Le mardi 8 octobre 2002

1-
Ouf ! Par beau ciel, comme hier, je filais tantôt vers le studio 46 à la SRC.
Le Houde à sarcasmes et la belle Bertrand m’accueillent toujours le sourire fendu jusqu’aux oreilles, l’air de dire : « Qu’est-ce qu’il va encore nous sortir le papi ? » Hier matin, je sortais des centaines de « roches chanceuses » pur étaler un peu mon trésor le plis cher. Tous ces ramassages de petits cailloux par des « petits poucets » ravis et pour le grand-père encore plus ravi.
J’avais écouté : » Tu sais tu peux faire et dire ce que tu veux à notre émission, nous sortir une bonne polémique si tu veux ». Je m’y préparais. Je songeais à fustiger tant de nos émigrants refusant de s’intégrer à nous, le 84 % de la population, ignorant carment notre passé, nos coutumes, notre histoire, s’installant paresseusement en ghettos. Or, hier soir, souper chez Lynn et son « homme » mon fils.
Au dessert et café, discussions animées entre Aile et Daniel. Sujet : « les enfants mal élevés ». Ça bardait. Ma belle célibataire prône la rigueur, la sévérité même, la cessation totale des gâteries — « skate » à 200$ pour mon Thomas, auto à 16 ans pour mon Simon. Mon fils débattait virilement toute l’affaire. J’étais aux anges, on sait que j’aime bien la chicane. Soudain, nous parlions des amis des deux gars : « Tu sais papa, je veux pas te peiner mais, malgré tes beaux efforts, c’est « le gang d’amis » qui façonne le plus un ado ».
Je le savais bien.
Daniel, en riant, se moque de mon « recyclage » de souvenirs avec les petits-fils à « Tous les matins ». On va me mettre, Lynn et Daniel, au défi de raconter mes idioties, de « ternir » un peu la belle image du bon papi généreux. Alors, ce matin, j’ai raconté au duo de T.L.M. ma bévue quand je m’installai en nono innocent, dans la cour-arrière d’une voisine de la maman de Lynn. On a bien ri en studio du grand distrait.
2-
Hier, Aile au chevet de la « hanchurée » Marie-Josée, je file à Rosemont chez Marielle, ma quasi-jumelle avec un sac de livres lus et des magazines. Jasette. Pernod. Une cartouche de cigarettes à 2$ le paquet que le beauf’ Albert se procure chez les Agniers anglos de la rive-sud. À ses risques et périls ! Promesse d’être aux côtés du « président d’honneur » lundi soir à Saint-Arsène.
Nous avions lunché, à « La Moulerie », avec l’ex-camarade de la SRC, Lise Chayer, voisine, l’été, du cher « Vic » de Trois-Pistoles. Retraitée comme Aile, veuve, Lise s’amuse d’être devenue une accorte « barmaid » d’un « Pain doré » du quartier de l’Ex-Centris. Lise, qui étudie l’aquarelle, aime le monde, y trouve une clientèle charmante, une animation joyeuse derrières ses comptoirs de fromage, charcuterie et pâtisseries. Notre étonnement d’abord. Pourquoi pas ? Ainsi sa solitude est rompue et fort agréablement. Curieuse, Lise a noté mes mots et la nuance : « scotologiser et somatiser ». Premier cas : un refus, un déni d’une réalité sans conséquence grave, l’autre cas amène un dommage physique (maladie, douleur au corps) à ce déni.
3-
Ce midi, avant de remonter ici, téléphone du prof Gilbert Forest de « André Laurendeau » pour que je préside un concours de littérature à cette école de Ville-LaSalle —que je sais fort dynamique. Refus poli. Je ne peux pas garantir une telle activité ces temps-ci. Trop de projets en marche, je l’ai remercié pour la confiance et il a compris.
À l’instant : pise de rendez-vous avec le docteur Singer. Le 17. Il aura analyser ma prise de sang… et me fera… verdict. Brrr…Le méchant cholestérol gagne-t-y du terrain ?
Je relis « Aimez-moi… de Denise Bombardier, pas mal d’autofiction dans ce roman d’avant « Ouf ! », j’y retrouve plusieurs éléments de son « Une enfance à l’eau bénite » : le quartier Villeray, elle en ado terne, plate de poitrine, sans attraits physiques, angoissée, une maman soumise à son « butor de mari » mais ambitieuse (pour sa fille), ce papa terrible, anticlérical, sauvage et « sans amour » pour ses filles Ça me plait.
4-
Courriel d’une jeune camarade écr..evisse,Francine Allard (venue de l’Outaouais), très admirative « pour l’ensemble de mon œuvre » : elle va publier chez Leméac bientôt, et chez « Trois » des pouèmes. Elle m’annonce que Stanké fut « un affreux » avec elle —et aussi pour d’autres de ses poulains : Roch Carrier, Michel Garneau, Pierre Falardeau par exemple— ne versant pas ses droits d’auteur. Ah ! Faudra que je questionne carrément mon Alain là-dessus. Chez l’éditeur Pierre Tisseyre (où elle publia), on réécrit carrément vos textes » ! Eh bin !
Un jour, profitant du brûlot de Fabienne Larouche sur ses « producteurs-voleurs », F. Allard voulut se glisser dans le train en marche et se mit à rugir contre les éditeurs « pas moins voleurs ». À la radio et dans la presse je l’avais vertement rabrouée en affirmant qu’on ne pouvait ainsi comparer les énormes subventions d’argent public versées aux producteurs (de télé ou de films) et nos chétifs éditeurs-artisans. « J’ai pas eu le courage de rétorquer à l’époque et je le regrette », m’écrit-elle.
Courriel de Michelle Temblay : elle enrage de ces parents (des voisins à Lévis) qui souhaitent au plus tôt l’anglais dès la première année. « Si nos enfants peuvent parler deux langues, ils iront loin » est leur idéal. S’is parlent « mal » deux langues, iront-ils si loin ? M.T. me parle d’enfants fréquentant des écoles privées bilingues…et qui parlent anglais désormais entre eux. L’inquiétude des parents —que je saisis bien pour l’avenir des enfants rend aveugle souvent. Dans le monde entier, il n’y aucun pays bilingue qu des personnes. Tôt ou tard un pays qui se voue à cette chimère verra une des deux langues gagner. Ici, (300,000,000 d’anglophones sur notre continent ) on peut imaginer quelle langue triomphera… Et vite !
5-
Excellente première émission (merci magnéto !) de Christiane Charrette (La Presse y fait écho ce matin). Louise Marleau étonnante, Dan Bigras toujours captivant. Y était aussi le « bouffon » du caricaturiste Chapleau : l’avocat vire-capot, étonnante girouette, Bertrand. Cet ex-Riniste déclare qu’il a réfléchi longuement sur son chemin de Damas, celui du « fédéraliste nouveau ». Il vient de découvrir la roue ! Imaginez-vous donc : « Je reviens à ma première conviction : oui, le Québec doit devenir un pays. Et cela dans une fédération changée. C’est la farce de Deschamps : « un Québec libre dans un Canada fort et uni » ! Fait-il mine d’ignorer l’histoire récente, les « no way » définitif —et grandissant depuis 1995—des anglos. Pas question pour toutes les autres « provinces » que Québec ne soit plus une « province ». Par quel tour de magie, notre bouffon croit-il qu’il va faire changer cette attitude « canadian ».
Non, non, il n’y a qu’une issue : nous voter majoritairement —51 % malgré Anglos et assimilés— l’indépendance du Québec. Ce sera le choc salutaire. Inévitable. Une fois faite, nous pouvons espérer qu’il y aura —enfin— un Canada confédératif. Et pourquoi pas ? Mais pas avant, comique Bertrand !
6-
J’ai mis la main —à mon porte-monnaie— sur le « Foglia chéri » : « Manuel à l’usage…des jeunes filles » de Melissa Bank. Hâte d’y aller voir. Méfiance ? Oui. Difficile de recommander un bouquin car… tot sensus quot capita, oui, il y a autant d’opinions qu’il y a de têtes !
Lundi à T.L.M., je veux parler de mon enfance à moi, pas celle des petit-fils. La ruelle à jeux ! Les marchands ambulants. Nos jeux rudimentaires et nos pauvres jouets au temps où i n’y avait pas de « skate » à 200 $ sous le sapin de Noël. Ni Nintendo, ni ordinateur-à-jeux. Certes, j’en profiterai —on est bien servi …— pour inviter le public à Saint-Arsène voir la petite expo de mes « images pieuses ». le soir même.
Dimanche soir, Aile et moi à la zapette, tombons, à TV-5, sur une table ronde fort animée par un meneur de débats qui a le regard de biais du Jack Nicholson. Plein de grandes gueules françaises. Un tourbillon. J.-F. Revel, l’auteur de « L’obsession anti-américaine », immobile comme un gras bouddha, se fait invectiver par certains invités. Le dissident Suisse, Ziegler, parlera peu ! Allègre, ex-ministe de l’éducation qui fréquenta les universités USA, défend les États-Uni avec intelligence : « Ne pas confondre le peuple des États-Unis et ses gouvernants, c’est deux choses bien différentes ». Il affirmait : « On dit, on répète :le lobby du pétrole « pro-guerre en Irak » ? Fausseté ! Mensonge. Aucun intérêt pour eux, au contraire. C’est le lobby des industriels-en-armements qui poussent sur les va-t-en guerre ».
Un autre ex-ministre, Villepin (« Le cris de la gargouille », chaque invité avait son livre d’essai tout frais ), lui aussi, veut nuancer le débat. Emmanuel Todd (« Après l’Empire ») y va de ses franches opinions : « En France, c’est l’élite (politique) qui est pro-Bush, pas le peuple et c’est le contraire aux USA, l’élite est anti-Bush et le peuple lui fait confiance vis les peurs entretenues ». Émission stimulante. À la fin, hélas, une sotte Line Renaud viendra bénir les USA : sans doute qu’elle fut bien traitée —à Las Vegas— en meneuse de revue sexy, « French touch ». En épilogue, surprise : un Nicolas Rey s’écriant : « Quoi, quoi, les médiocres ? Assez ! Les médiocres ont bien le droit de vivre, non » ? Drôle. Tout cela pour dire qu’on grimpa au lit, Aile et moi, la tête bourdonnante d’idées diverses. C’est cela aussi la France. Pays unique !
7-
Aile d’en bas : « Clo ? Tu disais pas vouloir faire une dernière tonte d’herbe ? C’est le temps, y a un voisin qui s’y adonne, concert en duo ? » Bon. Bien. Ouan. Euh…Faut… Courage : je descend mettre mes vieux souliers.

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