Le mercredi 18 septembre 2002

1-
Ce matin, comme hier, beau firmament, beau bleu poudre ! Les froids automnales sont là. En allant à me gazettes et à nos « cibiches » maudites, je remarque la brume sur le lac, l’humidité sur notre petit trottoir de bois, les vitres de la Jetta noire toutes embuées de vapeur et cet air froid dans le narines. Au retour, faisant le café, je jette un regard sur mes maillots de bain dans la cuisine : ça achève les saucées hélas ! Avec cet été si chaud, si beau, ce fut mille baignades et c’est, mais oui, la fin bientôt !
Déjà nostalgique des chaleurs. J’aime tant l’été. Seul prix de consolation avec octobre bientôt : les si belles couleurs ! Sang et or. Après… ce sera l’hiver. Bizarre, on dirait que j’ai fini par accepter cette saison blanche. Mais oui, moi, l’héliotrope ! Depuis 1975, fini le ski alpin, fini d’aimer l’hiver. Maintenant, je veux bien revoir —admirer même— les blancs manteaux à venir. L’enfance revenue ? Les petits aiment bien l’hiver, pas vrai ? J’ai donc changé. Je ne souhaite plus autant m’exiler —pour au moins deux mois— au soleil…de la Floride ou de la Côte d’Azur. Je ne fais plus de calculs ou de recherches, j’en étais à Carcassonne ou Perpignan…Fini. Non, content de me ré-enquébécoiser à fond, au fond.
Réveil tôt ce matin. Vainement. Devoir aller chez le denturologue (?) pour en finir avec ce qui me reste de vrais dents ! Coup de fil pour confirmation et, erreur, c’est demain le rendez-vous pris. Céréales, cafés, journaux et puis monter au clavier-à-mots.
2-
Où étais-je donc cette nuit-là ? Immense mégaplexe ? Vaste restau. « La Sirène », où l’on a mangé encore de la pieuvre grillée récemment ? Multiplié par dix, luminaires flamboyants, aussi une vaste salle de spectacles. Je suis à la fébrile recherche d’Aile un peu partout. Invisible ma sœur d’amour. Invisible. Je croise des camarades, des connaissances comme lorsqu’on va à « L’Express » ou au « Continental », sites connus pour artistes entre deux spectacles. Non, personne ne l’a vue ! Puis, tout se vide. Plus personne quand je retourne à la grande salle. Que quelques nettoyeurs affairés entre les rangées de fauteuils. Dans une salle des coulisses, un maître de danse, de ballet ?, me voit et me choisit. Oui, oui, je dois embarquer dans son… aventure. Danser ? Il est fou ? Il se fiche de mes protestations et m’indique des positions à prendre sur la scène fantôme où des marques au ruban gommé font des zigzags. Je me laisse un peu faire. C’est un tyran. Aveuglé. Qui crie sans cesse. Buissonneau jeune ? Voici des amis, tous en collants ! Gaétan Labrèche, à qui j’avais dédié un texte à vingt ans, Claude Desorcy, avec qui je faisais du théâtre amateur dans Villeray. Qui est ridicule avec son collant tricoté, en grosse laine verte. Le dictateir gueule, vite, on doit débuter la répétition. Je ne sais trop quoi faire, où aller. On va vers le théâtre vide. La troupe est en effervescence. Je vois, tout autour de moi, des danseuses dénudées, d’un érotisme vulgaire, avec des gestes obscènes, ça reptilise au sol, ça se garroche les uns sur les autres. (« La la La, human step » vu à Artv récemment ?) Des duos d’un burlesque total. Ballet de vulves à l’air, de pénis exposés ! Dois-je vraiment participer à cette danse cochonne ? Réveil. Comment bien décoder ce drôle de rêves ?
3-
Très bon film (quatre étoiles) loué hier soir. Très, mais vraiment très librement inspiré par « l’affaire-Jean-Pierre Romand », le fameux menteur escroc assassin —dont j’avais lu le bon livre tiré de cette affaire :
« L’adversaire »— le cinéaste Laurent Contet a signé : « L’emploi du temps ». Aile et moi envoûtés totalement par l’athmosphère de ce récit filmique prenant. Une auguste lenteur, un climat fascinant, on est renversé par cet homme, bon père de famille, chômeur qui se déguise, qui se camoufle, renfermé dans son mensonge, inquiet, ravagé. L’épouse terrassée d’inquiétude sourde, elle devine l’imposture, les trois enfants comme devinant ce bon papa menteur, avec un « emploi du temps » fabriqué. La cinéaste Nicole Garcia présentera aussi « sa » version de l’histoire sordide de Romand —qui est aujourd’hui un bizarre « Jésus freak » en prison à perpétuité.
« L’emploi du temps » bifurque tout autrement, à la fin —heureux et soulageant « happy end— le malheureux imposteur s’en sort très bien. Aile et moi, ahuris –excellent, l’illustration de sa folle dérive— par le cheminement pitoyable du héros (!), avons poussé un « ouf » tout content du « salut » enfin trouvé. Il faut un sacré talent de cinéaste pour avoir su rendre aussi parfaitement la solitude du trompeur, il triche partout, dort dans s voiture, extorque ses ex-camarades de travail, rôde dans l’entreprise suisse (relevant de l’ONU) où il dit qu’il est un décideur important en coopération franco-africaine (!). Ah oui, voilà du cinéma loin du Hollywood commun, riche de fond. Ce Laurent Contet n’a certes pas fini de nous surprendre.
J’ai dit franchement à Aile que ce gaillard perdu, angoissé, culpabilisé, m’a fait me souvenir d’un temps (1967-1977) où elle était ma secrète maîtresse, que je devais calculer sans cesse des mensonges plausibles tout autour de moi. Aile m’a regardé longuement en silence. La défunte épouse convaincue —ce qui m’arrangeait au fond— que j’étais une sorte de play-boy, de don juan, alors que je n’avais qu’elle, Aile, en tête et au cœur. Dans « L’emploi du temps » le trompeur, qui est fidèle à sa femme, s’enlise horriblement par vanité folle. Viré de son emploi, taisant ce fait aux siens, il va se forger toute une existence mensongère. Dans la vraie vie, ce Romand ira jusqu’au vol de son entourage et puis aux meurtres de tous ces complices involontaires. Il faut lire « L’adversaire » car on dit que le film de Garcia n’est pas bien bon.
4-
Vendredi matin, à « Tous les matins », on pourra voir Tit-Claude en acteur (un rêve de jeunesse!). Avec Paul Houde j’ai osé accepter de faire un bref sketch comique. Que j’ai aimé ça ! Houde, marchant au démaquillage (on porte même des perruques !) rigole : « Nous voilà revenus aux « Tannants » du Canal 10 ». En effet ! Et je me suis souvenu aimer beaucoup regarder les folleries des « Tannants », ils me reposaient de mes travaux sérieux. Le burlesque est une fameuse détente pour les esprits occupés.
Hier matin, en studio, je complimente Tremblay, mon illustre camarade : « Tu deviens beau, tu vieillis bien, Michel ! » Lui : « Je sors d’une maudite maladie, Claude, et je dis maintenant : rien comme ça pour vous redonner la santé »! Il a sans doute raison. Il semble péter le feu. Mais je n’ai pas grande confiance à ce projet du « feuilleton-radio » avec sa Nana de mère, à coup de dix minutes tous les matins.
Souvenir : Raynald Brière, le « boss » à CJMS, dit « oui » à un projet de « radioroman ». À New-York, ce « retour du genre » connaissait du succès solide. Je suis engagé pour un texte-pilote. Trente minutes de polar. On le fera au micro. Et on le fera entendre à un « groupe-test ». Fiasco : tous disent : « Non, on veut pas juste les entendre, on veut les voir ». Abandon aussitôt du projet.
Hier soir, encore une autre entrevue ratée par « Le grand blond…» de TVA. La drôle Sylvie Moreau —je l’aime tant à son « Catherine »— se montre au naturel. Fiasco là aussi. Candidement elle déclame : « Je suis une vedette », « je suis une experte dans mon domaine », « nous avons un très grand pouvoir sur le public », etc. Ça sombre dans le marasme interviewellique ! Quand on installe Labrèche (acteur avant tout) dans un contexte dramatisée, il est bon. Hier soir, avec le « vrai « grand blond », Pierre Richard, dans sa cave fictive, avec une fausse épouse momifiée, du « blé dingue » à éplucher, un faux cousin en « siffleur » étonnant, nous avons beaucoup rigolé, Aile et moi. Il arrive que cet étonnant Labrèche me fasse peur. Il y a du névrosé chez lui et je m’inquiète, à l’occasion, pour sa bonne santé. On le sent alors tout fébrile, au bord de péter lres plombs parfois. Sa recherche compulsive d’originalité à tout prix fait plaisir à voir souvent, plonge, à l’occasion, dans un surréalisme douteux. Son culot (un front de beu !) à Paris avec Thierry Ardisson, lundi soir, fut fameux. Une prouesse rare. On constate que ce jeune Labrèche n’a peur de rien, est prêt à tout. Qu’il n’a aucune peur du ridicule… qui guette ses performances « flaillées ». Chapeau pour cela !
5-
Vu trente secondes, hier, Serge Bélair. Une réclame (assommante) de « Brault et Martineau. Mécanique. Ce vieil animateur est bafoué par « le beau milieu ». Moi aussi je le croyais vide. Or, CJMS fermé, on m’invite à CKVL, rue Gordon, à Verdun comme critique de spectacles et de télé. Je découvre un bonhomme fort sympa, plus cultivé qu’il ne le laisse paraître, généreux et d’une amabilité totale envers ses co-équipiers. Certains « portraits emblématiques » noirs ont la vie dure. Bien sûr, il y va de trop de concessions au « monde des marchands » et, un jour, un animateur populaire doit payer pour ces abus-là.
Mardi matin, brève « table de débat » à « Tous les matins ». Ma chère Clémence en belle forme. L’humour et les femmes. Thème dangereux. J’ai parlé de la vanité féminine (un pléonasme ?) qui empêcherait la « feumme » de s’essayer trop souvent en humour corrosif. Lundi matin: « Notre camion micro-ondes, M. Jasmin, ne peut aller à Sein-Ad’Aile. Pourriez-vous descendre, à 17 h., le retrouver au Palais de Justice de Sein-Gérôme ? C’est pas bien loin ? » J’accepte. C’est payant. Mais oui. Mini-débat : doit-on punir sévèrement ou non cet ado tordu et niais qui se déguisait en tueur à son école (à la Lépine aux HEC) ?
À la caméra du « 17 h. » de Bruneau et Charon, je réclame le retour de la sévérité ambiante de mon jeune temps, une punition exemplaire et dissuasive pour d’autres petits cons déboussolés. Mon vis à visa, à Québec, est un prof de cégep et joue la carte du laxisme, de la compréhension. À 18 h.30, TVA annonce que la plupart de leurs correspondants (ô internet !) me donnent raison :c’est oui, à une punition sévère ! Ouf !
6-
Mardi soir à RDI, un bon documentaire (fait ailleurs encore !) sur…la Palestine encore. Des mouvements clandestins et bien organisés comme le Hamas ou Ezbola ont salopé, torpillé —attentas terroristes— les accords d’Oslo, entre Shimon Pérez —travailliste débarqué par le Licoud droitier et Nethanayou— et Arafat— pour une paix négociée là-bas. Ces purs et durs clandestins à Gaza comme au Liban, proclament : « Les Israéliens ? Tous à la mer »! Point final. Les populations civiles en bavent. Des deux côtés. Du sang sur la rue, dans un café, dans un bus, dans une disco ou…répliques funestes de Tsahal, dans des taudis palestiniens. L’horreur sans fin.
Au début de ma lecture de « Mon Afrique », découvrant une belle jeune fille de soldat d’Ottawa, d’une mère prof chez les Innuits, recherchiste à l’ex-série « Nord-sud » de Télé-Québec, devenue reporter-pigiste (radio de la SRC) en Afrique du Sud, mère séparée d’un garçon, qui s’amourache vitement de son bel interviewé, Indo-africain, bin…je résistais à ses complaintes larmoyantes. Elle verse de torrents, frise la dépression. Or, ce « Mon Afrique » de Lucie Pagé contient aussi une formidable source d’informations sur l’histoire de cet Afrique pas comme le reste du vaste continent si pauvre.
Je ne regrette nullement d’avoir continué ma lecture. On y trouve, d’une part, une Blanche qui va épouser son bel « interviewé », un chef de syndicat devenu ministre du Président (libéré de prison) Nelson Mendela, avec jolie maison, piscine, tennis et cours d’équitation pour les enfants. Mais on y trouve aussi une brève histoire de ces surprenants sudistes, venus de Hollande d’abord, et puis d’Angleterre avec demi-domestiques importés de l’Inde (tel Ghandi), tampons utiles, pas trop Noirs quoi.
On songe à nos Irlandais d’ici longtemps tampons utiles pour jouer auprès de « nos bons maîtres » les demi-boss. Vraiment une lecture captivante.
7-
Oh, fierté québécoise nouvelle ! Acclamations partout lundi matin ! Un certain Charles Dionne —à San Francisco, USA— a battu toit le monde et, incroyable, le grand champion Armstrong dans une importante course de vélos. Ces succès (Cirque du Soleil ou Céline Dionne) sont d’excellents remèdes à nos colonisés, aux victimes du racisme inverti, qui répandent que nous ne valons rien.
Vu « Bunker », deuxième émission. Même sentiment d’une caricature forcée. Manichéisme puéril. Symbolisme —les cabinets de toilette où l’on est tout nu, à la in des moutons sur estrade de congrès… d’une candeur molle, vaine. Les fourbes sont très noirs. Aucune nuance. Donc aucune investigation intelligente de l’être humain. Tout en surface. L’excellent acteur, Savoie, en financier retors, —il va tomber carrément au sol en apprenant une sentence de son candidat-poulain— devient ridicule à force d’une peinture grossière par Dionne et Houle.
Pas du tout envie de suivre « Bunker ». Suis pas un mouton (!) pour manipulateur démago. J’ai compris le propos : « Mes dames, messieurs, le monde de la politique n’est que marionnettes et manipulateurs sans conscience. Fin.
Dénoncés, les créateurs disaient : « allons, un peu d’humour ». Or il n’y a aucun humour là-dedans. Il y a mépris total. Seule scène solide en une heure, la rencontre de Rémy Girard avec Micheline Lanctôt (mauvaise actrice cependant). On cessait enfin les coupures sans raison et les mouvements futiles. Il y a aussi Louise Marleau, fascinante, mais avec un rôle pas moins carré que les autres.
8-
À RDI, au début de la semaine, à « Grand reportage » —par la France : que de dumping !— : « Où est Ben Laden » ? Comme les albums (qu’aimaient tant mes petits-fils) « Où est Charlie » ? Stupéfaits, nous découvrons, là aussi, une fois de plis, la vénalité des « colonisés », les marchandages abjects : crachez du fric les amerloques et on va collaborer à dénicher notre merveilleux chef spirituel, le richard saoudien, Ben !
L’émission illustrait clairement que les USA ne pouvaient se fier à ces…mercenaines-girouettes. On dirait le Vietnam encore. Bref, après tant de bombardements de cavernes, de bavures (un mariage saute : 40 morts ! On tue des Canadiens !) : bin, pas de Ben ! Un échec quoi ! Instructif en diable. Même riches, armés jusqu’aux dents, ne débarquez jamais sur un sol inconnu, étranger. Ce sera la noyade. Le gaspillage effrayant. Oui, comme au Vietnam.
Je disais, au départ, le 11 septembre : folie de déclarer « la guerre » au terrorisme. On peut les pourchasser, tenter les déjouer, certes. Et il le faut. Mais la guerre suppose un ennemi visible. Le terrorisme est affaire de cachettes, de maques, de clandestinité. Al Quaïda est partout et nulle part. G.W. Bush jouait sur un mot pour obtenir des adhésions. Il n’y a pas de croisade possible quand il n’y a pas de terrain délimité. Ils sont à Chigago ou à Syracuse. À Plattsburgh ou à Boston. À Beyrouth ou à Paris. À Londres ou à …Montréal. Cette folie —la guerre— saigne le budget USA. Et ce n’est pas fini. Le W —ses sbires-faucons galonnés —songe à envahir le pays de Hussein ! Et puis où encore ? La Corée du Nord, la Lybie, ça ne finira jamais. Et les brillants espions de la CIA qui ne parlent qu’amerloque, pas un mot d’arabe…. pas un mot de Coréen, gageons-le. Un espion encombré de traducteurs, bin, ça se voit et vite, non ?
Un sergent des « marine » déclare aux envoyés de cette télé de France : « D’abord, de chez nous, on avait cru à des misérables et là on découvre qu’ils sont brillants, très intelligents et bien mieux organisés et équipés qu’on pensait ». Il avait tout dit.
9-
Vélo lundi matin. Du rouge aux crêtes de toutes les collines (il n’y a pas de montagnes dans les Laurentides). De l’or ici et là, aux bouleaux timides. Déjà ? Des fleurs de fin d’été dans les ravins. Moins d’eau furieuse aux si belles cascades de Val Morin. Terrasse ensoleillée encore (pour les œufs et les rôties avec confiture aux framboises ) tout de même à Val David. Chaque fois, Le Journal de Montréal offert. Bourgault y a un bon papier. Il cognait sur les Israélites d’ici devenus paranos face à l’émeute à Concordia. Oh ! Il va encore se faire désigner (j’ai connu ce manège pitoyable en 1988 à Outremont ) comme antisémite néfaste car on sait qu’il est interdit de parler librement sur les Juifs depuis l’horrible carnage des nazis. Ils sont tous beaux, bons, fins, parfaits !
Un article bien troussé. Sa belle « moyenne au bâton » et, je l’ai déjà dit, la chance de parler avec un très vaste public. Chanceux le Pierre ! Mais trop plein d’annonces, à pleines grandes pages ! Le succès commercial complet attire les marchands rue Papineau !
Très bon film —« Mon ennemi intime »— revu à la télé sur le cinéaste allemand Herzog (bien maso) et l’acteur fou Kinski (qui fut dirigé par David Lean et Berthold Bretch), Kinski (il s’est pris pour « Jésus revenu » un temps !) bien sado: un couple d’artistes vraiment étonnant. Aimerais visionner « Aguire, la colère de Dieu », dont on montrait des extraits et le « making off » tortueux, ou bien ce récit d’un bateau transporté au delà d’une montagne en vue d’un opéra à fonder dans les Andes, j’ai oublié le titre. Des films curieux, pas banals du tout !
10-
J’oubliais : les techniciens de TVA me parlaient de mon retraité de frère, Raynald, chef —aimé je crois— longtemps à TVA. « Tu l’as vu récemment, notre ancien petit boss » ? Ma gêne ! La réalité : on ne se voit plus guère. Il a son monde (sport, voyages, découverte des plaisirs de la pêche, etc.) et j’ai le mien : Aile et Aile… avec Aile, mon journal et mes projets ? Je regrette, il était mon cadet de cinq ans et je fus, si longtemps, son moniteur de jeux. La vie ! Je veux, je vais, lui passer un coup de fil.
Colère populaire. À Asbestos, referendum : « On veut la fermeture de la ville » ! Je comprenais mal. Comme partout, on veut du fric. Notre fric. Aile scandalisée. Je tente : « Écoute, une société solidaire, humaine, c’est cela. Il est arrivé un funeste coup du sort à Asbestos —fermeture de l’unique grosse usine— bon, on doit les aider, payer pour les déménagements de nos concitoyens malchanceux là-bas, pas vrai ? ». Aile se tait, médite ça.
L’étrange mépris du français au Festival de Toronto par une célèbre actrice de Paris : Catherine DeNeuve toute surprise que notre reporter Chilio-québécoise, Alexandra Diaz (au parler fort nasal)—envoyée dans ce pays étranger, oui, oui— la questionne en français et veut ses réponses en français ! Mystère ? Pas vraiment. Elle est en « amérique », comme aux USA. Parfaitement. Toronto, elle l’a bien vu, est une ville américanisée jusqu’à l’os —excepté à son université d’intellectuels qui se font accroire qu’il y a une « culture canadian ». Elle cause american quoi ! Pour elle, Québec, c’est un autre pays. Et elle a bien raison. Elle sera pas moins surprise si, au Brésil par exemple, un reporter la questionnait disons en allemand ! Eh !
11-
Hier matin— à « Tous les matins »— entre la table à débat, l’entretien du « papi » où je raconte que mes petits fessaient le Gros Giguère (un érable commun et méchant qui étouffait un petit sapin), avant de jouer le sketch —pour vendredi matin— je vole —à pied—vers un de mes éditeurs, Pierre Graveline à Sogides, rue de la Gauchetière. Notre projet d’album illustré ira bien. Il voit mes 40 illustrations. J’en avais maintenant 60. Il dit : « c’est beaucoup ». Je lui dit de ramener cela à 25 aquarelles. Il a besoin d’un semaine pour les photogravures (par ordinateur). Bon. Tout baigne.
Dans une semaine, j ‘irai porter ces 25 élus chez l’encadreur de Francine Ladouceur. Le 14 octobre :expo —et concert avec Luc de la Rochelière— au sous-sol de Saint-Arsène, rue Bélanger. Dimanche, ici, à Sein- Tad’Aile, Francine —avec son Delphis fidèle— a vu mon stock de graphignages en couleurs ! A paru satisfaite mais un peu étonnée. Je crois qu’elle a une autre conception de l’art pictural. Elle m’a donné un paquet de billets de courtoisie pour son événement du 14 octobre.
La fougueuse Francine (d’habitude) n’est pas en bien bonne santé, se démène tout de même, me vante encore Sœur Madeleine Gagnon, avec raison. En partant : « J’espère que vous, « Président d’honneur » de cette soirée, vous allez m’aider pour la promotion du concert-expo ! »
Oh oh ! Quoi faire ? Je déteste mousser mes propres affaires. Je lui dit : « Vous devez faire les démarches aux médias, recommandez-vous de moi tant que vous voudrez ». Me demande si mon nom est vraiment un « sézame », doutes graves !
J’ai envoyé à l’Union des extraits de mes trois livres récents pour ma lectrice prestigieuse du Mardi-Fugère, Monique Miller. Chez Duceppe (où « La preuve » m’endormait) Monique : « Eille, Claude, pas trop longs hein tes textes pour le Centre culturel Frontenac ! » Je dirai à Aile : « Ouengne, pas trop enthousiaste à me lire, ta Monique ! » Aile :
« Tu la connais pas, c’est qu’elle va travailler à fond sa lecture, c’est pas une liseuse banale, Monique ». Ah bon ! Je dois aussi trouver de photos pour ce Mardi-Fugère. Diapositives en vue. Trouver aussi des photos pour le mag « Bel Âge », dont je ferai la couverture de novembre. « Urgent », dit une recherchiste !
12-
Il y a pire : demain matin, devoir souffrir chez le dentiste de Sein Tad Aile. Peur. Amenez-moi de la grosse douleur morale…nous autres les hommes… mais la douleur physique, on déteste !
Ce beau ciel bleu qui me nargue par la fenêtre. Bon. Assez. Descendre faire le lunch et ouis ouvrir une chaise et lire sur Octobre 1970, livre tout nouveau offert donné par Graveline chez « L’actuelle, VLB, Typo, Ville-Marie », etc.
Souvenir : le grand patron de ces cabanes à livres, Pierre Lespérance avait une bien jolie sœur, Suzanne. Elle allait au collège de M. Hudon, voisin de la gargote de papa —où je fabriquais mes marionnettes. Flirt. Coup de foudre réciproque. Elle a dix-huit ans, j’ai vingt et un ans. On s’embrassait au dessus des caisses vides d’eaux gazeuses (Ô gaz déléthère des amours juvéniles !) dans la cave derrière le caboulot. Amour, amour ! Puis, ma blonde de ce temps, m’annonce : « je suis enceinte. De toi ! » Aussitôt rupture avec cette belle Lespérance et prise de mes responsabilités, on « levait pas les feutres » lâchement à cette époque ! Me voit-on en beauf’ du PDG de Sogides aujourd’hui ? Serais-je « adjoint du PDG » avec droit de vie et de mort sur les manuscrits de la Maison ? J’en ris.

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