Le dimanche 4 août 2002

1-

Un dimanche mat. Ciel bouché. La blancheur intimidante, annonciatrice de pluies. Il a fait si beau ces derniers jours. Oh (oui) les beaux jours, monsieur Beckett ! Hier, un samedi parfait. Éliane, ms file s’amenait au chalet avec mon Marcogendre et le grand Laurent (il pousse à vue d’œil mon cher cégépien d’Ahuntsic !). Baignades à répétition sous ce beau soleil. Du vent. Marco sort une de mes planches à voile pour initier son gars. Tout de suite, Laurent saisit les astuces du véliplanchisme. On ira chercher au garage d’en bas le benjamin (qui rentrait d’un camp de vacances chrétien de Mont-Laurier tout ragaillardi. Gabriel retrouve donc son copain (un voisin), William (habitant du 3 e arrondissement à Paris) dont la maman va rentrer de France bientôt. Hier, William dit : « J’ai su par Jacob (fils du voisin Lagacé) que vous écriviez des livres. Je lui donne une « Petite patrie-en-poche. Dédicace. « Merci, merci monsieur ». Il dit : « Je vais commencer à le lire ce soir ». Alors hier matin, au rivage : Épis, as-tu aimé ta lecture ? » Il fait : « Oh oui, beaucoup m’sieu » ! Riant, je dis : « Sur une échelle de 1 à 10, tu me mets combien William » ? Sa réponse polie, il jongle un instant : « Euh…Neuf et demi » ! Le gentil garçon et… j’ai honte de moi.
Sortie des cannes à pêche, en fin d’après-midi pour Gabriel et ce William… et un achigan en sort. Et des crapets, aussi de la mini- perchaude. Clic, clic ! Photos par Laurent. Aile offrait des trempettes et s’en allait ensuite voir au souper. Ce groupe-des-six jasera ad lib sur la galerie en dégustant fraîches laitues —le « dressing » expert d’Aile, yam !— et hamburgers bien cuits sur le barbàqueue (oh vache folle !). Vin rouge et coke diète. Enfin de ce bon gâteau (sans glaçage sucrée) dont Aile a le secret.
Avant le départ, expo-minute de mes essais graphiques en cours. Marco, mon web-maestro, et ma fille, bien admiratifs. Ils sont très stimulants. Laurent et Gabriel aussi. Ma foi, je me trouve « pas si mauvais » que je croyais. Marco en prend « pour, dit-il, « scanner » pour mon site web ». N’y connais rien. Confiance. Faut dire que je suis fier de mon « guenillou plein d’poux » et sa barouette à cheval.

2-
Dodo ? Aile poursuit le Bouchard saguenayien et je lis du Rimbaud car j’ai installé le célèbre voyou de Charleville, Arthur —et Paul (VerLaine)aussi— à mon chevet. Ce « Coffre de cèdre » de Mac Donald m’échappera, l’ayant abandonné il y a si longtemps, il faudrait que je recommence ma lecture pour m’y retrouver dans son fatras de personnages. Je dérange Aile pour lui lire des bouts exemplaires de la prose rimbaldienne. Oh le génie ! Téléphone tard : Éliane a oublié les bagages du campeur Gabriel dans ma Jetta. Demain matin, un ami, Mario-Paquette-l’architecte (du 12 ième Rang ), qui doit « descendre », viendra chez nous récupérer tout ce stock. Je lui donnerai un exemplaire de « Papa papinachoix » pour le remercier du dérangement.
Mercredi, le jeune réalisateur La Frenière (pour « Tablo » à Artv) me courriellise. Il me remercie pour l’hospitalité et est fébrile devant « beaucoup couper » pour son montage de… 8 minutes ! Je lui quête le vidéo sauvage « au complet » pour mes archives. Pour ma bio du Canal D, chez Béliveau Inc, on avait accepté de me donner les « chutes » des enregistrements. Il me quémande —à moi et à Aile l’ex-réalisatrice— des échos « après diffusion » me disant (comme il a raison !) qu’il y a peu de « feed-back » dans le métier (rétro-réactions).
3-
Je lis le Gilles Courtemanche à succès : « Un dimanche à la piscine à Kigali », prêté par mon voisin Jean-Paul. Pas un bien bon roman, il est journaliste —longtemps efficace « grand reporter » à la SRC— et cela (pour mon vif plaisir) lui fait farcir son roman de documentation réaliste sur ce Rwanda en sang. Courtemanche, dans Outremont comme aux Salons du livre, me bat froid, « ne me voit pas », tel un Hassidim, sans que je sache trop pourquoi. Mépris du « romancier populaire » ? Je dois dire qu’il n’est pas du genre (son droit) à se mêler aux camarades en écriture. Ce « Dimanche à la piscine.. » est d’une cruauté terrible face aux fonctionnaires en tous genres qui s’offrent « jardinier et cuisinière, indigènes bien tournées, le tout —vains bureaucrates satisfaits— aux frais de l’ONU, des bouts que j’aime beaucoup évidemment. G.C. écrit : « La France : suffisance, le Canada : innocence, les USA : ignorance ». Il réussit excellement, via l’histoire d’amour de Bernard Valcourt (son héros québécois venu installer la télé sans y parvenir), à illustrer cruellement l’effrayant massacre des « beaux » Tutsies minoritaires par les Hutus racistes et nazifiés (depuis la petite école).
N’empêche, cet ex-reporter de télé, payé par Ottawa, dans un programme-ONU, (on songe à André Payette —ou Pierre Castonguay— qui alla en Afrique), entché du merveilleux « physique » d’une « petite jeune » serveuse indigène de son hôtel-à-piscine (le « Mille-Collines ») est bien faible. Il fait l’éloge de la beauté physique avant tout. Il fait du héros (divorcé ) une sorte de voyeur (et consommateur de chair fraîche) plutôt pathétique. Pas très humain. Pas attachant du tout. C’et , ensime, une harlequinade : au début de l’idylle, la « pauvre jeune beauté noire » songe à l’exil salvateur avec son « Blanc instruit » venu du confortable Canada.
J’ai donc sauté des passages —d’un érotisme convenu— pour lire avidement sur les tenants et aboutissants de ce « très » épouvantable génocide. « Ils n’avaient (les Hutus déchaînés) pas les moyens des fours à gaz, c’est tout », écrit Courtemanche. Ce sera donc « à la main », à la machette, les empilements de cadavres mutilés, violés, le long des routes —à tous les carrefours— du Rwanda.
4-
À T.Q. ce mercredi, étonnant documentaire sur une vieille dame d’un petit village italien qui tient absolument à retrouver son frère et sa sœur, orphelins pauvres, vendus par des curés à des adopteurs étatsuniens vers 1950, après la guerre. Elle questionne les autorités cléricales : « omerta ». Une maffia ensoutanée. Mais elle s’entête et avec l’équipe du film ($), part pour les USA. Recherches. Péripéties. « Omerta » là aussi chez des curés « oublieux » culpabilisés.
Retrouvaille enfin ! Chocs émotifs terribles, on l’imagine. 35 ans passaient ! Un bon film. Étrange : hier, Éliane et Marco me parlent d’un Italienne rencontrée à leur église (baptiste évangélique) qui, elle aussi, fut victime de ces « catholiques » ventes d’enfants. J’ai raconté ce film. Le monde, oui, est tissé serré !
Enfin, on a vu (loué) « La pianiste » avec Isabelle Huppert, très primé à Cannes. Mystère ! Mon correspondant de Concord, G. Tod, avait bien raison : un film débile, un film racoleur, sans logique, avec une fin ratée. Une sado-maso toute déboussolée, prof de piano, cherche à se mutiler de toutes les manières. On a juste envie, dès le début de ce navet, de crier : « Appeler le 911 de Paris, c’est urgent ». Critiques louangeuses pourtant et ces « prix cannois », il y avait, cette année-là, des jurés morbides complaisants. On sait bien que la mauvaise santé mentale fait des ravages chez cette jet-set ultra-mondaine, ici comme ailleurs.
Correction : c’est une autre —celle au « distinguo »—, pas Gisèle Halimi, dans une gazette, qui acceptait la prostitution au nom de la liberté (des malheureuses démunies).
5-
Vendredi soir, Tommy Lee Jones (« Man in black ») est le 35 ième invité de Lipton à Artv. Son papa a un contrat —en Lybie pour le pétrole, avant Kadhafi et ses fermetures aux USA. Au secondaire alors, Jones refuse de s’exiler. On l’installe dans un pensionnat utra-prestigieux (à Houston ?). Cette école riche est une « porte-ouverte » ensuite pour une université chic de New-York. On l’inscrit. Il y découvre par hasard le « jeu »…celui du théâtre et s’y mettra. Il a du talent aux théâtres de New-York, du succès mais… il apprend qu’on lui refuse de bons rôles parce qu’il n’a pas « un gros nom » L’affiche de Broadway en a besoin. Pour le fric ! Alors, il part pour Hollywod se faire « un gros nom ». « Et puis, chose faite, je ne reviendrai pas dans l’est », dit-il, sourire en coin. Un ton sec, Texan oblige ?, un débit difficultueux (ex-bègue sans doute). Un peu sosie de notre Lalonde, acteur et romancier, Jones répond intelligemment aux questions avec une sorte de terreur : sa difficulté à parler !
Lipton : « Du côté de votre mère il y a du sang Commanche, non ? Lui : « Non, pas du tout. Cherokee. » Lipton : « Bon, bien, c’est de l’Amérindien, non ? » Lui : « Attention, Comanches et Cherokee c’est aussi différent que Français et Chinois ». Étonnement partout. Comme le paralysé Christopher Reeve (correction : pas de « s »), les chevaux sont sa passion désormais. « Oui, je trouvais le tennis ennuyeux (!) et le golf ça restait une affaire de riches à mes yeux ». « Le cheval est le plus beau des mammifères », s’écrie-t-il. J’ai alors songé aux misérables canassons (percherons ?) des voitures du laitier ou du boulanger, des maraîchers ou du regrattier de mon enfance. Bêtes que je tente d’illustrer ces temps-ci. Mammifères bien peu esthétiques Mister Jones !
6-
Hier matin, samedi, songeries —je compose des images d’illustrateur—, rêvasseries au bord de l’eau. J’oublie mon petit carnet de notes à « journal » qui me suit dans la maison. Je m’échappe sans cesse de mon devoir d’aquarelliste, je songe à cet anarchiste « des marais » Henri-David Thoreau (qui inspira un Gandhi), celui du « gouvernement qui gouverne le moins est le meilleur des gouvernements », ouais ! Vrai quand on songe aux bureaucraties énervantes pour tout libertaire mais si faux quand on souhaite, comme moi, une justice sociale, redistributive, pour les malchanceux du sort, les démunis, les « ceux qui ont pas eu la chance de s’instruire », les « ceux qui sont nés avec un quotient intellectuel déficient ». Alors oui, je consens volontiers « à taxes et impôts » et tant pis pour ce maudit lierre épais des fonctionnaires tatillons. Je mourrai socialiste. Et déçu.
Sylvio LeBlanc (mes chères « lettres ouvertes ») dit juste. Pourquoi tant de doués en musique populaire refuse-t-ils de choisir les mots de nos meilleurs poètes.
Ils devraient imiter un Léo Ferré, par bon exemple, qui a su dévoiler aux foules Baudelaire, Verlaine, Breton, Éluard, et qui encore ?, avec ses chansons. Charlebois a fait un beau Rimbaud. Et puis plus rien hélas ! LeBlanc juge (lu aussi) si débiles, si pauvres, tant de paroles niaises sur des musiques réussies.
Samedi matin, le Dev, Courtemanche narre d’excellents souvenirs de fêtes modestes en Bretagnedu sud où il avait séjourné. Il souhaite qu’au Québec l’on s’y mette davantage. Si vrai. Ici, le 24 juin, il y a eu une de ces « fêtes au village » très modestes. Ravi d’y avoir croisé des jaseux qui racontaient de formidables souvenirs. C’était tout simple, humain, d’une convivialité familière, et bien chaleureux.
Aile suivait avec passion les jeunes téléastes de « La course… » à Radio-Canada. On voit bien qu’il en sorti de fort talentueux jeunes talents au cinéma québécois de maintenant. Un certain Trogi —qui fit « La course… »— vient de signer un film —« Québec-Montréal »— cocasse et qui semble faire florès. On a mis la hache —coupures budgétaires !— dans cette glorieuse jeune « École ». Un désastre, non ?
Sartre préférait Honoré Balzac à Marcel Proust. Hon ! Il dira sur le fameux Marcel : « Un esthète compassé ». Hon, hon ! J’appludos. N’ayant jamais pu continuer sa « Recherche… », j’applaudis le vieux « coq-l’œil » de Saint-Germain-des-Prés. Je préfère Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline.
Lysiane —fédérate— Gagnon rigolait samedi et c’est rare tant elle fait des boutons à fesser les indépendantistes. Je lis : « Il n’y a plus que les prêtres et les homos pour tant souhaiter le mariage ». N’y a-t-il pas des notaires partout pour rédiger des contrats d’union entre individus ? Et des testaments ? La loi Bégin garantit les droits des homos —le mot « gay » est interdit chez moi tant ce vocable (amériquétainerie)— est sot— et c’est justice. Mais c’ est trop peu : le ghetto-homo militant réclame « plusse » :le mariage en règle, le vrai, le normal, l’ordinaire, le total, le gros mariage à l’ancienne ! Non mais…
7-
C’est quoi cette guerre cachée, tue, camouflée, niée, en Tchétchénie depuis 1999 ? C’est 1,000 indépendantistes actifs —« foin des fédérations forcées »— face à 70,000 soldats russes bien équipés ! Il y eu une première guerre anti-souverainiste (menée par Moscou) en 1994-1996. Le nouveau KGB, baptisé FSB, crache du fric pour infiltrer les nationalistes, déniche des délateurs de « patriotes ». Le sang coulait hier, il coulera demain. L’ONU se tait (se terre), comme pour le Rwanda où l’ONU —tout comme les paras belges, allemands, français—)savait fort bien ce qui se tramait (lire : « Un dimanche… »). Comme pour Israël. La Russie, pays démocratique et souverain n’est-ce pas ? Washington-le-pentagone-la-CIa est aveugle. Laissons-les s’entretuer. Bush a besoin de Poutine, oui ou non ?
Alain Stanké a fait ses adieux d’éditeur dans La Presse. Il résume sa longue carrière et a bien raison de son satisfecit. Il qualifie —énumère— ses bons coups, ses auteurs. À mon nom, je lis : « le brillant Claude Jasmin …. » Hum ! Ça peut être péjoratif non ? Brillant comme dans superficiel ? Parano le bonhomme ? J,sais pas, j’aurais préféré, tiens, candide, naïf. Oui oui !
Un autre qui barbouille ? Oui. L’acteur André Montmorency. J’aime bien tous ces « amateurs » à « violon dingue ». J’en sais les bonheurs. À Sainte-Agathe, une vaste expo : des centaines de noms. Plein d’inconnus du public. Pis ? Démonstration que peinturlurer est un besoin souvent. Une quoi ? Une porte ouverte sur la liberté. « Une thérapie », disent plusieurs. Oui, oui, pis ? Un monde hoirs du rationnel, comme la musique, une pace accordée aux sentiments, aux émotions. Hier soir, je lisais dans mon Rimbaud qu’il abandonnait, adolescent, la poésie ancienne, celle des raisons raisonnables, des buts louables, des idées nobles (Banville et Cie), il cherchait des…sensations. Des illuminations. Ainsi de la peinture, à des degrés fort variables cela va de soi. J’irai à Sainte-Agathe.
Aux actualités hier soir : « Montréal devient une des capitales du tourisme…gai ». Bravo ? Bravo ! Ces célibataires (pour un très grand nombre) sont d’excellents consommateurs et le fric répandu est bienvenue ! Pour le fric-à-touristes —subventionnons, tous, nos restaurateurs, nos hôteliers :jobs, jobs !— il y a l’humour, le jazz, les francos —souvent anglaisés—le cinéma, la parade homo, et quoi encore. Vite, si vous avez une idée, correspondre avec le Ministère-Tourisme. À Toronto, comme ici, joyeux défilé antillais ! Les Caraïbes dans nos rues ! Est-ce qu’aux Antilles, —Jamaïque, Trinidad et Tobago, Martinique ou Guadeloupe— l’on organise une fête nordique —voire arctique ? Une fête des neiges ? Avec chiens-loups, traîneaux et iglous, avec tuques et foulards multicolores, grattes et pelles, avec une grosse souffleuse toute décorée ? Eh maudit qu’ils pensent donc pas au tourisme dans ce sud-là hein ? On nous montre des travestis en folie et on entend l’animateur tout guilleret : « C’est merveilleux, formidable, on dirait que la ville leur appartient ! » Sa taire. Un mot de travers et c’est l’index —bien « correct »— braqué sur vous : « intolérance ».
Oh, oh ! Aux nouvelles d’hier encore : « Moins d’émigrants —sortez des terres occupées, ça ira un peu mieux M. Sharon— en Israël et les Palestiniens font davantage d’enfants que les Israéliens (orthodoxes) » ! Danger flagrant de minorisation. Peur ! Campagne de l’État très inquiet là-bas pour faire s’accoupler —ô mariages, mariages !— les jeunes célibataires. M’sieu Sharon, ces fertiles Arabes, pas moyen de les stériliser, non ? Vous y pensez ? Vos chars blindés en Cisjordanie, distribuant des tas de capotes, non ? Il trouvera c’est certain.
Quoi litre maintenant ? Hésitation : des nouvelles de Shlink (dont j’ai tant aimé « Le liseur », ou Dolce-Huston, son repas de bourgeois très arrosé, avec elle-même-narrateur-Dieu-le-père qui conduit ce bal des gourmets ? Je verrai.
8-
Ce matin, lecture sur le… mandala, sauce bouddhiste. Une planche et dessus, du sable coloré distribué pour former une abstraction. Tu t’assoies devant et tu médites. Puis tu vas jeter ça à la rivière. Papa faisait-il cela avec ses tableaux au sable dont j’ai quelques modèles. Lui, le jongleur perpétuel. C’était avant son essor fameux en céramique naïve. Papa ne jetais pas son mandala friable, non, il le vernissait pour qu’il soit durable. Parant « papa », ce matin, Stéphane Laporte (La Presse) raconte bien « l’été, le soir, le balcon, la canicule, l’enfant (lui) qui peut veiller tard ». Laporte devrait faire éditer tous ces beaux —parfois savoureux— morceaux sur son enfance proche de la rue Décarie —il y revient assez souvent— et titrer : « La petite patrie de Stéphane ». Il y aura un jour cent, mille « petites patries » ? J’en serais ravi le premier. Même canard du dimanche : mon éditeur —et prolifique auteur— c’est son tour, est dans les devinettes du jour. Je lis : « Auteur né le 2 septembre à Saint-Paul de la Croix ». Ah ! Saint-Jean de Dieu viendra donc après ? Et puis, jeune ado, ce sera Montréal-Nord —« Race de monde »— à quatorze (14), douze rejetons dans un 4 et demi » ! Je n’en reviens jamais, je lui ai dit, de ce fait.
Canular ? Roger Drolet, le « preacher » laïc (pas tant que ça !) de CKAC et du cinéma Château a accepté de faire « Juste pour rire » l’été prochain. Je peux, si c’est vrai, lui garantir un fort bon succès.
Correction : Marchaudon et non Marchildon, la modeste et dynamique libraire qui jette son tablier, rue Laurier.
9-
Philippe Moreau, monomaniaque des lettres ouvertes ? —comme moi avant l’exutoire merveilleux du journal— réplique solidement au Arseneau qui, récemment, « plantait bin raide » tous les jeunes pèlerins réunis à Toronto. Il le traite de rien de moins que : « nouvel inquisiteur ». J’ai croisé sur la route-médias un laïciste forcené de cette trempe. Un petit tonneau du nom de Baril (!), présidant outremontais d’une ligue… d’inquisiteurs athées à masque de « droits de l’homme ».
La brève prière —assez neutre au fond— aux assemblées de l’hôtel de ville le rendait malade. Son acharnement à interdire ce moment de réflexion spiritualiste me fit le traiter à TVA —­la langue dans la joue, hein— de belzébuth ! Il en resta interdit un moment craignant peut-être que je sorte de ma poche un goupillon pour l’ arroser d’eu bénite. Quand j’ai défendu les crucifix chez le maire Gérald Tremblay, même émoi chez ces énervés.
Même si la majorité des nôtres désormais n’est plus « pratiquante » toute notre histoire —notre culture— (montréalaise en particulier) est tissée par les dévouements des Croyants —religieux et laïcs— qui fondaient Ville-Marie. Réalité incontournable. J’avais dit (à TVA encore) : « faut-il vite aller déboulonner le grand crucifix de métal sur le mont Royal » ? Depuis silence chez, oui, Philippe Moreau, les nouveaux inquisiteurs.
Oh le bon « papier », mercredi ! Signé par la jeune Rima Elkouri : « Il faut toujours se méfier des vieux », phrase prise au vieillard alerte, Henri Salvator (85 ans). Elkouri, comme tous ses collègues, séduite par « l’ancêtre » venu de Paris, note : « …nous qu craignons tant le passage du temps ». Ce même jour, un vieux verrat est en prison ! Chaque jour, il vidait de ses sous et de ses cennes —avec deux comparses— la fameuse « Fontana di Trevi », à Rome. En voilà un grippe-sous, littéralement. C’était, dit l’agence de presse, un revenu dans le 15,000 $ par mois. Non imposable ! Rome ramassait des miettes —prudent Roberto Cercelletta— pour donner à ses pauvres. Pour gagner plus de 150,00 $ par année, Roberto devra travailler dur quand il sortira de sa geôle. Souvenir : en 1980, au détour de rues et de venelles, Aile et moi, tombons sur la fontaine surchargée, immortalisée par Fellini (« La dolce vita »). Notre déception. On imaginait une vaste plaza à la hauteur de sa renommée. Rien du tout. Coincé, le lieu célèbre. À ses pieds, c’est la vue étonnante de personnages neptuniens, un baroque déchaîné, ouvrage fou, une vision excitante et ses eaux mugissantes….
Les éditos des journaux des USA font des réserves sur le projet —W, et ses militaristes conseillers— d’abattre Saddam Hussein. « L’après Saddam H. » reste l’immense point d’interrogation. En effet ! Ce matin, sur cinq colonnes, des experts divers (certes démocrates souvent mais aussi des républicains) font voir les difficultés à prévoir. Sagesse qui rasure un peu. Si W. B. les écoute ! Il y a Saddam débarqué, voire assassiné avec un guerre ruineuse de l’Irak (« axe du mal ») et de la « reconstruction » pas moins ruineuse. Et alors ? Le chaos total, prédisent certains. Ou bien, se sachant perdu, il se défend : bombes (biologiques) venus de ses dépôts clandestins et, plus inquiétant encore, capacité de « ré-actionner » des arme chimiques (bactériologiques) —il en usa, allié des USA durant la guerre à l’Iran, contre ses ennemis religieux— cachés, oui, cachés, entreposés, aux USA. Chaos « at home » ?
Tremblez mortels !
10-
Ma fenêtre. Le drapeau bin flaque. Pas de vent hélas. L’humidité règne. Hier, plein de cris sur les berge, des pédalos en grand nombre, et « le canot du dragueur » qui depuis 20 ans, sillonne le lac. Lui debout, ou à genoux parfois, avec, à son bord une jeune pouliche ramassée on ne sait trop où. Rituel qui nous amuse comme nous amuse cette jolie dame digne, raide dans son pédalo bleu poudre, au chapeau de paille 1900, qui passe et repasse, une fois par jour, à heure fixe, son « Devoir » sur les genoux, acheté au bout du lac, à un coin de rue de la plage municipale. Souvenirs : longtemps, à Ogunquit, durant 20 ans, chaque été, un zigue bizarre —sosie de Jack Lemon— s’amenait chaque midi, son filet sous le bras, son ballon sous l’autre. Il guettait, appelait des jeunes gens libres pour qu’une partie de ballon volant débute. Une vraie curiosité. Aile et moi toujours fascinés par son manège chaque été. Sa casquette sur l’œil, son maillot de bain bien ajusté, on le vouait tout heureux quand, au bout de vingt minutes, il parvenait à former deux équipes de jeunes joueurs. Pas un seul été, le Jack n’apparut pas. Étrange loisir, non ?
Hier, je dis à Laurent —et c’était vrai— que je venais de voir une drôle de bestiole entre deux eaux. Sorte de (trop) longue grenouille, immense bebitte inconnue de moi. Il rit. Je lui dis : tu pourrais filmer ça, tiens, tu aimes les caméras. Titre : « le monstre du Lac Rond ». Scénario de papi : on voit la plage municipale, mon Laurent : un gars et une fille, sa blonde, nagent. soleil aveuglant. Rires. Ballons. Sauveteur qui roupille sous son parasol dans sa chaise-haute. Vu ? Soudain, qui sort de l’eau, une tête monstrueuse surgit de l’onde ! Cris. Panique ! Témoignages contradictoires. Plus tard, crépuscule et farces pour se rassurer. Un comique ? Un homme-grenouille aimant les attrapes ?
Une semaine passe. Autre séquence :plage du Chantecler, en face. Jeunes touristes chassant les rainettes à l’ouest de la plage. Encore une fois, stupeur, cris de panique : au large, cette tête effrayante, serpent, poisson inconnu. Monstre survivant aux chutes des moraines quand, ici, dévalaient les plus vieille pierres du monde connu, celles de ce bouclier laurentien. Le temps des glaciers qui fondaient. De la grande Mer Champlain quand on ne voyait que le mont Royal et les hautes cimes des Laurentides. Des vieux en débattent, ce soir-là, autour d’un feu de camp.
Une semaine passe encore. Des reporters sont venus. De partout. En vain. Un bon matin. Nos deux jeunes héros, à l’aube, avec des filets, vont aux ouaouarons, ceux du marais deltaïque, petit site protégé à la charge du lac. De nouveau, proche du rivage la bête… apocalyptienne ! Un des héros sort du canot, criant, se sauve dans le boisé. L’autre reste dans son canot. Le fuyard, essouflé, raconte à ses parents. On part, en groupe, un à sa carabine, vers le marais aux nénuphars. Plus rien. Le calme. Le canot renversé…
« Pis ? Pis ?, me dit Laurent. Moi : « Ah, faudrait rédiger toute l’histoire, tu vois ça, un conte pour tous. Tout simple. Juste pour nous amuser, ilustrer la paix, la beauté de l’été ici et… soudain la bébite… qu’il faudrait confectionner, à l’épreuve de l’eau ». Laurent ne dit plus rien, il regarde ailleurs, il doit se souvenir de toutes mes histoires quand il était un petit garçon. Il est maintenant plus grand que moi. Se dit-il : papi change pas. Il cherche à inventer des fables encore.
N’empêche que je me demande encore ce qu’était cette créature, vue hier, sous notre saule aux longues branches dans l’eau, cette longue bestiole aux pattes palmées…Je ne me raconte pas d’histoires ?

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