Le mercredi 11 septembre 2002

1-
Jour de pluie ? Oh oui ça tombe. Ainsi, revenir au journal. Dire tout de suite avoir reçu un long courriel de fulmination du concordien Tod, exilé dans le Sud comme prof. Contradictoire ? Il m’écrit : la vérité blesse. Un vieil adage. Et il se montre…blessé !!! La vérité choque donc. Il est comme enragé contre moi. Mes petites vérités à son sujet —dans ce journal— l’ont blessé. Mes allusions et conclusions sur « sa rage contre tous les notoires ». Je lui ai expédié dare dare une réponse adéquate. Il se peut qu’il cesse la correspondance avec « le vieux » Pis ?
Depuis longtemps je suis habitué à voir me fuir les perpétuels « révoltés » jeunistes. Je m’arrangeais pour les éloigner au fond craignant comme peste ces floués, ces ratés, ces malchanceux du sort certes parfois, qui bavent sur les « illustres », tous des cons, des vendus, des chiens, des traîtres (les vedettes chez Lipton par exemple). Ils se lamentent dans les tavernes ou bien s’entourent de petits jeunes…adorateurs candides. J’ai vu ça (des profs en rogne vague) avec mon fils au collège Saint-laurent, j’ai connu cela, adolescent (révolté sans motif vrai).Ces quinquagénaires aigris leur inoculent le virus effrayant d’une jalousie maladive envers ceux qui ont pu (talents, efforts, travaux, chance aussi certes) se faire un nom.
Mon seul regret c’est de constater que cet amer-loque de Tod s’imagine qu’avec ma renommée (relative) tout m’est facile. S’il savait. J’ai mille adversaires qui enragent de ma langue claire. Connu, ils ne me pardonnent pas ma franchise. Ma liberté. L’esprit libre, ici comme ailleurs, est à leurs yeux, un saloperie. Mes polémiques m’ont amené des tas d’adversaires et rancuniers. Et qui ont les moyens de se venger, croyez-moi. Adieu mister Tod ? On verra bien.
L’avocat de l’ami Dubois (le patron de « Vendôme productions »), François, m’invite à souper au début d’octobre, pas loin, Chemin du Sommet Bleu. J’irai cum pedibus ! Un avocat comme connaissance intime, bin, ça pourrait être utile un jour…si je continue de gueuler. Le magazine « Le bel âge » veut des photos, je ferai leur couverture en novembre. L’Uneq veut des extraits de mes livre (trois ou quatre) pour Monique Miller qui a accepté de les lire à une Rencontre- mardi-Fugère, au Centre culturel Frontenac. Quoi choisir ?
2-
Sondage à Londres, qui sont les pires hommes contre la paix. Choix des sondés :1-Ben Laden, 2- Sadam Hussein et 3 : W. Bush !!! Eh bin !C’est dans les gazettes de ce matin avec des tas de textes sur le sinistre anniversaire du bombardement des deux tours dans Manhattan. Un an plus tard, le fanatisme islamique reste ce mystère insondable et « l’hyper-puissance » n’est pas arrivé à pincer ni Ben Laden ni ses sbires reconnus. Le dernier « Nouvel Ob » en désigne neuf. C’est le « noyau dur » du fameux réseau de terroristes —venus d’Égypte, du Koweït, du Soudan, de l’Arabie saoudite— jusqu’ici indémontable, hélas. Échec donc ! Répéter ici que ce Jacques Nadeau (du Devoir) est un photographe émérite, il est —comme tout le monde des médias— à New-York ces jours-ci. Quel talent !
3-
Oui, je vante RDI et son excellent reportage sur —en Floride surtout— les étudiants-pilotes et aspirants kamikazes. Quand RDI « slaque sa poulie » fédéraste-de-commande, on y voit donc du bon produit. Et la preuve de la « saloperie » (le mot même d’un Ministre) étatsunienne : « notre pays. Montréal en particulier, n’était qu’un commode abri de terroristes. Erreur : tous ces fous d’Allah s’entraînaient là-bas et leurs polices (CIA, FBI et cie) montrèrent leur impuissance, leur disfontionnement. Une calomnie purement émotive au lendemain de la catastrophe, dit le ministre de « notre » défense. « Fallait bin, disait un Chrétien goguenard à Lépine (à « Zone libre », hier), trouver un coupable, c’est humain ça » ! Chrétien crétin va !
Foglia ce matin, de New-York, pond un lucide papier qui dit clairement —à l’encontre de ce méli-mélo de pathos répandu : le lendemain du 11, un businessman, se sauvant de sa tour bombardée, ramassait, rapaillait, ses disquettes de P.C. et cherchait aussitôt un nouvel immeuble où continuer son boulot (de marketting). La triste vraie vérité sans doute. Quelle leçon de réalisme ! On s’époussette et on recommence quoi.
Je lis mes notes (de journal) dans un vieil agenda d’Aile pour 2000 —je récupère tout. Amusant d’y lire ses divers dont ce mémo : « Demain, Claude, au Patronage Le Prévost, pour un conte à lire ».
De très beaux enfants miséreux au TJ de Bureau au-si-beau-bureau. Centaines de milliers de réfugiés (au Pakistan) rentrent chez eux en Afghanistan démoli. Quitter la misère pour retrouver la misère. Des enfants magnifiques, ave de beaux grands yeux, qui constatent le dénuement le plus complet. Des jeunes jolis visages bouleversants. Une pauvreté indescriptible. Que faire, mon Dieu ? Mon cœur très, très serré. J’adore les enfants. Trop. Un souhait ? Que mon gouvernement expédie là-bas une bonne part de nos impôts et taxes, au point de nous priver s’il le faut.
4-
Gaétan Soucy dans son roman récent « Musi Hall ! » semble ne pas en revenir d’avoir déniché le mot « épigastre » qui serait un point névralgique entre le nombril et le foie. Il y revient sans cesse. Tic. Le prof chercheur d’exotisme ? Le prof Soucy ignore que le mot « cadran » est fautif si on veut dire « horloge ». Le cadran n’est que la partie d’une horloge —d’un réveil, d’une pendule, d’une montre-bracelet— indiquant les chiffres. À part sa grenouille chantante, il y a son autruche qui avale sans cesse des « cadrans », la psy nommée Écharlotte, mode de Réjean Ducharme encore ? On y trouvera de bons passages. Des trouvailles fréquentes. La Statue de la liberté : « une dame avec le bottin téléphonique d’un bras et son pinceau pour le plafond… » Ou, même Statue : « avec son cornet de crème glacée levée haut… » Ou : « l’impassible soleil tel un jaune d’œuf ». À la réflexion, l’entreprise de Soucy a le mérite d’avoir voulu inventer —fait rare chez nous— un récit à la dangereuse et difficile sauce Lewis Caroll, celui d’ « Alice au pays des merveilles ». Aussi la sauce « Dracula », la sauce « Frankenstein » …Oui, un grand mérite. Quand je repense souvent à un livre, comme c’est le cas avec ce bizaroïde « Music Hall ! », je me dis qu’il y a donc eu une tentative riche de sens.
Aile vient de terminer « Caprice » d’Atwood. « À lire ? » Sa réponse : « Bien… c’est intéressant « pendant » mais… Écoute, lis son premier chapitre et si tu aimes… tout le reste est de la même eau ». Ouengne !
J’y reviens à « Zone libre » : à Gander, Terre Neuve, trafic fou, 260 avions devaient s’y poser et en vitesse le 11 septembre quand les USA fermaient le ciel de leur immense territoire par prudence, par crainte d’autres détournements —avions qu’il aurait fallu « abattre » en plein vol à coup de F-18 ou 19 à missiles. On se disait, en voilà quatre, pourquoi pas cinq, dix ?
Un temps, quand nous allions fin décembre, début janvier, à Fort Lauderdale —ou à Surfside ou à Bal Harbor— nous aimions, Aile et moi, aller fouiner dans ce grouillant Hollywood floridien, là où se retrouvaient tant des nôtres car ça jasait en français partout, avec « poutine » aux kiosques de la plage et le reste ! J’en ferai le site de mon roman « Pâques à Miami » d’ailleurs. C’est à ce Hollywood familier donc que s’excercaient (école de pilotage, banques, motels, etc.) la plupart de ces effrayants suicidaires d’Allah et cela nous faisait drôle à entendre quand nous percevions ce lieu de vacances pour « bedaines québécoises » comme aire de retraite hivernale des gentils « snow birds ». C’est bin pour dire hen ?
5-
Je rêvais cette nuit : je pilotais des engins pauvres, sorte de motoneiges déglinguées, je filais dans des ruelles (du Plateau ?), je cherchais où stationner mon pitoyable engin, à chenilles couvettes de neige sale. Il y en avait des pires encore. Un trafic de miséreux ? Dans ces pauvres bolides bien bas. Bizarre ! Des paysages urbains de taudis tout autour de moi. Des hangars. Où, où ? Je croisais des durs, vagues menaces. Injures qui pleuvent sur moi.
Puis, j’offrais à un comptoir de fripes un blouson de mon invention, mi-cuir, mi-argile ! Une sorte de sculpture « habitable » ? Folie en céramique ? Un morceau rare. Dont j’étais tout fier. Un gamin-voyou y tenait. Voulait me l’arracher sans payer. Puis il m’offrait, troc vicieux ?, de la drogue. Coke, hach ? J’en suais de malaise.
Puis, autre phase : je participe volontiers à des combats furieux. Je frappe des cibles à coups de masses lourdes. Ça tombe. Sont-ce des marionnettes? Est-ce du décor ? Pas trop certain. Furieux combats, je suis déchaîné. D’autres cogneurs s’amènent. Rivalités curieuses. Je démolis vaillamment des figurines offertes. Des rivaux se pontaient et c’est à qui masserait le plus fort, le plus vite. Étrange rêve non ?
Dernière phase, à l’aube sans doute, voici mon Aile est toute satisfaite, il y a trois jeunes femmes de ménage qui l’aident. Trois ! La fenêtre luit, c’est panoramique. Aile est très contente. Les linges volent. Ça sent le détergent. J’étouffe. Ça frotter partout dans cette cuisine inconnue de moi , je suis dans une maison jamais habitée ! À la fin une des « frotteuses », accorte, me prend par le bras et veut m’entraîner dans mon atelier malgré moi. Elle insiste en riant. Nous y descendons et elle dit : « Ah, on va y faire un fameux ménage ». Réveil ! Ouf !
6-
Hier, mardi, soleil, nous descendons au rivage. Soudain de la pluie. Rangement des matelas et vite sur la galerie. Vent furieux. Pluie brève. Soleil de nouveau. Brume si jolie sur l’autre rive ! Si jolie ! Nous redescendons, Aile avec sa « Captive », moi avec la fin de « La sagesse de l’amour » à lire. Bedang ! la pluie encore, cette fois, très forte. Remontée en vitesse. Un vent à nous réfugier en dedans et à fermer le fenêtres. Cette « sagesse… » est faite de réflexions philosophiques. Le refus de l’amour…de l’autre. Du « différent ». Finkelkraut sait définir nos peurs. Raconter les guerres. Il va du désastre nazi aux batailles religieuses des temps de jadis.
Il cite de nombreux auteurs dont le cher Lévinas de Henri-Bernard Lévy, « qui est redevenu populaire car il parle spiritualité ». Une fois la guerre froide terminée, dès 1991, F. avance qu’il y a découverte d’un trou, d’un vide. Dieu ? Pas exactement. L’amour plutôt. Cet « élan irrationnelle », si risqué, si trouble, si contradictoire aussi. Et le voilà qui expédie dos à dos, les « sauveurs » de l’humanité, du terrible Robespierre à l’effroyable Lénine.
Cet amour fou des hommes serait dangereux. S’y glisse le goût d’une morale aveugle. Il faut tuer les dissidents. Les incroyants. Les mous. Tuer les incroyants ? Ah, 11 septembre encore ! La terreur toujours. Le dernier encyclopédiste vivant, Condorcet, voulant redonner « le droit » au sein de la Révolution doit fuir, se cacher. Les « Lumières » s’assombrissent quand on a décidé (Saint-Just) de sauver le peuple malgré lui. Condorcet, l’instruit, va se suicider au fond d’une auberge où on le traite d’aristocrate, donc de vendu. Un assassinat ? L’histoire n’est pas claire. Un racisme effrayant. Ce qui est clair : il fallait abattre tout ce qui dépassait « du grand projet d’aimer les hommes malgré eux ». Ah l’amour politicien du prochain ! C’est le dessein des totalitaires. De Hitler à Staline. Je cessais souvent de lire cette « Sagesse de l’amour », je réfléchissais. Ce petit essai est bien plein. Ici, un « nouveau » philosophe ne jargonne pas.
7-
Bagarre à Concordia où l’on a invité le guerroyeur de droite Benjamin Nathanayou, ex-chef en Israël. Militant pour la guerre en Irak. Amalgamant vite Adolf et Sadam. Ce matin, décrets des penseurs patentés aux gazettes: « On a empêché de s’exprimer librement quelqu’un. Dans une université ! Scandale ». Vrai. La lecture du Finkelkraut remonte aussitôt à la surface. On souhaite toujours « Hyde Park ». Chacun son tour à grimper sur la caisse de bois. Venez tous. De tous les bords. Le droit de dire « noir » et puis écouter l’autre qui dit « blanc ». Démocratie. Des militants pro-Palestine proclament : « Non, non, aucun droit de s’exprimer pour les fascistes ». Le sens des mots n’a plus aucune importance de nos jours.
Faudra que je téléphone à mon cher David-à-Marc qui étudie à cette université multi-ethnique. Ce terrible grabuge, avec flics à bastonnades partout, l’a-t-il distrait de ses sérieuses études ? C’est là, à l’auditorium de Concordia, que nous fûmes invité (Duceppe et moi) à monter un spectacle anti-guerre (au Vietnam). Il y eut quelques brassements. Mon texte, petit spectacle audio-visuel, s’intitulait « La tortue », allusion aux lentes progressions pacifistes du temps. Ayant obtenu une petite subvention d’un gros bonhomme bien « pacifiste » un peu mystérieux, nous apprendrons plus tard qu’il était un agent communiste camouflé. Eh !
Une autre fois, conférencier invité à ce même lieu, Concordia, avec Jacques Ferron, ce dernier —hélas, me précédant au micro— se mit à mystère, …chuchotter ses réflexions. La salle se vidait lentement. Je lui glissai une réflexion appropriée à l’oreille : « Parle plus fort, Jacques, personne ne t’entend »! Il se cabra et acheva de vider la salle ! Il me resta trois ânes et quatre pignoufs ! Oh ! Soudain l’impression d’avoir déjà raconter cela ici. C’est cela un journal. Souffrez !
8-
Le jeune vétéran en télé, Jacques Boulanger —longtemps « victime » de mes décors— est chez Maisonneuve :« Il y a trop de canaux de télé désormais. On sait pus où donner de la zapette ! ». Complainte entendue souvent. Les uns disent : « chacun aura son créneau favori, c’est bien ». « Tu aimes les animaux, tu auras ta chaîne spécialisée ». Et le reste. Radio-Canada, Télé-métropole, TQS à l’agonie ? La fin bientôt des télés généralistes ? Sais pas. Il est vrai que je navigue maintenant —le plus souvent— entre Canal D, TV-5, ARTV, RDI. Je cherche au fond où il y a le moins de réclames commerciales. La pub…oui, « pu’ capab » ! vraiment ! Mais, hélas, il y en a partout. Pas d’acheteurs de temps ? bof, on passe de l’auto-réclame jusqu’à l’abrutissement. À ARTV par exemple.
À « Origines », bons récits des pionniers. Marie Rollet, première fermière en bas du Cap Diamant, et son « homme », Louis Hébert, herboriste, apothicaire et cultivateur. Il y a des reconstitutions hélas. Faux comme de la marde ! Je deviens enragé quand je vois cet amateurisme, ce « faire croire » niais ! Quoi ? Faut que ça vive, faut que ça bouge, figurants, vite, en ligne, pour les déguisements et trouvez-vous une parlure qui sonne « historik ». Le mépris du public n’en finit plus.
À Québec ils seront vingt puis quarante… raconte « Origines », à Boston, un peu pus tard, ils seront tout de suite 2,000 ! Nombreux Hollandais à Manhattan. Nombreux exilés en Virginie, toute première colonie britannique. Cela explique cela…la défaite ! Quoi donc ? Quitter la douce, la belle France, c’était t plus difficile ? Fallait être très pauvre, mal pris ? Misérable ? Crédule aux belles promesses ? Merci d’être venu cher petit soldat à modeste solde qui va muer en agriculteur du village naissant, Saint-Laurent. Cher Aubin Jasmin, du Poitou, qui s’embarque, uniforme de régiment tout neuf, à La Rochelle, un beau matin.
9-
J’ai vu la —bien faite— biographie (Canal D) de Jean Besré, alias Ostin-de-beu, mort précocement. « Un homme très secret », répéteront deux témoins de ses intimités maigres. Souvent Jean m’invectivait dans les couloirs. J’étais critique de « tout », fondateur d’une section « arts et spectacles » au jeune « Journal de Montréal ». Épiderme fragile en la matière, il s’amusait à m’injurier : « Malhonnête », me cria-y-il un jour. J’avais vivement protesté. « Écoute moi bien Jean, tu peux me dire, con, crétin, niaiseux, imbécile, inculte, tout ce que tu voudras mais je n’accepte pas « malhonnête ». Les mots ont un sens, oui »? Il s’était tu subitement, s’excusa. Il s’est tu à jamais et je m’ennuie de nos petites chicanes aux portes des ascenseurs de la SRC.
10-
« Le « pot » ? P s d’accoutumance comme avec la cigarette tonnent les études récentes des experts mais plus nocive (en goudron, etc.) Oh, oh’ Et le Comité-Nolin qui eut la libérer des lois ! Pour la santé la mari serait donc bien pire ! Le « hasch » est « la résine » de la marijuana, ais-je appris par la même occasion. Bon, bon. Ici, c’est 12 millions de tonnes, les récoltes ! Par année ! C’est 250 $ l’once. Fabuleux commerce interlope. Hell de hell, disait Robert Rivard dans le « Race de monde » de Beaulieu. Hells, oh oui !
C’est la « nouvelle prohibition » et elle a engendré les mêmes commerces de truands que l’autre, du temps des Al Capone. Hier, on transbordait la « flacatoune canayenne » bien aimée d’un bord à l’autre de nos frontières. Avec enrichissement de respectables futurs hommes d’affaires. Des Kennedy aux Bronfmann. Le cannabis, interdit, exerce les mêmes ravages. La même police grossit, l’argent circule en « sécurité à renforcer », polices partout est aux aguets. L’histoire est bien bègue, non ?
L’auteur parisienDominique Lapierre parle —avec Sarfati de La Presse— en ce 11 septembre du… 2 décembre 1984. De la compagnie étatsunienne Dow Chemical Inc. Responsable de 30,000 morts en Inde. Pas 3,000, 30,000. Un fameux 11 septembre à l’autre bout du monde occidental. La tragédie de Bhopal. Poison pour un demi million d’Indiens ! Une usine mal inspectée sautait. On refuse encore de dépolluer le site fatal. 2,800 morts à Manhattan. Il s’agit de New-Yorkais bien vêtus, munis de cellulaire, d’ordinateur portable, avec attaché-case de cuir véritable au poignet, n’est-ce pas ? Qui célèbre le deuil de 30,000 tués, en 1984, par « Dow Chemical » l’insouciante —uni maintenant à « Union Carbide Corporation »— un 2 décembre ? Qui ?
11-
L’home qui ne riait pas. Hugo a signé : « L’homme qui rit ». Une affaire de rictus obligé, d’handicapé physique, de drôle de monstre. Un masque. Le « pilote » Atta, chef des suicidés « cerveau », dit-on, de la macabre entreprise du 11 septembre, ne rit pas. Il ne riait jamais. « Il ne souriait même pas », dit un de ses familiers. Oh, oh ! Je me suis toujours méfié, d’instinct de ceux qui ne savent jamais rire. J’en ai croisé de ces triste sires. De ces « chevaliers à la triste figure » (en cause diverses) qui ignoraient comment on fait pour rire, au moins sourire. Un Languirand —un Germain aussi— rit souvent pour rien. Pour eux seuls, c’est autre chose. Mes sinistre gueules ont fini le pus souvent dans un désert total.
Ce Mohamed Atta, venu d’une banlieue du Caire, « fut un enfant timide, introverti même et tout paisible ». Se méfier de l’eau qui dort ? Finkelkraut (« La sagesse…) m’a dit de me méfier de Freud et de l’analyse…De la « réduction » pratique. Et fausse, souvent. Il a raison ? On tente maintenant en médias de fouiller le passé des « fous d’Allah ». Père trop sévère.. ou pas assez…Mère couveuse, ou trop indifférente…Ouais !Ouen ! En effet, mêmes causes et, souvent, effets contrastés. La raison cherche. On veut tout comprendre. Expliquer… l’inexplicable ? On veut, tout le monde, clarifier les monstres humains. Sinon, il y a la peur…La grand’ peur des gestes fous, mystérieux ! Jésus riait-il parfois ? Je gagerais que oui même si les évangélistes n’en parlent pas. Le prophète des prophètes enseignait ,’amour. Le fanatisme catholique (Inquisition et cie) qui viendra n’est pas de sa faute.
Mahomet le guerrier riait-il ? Riez, riez souvent. C’est un signe d’intelligence à mon avis. J’aime les humains qui rient volontiers. Ils me rassurent :ils ne se prennent pas trop au sérieux, ni eux ni ceux qui les entourent.
12-
Lisez cela : « Le Québec est fier d’avoir un auteur exportable… », et « Cessons… avec nos bébittes nationales… », et « oublier le terreau québécois… », et « ne pas toujours se justifier d’être nés ici… », et « soyons libres de nos racines… », et « roman de haut biveau qui dépasse nos frontières… », et « New-York, Budapest ou Montréal, quelle importance… ». Pour louanger « Music Hall ! » de Soucy voilà les arguments d’Odile Tremblay, samedi dans Le Dev. C’est très curieux. Le colonialisme d’ici fait cela. Un racisme inverti, je le répète. Un bon roman québécois peut se dérouler à l’Abord à Plouffe ou à Singapour cela est très certain. C’est quand on invite au déracinement volontaire que c’est très inquiétant. Relisez les phrases ci-haut. Plus complexée que l’Odile tu crèves !
À la télé récente, bon documentaire sur Lénine. Il recevait 7 millions de marks allemands pour son ouvrage « de sape » en Russie combattante, sa patrie. Un salaud rare ! Manipulée volontairement , utilisé grossièrement, Vladimir Oulianov, accepte sa traîtrise pour son idéal de révolté. Les boches s’en frottent les mains. Qu’il sème la pagaille chez lui (guerre de 1914) et on aura la Russie en moins comme opposant ! Songer au pacte de paix entre Hitler et Staline en 1940. Le petit bourgeois révolté, comploteur anti-monarchiste, caché en Suisse, acceptera souvent des fonds allemands par las suite. Il ouvrira, près de Paris, son école de révolutionnaires. Urpris par les anarchistes (du Potempkine, 1905) il tentera d’aller contrôler la locomotive inattendue ! Surpris de nouveau par les émeutes de 1917, il court au devant de la victoire du peuple écrasé. Il n’était pas prêt du tout, alors il va faire vite. Une armée..Rouge, ah, la police !, et des camps pour les dissidents. En avant, la loi et l’ordre. Les appels aux délateurs. Il n’en manque jamais dans ce situations. Je songeais encore à « La sagesse… » de F. au « sauvons le peuple malgré lui ». La terreur s’installera vite. Un sacré bon document à la chaîne publique, T.Q.. Qui dit que la télé ça vaut pas de la schnoutte ? Pas moi. Suffit d’ouvrir l’horaire, non ?
13-
J’ai observé le célèbre Silvester Stallone (« Sly » pour les intimes) à « Actors Studio » de James Lipton. Le —devenu riche— gaillard a de la jarnigoine. Bonnes réponses aux questions du Lipton. Modeste et, à la fois, sûr de lu. De ce qu’il a pu accomplir avec ses moyens limités. Il sait bien qui il est. Qui il a été —gamin pauvre de Philadelphie— et qui il souhaite devenir. Trop facile de cracher avec mépris sur cette sorte de « gloire hollywoodienne ». L’acteur a répondu avec modestie aux questions graves.
Il rigole aussi, ah « l’homme qui sait rire »! Il devine la caricature qu’on peut extraire de ses films « commerciaux ». N’empêche que son premier scénario (et premier film) du « pauvre petit boxeur des faubourgs gonflé de la volonté de s’en sortir » avait du caractère. Que moi, comme tout le monde, j’ai applaudi très fort son succès dans le temps. Je devinais que le Sly défendait sa vie, son avenir. Après, ce sera la lucide acceptation de l’exploitation commerciale d’un excellent « personnage ». Et puis le matamore « Rambo », jamais vu. C’était son droit.
L’éditorialiste Mario Roy ne supporte pas l’antiaméricanisme primaire. On lui donne raison mais ..il y revient sans cesse. On finit par le croire « apôtre étatsunien, zélote aveuglé sans nuances. Il tombe dans le travers de ce qu’il dénonce. D’une part, oui, il y a une haine étrange et sordide (en France, c’est une folie, haine et amour emmêlées), d’autre part, on ne peut ignorer des comportements impérialistes. Roy n’en revient pas du fort succès des livres —Chomsky, Moore, et, sans doute, celui —qui vient de paraître — par Peter Scowen, auteur d’ici avec son « Le livre noir des USA » (aux Intouchables). Il devrait mieux se questionner. Pourquoi justement tant de méfiance ?
La Gironnay fesse la vieille fontaine lumineuse du Parc Lafontaine, elle larange en « mocheté », en mobilier urbain à jeter. Oh ! Nous l’avons tant admiré, enfants. Bouches ouvertes grandes face à ses rayons de lumière multicolores. Avec des « oh ! » des « ah ! » Candeur ? Oui. On a de la peine à lire des méchancetés sur les bonnes vieilles bebelles de nos souvenirs émus. La fille de Monique Leyrac a beaucoup voyagé ? Elle a vu, jeune, des beautés plus solides ? En 1940, petits morveux pauvres, nous n’avions que cette fontaine aux lumières joyeuses. Pour tomber en pâmoison les soirs de canicule.
Un petit soleil timide tente de se montrer. Trop tard. Le souper (un potage seulement est servi) monsieur Galarneau car demain matin je serai en examen de prévention (Aile veille et l’exige) avec mini-caméra au rectum (coloscopie le nom, je croois) —ouash !— à l’hopital de Sainte-Agathe. Je déteste cela. Mais faut…sinon, moi mort, plus de journal ! Quelle grande perte hein ? « L’homme qui rit »… même à la veille d’un examen maudit !

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