Le mercredi 2 octobre 2002

1-
Oh les beaux jours encore…L’été qui refuse de nous quitter ? N’ayant pu luncher pris par une querelle télévisée avec le prof Poirier et Falardeau-Tabarnak, ce midi à TVA (chez Dame Cazin dans « sa mire »), Aile et moi nois aboiutissons à 15h chez Dino’sor au coin de la rue Morin. Club-sandwich pour deux, avec frites et bière. La terrasse aux quatre vents. Ce temps si doux, le petit vent si bon, le soleil. Oui, l’été en octobre !
Hier, un mardi essoufflant pour le bonhomme ! Dès le matin, table-ronde à TOUS LES MATINS de la SRC : parler d’un maître d’école inoubliable. J’en ai ressuscité deux : Gérard Saindon, ma quatrième année à Philippe-Aubert de Gaspé et Roland Piquette au collège Grasset en syntaxe. Plaisir de crier le nm de morts. Ils revivent un peu alors.
Me rendre, même studio, au salon du duo Houde-Bertand ensuite pour narrer « une autre des belles histoires… » du papi ravi avec ses garnements de jadis. Quand ils furent si contents de tromper les adultes avec des farces et attrapes à 30 sous ! Stéphane Tremblay me commande : « M. Jasmin, retour après le lunch, on va faire deux brefs sketches comiques avec Paul Houde ». C’est mon Marleau qui va rigoler puisqu’il m’annonçait une carrière de « stand-up » un jour !
Je ne sais trop quand « T.L.M. » va diffuser mon Houde en sévère directeur de polyvalente aux vestiaires et moi… en p’tit voyou paresseux, casquetté, la planche à roulettes sous le bras ! Un autre morceau « d’anthologie télévisuelle » dira Louise Cousineau !
Ma journée n’était pas faite : le soir, coin Ontario et Frontenac, une cinquantaine de « fans » venaient écouter le confesseur Jean Fugère et moi, le confessé volontaire. Tirage d’une douzaine de mes bouquins à la fin. Durant : « la divine Monique » —comme, à Paris, on disait « la divine Sarah— se fit merveilleuse lectrice de trois textes de votre diariste. À la « période des questions », dans ce joli théâtre —avec un joli décor— du Centre culturel Frontenac, quelques villerayiens causent « petite patrie ». Bonne chaleur. Bonne écoute.
Un Fugère très ému quand je raconte ma surdité grandissante et mon émoi de cela. Je dis : « Un jour prochain, fini le théâtre que j’aime, le cinéma que j’aime tant, la radio et la télé, il n’y aura plus pour moi, le sourd, que la lecture ». Jean F. n’en revient pas. Un très long silence. Aile, dans la salle, me dira avoir été bouleversée par cet aveu. Pas si grave, j’aime tant les livres. On ira reconduire « la divine » rue Hartland dans N.D.G. et, vite, vite, dodo ! Aile en fume une dernière et me racontera « Le grand blond…fou » avec Larouche, Gregory Charles —si drôle quand il jase anatomie et maladies.
Ce matin, on se prépare à remonter en Laurentie quand …coup de fil d’une recherchiste insistante : « Madame Cazin vous veut absolument à son « Dans la mire ». Je questionne mon Aile-de-Aile. Y aller, pas y aller ? « Vas-y, t’aimes tant ça les engueulades, vas-y ! » Aile un peu déçue. Beaucoup déçu au retour : « Claude, tu as des idées valables mais pourquoi tant crier, tan t’énerver ? C’est mauvais cela. » J’ai promis qu’au prochain débat public, je resterai calme, placide. J’ai promis. C’est facile.
2-
Dimanche midi, brève visite de l’ex-camarade d’Aile, le réalisateur Laforce —maintenant prof à Grasset en communications. Brioches. Cafés. Jean-Yves L. vient de relouer le petit condo chanteclerien pour l’hiver, pour ses ados. Je les écoute bavarder sur les orientations « commerciales » de leur « chère » Maison-mère —la SRC— qui les déçoit tant ! J’ose : « C’est fini le beau temps sans l’impérieux devoir de « crottes d’écoute ». Vous avez quittés juste à temps ». Ils restent inconsolables. Et inquiets.
« Découvertes » dimanche soir, à la SRC, à l’heure de la soupe. Encore du dumping fort valable. J’y suis fidèle. Qui, sans raison valable, ne regarde pas « Découvertes »? Des imbéciles. Des aliénés. De néfastes nonos ! J’ai dit. Le matin. Lu la chronique de Laporte sur les « Prix Gémeaux », dans La Presse. Tordant encore. L’ami André Dubois gagne une statuette pour sa série comique « KLM ». Content pour lui, Aile et moi.
Le chroniqueur du Devoir, Louis Cornellier, me courriellise : « Oui, je serai le critique de ton journal. Hâte de liure ça, prêt à dégainer… ». Oh, a peur ! Cornellier m’annonce qu’il va raidement éreinter, samedi, celui du Frère Jérôme, alias Jean-Paul Desbiens, qu’il l’a jugé réactionnaire rare ! « Publication de mon premier tome (400 pages) à la fin d’octobre, me dit Des Roches, chargé d’édition pour V.-L. B. Prêt pour le Salon du livre de Rimouski, j’espère. Le tome 2 (400 pages encore ) : après les Fêtes ». Bon, bon.
Toune à la radio. Aile : « Ah mon Dieu, cette vieille chanson classique : « La vie en rose ». J’avais quoi, onze ans ?, à Aylmer, cette chanson ,me bouleversait complètement. Rêveuse hein ? Précocement romantique non ? J’écoutais ces « Quand il me prend dans se brras…qu’il me parle tout bas… » J’avis des frissons » Elle rit.
Aile fort inquiète dimanche pour l’amie Marie-Josée qui se fera ouvrir et poser une hanche neuve lundi matin à Sacré-Coeur. Téléphones de soutien sans cesse ! J’admire son grand cœur, sa capacité en compassion.
3-
Au téléphone : le Tremblay de T.L.M. : « J’ai un ami. Laporte de La Presse. Vous lui aviez expédier de bons mots un jour, il y a longtemps. Il s’en souvient. Cela l’a marqué, on dirait. Vous avez fait ça aussi pour un jeune romancier de mes connaissances. Il m’en a parlé. Vous êtes un gars correct ! » Oui, on reçoit si peu de ces félicitations. Je le fais. On l’ »a fait parfois à mes commencements d’auteur. Je sais que c’est stimulant. Précieux. Je le fais. Pas assez souvent pourtant.
Le Bigot parle de sondages, un « oui ou non, « baiser, tout jeune, dans la maison des parents ». Aile et moi : non ! Une majorité de québécois sont « pour ». Nation nigaude ! Depuis l’ouverture des barrages cons, depuis la « Révo tranquille », les Québécois oint perdu bien du bons sens. Ils veulent sembler très modernes, avant-gardistes si possible. Niaiserie ! Déboussolages fréquents. Finies les normes, les valeurs, les balises, les critères civilisés. On en finit plus de lire des réponses loufoques de Québécois se croyant affranchis ! Stupidité. J’en suis fort inquiet, moi. Médusé aussi.
D’autre part, n’en pas revenir non plus de ce curé de Saint-Hilaire qui arrose d’eau bénite les sacs des écoliers ! Un temps de « marabouts » comme en Afrique primitive, cela en 2002. D’autre part, les zélés zozos « raéliens » du businessman « extraterrestre » —un suborneur de minette— qui envoient ses troupes de cinglés (avec une femme Évêque fol) aux portes d’une école. Non mais…Quel monde !
Je suis en train de lire « Ça va aller » (chez Leméac) d’une Gréco-montréalaise, née à Chigago, devenu prof à Concordia. On lui acorde beaucoup de promotion ces jours-ci. Le Biron du Devoir a lu et parle —sans trop commenter— de la « haine de son pays ». Eh ! D’une auteure qui apprécie beaucoup la haine de l’Autriche —son pays— par Thomas Bernhard. L’idole avec le suicidé Hubert Aquin de cette romancière, au livre fleurant l’autofiction. Bon. Je poursuis ma lecture de ce « Ça va aller » et, déjà, les marges de mon exemplaire sont noircies de mes notes :snob, mondaine, érudite-gaga, névrsée, psychosée même…J’y reviendrai.
Je sortais de chez mon encadreur (pour lundi le 14, le pôvre !) de Montréal-Nord dans l’affreux boulevard Industriel et une jeune fille malingre, pas trop bien « arrangé », vêtue un peu pauvrement, avec des yeux vifs, fonce vers moi assis dans ma voiture : « C’est bien vous qui avez écrit « La nuit tous les singes sont gris’», oui ? Je dis :oui. « J’ai énormément aimé ça. Merci pour ce roman. » Coup de chaleur ! C’est bon. Notre solitude relative, les écrivains. Un jour, soudainement, une personne vous fait un pâle sourire et vous dit : « merci ». Oh oui, chaleur !
Aile de Aile : « Clo ? Ton ami Paul Arcand avec le Mario, et le souper est prêt. Descendons manger …Mario et quoi d’autre ?

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