Le mardi 15 octobre 2002

1-
Ouf ! Ça y est. C’est fini cette fête pour « La Maisonnette des parents » de la Sœur Gagnon, à Saint-Arsène. Si inquiet —de dette expo menée par des amateurs néanmoins aimables— que je renversai sur mon ami Dube son grand verre de cola, dimanche midi, ensuite un plein verre de vin sur la belle nappe d’Aile, le soir, et puis mon café, lundi matin chez Miville à Radio-Canada. Dyslexie psychosomatique ?
Oui, ouf ! Avant de remonter en Laurentie toute orangée, visite, près du grand parc Kent, à Marie-Josée allongée ou en fauteuil roulant pour sa hanche rabibochée. « Je vois mieux, dit-elle, la terrible solitude des aînés remisés en Centres ». Deux mois en internement : « Mais ça va, on mange bien, les gens sont très gentils, je lis, j’ai la télé… » Courageuse. Radio-Canada continue de fonctionner sans la tite-boudrias : incroyable hein ? Elle m’a prêté le deuxième petit livre de Rémond puisque j’ai tant aimé son premier tome : « Chaque jour est un adieu ».
Si affamés ce matin qu’on a « petit déj » rue Bernard. Journaux sur la mini—table, hélas, du café « Au souvenir ». Soleil plein la vitrine. Fumée bleue ! On ne cessera donc jamais ? J’en suis arrivé, fataliste, à me dire : « Bof, trop tard à mon âge pour stopper les « clopes »; content, satisfait, je fumerai jusque sur mon lit de mort ». J’imagine les « gros yeux » de ma fille, Éliane, si Marco lui fait lire cela !
2-
Ainsi, vendredi soir, Rita éteignant enfin son humoir-à-poussières, je courus à l’École Bouffe et, revenu, « gros yeux » d’Aile voyant mes
Provisions, son accueil : « Bonjour cholestérol ! » Maudit ! Des cuisses poulettière…et pas meilleures que celles de la maison. Je l’ai dit. Aile se gourmait. Coup de fil de la biblio : « Le livre attendu par vous est arrivé ».
C’était ce « W.T.Center, 47 ième étage » de Bruno Dellinger. Il s’adaptait vite à New-York comme consultant-conseiller pour des big-shots amerloques voulant investir (ou se mailler) en France, son pays. Ce Bruno est un bon bourgeois tranquille qui a connu, jeune, l’anarchiste Hedern-Hallier (ils animaient, jeunes, une radio-pirate à Paris), aussi le Poivre D’Arvor médiatique, aussi Claude Chirac la fille de qui vous savez.
Comme tant d’Européens, fascination totale pour les Usa, en particulier pour le « Big Apple », évidemment. Bon. Tout baigne. PME qui fonctionne. Et un bon matin, il voit —et entend— un avion juste derrière les fenêtres de son 47 ième étage. C’est le 11 septembre. Son récit fait frissonner. D’avoir échapper à la mort de justesse l’a rendu comme fou. Thérapies sans fin. J’ai lu cela d’une fripe. Captivant. Ici et là, dans son livre, ses élans « buschiens », parfois d’un réactionnarisme malodorant doivent, je suppose, être mis au comte de sa peur effroyable. Une lecture étonnante.
3-
Le soir, à ARTV, chez Homier-Roy, le comédien David La Haie. Une fois de plus, pas de dossier, rien, sur enfance, jeunesse, études, famille, premiers rêves, essais, échecs, etc. Aile qui a travaillé avec lui dans « Montréal, P.Q. » (« il était froid, distant , comme distrait ») finit par le trouver sympathique avec ce long entretien. Moi itou.
Samedi, j’écoute les éloges du « disident-maison » chez Le Bigot, pour le film du provocateur courageux : Michael Moore : « Bowling Colombine ». Lundi après-midi, revenu du studio de T.L.M. —Aile à ses petites commissions— je songe à filer vers l’Ex-Centris pour voir ce film qui charge à fond les amateurs d’armes aux USA. Bon temps pour « charger » avec ces gens assassiné (dans le dos) par un « sniper » détraqué autour de Washington, non ? Paresse maudite : je reste, Chemin Bates, étendu sur le sofa de cuir caramel à lire un « Voir » et deux « Ici ». Et « L’Action nationale » et « Le Couac ».. J’ai honte. On se dit toujours : « ça va passer à la télé tôt ou tard ».
Coup de fil du fils, ce samedi. Daniel veut aller vélocipéder à Val David. Avec sa jolie Lynn, il va passer nous voir… et réparer un petit « bug » sur mon i-Mac. Je vois que l’on affiche une exposition des œuvres de Claude Vermette dans la chic rue Laurier (rien à voir avec un portique d’église de la rue Bélanger). C’est un —riche— voisin adèlois mais on ne se voit pas. Goût d’y aller fureter. Souvenir : J’ai vingt ans. Claude m’invite, pour des conseils en céramique qu’il pratique en autodidacte, dans la cave de son papa-boucher rue Beaubien. Ambiance d’atelier libre. S’y trouvent de ses camarades de bohème. Certains en combinaisons de laine ! Cidre à boire. J’étais réticent (oh l’avare jeune homme !) à communiquer ce que j’avais dû apprendre durant trois ans.
Plus tard, Claude contractera un « bon » mariage avec la fille d’un « important ». Elle deviendra une tisserande d’art et lui une sorte de concepteur-céramiste souvent appointé pour de plantureux contrats publics. Il devient un « designer » en briqueterie d’art. Il aura vite les ressources nécessaires pour acheter un grand domaine au bord du lac Rond —une partie convertie en un lot de condos nommé « Villa Major ». Ce fructueux mariage des beaux carreaux de faïence aux couleurs vives et des luxueux tapis tissés aux mêmes couleurs flamboyantes fera donc florès. Pont impossible à franchir entre le petit scénographe salarié (moi) et un véritable baron des architectes à la mode (lui). Destins.
4-
Samedi soir, invitation à souper au Sommet Bleu voisin, chez les F. Deux avocats. L’ami Dube nous les fit connaître. Sylvie et François viennent d’acheter un vaste bungalow luxueux tout en haut de la colline derrière chez nous, au bout du chemin où se trouve la croix illuminé. Entrée avec l’énorme bouvier des flandres, frisé noir, pas jappeur, deux chats beaux, jolie piscine dans un boisé bien calculé, jardin fleuri en escarpement, bassin de poissons —pas tuables l’hiver— et une vue imprenable sur le Mont Olympia, Saint-Sauveur et le Mont Gabriel. Avec, eh oui !, rien n’est parfait, un bourdonnement venu de l’autoroute en bas de cette falaise feuillue. Les F. voient le soleil jaune se lever, nous, en bas, on le voit rouge, aller au dodo.
Rioux, le sociologue : « Nous sommes une société tricotée serrée ». Vrai. François, expert en droits des producteurs et auteurs de télé, de cinéma, vient de l’Assomption et connaît donc des gens que je connais depuis mon livre « L’Outaragassipi » qui raconte les débuts historiques du lieu. Dimanche l’amie, veuve-Fasano, s’amène. Ils resteront tous à coucher. Jeux de cartes, « le railroad chou-chou », il pleut tant. Rires. Piques et craques. « Pretzels » —et autres cochonneries— personne ne s’étouffe ! Retrouvailles du temps de notre « Groupe des Sept » quoi. Visite de « maisons à vendre » au Lac Écho en après-midi. Sous la pluie. Dube songe à acheter dans le Nord. Maison hors de prix au bord du lac joli. Je vois une véranda à mousticaires comme du temps de Pointe-Calumet. Mobilier d’osier désuet. Je m’y installe. Je suis bien. J’ai quinze ans ! On vient me réveiller. Je rêvassais au passé adolescent.
6-
Le soir, film loué. « Et ta mère ! ». Mexicain. Un navet navrant. On ferme. À la télé : on voit le fameux Gene Hackman chez « Actors studio ». Son silence émouvant quand Lipton lui parle de son papa « disparu subitement » quand il avait 12 ans. Grand malaise. Très grave. Il finit par parler : « C’est ce qui fait un acteur ». Il ajoute : « Ce n’est pas nécessaire vous savez ». Ainsi, encore une preuve. Des enfants sont comme assommés par la rupture familiale.
Plus jeunes, nous nous disions qu’aux USA, les séparations étaient si fréquentes qu’il ne devait y avoir aucun dommage grave pour tous ces les enfants des divorcés. Or, ça ne cesse pas, télé mais aussi livres, magazines, etc., ces témoignages d’artistes étatsuniens profondément déboussolés par les parents qui se quittaient alors qu’ils étaient de jeunes enfants. Que la préoccupation constante était d’espérer un accord, un nouveau pacte, de tenter inlassablement —par tous les moyens— une réconciliation des deux parents. Ce « vieux » Hackman —qu’Aile et moi admirons beaucoup— qui eut, chez Lipton, ce regard mouillé, qui se tait longuement, encore accablé très lourdement…j’ y réfléchis.
7-
Nos invités roupillent lundi matin quand je pars pour T.L.M. à Radio-Canada. J’avais oublié : congé et donc à peu près personne sur la 15 comme sur le Métropolitain. J’arriverai au stationnement en 50 minutes !
Dans la nuit de samedi : je suis pris avec des lascars. Je dois les suivre. Braquages de banque. Je fais le guet. Une sorte de vigile, désarmé. Je suis réticent. Pourtant je dois fonctionner avec ces jeunes fous. Je me vois ensuite dans un autobus. Même bande de bandits jeunes. Je dois m’engager ave eux. On me donne un fusil. Je pars avec eux. Le chauffeur d’un nouveau bus m’encourage, me sourit. Il est pourtant un employé municipal ! Son uniforme ? Un complice ? Nous avions roulé en Gaspésie. Du côté de Matane, de Rimouski. J’assiste à un départ précipité. Il faut nous sauver. Sirènes dehors. Une vie palpitante. Je ne veux pas y être. C’est contre ma volonté. Je suis une sorte d’otage, d’étranger parmi ces satrapes. Un voyage infernal. On me fait des menaces en arrivant dans un entrepôt de l’est de la ville. (East Angus Shops !) On semble mécontent de mes attitudes. J’ai peur. Ils sont hargneux. Ils portent de lourdes valises noires. Je songe à comment fuir, m’échapper sain et sauf…Je me réveillerai soudainement.
D’où ça vient ? De la lecture récente des forfaits de ce Serge Quesnel, « Le tueur des Hells » ? En Gaspésie de V.-L. Beaulieu, mon livre —ce tome 1 du journal— pour le début de novembre serait menacé ! Dubois a beaucoup parlé, au repas chez les F., du fin fond de l’Est, d’où il vient ? Sais pas.
8-
Lundi soir, Aile et moi, sur le parvis de Saint-Arsène. Pas de lumière. Parking rue Christophe-Colomb et aussitôt, Aile, émue, reconnaît son école (de 8 et 9 ième année) Saint-Arsène quand elle habitait la petite rue Molson. Dans le portique, un peu de lumière, pas beaucoup, car au dessus de ma quarantaine d’images, des ampoules pas bien brillantes et mal installées pour éclairer efficacement ma ponte. Deux tableaux de haut (!) sur deux sections de panneaux tristement sombres. Ambiance un tantinet lugubre. Hélas, on a collé les cartons des titres et aussi les étiquettes des prix sur les vitres. Bang, de même ! Aile m’aide à retirer les quarante étiquettes, nous les recollons sur ou sous les encadrements. Ouaille ! Francine L. s’amène, fatiguée mais heureuse. Vin d’honneur avec Le président d’honneur (moi !). Rencontres aimables. Petite armée de bénévoles. Curé « latino » du lieu, M. Villars, causette aimable. Vin rouge en verre de plastique. Amuse-bouches classiques. Andrée Huard, une fidèle du journal, me remet une monographie sur Villeray, d’hier à aujourd’hui. Merci !
Nous nous sommes entendus, Aile et moi, pour rester calmes…et paraître contents. C’est ce qu’on fait. Me sœurs arrivent, joyeuses, les compagnons n’y sont pas tous; ma belle bru, Lynn, et mon cher Marcogendre sont venus, mes enfants aussi et trois de mes cinq petits-fils, tous examinent mes illustrations petitepatriesques. Joyeux caquetage. Bientôt ce qui se nomme une petite foule. Un public bon-enfant remplit la nef peu à peu. Et la dévouée Francine arrivera à vendre…. trois ou quatre aquarelles. En est toute fière. Ma surprise car ce n’est ni le lieu ni le public pour vendre des tableaux ! La sœur Madeleine Gagnon s’amènera, tombera dans un escalier et repartira aussitôt sur le dos en …ambulance ! Tristesse ! Énervement aussi. Silence partout, c’est parti : tout en avant (exigence de Francine ), seuls dans un long banc de chêne, Aile et moi. Nous semblons… un ridicule couple princier ! On rigole…sous cape. Un chœur de chant (celui de Dagenais) fait entendre un vaste pot-pourri de très belles chansons, anciennes et modernes.
Entracte.
Fumées bleues sur le porche ! Luc de La Rochelière y va de son jeune répertoire. Tirage au sort, par bibi, d’un billet pour un séjour-santé dans un hôtel :paf ! je tire le numéro de ma sœur, Marielle. Ma gêne. Je jure l’impartialité. On rigole. 22h et fin de la cérémonie. Tout le monde semble content. À la toute fin, mon fidèle Marleau, vrai diacre inattendu, m’apparaît dans la grande allée. Ce courrielliseur ironique me semble un compère tout heureux de rencontrer son correspondant. Il me dit qu’il ne s’exilera plus à Cap Saint-Ignace, c’est probable. Et puis se sauve. Comme un voleur, comme Lynn et mon Daniel d’ailleurs ! Les sauvages ! Dehors la nuit. Je respire. Aile respire aussi qui n’aime pas trop ce genre de cérémonial légèrement empesé.
Arrivés Chemin Bates, sous le viaduc Rockland, encore un long serpent à wagons pourpres qui remue en maugréant un indicible marmottage bien ferré. Dodo.
Nous avons mangé tantôt, halte du journal, le reste de calmars (mon régal !) et pennine de dimanche dernier avec vin rouge, jamais plus d’un verre et demi. Je descend voir le documentaire sur le RIN par le cinéaste Labrecque. Merci magnéto !

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