Le samedi 6 juillet 2002

1-
La chaleur ne lâchait pas. Canicule terrible ! Adieu journal ! Aujourd’hui, comme hier, temps plus frais. Je grimpe à ma chambre à écrire vers 17h. Un lecteur du journal me questionne : il est étonné par ces auteurs américains (qui ont encore bon succès) trop célèbres à son goût (ceux de l’avant-guerre et de l’après-guerre). Réal Perrault aimerait savoir aussi où cesse la frontière entre l’écrivain et l’homme. Caldwell semble l’avoir déçu. Je l’avais tant aimé, plus jeune. Il me changeait des proses intellectuelles des Français bien aimés (Camus, Sartre et Malraux). Je l’aimais. Son monde sudiste (pauvre) me ramenait aux gens du peuple. Le relire est-ce que…Vaines questions ?
Ma fille et mon marcogendre (quoi? on dit bien narcotrafiquant !) sont revenus hier soir en catastrophe du New Jersey (avec le benjamin, le trompettiste Gabriel et un ami à lui, Raphaël —que d’anges. Vacances stoppées brutalement. Mon Éliane ne va bien du tout. Canicule terrible là-bas, camping abandonné. Motel climatisé loué. Me voilà anxieux. Éliane si solide enfant ! Le vieux papa en angoisse.
Une équipe de quatre jeunes ont quitté la place après quelques heures. Lunch à 14h. Ils font un documentaire sur le peintre Serge Lemoyne, mort il y a peu d’années. Bombardé de questions, je me suis vu revenu dans les années soixante quand Lemoyne, ici, installait des manières « pop art ». Happenings et Cie. J’aime la jeunesse. J’ai accepté gratuitement de participer à ce film. Ils avaient des copies de mes critiques du temps de La Presse. Amusant de me relire quand j’avais 35 ans, Lemoyne, 25.
Ils sont enthousiastes, font plaisir à voir. Ont confiance en leur projet.
Hier, vendredi, plus longuement, ce fut toute une journée (payé cette fois !) de tournage avec une équipe préparant de segments culturels pour ARTV. Une série titré : « Tableaux ».
J’ai sorti pinceaux, papiers, encre de chine et plumes dehors sur la pelouse. Du vent dans les branches des arbres divers ! Silence Éole, on tourne ! Moteur ! Parlez ! J’ai jasé sur mes merveilleux démons de fabriquer des images colorées , de jouer au surréaliste, à l’exploiteur de taches. J’avais mis ma salopette.
Nathalie tenait des micros, André-Paul une caméra moderne, Sophie assistait et Bernard (LaFrenière) réalisait. Après une longue séance de barbouillages bien trempés, lunch, avec Aile chez notre Denise du coin de la rue Chantecler (Dino). Aile adore jacasser avec ces jeunes du « milieu ». Elle est intriguée (comme moi) par les nouvelles façons de faire. Tous sont des « À contrat ».
Retour et décrochage de tableaux des murs du chalet. Fouille de deux cartables. Vieux dessins du bonhomme :images de poissons, oiseaux, acrobates et…. bedaines de Miami. ! Voilà mes vieilles et récentes pontes gravées à jamais. Dont mes premiers essais (encore maladroits) pour de projet d’expo et d’album sur « La petite patrie ». Dure journée. Partis, nous nous garrochons vers le lac…et baignades !
2-
Lundi dernier, à Radio-Canada, un documentaire où l’on parle de Modecaï Richler, le baveux baveur d’idioties infâmes sur les nôtres. La complaisance dans ce document ne disait pas un mot de travers sur ce néanmoins brillant romancier qui avait pour « side line » (bien rémunéré) de nous diffamer. À Londres comme à New-York, Sir Richler se répandait en proses dégueulasses :nos n’étions qu’une tribu de racistes anglophobes ! Quelle tristesse ce mensonge. Ce silence aux téléspectateurs à propos de ce volet humain sinistre du fameux auteur, exilé longtemps à Londres. L’imposture était signé : Marc Coiteux. Qui est ce mercenaire qui cache les faits ? Au nom de bonententisme douteux, on a pu entendre une série de témoins (anglos baragouinant le français) qui ne cessaient pas de vanter le Québec moderne, le Montréal d’aujourd’hui, pas en hommage à notre culture bien vivante, mais non, en bonheur de vivre en un site « si cosmopolite ». La noyade de notre culture. La dilution organisée.
L’un dit que nous irons chez les théâtreux anglos si c’est bon, il ne dit pas que les anglos iront à nos théâtres…. Qui sont souvent fameux ! J’enrageais. Un défilé grotesque, masqué, hypocrite. Avec nos zélés « collabos » de service. On souhaitait une culture anglo-montréalaise plus vigoureuse…la farce, quand on sait que nos voisins (275 millions d’anglos, non ?) offrent la même poutine (même langue et même culture au fond). Si Paris, la France, étaient à nos portes, vous pouvez parier que nous n’aurions pas du tout cette vigueur actuelle. Fatalité pour ces descendants de loyalistes monarchistes se sauvant des patriotes décolonisés (les libertaires des jeunes USA) en 1775.
Quelle fumisterie cette affaire du terrible « péril anglo » au Québec ! C’est à se tordre de rire d’entendre l’angoisse de nos blokes : « Goddam Loi 101, l’anglais en danger ! » Nous sommes un tout petit 2% de francos en Amérique du nord et ces « résistants » à l’intégration gueulent que nous sommes des ogres, des fanatiques, des misérables racistes ! Non mais…
Ah oui, tous les soirs, compatissant, je prie la Providence de sauver l’anglais, langue tellement, tellement fragile n’est-ce pas ? Foutaise. Ces lamentations ne font que camoufler une réalité : la nation ici, 84 % du peuple, ils n’en veulent rien savoir. Quelques exceptions merveilleuses n’empêchent pas de constater leur racisme.
Le Foglia de The Gazette (Fresh, Freech, ?) est d’un borné, déclarant que « c’est les Péquistes qui ont inventé cela : « les anglos ! » Un fou ? Avec l’ONF, la SRC a concocté ce tissu de faussetés qui relève de l’imposture. Salut Télé-propaganda ! « Salut à toi, Dame bêtise, dont le rêgne est infini », chantait Léo Ferré.
Conseillé par un voisin ami, Paul Pastakis, Aile et moi avons visionné « La mandoline… ». signé John Madden, film tiré d’un roman de Louis de Bernière. Un acteur bien aimé mais pas bien fort ici : Cage. Une belle île, Cephallonia (d’où vient le grand-père de Paul). La guerre de 39-45. Les soldats de Mussolini dans cette île aux us et coutumes anciens. Les nazis très insatisfaits des ritals trop mous. L’amour entre un soldat envahisseur (et sa mandoline) et une indigène. La Résistance. Des morts. Et…une fin heureuse. Tout le monde jase en français (post-synchro) comme tout le monde parlait américain en copie originale :Grecs, Italiens, Allemands ! En 2002, c’est insupportable. Hélas, défense de sous-titrer n’est-ce pas ? Alors cela sonne faux, très faux.
3-
La canicule sévissait mardi. Comme jamais. J’ai sorti le ventilateur très silencieux pour le dodo. Le jour :ne pas trop remuer. Lire à l’ombre. Au téléphone, ARTV s’annonce pour vendredi. J’apprends que Nicole Leblanc (« Le temps d’une paix ») peint, elle aussi, encouragé par Pierre Gauvreau. J’ai vu Michel Tremblay (Artv) à un de ses tableaux ! Ducharme fait dans le recyclage-sculpture. Il y a Diane Dufresne, initiée par le frère Jérôme. Il y avait, aquarelliste, Henry Muller. Combien d’autres ?
Mardi soir, nous avons vu, télé, le premier épisode du « Twin Peak » de Lars Van Trier : « Le Royaume ». Il y aura 11 épisodes. Un hôpital-asile inquiétant. Des malades curieux, inquiétants aussi mais moins que les médecins ! On y joue des cartes rares : parapsychologie, télépathie. C’est prometteur.
Mercredi dernier, chaleur insupportable encore. Comme à la in de l’hiver, crise bizarre, envie de me relire encore ! Pourtant pas mon genre. Je reis d’abord « La sablière » et, riez de moi, je verse des larmes —sous le saule non-pleureur— face au petit Mario, dix ans, mal pris, très mal pris dans son orphelinat pour enfants déficients. Il dit qu’il veut se tuer.
Je me fais brailler ? J’en suis surpris. Aile ? Encore plus étonnée que moi. Je m’attendris en vieillissant ? C’est clair. Quel bon talent j’avais en 1980 ! Riez, vous dis-je ! Le matin, pas kla moindre brise et, au diable le permis, je fais u feu tant il traîne des branches (cèdres émondés ). Je m’allonge. Soudain bruits curieux de bzz, bzz, bzz ! Les pompiers ! Bottés, casqués, imperméabilisés. Par cette chaleur. Je vois l’Aile ricaneuse sur la galerie…ce qu’elle doit rigoler la démone ! Ma honte ! . « Vous avez pas le droit, vite, éteignez ! » Penaud, je cours chercher le tuyau d’arrosage. Pas assez long ! Je trouve des chaudières de plastique. Nous voilà à trois dans le lac, moi pas botté ni casqué, à étouffer vite ce feu de cèdre ! Avec fumées davantage. L’un rédige son rapport et me dit : « Pour cette fois, il n’y aura pas de frais mais, SVP, ne faites plus cela. On est en période de sécheresse ! » Ils s’en vont, gentils, affables, polis ! Ouf !
Le soir venu,. Je re-téléphone aux « orphelins », Laurent et David. « Soyez des hommes les gars, les parents partis, il faut que la maison se change en soue à cochons. Promis ? Papi pourrait descendre en ville et aller inspecter les lieux ». Laurent rigole et promet !
4-
Visions du Cachemire actuel à la télé de RDI. Documentaire bien fait. Fin totale du tourisme, ressource essentielle jadis, avec cette guerre civile et religieuse. Malheur partout. Pauvreté grandissante. Tueries fréquentes. Le fanatisme bien connu. Images des marinas florissantes de jadis… devenues désertes ! Trois guerres en 55 ans. Cette division diplomatique de ce pays n’a fait qu’agrandir les disputes. Un partage entre Inde et Pakistan, un partage flou. Des musulmans répandus un peu partout. Cachettes. Guérilla. Frontières sur-armées. Le Président pakistanais fera naître, par son double-jeu, des milices clandestines. Le terrorisme s’installera rapidement. Le « yable » est aux vaches et c’est… « à suivre ». Hélas ! Vieille histoire. Jérusalem brûle-t-il ? Le Cachemire brûle-t-il ?
À TVA, mercredi soir, zapping et c’est l’Algérie de 1960 ! Le temps de la guerre avec la torture. L’horreur à la française. Documentaire rare. On voit Malraux enjoignant les militaires de « faire cesser cela ». De Gaulle, à son tour, gueule : « fini les tortures ! » Désobéissance à Alger. « Paris ne comprendra jamais rien » ! Des témoins parlent. Boirrés de remords. Accablés. Trop tard ! Un savant dit : « La torture par des officiers français ? Il y a que le « surmoi » n’était pas assez solide, pas assez fort » ! Quoi ? Ah !ah ! Ce surmoi (sauver les apparences, bien paraître) a donc son utilité ? Oui. Un autre logue patenté : « On a découvert que ni la religion (tous de bons chrétiens), ni la culture ne peuvent servir de feins à ce sadisme militaire ! » Eh ben ! Un baptisé bien cultivé sortait donc les fils électriques (électrodes) et faisaient crier l’Algérien indépendantiste ! Horreur ! Des adolescents innocents souvent, pour qu’ils dénoncent les pères clandestins. Douce France, cher pays… !
Le 3 juillet 1962 : fin. L’indépendance. Les collabos, les Harkis, abandonnés. L’exil en vitesse. Régime militaire qui s’installe. Pour longtemps. Il y est toujours. Adieu démocratie promise. Un castrisme algérien quoi ! Hier, aux nouvelles : tueries nouvelles en Algérie ! Allah ou akbar ! Le sadique est toujours (encore) religieux ? Fanatique intégrisme !
Le soir, magnéto béni, un film…de guerre encore, à Historia. Visions funestes de prisonniers Anglais et Américains à Changi, proche de Singapour : « Le caïd » signé B. Forbs. Tiré d’un roman de James Clavell. Aile se dit fadciné de découvrir les astuces des démunis, les débrouillardises de l’être humain. Sa force d’imagination afin de conserver la vie. En effet, un récit illustrant des gens perdus qui vont s’en sortir. Vol, rapines, trahisons. N’ est plus question de la moralité ordinaire. Édifiant ? Non. Réaliste ? Oui.
5-
Jeudi :chaleur toujours ! Sueurs sans cesse. Un M. Charron m’accroche aux journaux (et cigarettes hélas). Il me raconte la Saint-Jean sur le parvis de l’église Saint-Vincent Ferrier. « Vous nous aviez distribué du gâteau aux raisins après les célébrations que vous animiez ! » Il semble un peu surpris que je ne le reconnaisse pas , lui et sa dame ». Je n’en reviens jamais de ce fait. Certaine personnes nous imaginent avec une mémoire électronique miraculeuse !
Jeudi soir, 4 juillet, avec Carole et Paul-le-Grec bouffe en terrasse chez « Pep » réouvert dans la côte Morin. Nostalgie des « rib steaks » d’antan. C’était très bon. Le bœuf est boudé dorénavant. Y revenir m’a plongé dans des souvenirs de jeunesse quand le steak était si fréquent aux tables du midi. Avec sauce « worcestershire » (?). Causerie croisée jusqu’à tard dans la nuit. Ciel qui se remplit de noirs nuages. Orage enfin ? Peur. On rentre. Quatre gouttes d’eau et puis plus rien. Que la chaleur !
On a écouté « la confession à James Lipton » par Sharon Stone. « Actors’studio », à ARTV. Aile déçue. Moi itou. Elle nous a paru menteuse, hypocrite même, calculatrice (dans Ses réparties), fausse, faux-nez (qu’elle se frottait sans cesse). Tricheuse enfin. Déception pour une rare fois ! Lipton, lui, poli, à genoux devant la fatale star hollywoodienne. Le cucul !Sarandon la semaine prochaine : ça ira mieux, c’est certain

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