Le mardi 10 septembre 2002

1-
Canicule qui dure. Ventilateurs qui ronronnent au salon et dans la chambre la nuit. De jour : c’est baignades sur baignades. Se sauver de monsieur Galarneau sous le saule géant ! Ce midi, soleil ardent et dardant encore. Faut que je m’enferme au clavier car je déborde notes. La peur de me perdre dans mes jours qui filent. La crainte aussi d’un mélange avec tant de rencontres à faire, à préparer. Monique Miller vient d’accepter de lire quelque textes de bibi à cette Rencontre-Fugère au Centre culturel Frontenac. Téléphone : « Apportez donc l’aquarelle de votre Quichotte…oubliez pas les extraits de vos textes à expédier à l’UNEQ pour madame Miller… » Brr…oui, il y a ceci et cela, rencontre à la biblio de Saint-Laurent, le Salon du livre de Rimouski où je serai un des quatre invités d’honneur. (Pourquoi donc avoir tant d’invités honorables …quatre ? Hon ! Vanitas.) La Francine (de la rue Liège) : « Je monte chez vous, je dois vos rencontrer pour ce « 14 octobre à Saint-Arsène…Votre expo, mon concert… » Ouf !

Pas d’envoi d’autres épreuves pour mon journal de Trois-Pistolles ? Que se passe-t-il ? Mémo : Devoir apporter une aquarelle au lancement des vidéos-films sur l’art, via la série « Tablo ». Être là au Musée de la rue Sherbrooke tel jour, telle heure. Ouf ! Aile n’en finit plus de noter à l’agenda. Est pas obligée. Sans elle…il y aurait des oublis regrettables.
2-
Hier matin, à la SRC, début de « Tous les matins, un fourre-tout, pardon, on dit un magazine (!). Mon premier topo avec Paul Houde et la belle Dominique Bertrand. Sur « la démasculinisation des garçons aux écoles ». Les deux animateurs s’y mettent, ils ont des choses à dire, je les écoute et n’ai pas le temps de bien défendre mon souhait : séparer les gars des filles désormais. Bof ! C’est le jeu, c’est le risque. Être (bien)payé pour débattre cinq petites minutes à peine ! La vie en télé. Un studio débordant, très nerveux (une première pour ce duo), silhouettes sur-actives partout. Je regarde cela, que j’ai vu si souvent, en souriant. J’aime ces jeunesses pleines de fougue. Je me sens un sénateur, un ancêtre qui a trop vu …neiger ! L’auteure-productrice, Fabienne Larouche, n’en revient pas de ma bonne forme. « Hen ? Toi, 71 ans, incroyable ! » Je dis : « J’ai eu une bonne jeunesse, je communiais tous les dimanches, moi… » Elle rit.
Remontée ultrarapide au village laurentien. Rue Notre-Dame puis la 40, tunnel sous le centre-villle, bretelles de l’échangeur Turcot, le « creux » Décarie…En dix minutes je suis rendu déjà à Laval ! Autoroutes pratiques. En 50 minutes, aller de Radio-Canada à ma rue Morin ! Impossible jadis ! Enfant, l’oncle Léo (qui avait une chevrolet rouge vin) nous conduisait —23 juin rituel— au chalet de Pointe-Calumet en une heure et demi ! Un monde de 1940 à 2002. Mais rien à voir. Du bitume et de enseignes. Filons, filons…
Du temps d’oncle Léo, on examinait Saint-Martin, Sainte-Dorothée, Saint-Eustache et Marielle avait toujours envie de dégobiller ! Pauses obligatoires.
3-
J’ai terminé, en sautant de longs passages, le Eco de « Baudolino ». L’auteur nous arrose de « faits divers » historiques. Ennui. Umberto Eco, cuistre plutôt, installe un bavard conteur (le héros) qui narre tous les détails de sa vie tumultueuse du temps qu’il était un zélote de l’Empereur Frédéric…Constantinople assaillie, Byzance bafouée, des reliques (8 têtes de Jean le Baptiste !) des croisés mercantiles, des chicanes de palais…
Ah oui, l’ennui et toutes ces fictions qui s’emmêlent aux faits vrais. Pouah !
J’ai terminé aussi le roman —« Music Hall ! »— de Gaétan Soucy. Encore des passages à sauter tant le récit —du pauvre orphelin perdu— s’enlise ici et là. Hélas ! Il y a de la fantasy dans ce roman. Soucy a cru bon de fleureter avec Frankenstein, le docteur Jeckill et autres ténébreux docteurs, Moreau, Cagliari… Une poutine assez indigeste, merci ! Que diable allait-il faire dans cette galère ? Raymonde va s’y mettre et je ne dis pas trop rien (de ma déception) pour voir si elle éprouvera le même embarras.
Entre deux saucettes, j’attaque (!) le Finkielkraut de « La sagesse de l’amour », dogme, théories, expliquer l’inexplicable quoi…. et aussi deux courts livres de Gaston Bachelard. Je glane. En céramique j’avais essayé, à vingt ans, de m’abonner à ce Bachelard philosophe-psychologue des « éléments » : eau, terre, feu et air. Pas facile à décoder, oh la la ! Ça ne va pas mieux en 2002. Bouché en maths je le suis aussi en philo. Jargon trop souvent. J’avais acheté en 1950 « le lexique de la philosophie ». En vain. Réfractaire à jamais aux mondes de l’abstrait ? Sans doute. Tant pis pour moi ? L’intuition que ces jargonneurs vivent hors-la-vie. Un texte (de Lescure) admet ce fait —passer à côté de la vraie vie, inapte au réel— à la fin de ses éloges à Gaston-le-penseur. Pauvre Bachelard ?
4-
Samedi soir, Aile loue —enfin— ce « Iris ». Un film vrai. Sorte de bio stylisée. Il raconte Iris Murdoch —romancière, 26 bouquins,— qui sombre dans le mal terrifiant de ne plus se souvenir de rien. Son fidèle compagnon de vie —complètement désarçonné— raconte la chute. Aile –qui a vécu ce cauchemar avec sa maman vieillie— pleure un tantinet. « Je voulais pas louer ce « Iris » aussi » ! Mais le film est bref, mince même, sans pathos; il court à sa conclusion —prévisible— dès le début —avec retours en arrière bien peu explicatifs— sans donner assez de vie, de consistance à ce que fut l’existence de cette auteure, Murdoch. On n’a rien su de solide, hélas ! Des moments tragiques extraordinaires ici et là. Content néanmoins de l’avoir vu.
Vu à RDI, samedi, un document incroyable sur certains musulmans de Londres. Entreteneurs de haines. Militants mal planqués. Réservoir de « fous de Dieu, d’Allah, qu’on nourrit volontiers. Qui sont souvent sur le B.S. (avec parfois quatre fausses cartes) du « pays de toutes les tolérances ». Fameux bordel, oui ! Le grand respect des libertés (des Droits de l’Homme) fait que des activistes peuvent —sous les soutanes des Imans revanchards— s’allier à des terroristes ! On en a froid dans le dos. Excellent reportage, si rares partout.
5-
Dimanche, canicule effroyable, coup de fil de ma fille qui rentre d’Old Orchard. Elle se trouve en Estrie. Éliane me parle (de Sutton) d’excursions le long de l’atlantique, en vélo, avec son Marco, mon « web-maestrio ». Au nord, Pine Point (longtemps port aimé de la famille Tisseyre), au sud, Ocean Park.
Ma fille a revu la rue Fern où l’on louait une maison, logis que ses modestes habitants quittaient pour se retrouver dans les terres, loin de la mer, à Sacco ou à Bidderford, afin de ramasser un peu de fric l’été. Le couple revient en belle forme. Et moi, oui, je veux revoir la mer ! Téléphone justement de l’ami Dubois qui rentre de Corse, qui me dit : « C’est encore très sauvage ici et là et c’est vraie, c’est « L’Île de Beauté ». Il m’annonce qu’il se met à la recherche, via Interbet, d’un logis dans le Maine pour notre « Groupe des six ». Notre cher Ubaldo mort d’un cancer, fin du « Groupe des sept ».
Hier, j’ai badigeonné une glacière de bois et son vendeur à pince, la machine à laver -« sa cuvette en bois » comme tonneau de vin et son tordeur antique— machine primaire de ma mère quand j’avais cinq ans; aussi des fillettes jouant « à la corde à danser », jouet fréquent à dix sous, (moins cher qu’une cassette nintendo), ausssi un enfant-apache bien faraud, son arc et son carquois improvisé, toujours dans la ruelle, notre unique terrain de jeu. Jamais vraiment satisfait hélas. Je dois aller vite pourtant maintenant.
6-
Gala de la rentrée à la SRC et ce fut bien mené. Pour une fois un gala n’assommait pas. Un temps profitable —les pubs affluent hélas— pour montrer ses belles reliques que ce 50 ième anniversaire. Revu donc des machins d’un amateurisme épouvantable —tel « Le p’tit café »— mais aussi quelques images bien plaisantes. Un très amusant « Moi et l’autre » où la Filiatreault jouait « la défuntisée ». Pissant ! C’est le jeu des musées : du bon et du mauvais !
Je viens de décider d’y aller à fond la caisse avec mes barbouillages. J’y mettrai du crayon, des craies, des « feutres », du stylo à l’encre…De tout quoi. Oui, je dois me secouer et ne plus craindre …la liberté totale. Ce sera des ouvrages très « mixtes media » quoi ! Ça vient de finir. Courage l’amateur ! Pour le lancement des émissions « Tablo », on me demande d’apporter au chic Musée des Beaux Arts, une aquarelle encadrée, titrée, etc.
Je sais mon choix. C’est une tête bizarre, au crane chauve, surréaliste, tachiste, accidentelle, qui est au mur de notre chambre. Y mettre un titre ? Je trouverai. Il y aura donc expo des « sujets » de cette série « Tablo » ce jour-là. Mon Dieu, le Musée voudra-t-il me l’acheter pour ses collections permanentes ? Ah le rêveur nigaud que je suis !
7-
La Francine (de la rue Liège, dans Villeray) Lavigueur (!) suractive —bien que sortant d’une brève hospitalisation— me menace au téléhpone tantôt : elle sera ici, au chalet samedi. Elle verra donc, la première, ma cinquantaine d’essais graphiques pour son expo à des fins caritatives. Moi en généreux donateur…Pour son « Centre culturel-La petite patrie », dans Saint-Arsène et aussi pour « La maisonnée » de la nonne merveilleuse, Gagnon, dans Saint-Jean de la Croix.
Vu hier soir, Canal D, un autre de ces odieux documentaires filmés. « Vie et mort du petit parrain » —colonisé par New-York— Paolo Violi. Un « modeste » restaurateur rue Jean-Talon dans l’est. Les satanées « reconstitutions » Du bidon affreux. Insupportable !
Vu aussi ce « Bunker, le cirque », en phase un, de Dionne. Grave déception. Manichéisme sot. Dialogues niais. Caricature facile du monde des publicitaires et des fabricants de politiciens. On songe un peu au bonhomme Desrosiers, le « mon oncle Paul », derrière le Bourassa des débuts. Aux Simard de Sorel. C’est gros. C’est démagogique.
Plein de vieux clichés usés à la corde. Les stéréotypes convenus défilent. Du mouvement artificiel sans cesse (la mode en ces séries :bouge ou crêve ! ) pour camoufler des répliques-fadaises. Louise Marleau, en épouse rétive du candidat à la chefferie, avale de son « flasque » et fonce dans une vitrine ! Bedang !
Un « hook » sauce USA ? « On veut nous appâter hein chère Aile »? Elle : « Ah non, je suis pas du tout mais pas du tou, appâtée ! » Aile pas moins déçue que moi donc. « Si la tendance se poursuit »… nous aurons une autre série coûteuse (à nos frais via les Téléfilms) avec gros sabots, gros crochets à la fin pour ramener les méprisés à l’écran. Le générique de la fin n’en finit plus ! Une armée…pour camoufler —avec cette liste interminable— le fric des « producteurs-empocheurs- morons » dont parlait Fabienne e Larouche ?
Je m’ennuie de Tchékov à la télé de jadis. De Marcel Dubé aussi. Ces girouettes filmées avec dynamisme (par Houle), marionnettes obligées, pour des « répliques à punch » bien courtes, robots archétypés qui grouillent dans le vide, m’assomment. Cela dit, guettons la suite. Sait-on jamais ? « Oui, je crois aux miracles… », chantait Jen Roger et dans mes décors svp !
8-
Ce matin, store levé, j’observe nos deux couples de goéland bien blanc survolant le lac, ils font de lents ziz-zags mystérieux, planent, m’apparaissent et disparaissent —comme des traceurs aux codes secrets— dans mon grand tableau-fenêtre. Lignes codées, invisibles, dans la lumière matutinale. Hier, notre couple de tourterelles tristes —beiges, sables, ocres timides— s’installent sur la rampe de la galerie et roupillent. La beauté somnolente. Chaque fois Aile s’en attendrit et fait « chut, chut, Clo, bouge pas » ! Et je ne bouge plus d’un cil !
À l’horizon, déjà ? déjà?, cimes en rouges et ors. La précoce chronique montagneuse d’un automne annoncé.
« Demain, Clo, temps sombre et plus froid, même ce soir.. » Aile me fait dire au fond : « profite de ce soleil, cela s’achève ». Je descend enfiler mon maillot. Et ce sera :flouc ! À l’eau canard ! Et mon canard de « Canadian-Tire », imbécile plastifié, me fera des petits saluts de la tête.

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