Le vendredi 18 octobre 2002

1-
Fou ce grand contentement quand tu revois le soleil, le ciel bleu, du vent dans ton drapeau sur la berge. Dépendance idiote ? Fou. Il me reste une douzaine d’entrées (novembre bientôt) et c’est la fin du journal. Serai-je capable de m’abstenir d’une douce et bonne et amusante manie de tout noter chaque jour ? Je ne sais pas. Le pli est pris depuis tous ces mois à commenter…ma petite vie. On verra bien.
À midi, nouvelle agréable, aimable, le collège André-Grasset (75 ans cette année !) songe à me nommer « Élève insigne et modèle » (!) avec cérémonie officielle en fin de ce mois. Et un « beau prix », moi qui n’en gagnait jamais, le turbulent et le gigoteur que j’étais. Claude Turcotte, cardinal, ex-grasseyant, recevait le premier ce prix … « prestigieux » ! Le petit chanoine laïc « jasminovitch » —d’autres camarades m’appelaient « Jazzman »— bombe le torse. On me demande « mon goût » et j’ai suggéré au comité, comme cadeau, « un petit Marc-Aurèle Fortin ». Pour rire, c’est hors de prix un tel « prix ». Quand mon Jean-Yves Laforce, le prof à Grasset, verra mon nom sur les affiche du collège ! Oh ! C’est l’ami Cuillerier qui sera surpris aussi, et l’ami Raymond Plante, des « grasseyants » eux aussi !
2-
Ce matin, autre bonne nouvelle : le beauceron pharmacien et éditeur au téléphone : « On vous refuse un album illustré de « La petite patrie » chez Sogides ? Consolez-vous. Moi je le ferai et avec joie ». René Jacob me semble enthousiaste. Il me parle de gravures —de mes « images »— collées dans un tel livre. Ma joie. Nous nos rencontrerons au Salon du livre de Montréal où « Les éditions du lilas » auront un pignon sur allée avec des livres illustrés de Clémence, la fille du poète, dessinatrice du dimanche.
Marco-le-Gendre, mon dévoué webmaestre, m’expédie des photos d’un modeste joli chalet construit, jadis, par son grand-père maternel, l’architecte Depocas. C’est au bord du Lac Caché près de Saint-Jovite. Vendu et revendu, il est offert dans le 40,000 $ Pas cher, viande à chien ! Son tour est venu donc « du chalet dans le nord » ? Je l’encourage pour cette acquisition. À tort ? Il y a des inconvénients à « tenir deux maisons »…mais, il y a aussi des avantages. J’avais lu dans une revue —de pop-psy— qu’il était salutaire de posséder —au moins un cabanon— ailleurs. Qu’il était de bonne santé mentale de changer de logis de temps en temps. Souci de bourgeois ?
Pauline Vincent me demande des extraits de mes livres sur « bouffe de gourmet » pour le petit salon « gastro » de la place. Je n’en ai pas. Aucun de mes livres n’offre de ces hommages à la bonne bouffe. Quand, en récits, je parle du « manger » c’est de pâté chinois à môman qu’il s’agit, de fricassées, de bouillis bin ordinaires. N’ai rien d’un épicurien, Pauline devait bien le savoir.
3-
Profiter de ce soleil pour enlever les deux tuyaux d’arrosage, vider les boîtes à fleurs et quoi encore ? Mettre à la cave les matelas de deux transats…la tondeuse aussi. Coucher sur le saule géant le pédalo, le canot la table de pique-nique. Dehors, le bonhomme, dehors !
Aile estime grandement la série télé « Tabou ». Je regarde d’un œil, l’autre dans le roman de Hamelin. Les deux yeux reviennent à l’écran. Intrigue emberlificoté en démon. La jeune (de Louise Portal et Houde) Sarah fugueuse, déclarée morte, réapparaît en ville ! Et pas morte pantoute ! Explication orageuse avec papa et musique hélas stridente (!) durant ces éclaircissements. Le demi-sourd enrage et voilà mon Aile (à l’oreille quasi absolu) —magnéto béni— doit repasser ces séquences pour tenter de saisir les fils de ce deus ex machina.
On parle d’une amie noyée, Nathalie, d’une accusation d’assassinat pour la fugueuse…qui a fui alors la sainte famille. De milice vengeresse au Nicaragua où elle se lia à des dissidents armés. Une souoane rare ! .Guère crédible, peu plausible. Ces auteurs vous arrangent de ces sauces avec surprises fort indigestes. Bof ! Je n’ai qu’à lire ce « Le joueur de flûte » non ? Page cent, je suis perdu, là aussi. Hamelin (on a publié : « son meilleur roman » ) a voulu faire une fresque avec des écolos près de Vancouver sur une île que menace des arracheurs d’arbres. Les uns sincères les autres bidonnesques. Une faune qui m’a captivé au début, ce Hamelin a un style fort savoureux, des images très fortes, mais il y a tant de protagonistes que je n’arrive pas trop à savoir qui est qui. Faiblesse grave ! Le héros, Tit-Luc Blouin, cherche son père-bio. Une sorte de vieux bohémien verrat des années ’60 qui a levé les feutres. Tit-Luc cherche pas fort. L,auteur s’intéresse davantage à tous ces campeurs sauvageons, dissidents flous, à pot, à bière, à sexe. Ne sais plus si je vais le finir.
4-
À « Tablo » —merci magnéto— découverte d’un jeune peintre solide, Besner. Huit petites minutes hélas comme j’obtiendrai quand viendra mon tour. Style un peu « Leonor Fini ». Visages maquilés comme des masques, Pastel d’huile aux effets formidables. L’artiste parle et c’est un discours mou, flou. Il entend des voix (!) , ses silhouettes lui dictent des choses (!), Besner, tout barbouillé de couleurs, se sent interné avec des spectres (!) et ses images changent avec le temps quand il revoit ses beaux tableaux. Un commentaire parapsychologique. Plus tard, la vraie image ?, il parle de ses gérants, de son agent, de ses galéristes, de sa « clientèle » qu’il lui faut bien servir »… Hum ! Marchand aussi ?
Amateur, je n’ai rien de tout cela, ni agents, ni gérant, ni rien. comment on fait pour savoir s’entourer de tels dévoués collabos ? Mystère pour moi. « Tablo » fait voir aussi des conservateurs à diplômés avec leurs fatidiques « bla-bla » insignifiants, hélas. Du « vox pop » un peu vain. Des objets de collection de Loto-Qubec ? Aussi un artiste-amateur par émission. Dino Tavarone a un certain talent. Hier, Diane Dufresne, la célèbre chanteuse. Ses tableaux —graphiques sans fortes structures— relèvent d’un art dit de distraction, de récréation psycho-social. Franche, elle dira : « Ce sera une activité fameuse pour mes vieux jours ». Résultats pas bien riches. Mais ce Besner : du grand et fort talent !
Aux nouvelles, plus tard, ce « Ici, Michel Morin, Radio-Canada » qui déplace encore tous les accents toniques avec son criard agaçant qui lui tient lieu de voix humaine. Une plaie ! Intolérable. Radio-Canada, le gardant à son antenne, lui doit quoi au juste ?
Faut que je fasse acheter (hon !) par notre petite biblio de la rue Morin, le dernier livre du merveilleux gros Michael Moore, en français chez Boréal.J’ »aime les gros, j’aimais le gros Arcand à CJMS. Il a maigri depuis. Émission d’Arcand (à TVA) plutôt plate avec la jeune humoriste Pilote (ex-du Groupe Sanguin), guérie d’un cancer bénin.
5-
« The glass menagery », de Tenessese Williams, est en ville, en anglais. Il y a deux pièces qui, tout jeune, me bouleversèrent et me donnèrent le goût d’écrire un jour. Ce « Glass.. » et « Our town ». Adieu les moilèristes facéties chez le Père Legault, je découvrais du vrai, du réel, du contemporain, à ce même « Gésu » rue de Bleury. Je m’identifiais évidemment au jeune narrateur mal pris de « Our little town » et à cet autre mal pris de « Ménagerie de verre », prisonnier de cette maman accaparante et de son embarrassant « devoir d’aider sa sœur infirme », je connaissais bien la question avec notre malchanceuse benjamine handicapée. Oui, du théâtre vivant qui « m’interpellait », comme on dit trop fréquemment. Viendra bientôt un Williams bien à nous : le prodigieux Marcel Dubé dont on vient de tourner une version cinématographique de son « Bilan ». Ce « Bilan », vive saisie d’une bourgeoisie affreuse et dont je fis les nombreux décors pour Paul Blouin à la télé.
Œuf ce matin. Hier, le doc Singer me disait : « Les œufs ? Pas si dangereux qu’on le dit pour le méchant cholestérol ». Je l’ai pris au mot !
Hier soir, aux maudites pauses de pubs de « Tabou », discussion sur la jalousie. Houde étant jaloux d’un « ex » de Portal. Je dis à Aile, je suis jaloux aussi, tu vois, je détesterais à mort de te voir re-travailler avec ton « ex » furtif de l’ONF, si tu le faisais. Ce matin, Aile : « J’ai fait un drôle de rêve. Je dirigeais un fringant acteur, un beau Noir. Je m’acharnais avec douceur pour le refréner. Il en faisait trop. Je lui répétais sans cesse de jouer sobrement devant ma caméra, que c’était pas du théâtre, etc. Je me dévouais, toute à lui. Je l’ai senti alors s’attacher à moi, me suivant partout sur mon plateau. Je craignais, oui, de l’amour. Je tentais de le fuir, au moins de le refroidir ». Cette fois, le lien avec notre discussion d’hier était flagrant. Parfois, une source de rêve est claire.
La critique de théâtre, Solange Lévesque, horripilée ce matin avec raison. Grand moment de silence ému dans la salle et, soudain, dring, dring, dring…sur un air de Beethoven ! Un maudit cellulaire ! Honte à ce con !
6-
S’il y a « le côté gauche du frigo », un bon petit film québécois, il y a le côté droit de notre cerveau. Le côté « artiste », celui des émotions et de la mémoire. Espérance de l’avoir bien garni. J’étais « 10 sur 10 » de on œil droit si mon gauche ne voyait guère. Ma mère : « Tu as déboulé, « la trappe » ayant été relevée, à trois ans, dans l’escalier de la cave. Bang ! Sur le ciment. Notre grande peur à ton père et à moi à l’époque ». Folichon ? Je me disais que cela avait stimulé le côté épargné, le droit. Un jour —mes lectures en parapsychologie, 1970-1980— j’apprenais que bien des gens « de génie » (hum, !) avaient été des « débouleurs », des enfants tombés sur la tête et que ces accidents, ces chocs graves, pouvaient faire naître des…dons ! Fou non ? J’y croyais volontiers. Déboulez, tombez, tombez, enfants chanceux ! Candide gaillard, jeune.
Aile revenue de ses courses : « J’ai vu un bon film allemand, bien coté, à l’affiche du cinéma en bas. Avec sous-titres je crois. Si on y allait ce soir ? » Ah mais oui ! Soleil toujours. « On va faire une promenade. Lâche ton ordi, Cloclo ». A raison. Je lâche l’ordi. Pour mardi matin à « T.L.M. », j’ai rédigé des notes : « Mon David, à sept ans, aviateur-mitraileur à Sarayevo (!) et les pétards à mèche, fureur de mes garnements, mes recherches pour en trouver. Ma recette de poudre explosive fabriquée par un faux-Chinois ». Houde et Bertrand, le vieux scout dit : « toujours prêt ».

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