Le jeudi 15 août 2002

1-
Je dois avoir des palmes qui me poussent un peu partout. Que de séjours dans l’eau du lac ! Caniculaire, cette mi-août, vraiment suante. Humidex (cher facteur) régnait. Hier, tard, une rareté : de la pluie ! Ce matin. Un peu de fraîcheur dans l’air. Halte. Allez au journal enfin. Monceaux vastes de nuages au ciel, mais ça pourrait continuer la caniculade car le soleil se débat pour s’installer. À la cave-atelier, mes poils de chameau sur bâtonnets sèchent. Ma dernière série d’essais : hum, pas bien fort hélas. Douter de ses talents…sans cesse balancer entre un art illustratif commun et des audaces… Pas assez fréquemment. Il y a ce problème : disons que je veux montrer un laitier d’antan avec sa voiture à cheval, ou bien le vendeur de frites avec son sifflet-cheminée sur le toit de sa camionnette : ou bien je m’efforce de faire réaliste ou bien je tente de seulement offrir une image stylisée de ces bonshommes.
Balance maudite entre deux manières de peindre. N’étant pas un habile technicien du dessin, je rate souvent l’image « instructive », si je me tourne vers disons… un impressionnisme fou, c’est parfois sans définition captivante. Balance maudite. Bon, j’y arriverai à ce compromis des deux façons que je cherche fébrilement. Le temps presse maintenant… Brrr !
L’amie Josée —comme devenue la fille adoptive d’Aile— retournait à son boulot de scripte à la SRC ce matin. Quatre jours à écouter les badinages des deux filles. Aile passait 39 ans de sa vie dans l’Institution vénérable, elle y est fortement attachée. Forcément. Est très inquiète des orientations de son cher, très cher, alma-mater. Je trouve cela :touchant. Je n’ai pas cette dévotion. Mon existence —de 1956 à 1985— a fait que la télé n’était qu’une de mes occupations (journalisme, scénariste, romancier, etc.).
2-
Hier matin, départ à trois pour le Lac Tremblant. Une heure sur la route. Un quai. Un bateau vitré. Excursion autour de ce grand lac. Agréable. Fraîcheur sur l’onde. Le pilote décrit dans son micro les riches pavillons, raconte ensuite les débuts du site —aussi le temps des Abénakis— devenu fort populaire depuis ce pionnier visionnaire, l’Étatsunien Ryan, au début du 20 ième siècle. Un gamin, Gabriel, me captive —qui traîne dans mes parages. « J’irai à la vraie école maintenant » ! Questionnaire usuel pour l’entendre formuler des réponses d’une candeur formidable. Mon grand bonheur. Aile et Josée s’amusent des réparties naïves de cet ange-Gabriel bien bavard. L’interviewer malin en oublie de regarder les horizons décrits. À Saint-Jovite —où Josée passa tant d’étés— lunch aux « hot-dogs-frites », et trop de vinaigre… Le régal occasionnel chez nous trois.
« Happy hour » les pieds dans l’eau en fin d’après-midi. Nicole S., venue du voisinage, et sa camarade Danielle M., —pédalo bleu— accostaient chez nous. De nouveau potins et échos variés sur la SRC où les deux jeunes femmes blondes bossent toujours. Bière, limonade et… cerises de France. Malgré le grand saule, besoin de se tremper sans cesse. Je pense aux ouvriers dans les usines en ville. Aux malades, aux vieillards….Ouash ! Souper à trois sur la galerie —en été, on y prend tous nos repas— il est 22h. Aile : « Mon Dieu, les nouvelles » ! Un moment sacré pour elle, moi je préfère lire les actualités dans le journal. La poupée Barbie » —Véronique Mayrand— surgit chez Bureau au si beau bureau. Mignardeuse, « blondinette » de cinéma amerloque, babines bouffies, yeux pétillants :les prévisions de la météo.
3-
J’ai vite rejeté trois livres. Déceptions. Mauvais choix à la biblio locale. Thierry Séchan a consacré un lexique —dico rapide— à son fameux frérot, le chanteur Renaud. Platitudes. Un vain dictionnaire où l’hagiographie de cet « alcoo repenti » se répand. Prose flagorneuse et ennuyeuse. Intimités calculées. Autre ineptie : une vie de « César » (c’est le titre d’un tryptique) m’a vite déplu. L’horreur de ces biographies romancées. Comme si l’auteur avait noté les propos (même anodins) du grand vainqueur des Gaules. Rejeté. Et vite ! Puis j’ouvre un tome sur les Résistants aux nazis par Max Gallo. Ouash !Là aussi, plein de ces dialogues-bidon. Gallo qui fit du maquis durant la guerre installe, aux cotés des chefs connus, des héros romantiques. Imposture ? Pas vraiment. Un roman-roman raccroché à des fait réels. Incapable de lire ce mélange de fiction et histoire. Incapable.
De cette incapacité mon ennui fréquent en lisant le Bouchard (« Mistouk ») et le Germain (« Le château »). Ou encore ce « Un dimanche à la piscine à Kigali » de Courtemanche. Je préfèrerais un vrai livre d’histoire. Mauvais pour le palmarès-livres. Arlequin veille partout quoi !Tant pis pour moi. On me répète que le… procédé fonctionne bien et que cette sorte de « mélange » trouve un gros lectorat. Pourtant si, un jour, je réalise ce bouquin —qui me taraude— sur la Jasminerie de 1715 à aujourd’hui, il faudra bien que j’invente puisque je ne sais rien de mes ancêtres lointains. Bon, je ne ferai probablement jamais ce livre « historique ».
4-
Mardi soir, location du film : « Sans issue ». Le fils d’un médecin de village au Maine, étudiant en architecture, s’est amouraché d’une jolie femme, son aînée, séparée et qui a deux enfants. L’ex-mari rôde, menace. C’et un caractériel dangereux. Il va tuer ce rival honni. Le film raconte alors le désespoir des parents. Sissi Spacek joue excellemment la mère inconsolable. Le père, pas moins effondré, décide d’un plan de mort…Todd Field a réalisé un fort bon portrait d’une famille dévastée par la mort du seul continuateur de la lignée, assassiné par un batteur de femmes—fils d’un important proprio de conserverie— qui allait s’en tirer avec un petit cinq ans de prison… et encore. Histoire bien connue n’est-ce pas ? Terrible histoire.
J’ai donc sauté des passages (les bluettes inventées) du Bouchard et du Germain mais j’ai aimé leurs chapitres vraiment « historiques ». J’y ai glané avec joie les éphémérides et aussi des faits vrais et importants semés ici et là. Par exemple ce Ian Fleming (« James Bond ») au Château Frontenac, la visite du Hitchcock, de Churchill et Rosevelt, etc. Hélas, faits exploités ailleurs maintes fois !
Comme Gérard Bouchard, George-Hébert Germain fait entrer dans sa saga des personnages de fiction archi-connus, étrange amalgame, non ? Est-ce permis ? Rita Toulouse, le Guillaume Ploufffe, au Frontenac ! « Le survenant » ou la Maria Chapedelaine à « Mistouk » ? Et pas de permission à demander à madame Guêvremont ou à Roger Lemelin ? Ils sont morts mais les « ayant droit » ? ! Je n’oserais jamais faire de ces emprunts. Comme c’est faux, le livre alors me tombe des mains.
5-
RDI —« tu pense qu’on s’en aperçoit pas ?— est une machine de propagande fédéraliste fort active. Ce réseau doit faire saliver de joie les adversaires du pays québécois. Sans cesse, RDI nous impose des « petites » nouvelles des neuf autre provinces. Il peut bien y avoir un incident de taille, pas loin, en Nouvelle-Angleterre, silence total! Mandat « fédérat » oblige. On nous arrose d’éphémérides d’une insignifiance rare se déroulant à Saskaton, à Calgary ou à Edmunston. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas, les sires stipendiés de RDI, filiale de Radio-Canada » ? Certes, ces vils mercenaires, chefs des « pupitres biaisés », doivent gagner la vie… en couvrant la maudite confédération —qui n’en est pas une. Sheila Flag et Stéphane Aubépine, intéressés, se frottent les mains de satisfaction se disant : « peu à peu le public (innocent) de RDI finira par se captiver pour ces pays lointains de l’ouest. L’état du Maine, le Vermont, le New-Hampshire, l’État de New-York —à nos portes— c’est inexistant, inintéressant, c’est PAS le Canada ! RDI : un scandale. RDI :une imposture ! RDI : une fumisterie. RDI : manipulation « soviétique » par de fieffés propagandistes. Lavage de cerveaux québécois… quoi.
6-
Récréation ? Voici un moment de pur divertissement. Il sera permis de rire de moi, ça fait du bien à l’égo fat. J’ai lu d’une frippe —mince brochure qui se lit vite— les « Bonbons assortis » de Michel Tremblay. Pas aussi fort que mon « Enfant de Villeray », ça en manque ! Dramaturge avant tout (?) il se croit obligé d’émailler ces récits —souvenirs d’enfance— de « dialoguite ». Pas toujours bien consistants tous ces échanges de « répliques » parfois laborieuses. Mais, surdoué en la matière, expérimenté, on trouvera une bonne douzaine de « lines », pour parler USA. C’est peu. Pus grave, on sent le Tremblay devenu adulte, veillant au dessus de papa et de maman. Plutôt « pas plausible ». Par seul exemple, cette maman qui bafoue les enseignements religieux de ce temps, nargue les enseignants cathos de sp petit garçon candide (les Chinois à acheter). Se montre d’un farouche anticléricalisme. À moins que —après tout, on ne sait jamais— maman Tremblay —adoré de ce benjamin qui veut une poupée comme cadeau de Noël— fut une femme absolument hors du commun. Ayons des doutes ! Farci de tant de dialogues, mon « Enfant de Villeray » se gonflerait de ses 400 pages à 800, ma foi !
J’aurais pu me taire, n’est-ce pas ?, éviter surtout la comparaison mais on sait ma franchise —mon bonheur— de pas faire comme les prudents petits camarades !
« Bonbons assortis » n’est pas un petit livre ennuyeux, loin de là, mais on y trouvera pas la « vérité vraie », celle d’un enfant qui se souvient très franchement, qui raconte crûment —mis dans la peau du gamin qu’il fut. Ce merveilleux, ce fantastique brillant papa, par seul autre exemple, qui, très intelligemment, pédadogue rare, fait comprendre au fiston que le « Teddy bear » sera un complice important relève de l’auteur-adulte qui fait parler un père « imaginaire».
7-
Dimanche matin, on sort les vélos. Tôt. Du vent dans les branches des mélèzes, si beaux, sur le « Petit train du Nord ». Je chantonne en pédalant, cela me vient automatiquement. Déjà, dimanche matin, tout un carnaval vélocipédalant –petits vieux, enfants la langue sortie, dames accortes, athlètes rigoureux, grosses patapoufs suantes, minces alertes— troupe de vaillants pédaleurs dont je serais le « vieux fou chantant ».
Au retour, tenter de traverser —la diagonale du fou-des-gazettes— tous ces journaux « en retard ». Le député Lebel en querelle avec son Bloc pour avoir chicané raidement les accords-Landry avec les Montagnais. Son « chef » ? Rien qu’un ancien marxiste-léniniste », dit-il. Lebel parle du chef Gilles Duceppe le moins charismatique des cheufs. Cette façon d’exhiber l’adolescence « communiste » d’un leader me paraît d’un minable… Sharon-Arafat : prise 10, prise de mort annoncée.
Samedi matin, « La Presse », Marek Halter en entrevue. J’observe ce collègue depuis longtemps. Il intrigue. Souvent, je l’ai vu, rigolard, flegmatique, « clown » aussi. Un bouffon utile ? Ce juif de Pologne fit les beaux-arts d’abord. Et puis, exilé à Paris, étudia le mime avec le célèbre Marcel Marceau. Mystère :il est invité en « artiste résident » à la célèbre université, Harvard ! Soudain, il publie « La mémoire d’Abraham », le succès immédiat. Total. Une suite vient : « Les fils d’Abraham ». Un tome 2 quoi. Faut-il toujours exploiter un bon filon ?
Désormais bien coté en littérature mémorialiste, Marek Halter foncera. Plein de culot, il ira confesser et Arafat et Sharon. Des articles savoureux en sortiront. Ainsi il tente de jouer le « go betheen », le négociateur hors-normes. À la fin de l’entrevue : « Imaginez Arafat —je le lui ai suggéré— en saint Paul parlant aux Hébreux. « Je ne veux pas votre mort ni votre destruction. Je vous aime » ! Cela, dit Halter, lui gagnerait tous les nombreux (?) pacifistes d’Israël. Il ajoute : « J’ai conseillé à Sharon de parler de la même façon. « Un mensonge rendu public engage à jamais, conclue-t-il ». Ouais !Ouen !
L’eau monte à Prague. Et ailleurs aussi. Je cherche des lumières dans les « lettres ouvertes », c’est immanquable. Il y en a souvent. Vox populi… Aussi, des militants déguisés qui rédactionnent –sans aucun esprit libre— à partir des bureaux de leur parti politique. Pouah ! Au courrier : le Salon du livre de Rimouski me marque des dates. Bien. C’est noté. Mis à la gueule de la « petite main de cuivre » près des armoires de la cuisine. Aile consultera souvent et me préviendra, moi, le distrait.
8-
Vu samedi soir, « L’attentat » un bon film d’Yves Boisset. Sorte de jumeau d’un film de Costa-Gravas, genre « Z », ou « L’aveu ». Histoire inventée même si on songe beaucoup à l’enlèvement, en France, à Paris, du leader gauchiste marocain Ben Barqua. Ce fut aussi un film. C’est Morricone qui a fait la musique de « L’attentat » et l’on reconnaît son « lyrage » à l’harmonica, trade mark des étonnants films western de Leone. Étrange de voir l’ORTF (Radio-Canada de France jadis) collaborer à une sordide affaire politique, cela, avec le monde diplomatique du quai d’Orsay et la direction de la police française. Plausible ? Oh oui, hélas. Toutes ces ramifications bien reliées avec Washington et la CIA. Le mythomane cinéaste, Oliver Stone, en Europe, jouirait de tant de grands complots… et réels ceux-ci.
Lu : avoir une fille du type « tomboy » n’inquiète pas les pères, mais avoir un gars efféminé, délicat, cela, oh oui ! les inquiète beaucoup ! Vérité.
Lu : Le lesbianisme. La sortie du placard des athlètes. Via le tennis, c’est plus facile, car c’est un sport individuel. De solitude. Chez les sports d’équipe, il en va tout autrement. Il y a tous les autres autour.
Vu : À « Inside actors studio », Billy Christal (animateur fréquent aux Oscars). Surprise pour Aile et moi —pas bien américanisés— de découvrir qu’il erst un comédien aussi, et bon. Coté. C’est Jeff Wurzz qui réalise cette excellente série de télé regardée à ARTV. Vivant ave Aile, on comprendra que j’ai le besoin de nommer les réalisateurs. Si souvent, les commentateurs (de télé) omettent de le faire. Injustice.
Avec Depardieu en fier Jean Valjean —de Victor Hugo— on a regardé la première de cette série (à 40 millions $ de frais). L’acteur fameux, Marcovitch, brillant en policier acharné, Jalbert. « Les misérables » : quel mélodrame ! Sniff, sniff, Fanzine (Charlotte Gainsbourg) en jeune putain malade pour payer la pension de sa fillette Cosette chez les vilains Thénardier… Sniff, sniff… Que de grosses ficelles ! Que de « deus ex machina » ! Quelle sauce édifiante ! Moralisatrice souvent, ne pas craindre de le dire. Avoir la conviction pour qu’un ouvrage du genre soit « éternel » de ne pas craindre d’y brasser —à gros bouillons— les sentiments humains les plus éculés, les plus primaires. Hugo a osé. Il s’attirait ainsi des « Hugo hélas » à la André Gide mais… Mais ses histoires durent au gaillard à la plume abondante. Je pourrais pas, jamais. « Ah tu peux pas hein ? Bien, reste dans ta houache avec tes petits tirages, grand zazais puriste ! Et vlan à moi-même !
9-
Dans les gazettes, et cela depuis quelques jours, que de cris de protestation face aux « spots commerciaux », ça remue enfin dans les tribunes publiques. Je ne me sens moins seul. Les maudites pubs ! Cette plaie. Ce matin, une enquête révèle que TVA va parfois jusqu’à « 16 minutes l’heure » en réclame bruyante, à la SR, pour « La vie, la vie » ce sera 14, le permis du « 12 minutes à l’heure » (ce qui est trois fois trois) est bafoué. Pollution visuelle crasse sure tous les canaux. Et on apprend que l’auto-publicité n’est pas compté selon les critères de ce satané mollasson de CRTC. Non mais…
Fou, je dis à elle : « si on enregistrait tout une journée d’avance, on regarderait cela chaque lendemain —le nouvelles de la veille !— en faisant vite défiler les maudites pubs, non ? » Elle rit. Aile est moqueuse. C’est que j’en peux plus. Combien sommes-nous ? Mettre les pubs avant et à la fin d’une émission, jamais durant… Est-ce si impossible à demander ? Formerons-nous un jour une chaîne de solidarité mondiale ? Karl Jasmin dit : « Téléregardeurs du monde entier unissons-nous !
Jeudi dernier, retour de fête chez Dube et dodo Chemin Bates, au matin : le trou. L’horreur. Derrière notre pied-à-terre, un Monsieur Paquin installe les fondations du futur bloc de condos. C’est parti. Lettre « enregistrée » et obligation d’aller faire la queue à la poste rue Van Horne. Contenu : « Soyez prévenus, dit le bonhomme Paquin, va y avoir dynamitage ! » Merci. Filer au lac. Et tous ceux qui restent en ville ? Eh !
10-
Samedi, visite du clan-Boucher avec « le général » Pierre et son fils « le colonel » Claude, le prof Jacques, les épouses… et le chien géant ! Un énorme labrador noir qui nage comme un infirme ! On a bien ri, bien mangé, il faisait si beau. J’aime voir Aile questionnant ses deux frérots avec tendresse.
Le dire : il y a dans la saga du Lac Saint-Jean de Bouchard (« Mistouk ») des moments vraiment comiques parmi tant d’épreuves accablantes. Formidables passages. Des « veilleux » drolatiques. Farcesques. Des curés (avec un aspirant-archevêque à Roberval) inouïs. Des amérindiens (de Pointe-Bleue) émouvants. Un tas de scènes pittoresques. Son Alexis-le-trotteur est brossé avec fougue. Bouchard est aussi un homme de sciences sociales et cela lui a fait installer de vastes pans ethnologiques savoureux et utiles pour la mémoire de ses gens. Son héros, le beau, le parfait Roméo Tremblay, nous amène aux Etats-Unis fréquemment et nous fait voir l’exilé volontaire de jadis avec beaucoup de réalisme.
J’ai songé souvent en le lisant à la saga des Molson, lue récemment :deux mondes. Mêmes époques. Le richard brasseur prospère et les défricheurs, là-haut, dans la marde !
11-
Vendredi, nouvelles tentatives aux pinceaux : l’embaumeur M.Cloutier, le directeur de funérailles M.Turcotte, le bossu « Quasimodo », gardien de la patinoire publique, le buandier chinois… Pas fort, fort. Je me décourage pas. Reprendre ces thèmes, sans cesse….
Un projet me hante : une jeune fille et son papa qui est quitté par l’épouse volage…Il l’expédie en mission (en repérage !) sur la Côte Nord. Voir s’il pourrait pas y refaire sa vie de vétérinaire. Un besoin d’air pur, d’éloignement surtout. La beauté blonde s’amourache vite d’un rastaquouère séduisant, noir de poil, agitateur amérindien qui quitte, lui, le taxi, pour se réinstaller à Havre Saint-Pierre.
Bref, ce serait une adaptation pour la télé de mon roman, « Papa-papinachoix » publié en 2000. Suis-je fou ? Quoi ? On me dit si souvent que l’on souhaite —Téléfilm et cie— projeter un peu de lumière sur « les régions ». Mon projet aurait donc de bonnes chances d’être accepté. Quand montre-t-on ce vaste « pays d’en haut » ? Jamais. Cet été-là, nous avions tant aimé, Aile et moi, ce long littoral qui va de Tadoussac à Pointe-Parent —une réserve— tout au bout de la 138.
Suis-je fou, mon album même pas achevé… !
Aile a terminé « Les voleurs de beauté » de Pascal Bruckner. Des riches oisifs Kidnappent de belles jeunes fille, l;es enferment dans leur manoir. Aile : « C’est fou, c’est terrible, c’est tordu ! T’aimerais pas trop… » Elle me connaît. Je ne le lirai pas.
Le Bruckner, m’explique Aile, installe son roman à partir d’une idée. C’est un philosophe (nouveau !). Moi, jamais, je n’ai rédigé un roman via le monde des idées. Jamais. Je trouvais un personnage,. Une situation et je me jetais à l’eau. Je me racontais une histoire. Sans plan aucun. Je traquais la vie seulement. Je prends conscience qu’il y avait toujours la mort. Existe-il un autre sujet important au fond ? « Et puis tout est silence », mort annoncée de mon jeune héros. « La corde au cou », mort de la jeune maîtresse infidèle. « Délivrez-nous du mal », assassinat de l’homosexuel trompeur. « Éthel et le terroriste », mort par bombe du FLQ. « Pleure pas Germaine », mort de Rolande charcutée par une avorteuse. Je ne continue pas.
La mort. Raison de notre bonheur, être vivant, rester en vie. Quand, autour, meurent tant d’autres. Davantage avec les ans. Ma peine.
12-
Je suis renversé samedi matin, j’échappe de mon café quand l’amie Josée me lit —chronique nécrologique de « La presse » : « Est décédé F.-X. Renaud, 20 ans, dû à une complication résultant du départ de son âme sœur (!). Il laisse dans le deuil son amour éternel, melle C. Morel, ses deux enfants à venir (!), Gabriel et Mara … aussi « une foule innombrable de connaissances » (!). «Obsessionnel et grand utopique, il laissera en mémoire une personnalité grandiose (!) et romanesque ainsi que sa citation préférée : « Pour un guerrier, il n’existe pas d’amour impossible ».F.O.D. Non mais…
Lu sur David Lynch : « Je ne lis pas les journaux et ne regarde jamais la télé ». Eh bin ! « Assis, je rêve attendant d’attraper des idées. C’est comme aller à la pêche : des jours à rien prendre, l’hameçon est toujours là, un jour ça mord ». Non mais…
On imagine un acteur tout ordinaire et Beaunoyer nous raconte Marcel Lebœuf qui a une agence de bus (« Pause café »), une terre à en plus finir où il réinstalle le chêne, une chronique (dans « La Tribune »), de la radio, son théâtre d’été (à Kingsey Falls), qu’il donne des conférences dans les Bois-Francs (sur la gestion d’entreprise !). Enfin, Lebœuf est allé, à pied, 500 km, un mois, faire le célèbre pèlerinage à Compostelle, en Espagne. Il va jouer dans « Virginie », travaille à un « one-man show », sera à l’Olympia pour reprendre « Ladies night », et, dit-il, il a d’autres projets en marche ! Bon, me voilà rassuré, il y a plus compulsif et projeteur que moi. Ouf !
13-
Ce matin, bonheur ! Bérubé de La Presse nous parle du p’tit magasin de mon enfance, rue De Catelnau, « Chez Donat ». Là où j’allais pour des chapeaux de papa — à faire « bloquer »— pour le cirage de chaussures plus tard. On peut y aller voir, métro-Jean-Talon, c’est une toute petite boutique qui est toujours là, coin Berri. André a pris la relève de « papa Caldanori ». Demandez à André de voir les vieux moules en bois de pin du temps que les hommes portaient des chapeaux variés. Il les a gardé.
Lu : un Jésus aux femmes ! Un archevêque venu d’Argentine, Romulo Braschi, 60 ans, a ordonné à la prêtrise sept femmes au début du mois. Braschi, archevêque emprisonné et torturé en « Argentine des colonels », accuse l’église de Rome de « connivence » avec les bourreaux du temps. Il a donc pris ses distances avec le Vatican depuis et a fondé sa secte ( 13,000 membres) à Berlin. Le Saint-Siège ne reconnaît pas la patente de son évêque ! Faut-il le souligner.
14-
Je sors d’une lecture très étonnante. Histoire vraie. Un petit garçon chétif, à lunettes, découvre l’ordinateur (un vieux Commodore) sur les genoux de son pépé à Helsinski en Finlande. Le petit Linus Torvalds a cinq ans ! Fort en maths, il sera prof à l’université. En électronique bien entendu. Là, il va inventé (améliorant un système hollandais, Unix ) son Microsoft bien à lui. Va-t-il devenir comme Bill Gates multimilliardaire ? Non. Tenez-vous bien :il donne son invention. Il l’installe sur Internet et invite tous les internautes du monde entier à y ajouter des trucs, à améliorer son invention. Une seule loi : que ce soit toujours gratuit. Un club naît. Ils seront d’abord des milliers. Ils sont vingt-cinq millions désormais. Le système se nomme Linux. Emblème :un pingouin aux pattes et au bec orangé.
Fabuleuse histoire non ? J’ai passé les chapitres techniques. Il en reste, avec ce « Il était une fois Linux » (éditeur OEM) un récit incroyable. Torvalds s’exilera en Californie (Silicone Valley) où on l’invitait à organiser des applications technologiques à partir de ses découvertes. Il est devenu très riche et très célèbre dans ce domaine. Grosse maison, char luxueux, le fameux rival de Gates-le-monopolisateur, Crésus honni (et maintenant formellement accusé ) narre son parcours peu commun à David Diamond, journaliste californien spécialisé.
Linus Torvalds, génie reconnu, affirme péremptoirement que « les idéalistes sont assommants, angoissants » et qu’il n’a aucun respect pour eux. Imaginez mon étonnement ! Encore ? Qu’il n’y a que trois étapes dans la vie : la survie (niveau primaire de l’existence) l’organisation du social (niveau secondaire) et puis quoi ? Le divertissement. Tout mais absolument tout conduirait à cela : le divertissement. Même la guerre ? « Oui. CNN, c’est quoi ? C’est la guerre comme divertissement » dit-il. Parlez-moi d’une âme joyeuse ! Je me suis sondé —on a confiance aux génies— ce Torvalds n’a ni morale, ni éthique, ni « bobo » de conscience. Il est mon contraire ? Il proclame qu’il faut et sans se questionner faire confiance au progrès. Que même la manipulation de gênes, le clonage, tout quoi, toute découverte, innovation, doit être encouragées, mieux que tolérés ! Pour ce petit ex-gamin barnicleux, matheux, assis sur les genoux du grand-père… ce Linus Torvalds « seul le progrès technique est la bonne solution. À tout. En avant et silence les dissidents.
L’intelligence artificielle pourrait–elle dépasser celle des humains ? Pis ça dit Tirevalds ! S’en fout le Linus de Linux. Il répond : « aucune importance, on fera avec ». Ah oui, j’ai réfléchi et je suis encore à l’état de choc, sonné. S’il avait raison… Un livre séditieux en diable ce « Il était une fois Linux ».
Mon Marlou-Marleau se repointe. Joie. Mon dessin d’un regrattier de ruelle l’a stimulé et il s’est souvenu d’un merle graphiste, lui. En 1974, il mijotait dans de l’option arts plastiques. Iconoclaste, il ose rapprocher Sœur Madeleine Gagnon du…démon, disant qu’elle a parlé à Belzébuth le jour où elle me fit venir dans son antre de charité. Hon !
Autre abonné du journal, G.Tod. Cette fois, il me gronde. Avec raison. Oui, je suis candide. « Bienheureux les creux… », sermonnait le plus grand des prophètes, Jésus, le Galiléen. Il dit que « langue comme religion » servent à diviser les braves gens ! Bin… Non mais…un instant Tod ! Je le suis bin mal, l’escogriffe ! Il enrage cependant, avec raison, quand il se baguenaude dans nos terres, de voir tant de nos habitants souitcher illico à l’english dès qu’il l’ouvre. Je fais cela souvent. Avec les touristes des USA ou de l’Ontario. Je ne parle plus un traître mot de
La langue de Shakespeare seulement avec nos —racistes— anglophones nés ici, au Québec. Me comprendra-t-il ? Il se moque de la « capitale mondiale de la poésie » à Trois-Rivières, une fois l’an. Je lui donne raison ici. Une farce. Qui ne nuit à personne, remarquez, mais qui entretient des illusions.
Manon A. se rapproche. Il y aura un coup de fil. On ira vider un gobelet de houblon sans doute, samedi midi … Elle me dit qu’elle me fera signer son exemplaire de « La petite… chose ». Sans les illustrations —à venir. « Bin sûr », dirait Victor-le-Matamore, celui de « 3 pistaches » qui écrit sur Louis-le-matamore-Cyr.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *