Le vendredi 16 août 2002

1-
Temps de grisaille comme hier. Humidité lourde. Avec, youpi, du vent dans les branches des érables. Content au fond. Irai à mes aquarelles tantôt. Projets : une pelle « à stime » et le rouleau à vapeur. Monstre pour l’enfant tout de même émerveillé. Ai fait appel à Lanctôt pour le sonder voyant la tiédeur chez Sogides pour mon projet d’un album illustré de La petite patrie. Sa réponse : « non, ai pas les moyens, va voir Marcel Broquet….» Ouen. Il y a aussi ART GLOBAL, rue Laurier. Souhaite que les Graveline et Soucy (Sogides-Ville-Marie-Typo) embarquent vraiment dans le « oui à l’album ».
Ce rouleau à vapeur… il me vient d’un vif souvenir. Il figurait, imposant, gigantesque, dans une illustration d’un tome de « L’Encyclopédie de la jeunesse », seuls livres chez moi quand j’avais 10 ans. Je contemplais longuement cette image fascinante. Je me rappelle encore de cette Françoise Faucher (pour « Biblios-jeunesse ») encore émue et qui examinait les illustrations laborieuses d’un livre des contes de Grimm. Je songe à mes illustrations joyeuses, légères, si claires, dépouillées, pour l’album projeté, bien éloignées de ces gravures fouillées, pleines de mystères, d’ombres maléfiques. Devrais-je, comme jadis, tout reprendre, faire des dessins mystérieux, avec des détails partout ? L’enfant (l’adulte aussi !) rêve-t-il davantage en voyant de ces illustrations complexes, sombres, aux signaux touffus. Mon Dieu… quoi faire ? Bof ! Non. Le paresseux dit : autre temps autre manière d’illustrer.
2-
Hier soir, la comédienne étonnante Catherine Frot chez Rapp à « Les feux de la rampe. Canal Artv. Belle heure. Comment se fait-il qu’aucune chronique-télé ne daigne annoncer (à « Choix d’émissons ») cette série qui est riche le plus souvent ? Connerie, non ? Hier parlant de Linus Torvalds enfant, j’ai mis « barnicleux ». Frot disait hier : une binoclarde. On dira donc pour Harry Potter :un binoclard. J’aime bien. Elle a dit pour son rôle de « nounoune » dans « Un air de famille » —formidable film et fameux rôle pour elle— j’avais un personnage « nunuchoix ». De nunuche. De nounoune aussi ? J’aime les mots d’argot. De partout.
On parle du Ghislain Lebel, frais démissionnaire du Bloc, comme d’un « imprévisible » aux actualités. J’ai bien senti le péjoratif du terme. Pourtant, j’aime tant rester « imprévisible », le qualificatif qu’Aile me colle bien souvent. Ah oui, surprendre, me pointer (en paroles ou en actes) là où on ne m’attendait pas :ma joie. Les bénis-oui-oui des pouvoirs occultes, discrets et calculateurs diront : « Un canon lousse ». Qu’ils aillent au diable ! Craindre tant les préjugés, les classeurs, les étiqueteurs. Faire mentir les catalogueurs à mon sujet. Les dérouter. Ne jamais me laisser enfermer. Surprendre sans cesse.
3-
Hier, Daniel, mon fils « unique », en brève visite. Il avait laissé ses deux garçons dans les cascades d’eau de Saint-Sauveur et est allé, seul, en vélo, rôder dans les chemins vicinaux de Val David et de Val Morin. Il est en pleine forme, fait plaisir à voir, bronzé, beau comme un dieu (le papa parle). Comme il l’exige, il est monté à ma chambre à écrire pour examiner l’ordi du paternel. Il a rectifié des « polices » Il m’aide, lui, mon initiateur électronique (malgré moi, au début !).
Parti reprendre ses deux baigneurs, Aile me dit : « Ton gars me fait penser parfois à ton père, Édouard :indépendant d’esprit, un peu sauvage, un peu secret, farouche individualiste ». Vrai ? Je me suis souvenu de papa disant : « Germaine, la paix, j’irai pas travailler à l’extérieur, oublie ça, je n’ai personne au-dessus de ma tête, je suis libre, mon propre patron dans mon restaurant. » Au dessus de sa tête il y avait pourtant ma mère-boss… et comment ? Comme papa, je n’ai jamais voulu avoir de patron juché sur mes épaules. Trente années scénographe de variétés, j’étais le « boss » de mes pontes. Daniel, l’ex-prof et journaliste, créateur de jeux de société, est donc —comme son grand-père et son père— son propre patron. Il travaille à « Bagou-2 » et a un projet nouveau en marche : « Top Secret ». Un jeu de société inédit où les joueurs fonceront dans… aveux et confidences. « Mais là, avec ces chaleurs, je travaille au ralenti », nous a-t-il avoué en rigolant.
Hier aux nouvelles, la reporter Michelle Levasseur « aux inondations ». Accent tonique absent, débit de débile légère… Non, « pu capab » !
4-
Merci ô magnéto ! Nous avons visionné hier soir le Tremblay renversant d’ « En pièces détachées », fameuse réalisation de feu Paul Blouin. 1970. Cette pièce n’est pas construite aussi solidement que tant de Tremblay. Pourtant on y trouve de formidables, inoubliables, morceaux de bravoure. Tremblay a une oreille géniale. Absolument géniale pour avoir su si efficacement transcrire ce langage effrayant, celui des misérables d’un quartier populaire (avant que le Plateau se « gentrifie » !).
Hélas, il est devenu un demi-sourd, quelle cruelle ironie du sort ! J’en parle pas… mais je sais ce que c’est. Nous vivons comme en marge parfois. Chaque fois qu’il y a « groupe ». Devenons des isolés involontaires au milieu des autres quand ça jacasse en gang. Une souffrance, croyez-moi. Nous perdons la majorité des propos échangés. Nous captons des bribes. C’est plate, très plate. Handicapé, nous nous taisons. Le cours des échanges nous est souvent borborygmes. Douleur alors ! On fait semblant de comprendre. Orgueil ! On refuse de toujours faire répéter et alors on fait celui (celle) qui a tout saisi. Soudain, je fais « non » et je découvre qu’on attendait un « oui ».
J’ai vu souvent des interlocuteurs hésiter à poursuivre avec moi un propos…Ils se détournent et ça fait mal. Maudite vanité aussi ! Aile, sans cesse : « Claude, en groupe, tu dois vite dire aux gens que tu entends mal, qu’ils doivent te parler fort… » Je refuse. Saudit orgueil !
Hier soir, j’ai songé à « Rear window », son chaud décor, en découvrant ce voisinage de méchantes commères dans un fond de cour du « En pièces détachées ». À la fin, j’ai songé —l’ambulance qui va amener à l’asile Marcel-le-fou— à la conclusion similaire dans « Un tramway nommé Désir » de Williams qui influençait tous les auteurs comme Dubé fut influencé par le Miller de « Mort d’un commis voyageur ». La forte littérature étatsunienne est si proche de nous, Américains du Nord. Ma mère, snob bizarre, répétait que c’était —les gens du Plateau des années 40 et 50— du « monde très commun ». Notre « fond de cour » à nous, rue Saint-Denis, dans Villeray : on avait à gauche, mossieu Laroche, un savant prof, à droite le notaire Décarie, la famille du docteur Lemire —un médecin, pensez donc ! À un étage, le journaliste Provost (de Radiomonde). Eille chose ! Okay ? On rit pu ! La Germaine s’enflait la caboche, au téléphone, je l’entendais dire : « Viens nous rendre visite, chère, nous habitons le « boulevard » Saint-Denis ». Papa, « habitant », fils de fermier, ricanait. De l’épouse née à Pointe Saint-Charles.
Il y avait du vrai. Tremblay n’a pas illustré « les professionnels » du Plateau, il devait y en avoir. Il a illustré du « pôvr’monde » et, avec sa pièce, il a voulu raconter très courageusement la misère profonde, désespérante. La détresse accablante de son entourage. Ces colonisés (de partout). Ces bafoués de l’existence. Temblay a été extrêmement utile pour faire voir la gangrène morale effroyable qui rongeait les nôtres en majorité. Il alla bien plus loin que Gélinas et Dubé. Le choc terrifiant de sa dramaturgie des débuts a fait de lui « le » dramaturge et son talent immense de dramaturge l’a propulsé sur des tas de scènes étrangères puisque « la vie minée » se vit aussi à New-York comme à Londres, à Sydney comme à Berlin.
Ce « En pièces détachées », qu’on reverra encore c’est certain, était défendu par d’hallucinantes actrices : Hélène Loiselle en « mater dolorosa » au « joual » poignant, marmottages difficultueux, mots chétifs qu’elle s’arrachait d’une bouche tordue. Ah, quelle comédienne ! Luce Guilbeault, Thérèse, inoubliable grossière ouaitresse déchue… et tant d’autres. Cette fresque grotesque aux couleurs violemment saturées —comme d’un Georges Rouault égaré sur nos rives— assomme net. Le burlesque de cette famille québécoise avachie se haussait souvent au niveau de la tragédie classique avec un « fatum » comme fatal, inévitable. On a compris mon admiration pour ce Tremblay-là et je ne tente pas de corriger le tir pour ses « Bonbons assortis », d’une prose plutôt facile.
5-
Chez le maraîcher du coin de la Caisse Desjardins :achat ce matin de fraises. Comme pour obliger Aile à faire de la confiture nouvelle. Revenu, elle me tend un bol et un couteau : « Faut équeuter maintenant, vas-y ! » J’ai croisé, rue Valiquette (la Catherine du village !), Jean-Marie Léger, un « ancien » du Grasset. Il me semble un peu mal en point —me trompe-je ?— comme vieilli précocement, rapetissé, zézayant quelque peu : « Tu viendras à la fête chez la présidente (Ass. des écrivains laurentiens) Vincent, oui ? » J’ai dit « oui » mais… Je cotise à la SARTEC, à l’UDA, à L’UNEQ… alors ce groupement laurentien …quelle utilité ? Les Laurentides ne forment pas vraiment « une région », c’est la banlieue —à peine lointaine— de la métropole québécoise. Son vaste terrain de jeux et loisirs. Un parc d’amusement ?
Aile s’est remis à Marcel Proust. Je dis : « Bon courtage ! »
Avec « Les patriotes » de Max Gallo, je lis : « Ami, entends-tu \ Le vol noir des corbeaux…Ohé, les tueurs \ À la balle et au couteau \ Tuez vite…
Sifflez, compagnons \ Dans la nuit, la liberté \ Nous écoute… Au Saint-Denis comme au Château, à vingt ans, nous allions voir tous ces films illustrant les Résistants d’une France sous la botte hitlérienne. Ces histoires de saboteurs-Partisans clandestins me soulevaient, m’excitaient. Ce chant me bouleversait. Je tente encore en 2002 d’en mémoriser les paroles.
Séchan a titré l’hagiographie fraternelle (à Renaud) « Bouquin d’enfer », allusion à « Boucan d’enfer », une toune de son frérot célèbre. Toujours une sorte de gêne quand on voit « le frère ou la sœur » d’une notoriété s’accrocher en wagon… derrière.
6-
Pour en finir avec ce Linus Torvalds, le « généreux » Finlandais —Finlande où il n’y a pas que le célèbre portable « Norquia »— donateur de son système (Linux) devenu multi-millionnaire californien comme malgré lui (ouen !), papa de trois fillettes, avance que (attachons nos tuques ) « la race humaine lui importe moins que l’évolution ».
Tel quel !
Verbatim !
Ce technicien de haut calibre, un génie, se veut carrément un non-penseur. Forcément j’ai sursauté en lisant son dernier propos venant de publier « Pour l’argent et la gloire », lisez : « Soyons francs, tout le monde rêve d’être célèbre et riche. Jeune, je voulais devenir Einstein, en mieux ». Il dit que ce sont de fieffés hypocrites ceux qui parlent « du poids de la gloire ». Mensonge et louche condescendance, affirme Linus Torvalds qui, à la fin de son interview-livre, s’est acheté un immense manoir et une BMW du type « maxima ». Le gamin binoclard (je l’ai placé !) d’Heklsinski, le petit « fort en maths » ballotté entre mère et père (séparés) et les grands-parents semble un bienheureux exilé. Grand bien lui fasse.
Pourtant j’ai songé au fou « Docteur Folamour », un matheux fasciste … Combien sont-ils ces scientifiques qui ne s’encombrent jamais d’aucune moralité ? Einstein, tiens, n’est-il pas mort de regrets au sujet du « secret atomique » qu’il révélait dans une lettre au Président Truman et qui assassinera des centaines de milliers de civils japonais en 1945. Einstein, lui, avait de la conscience. Au collège on nous répétrait : « Science sans conscience… Je reste du côté humain des choses. Un vieux schnock ?
7-
Sans la radio de Radio-Canada aurions-nous de ces longues et éclairantes entrevues du matin —où Anne-Marie Dussault s’améliore sans cesse, je tiens à le dire— oui ou non ? Ce matin, la fille d’Andrée Lachapelle, Catherine Gadouas, une musicienne de nos scènes, raconte les horreurs d’être choisi sur un jury dans un gros procès (les Hells du sieur sinistre « Mom » ). Le « cirque » insupportable des avocats l’a complètement dégoûtée du système judiciaire. « Odieux et ruineux », dit-elle. Elle parle très franchement et ce fuit, ce matin, un plaisir fécond de l’entendre.
Ainsi, même importance, à la même émission de Dussault, Pauline Marois, ex-relationniste de Parizeau, qui a vu le « Bunker » (télé à venir) de Luc Dionne, lui aussi ex-relationniste de politiciens (!). Marois en est sortie insultée, dégoûtée, scandalisée. Elle en éprouve « un vrai haut-le-cœur » dit-elle. « Toute la classe politique est jetée dans un même sac ». Un sac d’ordures, apparemment. Ce « Bunker » dionnesque : « reçu comme une gifle », dit Marois. On a lu les textes chez Téléfilm, chez le producteur, chez l’acheteur-diffuseur. Un tas d’imbéciles ? Un paquet d’innocents ? Matois exagère ? On verra bien.
Il y a un danger : Dionne, de cette cavalière manière, ferait voir que toute personne songeant à l’action politique n’est qu’un arriviste, un sale ambitieux égocentrique. Cela peut miner la « si fragile » démocratie. « Le moins pire des systèmes », disait Churchill. Les cyniques, les malchanceux du sort, vont souscrire volontiers —les brillants « gérants » en tavernes— à cette noirceur totalisante. Le redire : quelle radio offrira de ces émissions importantes si le Parlement (c’est pas l’envie qui manque à Ottawa) vendait la SRC ? Je critique « l’ex-auguste Société » à satiété, il n’en reste pas moins qu’elle sert utilement et souvent. « À la Maison blanche », série de télé USA, l’on fait voir des noirceurs crasses mais aussi des gens généreux, exemplaires. Les deux. Ici, au Québec, on fonce souvent dans les extrêmes. Effets d’un peuple colonisé ? Y penser.
8-
Ma fille, Éliane, viendra, en vraies vacances,» ici, lundi. Hâte de ce rapprochement inattendu. Je dois changer. Je la voix comme ma « petite fille » et elle aura bientôt cinquante ans ! Un père s’aveugle, n’ouvre pas les yeux sur cette réalité incontournable. Si elle vieillit, je vieillis encore davantage. Eh ! Cela l’arrange ? Oui.
Hier fête de L’Assomption de Marie, mère monoparentale d’un Jésus-Messie. Souvenir : août 1945. Hitler —on a tant prié pour la paix au Québec— va se suicider. En face du chalet familial, se dresse « une haute croix de chemin » avec les outils de fer sur la potence sacrée, la petite échelle, la niche-à-statuette pieuse. La « vieille » Proulx organise une neuvaine chaque été, même heure, même parterre (le sien). Maman nous fait traverser la rue et c’est la récitation d’un chapelet et prières mariales adéquates. Sept fois… jusqu’au 15 août. À la fin, nous chantons « J’irai la voir un jour, un jour dans sa patrie-i-e… » La piété partout en ce temps-là même en ce lieu « d’épivardage », Pointe-Calumet, où l’on passait nos journées en maillot de bain sur les plages, sur les radeaux et les quais du grand Lac des Deux-Montagnes. À chasser les grenouilles dans les bois d’en haut. À glisser dans la sablière-Pomerleau —assomptions naturalistes près de la gare du CiPiAr— son clair lac naturel devenu maintenant l’ « Aquascade » fréquenté du site.
J’aurais voulu prévenir— par charité pour le créateur du « Si les hommes vivaient d ‘amour ». Lanctôt m’avait parlé de mettre en livre les « lettres ouvertes » du chansonnier Raymond Lévesque. Mal équipé intellectuellement, impulsif déboussolé à ses heures, le chanteur glissait parfois dans un réactionnarisme lamentablement déliquescent. Honteux. Trop tard. Et Louis Cornellier lui sonnait les cloches durement samedi dernier dans sa chronique des essais. « À bon entendeur, salut »? « De la démagogie, une rhétorique de droite, anti-syndicalisme primaire, misanthropie vociférante », fesse L.C. Ce même samedi (le 10), Le Devoir consacre sa « une » et à V.S. Naipaul (par André Major)qui s’exile de son pays d’adoption (Trinidad) pour fuir le racisme et l’ignorance (!) et au poète devenu fasciste fou, Gabriele D’Annunzio (par Guilaine Massoutre). Les auteurs québécois ? Christine Brouillette est reléguée en page 5. C’est bien assez non ? Le « racisme inverti » traverse une crise rue de Bleury et cela depuis un bon bout de temps.
Ce matin Ménard-ministre cogne sur le juge Boilard : « un vaniteux ». Il est seul. Tous les chroniqueurs s’accordaient à dire que le « comité des juges-jugeant », bien con, a commis une bourde d’une niaiserie profonde en blâmant Boilard au moment où il était en train de juger une gigantesque cause, bien compliquée, très délicate. Sacré Ménard va. Seul, il a donc le bon pas ?
9-
Un certain Laurent Audar, lui aussi, est révolté par les publicités incessantes à Radio-Canada-télé qui montre « Les misérables » de Hugo. « Aucun respect ni pour les œuvre ni pour le public », dit-il. Vérité. Bravo !
Mon ex-petit-camarade en céramique, Gilles Derome, est aussi un servant en « lettres ouvertes ». Mercredi, Gilles, lecteur de Chomsky, nous révèle qu’il instruit un petit-fils sur les « vraies tours tombées » aux USA. Pas celles du 11 septembre. Toujours un peu sibyllin (on ne change guère, Gilles ?), Derome fait sans doute allusion aux « tours de magie » des C.A. des Enron et Cie. Sans doute ? B’en…pas trop clair une fois de plus.
Ce matin Rima Elkouri (La Presse) relate un fait divers… la concernant. Les journalistes vivent parmi nous, pas vrai ? Évocation maudite d’un percepteur de tickets au métro. Le guichetier zélé, à l’évidence, est un zélé sourd, aveugle et muet. Un malade. Conclusion : téléphone de plainte de Rima et la direction de la STM dira : « Rédigez–nous (journaliste !) un rapport complet et circonstancié dudit billet refusé et on vous enverra l’argent dudit billet ».
Non mais…
10-
Lu dans un « Nouvel Obs » : le grand matheux, Laurent Schwartz, admirait énormément le système universitaire des Etats-Unis. Il admettait « la sélection », craignait « la gratuité » (!), et…détestait « l’impérialisme » des USA cependant. Viudal-Naquet, auteur de la note posthume —et aussi de « La torture dans la République » (L’Algérie maganée de 19860)— souligne que Schartz n’aimait pas que les calculs savantissimes, il était féru de la Grèce antique et rédigea, jeune, une brillante grammaire de grec ancien. Je lis. Je me dis :pourquoi, ici, jamais ne sont publiés de tels articles lumineux. Que j’aurais dû fuir (comme Naipaul a fui à Londres), à vingt ans, en France. Je le voulais tant. Je serais autrement mieux stimulé. Bien plus souvent. Misère… Même magazine : d’Anne Crignon, un bon « papier » sur Alain Fournier (« Le grand Meaulnes »).Sur « Le capitalisme qui a perdu la tête » par J.E. Stiglitz, prix Nobel, ex-conseiller de Clinton. Enfin, tout un dossier, fascinant, sur les mensonges de la Bible. Tissus admirable de légendes. Il n’y a pas de Mont Sinaï, ni Murs de Jéricho, ni déluge-à-Noé, ni roi Salomon, ni Reine de Saba… Des archéologues n’en finissent pus de donner l’heure juste. Il en reste quoi ? « Des empires fabuleux n’ont jamais pu constituer un tel considérable livre de spiritualité et de mythologie, ce qui est unique. Aussi : Destruction du paganisme délirant et invention d’ un seul dieu, Yaveh. Aussi : « Rien de scandaleux face aux recherches modernes car la Bible ne doit pas être pris comme « un livre d’histoire » mais il peut contenir de l’histoire (Renan), c’est bien davantage. « C’est un livre de beauté et il est génial », Renan
Oui, dans nos murs, la pauvreté. Parfois on me fait le trop grand honneur de me dire que mes modestes écrits stimulent… mais moi aussi, comme tout le monde, j’ai besoin d’être stimulé. Je déniche de vœux livres mais il est bon aussi de lire « de l’actuel » et en profondeur. « L’Actualité » me semble souvent léger, léger, léger. Pourquoi donc cela ?
Regard à ma fenêtre. Le ciel s’illumine. L’horizon au dessus des collines s’éclaircit. Il y a eu de petites averses. Le vent lève davantage. Aller à l’atelier, découper du carton blanc, mouiller les cubes de pâte de couleurs, fermer les yeux, me souvenir du « rouleau à vapeur », de la pelle « à stime », reprendre mes yeux de gamin poltron dans Villeray… Ne plus avoir peur ! J’y vais.

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