Le vendredi 6 septembre 2002

1-
Ça dure, ça dure. Tant de soleil… Encore ce matin. Et la météo qui nous annonce « plus de chaleur » à ses horizons. Eh bin ! Vive septembre ! Diable (ou Dieu) je suis envahi par mes notes, par où débuter ? Sorte de frayeur. Ne pas allonger inutilement ce journal et, d’autre part, tenter de bien rendre compte de « ma p’tite vie » en vaillant diariste. Je lisais sur l’écran de télé hier soir, à la fin de la rencontre publique de l’acteur Rochefort avec Rapp (« Les feux de la rampe » à Artv) : « J’espère avoir parlé de vous en parlant de moi ». Voilà exactement mon désir.
Hier, fin du triptyque « deromien » sur « l’aventure » de l’arrivée de la télé au Québec. J’en étais mais coupaillé, saucissonné, hélas. On s’amène en studio, on vous questionne, vous parlez, on capte le tout sur ruban. Vous tentez d’être cohérent, de bien enchaîner vos propos et résultat ? Bin…vous voilà (en produit fini) passé à la tronçonneuse et vos phrases isolées deviennent un peu décousues ! Maudit piège à cons, non ? Une mode. Une mode maudite. Ainsi, hier, à la fin, je me vois et m’entend déclarer que la télé fut, avant les Lesage-Lévesque-Lajoie-Laporte (les 4 « L » de la révo tranquille ) à la naissance du nationalisme nouveau au Québec. Ce qui est vérifiable certes. Mais ce que j’ai dit « avant » ou « après » est éliminé, bâtard !
Les deux réalisateurs ont raté ce beau projet. « Très décousu », sentence mon Aile. Très vrai. La détestation systématique de la chronologie (« ça fait ancien » ) nuisait à une cohérence nécessaire. Les bribes n’en mosaïque n’ avaient pas de liens logiques. On allait « back and forth ». Un salmigondis indigeste en fin de compte. Pas de plan, pas de clarté, aucun enseignement valable partant. On montrait du produit récent « made in 1989 » et, soudain, du stock de 1960. Vive déception chez nous dont Bernard Derome n’est nullement responsable. Du travail mal fait. Amateurisme déplorable.
Il aurait fallu la bonne vieille chronologie. Cette conne frayeur de paraître conservateur.
2-
Mon « cher » ( car j’aime sa ferveur) G.Tod maintenant. Jeudi il me garoche en pleine face (via l’écran ordinatisé.) : « tous des vendus d’Hollywood », déplorant mon engouement pour le bonhomme Lipton à « Inside Actors Studio d’Artv) et ses prestigieux invités. Sarandon, DeNiro, Hoffman, et tous les autres des « vendus » ? Non, non, des talents hors du commun, très souvent. C’est fatal, il y a là-bas, en bas, 280 millions de personnes, donc, il en sort, forcément, des comédiens surdoués —dans un tel immense gros tas. Niaiserie de jeter tout le monde dans un sac marqué : « vendus »!Non mais… Cette pose —d’un romantisme infantile— m’assomme. M’enrage. Je parlais de cette façon, moi aussi, à 18 ans. Quel âge a mon correspondant ? Il n’est certes plus un « carabin » révolté, il est prof en faculté universitaire (pour jeunes filles mal prises si je l’ai bien compris) dans le Sud profond de Julien Green, en Caroline du sud. La rage « tout-azimut » relève de la misanthropie crasse. Va-t-il, un jour, quitter la défroque adolescente du négativisme puéril ? « Corruption partout en universités là-bas », déclare-t-il. Ces jugements massifs, généralistes à souhait, ne font pas honneur au dissident de Concord, oh non ! « Amen, mon cher Claude », termine-t-il. Oui amen, mon Tod ! En finira-t-il avec sa fureur de catastrophiste aveuglé. Ses tableaux sans nuance aucune me laisse de glace.
Je préfère lire ses cocasseries quand il jase sur ses « trop grasses » jeunes pupilles qui récriminent dans sa classe. Il se lasse : « au régime maudites truies porcines », oh ! Vrai que l’on se gave trop aux USA. Une élève lui lance : « Monsieur, cette chaise est beaucoup trop petite pour moi ». Il en reste muet, baba. Une autre élève le dépanne : « qu’elle mette deux chaises collées ensemble »! Tod a une complainte qui me réchauffe, moi, le gars « d’en haut » (comme il me nomme) : « Fait trop chaud ici…et pas de ventilateur dans les classes… ». Que dirais-tu, mon Tod, d’un poste à Povungnituk ? Je l’imagine, ce vieil enfant râleur, brailler sur le « frette noère ».
3-
Michelle Tremblay (de Québec)—c’est frais— me fait part de sa grande misère à elle. Sa chère petite Gabrielle a commencé l’école et maman-Michelle se sent bien seule. Elle peut enfin écrire dans le silence mais elle a mal : « …le bruit de ses petits pas, ses découpages, son bricolage, ses films animés à la télé… ». « Un deuil », dit-elle. Ah que j’aime ses annotations de la vie ordinaire !
Quoi ? Une prof de latin aperçoit mon petit Thomas Jasmin, étendu sur un trottoir du Plateau, il se fait battre comme plâtr. Elle ira répéter cela à sa patronne du Mont Saint-Louis, là où étudie Thomas. La cheffe du collège téléphone à ma bru : « Ca va mieux, votre Thomas n’est pas trop amoché, non ? » Lynn démontée va vite questionner mon petit-fils : « Tu t’es fait battre dans une rue du Plateau ? » Thomas : « Quoi? Mais non maman, on faisait un sketch avec le nouveau caméscope de mon ami Maxime. Pour rire ». J’ai ri.
Son grand frère Simon Jasmin découvrait, lui, le cinéma des pays étrangers. Sa blonde, Stéphanie a un papa « acheteur de films » et le jeune couple a pu (coupe-fil) entrer et sortir à volonté des salles du Festival du film et même assister à des « buffets » promotionnel. Simon : « Maman, j’ai côtoyer des « important », dont le réalisateur du film « Le tunnel ». C’est bien d’avoir une « blonde » à papa « blod ».
4-
Voulant visiter le nouveau bureau de Lynn chez Quebecor-Publicor (mon voisin du Chemin Bates), je découvre un couloir tapissé de photos géantes. Beaux restes affichés des magazines « people » de Publicor. Plein de vedettes et que des québécoises. De Ginette Reno à Gildor Roy, et même une de Stéphane Bureau tout en rose et beige… Oh ! Une vraie gogoune ! C’est bien. J’ai vu tant de bureaux du « milieu » avec, seulement. les posters des vedettes « amerloques ». Lynn —fière du joli bouquin dont elle doit maintenant organiser la promotion— m’a montré une splendide jaquette du livre de vulgarisation —sur l’Islam— de sa grande sœur Carole. Ma voisine de Sein-Ad-Aile qui veille sur les défaillances de ma machine I-mac. Son patron, l’éditeur Simard : « Maintenant, à ce cinquième étage, il y a cet escalier de quatre étages mais bon pour la santé quand on refuse l’ascenseur ».
Il y a le petit-grand-fils, David, de mon Marcogendre qui me couriellise « son ennui du papi ». Chaud au cœur !David fut mon tout premier jeune « mousquetaire » et cela a créé des liens très forts entre nous deux. On ne se voit plus guère, les cinq petits-fils et moi, j’habite bien loin. Terminé les lunchs avec eux. Il me reste les merveilleux souvenirs du temps qu’ils étaient des gamins et qu’ils me rajeunissaient tant. Je raconterai nos loufoques aventures —début dès lundi matin qui vient, première émission— avec Houde et Bertrand à « Tous les matins » à Radio-Canada.
Jacques Lanctôt, un de mes éditeurs, a expédié une note très sarcastique au Devoir, les félicitant de publier « seulement sur les écrivains de Paris ». Bravo ! Je lui ai dit : « c’est cela le racisme inverti », il n’y a plus qu’automépris et valorisation des étrangers. Oui, un racisme à rebours, un racisme à l’envers.
5-
Hier, à T.Q. longue émission sur Françoise Sagan. Totalement inaudible. Aucun problème de son c’est sa diction fautive, son articulation déficiente. Une vraie infirmité. Pauvre elle ! Hier encore, voyant Louisette Dussault faisant sa « souris verte » et chantant sa toune, Aile l’entonne aussitôt qui réalisait pour cette « souris verte » ses toutes premières émissions. Elle sortira de carrière (en 19995) avec les textes de Victor-Lévis Beaulieu, « Montréal P.Q. ». Série où, à la fin, Monique Miller, en « Madame X, « bordelienne » et cicatrisée, se noyait lucidement dans le Saint-Laurent tout à fait comme le policier Javert des « Misérables » (formidable Malcovitch) entrant doucement dans la Seine pour mourir debout.
À Ottawa, un comité de « séna-dors » (de endormis) recommande de légaliser la marijeanne. Place au pot ! Policiers : bas les pattes devant le cannabis ! Les autorités crachent des fortunes pour proclamer : « Fumer c’est poison ». Avec des images sanguinolentes et têtes de mort ! Et voici maintenant « citoyens, fumer donc en paix » ! Folie furieuse. Incohérence totale ! Ce matin, les gazettes annoncent que des scientifiques condamnent la mari « qui favoriserait la schizophrénie » ! Diable ! Lobby maffieux poussant sur les brave sénateurs ? Lobby des policiers bin tannés de chasser les poteux ? Lobby de psychiatres souhaitant augmenter les maladies mentales ? La bataille débute. À suivre !
6-
Une sorte de suicide nationale ? Quoi ? Qui? Suicide culturel ? C’est un essayiste Jean-Yves Thériault qui dit cela, il parlait —à un congrès de journalistes à Ottawa— du « think big stie » d’Elvis Gratton. Thériault dit : Céline Dion, le Cirque du Soleil, Bombardier…toutes ces réussites proclament : « Québécois de talent, sortez d’icitte au pus sacrant, rayonnez aux USA ou périssez, établissez-vous à Las Vegas ». Cela conduit à ceci : la culture québécoise, bof, aucune importance. Reniez-vous, adaptez-vous à la sauce étatsunienne et triomphez chez le tout-puissant voisin. Une seule sortie-exit :Las Vegas ou rien !
J’y réfléchis. Je lis le dernier Gaétan Soucy : ça se déroule à New-York. Tiens, tiens ! Paris, vaste marché de lecteurs est fasciné par New-York. Ah ! On y lira (dans son roman « Music Hall ») des expressions typiquement parisiennes. Ah tiens ! Soucy, un prof de collège à Longueuil, y a mis une grenouille fantasque qui chante et danse : « Music Hall » ! Paré pour un film USA, pour de l’infographie à effets spéciaux ? Pour le studio géant Walt Disney. Pour Spielberg ? Eh bin je le lui souhaite, tiens ! Je ne jette pas la pierre…à personne. J’avoue que j’y pensais récemment : écrire une histoire qui se passerait ailleurs, à Paris, Londres… ou Rome. À New-York ou à Boston…Eh oui ! On y songe tous à agrandir son territoire. Ce Thériault sait-il bien cela ? Détesterait-il voir un de ses essais se faite acclamer à l’étranger ? Allons ! J’avais envoyé —en vain— à plusieurs éditeurs de Paris une copie de mon manuscrit de « Papa-Papinachoix » (il y avait une héroïne parisienne), au cas où… On vous répond toujours par l’hypocrite et poli : « Bon texte, malheureusement il n’entre pas dans le cadre de nos programmes d’édition… » Le bla bla classique !
7-
Grosse chicane. Établir la souveraineté de nos Amérindiens avant la nôtre puisqu’il y a un peu trop de « non » chez nous. Quoique… « le vote ethnique » —quasi 100% de « non » dans Darcy McGee— « et l’argent » —Ottawa au mépris de nos lois électorales a craché des millions de $— Parizeau parlait franc ce soir-là. Bon. Un Claude Gélinas (de Québec) :
« Cette entente (du gouvernement actuel à Québec) avec les ex-Montagnais (Saguenay et Côte-Nord) est basé sur la race et non sur le mérite ». Bang ! Il recommande la prudence face à ces Innus favorisés « juste » par racisme. Il fustige : « des droits spéciaux pour cause de race ».
Il a raison je trouve. « Les Québécois de souche, émigrants… comme tout le monde, dit-il, seraient privés de certains droits juste parce qu’ils habitent —« à deux pas, à quelque enjambées »— de la réserve indienne ? Mais oui, une sorte de racisme. Par complaisance. Par une culpabilité folichonne. Il insiste : « équité selon les payeurs de taxes », point final. Tu craches des taxes, tu as droit aux secours de l’État. Oui, il a raison mais cela ne se dit pas :la peur niaise de passer pour raciste ? Courageux Gélinas.
Un docteur-psy, étatsunien, James Walker, publie « Brecoming evil… », éditeur Oxford Press. Il explique les sources du mal. Il explique les horreurs, l’holocauste des nazis (« où dit-il les femmes furent aussi démoniaques que les hommes ») comme le génocide au Rwanda. Et tout le reste au domaine funeste des tueries collectives. Le mal quoi. Ce Walker puise même chez Gustave Le Bon et sa toujours formidable étude « Psychologie des foules », paru pourtant en 1895 ! Conclusion : le nom de la source du mal ? L’indifférence.
Oui, la passivité des individus. Des gens regardaient sans rien dire. « Une foule dilue la responsabilité ». Tout cela rejoint ce que je disais sur les Allemands (instruits) de 1933, indifférents face à la montée du fou, Hitler.
Oh ! Faut que je téléphone à ma fille ce soir. Ils viennent de rentrer d’Old Orchard, Maine, si « bon marché » en septembre. Savoir s’ils ont pu mettre un pied, un mollet, deux cuisses, tout le corps dans l’eau tumultueuse de la mer atlantique ! Oui, je voudrais voir la mer en septembre. Il fait soleil d’un horizon l’autre : je cours me baigner et lire la suite de cette grenouille soucyienne de « Music-Hall ». D’abord, c’est ma charge, faire le lunch du midi, sortir le plateau y mettre son verre de lait, ma fiole de bière, des olives noires et des oignons verts et aller servir Asile, dans son transat avec Margaret (Atwood).

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