Le samedi 5 octobre 2002

1-
Formidable veillée dans Simcoe Crescent hier soir. L’ami André Dubois frappait le chiffre 60. Le jeune ! Avant le bon souper bien arrosé de sa Mimi — prof retraitée heureuse de Marie-Victorin— visite à cette Marie-Josée à la hanche renouvelée ! Elle va s’en relever. Deux mois de …marchette ou béquilles ! Grosse cabane de réhabilitation rue Van Horne à l’est de Côte-de-Neiges. Plein de gens sur des lits qui attendent de pouvoir se remettre dans le courant de la vie.
Chez Dub, France, une notairesse—mariée à un sosie de « Ben Hur », Roger— fort amusante et, comme moi, sans langue-dans-la-poche. On a rigolé fort. Elle me déclare être la nièce de cette Irène Sénécal, contestée pionnière, ici, du « dessin libre » pour les enfants. J’imitais son « école » audacieuse aux centre récréatifs de la Ville (1953-1956). « Vous ne leur apprenez pas à bien dessiner », me disait-on souvent. On ne comprenait pas trop ces séances de liberté graphique totale en ce temps-là.
La compagne de Dubois, Michèle Lépine, vient de s’inscrire chez un prof —un peintre Chinois !— souhaitant peindre plus que jamais désormais. Sa fille Emmanuelle y était —une déjà experte en transcription-traduction — se perfectionne à Ottawa et c’est là —amours, amours, où ne vous nicheriez-pas ?— qu’elle a trouvé un jeune compagnon, Hughes, qui est le relationniste du chef du Bloc, Gilles Duceppe, comme on sait, le fils du fameux « Jean », comédien émérite dont on annonce une biographie dramatisée à la télé.
Le matin de ce hier, prise de sang (grr…) dans une clinique laurentienne. Ma vieille peur… Alors je fais le bouffon, avec des patients, des infirmières… Inutilement car :une experte cette guêpe piqueuse, n’ai rien senti. Privé de toit depuis 21 h la veille, au diable céréale et fruit, précipitation —comme pour me venger— sur œuf et…bacon (un tit peu) au retour « at home ».
2-
J’ai sorti tantôt une de mes chaudières de plastique transparent remplie de « roches chanceuses ». Cadeaux inestimables de mes petits-fils. Et que je veux exhiber —en preuve— lundi matin à « T.L.M. » de la SRC.
Je m’étais dis dans le temps : pas bon pour eux, mes cinq mioches gentils, d’être toujours les « receveurs », les débiteurs du si généreux papi. Ils doivent avoir envie de donner. Alors, je leur quémandais sans cesse des dessins, des griboullis. Un jour, je dis : « Jeune, je cherchais partout des yeux des « roches chanceuses », vous savez ces petits cailloux polis qui brillent ?, on me disait qu’ils portaient chance à ceux qui les ramassaient. Ma foi, j’y crois encore et si vous en voyez… »
Ce sera, durant des années, une récolte merveilleuse. À chacune de leurs excursions, ballades, avec les parents, ils en eurent plein leurs poches à m’offrir. Bien fiers : « Tiens papi, c’est pour toi ». Mes exclamations. Leur contentement. Enfin, ils donnaient eux aussi ! Je prenais. Je garde jalousement dans ma cave, ici, ces centaines et centaines de petits rochers luisants. Je me répète : « Chaque petit caillou brillant, c’était une pensée pour moi, leur grand-père ». Mon trésor le plus précieux ? Oh oui !
3-
À la cour pénale internationale (La Haye), étonnement : une monstrueuse raciste s’accuse. Regrette. Avoue. Biljana Plavsic admet publiquement le mini-génocide (Kosovo, Bosnie) commis. Surprise étonnante là-bas. Et dans le monde. Cette eugéniste vicieuse, avouant, admettant sa bêtise grave, doit vachement embêter le fou de Milosevic.
Je lis un article de fond, signé d’un expert en éducation, qui dénonce le mal fait aux petites garçons dans nos écoles. Temps qu’il l’ouvre ce retraité ! C’était mon sujet lors de ma première visite en studio chez Houde et Bertrand, à « Tous les matins ». Effrayantes révélations : on interdisait la « tag », le ballon-chasseur et même les récréations dans certaine écoles! Tout cela pour tenter d’endiguer, de nier, de détruire, idiotie, l’agressivité naturelle chez les gars. Jamais d’hommes en enseignement primaire ! Tentatives loufoques et nuisibles de remodeler les petits garçons en petites filles ! L’horreur ! Maintenant, enfin, on songe à repenser ces façons de faire. Il est bien tard.
4-
Aile me disait depuis jeudi midi : « Vite, lis cela, c’est un petit bouquin formidable ». Ça me tentait pas trop. Tant de bouquins m’entourent. Oh le récit merveilleux ! Le précieux trop bref livre. « Chaque jour est un adieu » est signé Alain Rémond (Seuil, éditeur). Je l’ai dévoré d’une seule traite sur le coin de la table à manger, avant de partir pour la ville, vendredi midi. Au chapitre de « la mère », j’éclate en sanglots. « Chaque jour est un adieu » —pris chez Chateaubriand— est « la petite patrie » de ce jeune breton, fils de modeste cantonnier. Il n’est pas un urbain comme je le fus enfant, lui, il ne court pas dans les ruelles mais dans les champs —la forêt et ses féeries— loin de la ville (loin de Paris), dans une famille pauvre, 10 enfants, chambres entassées, pas d’eau courante, la « békosse » derrière le dépotoir ! Des artisans pauvres, des paysans tout autour. Un logis vraiment misérable. Miracle de l’âge enfantin : une « petite enfance » toute rayonnante pourtant. Le bonheur des innocents.
Soudain, le malheur. L’enfer s’installe dans cette cambuse misérable et il écrit : « On ne guérit jamais de son enfance » : son merveilleux papa sombre dans l’alcoolisme. Ce sera la guerre désormais entre maman et cet homme ivrogne, papa. Une épouse bafouée, insultée, battue, cette mère débordée, tant aimée. Et ce sera l’effrayant silence des enfants qui ne comprennent pas que leur « paradis » s’écroule subitement.
Marie-Josée qui empruntait ce récit bouleversant de son amie la critique Francine Laurendeau, me dira à son hôpital, qu’il y a une suite. Un autre troublant épisode. Hâte de le trouver. Je veux écrire à ce Alain Rémond. Son « enfant de Villeray » à lui, le petit bourg de Trans », où l’on devine au loin, par temps clair, le contour du monastère-château, le Mont-Saint-Michel, m’a tant remué. Ah la joie de lire du bon « stock ». Belle drogue !
5-
Mystère… Moi qui aime tant les formes et les couleurs, pourquoi ne vais-je pas plus souvent aux expos, aux galeries, aux musées ? Sais pas ! Velléitaire, je lis un article stimulant, je me promets… et non, j’y vais pas. Paresse ? Pourquoi me priver de ce stimuli visuel ? Oui, un mystère. Serai-je puni lundi soir le 14 à Saint-Arsène ? Pas un chat à mon expo d’aquarelles ! C’est tout ce que je mériterais ! Après des années à « couvrir » tant d’expos (de 1960 à 1967), on aurait dit que j’étais saturé…d’images plastiques. J’avais retraité. Depuis, fini le pèlerinage chez les chercheurs des arts plastiques. Maudit mystère. Je lis sur la « Biennale de Montréal ». Lamarche (du Devoir) y met de gros bémols. Un expert en la matière, de Berlin, regrette que ces expos avant-gardistes ne s’adressent qu’aux « connoisseurs », qu’aux experts. Il dira qu’à Venise les vénitiens n’y s’y sentent pas concernés., Que ces foires audacieuses finissent par captiver que les « autres » créateurs. Des ghettos subventionnés ? Eh oui, je le crains.
6-
La folichonne secte du Raël à pédales —que Québec-con classe, avec détaxation, comme religion hélas !— se voit interdire son feu-de-camp-aux-crucifix —comme chez les racistes du K.K.K.— au Parc Jeanne-Mance. On invoque au Service de incendies : « Pas une fête mais une manif ». « Le pari de la Sagesse », une autre sorte de fêlés, préparait un face à face. Lâcheté des autorités. On ose pas dire : « Respect pour l’héritage historique montréalais, pour la mémoire, pour le patrimoine passé, pour les origines nationales » ! Ce serait trop simple ? Quoi ? Si ces cocos de raélistes, malins, annonçaient : « Approuvez, ce sera joyeux, il y aura fanfare rock, clowns et ballons », est-ce que la Ville dirait : « Oui, allumez vos torches, flambez-moi toutes ces vilaines croix » ! Les imbéciles ! La tolérance tous azimuts a souvent des visages d’hypocrisie.
7-
Un rocker lui dédie une chanson au taliban endoctriné, made in USA , le titre : « John Walker’s song ». Édifiant ! Procès —aux USA— au jeune kamikaze virtuel. Prison : « vingt ans, vingt ans », clamait une toune populaire de Ferland. La défense : « C’est la faute à MTV ». Bin quin ! Le jeune fanatique exporté de l’Afghanistan cherchait du vrai, du bon, du méritoire, du pur. Il devait absolument quitter la crasse des conforts modernes en Occident. Certains trouvent Mahomet, le Coran, d’autres le Bouddha. Ils ne sont pas dangereux. John Walker, lui, avait trouvé des mitrailleuses, des camps d’entraînement, du fanatisme, de la haine. Le jeune étatsunien va devoir « méditer » encore, désarmé cette fois, à l’ombre, très à l’abri, des méchants occidentaux décadents que nous sommes tous ! Miserere !
Questionné, embarassé, Chrétien se tait toujours. Pour nous vendre, au Québec, le « fédé-râlisme », sa scélérate et mercantile compagnie de pub « Group’Action » empochait allègrement l’argent public. Avec plans et rapports ruineux et…en double…Pas pour le même prix. L’enquête traîne, évidemment. Les « examinateurs » d’abus et de favoritisme, stipendiés grassement, sont pas pressés face aux gaspillages du « trésor commun », face aux conflits d’intérêts, face aux magouilles. Face à la propagande grossière. Et inefficace ! Le nationalisme libérateur des québécois se décolonisant, c’est juste des « Flags sur le hood » mais les milliers et milliers d’unifoliés des Sheila et cie, c’est le « bon » nationalisme ! Ensuite, on lit un excité chroniqueur du « Ici » qui chie et bave sur notre patriotisme.
Ou bien on lira une sinistre névrosée, Catherine Mavrikakis —très kaka comme dans caca— qui pisse aussi sur le patriotisme, j’ai terminé son sinistre récit « Ça va aller » (chez Leméac). Je voulais en faire la démolition avec maints exemples —mes marges noircies— puis, je me ravise : je perdrais du temps tant son faux-brûlot anti-Québec est ennuyeux et plat. À la fin, son « chat noir », sa fixation, sort du sac : ce qui l’enrage ?, qu’on la nomme encore, après tant de décennies vécues ici, une néo-québécoise ! Vite, nous devenons alors collectivement un peuple de terrifiants racistes. Faudra en parler aux Norman Bratwaithe, Luck Merville, Péan, Dany Laferrière, l’on pourrait en rajouter en masse, des « néos » totalement acceptés ici. Est folle la Mavri-kaka, elle est aussi prof en lettres à « Concordia ». Fameuse messagère de notre culture, hein ?
8-
Vu « Les incontournables », à TVA, jeudi soir. Une masse assommante de pubs criardes entre des « messages promotionnels» pour consommer de la culture vivante. Ça gigote. La mode « fast koltur ! » Aussi futile qu’à « CE SOIR », avec ce jeune crieur toujours bousculé, pressé dans sa « nomenklatur » à plogues »! Pas de commentaires un peu étoffés, aucune critique. Interviewettes niaises. Aucune opinion un peu étayée. Rien. Le vide sidéral. Un vain défilé. On méprise le public, on ne le croit pas assez intelligent pour instituer, organiser, une échelle de valeurs, un choix. Une graduation dans l’estime de tous ces produits offerts. On vous nomme et en vitesse, soyez heureux les créateurs ! Honte !
C’est « Coup de pouce » et non « Clin d’œil » qu’Aile jugeait pas mal fourre-tout ! Je le feuillette : plein de très jolies pages de publicité, comme un peu partout. Beau design typographique, bonnes photos. Et, en effet, ça jase de tout et de… rien ! Une obligation en ce domaine ? C’est pareil chez « Châtelaine » ou « Elle-Québec ». Etc. Le public (féminin) ciblé est content ? Satisfait. Ça se vend bien ? Oui ?
Je lis : « Qu’y avait-il avant, qu’il n’y a plus, sinon l’enfance ? » Du poète Saint-Jonh Perse.
Je lis et je relis cette phrase.
Et je jongle.
Mes contempteurs parfois : « Jasmin, il sort jamais de l’enfance ». Répéter encore Colette : « L’enfance comme une cicatrice qui se referme jamais. »
Je jongle.
Ce « Chaque jour est un adieu » de Rémond me hante. J’ai mal encore. Il m’a fait très mal. Tant de malheur. La misère sur les innocents : insupportable.
Je regarde par ma fenêtre ce beau ciel bleu de samedi, ces jolis nuages… je pense à eux, morts en 1987…je remercie ma mère et mon père. Avoir eu cette chance : une enfance heureuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *