Le mercredi 30 octobre 2002

1-
Store ouvert, soleil, ciel bleu, comme lundi, comme mardi. Je rayonne. Notre terrible dépendance. Terrible. Midi. Coup de fil tantôt. « Il y a un colis pour vous, ici, au terminus des bus, pharmarcie Brunet » . Aile : « Tu n’y cours pas, non ? » Moi : « Non ». Aile : « Un exemplaire de ces premiers six mois de ton journal mis en livre, tu penses pas » ?
Allant à ses course quotidiennes, Aile ira le chercher. Sa hâte (sa crainte aussi ?) puisqu’elle n’a rien lu depuis décembre 2001 de mes… confidences. Coup de fil encore, les cinéates du docu sur le peintre Lemoyne : « Vous n’auriez pas de vieux articles sur Lemoyne » ? Moi :
« J’ai plus rien, mon jeune ami, j’ai tout « entreposé » mes archives à la B.N. ».
Ce matin Nathalie Pétrowsky est chagrine, on a congédié cavalièrement « ma mère Minou » (comment va son père, Pitou ?). J’ai trouvé son topo touchant. Ah oui « durer » ! Pas facile.
Je viens d’envoyer « mon » offre d’emploi au Devoir ( à son directeur B. Descôteaux) pour y chroniquer. Pour journaliser, diariser en somme. Ceux qui m’aiment (ne prendront pas le train ?) devraient envoyer un petit mot de soutien au Devoir. Besoin d’être m’appuyé, juste dire au « boss », M. Descôteaux, comment ils aiment lire le diariste Jasmin. Une seule dizaine de bonnes lettres et paf !, j’ obtiendrais une chronique, je le sais. Mais le fera-t-on ? Si j’entrais dans cette « cabane » de la rue de Bleury, mes afficionados pourront lire mon journal sur Internet. Et avant le lectorat du Devoir.
2-
Aile est revenu du terminus. D’en bas, son cri : « C’est lui ! Ton livre » ! C’est une boîte des « exemplaires à l’auteur ». Je descend voir le nouveau-né…
Retour. Vu. Que je le trouve beau ! Mon aquarelle brille sur la couiverure. Bonne typo. Bon papier. « Son enfant » hein ? Je le carresse. Pourtant mon 51 ième livre ! Toujours le plaisir du nouveau bouquin. Vite, coup de fil à Trois-Pistoles. Répondeur hélas ! Je lui dis mon bonheur, ma grande joie. Hâte, départ demain à 14h, de le monterer au public liseur de Rimouski. Un wek-end loin d’elle ! Aile : « Dans ton gros sac brun, je mettrai quoi » ? Le rituel. « Mon rasoir et du savon, des livres, c’est tout ». Elle grimace.
Ce soir, Télé-Québec, Martineau, « baveux » dit Cousineau, confessera le manager « Juste pour rire », Rozon. Je lis que cet impresaio, Rozon, jouait volontiers à Paris, le « maquerreau » —recrutant et payant les services d’invertis « commercaux »— de son cher vieux, Charles Trenet. « Qui appréciait les petits jeunes ». Tristesse !
« Autour de Nana » de Lepage, colleur de Tremblay, à Cbf-fm : stridence. Mais j’adore la musique d’ouverture, je le disais à Rita Lfontaine, en studio hier matin. Un vieux tango ? Mauvaise conception ? Ça jase trop fort, c’est plein de bruitage, d’effets sonores… Le philosophe Deschamps : « On veut pas l’sa’ouoir, on veut le ou’oir » !
Gazettes : 25 ième anniversaire du Salon du livre de Montréal. Il y aura 780 comptoirs de vente ! Oh mon Dieu ! Il y aura mille deux cents auteurs ! Oh mon Dieu ! Je hais ces grosses foires. Vive les salons modestes en province !
Aile ne cessait pas, hier, de louanger mon topo du matin à « Tous les matins » avec Houde et Bertrand. Sur la sexualité. Ne sais trop pourquoi. Aile : « Tu étais drôle, doux, sensible, franc.. » Bon, bon. Je jouis. J’aime tant quand elle m’admire. À l’école Bouffe, hier, deux dames me parlaient de cette émission, comment elles ont biern ri avec « vos tomate d’un jardin inconnu », de l’affaire du serin de Lynn…envolé. Toujours surpris que l’on regarde ce genre de magazines télévisés.
3-
Coup de fil ce midi de la recherchiste, Line Moreau : « Sauriez-vous jaser mardi prochain sur les voyantes, les médiums » ? Moi : « Oh oui, et comment ! » Sujet adopté. On veut plus du polémiste ?
J’entendais mon Aile détailler longuement sa visite chez sa gynéco au téléphone. Je lui gueule : « Assez, tu vas ennuyer avec ta maladie, ta peur apprendée si tu abandonnes les hormones » ! Appareil enfin refermé, elle fonce au salon et m’abreuve d’injures. Vent de colère. Oh ouille ! Je le méritais. De quoi je me mêlais ? Jai fait le serment…Plus jamais ! La « feeemme » aime raconter ces choses…physiques. Je l’appremdrai donc jamais.
J’ai posé les tapis de « coco » dehors, j’ai renisé les vélos à la cave. Is une pelle dans le coffre, brosse à pare-brise, grattoir, les mini-charrues, une au portique et une sur la longue galerie d’en arrière. Satifaction. Que la neige neige ! Oh, reste le barbàqueue à descendre ! Plus tard.
Deux platitudes de télé hier : « Bunker », via le magnéto, parodie ratée, si vaine, si ébouriffée, si ennuyeux. Aile d’accotrd : « Où est l’histoire et qui est qui, tous ces noms propres qui défilent. Erreur de débutant… à un million (de nos piastres par heure) ! Et « Vie de Jean Duceppe » (de Ménard), si mensonger —comme le « Chartrand »— aux textes lénifiants (Wojas), assommants carrément. Fadeur. Je lisais de l’autre œil poursuivant ce « Manuel à l’usage de.. » de Mélissa Blank. Pas bien fameux. Aile a commencé un Trevor Howard : « C’est bon, c’est fameux, ça part en lion… » Chanceuse !
4-
La lumière baisse sur le lac, j’allume des lampes, j’ai mis Mozart. À « Historia » bon docu sur « Rimouski brûle-t-il » ? La ville, où je serai demain soir, en feu. En 1950.
Discussion de télé hier : Dorval, l’aéroport, c’est assez, c’est trop. Le bruit. L’espace va manquer. Revenir vite à Murabel. Débat en cours. Le maire de Mirabel a hâte d’être élu au pouvoir avec… la victoire de son parti, l’ADQ. Promesses ! Des experts (dont Jacques Roy) admettent que « Dorval agrandi », à frais hénaurmes, c’est une erreur, qu’il fallait mieux utiliser Mirabel. « On verra en 2019 », dit James Cherry, le « boss » de l’ADM. Il termine : « ça relève du fédéral les aérports, alors ce maire de Mirabel élu avec Dumont…hein… » Oh ! oh ! Cette chicane : ce fut 195 millions de notre argent public au départ, puis 500 millions…À ce jour, c’est 716 millions de dollars engloutis ! En 2009, ce sera un millard, dit-on. Envoille Baptiste, crache !
Autre débat d’avions : un promoteur heureux a son aéroport pour Mont-Tremblant, à La Macaza, vosine. Il y aura deux vols Toronto-Mont-Tremblant par semaine. Les jeudis (arrivées) et dimanches (retours). Bientôt, assure-t-il, il y aura aussi vols directs New-York-Mont-Tremblant. Mirabel, vidé, qui aurait eu bien besoin de cet essor, est à 40 minutes de Mont-Temblant ! Ah ! Silence les chialeux !
Demain soir, l’Halloween. J’en ai jasé pas mal dans mes récits sur mon enfance. J’ai vu David, l’ainé de mes petits-fils, un jour, comme gêné, me disant : « Oui, je vais quêter mais c’est la dernière fois ». Puis ce fut Laurent qui abandonnait comme malgré lui, et puis tous les autres petits-fils. Avec regret, je le sentais chaque fois. Ils perdaient…l’enfance ! La candeur.
On signe des traités à l’ONU. La Russie a signé. Défense d’utiliser des gaz à la guerre. Voilà Poutine, un ex du KGB, comme embarrassé. Refusant de bien décrire le gaz puissant sur les otages et les guerillos de sa « guerre avec la Tchétchénie ». Ça sent mauvais en effet. Ça barde ! Les moscovites tiraillés. À suivre ? Ou ce sera la chape de plomb du silence d’État, sauce ex-URSS ?
5-
Coulisses : Paul Houde écoutait ma complainte : « Pourquoi on invite jamais les écrivains à jaser affaires publiques ? Il dit : « Tu as raison, on le fait aux USA, en France. On préfère seulement les « logues savants ».
Je lui parle d’une forme déguisée de censure car, souvent, les écrvains parlent clairs et nets. Délicat à la télé publique toujours bien « ouatchée » par Ottawa. Mon cas de censure mardi ? Paquette, le coordonnateur, m’explique que sa série (T.L.M.) n’a rien d’une émission d’actualités ou d’affaire publiques. Il ajouta : « Tu pourras polémiquer mais sur des sujets généraux, sociaux, pas reliés aux nouvelles quoi ». Moi qui aime tant les mélanges. Aux nouvelles, à « Ce soir » surtout, on jase souvent comme en magazines légers, non ? Oui. J’avais mon journal. Stop dans 30 jours. Aurais-je « Le Devoir » ?
Pauvre Guy Chevrette ! Il y a eu 30 études (télé d’hier) par des spécialistes qui disent que c’est « une foutaise ces droits territoriaux aux autochtones » : des tribus nomades diverses et pas de « nation indienne », des occupations brêves, jamais stables, réussies ». L’ex-ministre envoyé —pour calmer les craintes des gens éberlués par le traité signé avec les Innus— Chevrette, disait hier tout candide, tout ignare : « Quoi ? 30 études ? Ah ! J’ai rien lu de ça » ! Coups de pied au cul…
6-
Deux ans de tôle pour un vicieux pédo en garderie. Parents scandalisés par cette pénitence légère. J’allais m’énerver, Aile aussi, mais alors on voit maintenant des images révoltantes, des réfugiés traqués qui sautent des bateaux au large de Key West en Floride, qui se débattent, qui nagent avec désespoir, qui courent sur le rivage espéré… ! L’horreur ! Et grave ! Ainsi vont les nouvelles à la télé. Tu vois ceci, tu regardes cela. À la fin, tu restes assis, les bras tombés, muet, et tu ne sais plus dans quel ordre, bonhomme, il faut classer tes indignations ! Le journal télévisé un carrousel de malédictions, grandes, moyennes et petites.
7-
Avons vu un fantastique documentaire au lieu de regarder ce « Bunker » falot lundi soir, à Télé-Québec. Géniale et utile et instructive émission. Pire au fond que le pire cauchemar de fiction. Jean-Xavier de Lestrade a filmé une affaire judiciaire se déroulant en Floride, à Jacksonville. Une vieille touriste reçôit une balle dans le nez. Mort. Un jeune Noir se cherchant un job à un vidéo-club passait près du Motel Ramada Inn. Arrestation. Questionnement. Le mari, nouveau veuf, déclare qu’il est le tueur. Ptison. Six mois, Inspecteur de police (un Noir, adepte du racisme inverti) l’a brassé raide, cogné, pour qu’il signe des aveux. Le garçon de 15 ans, assommé, signe. Procès.
Ce suspense formidable est mené de façon de maître. Un brillant avocat (de l’aide judiciaire) et son adjointe vont démonter le piège raciste. Le jeune sera libéré par un jury populaire. Ouf ! Quatre mois plus tard, une « balance » dénonce le vrai meurtrier. La leçon : trois policiers pressés, incompétents notoires, ont failli faire enfermer un jeune innocent à perpétuité. Démonstration effrayante, qui glace le sang. Vive la télé de cette qualité ! Le titre ? « L’oeil ouvert ». Génial ! Une vérité encombrante même si ces flics idiots furent démissionnés de leur emploi pour être gardés, néanmoins, aux bureaux de cette station de police. Poursuite de 8 milliards de $ US par la famille. Avec raison. Ce sera donc les citoyens qui vont payer avec leur argent public cette affreuse bavure, innomable. Pas correct !
8-
Guy A. Lepage démonté, en pleine forme dimanche soir à la SRC, animant le gala de l’ADISQ. Avec des vacheries rares, tel « Ginette Reno, on le sait, n’a aucun jugement. Elle chante pour les Hells et aussi pour la Reine à Ottawa » ! Oh ! Cet humoriste, riche désormais par son succès —« un gars, une fille »— n’hésite pas à darder, à placarder, à ciker, à accabler tout ce qui bouge et remue dans son mileu. Aile et moi avons senti la gêne froide hantant le théâtre de cette étrange fête. Qu’est-ce que cela devait être là-bas, en personne, dans cette salle aux mutilations mal consenties ? Une mode ? Pour faire avaler aux téléspectateurs, au fond, une cérémonie assommante où l’on se garroche des statuettes dorées entre rivaux « obligés » piteux. Cela pourrait-il se faire entre eux, portes closes. Ce serait normal en fin de compte. Ce cirque intime ne nous concerne pas. Aussi on y jette de os, des numéros de variétés (bien menés) pour faire avaler cette sordide soupane. Comme on fait partout, des « Oscars » aux « Félix ». Jamais une création (de quelqu’ordre que ce soit, ne devrait être comparé aux autres. Il y a « prototype », ouvrage unique. Bon ou mauvais. Foin des fausses comparaisons. C’est idiot.
Quand on a montré les deux suspects des tueries récentes autour de Washington, Aile s’exclame : « Ah, il ont l’air de gars comme il faut » ! Je pense de même. Pas d’Hannibal Lecter féroce quoi ! Pas de cinéma. En effet, deux visages on ne peut plus humain; alors, le mystère reste comme entier. Pourquoi ? Pourquoi ? L’Islam ? Mais non. Secrets de l’âme humaine qui…déroute. À suivre ?
9-
La noirceur totale. Le goût d’aller relire des passages de ce « À cœur de jour » tout frais sorti de chez l’imprimeur. De me mirer (oh Narcisse !) dans la couverture glacée avec mon fou donquichottiste qu j’ai armé d’une plume à écrire ! Mes internautes voudront-ils se procurer « À cœur de jour », textes qu’ils lisaient gratuitement ? Pourquoi pas ? Pour l’offrir en cadeau des fêtes à ceux qui ne naviguent pas sur la Toile.
Se sentir toujours, écrivains, en quêteux de coin de rue avec une pancartre : encouragez l’artiste sioupla ! Ce que je ferai à Rimouski, derrière mon petit kiosque Troispistolien, de vendredi à dimanche. Un quêteux ! Ce que je serai de nouveau, à la mi-novembre, au Salon de Montréal, Place…bonne-aventure… aux 700 comptoirs !

Le jeudi 24 octobre 2002

1-
Gros paquets de nuages en camaïeux de gris, ciel bas ce matin. Déboulez donc insipides ouates grises. Qu’il pleuve ou qu’il neige, j’en ai pris (enfin, enfin !) mon parti, l’été est terminé pour de bon. Les couleurs ternissent maintenant. Le lugubre novembre est proche. Ce matin, coup de fil troispistolien.
Victor : « Jeudi, Claude, tu devrais stopper chez moi en te rendant à Rimouski pour vendredi matin ». Moi : « Je pensais prendre le train, Vic ». Lui : « Oh, il part à une heure et arrive à Rimouski très tard. Je te le conseille pas ». Moi : « Bon, je prendrai mon char et je te fais une visite ». Je songe au bus aussi….Victor-Lévy : « Ainsi tu verras, chez moi, ton livre tout neuf. Oh ! Au fait, j’ai reçu ton nouveau stock —journal de juillet à septembre—, le livre-suite sera publié au Salon de Québec au printemps de 2003. Notre Martine va se mettre à la révision. C’est bon. J’ai lu, c’est bon ». Moi : « Oui, je crois que j’ai gardé le « beat » —Kérouac !— hein »? Il est bien d’accord le V.-L. B.
Tout baigne quoi ! En profiter pour le chicaner :il m’avait dit « oui » pour me parrainer au Prix David (de novembre), qu’il a remporté l’an dernier. Il a oublié c’est clair. Oui, le quereller là-dessus pour lui voir la fraise !
Aile refuse (je récidivais de « viens donc avec moi ») de nouveau de me tenir compagnie à Rimouski. Je peux la comprendre. Si Aile publiait, je ferais de même.
2-
J’ouvrais le livre tout neuf du poète Luc Perrier (« De toute manière » au Noroît) et tombe un vieux carton imprimé : « Buanderie Villeray », 8175 Lajeunesse, téléphone : Crescent 4531 ».
Une relique !
Ce Luc Perrier était un des brillants élèves du fameux (dans Villeray) « père Boyer », rue Saint-Denis. Les chassés des collèges q’y rassemblaient ! Comme chez Mongeau-St-Hilaire. Rue Saint-Hubert. Perrier me dédicace son livre avec plein de noms de la bande du temps. Chaud au cœur. Il se souvient d’un lunch, pris ensemble, plus tard, à la taverne « Royal Pub » avec Jean-Paul Fillion (« La parenté ») et le scénographe Chiriaeff. Étrange (mais le hasard n’existe pas n’est-ce pas ?), avant-hier, une biographe au travail (« La vie de Ludmila Chiriaeff ») me demandait un texte sur Alexis le mari de Ludmila ! Je le ferai.
Bizarre : encore au clavier-diariste ce midi ! Besoin de journaliser vif ? Savoir qu’il me reste 7 ou 8 entrées avant de tirer ma révérence. Mauvaise conscience ? Lire encore une aimable protestation : « Ne cessez pas ! J’aime votre journal ». Une autre fidèle : « J’aimais… mais je peux fort bien comprendre votre grand besoin de liberté, je suis comme ça moi aussi ». Mon fils me dit aussi bien comprendre. Daniel —pas libre lui aussi— se débat bien pour promouvoir son jeu de société tout neuf, « Top secret ». Je lui courriellise : « Chanceux les Bourgault, Foglia, etc. Si je me dénichais une colonne dans un quotidien, envie de me pointer au « Devoir », tiens.
3-
Daniel et sa jolie Lynn s’inquiétaient de l’angoisse manifestée par Aile (au souper chez eux) face à l’éduc actuelle des enfants-rois. Même sujet avec Christiane Olivier chez Bazzo ce matin : « Il ne faut pas craindre (les parents) de ne plus être aimé un moment et savoir dire « non », savoir refuser, poser des balises ». Hier (?) la Pétrovsky ridiculisait la brillante psychanalyste des enfants, la mère Dolto, et, hélas, son gros bouffon de vieux fils, un chanteur obèse un peu pénible. J’ai trouvé le procédé « vache ». Un être d’élite peut bien voir grandir tout croche un rejeton. Non ? J’aurais pu avoir un de mes enfants dans la délinquance ou pire encore …Tant de facteurs changent un destin. La mère Olivier, à CBF-FM ce matin, tombait dans ce panneau et moquait ce fils insignifiant de Dolto. Ouash !
Il y a des parents qui furent corrects et qui héritent d’enfants… très incorrects. Et vice versa. Vice de forme. Faut-il absolument, sans examen sérieux, culpabiliser les échecs d’une mère, d’un père ?
Dans cette veine, j’ai entendu parler de la compassion d’un psy à la radio pour —horresco referens— un « tueur en série »! Son drame intime. Sa folie et sa détresse profonde au fond. Un lecteur s’en indigne. Rien n’est tout noir… Ainsi je disais à Aile : « Imagines-tu la détresse psychologique effroyable d’un prêtre qui a la manie… des enfants de chœur ? Imagines-tu ce qu’il doit éprouver entre deux crises pulsives ? Qui il voit dans son miroir de presbytère ? Un monstre. Personne pour avoir la moindre pitié de ce fatidique malade, personne au monde.
L’écrivain ainsi juge parfois (personne n’est parfait) mais aussi il se doit de faire réfléchir, faire comprendre. Même le diable. Ce matin, Aile pensive, me disait : « Oui, sans doute, cet agresseur pédophile en soutane doit vivre le pire des cauchemars, c’est vrai ». Je l’aime quand elle me fait voir de l’humanité même face à un monstre humain. Cela dit, soulagement, on semble avoir mis (enfin !) le grappin sur le démoniaque tireur embusqué aux USA.
4-
Pu’ capab’ encore ! Cette Geneviève Asselin de la radio publique qui hausse ridiculement toutes ses fins de phrase, bafouant sa langue ! Elle ne sait pas se lire et on la garde en poste ! Très correct, lui, ce Michel Labrecque à un autre poste de correspondant-radio.
Parfois, aveu, je lance des bouteilles à la mer. Ainsi Lorraine Pintal vient de me dire « non » pour ma candide proposition de monter à son TNM mon « Patriarche bleu, Duplessis ». Pintal : « Nous sommes enterrés de projets nouveaux ». Bon, bon. C’est qu’elle m’avait signé de beaux compliments quand je lui fis parvenir un exemplaire de ce texte dramatique illustrant le vieux « Cheuf ». Bon, bon. Au moins il y a eu réponse. Tant d’autres gardent un silence compact face à mes offres. Tas de créateurs pourraient dresser une longue liste de ces murés indifférents, au mutisme froid.
Un salaud (une salope ?) —méchanceté pure— raconte à un Michel Dumont par exemple, que Jasmin le traite de « directeurs des flops chez Duceppe ». Dumont ne peut savoir la source de cette calomnie et il y croira. Il répétera cela à une amie à nous proche des Duceppe. Un soir, révélation de cette calomnie et: « Dumont est furieux contre toi, Claude, car… » Vous tombez de votre chaise (à la Moulerie). Jamais je ne cesserai d’être étonné de la méchanceté de certains individus. J’ai vite expédié une note à Michel Dumont. Me répondra-t-il ? Accordera-t-il de la crédibilité à ce salaud —qui doit me haïr viscéralement —l’ex-critique— pour quelque raison, non ? Il faut bien continuer à vivre parmi bien des ténèbres.
Admirant ceux qui le font… j’ai toujours voulu mémoriser des poèmes.
Je veux y arriver, par exemple, pour ce Miron : « Il fait un temps de soleil carrousel / la végétation de l’ombre partout palpitante / le jour qui promène des calèches de bonheur / le ciel est en marche sur des visages d’escale / d’un coup le vent s’éprend d’un arbre seul / il allume tous les êves de son feuillage /

je monte dans les échelles tirées de mes regards / je t’envoie mes couleurs vertes de forêt caravelle / il fait un temps de cheval gris qu’on ne voit plus / il fait un temps de château très tard dans les braises / il fait un temps de lune dans les sommeils lointains »
(tiré de : «Le temps de toi »)
J’y arriverai ma pauvre mémoire.
5-
J’y reviens : Daniel et Lynn, au Domaine Saint-Sulpice où ils gîtent, furent un peu beaucoup secoués d’une vive discussion, menée surtout par Aile, sur les enfants-monarques. Ce matin je lis : « Tant de célibataires ont des théories sur l’éducation des enfants ». Je lis cela à Aile qui rigole volontiers, elle a un excellent sens de l’humour, mon Aile. Je me souviens d’une Judith Jasmin, célèbre cousine « célibataire endurcie », qui palabrait lucidement et souvent sur le sujet. Le critique Gilles Marcotte (mon boss à La Presse) gloussant un : « Et que je suis donc inquiet pour les enfant de Judith ». En clair : « Si pas d’enfant, bouclez-la, les amateurs » ! Facile. La critique est un libre et vaste domaine. Je ne suis pas compositeur de « tounes » mais je peux vous prédire si une toune nouvelle va « pogner » ou non; Aile confirmerait mon… « don ». Quel critique disait : « Je ne peux pas pondre un œuf mais si on m’en sert un pourri, je le sais ».
Le Québécois « assimilé », Yann Martel (le neveu du rameau-Réginad) gagne un prix très envié à Londres avec son dernier roman : « Life of Pi » avec un héros en une sorte de « père Noé moderne. La gloire pour lui. Avec son papa diplomate, Martel fut élevé en anglais et il pense et écrit (« Life of… ») en anglais. Or, il proteste qu’il n’est pas un Québécois assimilé ! Eh b’en ! Allons, certes, pas sa faute mais voilà une réalité. On n’en meurt pas. Il en soufre ? Sans doute puisqu’il refuse sa réalité. Jocelyne Lepage (La presse) enchaîne sur cette grave question : « Martel, c’est un écolo très souvent en vélo ! (…) et il mettra l’argent de son prestigieux prix littéraire en placements d’ordre éthique… » Bon, reste que c’est un assimilé involontaire.
6-
Louis Riel, métis militant et chef de guerre au Manitoba ancien, fut pendu par les cliquarts de MacDonald, le cheuf à Ottawa. Ce qui allait barrer les Conservateurs très longtemps en pays québécois. Reconstitution de son procès à la télé (RDI) et l’auditoire consulté donne tort au maudit Bloke « bleu », le pendeur.
Riel sombra à la fin dans un délire religieux. On parla « folie ». Le fit-il pour échapper à la corde ? On peut le penser. Histoire fréquente en ces temps-là, on se souvient d’un Henri Bourassa, patriote de pointe, qui finit sa vie réfugié dans le giron souverainpontifiant. Les nôtres, si longtemps méprisés, bafoués, menacés par la dilution organisée des fédérats, se trouvaient une autre patrie, une patrie de religiosité, une sorte de patrie un peu floue : la catholicardise cléricaliste ambiante.
Ainsi, pour mon père, sa vraie patrie c’était Rome, le Pape. À la Saint-Jean Baptiste il pavoisait tous ses balcons aux couleurs vaticanesques, en jaune et blanc. Et fumait sa pipe. Pas l’ombre d’un Union Jack, plein de drapeaux aux tiares brodées d’or et d’argent sur « clés de Saint-Pierre » au vent de la rue Saint-Denis. Pauvre Louis Riel qui, bien plus lucide que l’on croyait, livrait un testament écrit fort, espérant par sa mort une confédération (de nations : Français, Anglais, Métis, Autochtones, un jour) vraie et juste. S’il revenait…
Je lis : « déposer son enfant ». Expression horrible ? Déposer un sac. Les garderies. Inévitable quand, chaque matin, la maison se vide. Chez moi, enfant, porte ouverte —jamais verrouillée, on avait pas la clé— 24 h. sur 24 h. Maman en otage ? Prisonnière heureuse puisque toutes ses voisines faisaient de même. Trop occupée —Yvon Deschamps— pour pouvoir aller travailler ! Quand il n’y a qu’un ou deux enfants… « le sac avec sac à dos », le lunch froid … « Sac de vie » chez des gardiens, huit heures par jour, parfois dix.
Hier, voir l’image de RDI. Deux bustes parleurs et, au-dessus, deux écriteaux : Montréal et Vancouver ! Non mais…Propagande subtile : allez vous comprendre, votre pays ce n’est pas le Québec, c’est « coasse tou coasse », jusqu’à Vancouver si francophone, si francophile ! Ottawa-CiBiCi : « tu penses qu’on s’ en aperçoit pas » ?
7-
Le Blond Labrèche avec Christiane Charrette hier soir à TVA. Cocasse, curieux spectacle de deux « speeddés » ! Aile : « Il ne l’écoute pas ! Il est froid ». Oh oui : dur même, ne relevant pas des « ouvertures » charettiennes offertes avec candeur, il ne songe qu’à sa prochaine question loufoque, son plan. Vaine tentative de provocation alors qu’elle devisait grande ouverte et sincère. Dommage !
Zapping intempestif hier soir : tragédies syndicales d’antan , invasion d’usines et sanglantes émeutes, incendies et tueries, scabs pour tuer le syndicalisme naissant en « Écosse et aux USA. Ailleurs, on raconte « la méthode » chez « Actors Studio ». Pleurez, pleurez, c’est bon. Ailleurs, démolition de « Balzac (le film) et la petite chinoise ». Aile avait aimé le roman. Pas moi. Faux. Artificiel. Une idée (farfelue d’une francophilie niaise) en place et lieu de la vraie vie.
Et puis quoi ? « Tag » : un maniérisme, oui, un maniérisme —une recette quoi— celui du réalisateur Pierre Houle. Tics de faciès ultra-nerveux sans cesse, coupures intempestives de caméra excitée, mimiques excessives. Ersatz de mouvement, résultat artificiel. Pu’ capab !
Je regrette d’avoir acheté (cher) hier matin, le « Couac » de Paris, « Le canard enchaîné ». C’est, à pleines colonnes avec caricatures, à propos des actualités du parlement parisien. Noms de députés (et ministres chiraquiens) inconnus donc piques et craques que je ne saisis pas. J’ai ma leçon.
8-
Au « Point » entretien vivifiant, hier soir, entre Le Bureau et Khan, directeur du magazine « Marianne ». Il dit : « Bush ? Le pire des anti-américains primaires. Un chef politique néfaste qui fait lever partout des ennemis des USA. Et du terrorisme, cela pour des décennies à venir ». Le grand Khan, politisé, structuré dans son argumentation, était à bout de…salive. Énervé, excité, on l’écoute tant il discute avec véhémence.
À la fin, je dis à Aile, qui a apprécié comme moi son discours enflammé : « Aile, ne devrait-il pas dire tout ça calmement, en souriant, il serait plus convainquant, non ? » Elle rigole et comprend ma moquerie. Je me dis : j’irai tout feu tout flamme moi itou à ma prochaine charge polémique. Hon !
Pour « Boîte noire » à T.Q. cette voix « hors-champ » suave, ronronnante, roucoulante, à la sauce « pub Canadian-Tire »,. Quelle niaiserie. Chez Arcand, hier, un expert de France en « tueurs en série ». L’homme dont l’amie fut victime d’un tel maniaque a adopté l’étrange métier d’étudier minutieusement tous les comparses de cet acabit meurtrière. Il dira à Arcand : « La police, W. BUSCH, les médias, tous encouragent ce maniaque pathologique en lui accordant tant d’impact,
d’importance. Ce qu’il désire. Danger ! » Ma foi, il a raison. Facile d’imaginer le délirant assassin s’imaginant une vedette, un indispensable bon négociateur. Le Président parle de lu, les gendarmes, sans cesse, les média (CNN en tête), oui, disait cet expert (il a publié un livre sur son sujet), une bêtise, une erreur. Il faudrait au contraire agir (officiellement) comme s’il n’avait guère d’importance et fouiller vite partout. Diable, cet homme disait vrai !
9-
Hier, ça jasait « débat de télé » et les préparations. Mode nouvelle. Souvenir, un ex-réalisateur de télé, était devenu « imagier » officiel de Lesage. Exemple : « Ne regardez même pas une seule fois votre adversaire, ne songez qu’à la caméra, au public électeur ». Son patron battu par Daniel Johnson (automne 1966 ), le grand conseiller en images avait « souitcher » au P.Q. Il voulait imposer ses précieuses recommandations au chef Lévesque. Comment se coiffer, s’habiller, sourire, se parfumer, marcher, discourir, etc.
À un homme comme Lévesque ! Celui-ci lui dit : « En somme, je vous écoute et je perdrai mes élections comme votre ex-chef Lesage vient de perdre les siennes ». Confusion et retraite. Puis disparition du grave spécialiste. Un bon débarras. Nous —du comité de publicité du jeune P.Q.— nous avions bien ri. Lévesque n’avait nul besoin de se faire une image.
Une voix d’outre-escalier : « Clo ? Quatre heure et demi, vas-t-y aller à l’École hôtelière, oui ? » Moi : « N on, pas question ». Raide de même. Je l’entends ricaner la démone. Quoi ? Tanné de ses gros yeux face à mon tri. Puis j’entends la porte qui claque. Elle y va. Honte un peu, juste un petit peu, de me sauver de ces corvées.
Fin de mes notes de calepin et je zieute le tas frais de coupures de gazette. Arrivage immodéré ! Il y en a trop. Ça suffit. On ferme, on ferme !

Le mercredi 23 octobre 2002

1-
Comme hier, du soleil en masse. Nous revenons de l’école Bouffe. Du monde ! Trop. Si peu d’offres. On y va pour une sauce à pâtes. Un peu de cake. Et une viande coupée en tranches qui semble ragoûtante. Ça va vite. On se bouscule. Envie de n’y plus retourner, tiens. Ce midi, causerie ad lib à la biblio de Saint-Laurent. Petite foule adorable. Me voilà en veine de blaguer et les rires fusent. Souvent. Je saisis la joie des humoristes. Mon ironiste favori, Marleau, va insister : « oui, oui, vous, en « stand-up comic », plongez ! » .
Moins envie de rigoler, après causerie, en me rendant pieusement, pas loin, au cimetière du lieu, Chemin Saint-Louis et rue du collège. Un bosquet bien nourri cache un peu des noms chers. Si j’avais eu mon sécateur. Revoir la pierre tombale, les noms de papa et maman. Et tant d’autres. Je marche sur le tertre gazonné et je pense à eux. Je marchais sur eux, morts ! Sentiment terrible. Émotions. Mon tour, un jour, quand ?
Hier matin, studio de T.L.M. topo sur mes ex-mousquetaires de nouveau. À la table ronde, je m’ emporte (« la peur de s’engager en amour, vouloir et la liberté et l’histoire d’ amour, tout »), un geste impétueux, mes bésicles revolent, cours les chercher, micro, crac, débranché…Je dois me calmer. Aile me le recommande fortement, grave.
Au restau chinois (Thaï ?) de la rue Bernard, hier soir : « Claude, ils te veulent en polémiste hein ? Alors, tu devrais y aller avec le sourire, sans crier, sans t’énerver, c’est tellement plus convainquant, tu me le promets ? » J’ai promis pour mardi prochain.
Je demande à Tremblay s’il aimerait avoir mon fis un de ces matins avec son nouveau jeu « Top secret ». Il me dit : plutôt, on donnera son jeu de société nouveau à notre chroniqueur. Il en parlera avec plaisir. Bon.
Tantôt, retour au clavier, clic à courrier. 12 messages ! Des inutiles parmi des formidables. Devoir aller recevoir mon prix André-Grasset vendredi à 3h et il y aura un vin d’honneur. Moi le cérémonial…Ouen ! Bon, retour au pays d’en haut dans le trafic vendredi. Ouash !
Je dois être à Rimouski ( Salon du livre) en « invité d’ honneur » le vendredi matin « Premier » novembre. Aile refuse de venir. La comprendre. Je serai sans Aile, sans elle, misère !
Nouveau tas de coupures de gazettes…pas le temps. Le journal ne doit pas… Bon, je l’ai assez dit. Aile d’en bas : « Clo dans 5 minutes, si tu veux manger chaud, oui ? »
Je reviendrai au clavier. Demain ? S’il fait mauvais… Ai reçu une plaquette de poèmes de Luc Perrier. Un ex-du prof Boyer (voir son portrait au prof en question dans « Je vous dis merci »). Hâte de parler de ce temps fou.
À la prochaine entrée !

Le dimanche 27 octobre 2002

1-
« Bloody Sunday », crie un film. Comme hier, une météo niaise. Il a neigé avant-hier, hier et cette nuit. Les feuilles d’or de mes érables restent là, étonnées ! Ce matin, Jocelyne Doucet raconte sa visite chez le cher Poulin, romancier aimé qui vivait à Paris, qui revient à Québec, ayant le mal du pays soudainement. Il aurait voulu imiter « l’homme invisible » de nos lettres, Ducharme. Ce dernier, si sauvage a eu tort de se cacher sans cesse. Il méritait plus de lumière en médias. Son droit, certainement.
Poulin médite longuement toutes ses réponses dit sa questionneuse de La Presse ce matin. Prudence excessive ? Manque de spontanéité ? Frousse de paraître « en dessous » ? Vanité au fond. Orgeuil démesuré. Tendance fréquente chez les « timides »… calculateurs un brin. Les répondeurs dans mon genre courent des risques. Oh oui, les candides qui se livrent vite sans arrière-pense, faisant confiance à leurs vis-à-vis. Poulon affirme qu’il déteste ses livres ? Diable ! Une sévérité louche non ? Vouloir se faire passer pour un perfectionniste ?
Je veux lire son « récent », j’ai toujours aimé ses proses.
Dans « Écrire pour la gloire et l’argent », paru l’automne dernier, je recommandais aux nouveaux venus ou de s’exiler ou, en tous cas, de rédiger sur… « ailleurs qu’au Québec » s’ils voulaient de l’espace médiatique. Ce matin, cahier Lectures : Gougeon et Tourangeau comme Yann Martel offrent des livres loin de ce Québec méprisable, damné. Sotte tendance à la mode ? Le déracinement a bien meilleur goût pour les affionados de la Jet Set littéraro-mondaine actuelle. Pouah !
Je ne souhaite pas du tout relire sans cesse des « Un homme et son péché », ou des « Trente arpents », ni des « Maria Chapdelaine », ou des « Menaud, maître draveur », que non. Mais j’aime lire un auteur espagnol qui me parle de son pays, qui me raconte son Espagne, celle qu’il vit, celle d’aujourd’hui. Lire l’écrivain Italien (ou Allemand) qui illustre sa culture dans tous ses bouleversements. Que le Mexicain me raconte son Mexique.
Le Brésilien s’efforçant de me faire vivre un conte incarné en Turquie…Bin ! Bien sûr, il n’y a pas de loi absolue et il peut bien y avoir réussite parfois dans le dépaysement. Mais de voir s’installer, comme systématiquement, « l’art d’être ailleurs » me tombe sur les nerfs. Surtout quand, c’est assez clair, l’auteur d’ici (c’est fréquent maintenant) installe son monde aux USA avec des prénoms « very american » (pas fou l’anticipeur de droits bien payants). Racisme inverti ? Oui. Je le redis. De là ce mépris envers soi-même.
Ce Yann (!) Martell (comme on prononce son nom à Londres et à Toronto) est un nomade volontaire. Itinérant insatiable —qui dit « vivre chichement » (?)—, ce fils de diplomate, célibataire sans doute, se promène sans cesse et forcément, son inspiration n’a rien de québécois. C’est donc autre chose, un cas à part. Il va passer l’hiver prochain à Berlin, le printemps à Mexico.
2-
Ce matin mon cher humoriste, Stéphane Laporte, assomme les chasseurs et condamne tous les fusils. Brillante chronique une fois de plus. Souvenir : jeune, comme lui, le poète Pierre Perreault m’a invité en son spacieux cottage de Town of Mount-Royal. On jase. Au chic salon, devant moi, tout heureux, il frotte ses belles carabines de chasse, le poète si doux. Mon Perrault partait bientôt pour tuer des bêtes. J’en suis fort mal à l’aise. J’arrive mal à comprendre cet homme. Il signera, beaucoup plus tard « La bête lumineuse », un film bavard, imbibé de bière, où les chasseurs grossiers s’illusionnent en longs soliloques pilosophiques bien creux. Un film vain d’un poète qui avait su tant nous bouleverser avec les « anciens » de l’Ile aux Coudres. J’ y repensais à cette rencontre bizarre en lisant Laporte.
Sommes aller voir « Le nèg » de Morin hier soir en bas de la côte. Pas vraiment un film contre lanegrophobie. Plustôt un portrait sur des jeunes gens arriérés mentaux vivant dans un village. Charge anti-paysanne ? Certains diront « oui ». Faux, on sait qu’À Montréal comme à Sherbrooke il y a plein de ces mal dégrossis jeunes gens qui cherchent une occasion de cogner, de faire peur, de dominer eux qui n’ont aucun pouvoir sur rien dans leur misérable existence. Ce cinéaste québécois a un talent très fort pour dépeindre avec un réalisme total cette lie de la terre, qu’elle se rencontre à New-York ou à Paris, à Sydney ou à Marseile. Ses acteurs (et actrices) se livrent avec génie dans la compositiion de ces misérables.
Auber, Bouchard, les deux Bilodeau, la danseuse…tous y sont effrayants. « Le nèg », fer battu et rebattu, fait voir avec un éclat troublant le grand danger d’avoir affaire avec des ignorants bornés et dépourvus de toute fibre morale, policiers compris. Aile et moi en avons eu, comme on dit, pour notre argent. La syntaxe (visuelle) élaborée par Morin en fait un film bien articulé et moins banal que tant de suspenses ordinaires. Chapeau !
Aile ramène (biblio locale) une brochure-livre sur « Les 150 ans de la paroisse de Sainte-Adèle ». Une monographie fleurant la religiosité. Église, chapelles, cimetières déménagés, photos des cérémonies religieuses…On lit cela avec l’impression que « hors de cette église omniprésente …point de vie »! La vérité ?
J’avance dans le livre-chouchou recommandé par Foglia. « Manuel… à l’usage des jeunes filles » de Bank. Misère… C’est d’un plat bien assommant. La fillette de 14 ans (Jane) entourée, cernée, par ses ennuyeux bourgeois (parents, amis, voisins). Il me tombe des mains souvent et ne sais pas si je vais poursuivre…Je raconte cela pour dire le danger de recomandser un livre. Ou un film.
Je lis : « Si vous gagnez, les traîtres deviennent des héros ». Dixit Georges Washington, révo américain condamné à mort par Londres. Si nous avions gagné une patrie en 1980 —comme les Étatsuniens en 1776— nos jeunes révos du FLQ, condamnés, seraient-ils aujourd’hui des héros ? J’y songe.
Vendredi je lis un éditorial à propos du conflit —né d’une entente généreuse avec une tribu amérindienne très minoritaire en Côte Nord. Culpabilité niaise des crocodiles actuels face à la pauvreté, le chômage, le décrochage, la drogue… « alouette ». Grave chicane que veut calmer le père Chevrette. L’article installe le mot « Blancs » sans cesse. Jamais le mot « Rouges ». Ah ! Aussi on laisse entendre qu’il y a deux minorités qui se chamaillent.
Or, nous formons 84 % de la population.
Cette façon de décrire la réalité concorde bien avec l’idée (trudeauiste) qu’il n’y a au Canada qu’un simple paquet de minorités ethniques, Québécois ou pas Québécois ! Une entreprise aux longues racines pour nous refuser le titre de nation. Écoeurant ! À mes yeux ces descendants de Rouges —tout comme nous, descendants de Français— sont des Québécois à part entière et il n’y a pas —il n’y a plus en 2002— à les différencier des autres ciyoyens du Québec. Des chefs malins, tribaux, font tout pour que se continue un clivage sordide qui conduit à toute sortes de conneries, de faveurs niaises. Une culpabilité grotesque rend des gouvernants stupides.
Bon, on a un autre cerveau. La bedaine. Opinion de M. Pierre Pallardy. À la radio, il vante les mérites d’être très attentif à son ventre. Voilà que l’animateur, Homier-Roy, nous raconte ses atroces maux de ventre, enfant, chaque fois qu’il repartait pour son internat. Voilà que ce Palardy nos avoue ses maux de ventre, enfant, tous les jours (!) passés dans son orphelinat. Bin bon yeu…je vais guetter le tiraillements de mes « entrailles-et-béni » !
Même radio : il pleut à Montréal. Ah ! Oui, neige seulement en lieux montagneux. Ah bon !
3-
Vendredi après-midi, moment de forte nostalgie. J’entre au collège André-Grasset par « l’escalier de majesté » et les grandes portes. Collégien, c’était la petite porte étroite du bas, à gauche de la bâtissse ! C’est que l’on allait me remettre le Prix André-Grasset. Je revois ces lieux bien aimés quand je m’y amenais à 13 ans —le Grasset avait le même âge— ému, les parquets de céramique toujours aussi luisants, les balustades des escaliers en fer forgé, le vitrail en l’honneur de Grasset, religieux né à Montréal, tué à Pais, en 1789 par les « sans-culottes ». Plus d’un demi-siècle a passé !
Exellent spectacle de « variétés » dans l’auditorium d’une aile ajoutée par des profs. Avec musiciens svp. L’un, étonnant, en soutane noire, parodie Brel avec ses « Rosa, rosis rosae… » J’ai ri. Il y met une sorte d’agressivité comique qui me soulage de mes frayeurs de jadis, de devoir appendre le latin et le grec ancien. Cérémonie avec allant « rapido » (bravo !) pour évoquer les époques de l’institution. Appelé à recevoir mon prix, j’en profite —mode répandue— pour « demander pardon » d’avoir bousculé si souvent mes profs et distrait mes collègues. On rigole dans la salle. La lieutenant-gouverneure en fauteuil roulant me donnera sa photo en couleur (!) dans un carton doré —où elle me félicite du prix remporté parmi 50 candidats. Généreuse, elle s’exclamera au micro : « Le collège Grasset doit supporter les « dérangeants » comme Claude Jasmin, ça valait la peine… »
À la fin, bons vins servis, amuse-bouches de qualité, je jase avec des vieux sulpiciens rettraités. Avec l’un en « clergyman » bleu poudre, l’on chante, dans un recoin, en catimini, un « Kyrie eleison » bien grégorien, une musique ue j’aimerai toujours. Qu’un rappeur en culotte-poche-à-patates devrait remettre à la mode, tiens !
Pour laisser passer le trafic de 17 h je roule, rue Des Coopératives, chez Daniel : pas un chat ! Je roule rue Chambord chez Éliane : pas un chat ! Bon, je tente un crochet via Lorraine et Bois-des-Filions. La 335. Moins de bagnoles. En une heure, par la 664, je rentre montrer mon beau Prix (un tableau de Gadouas) à Aile… moi qui, collégien, ne gagnait jamais rien à part d’aller me faire gronder chez le préfet de discipline, Langis. À cause de mes bouffonneries fréquentes. Je ne sais trop pourquoi être retourné au collège à 71 ans m’a fait du bien. Mystère ! Je venais de déclarer sincèrement que sans ces quelques années au Grasset je ne serais pas devenu ce que je suis devenu. C’est ma vérité.
4-
Aile en colère avant-hier soir. « Crétin fini va » ! Aïe ! Elle qui me recommande souvent de mieux peser mes gros mots quand je m’emporte à la radio ou à la télé ! Le lendemain, demande de pardon. Ses regrets sincères. C’était ma faute, j’avais joué encore le papi richissime disposé à défrayer un vague projet de voyage de l’aîné de mes petits-fils. Cela l’enrage et ça m’amuse de jouer, à l’occasion, le mécène (mes cennes) aveuglé pour la taquiner. J’ai payé. Je conte cela pour montrer qu’un haut couple… emblématique (tic tic) peut connaître des… bas. La vraie vie.
Moscou. Fin d’une prise de centaines d’otages. Les cagoulards exigeaient « la fin de cette longue guerre anti-indépendantiste » en Tchétchénie. Conflit qui intéresse personne au monde apparemment. Paquet de tués. Une centaine de Moscovites qui étaient aller bonnement se divertir…et qui crèvent. Poutine, un ex du KGB, satisfait. Une première : du gaz au cloroforme condensé par les bouches d’aération. On ne négocie pas plus avec Poutine qu’avec des Trudeau-Bourassa en 1970.
Vendredi matin, épais manteau d’ermine partout. Partagé entre entrain et déprime. Un héron sur une patte puis sur l’autre. C’est si jolie la neige nouvelle ! Sortons la brosse. Oui, une joie. Cela vient-il de la joie de l’enfance à l’arrivée des premierrs flocons ? C’est certainement inscrit dans nos gènes. Sans doute.
Cette semaine, le bon comédien Yves Jacques face à Homier-Roy à ARTV. Un visage à la Thierry Ardisson. La bouche en longueur. Un excellent entretien. Une bien bonne émission dans cette série. H.-R. intelligent questionneur. Parti-pris de ne rien demander sur enfance, jeunesse, famille, études, premiers essais, échecs, réussites etc. Tant pis ! L’on saute vite dans la carrière entamée de l’invité. Je le regrette toujours. Mon côté méméring ? Commère…Souvenir : Yves Jacques, tout jeune en 1980, arrivait de Québec. Bédard (le réalisateur) et moi avions sauté sur ce long gringalet au physique si particulier pour lui faire incarner un jeune « salaud » de la série « Boogie-Woogie ». Un jour, il nous quitte, brusquement, il veut aller chanter avec une actrice de la vieille capitale, sorte de Piaf à l’étoile montante, aujourd’hui disparue. J’avais beaucoup regretté son départ.
J’ai reçu, en réponse à la mienne, une longue lettre chaleureuse de Michel Dumont. Notre contentieux « flou, bête et vain », est réglé. C’est évidemment confidentiel mais juste dire que Dumont est un écorchhé vif —je savais pourquoi, nous avons été des amis du tems de la série « M. Le Ministre » réalisé par d’Aile— magré ses allures de matamore bienheureux et que j’aime, moi, les écorchés.
Reçu aussi une letrre-réponse du PDG de Sogides, Pierre Lespérance. C’est —définitivement— « non » pour projet d’album illustré de « La petite patrie ». Le modeste éditeur beauceron, René Jacob, lui, m’a dit « oui » depuis et je vais donc —après le journal, début décembre— foncer dans une nouvelle série de tableaux évocateurs des années 1930-1945.
Moi bébé, un Prix André-Grasset ? C’est que je voudrais retrouver la longue morve-au-nez acheté jadis comme farce et attrape. Je vais cogner chez le benjamin, Thomas ! Envie de faire rire Houde et Berttand en studio avec ce leurre d’un réalisme époustouflant ! « Bébé va », dit Aile.
Le chroniqueur d’ « Accès Laurentides » peu informé. Il a vu le film « Das experiment » et termine par un « s’il fallait que l’on réalise vraiment cette expérience ». Or, cela fut fait justement aux USA et a inspiré le fim allemand. Cela rappelle l’odieuse expérience (sur les cerveaux) du docteur Cameron —subventionné par la CIA— au Royal-Victoria Hospital. Une voisine de Bordeaux, J.H., en fut une des malheureuses victimes. Il y a eu poursuites et règlements hors-cours pour cette écoeuranterie médicale du type « Das experiment ». Le film est en bas de la côte, je veux y aller, mais Aile… non… Crainte d’en être déprimée longtemps. Avec raison sans doute.
Le tueur embusqué débusqué. Ce John Allen Williams, aussi Mohammed, fut dans l’armée et longtemps ! Oh, ah ! Est-ce une école de…folie ? On se tâte. C’est un Noir et c’est mortel pour les Noirs. Il se convertissait à l’Islam et c’est mortel pour l’Islam. Les amalgames faciles vont pleuvoir maintenant.
5-
Coup de fil de Sylvain Rivière, un sympathique et bon vivant, jeune auteur « madelinot » venu de la Gaspésie. Il me veut pour signer une « recommandation » car il veut étudier à l’Inis. Je lui dis : « Sauve-toi de là. Va pas là. Ces écoles de ceci et de cela (en créations diverses ) sont un foutoir. Tu perdra ton argent et ton temps. Rédige tes projets et dépense ton énergie à trouver un producteur. Il semble un peu sidéré. Je lui dis : »À moins que tu ailles pour te faire des contacts… » Il a compris que je lui refuse une « bonne lettre » pour un de ces « lieux écoliers » bidon, car il se peut qu’un bon matin je rédige une lettre ouverte pour fesser tous ces profs à gogo, « en chômage de production actives », qui cherchent des cachets en fondant des cours prétentieux et factices.
Je lis : « Jean Cocteau, poète, dramaturge, dessinateur, cinéaste, etc. fut, au fond, le premier artiste multimedia. » Vrai ! Je l’admirais ce surdoué touche-à-tout. Mais cela lui coûta cher en réputation, le milieu littéraire noble détestant les talents polyvalents. Le mépris des puristes constipés l’arrosa copieusement longtemps. Désormais, on loue son génie partout dans le monde.
Gilles Courtemanche —comme « l’assimilé malgré lui », Yann Martel— va connaïtre un rayonnement immense. Son généreux éditeur a payé pour une traduction en anglais (lire en américain ?) de son bon roman « Un dimanche à la pisicine.. ». À la vaste et efficace « Foire du livre » de Francfoirt : bingo ! Un tas de maisons importantes vont répandre sa prose. Il y aura, probable, un film. L’anglais ( lisez…) est la clé, le passe-partout, pour la planète ? Le chanceux !
Drôle de songe avant-hier : je suis dans des caves de béton. Télé. Je dois quitter. Le spectacle est trerminé. Je suis perdu. Escaliers, ascenseurs, je ne retrouve plus la sortie. C’est un rêve familier. Cela fait bien dix fois que je le revis. Étonnement totale de ma part. D’où viennent ces images, toujours les mêmes ?
À la bouffe du dimanche ! Aile se dépasse ce jour-là…Yan, yam…Je ferme ma machine.

Le lundi 21 octobre 2002

1-
Ce lundi matin : je lève le store, soleil flamboyant sur mes érables, bouqet fleuri d’ocres, d’orangés, de rouges, de citrons et, autour, contraste aveuglant, la neige de cette nuit, si blanche. Oh ! La beauté naturaliste ne finit pas d’éblouir, non ?
Miche de Sherbrooke, choqué pour moi, lui ayant raconté avoir été chassé du collège (après l’année de l’Immatriculation) et traité dans un « billet aux parents », d’indésirable. Peine atroce de ma mère, déception cruelle pour mon père. Moi choqué, bouleversé, de ce mot affreux, cruel : « élève indésirable ». Le collège actuel a changé d’idée ? On va me nommer « élève à imiter » ! C’est bin pur dire. Pas dupe, je sais bien qu’on veut mousser l ‘Institution du « boule Crémazie » en se servant de ma notoriété et je marche volontiers car j’ai connu quatre ans de bonheur au Grasset malgré certains incidents. Cette Miche me raconte avec talent ses souvenirs de « chouchou » —« pas docile mais peureuse »— du couvent et en profite pour proclamer qu’elle a connu des nonnes formidables, ce qui est toujours vrai.
20-
Hier, beau soleil, Aile me voyant aux petites orgues de mon clavier : « Clo ? Je pars marcher » ! Je partirai à mon tour mais je ne la vois plus. Je la cherche mon Aile bien aimé. Aller vers l’est ou vers l’ouest ? Je tourne en rond rue Morin, pas trop loin de la maison. Introuvable ! Revenue, elle me voit transporter chaises et tables de la terrasse, accoter la planche à voile sur le saule, poser un tuteur pour le bouleau penché, et quoi encore ? Heureux de nous retrouver comme si elle avait fui le domicile conjugale…Non mais…Dépendance affective ?
Quelques rares liseurs du journal me disent leur désolation ayant annoncé que cela s’achevait. Ils me troublent. « On est responsable de ce que l’on apprivoise… », m’écrit un lecteur saintexupérien. Vrai. Mais bon, Dieu sait ce que je pourrai pondre sur internet. Ce « collier » du journal m’est pesant. Me sentais pas vraiment libre et pour moi, la liberté ( qui m’a coûté cher parfois) c’est sacré. Je donnerai à mon webmaestre, Marco, des textes divers, c’est plus que probable.
Durant les pubs criardes, hier soir, je glane dans un livre de Jean Marcel (« Lettres de Siam » chez « L’Hexagone ») : « le bouddhisme n’a jamais fait se répandre une seule goutte de sans en plus de 2,000 d’existence, quelle autre institution spirituelle peut en dire autant » ? Trop vrai ! Mon Daniel qui s’approche de cette planète asiatique sera content.
3-
« Ici, Joyce Napier, à Jérusalem », voilà une excellente correspondante de la SRC, aussi ce « Ici, Christine Saint-Pierre, à Washington ». Une autre bien parfaite. Écrire cela pour montrer que je ne suis pas que négatif avec ces voix d’ailleurs à Radio-Canada.
Cessera-t-on un jour de nommer « juif » tous les Israélites de la diaspora ? Plusieurs ne sont pas des « pratiquants ». Chez les Israéliens, à l’est (comme ici à l’ouest) il y a beaucoup d’agnostiques, des athées aussi, on le sait pourtant. Juif, c’est une religion. On ne marque pas « catholique » ou « Chrétien » tous les baptisés de la planète ! Et puis il y a des gens, hors cette nation, convertis à la religion juive. Dans le même sens, Pierre Bourgault (à la radio de Bazzo) fustigeait qu’on marque « Iraquien » (chez la mère Dussault à Télé-Québec) des invités en forum qui sont des Québécois désormais. Il avait bien raison. Facile de mettre un carton marqué : Iraquo-Québécois comme on dit Italo-Québécois.
4-
J’ai vu « Bilan » de Dubé, filmé par Lorrraine Pintal, adapté (?) par Gilles Desjardins, hier à la télé. Une dramatique bien noire. Qui laisse froid. Pourquoi ? Aucun des personnages n’est sympathique…à part peut-être ce bras-droit, Gaston…et encore ? Ainsi, le téléspectateur de cette famille bourgeoise cassée, perdue, écrabouillée, n’arrive pas à sympathiser —avec personne. Le héros de « Bilan » est une fameux salaud —fort bien rendu par mon cher Vincent Bilodeau— et qu’il se fasse déculotter ne nous émeut pas un instant. Aile d’accord là-dessus. Dans « Mort d’un commis-voyageur » (pour seul exemple), le héros arrache l’empathie. C’est une victime. Dubé, délaissant les « pauvres », décidait de dépeindre les « riches » un jour, et y allait avec une encre impitoyable. : « tous des corrompus ». Vision manichéenne qui lui aliéna une grande part de son public. N’empêche que l’on s’ennuie (les ges de ma génération) du « Téléthéâtre » de jadis.
Avant « Bilan », vu un fort bon docu sur Marcel Duchamp à ARTV. Ce personnage, surréaliste à sa façon, étonnant révolutionnaire en art, fut un pionnier pour secouer le monde visuel, à Paris comme à New-York dans les années ’20. Duchamp (que j’enseignais à mes jeunes élèves avec délectation ) termina sa vie… en jouant aux échecs. En expert ! Cet abandon subit des arts visuels… Il a tenté de l’expliquer mais cela reste un mystère.
Après « Bilan » nous zappons sur « Actors Studio » et c’est, s’achevant, la rencontre de Lipton avec Melanie Griffith. Timide, mal à l’aise (elle aurait jasé sur sa dépendance aux drogues) l’actrice montrait une étrange personnalité. Ah, ellle déclare qu’elle tient son journal sur Internet ! La vilaine copieuse ! Dit que c’est « une sorte de thérapie » (hen ?) pour elle ! À la fin, Aile : « Elle semble bien tristounette la dame » ! Oh oui ! Le réservoir des forts talents s’épuise-t-il chez le père Lipton. On dirait.
5-
À « Découvertes » hier, utile dumping de la BBC encore, le cloning humain. Débat filmé. Controverse vivifiante. Un « pro cloning humain » dira : « Il faut penser aux couples inféconds » ! Sommes-nous deux vieux schnokes ? Aile, comme moi, toute dubitative : « Laissons donc la nature faire son ouvrage… ». Oui mais… ouvrage bien cruel, bien injuste parfois.
Mon Éliane au téléphone avant le souper. Longue jasette père-fille. Des nouvelles des garçons. Gabriel voulant devenir chef d’orchestre, songe à un DEC là-dedans. Mère inquiète. Laurent irait aussi à « Dawson college ». Je ne dis rien. David (en administration à Concordia)veut maintenant virer vers le droit ! Pauvres parents ! Je me suis souvenu de mes anxiétés quand Éliane et Daniel jonglaient « avenir ». On veut pas trop orienter, on souhaite la liberté mais… Éliane me dit que ce chalet au Lac Caché, c’est « non » ! Les fils : « On ira pas là, pensez-pas nous y voir, on a tous nos amis en ville », etc.
Le drôle Laporte, La Presse du dimanche, nous fait litre le journal intime (Ah, le journal !) de la Reine Bebeth-Deux. Voilà la monarque, toute émoustillée, libido enfin relâchée, profondément troublée par ce bras autour du cou à Otttawa. Il m’a fait éclater de rire.
L’astro-physicien bon vulgarisateur, né ici, vivant en France, Hubert Reeves a jasé 50 heures face à sa réalisatrice Cardin-Rossignol. Elle en a gardé…une seule heure ! Ah, ce gaspillage. Il déclare : « Je suis découragé et volontairement optimiste car devenir négatif n’arrangerait rien ». C’est mon programme de vie.
6-
Martel, le plus fidèle chroniqueur de nos livres, vantait dimanche, énormément, un récent roman : « Banlieue » de Yergeau. Hélas, Martel n’a aucun talent pour bien transmettre à son lectorat ses choix, ses bonheurs de lecture (toujours éclairés). Il en sort donc encore un article plat qui n’amènera guère de lecteurs chez les libraires. Réginald Martel ferait mieux de publier des interviews avec ses favoris s’il souhaite vraiment les aider. C’est un bon questionneur. Mais, paresseux ?, il le fait une ou deux fois par année. Et pas chaque année, hélas ! C’est quoi, un don ?, de pouvoir faire aimer ce qu’on a aimé, de donner l’envie d’aller vite chez le libraire du quartier. Sa prose hebdomadaire est comme un devoir scolaire, il n’y peut rien. Il y a du prof ennuyeux chez lui. Dans la vie l’homme est autrement chaleureux, je l’ai un tout peu fréquenté jadis (rencontres d’écrivains, interviews). On verra ici que je ne cherche pas à me protéger comme auteur. Martel aime la franchise et n’est pas rancunier.
7-
Un policier-auteur, Farrell, dénonce la police secrète d’Ottawa. Le SCRS. En créant notre FBI-CIA bien à nous , on a voulu corriger la sale et illégaliste « GRC », engluée dans des scandales énormes, on le sait. Eh bien, ce serait encore pire avec ce SRSC ! C’est 2000 bonshommes disposés à sombrer dans les fautes graves d’éthique, ce serait 200 millions de notre argent public pour propager ces « truands » en uniforme. Horreur ! Et, dissidents de tout poil, ouatchez bien vos lignes, pour un oui ou un non, on vous met « sur écoute », on ouvre votre courrier. Un autre « ancien » de ce SCRS confirme les odieuses révélations de ce Farrell.
Le voisin d’en face bourre des tas de gros sacs orangé.s de feuilles mortes. Pourtant les feuillus ne sont pas encore dépouillés vraiment ! Un zèle rare. Un besoin de propreté pathologique ?
C’est l’attente de novembre, le mois le plus laid de nos quatre saisons. Pire que mars qui est pas rigolo. J’ai vidé le reste des jardinières d’Aile, si belles cet été, flop ! flop! la terre sur les pieds des lilas encore verts, eux, les tenaces.
8-
J’ai terminé « Le joueur de flûte » de Louis Hamelin. Heureusement, au milieu du roman, l’auteur se concentre sur ce pauvre Tit-Luc Blouin qui tente de trouver son père abandonneur. Il le verra au bout des sentiers sauvages dans son « schack » en ruine, avec une femme fanée et soumise, une torcheuse du « grand esprit raté » —comme toujours avec ces zigues révolutionnaires ! Le meneur d’antan, l’entraîneur « joueur de flûte » fatal, est devenu une loque humaine, dopé à la codéine et à l’Absolut (vodka). Ce sinistre papa va se tirer une balle après avoir deviné que le tit-Blouin est son fils oublié.
Hamelin a un talent rare pour décrire. Je ne regrette pas d’avoir continué ce « Joueur de flûte » malgré mes réticences du début avec trop de monde dans le domaine « vancouvérien » des cocos écolos, des granos désaxés. Un portrait cruel. Un liseur « à premier degré » pourrait croire à une charge terrible de Hamelin contre ce monde de « vieux ados » déboussolés. Ces paresseux rêveurs (on en connaît tous), en effet, sont dépeints en misérables candides, enchaînés à des idéaux de pacotille et surtout aux hallucinogènes de toute farine, de tout champignon ou herbes sauvages. La finale verse dans l’onirisme et c’est bien foutu. Tit-Luc est cuit. Il rampe dans le tronc d’un arbre géant évidé par les tempêtes, crapahute vers un coin de ciel bleu, orphelin, il a des ailles imaginaires. En bas, la police scie le vieux feuillu. C’est la fin des protestataires généreux, crasseux bohémiens modernes, gitans à cause noble aux cervelles fêlées. Partout, la police gagne ? Les « coupeurs à blanc » triomphent ? Les Indiens reculent ? Les idéalistes sont broyés ? Un très bon roman, Martel, tiens, avait bien raison.
9-
Samedi après-midi, soudainement, la brume partout ! Ensuite, le soleil s’avance là-dessus. Oh ! Belle bataille de lumières. La beauté encore ! Aile : « Clo ? T’as vu ça ? Dehors ? Tu regardes ça » ? Oui, je regarde ça et c’est troublant. Le soir, film loué par Aile, « Une hirondelle ne fait pas le printemps » avec Seigner (fille du grand acteur) et Michel Serrault toujours juste. Cristine Caron signe. Une urbaine (de Paris) quitte la grande ville et étudie (un peu) l’agronomie, achète la ferme du vieux bougon (Serrault). Le ronchon acariâtre l’observe et doute de ses capacités, il peut jouir (pour un temps) d’une maison collée à la ferme. Choc de deux mondes. Amusant récit de la débrouillardise de la jeune dame. Péripéties qu’on voit venir. Histoire en apparence banale. Un film amusant, sans plus. Une fin ouverte comme un roman inachevé. Pas plate ! Pas fort !
Vu Molinari —une vieille femme— à « Tablo » et qui ose parer « impulsion » alors qu’il « beurre » entre des papiers collants. J’ai toujours aimé son esprit, sa faconde. Hélas pas ses toiles. Critique j’avais osé mettre : « fabriquant d’auvents » ! La vérité à mes yeux, lui et son « masking tape » et ses raies colorées. Il me chicana raide un temps. On le voit à « Tablo » posant toujours son maudit « tape ». Misère picturale, suiveur docile des Mondrian et Cie. Des plasticiens expérimentaux du début du siècle. Il jase mieux qu’il peint. Persistant en farouche « manufacturier » de bandes colorées (décorateur ?), mon Moli (installé dans une vieille petite banque d’Hochelaga) a fini par être amalgamé avec les « anciens » du vieux fort contingenté de nos peintres « historiques ». Grand bien lui fasse…en subventions. Pour la caméra, cabotinant, mon Moli a repris un truc de sa jeunesse : barbouiller une bout de toile « à tubes que veux-tu », les yeux bandés. À l’aveugle. Résultat :une bouillis fade. On le voit la bouche crochie. On le comprend de rependre son « masquing tape » !
10-
À « Tablo » ces ouvrages venus de « Loto-Québec-collection », avec « bla-bla » de doctes connoisseurs —ce qu’ils disent, sauce passe-partout à la Guy Robert, « fitterait » avec n’importe quel peintre— font songer à de la complaisance niaise pour un commanditaire. Insupportable ! Justement, téléphone tantôt : « M’sieu Jasmin? ARTV très satisfaite de notre série « Tablo », on vous prévient qu’il y aura des « passes » (reprises) supplémentaires. On va vous envoyer un papier à signer ». Tant mieux !
J’ai envoyé hier, pour un tome futur, les entrées de juillet, août et septembre à la « saisisseuse de textes » de Victor-le-matamore. Ce matin, un « OK, bien reçu » de cette Martine Aubut. Sortie quand ? Pour le Salon du livre de Québec, en mai 2003 ?
Je feuillète le magazine « L’Âge d’or » de novembre où, sur quatre pages avec photos, est installé mon entretien avec Stanton. Médicaments, prothèses, dents, oreille, yeux…Hum ! Recettes prudentes pour les vieux. Voyages organisés pour les vieux. Ouengne !
11-
Je lis que « Van Houtte » va s’installer jusqu’en Europe. Pauvre pôpa ! En 1925, à vingt ans, financé par sa moman veuve, il tente « son » Van Houtte à lui. Trois magasins. Échec total. Aucun sens des affaires, c’est certain. Il finira, penaud, à vingt-cinq ans, par faire creuser la cave du logis familial et vendra des hamburgers et des « grill cheese » durant de longues décennies, enfermé sept jours sur sept, de 9h à une heure du matin. Pauvre pôpa !
Le cas Foglia. Au fond, il se raconte en racontant à Moscou un ami émigrant. Foglia gémit que c’est dur d’émigrer. On n’en doute pas. Pas moi en tous cas. Il gémit. De là son humour coriace, ses critiques acerbes parfois. On s’en ira pédaler fréquemment en Nouvelle-Angleterre. C’est les USA rêvés. Son ami moscovite imprudent, un physicien, est dans la « guénille » à Ahuntsic. À salaire minimum ! « Je l’avais pourtant prévenu », dira Foglia ! Clair message : dur d’émigrer.
En Écosse (pas encore vraiment ibre !), un politicien con parle du Québec : « Danger de vouloir l’Indépendance, voyez le Québec, tout s’écroule depuis leurs referendums ». L’ignare. Depuis 1995, le PNB, ici, est le meilleur de toute la (fausse ) confédération. Daniel Audet ( à Londres) lui a fermé le clapet à cet idiot. Et « Vive l’Écosse libre » !
Je vois des petits placards du nouveau jeu de société inventé par mon cher fils. « Top secret » est dans « Voir », dans « Le Devoir ». Je touche beaucoup de bois. Je lui souhaite le même succès qu’avec ses « Bagou », « Visou » et « Polémiques ». J’admire mon gars de vouloir demeurer un travailleur autonome.
12-
Vendredi, j’observe « L’Infoman », cet hurluberlu cocasse. Son ton m’exaspère. Criard. Parfois il vise juste et fort. Parfois c’est d’une vanité, d’une vacuité totale. Bien plus étrange cette longue émission (TVA vendredi soir) avec Claire Lamarche. Elle organise, pour voyeurs, des retrouvaille dans son studio. En direct. Aile en est mal aise et puis éclatera en sanglots face à cette mère, pleurant de joie folle, retrouvant son grand « garçon-donné » en adoption. Les yeux pleins d’eau à mon tour. Irrésistible procédé. Mélange donc de voyeurisme et aussi d’ humanisme. Une télé bizarre ! Des gns acceptent cette impudeur sachant l’efficacité des téléphonistes experts de Claire Lamarche. Irruptions gênantes en effet, intrusions audacieuses. On regarde et on voudrait être ailleurs aussi.
Des pubs sottes entre (avant) les grands moments forts. C’est accablant. Commercialement d’une vulgarité qui dépasse tout. Lamarche joue ce jeu audacieux et semble en être très heureuse. Bon. Un drôle de monde hein ? C’est le nôtre.
Chez Homier-Roy, bon portrait de la comédienne (cinéma et télé surtout) Louise Portal. Elle publie depuis peu : deux romans. J’aime les artistes qui font, soudain, autre chose . Bon signe. Envie de passer à autre chose souvent. Sortir de la littérature. Des écrits. Allez m’inscrire chez ces bureaux de casting ! Avec C.V., photos. Dernier début quoi ! Me faire employer comme « acteur à cheveux blancs ». L’Union n’en contient pas trop. Folie ! Oui, je sais. Faire autre chose… Briser des carcans ? Je sais pas trop.
13-
Christiane Charrette dimanche (SRC), toujours stridente, énervée, au bord de l’hystérie. Une si habile questionneuse. Et elle applaudit, frénétique, ses propres entrevues ! Elle est brillante et devrait se calmer, parfois elle coupe inopinément, elle chevauche ses invités et c’est bête, inutile. Dimanche, on a jasé sur l’affiche d’un film (de Morin) « Le nèg ! ». Un débat curieux. Le film n’est pas encore montré qui dénonce le racisme de certains Québécois. À suivre.
À mon côté, pile de coupures de mes gazettes. Unutilisée une fois de plus. Des sujets qui m’invitent, tous, à … » opinionner » sans aucune vergogne ! Pas le temps. Pas d’espace. Le journal s’enflerait de pages et de pages. Stock inutile donc. Chaque matin, pourtant , je coupe, je déchire…et cela grossit vainement sur ma table de bout.
Aie s’énerve un tantinet. Il faut descendre en ville. « T.L.M » demain matin avec Houde et la belle Bertand. Je suis très prêt. Visite au garage V.W. rue Saint-Hubert. Ces pneus d’hiver. Aller voir Francine L., rue Liège. Courses ici et là. Oh, prothèse auditive neuve à recevoir rue Fleury. Et quoi encore ? Alors en route pour monrial au soleil …

Le vendredi 18 octobre 2002

1-
Fou ce grand contentement quand tu revois le soleil, le ciel bleu, du vent dans ton drapeau sur la berge. Dépendance idiote ? Fou. Il me reste une douzaine d’entrées (novembre bientôt) et c’est la fin du journal. Serai-je capable de m’abstenir d’une douce et bonne et amusante manie de tout noter chaque jour ? Je ne sais pas. Le pli est pris depuis tous ces mois à commenter…ma petite vie. On verra bien.
À midi, nouvelle agréable, aimable, le collège André-Grasset (75 ans cette année !) songe à me nommer « Élève insigne et modèle » (!) avec cérémonie officielle en fin de ce mois. Et un « beau prix », moi qui n’en gagnait jamais, le turbulent et le gigoteur que j’étais. Claude Turcotte, cardinal, ex-grasseyant, recevait le premier ce prix … « prestigieux » ! Le petit chanoine laïc « jasminovitch » —d’autres camarades m’appelaient « Jazzman »— bombe le torse. On me demande « mon goût » et j’ai suggéré au comité, comme cadeau, « un petit Marc-Aurèle Fortin ». Pour rire, c’est hors de prix un tel « prix ». Quand mon Jean-Yves Laforce, le prof à Grasset, verra mon nom sur les affiche du collège ! Oh ! C’est l’ami Cuillerier qui sera surpris aussi, et l’ami Raymond Plante, des « grasseyants » eux aussi !
2-
Ce matin, autre bonne nouvelle : le beauceron pharmacien et éditeur au téléphone : « On vous refuse un album illustré de « La petite patrie » chez Sogides ? Consolez-vous. Moi je le ferai et avec joie ». René Jacob me semble enthousiaste. Il me parle de gravures —de mes « images »— collées dans un tel livre. Ma joie. Nous nos rencontrerons au Salon du livre de Montréal où « Les éditions du lilas » auront un pignon sur allée avec des livres illustrés de Clémence, la fille du poète, dessinatrice du dimanche.
Marco-le-Gendre, mon dévoué webmaestre, m’expédie des photos d’un modeste joli chalet construit, jadis, par son grand-père maternel, l’architecte Depocas. C’est au bord du Lac Caché près de Saint-Jovite. Vendu et revendu, il est offert dans le 40,000 $ Pas cher, viande à chien ! Son tour est venu donc « du chalet dans le nord » ? Je l’encourage pour cette acquisition. À tort ? Il y a des inconvénients à « tenir deux maisons »…mais, il y a aussi des avantages. J’avais lu dans une revue —de pop-psy— qu’il était salutaire de posséder —au moins un cabanon— ailleurs. Qu’il était de bonne santé mentale de changer de logis de temps en temps. Souci de bourgeois ?
Pauline Vincent me demande des extraits de mes livres sur « bouffe de gourmet » pour le petit salon « gastro » de la place. Je n’en ai pas. Aucun de mes livres n’offre de ces hommages à la bonne bouffe. Quand, en récits, je parle du « manger » c’est de pâté chinois à môman qu’il s’agit, de fricassées, de bouillis bin ordinaires. N’ai rien d’un épicurien, Pauline devait bien le savoir.
3-
Profiter de ce soleil pour enlever les deux tuyaux d’arrosage, vider les boîtes à fleurs et quoi encore ? Mettre à la cave les matelas de deux transats…la tondeuse aussi. Coucher sur le saule géant le pédalo, le canot la table de pique-nique. Dehors, le bonhomme, dehors !
Aile estime grandement la série télé « Tabou ». Je regarde d’un œil, l’autre dans le roman de Hamelin. Les deux yeux reviennent à l’écran. Intrigue emberlificoté en démon. La jeune (de Louise Portal et Houde) Sarah fugueuse, déclarée morte, réapparaît en ville ! Et pas morte pantoute ! Explication orageuse avec papa et musique hélas stridente (!) durant ces éclaircissements. Le demi-sourd enrage et voilà mon Aile (à l’oreille quasi absolu) —magnéto béni— doit repasser ces séquences pour tenter de saisir les fils de ce deus ex machina.
On parle d’une amie noyée, Nathalie, d’une accusation d’assassinat pour la fugueuse…qui a fui alors la sainte famille. De milice vengeresse au Nicaragua où elle se lia à des dissidents armés. Une souoane rare ! .Guère crédible, peu plausible. Ces auteurs vous arrangent de ces sauces avec surprises fort indigestes. Bof ! Je n’ai qu’à lire ce « Le joueur de flûte » non ? Page cent, je suis perdu, là aussi. Hamelin (on a publié : « son meilleur roman » ) a voulu faire une fresque avec des écolos près de Vancouver sur une île que menace des arracheurs d’arbres. Les uns sincères les autres bidonnesques. Une faune qui m’a captivé au début, ce Hamelin a un style fort savoureux, des images très fortes, mais il y a tant de protagonistes que je n’arrive pas trop à savoir qui est qui. Faiblesse grave ! Le héros, Tit-Luc Blouin, cherche son père-bio. Une sorte de vieux bohémien verrat des années ’60 qui a levé les feutres. Tit-Luc cherche pas fort. L,auteur s’intéresse davantage à tous ces campeurs sauvageons, dissidents flous, à pot, à bière, à sexe. Ne sais plus si je vais le finir.
4-
À « Tablo » —merci magnéto— découverte d’un jeune peintre solide, Besner. Huit petites minutes hélas comme j’obtiendrai quand viendra mon tour. Style un peu « Leonor Fini ». Visages maquilés comme des masques, Pastel d’huile aux effets formidables. L’artiste parle et c’est un discours mou, flou. Il entend des voix (!) , ses silhouettes lui dictent des choses (!), Besner, tout barbouillé de couleurs, se sent interné avec des spectres (!) et ses images changent avec le temps quand il revoit ses beaux tableaux. Un commentaire parapsychologique. Plus tard, la vraie image ?, il parle de ses gérants, de son agent, de ses galéristes, de sa « clientèle » qu’il lui faut bien servir »… Hum ! Marchand aussi ?
Amateur, je n’ai rien de tout cela, ni agents, ni gérant, ni rien. comment on fait pour savoir s’entourer de tels dévoués collabos ? Mystère pour moi. « Tablo » fait voir aussi des conservateurs à diplômés avec leurs fatidiques « bla-bla » insignifiants, hélas. Du « vox pop » un peu vain. Des objets de collection de Loto-Qubec ? Aussi un artiste-amateur par émission. Dino Tavarone a un certain talent. Hier, Diane Dufresne, la célèbre chanteuse. Ses tableaux —graphiques sans fortes structures— relèvent d’un art dit de distraction, de récréation psycho-social. Franche, elle dira : « Ce sera une activité fameuse pour mes vieux jours ». Résultats pas bien riches. Mais ce Besner : du grand et fort talent !
Aux nouvelles, plus tard, ce « Ici, Michel Morin, Radio-Canada » qui déplace encore tous les accents toniques avec son criard agaçant qui lui tient lieu de voix humaine. Une plaie ! Intolérable. Radio-Canada, le gardant à son antenne, lui doit quoi au juste ?
Faut que je fasse acheter (hon !) par notre petite biblio de la rue Morin, le dernier livre du merveilleux gros Michael Moore, en français chez Boréal.J’ »aime les gros, j’aimais le gros Arcand à CJMS. Il a maigri depuis. Émission d’Arcand (à TVA) plutôt plate avec la jeune humoriste Pilote (ex-du Groupe Sanguin), guérie d’un cancer bénin.
5-
« The glass menagery », de Tenessese Williams, est en ville, en anglais. Il y a deux pièces qui, tout jeune, me bouleversèrent et me donnèrent le goût d’écrire un jour. Ce « Glass.. » et « Our town ». Adieu les moilèristes facéties chez le Père Legault, je découvrais du vrai, du réel, du contemporain, à ce même « Gésu » rue de Bleury. Je m’identifiais évidemment au jeune narrateur mal pris de « Our little town » et à cet autre mal pris de « Ménagerie de verre », prisonnier de cette maman accaparante et de son embarrassant « devoir d’aider sa sœur infirme », je connaissais bien la question avec notre malchanceuse benjamine handicapée. Oui, du théâtre vivant qui « m’interpellait », comme on dit trop fréquemment. Viendra bientôt un Williams bien à nous : le prodigieux Marcel Dubé dont on vient de tourner une version cinématographique de son « Bilan ». Ce « Bilan », vive saisie d’une bourgeoisie affreuse et dont je fis les nombreux décors pour Paul Blouin à la télé.
Œuf ce matin. Hier, le doc Singer me disait : « Les œufs ? Pas si dangereux qu’on le dit pour le méchant cholestérol ». Je l’ai pris au mot !
Hier soir, aux maudites pauses de pubs de « Tabou », discussion sur la jalousie. Houde étant jaloux d’un « ex » de Portal. Je dis à Aile, je suis jaloux aussi, tu vois, je détesterais à mort de te voir re-travailler avec ton « ex » furtif de l’ONF, si tu le faisais. Ce matin, Aile : « J’ai fait un drôle de rêve. Je dirigeais un fringant acteur, un beau Noir. Je m’acharnais avec douceur pour le refréner. Il en faisait trop. Je lui répétais sans cesse de jouer sobrement devant ma caméra, que c’était pas du théâtre, etc. Je me dévouais, toute à lui. Je l’ai senti alors s’attacher à moi, me suivant partout sur mon plateau. Je craignais, oui, de l’amour. Je tentais de le fuir, au moins de le refroidir ». Cette fois, le lien avec notre discussion d’hier était flagrant. Parfois, une source de rêve est claire.
La critique de théâtre, Solange Lévesque, horripilée ce matin avec raison. Grand moment de silence ému dans la salle et, soudain, dring, dring, dring…sur un air de Beethoven ! Un maudit cellulaire ! Honte à ce con !
6-
S’il y a « le côté gauche du frigo », un bon petit film québécois, il y a le côté droit de notre cerveau. Le côté « artiste », celui des émotions et de la mémoire. Espérance de l’avoir bien garni. J’étais « 10 sur 10 » de on œil droit si mon gauche ne voyait guère. Ma mère : « Tu as déboulé, « la trappe » ayant été relevée, à trois ans, dans l’escalier de la cave. Bang ! Sur le ciment. Notre grande peur à ton père et à moi à l’époque ». Folichon ? Je me disais que cela avait stimulé le côté épargné, le droit. Un jour —mes lectures en parapsychologie, 1970-1980— j’apprenais que bien des gens « de génie » (hum, !) avaient été des « débouleurs », des enfants tombés sur la tête et que ces accidents, ces chocs graves, pouvaient faire naître des…dons ! Fou non ? J’y croyais volontiers. Déboulez, tombez, tombez, enfants chanceux ! Candide gaillard, jeune.
Aile revenue de ses courses : « J’ai vu un bon film allemand, bien coté, à l’affiche du cinéma en bas. Avec sous-titres je crois. Si on y allait ce soir ? » Ah mais oui ! Soleil toujours. « On va faire une promenade. Lâche ton ordi, Cloclo ». A raison. Je lâche l’ordi. Pour mardi matin à « T.L.M. », j’ai rédigé des notes : « Mon David, à sept ans, aviateur-mitraileur à Sarayevo (!) et les pétards à mèche, fureur de mes garnements, mes recherches pour en trouver. Ma recette de poudre explosive fabriquée par un faux-Chinois ». Houde et Bertrand, le vieux scout dit : « toujours prêt ».

Le jeudi 17 octobre 2002

STÉPHANE BUREAU:  » Un déménageur de temples  »

1-
Ce matin, pas de cette pluie crachine comme hier mais un ciel d’une lumière lactée niaise.
J’ai vu le début d’une biographie sur Jean Duceppe mardi soir. Un acteur très populaire, et parfois populiste, —coureur de jupons invétéré, jeune— hélas disparu, de notre vie culturelle, c’était un bouillant « opinioniste », très coloré et suractif, converti tard au nationalisme indépendantiste. C’est la promesse d’une série télé bien terne. Un dialogue creux et mal écrit, sans vrai naturel (bons sites, bons décors cependant). Cela faisait « séance paroissiale » —Aile n’est pas du tout d’accord avec moi. On peut raconter une histoire ancienne avec un style, sinon moderne, actuel. Claire Wojas et Robert Simard (le réalisateur) se sont englués dans une sorte de reproduction (reconstitution ?) lente, pépère, sans allant aucun. Cet acteur étonnant, Paul Doucet, a su imiter le ton particulier de Duceppe (bouleur, avaleur de mots) et il a une bouille étonnamment semblable à celle de son héros mort trop tôt hélas. La sympathie que le public avait pour Duceppe rendra tout le monde complaisant face à cette manière pourtant sans dynamisme. Et les paquets de pubs criardes n’aident pas ! L’effronterie marchande s’installe à Télé-Québec, réseau public, de plus en plus ? Ignominie, mépris des spectateurs.
2-
J’aperçois Élie Wiesel (Prix Nobel) à « Cent titres » (avec son animatrice…excessive un peu…) mais Aile, une fois de plus, avait la zapette au creux de la main (cette tiraillerie pour le zappetisme !) et je dois zieuter ses chères « nouvelles ». Indispensables moments graves de ses jours. J’y entends de nouveau la misérable Danielle Levasseur ( à Bali) et son horrible façon de jaser actualités étrangères. Pénible, pénible ! Moi, je préfère lire les « nouvelles » le matin dans les journaux, moins pressés, moins bousculés par les sujets entassés et les maudites « pubs ».
Puis, on zappe chez Labrèche. Aile : « Regarde, une tête d’oiseau, celle l’autruche, non » ? Moi : « Regarde c’est le bec à rictus du « Joker » dans Batman, non » ? Ce laideron blond est désopilant en diable et souvent audacieux dans ses approches de sujets (« Les p’tites vites ») ou d’invités. Évidemment les forts moments sont rares et il faut endurer des passages ennuyeux, le salaire —inévitable— d’une quotidienne quoi !
Reçu par la poste le magazine « Le bel âge » qui contient l’entretien accordé à madame Stanton cet été. On n’annonce point l’interview en couverture. À quoi bon. Un écrivain hein ? Vous jacasser à cœur libre deux heures avec une journaliste et puis vous lisez un « papier » pas bien profond, pas bien stimulant. C’est la loi. Je me souviens de mes rencontres avec carnet de notes bourré pour « Québec-Presse » —avec Geneviève Bujold ou Monique Miller— et devoir pondre que trois feuillets. Et lire mon article « plate ». Oui, la loi des imprimés.
3-
Appel à l’instant de mon éditeur « troispistolants ». « Oui, oui, Claude, ton journal sera là et pour le Salon de Rimouski dans 10 jours et pour celui de Montréal bientôt. Ta couverture avec ton quichotte est belle, tu verras. J’ai coupé du journal ici et là, besoin de pas trop de pages !, mais j’ai rétabli des entrées coupée par ma réviseure. Tu te répétais parfois et je sais bien que c’est fatal dans un journal, mais à l’occasion non, c’était trop redondant. » Moi : « Tu as toute ma confiance, Vic. Hâte de te voir à Rimouski ».
Je reviens de chez mon toubib. 60 minutes d’attente. Merde ! Sur chaise dure, finir de lire sur Modigliani dans « Paris-Mastch ». Je l’aime ce macaroni ivrogne ! Singer, lisant des résultats de prise de jus, semble heureux : « Vous étiez à 8.2, vous voilà à 6.2 Bravo ! Continuez à mieux vous nourrir ». Ouen :légumes, poulet, poissons… Ouash !
Revenu, ma quasi-jumelle et sa meilleure amie, Micheline avec sa grande et joie fille, m’attendaient à la porte. Jasette au salon. Bière et thé. Pas grand moyen de placer un mot tant Marielle et sa Micheline jacassent. Deux pies. La pie claudiusjasminus obligé de se taire pour une fois !
J’arrive de l’École Bouffe. Aile encore grondeuse, l’œil sévère dans mon sac : « Quoi ? De leur pizza ? Hon ! Ton doc Singer va le savoir » !
Vu hier soir un merveilleux film de Bergman fils : « Tous le dimanches » (ou « Les enfants du dimanche ») à ARTV. Fameux ! Le récit autobiographique —scénario du papa fameux, Ingmar— racontant son père le pasteur luthérien soupe au lait, peu bavard. À la fin terrible face à face muet d’Ingmar vieux avec son père qui achève sa vie. Terrible confrontation silencieuse. Terrible ! Le père lisant le journal intime de son épouse décédée avant lui : « Ma vie, en somme, a été un fiasco » » Il ne peut pas comprendre ce verdict accablant. Le fils le lui explique. Terrible, oui ! Des séquences fantastiques comme l’horloger du village suicidé, pendu et se balançant sous les arbres. Ce fantôme répond à la question de l’enfant « quand vais-je mourir ? » Le spectre lui gueule : « À chaque jour, à chaque jour » ! Le bon film, sans la crisse de pub. Qui nous change des machines à « pow, pow » made in Hollywood.
Dans ce beau film, un gamin ave des petits soldats de plomb comme dans mon jeune temps. Souvenir :un petit voisin, Desbarrats, habitant un deuxième étage. Il avait une fameuse collection de ces figurines de plomb. Je l’invitais sur la galerie d’en avant, chez nous. On jouait des heures. C’était en 1936-37. Un jour de mai : Roland Desbarrats déménageait. Ma grande peine. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’acheter une aussi formidable collection.
4-
Francine L. au téléphone ce matin : « Craignez pas, Claude Jasmin, je vais vendre le reste de vos images à des gens importants. C’est commencé d’ailleurs, le tramway, le guenillou, etc. ». Je lui dis : « Même la bannière au Christ sanguinolent ? » Elle : « Ah çelui-là, pas sûr » ! Moi : « Bien, vous me le gardez. Un souvenir, oui » ? Elle : « Bien, je vous le garde ».
Mon marlou Marleau m’a expédié une photo couleurs du choeur illuminé du lundi de Saint-Arsène. Le gentil. Toujours moqueur il ricane de mon tirage « au sort » qui tombait sur ma sœur, Marielle. Le prix gagné ? Cinq heures de bain de boue et autres recettes corporelles à « L’Excelsior » du village, ici. Marielle, sans auto, a donné sa passe à ma fille Éliane qui dispose de la Caravan Doodge, elle. Daniel M. dit : « Si j’avais eu mon chéquier, lundi soir, j’achetais une de vos aquarelles… » Le menteur, le Pinochio marlouesque ! Que le nez lui rallonge…à mort !
Raynald Bergeron a raconté publiquement (La Presse) qu’il n’est pas bois (pas Pinocchio quoi) ! Que les jolie ados aux nombrils à l’air peuvent le distraire de son job de prof. J’ai ri d’abord. Ce matin Claude Charrette de Saint-Placide (La Presse toujours ) le plaint et, comme moi, regrette « la mode » chez ces grandes élèves exhibitionnistes. Recommande que les directions —complaisantes, laxistes— d’écoles mettent leurs culottes ! Vrai ! Oui, dit-il, vive l’uniforme ! Il a raison tout de même, lui et le prof distrait.
5-
Francophonie : le club refuserait d’embarquer Israël et « c’est injuste » dit un lecteur de gazette. Raison clandestine : faut pas heurter, choquer les pays du club remplis d’araboïdes francophones ! Un autre signale que la France, contrairement au Québec, à la Belgique et à la Suisse, n’admet guère d’étudiants étrangers (francophones) dans ses université. Ah ! Est-ce un reproche fondé ? Sais pas. Ce que je sais : on y fourre des pays où l’anglais (au Liban) galope désormais, où le français ne tient que par un fil et bien aristocratique. C’est triste.
Ce Jean Ziegler, un Suisse malcommode (auteur de « La Suisse lave plus blanc… » a refusé le « Prix Kadhafi pour le droits de l’Homme ». Il publie : « Les nouveaux maîtres du monde… » Il dit : « La seconde guerre mondiale, en six ans, a tué moins de monde que la situation actuelle via la mondialisation ». Cybolac ! « L a terre pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains mais les maîtres de l’économie refusent de le faire ». Pour sauvegarder leurs profits. Ils sont, selon Ziegler, des assassins. « Ils (oligarques et leurs mercenaires) veulent privatiser la planète entière, spécifie-t-il. Cela écœure.
Je m’imaginais que les Arabes étaient les seuls importants en matière de pétrole. Or je lis que c’est le Canada le premier fournisseur de pétrole aux États-Unis. Ah bon ! Le Vénézuela est le numéro 2 ! Et le Mexique, le no. 3. Vient ensuite l’Arabie Saoudite avec 1,411 millions de bpj. Les USA ont eu besoin de 9,514 millions de bpj pour seulement le mois d’août ! Et ça grimpe sans cesse, dit Reuters.
6-
À Lachute, vieille église en ruines, placardée, et vente de vitraux (aussi luminaires, vieux bancs, etc.) par qui ? Par l’Église de Saint-Jérôme ! « Un scandale, dit Ernest Champagne —le fils de l’architecte de Saint-Julien— on ne protège que les églises de Montréal ou de Québec. Injustice ». Claude Turmel —directeur du Comité d’art sacré du diocèse de Montréal— déclare : « À Montréal, ces ventes sont interdites en effet ». Exemple : Le Musée de beaux-arts va acquérir l’église « Erskine and American » au coin de la rue Sherbrooke, voisine du MBAM. Un monsieur Carrière (aux finances « religieuses» de Saint-Jérôme) avoue qu’il y a eu ventes : « On ne pouvait faire autrement » ! Coups de pied au cul qui se perdent encore.
Irresponsabilités totales ? Je mange mal, qui est le coupable. Je chauffe un gros bazou, qui est responsable ? Vite, un avocat à 50-50 % si on gagne. Je me bourre de bonbons variés, qui faut-il poursuivre ? Un businessman cigarettier, invité à Montréal, vient d’avertir son monde, ça n’est qu’un début d’avocasseries (industrie payante pour les gens de toge) ce qui nous arrive avec le tabac… » Il va y avoir procès sur procès et pour tout ce qui grouille : les faiseurs de bonbons, de bouffe rapide, de chars pollueurs, etc, etc. « Méfiez-vous mes bons amis » ! Je réfléchis.
Je viens de terminer le mince tome 2 de ce Alain Rémond dont j’avais tant aimé le premier livre sur sa jeunesse. Surprise, le voici à Sainte-Agathe-des-Monts (!) , à 19 ans, chez les novices des Pères de Sainte-Croix ! Il décrit nos quatre saisons avec une joie réelle. Ce « Un jeune homme passait est bien moins émouvant et moins captivant que l’autre récit. On y relit des choses du premier. Rémond ira à Rome, en apprenti-curé, puis en Algérie (pour le service militaire) et enfin, défroque de sa vocation. Le voilà en « commune» en plein Paris, après mai 1968, vivotant de petits jobs. C’est bon mais… « Chaque jour est un adieu » était si bouleversant. Déception donc.
Dehors, coup d’œil à ma fenêtre, la noirceur s’installe et vite, la neige de ce matin, notre première, a fondu, en face, sur l’autre rive, l’éclairage aux condos du Chantecler fait ses faisceaux, on dirait le château de Chenonceau-des-pauvres ! Traces jaunâtres sur le lac jusqu’à notre grève. Aile fait mijoter des choses…On ferme, j’ai faim !

Un déménageur de temples

JASMIN, LE POLÉMISTE
ATTAQUE STÉPHANE BUREAU !
 » Un déménageur de temples  »

par Claude Jasmin (écrivain)

C’était le titre d’une entrevue du reporter new-yorkais, Richard Hétu :  » Le déménageur de temples « , (9 mai, La Presse). Un scandale, non ? Nous étions plusieurs à nous poser une seule question :  » Comment ça se fait que l’Inde laisse partir ainsi de son patrimoine collectif « ? Car l’article nous annonçait que M. Simard, riche collectionneur né au Saguenay, faisait démolir des temples, du 17 ième siècle !, à Cochin (en Inde) pour les réinstaller dans son village, Larouche (1,100 habitants !) en vue d’ériger un site,  » pour touristes haut-de-gamme « , spécifiait-il.

L’article de Hétu raconte que l’évêque de Cochin prendra l’argent du riche Québécois, Claude Simard, pour se construire une belle église (St.Thomas) neuve ! Ce galériste ( » Shaiman gallery  » à New-Yok) et collectionneur, Claude Simard, attendait un restaurateur indien pour l’aider à sa curieuse installation larouchienne.

L’on était replongé au vil temps de ces niais curés d’ici se débarrassant ‹chez des Étatsuniens riches et à prix vils‹ de nos trésors collectifs d’art sacré pour soi disant  » rénover  » leur église. Une lamentable pratique interdite désormais, Dieu merci !

L’on songeait aussi à ces odieux colonisateurs de jadis qui embarquaient pour Londres ou Paris les trésors de L’Égypte ou de la Grèce ! Un Québécois rejoue donc ce vilain rôle ? L’Inde moderne autorise, permet cela ? Aucune question là-dessus par M. Hétu.

 » Le Point « , piètre information ?

Au début de cet automne Stéphane Bureau, de la télé de Radio-Canada, partait à son tour, pour Larouche, questionner M. Simard ( » Le point « ) et ne fera pas un meilleur travail. Bureau, lui aussi, ne pipe pas un seul mot sur ce vandalisme (quel autre mot ?) étonnant.

Qui alertera l’ambassadeur de l’Inde à Ottawa ou le consul, ici, à Montréal ? Si, un jour, un tribunal compétent (de l’Inde ou de l’UNESCO) ordonne le démantèlement de ce  » village de l’Inde  » au Saguenay, de remettre  » en état  » tous ces monuments, qui va payer pour cette inévitable (?) et justifiable réparation ? Nous, les citoyens d’ici ?

Les fonctionnaires de notre Ministère du Tourisme laissent faire tout cela ? Sont-ils heureux du fait ?, sont-ils à faire imprimer (à nos frais) des écriteaux en bleu et blanc pour attirer le touriste à Larouche cet été ?, préparent-ils des textes alléchants dans l’annuelle et gouvernementale jolie brochure illustrée, pleines couleurs ?

Je croyais bien terminé le temps des colonisateurs riches qui embarquaient les trésors de l’Égypte ancienne. Ou de la Grèce. Un journaliste compétent fera-t-il toute la lumière sur cette très bizarre entreprise ? Le maire de Larouche, M. Réjean Lévesque, innocent, se déclarait tout content de cette initiative exotique.

MM. Hétu et Bureau n’ont pas bien fait leur travail d’informateurs. Qui creusera mieux le sujet ?

(p.s. : M. André Pratte (La Presse) refusait de publier mon article au début de l’été.)

– 16 octobre 2002

Le mardi 15 octobre 2002

1-
Ouf ! Ça y est. C’est fini cette fête pour « La Maisonnette des parents » de la Sœur Gagnon, à Saint-Arsène. Si inquiet —de dette expo menée par des amateurs néanmoins aimables— que je renversai sur mon ami Dube son grand verre de cola, dimanche midi, ensuite un plein verre de vin sur la belle nappe d’Aile, le soir, et puis mon café, lundi matin chez Miville à Radio-Canada. Dyslexie psychosomatique ?
Oui, ouf ! Avant de remonter en Laurentie toute orangée, visite, près du grand parc Kent, à Marie-Josée allongée ou en fauteuil roulant pour sa hanche rabibochée. « Je vois mieux, dit-elle, la terrible solitude des aînés remisés en Centres ». Deux mois en internement : « Mais ça va, on mange bien, les gens sont très gentils, je lis, j’ai la télé… » Courageuse. Radio-Canada continue de fonctionner sans la tite-boudrias : incroyable hein ? Elle m’a prêté le deuxième petit livre de Rémond puisque j’ai tant aimé son premier tome : « Chaque jour est un adieu ».
Si affamés ce matin qu’on a « petit déj » rue Bernard. Journaux sur la mini—table, hélas, du café « Au souvenir ». Soleil plein la vitrine. Fumée bleue ! On ne cessera donc jamais ? J’en suis arrivé, fataliste, à me dire : « Bof, trop tard à mon âge pour stopper les « clopes »; content, satisfait, je fumerai jusque sur mon lit de mort ». J’imagine les « gros yeux » de ma fille, Éliane, si Marco lui fait lire cela !
2-
Ainsi, vendredi soir, Rita éteignant enfin son humoir-à-poussières, je courus à l’École Bouffe et, revenu, « gros yeux » d’Aile voyant mes
Provisions, son accueil : « Bonjour cholestérol ! » Maudit ! Des cuisses poulettière…et pas meilleures que celles de la maison. Je l’ai dit. Aile se gourmait. Coup de fil de la biblio : « Le livre attendu par vous est arrivé ».
C’était ce « W.T.Center, 47 ième étage » de Bruno Dellinger. Il s’adaptait vite à New-York comme consultant-conseiller pour des big-shots amerloques voulant investir (ou se mailler) en France, son pays. Ce Bruno est un bon bourgeois tranquille qui a connu, jeune, l’anarchiste Hedern-Hallier (ils animaient, jeunes, une radio-pirate à Paris), aussi le Poivre D’Arvor médiatique, aussi Claude Chirac la fille de qui vous savez.
Comme tant d’Européens, fascination totale pour les Usa, en particulier pour le « Big Apple », évidemment. Bon. Tout baigne. PME qui fonctionne. Et un bon matin, il voit —et entend— un avion juste derrière les fenêtres de son 47 ième étage. C’est le 11 septembre. Son récit fait frissonner. D’avoir échapper à la mort de justesse l’a rendu comme fou. Thérapies sans fin. J’ai lu cela d’une fripe. Captivant. Ici et là, dans son livre, ses élans « buschiens », parfois d’un réactionnarisme malodorant doivent, je suppose, être mis au comte de sa peur effroyable. Une lecture étonnante.
3-
Le soir, à ARTV, chez Homier-Roy, le comédien David La Haie. Une fois de plus, pas de dossier, rien, sur enfance, jeunesse, études, famille, premiers rêves, essais, échecs, etc. Aile qui a travaillé avec lui dans « Montréal, P.Q. » (« il était froid, distant , comme distrait ») finit par le trouver sympathique avec ce long entretien. Moi itou.
Samedi, j’écoute les éloges du « disident-maison » chez Le Bigot, pour le film du provocateur courageux : Michael Moore : « Bowling Colombine ». Lundi après-midi, revenu du studio de T.L.M. —Aile à ses petites commissions— je songe à filer vers l’Ex-Centris pour voir ce film qui charge à fond les amateurs d’armes aux USA. Bon temps pour « charger » avec ces gens assassiné (dans le dos) par un « sniper » détraqué autour de Washington, non ? Paresse maudite : je reste, Chemin Bates, étendu sur le sofa de cuir caramel à lire un « Voir » et deux « Ici ». Et « L’Action nationale » et « Le Couac ».. J’ai honte. On se dit toujours : « ça va passer à la télé tôt ou tard ».
Coup de fil du fils, ce samedi. Daniel veut aller vélocipéder à Val David. Avec sa jolie Lynn, il va passer nous voir… et réparer un petit « bug » sur mon i-Mac. Je vois que l’on affiche une exposition des œuvres de Claude Vermette dans la chic rue Laurier (rien à voir avec un portique d’église de la rue Bélanger). C’est un —riche— voisin adèlois mais on ne se voit pas. Goût d’y aller fureter. Souvenir : J’ai vingt ans. Claude m’invite, pour des conseils en céramique qu’il pratique en autodidacte, dans la cave de son papa-boucher rue Beaubien. Ambiance d’atelier libre. S’y trouvent de ses camarades de bohème. Certains en combinaisons de laine ! Cidre à boire. J’étais réticent (oh l’avare jeune homme !) à communiquer ce que j’avais dû apprendre durant trois ans.
Plus tard, Claude contractera un « bon » mariage avec la fille d’un « important ». Elle deviendra une tisserande d’art et lui une sorte de concepteur-céramiste souvent appointé pour de plantureux contrats publics. Il devient un « designer » en briqueterie d’art. Il aura vite les ressources nécessaires pour acheter un grand domaine au bord du lac Rond —une partie convertie en un lot de condos nommé « Villa Major ». Ce fructueux mariage des beaux carreaux de faïence aux couleurs vives et des luxueux tapis tissés aux mêmes couleurs flamboyantes fera donc florès. Pont impossible à franchir entre le petit scénographe salarié (moi) et un véritable baron des architectes à la mode (lui). Destins.
4-
Samedi soir, invitation à souper au Sommet Bleu voisin, chez les F. Deux avocats. L’ami Dube nous les fit connaître. Sylvie et François viennent d’acheter un vaste bungalow luxueux tout en haut de la colline derrière chez nous, au bout du chemin où se trouve la croix illuminé. Entrée avec l’énorme bouvier des flandres, frisé noir, pas jappeur, deux chats beaux, jolie piscine dans un boisé bien calculé, jardin fleuri en escarpement, bassin de poissons —pas tuables l’hiver— et une vue imprenable sur le Mont Olympia, Saint-Sauveur et le Mont Gabriel. Avec, eh oui !, rien n’est parfait, un bourdonnement venu de l’autoroute en bas de cette falaise feuillue. Les F. voient le soleil jaune se lever, nous, en bas, on le voit rouge, aller au dodo.
Rioux, le sociologue : « Nous sommes une société tricotée serrée ». Vrai. François, expert en droits des producteurs et auteurs de télé, de cinéma, vient de l’Assomption et connaît donc des gens que je connais depuis mon livre « L’Outaragassipi » qui raconte les débuts historiques du lieu. Dimanche l’amie, veuve-Fasano, s’amène. Ils resteront tous à coucher. Jeux de cartes, « le railroad chou-chou », il pleut tant. Rires. Piques et craques. « Pretzels » —et autres cochonneries— personne ne s’étouffe ! Retrouvailles du temps de notre « Groupe des Sept » quoi. Visite de « maisons à vendre » au Lac Écho en après-midi. Sous la pluie. Dube songe à acheter dans le Nord. Maison hors de prix au bord du lac joli. Je vois une véranda à mousticaires comme du temps de Pointe-Calumet. Mobilier d’osier désuet. Je m’y installe. Je suis bien. J’ai quinze ans ! On vient me réveiller. Je rêvassais au passé adolescent.
6-
Le soir, film loué. « Et ta mère ! ». Mexicain. Un navet navrant. On ferme. À la télé : on voit le fameux Gene Hackman chez « Actors studio ». Son silence émouvant quand Lipton lui parle de son papa « disparu subitement » quand il avait 12 ans. Grand malaise. Très grave. Il finit par parler : « C’est ce qui fait un acteur ». Il ajoute : « Ce n’est pas nécessaire vous savez ». Ainsi, encore une preuve. Des enfants sont comme assommés par la rupture familiale.
Plus jeunes, nous nous disions qu’aux USA, les séparations étaient si fréquentes qu’il ne devait y avoir aucun dommage grave pour tous ces les enfants des divorcés. Or, ça ne cesse pas, télé mais aussi livres, magazines, etc., ces témoignages d’artistes étatsuniens profondément déboussolés par les parents qui se quittaient alors qu’ils étaient de jeunes enfants. Que la préoccupation constante était d’espérer un accord, un nouveau pacte, de tenter inlassablement —par tous les moyens— une réconciliation des deux parents. Ce « vieux » Hackman —qu’Aile et moi admirons beaucoup— qui eut, chez Lipton, ce regard mouillé, qui se tait longuement, encore accablé très lourdement…j’ y réfléchis.
7-
Nos invités roupillent lundi matin quand je pars pour T.L.M. à Radio-Canada. J’avais oublié : congé et donc à peu près personne sur la 15 comme sur le Métropolitain. J’arriverai au stationnement en 50 minutes !
Dans la nuit de samedi : je suis pris avec des lascars. Je dois les suivre. Braquages de banque. Je fais le guet. Une sorte de vigile, désarmé. Je suis réticent. Pourtant je dois fonctionner avec ces jeunes fous. Je me vois ensuite dans un autobus. Même bande de bandits jeunes. Je dois m’engager ave eux. On me donne un fusil. Je pars avec eux. Le chauffeur d’un nouveau bus m’encourage, me sourit. Il est pourtant un employé municipal ! Son uniforme ? Un complice ? Nous avions roulé en Gaspésie. Du côté de Matane, de Rimouski. J’assiste à un départ précipité. Il faut nous sauver. Sirènes dehors. Une vie palpitante. Je ne veux pas y être. C’est contre ma volonté. Je suis une sorte d’otage, d’étranger parmi ces satrapes. Un voyage infernal. On me fait des menaces en arrivant dans un entrepôt de l’est de la ville. (East Angus Shops !) On semble mécontent de mes attitudes. J’ai peur. Ils sont hargneux. Ils portent de lourdes valises noires. Je songe à comment fuir, m’échapper sain et sauf…Je me réveillerai soudainement.
D’où ça vient ? De la lecture récente des forfaits de ce Serge Quesnel, « Le tueur des Hells » ? En Gaspésie de V.-L. Beaulieu, mon livre —ce tome 1 du journal— pour le début de novembre serait menacé ! Dubois a beaucoup parlé, au repas chez les F., du fin fond de l’Est, d’où il vient ? Sais pas.
8-
Lundi soir, Aile et moi, sur le parvis de Saint-Arsène. Pas de lumière. Parking rue Christophe-Colomb et aussitôt, Aile, émue, reconnaît son école (de 8 et 9 ième année) Saint-Arsène quand elle habitait la petite rue Molson. Dans le portique, un peu de lumière, pas beaucoup, car au dessus de ma quarantaine d’images, des ampoules pas bien brillantes et mal installées pour éclairer efficacement ma ponte. Deux tableaux de haut (!) sur deux sections de panneaux tristement sombres. Ambiance un tantinet lugubre. Hélas, on a collé les cartons des titres et aussi les étiquettes des prix sur les vitres. Bang, de même ! Aile m’aide à retirer les quarante étiquettes, nous les recollons sur ou sous les encadrements. Ouaille ! Francine L. s’amène, fatiguée mais heureuse. Vin d’honneur avec Le président d’honneur (moi !). Rencontres aimables. Petite armée de bénévoles. Curé « latino » du lieu, M. Villars, causette aimable. Vin rouge en verre de plastique. Amuse-bouches classiques. Andrée Huard, une fidèle du journal, me remet une monographie sur Villeray, d’hier à aujourd’hui. Merci !
Nous nous sommes entendus, Aile et moi, pour rester calmes…et paraître contents. C’est ce qu’on fait. Me sœurs arrivent, joyeuses, les compagnons n’y sont pas tous; ma belle bru, Lynn, et mon cher Marcogendre sont venus, mes enfants aussi et trois de mes cinq petits-fils, tous examinent mes illustrations petitepatriesques. Joyeux caquetage. Bientôt ce qui se nomme une petite foule. Un public bon-enfant remplit la nef peu à peu. Et la dévouée Francine arrivera à vendre…. trois ou quatre aquarelles. En est toute fière. Ma surprise car ce n’est ni le lieu ni le public pour vendre des tableaux ! La sœur Madeleine Gagnon s’amènera, tombera dans un escalier et repartira aussitôt sur le dos en …ambulance ! Tristesse ! Énervement aussi. Silence partout, c’est parti : tout en avant (exigence de Francine ), seuls dans un long banc de chêne, Aile et moi. Nous semblons… un ridicule couple princier ! On rigole…sous cape. Un chœur de chant (celui de Dagenais) fait entendre un vaste pot-pourri de très belles chansons, anciennes et modernes.
Entracte.
Fumées bleues sur le porche ! Luc de La Rochelière y va de son jeune répertoire. Tirage au sort, par bibi, d’un billet pour un séjour-santé dans un hôtel :paf ! je tire le numéro de ma sœur, Marielle. Ma gêne. Je jure l’impartialité. On rigole. 22h et fin de la cérémonie. Tout le monde semble content. À la toute fin, mon fidèle Marleau, vrai diacre inattendu, m’apparaît dans la grande allée. Ce courrielliseur ironique me semble un compère tout heureux de rencontrer son correspondant. Il me dit qu’il ne s’exilera plus à Cap Saint-Ignace, c’est probable. Et puis se sauve. Comme un voleur, comme Lynn et mon Daniel d’ailleurs ! Les sauvages ! Dehors la nuit. Je respire. Aile respire aussi qui n’aime pas trop ce genre de cérémonial légèrement empesé.
Arrivés Chemin Bates, sous le viaduc Rockland, encore un long serpent à wagons pourpres qui remue en maugréant un indicible marmottage bien ferré. Dodo.
Nous avons mangé tantôt, halte du journal, le reste de calmars (mon régal !) et pennine de dimanche dernier avec vin rouge, jamais plus d’un verre et demi. Je descend voir le documentaire sur le RIN par le cinéaste Labrecque. Merci magnéto !

Le mardi 8 octobre 2002

1-
Ouf ! Par beau ciel, comme hier, je filais tantôt vers le studio 46 à la SRC.
Le Houde à sarcasmes et la belle Bertrand m’accueillent toujours le sourire fendu jusqu’aux oreilles, l’air de dire : « Qu’est-ce qu’il va encore nous sortir le papi ? » Hier matin, je sortais des centaines de « roches chanceuses » pur étaler un peu mon trésor le plis cher. Tous ces ramassages de petits cailloux par des « petits poucets » ravis et pour le grand-père encore plus ravi.
J’avais écouté : » Tu sais tu peux faire et dire ce que tu veux à notre émission, nous sortir une bonne polémique si tu veux ». Je m’y préparais. Je songeais à fustiger tant de nos émigrants refusant de s’intégrer à nous, le 84 % de la population, ignorant carment notre passé, nos coutumes, notre histoire, s’installant paresseusement en ghettos. Or, hier soir, souper chez Lynn et son « homme » mon fils.
Au dessert et café, discussions animées entre Aile et Daniel. Sujet : « les enfants mal élevés ». Ça bardait. Ma belle célibataire prône la rigueur, la sévérité même, la cessation totale des gâteries — « skate » à 200$ pour mon Thomas, auto à 16 ans pour mon Simon. Mon fils débattait virilement toute l’affaire. J’étais aux anges, on sait que j’aime bien la chicane. Soudain, nous parlions des amis des deux gars : « Tu sais papa, je veux pas te peiner mais, malgré tes beaux efforts, c’est « le gang d’amis » qui façonne le plus un ado ».
Je le savais bien.
Daniel, en riant, se moque de mon « recyclage » de souvenirs avec les petits-fils à « Tous les matins ». On va me mettre, Lynn et Daniel, au défi de raconter mes idioties, de « ternir » un peu la belle image du bon papi généreux. Alors, ce matin, j’ai raconté au duo de T.L.M. ma bévue quand je m’installai en nono innocent, dans la cour-arrière d’une voisine de la maman de Lynn. On a bien ri en studio du grand distrait.
2-
Hier, Aile au chevet de la « hanchurée » Marie-Josée, je file à Rosemont chez Marielle, ma quasi-jumelle avec un sac de livres lus et des magazines. Jasette. Pernod. Une cartouche de cigarettes à 2$ le paquet que le beauf’ Albert se procure chez les Agniers anglos de la rive-sud. À ses risques et périls ! Promesse d’être aux côtés du « président d’honneur » lundi soir à Saint-Arsène.
Nous avions lunché, à « La Moulerie », avec l’ex-camarade de la SRC, Lise Chayer, voisine, l’été, du cher « Vic » de Trois-Pistoles. Retraitée comme Aile, veuve, Lise s’amuse d’être devenue une accorte « barmaid » d’un « Pain doré » du quartier de l’Ex-Centris. Lise, qui étudie l’aquarelle, aime le monde, y trouve une clientèle charmante, une animation joyeuse derrières ses comptoirs de fromage, charcuterie et pâtisseries. Notre étonnement d’abord. Pourquoi pas ? Ainsi sa solitude est rompue et fort agréablement. Curieuse, Lise a noté mes mots et la nuance : « scotologiser et somatiser ». Premier cas : un refus, un déni d’une réalité sans conséquence grave, l’autre cas amène un dommage physique (maladie, douleur au corps) à ce déni.
3-
Ce midi, avant de remonter ici, téléphone du prof Gilbert Forest de « André Laurendeau » pour que je préside un concours de littérature à cette école de Ville-LaSalle —que je sais fort dynamique. Refus poli. Je ne peux pas garantir une telle activité ces temps-ci. Trop de projets en marche, je l’ai remercié pour la confiance et il a compris.
À l’instant : pise de rendez-vous avec le docteur Singer. Le 17. Il aura analyser ma prise de sang… et me fera… verdict. Brrr…Le méchant cholestérol gagne-t-y du terrain ?
Je relis « Aimez-moi… de Denise Bombardier, pas mal d’autofiction dans ce roman d’avant « Ouf ! », j’y retrouve plusieurs éléments de son « Une enfance à l’eau bénite » : le quartier Villeray, elle en ado terne, plate de poitrine, sans attraits physiques, angoissée, une maman soumise à son « butor de mari » mais ambitieuse (pour sa fille), ce papa terrible, anticlérical, sauvage et « sans amour » pour ses filles Ça me plait.
4-
Courriel d’une jeune camarade écr..evisse,Francine Allard (venue de l’Outaouais), très admirative « pour l’ensemble de mon œuvre » : elle va publier chez Leméac bientôt, et chez « Trois » des pouèmes. Elle m’annonce que Stanké fut « un affreux » avec elle —et aussi pour d’autres de ses poulains : Roch Carrier, Michel Garneau, Pierre Falardeau par exemple— ne versant pas ses droits d’auteur. Ah ! Faudra que je questionne carrément mon Alain là-dessus. Chez l’éditeur Pierre Tisseyre (où elle publia), on réécrit carrément vos textes » ! Eh bin !
Un jour, profitant du brûlot de Fabienne Larouche sur ses « producteurs-voleurs », F. Allard voulut se glisser dans le train en marche et se mit à rugir contre les éditeurs « pas moins voleurs ». À la radio et dans la presse je l’avais vertement rabrouée en affirmant qu’on ne pouvait ainsi comparer les énormes subventions d’argent public versées aux producteurs (de télé ou de films) et nos chétifs éditeurs-artisans. « J’ai pas eu le courage de rétorquer à l’époque et je le regrette », m’écrit-elle.
Courriel de Michelle Temblay : elle enrage de ces parents (des voisins à Lévis) qui souhaitent au plus tôt l’anglais dès la première année. « Si nos enfants peuvent parler deux langues, ils iront loin » est leur idéal. S’is parlent « mal » deux langues, iront-ils si loin ? M.T. me parle d’enfants fréquentant des écoles privées bilingues…et qui parlent anglais désormais entre eux. L’inquiétude des parents —que je saisis bien pour l’avenir des enfants rend aveugle souvent. Dans le monde entier, il n’y aucun pays bilingue qu des personnes. Tôt ou tard un pays qui se voue à cette chimère verra une des deux langues gagner. Ici, (300,000,000 d’anglophones sur notre continent ) on peut imaginer quelle langue triomphera… Et vite !
5-
Excellente première émission (merci magnéto !) de Christiane Charrette (La Presse y fait écho ce matin). Louise Marleau étonnante, Dan Bigras toujours captivant. Y était aussi le « bouffon » du caricaturiste Chapleau : l’avocat vire-capot, étonnante girouette, Bertrand. Cet ex-Riniste déclare qu’il a réfléchi longuement sur son chemin de Damas, celui du « fédéraliste nouveau ». Il vient de découvrir la roue ! Imaginez-vous donc : « Je reviens à ma première conviction : oui, le Québec doit devenir un pays. Et cela dans une fédération changée. C’est la farce de Deschamps : « un Québec libre dans un Canada fort et uni » ! Fait-il mine d’ignorer l’histoire récente, les « no way » définitif —et grandissant depuis 1995—des anglos. Pas question pour toutes les autres « provinces » que Québec ne soit plus une « province ». Par quel tour de magie, notre bouffon croit-il qu’il va faire changer cette attitude « canadian ».
Non, non, il n’y a qu’une issue : nous voter majoritairement —51 % malgré Anglos et assimilés— l’indépendance du Québec. Ce sera le choc salutaire. Inévitable. Une fois faite, nous pouvons espérer qu’il y aura —enfin— un Canada confédératif. Et pourquoi pas ? Mais pas avant, comique Bertrand !
6-
J’ai mis la main —à mon porte-monnaie— sur le « Foglia chéri » : « Manuel à l’usage…des jeunes filles » de Melissa Bank. Hâte d’y aller voir. Méfiance ? Oui. Difficile de recommander un bouquin car… tot sensus quot capita, oui, il y a autant d’opinions qu’il y a de têtes !
Lundi à T.L.M., je veux parler de mon enfance à moi, pas celle des petit-fils. La ruelle à jeux ! Les marchands ambulants. Nos jeux rudimentaires et nos pauvres jouets au temps où i n’y avait pas de « skate » à 200 $ sous le sapin de Noël. Ni Nintendo, ni ordinateur-à-jeux. Certes, j’en profiterai —on est bien servi …— pour inviter le public à Saint-Arsène voir la petite expo de mes « images pieuses ». le soir même.
Dimanche soir, Aile et moi à la zapette, tombons, à TV-5, sur une table ronde fort animée par un meneur de débats qui a le regard de biais du Jack Nicholson. Plein de grandes gueules françaises. Un tourbillon. J.-F. Revel, l’auteur de « L’obsession anti-américaine », immobile comme un gras bouddha, se fait invectiver par certains invités. Le dissident Suisse, Ziegler, parlera peu ! Allègre, ex-ministe de l’éducation qui fréquenta les universités USA, défend les États-Uni avec intelligence : « Ne pas confondre le peuple des États-Unis et ses gouvernants, c’est deux choses bien différentes ». Il affirmait : « On dit, on répète :le lobby du pétrole « pro-guerre en Irak » ? Fausseté ! Mensonge. Aucun intérêt pour eux, au contraire. C’est le lobby des industriels-en-armements qui poussent sur les va-t-en guerre ».
Un autre ex-ministre, Villepin (« Le cris de la gargouille », chaque invité avait son livre d’essai tout frais ), lui aussi, veut nuancer le débat. Emmanuel Todd (« Après l’Empire ») y va de ses franches opinions : « En France, c’est l’élite (politique) qui est pro-Bush, pas le peuple et c’est le contraire aux USA, l’élite est anti-Bush et le peuple lui fait confiance vis les peurs entretenues ». Émission stimulante. À la fin, hélas, une sotte Line Renaud viendra bénir les USA : sans doute qu’elle fut bien traitée —à Las Vegas— en meneuse de revue sexy, « French touch ». En épilogue, surprise : un Nicolas Rey s’écriant : « Quoi, quoi, les médiocres ? Assez ! Les médiocres ont bien le droit de vivre, non » ? Drôle. Tout cela pour dire qu’on grimpa au lit, Aile et moi, la tête bourdonnante d’idées diverses. C’est cela aussi la France. Pays unique !
7-
Aile d’en bas : « Clo ? Tu disais pas vouloir faire une dernière tonte d’herbe ? C’est le temps, y a un voisin qui s’y adonne, concert en duo ? » Bon. Bien. Ouan. Euh…Faut… Courage : je descend mettre mes vieux souliers.