Le mercredi 18 juillet 2002

1-
Au lever, ciel gris. À midi,. beau soleil, nuage épars. Hier, séance d’aquarellisme et…pas fort, fort. Vendeur de glace, de légumes, enfants avec bolo, toupie (nos moines à pine de cognac !), bilboquet. Doigts tachés de couleurs. Ouen ! Je dois mieux me trouver une manière, un style. C’est trop …ordinaire encore. Je m’énerve et, déçu, je sors tondre le gazon —« la largeur de ma langue », Lafontaine. Ouf ! Deux pauses obligées : je vieillis !
Le soir venu, film loué par Aile sur ma recommandation : « Histoires à raconter », avec sous-titres en français, ce qui est bien mieux que les satanés doublages si souvent pénibles. Écrit et réalisé par Tadd Solandz qui a du talent. Son deuxième récit est plus solide (plus long aussi, plus étoffé) racontant une famille de banlieusards bien bourgeois du New-Jersey. Un album de famille effrayant, comique aussi, satirique et à l’occasion fort cruel. Un jeune ado perdu.
Après ce film terrifiant et drôle à la fois, l’Impro. Belgique versus Canada. Des platitudes. Je n’ai jamais aimé ce faux-théâtre fondé par Gravel. De rares grands moments mais devoir supporter les facéties vides des improvisateurs rarement talentueux m’assomme. Aile m’a semblé d’accord.
2-
Hier midi, CKAC m’invitait à topogiser (!), par téléphone, sur « les vieux qu’on jette ». Écho au topo de la veille sur Tva. Je fonce. Coup de fil du « vieux » Jacques Fauteux. Vétéran (des ondes) en forme et inemployé, lui aussi, il rage. Il me félicite chaudement de mes condamnations. En réalité je parle pour les autres puisqu’un écrivain ne retraite jamais (pas plus qu’un peintre ou un musicien), l’auteur est toujours actif, se donne À lui-même de l’ouvrage (mon journal, mes barbouillages ).
Aile, chanceuse, a pu décrocher en douceur puisque, retraitée, la section « dramatiques » de la SRC l’employait durant des années comme « coach » (des jeunes réalisateurs) et lectrice (de projets).
Rire comme un môme encore mardi en observant la Sylvie Moreau incarner avec tant de talent une idiote niaise et folle même, « Catherine ». Un gang de folichons l’entoure efficacement dont l’étonnante « vieille » Dodo ! C’est léger, c’est vite fait, c’est une récréation utile au moment où d’autres suicidaires au nom d’ Allah —ou akbar !
Téléphone du « pistolet » trois-pistolien, Victor. « Le titre de ton journal ? » « À cœur ouvert », que j’avais mis —en titre de travail— serait le bon selon lui. Bien. Une chose de réglé. Et des mercis à mes suggestionneurs nombreux. Il me dit : « Tu sais que ton journal de six mois va me faire un bouquin de 800 pages ! » Fierté. J’aime bien la « grosse brique » à l’occasion.
Il m’invite à monter chez lui, pour une causerie (« j’offre le motel, Claude ») et surtout pour un « roast » à son ami Stanké (dimanche le 28). Alain l’insolent expose dans son centre réouvert —après deux ans de pause— ses belles sculptures sur bois. Aile me prévient, l’agenda sorti : venue de la tribu au chalet ce même jour. Je n’irai donc pas voir la mer troispistolienne, hélas !
3-
Vu, mardi, location du vidéo-club, « Entre l’arbre et l’écorce », un très bon film. Un publicitaire à grosses gages « s’écarte » dans l’immense parc de sa ville (Central Park ?). Une bande de punks (Noirs et Blancs) s’empare du chic bourgeois, veulent son argent et sa montre en or aussi ! Il se sauve et, désespéré, grimpe dans un arbre géant. Va débuter une paniquante séance aux cruautés sadiques. Révélations sur les jeunes bandits et aussi sur ce « créatif », peu à eu on saura tout et sur lui, infidèle mari juché dans son arbre, et sur eux, en bas, combinant des plans diaboliques pour sa mort prochaine, vagabonds dans la fleur de l’âge, paumés en des familles dysfonctionnelles, etc. Un film aux péripéties étonnantes. Écrit (bien) et réalisé (bien) par William Philipps.
Même soir (et hier soir aussi) le Bureau du « Point » conversait intelligemment avec Guy Sorman, économiste (néo-libéral) et sociologue, un réactionnaire étonnant (au sens littéral du mot). Plaisir d’entendre un questionneur habile, brillant. Ce jeune Bureau est un phénomène ici, il faut le louer. Sorman, allures d’une religieuse travesti, sourires de jocrisse malin, refuse le titre de provocateur. Je l’ai jugé (j’avais lu un ou deux livres de lui) nécessaire. Il fait réfléchir. Il étonne certainement étant pro-OGM, pro-cloning, anti-Kyoto, etc. Son dernier livre « Le progrès et ses ennemis » veut illustrer « la haine des intellos du monde face aux technologies progressistes », selon Sorman. Il dira à Bureau : « Tous ces gens, les écolos à gogo, Bové et Cie, manipulant les médias, ne veulent que faire peur sans fonder solidement les objets des craintes. Ils veulent quoi ? Comme toujours, les pouvoirs, dont le pouvoir intellectuel ».
Sorman souhaite la controverse, la polémique, regrette le silence des scientifiques : « Hélas, ils ne parlent pas, jamais ». Comment ne pas être d’accord avec lui ? Oui, partout, l’on craint les nécessaires engueulades, confrontations. Oui, nous manquons de tribunes libres. Il dira : « Il y a trop peu de sources fiables pour les informations. C’est dommage ». De la bonne télé mais, hélas, avec des publicités assommantes. I dit que la sublimation actuelle du fait « nature » est un paganisme. Il dit que la méfiance des intellos (et des écolos) envers le progrès est un funeste péril. Ils se disent tous les anti-mondialistes, « de la « Résistance », titre aguicheur s’il en est », dit-il. C’est trop facile, dit Sorman. « Résistance aux progrès, oui ». On l’écoute aux « Point », on voudrait protester, le questionner sur les méfaits bien connus de tant d’aspects venus de ce qui se nomme « le progrès ». Rien à faire, il n’est pas devant vous. Ce qui compte ? Qu’un Sorman secoue nos confortables certitudes. C’est ce qui est bon.
On jongle à ses propos : Il n’y a que les gros bourgeois de gauche pour tant s’énerver du progrès des scientifiques. Le coton ou le riz génétique sauveraient de graves famines. U magazine comme « Nature » ose entretenir des inventions « bonhomme sept heures » de déconnectés de sciences. On répand des mythes, des bobards, des a-priori nébuleux. Les tant détestés OMG pourraient secourir les pays pauvres, Inde, Afrique, s’il n’y avait pas cette résistance des nantis. Le clonage humain (« pas avant des décennies ») ne conduit pas à la réplique parfaite mais plutôt à la venue de simples jumeaux. Le « protocole de Kyoto » (« qu’aucun pays n’a encore ratifié » dit-il ) et son projet de freinage énergétique retarderait les pays sous-développés, Chine, Inde. Mais oui, on jongle…
4-
Hier midi, visite annoncée au chalet d’un retraité de l’enseignement, Jacques. Fernande, son épouse, est sauvé d’un cancer. Médicaments efficaces cette fois. Rémission réussie. Aile heureuse. J’écoute, ravi, la narration descriptive de toutes les boutiques du temps de leur rue Rachel.
Découverte d’un site le long de la piste cyclable. À l’ouest de Val Morin, avant d’arriver à Val David. Qui a installé une foule de mini-dolmens. Pierres sur pierres et toutes dorées ! J’aime. Nous songeons à ces dolmens improvisés sur la Côte Nord, entre Mingan et Natasquan. Formidable installation naturaliste.
Lu tantôt, durant le lunch du midi —toujours un sandwich— au bord de l’eau, une invitation à un pique-nique des « Écrivains des Laurentides » ! Sur presque une centaine de membres, cinq ou six seulement qui ont eu assez d’activités littéraires pour se faire une petite notoriété. Je n’irai pas. Mes doutes sur l’utilité d’une telle association quand l’UNEQ, si vaste, ne me sert à rien. Va-t-on bientôt vouloir encore des subventions arrachées aux cochons de payeurs de taxes ? J’en ai peur. On verra bien. J’ai été un syndicaliste militant jadis, comme scénographe et journaliste mais l’associativité à tout crin, très peu pur moi.
Demain, vendredi, anniversaire de ma fille. Cadeau posté hier. Éliane a été une petite vraiment fille merveilleuse. Elle aimait accompagner mon père quand il semait tout ce qu’il pouvait. Je la voyais en botanique un jour. Non, elle sera, brièvement, institutrice, le plus beau métier du monde, je le répète. Les enfants (trois grands ados désormais ! ) sont venus. Rapidement. Fin du boulot pour elle. Les enfants grandis, elle étudie l’aquarelle —la vraie, pas les « accidents tachistes » du vieux papa hein ? Je l’aime. Je n’arrive pas à croire qu’elle aura 50 ans bientôt. Elle reste « ma petite fille ». Fou cela.
5-
Kamikazes palestiniens de nouveau. Des morts civils. Chars d’assaut israéliens partout. Folie ! Inutilité. Des terroristes, c’est imprévisible. L’armée de Trudeau-Bourassa à Montréal en octobre 1970. Folie ! Faire peur au monde, tactique politique. Aux Usa même bêtise. Des terroristes, cela ne se coincent pas. Ce qu’ik faut : endiguer, changer les choses, stopper les motifs de cette haine, de cette révolte. Sinon, gaspillage de temps, d’argent, d’hommes. Aussi :intérêt d’entretenir la peur avec lois nouvelles, surveillance partout de « tous » les dissidents et le fric, beaucoup de fric, pour les intéressés : militarisme ambiant enrichissant les vendeurs de… De bombes, de chars, de systèmes d’alarme, de milices excités, de gardiennage, de d’écoute. La belle pagaille !
Au monde de la finance, des faiseurs de conglomérats commerciaux, on va installer des vérificateurs (gazettes de ce matin) pour surveiller les… vérificateurs ! Et qui va surveiller les vérificateurs des vérificateurs ? La farce. Grand guignol quand la cupidité est aux trousses de ce monde-là.
Le parti rouge ramasse du fric. Paul Martin (en vrai : « paül martinn ») se démène. Abattre le chef actuel. Promesses d’indépendance aux amérindiens, hier. Chez les chrétiennistes, le slogan : « Fierté d’être Canadien ? Donnez de votre argent aux Libéraux. » Suis-je fier, moi, d’être Québécois ? Oh oui. Fier de notre longue histoire de résistance en ce vaste continent totalement anglo-saxon. Un phénomène inouï. Le sait-on assez ? Si j’avais vécu en France ? Bonheur des stimulations incessantes là-bas pour un tempérament comme le mien. Pourtant ça vient ici, j’aime que ça pousse de plus en plus au domaine des idées, j’aime qu’il y ait un Jean Larose et un Falardeau, un J.-M. Léger et un Bourgault, un Michel Chartrand et un jeune conservateur, Mario Dumont, un Martineau et une Pétrovsky, un Foglia et une Lysiane Gagnon. L’unanimisme est un fléau.
Le Cauchon d’Ottawa fuma, jeune, un peu de pot. Ottawa songe (gazettes de ce matin) à légaliser cette drogue. Des chercheur se contredisent., Pour l’un il y a destruction des neurones, pour l’autre « il n’y a rien là ». Ça sentait fort dans mon sous-sol de Bordeaux un temps, le buveur de Campari découvrait une jeunesse au tabac un peu fort ! Souvenir : vacances à la mer, l’ami Ubaldo, Ocean City. Il sait où s’en procurer dans un parking d’Atlantic City. Au chalet, essai. Aucun effet, je préférais le pastis, aux effets plus clairs et plus rapides sur le plan de l’euphorie. Quand je feins les rires (prévus) et la mascarade du « gars parti », Ubaldo ne rigole pas comme déçu par non-perméabilité à la belle marijuana.
6-
L’on bafoue, dans nos écoles secondaires, la minorité d’ados au bord d’assumer leur homosexualité. On va y voir. Des affiches se font imprimer : tolérance pour ceux qui sont de futurs invertis. Nous savons bien la cruauité des masses, noius connaissons tous d’atroces souvenirs sur le sort des « différents ». L’instinct grégaire (propre à la jeunesse) a un lourd dossier. Ça rouspète dans certaines écoles. On veut pas de çà ! L’on ignore qu’un poster de plus ou de moins sur les murs tapissés de tout (et de graffitis) …ça ne changera absolument rien. C’est le « cachez ce sein… » ? Sois comme toute le monde ou cache-toi, quoi ! Vieille imbécile loi d’airain.
Débat actuel : fallait-il allé en prison ou se sauver du temps de l’URSS partout ? À Prague, Milan Kundera se sauvait. Le dramaturge de l’absurde ( héritier des Beckett et des Ionesco) Vaclav Havel —Président de Tchékie— alla en prison. Il y eut polémique entre eux un temps. Le clandestin parle « d’illusion » quand il nomme « le printemps de Prague » massacré par les chars russes. Bientôt retraité, malade, il ira vivre au Portugal. Exil tardif. Un seul exemple ? Les Haïtiens devaient combattre chez eux les deux « Doc », papa et bébé, ou bien s’enfuir à Miami, à New-York et à Montréal ? Les Cubains…Les …il y a en tant. Je ne sais quoi dire n’ayant jamais été menacé d’incarcération (longue parfois !) pour mes idées. Aussi je me tais.
Le bon vieux Frère Untel, ce matin, jase. Il louange un vieux conseiller, Naud, prêtre de Saint-Sulpice. Son mentor à l’entendre quand Desbiens bossait en haut-fonctionnaire de l’Éducation. Il sort de nouveau son anti-syndicalisme bien chevillé à son âme de brave frère Mariste. Aussi sa notion bien à lui de « race ». Mot magique à ses yeux.
Souvenir : invités au Salon du livre du Saguenay, je l’avais croisé (en bus-navette à écrivains, il tient journal lui aussi) et avais lunché avec lui à la vieille gare de Québec. J’avais gardé le profil bas ne souhaitant pas le faire enrager. Respect de son grand âge même s’il m’avait semblé en parfaite forme physique. J’aurais dû mieux l’agacer, le faire étriver même, le provoquer un tantinet, il me semble que nous aurions pu assister (nous n’étions pas seuls à table) à une belle querelle idéologique, lui —comme son irlandophile sur le tard, compère-correspondant aussi réactionnaire que lui, Jean O’Neil— qui moque sans cesse les indépendantistes de ma sorte…et ceux de toutes les sortes !
Le soleil brille dehors. Aile lit ses « Molson » —elle aime moins maintenant, « trop de monde, trop d’héritiers !— et malgré le temps frais, j’oserai aller nager, je me le jure.

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