux jeunes enfants innocents. Plus de deux décennies d’un bonheur relatif. Le temps passé. J’éprouve ce même frisson du « temps qui file trop vite » quand je repasse rue Querbes, treize ans là ! Ou devant le 551 de la rue Cherrier, sept ans au centre-ville suractif. Même en face du 10,210 de la rue Sacré-Cœur où je n’ai vécu que deux ans… j’avais vingt-neuf ans, je gagnais le (très convoité à cette époque) Prix du Cercle de France avec « La corde au cou », j’étais stimulé…pour longtemps ! La vie, la vie…
6-
Lucie et Toumaï. Elle avait de 2 à 3 millions d’années. Lui, Toumaï, trouvé au Tchad hier, entre 6 et 8 millions d’années ! Des squelettes importants. Homo erectus ? Macaque ou humain véritable ? On cherche. La Bible parlait de 20,000 ans comme début l’humanité » et Stephen Hawkings, le fameux astro-physicien, dit que la marge n’était pas trop mal puisqu’eux, les savants, jugent que cette humanité débutait vers 40,000 avant Jésus. J’ai été un peu trop vite en parlant de l’Ancien-Testament comme d’un tissu de guerres horribles, il y a dans « le » livre de tout, fureurs et sagesses, et aussi de la poésie. Voir « Le Cantique des cantiques ». Les intégrismes issus des liseurs de la Bible en sont un avatar. Le Livre n’en est pas responsable. Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin, je ne le répéterai jamais assez.
« Dieu prit un peu de limon de la terre et souffla dessus… », on lit cela et on rêve. « Si c’était vrai… » chantait Brel. Du Mont Ararat, en Arménie actuelle, Noé appareilla et mit le compteur « humanité » à zéro, recommandation de Yaveh. Si c’était vrai…Vendredi dernier, randonnée à vélo et des marguerites partout (pâquerettes), les collines plus rondes, grasses des feuillus en pleine maturité. La beauté.
Documentaire (Canal d) sur la succursale (à Morin Heights) de l’OTS. L’excellent acteur Godin en piètre animateur. Une tuerie affreuse qu’on découvrait dans des chalets en octobre 1994. Nous étions aller voir ce site funeste, Aile et moi. Morbide attirance, la curiosité des faits divers sanglants. Comme tout le monde ? Horrible aussi ces missions avec leurs « reconstitutions » bidons. Intolérable. Si amateur. Mode niaise. Démagogie visuelle infantile.
7-
Le soleil éclabousse tout le terrain et le lac aussi. Fainéantise, ces jours derniers. Le paradis perdu (encore la Bible) retrouvé. Sort édénique quoi. Repos total. Ne rien faire, plus même lire. Regarder et se taire. Baignades fréquentes. Un soir, à Tv-5, docu sur « l’Étang de Berre » de Marseille, « la petite mer ». Pollution. Centrale nucléaire pas loin. Pétrochimiques. Raffineries. Hydroélectricité sauvage. Une merde colossale ! Rejets nocifs. Cris des riverains. Mort de la pêche bientôt. Sursaut. Révolte. Le reportage faisait voir le redressement. Ce matin, manchette des gazettes : ici, des rivières harnachées un peu partout. Des petites centrales électriques. Beauté des sites à vendre. Par qui ? Si l’on décide de saccager les cascades de la Rivière du Nord un jour, on me trouvera en farouche guerrier. Promis ! On saura qui exactement veut acheter (profiter) et pour vendre combien et à qui ? On saura tout. Promis.
Samedi matin, fou cela, un simple odeur de rôties et me voilà salivant. C’est ainsi depuis l’enfance. Une odeur ordinaire, ancienne et c’est la joie des papilles joie. Un bien grand rôle pour deux petites tranches de pain brun dans le « toaster », non ?
Chez Lipton, revu la Susan Sarandon. Quelle actrice brillante. Quel grand plaisir de l’entendre converser sur son métier et aussi sur sa vie…intime ! Ai revu « La beauté du diable ». Bien bon., Michel Simon en parfait satanique Méfisto. Gérard Philippe, lui, toujours envoûtant. Vieux film avec des séquences modernes.
Mon fidèle Marleau (Daniel) me revient pas moins taquin. Il me propose des titres du journal pour V.-L. B. dont « Romanceries au saucisson de mousse » et « Écrivain chassant le bébé écureuil »…je le relis, non, cela pour le projet de totems sur la piste cyclable. Une lectrice, Manon A., y va généreusement. Je retiens « Dans le nid d’Aile ». Il y a « Rien à cacher » qui me plait bien aussi. Un lecteur surnommé « le frileux » par moi : « …mégalomane », « …défroqué », aussi « si mes jours étaient contés ». Brr… Donc, j’’ai reçu un tas de suggestions, des comiques et des graves. Je lis.
Le dénommé Tod, un francophile qui baragouine le français pas trop pire, de Concord, USA, me couriellise (courtise ?) parfois. Il a détesté le film « La pianiste » et Isabelle Huppert tout autant (moi qui veut aller voir ça ?). Tod me parle de « Le Québécois », un neuf journal pro-indépendantiste (?). Est de’acciortd que le F. de Jazz c’est « USA » au boutte ! Me dit qu’il est aussi bédéiste, signant P.Maudit (!). Que sa compagne aime bien Journées Nettes. Le meillewur ? Qu’il y a —pour un petit 300,000 piastres— l’île Sottise (en face de Grosse île) è vendre ! Faut que j’aille vite voir ça. Enfin, qu’il n’est « pas toujours d’accord » avec mes humeurs et opinions. Normal le gaillard « nieuhampshirois. Non ? Cette Sottise…un canular de ce G. (j’ai) Tod ?
Michelle T, elle, me suggère : « Le capteur de temps » J’aime bien. C’est une de mes héroïnes préférées : elle tient à élever ses deux filles à la maison. Avec abandon de début de carrière en radio-télé. Lourd sacrifice, je sais. Deux filles heureuses qui s’épanouiront cependant. Pas de clé au cou !
8-
Une cousine ronchonneuse d’Aile, Mimi, me dit : « Oui, canicule et puis temps froid, c’est ça notre beau Québec, Claude »! La venimeuse. Cela est du racisme inverti. Comme si aux USA (qu’elle affectionne tant) il n’y avait pas de canicule ! Elle m’enrage.
Je lis sur Yourcenar (Le Devoir) et l’on parle de son tout dévoué Yvon Bernier. Ainsi, on trouve souvent de nos gens auprès des sommités. Robitaille, à Paris, servant dévotement longtemps son illustre maître Henry Miller. Il y en a eu d’autres. Bizarre ! De nos illustres inconnus qui se font admettre auprès des grands noms. Étranges valets sur-cultivés que des notoires accueillent volontiers. Miller a eu des éloges HÉNAURMES pour ce Robitaille, mort récemment.
Un jour, Aile et moi, on veut visiter le modeste domaine de la Marguerite à Mount Desert, au Maine. Nous avions pris le traversier à Yarmount, en Nouvelle-Écosse, arrivant à Bar Harbor, pause d’une nuit. Le lendemain, filant vers notre cher Ogunquit, demande de visite chez Yourcenar. Au téléphone, une voix : « Ah, regrets, monsieur Bernier n’est pas disponible. Il faudra réserver plus tard ! » Dépit à l’époque. Françoise Faucher l’a bien mieux connue (pour « Femmes d’aujourd’hui »), y allant parfois l’interviewer mais elle m’a prié de ne pas révéler ses amusantes observations face à l’écologisme tout relatif et curieux de Madame. Je me tais donc mais j’ai ri. .
Une mort qui m’a surpris. Je l’avais rencontré au Salon du livre de Hull en avril. Petite frêle femme, poète ayant publié. Des japonaiseries tendres parfois, des haïku ? Un être délicat, prof de français à Carelton University, son nom : Evelyne Voldeng Paix à ses cendres; nous devions nous revoir. Nous nous reverrons donc dans…l’Éther ! L’éternité.
Article sur la peintre Joan Mitchell, longtemps la maîtresse (à Paris) du taureau impétueux (« orignal », disait de lui Breton le pape ) Riopelle. Artiste new-yorkaise qu’il aurait bien malmenée, disait la rumeur. Le catalogue de Mitchell mépriserait Riopelle copieusement. Justice ? Non. Vengeance à l’amerloque. Pénible.
Assez jasé, le micro-ondes s’approche !

Le samedi 6 juillet 2002

1-
La chaleur ne lâchait pas. Canicule terrible ! Adieu journal ! Aujourd’hui, comme hier, temps plus frais. Je grimpe à ma chambre à écrire vers 17h. Un lecteur du journal me questionne : il est étonné par ces auteurs américains (qui ont encore bon succès) trop célèbres à son goût (ceux de l’avant-guerre et de l’après-guerre). Réal Perrault aimerait savoir aussi où cesse la frontière entre l’écrivain et l’homme. Caldwell semble l’avoir déçu. Je l’avais tant aimé, plus jeune. Il me changeait des proses intellectuelles des Français bien aimés (Camus, Sartre et Malraux). Je l’aimais. Son monde sudiste (pauvre) me ramenait aux gens du peuple. Le relire est-ce que…Vaines questions ?
Ma fille et mon marcogendre (quoi? on dit bien narcotrafiquant !) sont revenus hier soir en catastrophe du New Jersey (avec le benjamin, le trompettiste Gabriel et un ami à lui, Raphaël —que d’anges. Vacances stoppées brutalement. Mon Éliane ne va bien du tout. Canicule terrible là-bas, camping abandonné. Motel climatisé loué. Me voilà anxieux. Éliane si solide enfant ! Le vieux papa en angoisse.
Une équipe de quatre jeunes ont quitté la place après quelques heures. Lunch à 14h. Ils font un documentaire sur le peintre Serge Lemoyne, mort il y a peu d’années. Bombardé de questions, je me suis vu revenu dans les années soixante quand Lemoyne, ici, installait des manières « pop art ». Happenings et Cie. J’aime la jeunesse. J’ai accepté gratuitement de participer à ce film. Ils avaient des copies de mes critiques du temps de La Presse. Amusant de me relire quand j’avais 35 ans, Lemoyne, 25.
Ils sont enthousiastes, font plaisir à voir. Ont confiance en leur projet.
Hier, vendredi, plus longuement, ce fut toute une journée (payé cette fois !) de tournage avec une équipe préparant de segments culturels pour ARTV. Une série titré : « Tableaux ».
J’ai sorti pinceaux, papiers, encre de chine et plumes dehors sur la pelouse. Du vent dans les branches des arbres divers ! Silence Éole, on tourne ! Moteur ! Parlez ! J’ai jasé sur mes merveilleux démons de fabriquer des images colorées , de jouer au surréaliste, à l’exploiteur de taches. J’avais mis ma salopette.
Nathalie tenait des micros, André-Paul une caméra moderne, Sophie assistait et Bernard (LaFrenière) réalisait. Après une longue séance de barbouillages bien trempés, lunch, avec Aile chez notre Denise du coin de la rue Chantecler (Dino). Aile adore jacasser avec ces jeunes du « milieu ». Elle est intriguée (comme moi) par les nouvelles façons de faire. Tous sont des « À contrat ».
Retour et décrochage de tableaux des murs du chalet. Fouille de deux cartables. Vieux dessins du bonhomme :images de poissons, oiseaux, acrobates et…. bedaines de Miami. ! Voilà mes vieilles et récentes pontes gravées à jamais. Dont mes premiers essais (encore maladroits) pour de projet d’expo et d’album sur « La petite patrie ». Dure journée. Partis, nous nous garrochons vers le lac…et baignades !
2-
Lundi dernier, à Radio-Canada, un documentaire où l’on parle de Modecaï Richler, le baveux baveur d’idioties infâmes sur les nôtres. La complaisance dans ce document ne disait pas un mot de travers sur ce néanmoins brillant romancier qui avait pour « side line » (bien rémunéré) de nous diffamer. À Londres comme à New-York, Sir Richler se répandait en proses dégueulasses :nos n’étions qu’une tribu de racistes anglophobes ! Quelle tristesse ce mensonge. Ce silence aux téléspectateurs à propos de ce volet humain sinistre du fameux auteur, exilé longtemps à Londres. L’imposture était signé : Marc Coiteux. Qui est ce mercenaire qui cache les faits ? Au nom de bonententisme douteux, on a pu entendre une série de témoins (anglos baragouinant le français) qui ne cessaient pas de vanter le Québec moderne, le Montréal d’aujourd’hui, pas en hommage à notre culture bien vivante, mais non, en bonheur de vivre en un site « si cosmopolite ». La noyade de notre culture. La dilution organisée.
L’un dit que nous irons chez les théâtreux anglos si c’est bon, il ne dit pas que les anglos iront à nos théâtres…. Qui sont souvent fameux ! J’enrageais. Un défilé grotesque, masqué, hypocrite. Avec nos zélés « collabos » de service. On souhaitait une culture anglo-montréalaise plus vigoureuse…la farce, quand on sait que nos voisins (275 millions d’anglos, non ?) offrent la même poutine (même langue et même culture au fond). Si Paris, la France, étaient à nos portes, vous pouvez parier que nous n’aurions pas du tout cette vigueur actuelle. Fatalité pour ces descendants de loyalistes monarchistes se sauvant des patriotes décolonisés (les libertaires des jeunes USA) en 1775.
Quelle fumisterie cette affaire du terrible « péril anglo » au Québec ! C’est à se tordre de rire d’entendre l’angoisse de nos blokes : « Goddam Loi 101, l’anglais en danger ! » Nous sommes un tout petit 2% de francos en Amérique du nord et ces « résistants » à l’intégration gueulent que nous sommes des ogres, des fanatiques, des misérables racistes ! Non mais…
Ah oui, tous les soirs, compatissant, je prie la Providence de sauver l’anglais, langue tellement, tellement fragile n’est-ce pas ? Foutaise. Ces lamentations ne font que camoufler une réalité : la nation ici, 84 % du peuple, ils n’en veulent rien savoir. Quelques exceptions merveilleuses n’empêchent pas de constater leur racisme.
Le Foglia de The Gazette (Fresh, Freech, ?) est d’un borné, déclarant que « c’est les Péquistes qui ont inventé cela : « les anglos ! » Un fou ? Avec l’ONF, la SRC a concocté ce tissu de faussetés qui relève de l’imposture. Salut Télé-propaganda ! « Salut à toi, Dame bêtise, dont le rêgne est infini », chantait Léo Ferré.
Conseillé par un voisin ami, Paul Pastakis, Aile et moi avons visionné « La mandoline… ». signé John Madden, film tiré d’un roman de Louis de Bernière. Un acteur bien aimé mais pas bien fort ici : Cage. Une belle île, Cephallonia (d’où vient le grand-père de Paul). La guerre de 39-45. Les soldats de Mussolini dans cette île aux us et coutumes anciens. Les nazis très insatisfaits des ritals trop mous. L’amour entre un soldat envahisseur (et sa mandoline) et une indigène. La Résistance. Des morts. Et…une fin heureuse. Tout le monde jase en français (post-synchro) comme tout le monde parlait américain en copie originale :Grecs, Italiens, Allemands ! En 2002, c’est insupportable. Hélas, défense de sous-titrer n’est-ce pas ? Alors cela sonne faux, très faux.
3-
La canicule sévissait mardi. Comme jamais. J’ai sorti le ventilateur très silencieux pour le dodo. Le jour :ne pas trop remuer. Lire à l’ombre. Au téléphone, ARTV s’annonce pour vendredi. J’apprends que Nicole Leblanc (« Le temps d’une paix ») peint, elle aussi, encouragé par Pierre Gauvreau. J’ai vu Michel Tremblay (Artv) à un de ses tableaux ! Ducharme fait dans le recyclage-sculpture. Il y a Diane Dufresne, initiée par le frère Jérôme. Il y avait, aquarelliste, Henry Muller. Combien d’autres ?
Mardi soir, nous avons vu, télé, le premier épisode du « Twin Peak » de Lars Van Trier : « Le Royaume ». Il y aura 11 épisodes. Un hôpital-asile inquiétant. Des malades curieux, inquiétants aussi mais moins que les médecins ! On y joue des cartes rares : parapsychologie, télépathie. C’est prometteur.
Mercredi dernier, chaleur insupportable encore. Comme à la in de l’hiver, crise bizarre, envie de me relire encore ! Pourtant pas mon genre. Je reis d’abord « La sablière » et, riez de moi, je verse des larmes —sous le saule non-pleureur— face au petit Mario, dix ans, mal pris, très mal pris dans son orphelinat pour enfants déficients. Il dit qu’il veut se tuer.
Je me fais brailler ? J’en suis surpris. Aile ? Encore plus étonnée que moi. Je m’attendris en vieillissant ? C’est clair. Quel bon talent j’avais en 1980 ! Riez, vous dis-je ! Le matin, pas kla moindre brise et, au diable le permis, je fais u feu tant il traîne des branches (cèdres émondés ). Je m’allonge. Soudain bruits curieux de bzz, bzz, bzz ! Les pompiers ! Bottés, casqués, imperméabilisés. Par cette chaleur. Je vois l’Aile ricaneuse sur la galerie…ce qu’elle doit rigoler la démone ! Ma honte ! . « Vous avez pas le droit, vite, éteignez ! » Penaud, je cours chercher le tuyau d’arrosage. Pas assez long ! Je trouve des chaudières de plastique. Nous voilà à trois dans le lac, moi pas botté ni casqué, à étouffer vite ce feu de cèdre ! Avec fumées davantage. L’un rédige son rapport et me dit : « Pour cette fois, il n’y aura pas de frais mais, SVP, ne faites plus cela. On est en période de sécheresse ! » Ils s’en vont, gentils, affables, polis ! Ouf !
Le soir venu,. Je re-téléphone aux « orphelins », Laurent et David. « Soyez des hommes les gars, les parents partis, il faut que la maison se change en soue à cochons. Promis ? Papi pourrait descendre en ville et aller inspecter les lieux ». Laurent rigole et promet !
4-
Visions du Cachemire actuel à la télé de RDI. Documentaire bien fait. Fin totale du tourisme, ressource essentielle jadis, avec cette guerre civile et religieuse. Malheur partout. Pauvreté grandissante. Tueries fréquentes. Le fanatisme bien connu. Images des marinas florissantes de jadis… devenues désertes ! Trois guerres en 55 ans. Cette division diplomatique de ce pays n’a fait qu’agrandir les disputes. Un partage entre Inde et Pakistan, un partage flou. Des musulmans répandus un peu partout. Cachettes. Guérilla. Frontières sur-armées. Le Président pakistanais fera naître, par son double-jeu, des milices clandestines. Le terrorisme s’installera rapidement. Le « yable » est aux vaches et c’est… « à suivre ». Hélas ! Vieille histoire. Jérusalem brûle-t-il ? Le Cachemire brûle-t-il ?
À TVA, mercredi soir, zapping et c’est l’Algérie de 1960 ! Le temps de la guerre avec la torture. L’horreur à la française. Documentaire rare. On voit Malraux enjoignant les militaires de « faire cesser cela ». De Gaulle, à son tour, gueule : « fini les tortures ! » Désobéissance à Alger. « Paris ne comprendra jamais rien » ! Des témoins parlent. Boirrés de remords. Accablés. Trop tard ! Un savant dit : « La torture par des officiers français ? Il y a que le « surmoi » n’était pas assez solide, pas assez fort » ! Quoi ? Ah !ah ! Ce surmoi (sauver les apparences, bien paraître) a donc son utilité ? Oui. Un autre logue patenté : « On a découvert que ni la religion (tous de bons chrétiens), ni la culture ne peuvent servir de feins à ce sadisme militaire ! » Eh ben ! Un baptisé bien cultivé sortait donc les fils électriques (électrodes) et faisaient crier l’Algérien indépendantiste ! Horreur ! Des adolescents innocents souvent, pour qu’ils dénoncent les pères clandestins. Douce France, cher pays… !
Le 3 juillet 1962 : fin. L’indépendance. Les collabos, les Harkis, abandonnés. L’exil en vitesse. Régime militaire qui s’installe. Pour longtemps. Il y est toujours. Adieu démocratie promise. Un castrisme algérien quoi ! Hier, aux nouvelles : tueries nouvelles en Algérie ! Allah ou akbar ! Le sadique est toujours (encore) religieux ? Fanatique intégrisme !
Le soir, magnéto béni, un film…de guerre encore, à Historia. Visions funestes de prisonniers Anglais et Américains à Changi, proche de Singapour : « Le caïd » signé B. Forbs. Tiré d’un roman de James Clavell. Aile se dit fadciné de découvrir les astuces des démunis, les débrouillardises de l’être humain. Sa force d’imagination afin de conserver la vie. En effet, un récit illustrant des gens perdus qui vont s’en sortir. Vol, rapines, trahisons. N’ est plus question de la moralité ordinaire. Édifiant ? Non. Réaliste ? Oui.
5-
Jeudi :chaleur toujours ! Sueurs sans cesse. Un M. Charron m’accroche aux journaux (et cigarettes hélas). Il me raconte la Saint-Jean sur le parvis de l’église Saint-Vincent Ferrier. « Vous nous aviez distribué du gâteau aux raisins après les célébrations que vous animiez ! » Il semble un peu surpris que je ne le reconnaisse pas , lui et sa dame ». Je n’en reviens jamais de ce fait. Certaine personnes nous imaginent avec une mémoire électronique miraculeuse !
Jeudi soir, 4 juillet, avec Carole et Paul-le-Grec bouffe en terrasse chez « Pep » réouvert dans la côte Morin. Nostalgie des « rib steaks » d’antan. C’était très bon. Le bœuf est boudé dorénavant. Y revenir m’a plongé dans des souvenirs de jeunesse quand le steak était si fréquent aux tables du midi. Avec sauce « worcestershire » (?). Causerie croisée jusqu’à tard dans la nuit. Ciel qui se remplit de noirs nuages. Orage enfin ? Peur. On rentre. Quatre gouttes d’eau et puis plus rien. Que la chaleur !
On a écouté « la confession à James Lipton » par Sharon Stone. « Actors’studio », à ARTV. Aile déçue. Moi itou. Elle nous a paru menteuse, hypocrite même, calculatrice (dans Ses réparties), fausse, faux-nez (qu’elle se frottait sans cesse). Tricheuse enfin. Déception pour une rare fois ! Lipton, lui, poli, à genoux devant la fatale star hollywoodienne. Le cucul !Sarandon la semaine prochaine : ça ira mieux, c’est certain