Le mercredi 9 octobre 2002

1-
Le genre fréquent d’ « octobre » ce matin : grisailleries partout. L’automne quoi. Il me reste quoi ?, un mois et demi, une quarantaine de jours à…journaliser. Après cette fin de novemvre qui vient ?
Ça me fera toute une année, 365 jours à prendre des notes un peu partout en vue de ce journal. Suis bin fier de moé. Pas si facile qu’on croit. Essayer voir…L’année 2002, fait réconfortant, me restera un fameux souvenir. Écrit. Publié, un jour, au complet.
À la fin de novembre, bientôt, j’aurai donc bouclé la boucle. Fou, je me dis —puisque je ne crois pas continuer, envie de revenir à de la fiction, plusse de « barbouillage », ou quoi encore ?— : qu’est-ce que je vais faire de mon corps ? De mon index-sur-clavier ? Je tape d’un doigt.
Diarer (hon !) m’était devenu une habitude. Comme un devoir aussi. Je me sentirai libéré ? De quoi au juste ? Innocent, j’ose me dire que des fidèles du journal seront malheureux. Combien ? Cinq ou cinquante ? Ils auront tous mes livres en bibliothèques pour se consoler, pas vrai ? Prétentieux ?
Et puis qui sait, mi-décembre ou fin-décembre, ou bien janvier 2003, je voudrai peut-être reprendre le…collier. C’est un collier. Pas si lourd tout de même. Une chose est certaine : le journal me « forçait » à rédiger. Alors, je pourrais bien publier sur Internet un roman, un récit ! Des « nouvelles » auto-fictives. Être libre donc… dans 60 jours.
2-
Hier, Aile décide d’aller fureter à l’École des jeunes chefs. Contente. Retour avec excellentes saucisses italiennes et bon potage, aussi des amuse-bouches. J’irai à mon tour tantôt.
Mon fidèle Marleau : il part travailler à Cap-Saint-Ignace (?). Au petit monde de l’édition. Beaux projets. Semble enthousiaste. Contrent pour lui. « Michelle » me dit, elle, que je l’ai prise pour « Manon ». Ai répondu : « chuis vieux » ! Ai envoyé deux lettres ce matin : 1- l’une chez Sogides (à Pierre Lespérance) pour que ce PDG réfléchisse sur mon projet « album illustré », refusé par son directeur Graveline . 2- À Lorraine Pintal, qui avait aimé lire mon « Le patriarche bleu, Duplessis », pour qu’elle y repense en vue de sa prochaine saison-TNM. Attendre maintenant. Aile : « T’es fou, mon Clo ! » Moi : « Quoi, bouteilles à la mer. Sait-on jamais ».
Que des jeunes sachent que vieux pas vieux, connu pas connu, ces métiers obligent sans cesse à sonner aux portes. « No pedling », disait un « cartron » rouge dans la porte du 7068 Saint-Denis. Ils sonnaient quand même !
3-
Fébrilité : 1-le premier tome du journal, janvier-avril 2002, (« À cœur de jour ») est-il rendu à l’imprimerie, oui ou non ? Salon du livre de Rimouski, fin du mois. 2- Mes images villerayesques se font-elles encadrer à bonne alllure à Montréal-Nord ? C’est lundi le 14 cette expo à Saint-Arsène. Hier matin, Francine au téléphone : « Votre binette se voit dans la page à potins du J.de Mtl. R.B. annnonce ce 14 au soir. Tantôt, coup de fil : « Vot’ photo, pour not’ site de « Tous les matins ». SVP. » Je dis : « Pigez dans le tas en allant à claudejasmin.com
Lundi, Aile insistait : « Viens, faut aller voir les tableaux des jeunes, de la relève, rue Saint-Laurent proche de Bernard ». Aile aime la jeunesse. Bien. Allons-y. Bang ! le nez sur la porte chez « Simon Blais », galériste. « Fermé, ouvre qu’à partir du mercredi ». Déception vive chez Aile. Ce bout de la rue Saint-Laurent : sauvage, pauvre, pas encore exploitée. Ça viendra sans doute. Nous aimions cette ambiance visuelle de…magasins-taudis. Pourquoi donc ? Mystère. Souvenir : dans un ex-magasin de souliers de ce quartier minable, avoir vu « l’homme des tavernes » dans « Broue » qui débutait. Salle de 50 places. Mon expo de « piliers de taverne » sur les mur de ce théâtre improvisé. Pas une vente. Public de jeunes désargentés. Avais tout vendu chez « Molson » (pour cadeaux à leurs bons vendeurs) où bossait une cousine, Marthe, experte-relationniste de cette brasserie. Coup de chance.
4-
Je repense à ce très bon film loué : « Meurtres par équations ». On y voit la « Fortier » de Larouche. Même histoire : une inspecteure de police au passé foudroyant, embarrassant. Elle mènera l’enquête mais…on lui retirera l’affaire soudainement. Voyez un excellent épisode de « Fortier » donc mais avec les moyens prodigieux du cinéma made in USA.
Ça y est, les couleurs sont là. Et c’est toujours le spectacle « sang et or » fabuleux. Éliane, ma fille, hier, au téléphone. Elle viendra voir ça dans 10 jours puisque ce week-end on a de la « vésite ». La bande des six. Ne pas oublier de raconter à T.L.M. ma poudre explosive d’un faux-Chinois pour mon petit Laurent alors fou des pétards ! Aussi, raconter les folles roucoulades des colombes à l’hôtel parisien des Saints-Pères, rue du même nom. C’était pas des oiseaux…une femme en chaleurs ! Raconter, raconter…Daniel, lundi soir : »En tous cas papa, je sais plus au juste qui tu es mais laisse-moi te dire que t’es un fameux raconteur ! » Des gens; »Ah, on vous voit à la télé, on vous entend à la radio, mais je savais pas que vous écriviez des livres » !
Enrageant : se pointer en médias, justement, pour espérer se faire des lecteurs et… Deux mondes ! L’univers des lecteurs de romans est tout petit.
Et c’est pour cette raison qu’on parle si peu littérature, ici ou là. Misère !
Après la tonte du terrain, hier, essoufflé, vidé, m’installer sur transat de toile, sur la galerie, et voir le couchant. Un soleil éblouissant mais sans grande chaleur. Bas. D’octobre. Ciel rougissant splendide. Repos formidable.
5-
Quittant le mini-condo, mardi midi, formidable odeur de ketchup-vert-maison dans tout le hall. Régal narinier total. Je vais vite retrouver dehors le concierge à sa tondeuse. « Si l’épouse me donne de son ketchup-maison, je lui donne une aquarelle. Promis. » Marché conclu, dit Gislain. Cette odeur c’est celle de mon enfance en octobre. Maman faisait ses conserves dont ce merveilleux ketchup aux tomates vertes. Yam, yam ! Derrière le Phénix (ex-usine « Kraft dinner »), le « ground zéro » s’agrandit. On y coule du béton sans cesse. Les « pépines » se font aller. Hommes au travail…partout. Le brasseur-malaxeur à béton va et revient. C’est le trou des trous. Bientôt les murs vont monter. Plus de soleil le matin ! Nous, on a le refuge adèlois mais les autres ?
Au lunch, Aile revient de boutique « saintsauveuriennes » : « Clo, t’as pas vu ça, il a neigé »! J’ai pas vu ça tout à mes lettres de quémandage.
5-
Avons regardé hier soir un effrayant reportage à Tv-5 (ou ARTV). Le titre : « Une église dans de sales draps ». Horrifiant, en Suisse, à Fribourg. Puis en Irlande. La pédophilie des « messagers de Jésus ». À Dublin, 80 victimes parlent enfin. Ô Joyce : pauvres « gens de Dublin », familles démunies, confiance des orphelins. La terreur. Le sadisme en prime :le fouet, la nuit. « Les surveillants ensoutanés en jouisseurs maladifs de ces spectacles de malades.
Aile en était stupéfiée, révulsée. Et moi donc qui aime tant les enfants. Procès. Prison pour les abuseurs en situation d’autorité…et sacerdotale. C’est pire que le pervers anonyme au coin d’un terrain vague. Les cochonneries dans des églises suisses, les notables de ces lieux qui se voilent la face, qui font d’immondes pressions sur les courageux bavards. Criminalité d’ « hommes de Dieu » dans des sacristies, dans des pensionnats religieux de cette Irlande ultra-catholique, jumelle du Québec d’antan. On a vu des gens vieillis, jamais guéris de cette pollution infâme, se débarrassant enfin d’une sordide culpabilité qu’on lavait su leur instiller méchamment. « Petits provocateurs va », disait-on, allez vite vous confesser ». Un comble !
Que de vies ravagées ! On veut saigner financièrement cette église complice. Bravo ! À blanc, à blanc ! Qu’ils vendent leurs gros presbytères, leurs vastes domaines, les chics terrains de verdure, les beaux jardins à statue de la Vierge immaculée, même les trésors des musées du Vatican, ces maudits « yeux fermés », ces odieux évêques complaisants.
Des témoignages douloureux hier soir. Cela enfle. Cela grossit sans cesse. Comme au Québec. Comme à Boston. Et ailleurs ! Les révélations vont croître, disait le documentaire, et tant mieux. C’est une salutaire épidémie de révélations scabreuses. Une émission qui dégoûte pour longtemps. C’est la colère là-bas, en Irlande. En Suisse, c’est le silence. C’est bien la Suisse.
« On n’ose plus approcher les enfants, dit un jeune consacré d’Irlande, on est même gêné de porter un simple col romain ». À cause de tous ces vicieux, toute l’église mise dans… « de sales draps » en effet. Ces cachettes d’antan coûteront des fortunes aux clergés pourris d’hier (il y a des cas de seulement dix ans, certains datent de 1999 !)
Immense désarroi, immense malheur collectif, hélas, pour tous ces bons curés dévoués. D’infatigables religieux d’antan sont humiliés sans bon sens, éclaboussés par toute cette merde étalée enfin. Par ces sinistres brebis noires, protégés par des évêques idiots. « En ce temps-là, le « pincé » dénoncé se répandait en regrets, implorait le pardon des péchés, pleurait, se traînait aux genoux de son supérieur, promettait de recommencer sa vie à zéro. On le croyait. Il semblait si sincère. Et il l’était sans doute. On en savait bien moins sur la pédophilie…qui ne se soigne pas vraiment. On faisait confiance au repenti. Expédié dans une autre paroisse, bien entendu, il recommençait malgré ses promesses, ses remords, ses serments », raconte un lucide évêque moderne. Vrai. Et accablant aussi. « J’ai passé « à côté de la vie » à cause d’un de ces salauds », raconte, les larmes aux yeux, un vétéran de cette guerre injuste : « candides enfants de chœur versus disciples de Jésus ».
6-
Aile observe « Bunker ». Merci magnéto ! On fait vite défiler les grossiers spots de pub. Moi, je lis « Historia » et un numéro de « L’Actualité ». Avec petits coup d’œil parfois au téléviseur. Toujours aussi mal construit. Aucune progression des personnages me semble-t-il. Le statisme total dans de grands mouvements d’images. Pour pallier le vide ? Symbolisme à la noix. Allusions confuses. Belles images de Houle sur un dialogue infantile de Dionne. À la fin, je questionne Aile : « T’as raison Clo, c’est obscur, parfois même très confus, redondant et mal structuré ». Et on nous redira que lecteurs anonymes des jury de Téléfilm
(avec notre argent public ) font reprendre dix fois les textes ! Mon cul, oui !
J’ai des tas de coupures des gazettes lues dernièrement. Des sujets divers. Je me retiens ici. Un journal n’est pas seulement un banc…d’essais.
Je me retiens. Ce vif plaisir, tous les matins, de déchirer des articles qui me font bondir. Jeune, je ne lisais pas tant les quotidiens. Il n’y avait d’important à mes yeux que les beaux arts, ma passion. Quand débutait ma fringale des actualités ? Je ne sas trop. À vingt cinq ans, il y avait mon job de scénographe et mes activités parallèles, critique et enseignement. À trente ans, la littérature. Quand, quand ? À 40 ans, je crois. Enfin,. je m’engageais vraiment. Pourrais-je un jour —j’en connais— me détacher « du monde en chamailles »? J’en doute. Un sacré virus.
7-
Je reviens à l’instant d’une visite à l’École-Bouffe de la rue Lesage : potage, tarte aux pommes, une baguette, du chou-fleur et carottes…pas fameux comme choix ce soir. Aile : « Eh là ! Ton cholestérol Cloclo, ces frites que je vois là au fond de ton sac » ? Moi penaud : « Euh… j’avais, Aile, comme un goût de frites. Juste un peu ». Je déteste me sentir un gamin pris en faute.
Suffit.
Me reste maintenant 59 jours en fidèle journalier. Ça veut dire quoi?, une douzaine, une quinzaine, d’entrées encore ? Le 30 novembre : stop!

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