Le dimanche 6 octobre 2002

1-
Je songe à du Canaletto quand je vois tant… « le bleu du ciel » (titre de Bataille) et des nuages kioutes, rosés. Même loin de Venise, mossieu Canalettto, il y a ici aussi de ces firmaments si aveuglément lumineux. Ce matin, Aile m’ouvre le store : « Regarde-moi ça, Cloclo ! » C’était fameux, brume au ciel, sur les collines, sur le lac. Pointes de jaune, de rouge, d’orangé, dans des feuillus qu veulent émerger de ces smufato romantiques. Paysage étonnant en effet : la froidure de cette nuit se sauvant devant le chaud du point du jour ! Spectacle fort.
J’avais, dans le pénis, des bébés ! Fou ça ! Des bébés minuscules, en celluloïd (?), mini-poupées insolites étranges et je les sortais, nerveux, un à un. Une bonne douzaine ! Mon pénis enfin vidé… comme un vain tuyau !
Bizarre songe, non ? D’abord je me baladais avec Aile, très courtement vêtue, sur mes épaules. Un village lacustre. Un Pointe-Calumet exotique, embelli. (J’avais parlé hier à Aile d’aller vite racheter le terrain —et son chalet— de mon père pour les enfants et les petits-enfants. Site vendu en 1983 par mes deux enfants —à la mort de leur mère). Avant ces mini-bébés…Aile —dans des voiles transparents— et moi batifolions dans le vent. Du bien beau temps. Puis c’était Monique Miller, grimpée sur moi, s’accrochant, rieuse, fesses nues, suspendue, toute heureuse, sur mon dos, puis sur mon ventre…Non mais…
Ah, pouvoir défricher ces rêves ! Ces petits bébés de caoutchouc dans ma verge ! Étonnante séquence !
Aile hier soir, tard : « Merde, faut p’us que je me fie à mon intuition. J’ai loué un navet ». Non. Pas si navet que ça. Disons un film bien intentionné mais « à demi raté ». « Autoroute 84 », écrit et filmé par Ross Partridge est un polar un peu spécial. On lit : « concepteur visuel : Christin Paquette » ! Ah ! Un autre descendant de nos exilés des temps jadis ?
Un film étonnant. Loin d’être banal. Insatisfaisant quoi. Un noyé bien gras. Blessé à la tête. Enquête. Un petit patelin non loin de New-York. Un jeune policier déboussolé, divorcé, perdu. Un suspect…mais en vain. À la fin, le suicide du jeune gros patapouf (très bien joué), aliéné mental, qui cherchait son père l’abandonneur misérable. Des relents très « bibliques » ça et là. Un film commandité —en secret— par des fondamentalistes ? Je le suppose.
Dans ce « Autoroute 84 », un fauteuil roulant (le père retrouvé, invalide). Je songeai au fauteuil roulant que je manœuvrais dans des couloirs pour Marie-Josée « de La Hanche » vendredi après-midi. J’ai songé aussi à maman, 85 ans, en fauteuil roulant, rue Saint-Denis. J’avais enlevé les seuils de toutes les portes du logis. Et fais mettre du tapis aussi. J’avais fait le ménage partout. C’était en 1984, par là. Il lui restait trois ans à vivre et je ne le savais pas. Je la voyais mourir à 100 ans ! Papa le sauvage promu cuisinier et femme de ménage (oh !) alors. Devant pousser la vieille épouse, l’aider sans cesse. En 1985, il n’en peut plus et maman ira mourir seule, en novembre 1987 —cinq mois après lui— rue Labelle, dans un centre hospitalier. Proche de « Auger tabagie », pour le « farces et attappes » des mes petits mousquetaires.
2-
Avant « le choix ciné d’Aile », hum !, revu hier soir, à ARTV, le formidable documentaire sur « l’un des deux ou trois plus grands pianistes au monde », Glenn Gould. Feu Jean-Louis Millette et Sylvie Drapeau commentaient. Ensuite, le beau film de Girard sur Gould : « 32 films brefs ». Ce phénomène humain, hors du commun, maestro à cinq ans déjà, est fascinant. Né en 1932, (mort en 1982) Gould va stopper net (en 1964, jeune encore) les concerts publics —il était fêté, loué, applaudi, acclamé, portée aux nues de New-York à Moscou— pour s’enfermer dans des studios d’enregistrement sophistiqués. Choix abasourdissant pour ses adorateurs navrés.
Ce génie incontesté avait un tas de manies. Se déchaussant durant un concert, buvant un verre d’eau… Fringale de médicaments, des gants troués aux mains, « téléphonophile » insensé. Insomniaque, Gould aimait conduire sans but des heures durant, aimait épier les conversations dans des restaus et des bars enfumés, jouant l’anonyme solitaire. « Il avait l’oreille absolu », (terme qui me mystifie toujours) dira un commentateur de son étrange carrière volontairement interrompue. Un autre spécialiste du monde musical dira : « On dirait qu’il composait cette musique à mesure qu’il jouait Bach ou Mozart ou Ravel ». Je notais ses meilleures pièces (endisquées) et je me disais :je me les procurerai. Je n’en ferai rien je suppose et je resterai, hélas, ce béotien en musique dite sérieuse. Cette ignorance pourtant est un de mes chagrins. Me secouer là-dessus.
3-
Cette fois, une excellente émission d’Homier-Roy avec l’actrice lumineuse Marie Thiffault, venue du Saguenay. « Viens voir les comédiens » aurait pris sa bonne allure, sa bonne vitesse de croisière ? Ou bien, c’est elle, Thifault, qui est bonne, meilleure que Carole Laure (pas ennuyeuse du tout) et Luc Picard en « confessions » ? Et la bonne articulation, l’élocution si claire, intelligente de cette comédienne… Bon pour les sourdingues de ma sorte évidemment.
Ce matin, dimanche., cahier « lectures » encore un « papier » sur cette Mavrikakis (du roman « Ça va aller ») qui, via son héroïne, nous peint en « tribu de racistes ». J’écrivais qu’il y avait quelques « néos » qui s’épanouissaient parmi ce 84 % de « French Canadians racists », selon cette prof à Concordia. D’autres noms de « néos », ou d’enfants de « néos », me sont venus à l’esprit. En effet, comment cette Sappho-Didon (sic !) péronellisante juge-t-elle les bos succès des M’bara, Kavannah, Gregory Charles, Septimu Severe, Curzi, Franco Nuovo, Saïa, Marco Micone, Sergio Kokis, Mankievitz, De Santis, Dino Tavarone…et j’en oublie sans doute ?
Chantal Guy (La Presse) jette des bémols sur ce roman d’enragée psychotique. La « néo » Catherine tente d’esquiver… sentant les énormité proférées par son porte-parole « Didon » Apostasias, comme regrettant sa sauce « autofiction » sur les bords. « Aucun écrit n’est innocent », dit-on. Dubois, le dramaturge, a, lui aussi, joué de ce violon pourri. Un racisme inversé, on le sait bien. Auto-mépris qui relève de… Oui, y-a-t-il un docteur pas loin de ces déboussolés ? Mavrikaka-Didon trouve répugnant « ces idolâtres de l’enfance ». Cela fait un énorme régiment d’écrivains valables mis au ban de cette prof de littérature. …Dont ce fantastique Alain Rémond et son « Chaque jour est un adieu ». On lit Rémond et on est plongé dans une littérature humaniste autrement plus chaude que ce vulgaire bain d’acide « raciste » de la Mavricaca.
Toujours masochistes, peins de questionneurs en médias aux pieds de la propageuse de « diffamation des nôtres ». C’est infiniment triste.
4-
Ce matin, du « Soleil » de Québec, article intéressant entre les façons de faire des affairistes de France et d’ici. Là0bas, prudence et attente. Ici, confiance spontanée et, « rapido », on signe ce contrat oui ou non ? En France, on veut aussi de la sympathie, voire de l’amitié, ici, à l’américaine, pas de sentiments, « business as usual ». François Pouliot montre bien les différences dans les mentalités. Tembec, un exemple, a fini par installer quatre usines dans la mère-patrie, tout de même. Le PDG de Tembec, Yvon Pelletier, dit : « Ce qui se fait ici en deux semaines, prendra deux mois e Europe. Mais il y a, en France, un marché autrement plus important qu’ici ». Ah le nombre ! Le grave bobo qui fait piétiner tant de domaines brillants parut, théâtre, cinéma, livres, etc. Le malheur des pays peu peuplés quoi.
Même gazette, ce matin, des mamans « restées à la maison », délaissant un métier, voire une profession, discutent des bonheurs et des malheurs de ce métier plutôt moqué et même bafoué. Vaste question. Ma fille, Éliane, quittait son job de prof… De l’héroïsme à mes yeux. Maintenant, les enfants grandis, élevés, va-t-elle chercher à revenir au boulot ? Pas facile ce retour après vingt ans d’absence volontaire. On le devine. Une du débat en cours, ingénieure « sioupla » , avec mari « directeur exécutif », recommande de mener carrière et métier de maman. Ouen ! On devine qu’elle a eu les moyens, elle, pour tuteurs, « nanny », gardiennes et le reste.
5-
Vendredi matin, article instructif de M. David ( auteur de « Repenser la sécurité », édité chez Fides) qui illustrait les graves périls de faire la guerre en Irak selon les vœux du W.B. Il favorise l’option ONU, l’inspection méticuleuse des installations militaires chez Sadam Hussein, avec raison. En janvier ou en février 2003, il se peut fort bien que les Marines-US débarquent là-bas. Et ce sera « Vietnam », deuxième édition ?
Des catholiques militants s’associaient volontiers avec le dictateur Franco, allié prudent des Mussolini et des Hitler, en Espagne. Ces « bons chrétiens », franquistes avoués, étaient du mouvement un peu clandestin, quai secret, l’« Opus Dei ». Le curé jésuite fondateur (Escriva Balaguer) de ces réunions de zélotes « pro-Rome » et pro-fascites, se fait sanctifier ce week-end à Rome. C’est le « Travail, famille, patrie » pétainiste qui gouverne ce genre de « saint ». Une leçon historique, en 2002, qui donne froid dans le dos.
Sauvé par la Vierge (de Fatima ou de Lourdes ?) d’une grave maladie, ce MonSeigneur Balaguer aurait, à son tour, miraculeusement guéri, en 1992, un radiologiste condamné. La foi catholique aurait proclamé Balaguer c’est : « Jésus, Marie et… le pape! » C’est bien noté. Un membre québécois de cet « Opus Dei », curé de Saint-Ambroise (dans Villeray) a étudié en Espagne en 1970. Il prétend que « L’Oeuvre » avait des militants de toutes les tendances politiques. On lui dit : « Et des républicains aussi ? » « Ah non, ça, non ! » Bien.
6-
Hier, je vois une jolie annonce du jeu de société de mon fils dans Le Devoir. En bonne place. Ma fierté. Ce jeu « Bagou », que Daniel a inventé, a un fort bon succès. Il vient d’en faire une ré-édition augmentée, si je peux dire. Je voudrais qu’il soit invité à « Tous les matins » mais comment m’y prendre, détestant, comme tout le monde, le népotisme ? C’est délicat.
Un film québécois d’Eric Scott veut illustrer notre « congénital racisme »…n’est-ce pas ? « Je me souviens », un documentaire, questionne, à la manière de madame Esther Delisle ( sa thèse publiée là-dessus fut très contestée), les gens des années ’30 encore vifs. Luc Perrault, critique émérite, déclare : « loin de faire comprendre les raisons de l’antisémitisme d’alors ». Ah bon ! Un autre qui cherche —avec amour des nôtre— des poux honteux chez nos grands-parents ! Disciple de Maudit-kakaille Richler. Il n’y a pas de mystère. Mon papa était antisémite. Léger. Comme nos voisins. Comme tout le monde, en Europe comme aux USA, en 1930. « Les Juifs avaient osé crucifier Jésus ». C’était un déicide impardonnable. À cette époque, les choses étaient odieusement « noires ou blanches ». Non, il n’y a là aucune conspiration raciste organisée. Juste une connerie dans l’ air du temps, l’air enseigné, pollué, par un clergé catho borné. À quoi, à qui, profitent tous ces chercheurs de bébittes, aux adversaires du Québec libre. Évident ! Pauvre cloche d’Éric Scott ! « Je me souviens », présenté au festival de Namur, en Belgique n’a fait aucun remous. Là-bas, on sait mieux de quoi il retourne.
Le soleil luit. Il est 15h. Aller m’ installer sous la bonne lumière de l’Astre et lire avec elle. Demain matin, me rendre à « Tous les matins », parler d’une expédition sur le Mont-Royal avec marteaux pour arracher à une falaise des pierres rares…Je suis prêt Houde et Bertrand.

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