Le jeudi 22 août 2002

1-
Ouf! Oui, « jours de pluie »…donc jour du diariste. Par où débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille, arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage : sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille » de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça serait pas la ménopause tout ça » ? Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral solide, est capable d’énergie rare. Alors ? Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien. L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir. C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en riait.
Mercredi midi, visite, avec Éliane — amateurs d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe, pour visiter une modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui, Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins, lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas, paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais. C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là. Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo » d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses, un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film— reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques, si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952 — 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle, cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard— au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon m’apostrophe : « Ah vous ! Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! » On a rigolé.
2-
Nous avions appris —source du « beau milieu », expression de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde ! Aile : « Non, non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets », le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ». Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague : mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée —la mienne, jadis, à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots, chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile ! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous. Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice… Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique. Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise. Cris encore : un troisième objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment. Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais trop— je dis : « C’était ça. C’était lui. Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater, je ne sais plus les mots, alors je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non, j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui, c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales, baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane, Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes » mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal », disiez-vous. J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! » Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond. Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart », le « Croquette » — « Mae west » pour d’autres— pauvre consolation dans « la prison » obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur » aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos » de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant, mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ? J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit obscur, une machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile, d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour intellos seulement ». Le portier lui dit : « En êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé « Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile vraiment écœurée —qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la « Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure que Godard c’est terminé. À jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non, on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau ( aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la ! Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi, départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre, pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte » des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs, souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez, petits vauriens, à casser des carreaux (ils disaient « des vitres ») et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait ! Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie » avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement. Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase. La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire. C’est maintenant un très, très grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix » tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses. Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée, l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son existence « de chair et d’os ». C’est un romancier d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien. Trop.
5-
J’ai lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite, de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur) qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce : chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme que sans eux, les délateurs (« haïs par tous » souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais— procès des « chefs » de mafias puisque ceux qui règnent sur les commerces interlopes savent « se couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé », par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ». N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ». Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer » un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui n’a rien à voir avec la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée » avec leurs actualités coast to coast— présente de bons documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom. Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des « charismatiques ». Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles ! Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. » Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde. Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi, sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé. Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé, muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ». Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi, alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ? Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça » ? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant— à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ». Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en Angleterre, et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice. Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal, ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a revu de ses amis diplômés comme lui et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous : ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait qu’on va imprimer son lamento chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la « belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais, qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi ! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec. L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année, aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe, Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui. Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non. Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à droite-toute ? Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages). Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils lisaient le mot « nationalisme ». Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne, celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui n’avait rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre, tiens, du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque. Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… » chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et vite.

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