Le dimanche 15 septembre 2002

1-
Pluies abondantes cette nuit, c’est certain, j’ai vu la bouche d’égout, ce matin, recouverte de détritus (descendus du Sommet Bleu ! Ciel fait de miscellanées ce dimanche : nuages, du bleu, du gris translucide et des blancheurs opaques !
Jeudi matin, on file vers cet examen des intestins du bonhomme. J’avais avalé la veille une fiole de laxatif spécial. Trois visites, mercredi soir, chez Oncle Charlie ! Le matin, à l’aube, réveil et autre fiole à avaler. Trois autres visites jeudi tôt chez Charlie ! Rendu là à Sainte-Agathe…ma peur. Mon trop faible seuil de tolérance pour la douleur physique. La douleur morale, nous autres, les mâles, amenez-en…mais la physique, oh brr ! Une infirmière à qui je dis cela rétorque : « Oh oui, ça, les braillards en pantalon, nous le savons bien » !
Alors, comme toujours, je multiplie les blagues dès le bureau d’accueil de l’hôpital. Trois préposés rient bien fort de mes facéties. À la fin du protocole à paperasses : « Et je veux être incinéré, notez cela ! »
Aile rigole derrière moi. Me dira : « Tu as été d’un drôle rare ! » Oui, la frayeur m’inspire. Pour compenser je fais le clown. On me rassure : « Vous aurez du valium et aussi de la morphine ». Quoi ? Mais c’est une piquerie Sainte-Agathe ? Tout se passa bien malgré l’heure de retard, mon toubib appelé à l’urgence. Aile qui veille sur son grand homme (!), ira lire son journal —fumer dehors— avaler un café à la cantine. Retour et elle lit un rapport médical : « Chanceux, pas un seul polype ! »
Mais c’est écrit aussi : « Coeur anormal » ! Ah ! C’était —ces palpitations— la peur de souffrir, j’en suis certain. Mon doc-Singer, quand il lira ce rapport, va vouloir m’envoyer à un vaste examen du cœur, je le suppose. On en sort jamais quand on accepte de mettre un doigt dans l’engrenage à médecine. Je déteste ces examens.
2-
Hier soir, « cinéma du samedi », comme jadis plus jeune, en bas de la côte. « 8 femmes » de François Rozon. Sorte de parodie des mélos et des polars. Avec des morceaux chants. Entendre la « vieille » Danielle Darieux, entonner le Brassens de « Il n’y a pas d’amour heureux » est une chose à voir absolument. Ozon a organisé avec ses « vedettes » —Fanny Ardant, Isabelle Huppert (fort amusante, on venait de la quitter, à Artv, jouant « Médée » à Avignon), la jeune Ledoyen (vue en Cosette dans « Les Misérables », d’autres « stars »— une sorte de music-hall avec des moments d’un humour total. Bon divertissement.
Ce matin, sortie encore (des cartables) de mes pontes pour la Francine de Villeray qui doit venir faire son tour en fin d’après-midi. « Avec une surprise pour vous », me dit-elle au téléphone ce matin. Eh ! J’ai mis des cordes à linge ici et là, comme une sorte de lien visuel. J’ai arrangé ma « tête de Christ saignante » en une bannière géante et ai ajouté, en bas, deux porteurs, fiers ligueurs t du Sacré-Cœur ». Content, content. Qu’elle vienne !
Étonnant « Forest Gump » (Hanks) chez Lipton à Actors Studio. visionné (retour des « 8 femmes »), hier soir. Un comédien tonnant qui fit florès dans « Sauvons le soldat Ryan ». Fascinant entretien. La Cousineau (La Presse) juge René-Homier Roy à son zénith avec notre série du même genre…qui s’en vient (avec Luc Picard le surdoué). Hâte !
Avons vu aussi Lindon-le-tiqueur chez Rapp, Artv, à « Feux de la rampe. » Fascinant aussi. Découverte que nous estimons grandement, Aile et moi, ces conversations libres avec des comédiens fameux. G. Tod dirait : « Tous des vendus ! » Qu’il aille au diable cet amer-loque ! Le plus souvent, c’est très bon, très instructif aussi.
3-
Vendredi soir immense déception à la première de « La preuve » chez Duceppe. Pénible. Un gros succès à Broadway. Les chercheurs y vont (à New-York ou à Londres n’est-ce pas ?) , constatent le succès là-bas et s’imaginent, les paresseux, qu’il n’y a qu’à reprendre cela à Montréal. Oui, paresse insigne ! Ça ne marche pas toujours. Quatre bons acteurs mais… cette histoire plate m’a assommé. Le public debout à la fin, l’ovation comme pour se faire valoir, un rituel niais, automatique chez nous. Une générosité mécanique insignifiante. Dire qu’au CEAD (pour auteurs non montés), grand lot de textes québécois qui attendent. Du tas, il doit bien y avoir plusieurs bons textes, non ? Colonialisme courant. Avec la paresse, la prudence conne. Racisme inverti toujours.
Chez Duceppe, le brillant caméraman de télé, Claude Bérard, tout content d’avoir appris, sur une plage de Pointe-Calumet, que je l’avais cité (avec un Robert Low) chez le Derome des fêtes de la SRC. Honneur au mérite. Tous ces gens —des coulisses— inventaient sans jamais obtenir la lumière méritée, hélas !
Samedi matin, redécouverte du trou derrière notre condo. Vaste « ground zéro », ça fait peur. Machines à l’ouvrage. Monstres avides ! Le roc que l’on case sans cesse. Le vacarme. Vite fuir au chalet !
J’ai envoyé deux « donquichotte » —farfelus, avec la plume au poing— à Trois-Pistoles pour la couverture du journal. Victor choisira. Suis un peu inquiet de ne plus recevoir les épreuves du texte… J’avais courriellisé à Beaulieu : « Votre réviseure : pas couper sans me prévenir, gardez les météos —mon trade mark quand j’ouvre une entrée. Et puis laissez les mots anglais « au son ». À part ça, pas besoin de me faire relire ma copie. Pris au mot ou quoi ? Sortira-t-il à la mi-octobre tel que promis ? Doutes !
4-
Francine Ladouceur —concert et expo à Saint-Arsène pour son projet de « La petite patrie »— sort d’ici avec son cher Delphis. Elle a vu mes ouvrages graphiques. En silence. Pas son genre de « belle peinture » peut-être ? Tout baigne cependant mais elle est pas en bonne santé. A semblé apprécier assez mes « barbeaux »… Je choisirai une quarantaine d’élus, il y en 75 dans mon grand cartable noir. Ça devrait aller. Confiance obligée bien que… Francine semble se buter sur de tas de pépins. Eh ! J’en organise-t-y moi de tombolas, des soirées artistiques, tic, tic ? Non. Je sais trop ce que cela représente d’ennuis divers. Je la trouve bien vaillante. Ma crainte de voir, au bout de tous ce bénévolats, une sorte de fiasco. Tant pis. J’aurai ramasser des images pour l’album accepté chez Sogides.
Vu « Justice » de Durivage à la SRC. Sa première. Très bon travail. Horribles découvertes sur… Dame justice ! C’est noir.
J’ai commencé à lire un bouquin un peu bizarre. Un récit vécu par une reporter, Lucie Pagé. « Mon Afrique » raconte sa vie en Afrique-du-Sud, séparée de son jeune fils, Léandre qu’elle adore, car l’amour l’a frappé. Un subit coup de foudre à Johannesburg. Avec un beau chef syndical d’origine indienne. Un tribun connu là-bas. Un militant farouche, pas très disponible, ami de Nelson Mendela, le grand chef libérateur respecté. Tiraillement. Elle se juge « mauvaise mère », sombre dans la dépression, Ne sais plus si elle doit abandonner cette aventure romantique si loin de son petit Léandre. Je crois bien que je vais y découvrir des tas de faits sur « la vie quotidienne à l’étranger » quand on veut et garder un amour et travailler en reporter pour une télé ou une radio d’ici. Intéressant.
5-
Aile débute le « Music Hall ! » de Soucy. Je ne dis rien. On va jaser après lecture, ça…
Le cheuf de « Tous les matins » à la SRC, Stéphane Tremblay : « Soyez en studio Claude, mardi à 9 h. Vous continuez votre récit sur les garçons démasculinisés… Comme un feuilleton ». J’ai pris des notes. Vendredi soir, pizza au four chez « Grand Pa » à Val David avec des voisins, les J. Rires nombreux autour de la table et Pauline J. en avait bien besoin elle qui a la santé bin maganée ces temps-ci. J’ai encore remis à Jean –Paul J. ma copie du « Couac ». Il aime la satire.
J’oubliais : Vincent Lindon avec Rapp : « Des gens me rencontrent et me disent : « Quoi, vous vous souvenez pas de moi ? Je fus figurant à vos côtés dans tel film, il y a dix ans ! » Il dira : « On ne semble pas comprendre que, depuis, j’ai croisé plus de mille personnes ! » À mon échelle (réduite, je ne suis pas un acteur connu), cela m’arrive. Comme disait Lindon : « On dit , ah oui, je vous reconnais maintenant », par politesse ! »
6-
Fameux deux heures chez «Zone libre » encore. Un documentaire sur les « fous d’Allah » signé Hynes, par la BBC. Genre d’émission rare, hélas. Qu’on ne voit pas ailleurs sur les autres chaînes francophones. Pourquoi donc ? L’achat de forts documents, faits en des pays étrangers riches (de monde ), ne coûte pourtant pas si cher !
L’émission montrait clairement que l’on achète la paix. ET la guerre aussi ! Des alliés douteux. Promesses dangereuses. Calculs mesquins aussi. Offres d’armes bien souvent ! (Oman, Pakistan, etc. ) Le monde de l’orient en pauvres gueux qui quémandent des subventions sans cesse si on veut les voir se ranger de votre bord (USA).
Morale tragique ? Le populo qui trépigne… dans les rues mulsulmanes, qui est scandalisé par ce alignements subits ! Des chefs qui font des marchés assez sordides. Tractations immenses, louches, d’une vénalité horrible. Montage politique branlant alors. La Maison Blanche tient les guides. L’hyper-puissance (Washington) force la main… Manèges honteux mais c’est de la « realpolitik » je suppose. Le contrôle des fougueux Chefs de guerre de l’Alliance du Nord, en Afghanistan, est un casse-tête délicat. Kaboul avec la majorité (Patchoum) était l’enjeu.
Je voyais clairement la fragilité de toutes ces tribus en rivalités perpétuelles et qu’il faut absolument tenir à l’œil. Une farce ? Ou bien une comédie ? Non, une tragédie terrible.
7-
Je repense souvent à « La sagesse de l’amour », l’essai de Finkielkraut. Je le relirai. Il fait mal. Il me fait repenser à des notions trop vitement ignorées. Sur l’amour. Que c’est « fatiquant »…repenser ce que l’on croyait classé, acquis, hein ?
Dans un grand ciel blanc, soudain le soleil se trouve un passage. Tout s’illumine. Envie d’aller calculer ce manège dehors. À plus tard donc, ces commentaires sur d’étonnants courriels reçus.

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