Le dimanche 27 octobre 2002

1-
« Bloody Sunday », crie un film. Comme hier, une météo niaise. Il a neigé avant-hier, hier et cette nuit. Les feuilles d’or de mes érables restent là, étonnées ! Ce matin, Jocelyne Doucet raconte sa visite chez le cher Poulin, romancier aimé qui vivait à Paris, qui revient à Québec, ayant le mal du pays soudainement. Il aurait voulu imiter « l’homme invisible » de nos lettres, Ducharme. Ce dernier, si sauvage a eu tort de se cacher sans cesse. Il méritait plus de lumière en médias. Son droit, certainement.
Poulin médite longuement toutes ses réponses dit sa questionneuse de La Presse ce matin. Prudence excessive ? Manque de spontanéité ? Frousse de paraître « en dessous » ? Vanité au fond. Orgeuil démesuré. Tendance fréquente chez les « timides »… calculateurs un brin. Les répondeurs dans mon genre courent des risques. Oh oui, les candides qui se livrent vite sans arrière-pense, faisant confiance à leurs vis-à-vis. Poulon affirme qu’il déteste ses livres ? Diable ! Une sévérité louche non ? Vouloir se faire passer pour un perfectionniste ?
Je veux lire son « récent », j’ai toujours aimé ses proses.
Dans « Écrire pour la gloire et l’argent », paru l’automne dernier, je recommandais aux nouveaux venus ou de s’exiler ou, en tous cas, de rédiger sur… « ailleurs qu’au Québec » s’ils voulaient de l’espace médiatique. Ce matin, cahier Lectures : Gougeon et Tourangeau comme Yann Martel offrent des livres loin de ce Québec méprisable, damné. Sotte tendance à la mode ? Le déracinement a bien meilleur goût pour les affionados de la Jet Set littéraro-mondaine actuelle. Pouah !
Je ne souhaite pas du tout relire sans cesse des « Un homme et son péché », ou des « Trente arpents », ni des « Maria Chapdelaine », ou des « Menaud, maître draveur », que non. Mais j’aime lire un auteur espagnol qui me parle de son pays, qui me raconte son Espagne, celle qu’il vit, celle d’aujourd’hui. Lire l’écrivain Italien (ou Allemand) qui illustre sa culture dans tous ses bouleversements. Que le Mexicain me raconte son Mexique.
Le Brésilien s’efforçant de me faire vivre un conte incarné en Turquie…Bin ! Bien sûr, il n’y a pas de loi absolue et il peut bien y avoir réussite parfois dans le dépaysement. Mais de voir s’installer, comme systématiquement, « l’art d’être ailleurs » me tombe sur les nerfs. Surtout quand, c’est assez clair, l’auteur d’ici (c’est fréquent maintenant) installe son monde aux USA avec des prénoms « very american » (pas fou l’anticipeur de droits bien payants). Racisme inverti ? Oui. Je le redis. De là ce mépris envers soi-même.
Ce Yann (!) Martell (comme on prononce son nom à Londres et à Toronto) est un nomade volontaire. Itinérant insatiable —qui dit « vivre chichement » (?)—, ce fils de diplomate, célibataire sans doute, se promène sans cesse et forcément, son inspiration n’a rien de québécois. C’est donc autre chose, un cas à part. Il va passer l’hiver prochain à Berlin, le printemps à Mexico.
2-
Ce matin mon cher humoriste, Stéphane Laporte, assomme les chasseurs et condamne tous les fusils. Brillante chronique une fois de plus. Souvenir : jeune, comme lui, le poète Pierre Perreault m’a invité en son spacieux cottage de Town of Mount-Royal. On jase. Au chic salon, devant moi, tout heureux, il frotte ses belles carabines de chasse, le poète si doux. Mon Perrault partait bientôt pour tuer des bêtes. J’en suis fort mal à l’aise. J’arrive mal à comprendre cet homme. Il signera, beaucoup plus tard « La bête lumineuse », un film bavard, imbibé de bière, où les chasseurs grossiers s’illusionnent en longs soliloques pilosophiques bien creux. Un film vain d’un poète qui avait su tant nous bouleverser avec les « anciens » de l’Ile aux Coudres. J’ y repensais à cette rencontre bizarre en lisant Laporte.
Sommes aller voir « Le nèg » de Morin hier soir en bas de la côte. Pas vraiment un film contre lanegrophobie. Plustôt un portrait sur des jeunes gens arriérés mentaux vivant dans un village. Charge anti-paysanne ? Certains diront « oui ». Faux, on sait qu’À Montréal comme à Sherbrooke il y a plein de ces mal dégrossis jeunes gens qui cherchent une occasion de cogner, de faire peur, de dominer eux qui n’ont aucun pouvoir sur rien dans leur misérable existence. Ce cinéaste québécois a un talent très fort pour dépeindre avec un réalisme total cette lie de la terre, qu’elle se rencontre à New-York ou à Paris, à Sydney ou à Marseile. Ses acteurs (et actrices) se livrent avec génie dans la compositiion de ces misérables.
Auber, Bouchard, les deux Bilodeau, la danseuse…tous y sont effrayants. « Le nèg », fer battu et rebattu, fait voir avec un éclat troublant le grand danger d’avoir affaire avec des ignorants bornés et dépourvus de toute fibre morale, policiers compris. Aile et moi en avons eu, comme on dit, pour notre argent. La syntaxe (visuelle) élaborée par Morin en fait un film bien articulé et moins banal que tant de suspenses ordinaires. Chapeau !
Aile ramène (biblio locale) une brochure-livre sur « Les 150 ans de la paroisse de Sainte-Adèle ». Une monographie fleurant la religiosité. Église, chapelles, cimetières déménagés, photos des cérémonies religieuses…On lit cela avec l’impression que « hors de cette église omniprésente …point de vie »! La vérité ?
J’avance dans le livre-chouchou recommandé par Foglia. « Manuel… à l’usage des jeunes filles » de Bank. Misère… C’est d’un plat bien assommant. La fillette de 14 ans (Jane) entourée, cernée, par ses ennuyeux bourgeois (parents, amis, voisins). Il me tombe des mains souvent et ne sais pas si je vais poursuivre…Je raconte cela pour dire le danger de recomandser un livre. Ou un film.
Je lis : « Si vous gagnez, les traîtres deviennent des héros ». Dixit Georges Washington, révo américain condamné à mort par Londres. Si nous avions gagné une patrie en 1980 —comme les Étatsuniens en 1776— nos jeunes révos du FLQ, condamnés, seraient-ils aujourd’hui des héros ? J’y songe.
Vendredi je lis un éditorial à propos du conflit —né d’une entente généreuse avec une tribu amérindienne très minoritaire en Côte Nord. Culpabilité niaise des crocodiles actuels face à la pauvreté, le chômage, le décrochage, la drogue… « alouette ». Grave chicane que veut calmer le père Chevrette. L’article installe le mot « Blancs » sans cesse. Jamais le mot « Rouges ». Ah ! Aussi on laisse entendre qu’il y a deux minorités qui se chamaillent.
Or, nous formons 84 % de la population.
Cette façon de décrire la réalité concorde bien avec l’idée (trudeauiste) qu’il n’y a au Canada qu’un simple paquet de minorités ethniques, Québécois ou pas Québécois ! Une entreprise aux longues racines pour nous refuser le titre de nation. Écoeurant ! À mes yeux ces descendants de Rouges —tout comme nous, descendants de Français— sont des Québécois à part entière et il n’y a pas —il n’y a plus en 2002— à les différencier des autres ciyoyens du Québec. Des chefs malins, tribaux, font tout pour que se continue un clivage sordide qui conduit à toute sortes de conneries, de faveurs niaises. Une culpabilité grotesque rend des gouvernants stupides.
Bon, on a un autre cerveau. La bedaine. Opinion de M. Pierre Pallardy. À la radio, il vante les mérites d’être très attentif à son ventre. Voilà que l’animateur, Homier-Roy, nous raconte ses atroces maux de ventre, enfant, chaque fois qu’il repartait pour son internat. Voilà que ce Palardy nos avoue ses maux de ventre, enfant, tous les jours (!) passés dans son orphelinat. Bin bon yeu…je vais guetter le tiraillements de mes « entrailles-et-béni » !
Même radio : il pleut à Montréal. Ah ! Oui, neige seulement en lieux montagneux. Ah bon !
3-
Vendredi après-midi, moment de forte nostalgie. J’entre au collège André-Grasset par « l’escalier de majesté » et les grandes portes. Collégien, c’était la petite porte étroite du bas, à gauche de la bâtissse ! C’est que l’on allait me remettre le Prix André-Grasset. Je revois ces lieux bien aimés quand je m’y amenais à 13 ans —le Grasset avait le même âge— ému, les parquets de céramique toujours aussi luisants, les balustades des escaliers en fer forgé, le vitrail en l’honneur de Grasset, religieux né à Montréal, tué à Pais, en 1789 par les « sans-culottes ». Plus d’un demi-siècle a passé !
Exellent spectacle de « variétés » dans l’auditorium d’une aile ajoutée par des profs. Avec musiciens svp. L’un, étonnant, en soutane noire, parodie Brel avec ses « Rosa, rosis rosae… » J’ai ri. Il y met une sorte d’agressivité comique qui me soulage de mes frayeurs de jadis, de devoir appendre le latin et le grec ancien. Cérémonie avec allant « rapido » (bravo !) pour évoquer les époques de l’institution. Appelé à recevoir mon prix, j’en profite —mode répandue— pour « demander pardon » d’avoir bousculé si souvent mes profs et distrait mes collègues. On rigole dans la salle. La lieutenant-gouverneure en fauteuil roulant me donnera sa photo en couleur (!) dans un carton doré —où elle me félicite du prix remporté parmi 50 candidats. Généreuse, elle s’exclamera au micro : « Le collège Grasset doit supporter les « dérangeants » comme Claude Jasmin, ça valait la peine… »
À la fin, bons vins servis, amuse-bouches de qualité, je jase avec des vieux sulpiciens rettraités. Avec l’un en « clergyman » bleu poudre, l’on chante, dans un recoin, en catimini, un « Kyrie eleison » bien grégorien, une musique ue j’aimerai toujours. Qu’un rappeur en culotte-poche-à-patates devrait remettre à la mode, tiens !
Pour laisser passer le trafic de 17 h je roule, rue Des Coopératives, chez Daniel : pas un chat ! Je roule rue Chambord chez Éliane : pas un chat ! Bon, je tente un crochet via Lorraine et Bois-des-Filions. La 335. Moins de bagnoles. En une heure, par la 664, je rentre montrer mon beau Prix (un tableau de Gadouas) à Aile… moi qui, collégien, ne gagnait jamais rien à part d’aller me faire gronder chez le préfet de discipline, Langis. À cause de mes bouffonneries fréquentes. Je ne sais trop pourquoi être retourné au collège à 71 ans m’a fait du bien. Mystère ! Je venais de déclarer sincèrement que sans ces quelques années au Grasset je ne serais pas devenu ce que je suis devenu. C’est ma vérité.
4-
Aile en colère avant-hier soir. « Crétin fini va » ! Aïe ! Elle qui me recommande souvent de mieux peser mes gros mots quand je m’emporte à la radio ou à la télé ! Le lendemain, demande de pardon. Ses regrets sincères. C’était ma faute, j’avais joué encore le papi richissime disposé à défrayer un vague projet de voyage de l’aîné de mes petits-fils. Cela l’enrage et ça m’amuse de jouer, à l’occasion, le mécène (mes cennes) aveuglé pour la taquiner. J’ai payé. Je conte cela pour montrer qu’un haut couple… emblématique (tic tic) peut connaître des… bas. La vraie vie.
Moscou. Fin d’une prise de centaines d’otages. Les cagoulards exigeaient « la fin de cette longue guerre anti-indépendantiste » en Tchétchénie. Conflit qui intéresse personne au monde apparemment. Paquet de tués. Une centaine de Moscovites qui étaient aller bonnement se divertir…et qui crèvent. Poutine, un ex du KGB, satisfait. Une première : du gaz au cloroforme condensé par les bouches d’aération. On ne négocie pas plus avec Poutine qu’avec des Trudeau-Bourassa en 1970.
Vendredi matin, épais manteau d’ermine partout. Partagé entre entrain et déprime. Un héron sur une patte puis sur l’autre. C’est si jolie la neige nouvelle ! Sortons la brosse. Oui, une joie. Cela vient-il de la joie de l’enfance à l’arrivée des premierrs flocons ? C’est certainement inscrit dans nos gènes. Sans doute.
Cette semaine, le bon comédien Yves Jacques face à Homier-Roy à ARTV. Un visage à la Thierry Ardisson. La bouche en longueur. Un excellent entretien. Une bien bonne émission dans cette série. H.-R. intelligent questionneur. Parti-pris de ne rien demander sur enfance, jeunesse, famille, études, premiers essais, échecs, réussites etc. Tant pis ! L’on saute vite dans la carrière entamée de l’invité. Je le regrette toujours. Mon côté méméring ? Commère…Souvenir : Yves Jacques, tout jeune en 1980, arrivait de Québec. Bédard (le réalisateur) et moi avions sauté sur ce long gringalet au physique si particulier pour lui faire incarner un jeune « salaud » de la série « Boogie-Woogie ». Un jour, il nous quitte, brusquement, il veut aller chanter avec une actrice de la vieille capitale, sorte de Piaf à l’étoile montante, aujourd’hui disparue. J’avais beaucoup regretté son départ.
J’ai reçu, en réponse à la mienne, une longue lettre chaleureuse de Michel Dumont. Notre contentieux « flou, bête et vain », est réglé. C’est évidemment confidentiel mais juste dire que Dumont est un écorchhé vif —je savais pourquoi, nous avons été des amis du tems de la série « M. Le Ministre » réalisé par d’Aile— magré ses allures de matamore bienheureux et que j’aime, moi, les écorchés.
Reçu aussi une letrre-réponse du PDG de Sogides, Pierre Lespérance. C’est —définitivement— « non » pour projet d’album illustré de « La petite patrie ». Le modeste éditeur beauceron, René Jacob, lui, m’a dit « oui » depuis et je vais donc —après le journal, début décembre— foncer dans une nouvelle série de tableaux évocateurs des années 1930-1945.
Moi bébé, un Prix André-Grasset ? C’est que je voudrais retrouver la longue morve-au-nez acheté jadis comme farce et attrape. Je vais cogner chez le benjamin, Thomas ! Envie de faire rire Houde et Berttand en studio avec ce leurre d’un réalisme époustouflant ! « Bébé va », dit Aile.
Le chroniqueur d’ « Accès Laurentides » peu informé. Il a vu le film « Das experiment » et termine par un « s’il fallait que l’on réalise vraiment cette expérience ». Or, cela fut fait justement aux USA et a inspiré le fim allemand. Cela rappelle l’odieuse expérience (sur les cerveaux) du docteur Cameron —subventionné par la CIA— au Royal-Victoria Hospital. Une voisine de Bordeaux, J.H., en fut une des malheureuses victimes. Il y a eu poursuites et règlements hors-cours pour cette écoeuranterie médicale du type « Das experiment ». Le film est en bas de la côte, je veux y aller, mais Aile… non… Crainte d’en être déprimée longtemps. Avec raison sans doute.
Le tueur embusqué débusqué. Ce John Allen Williams, aussi Mohammed, fut dans l’armée et longtemps ! Oh, ah ! Est-ce une école de…folie ? On se tâte. C’est un Noir et c’est mortel pour les Noirs. Il se convertissait à l’Islam et c’est mortel pour l’Islam. Les amalgames faciles vont pleuvoir maintenant.
5-
Coup de fil de Sylvain Rivière, un sympathique et bon vivant, jeune auteur « madelinot » venu de la Gaspésie. Il me veut pour signer une « recommandation » car il veut étudier à l’Inis. Je lui dis : « Sauve-toi de là. Va pas là. Ces écoles de ceci et de cela (en créations diverses ) sont un foutoir. Tu perdra ton argent et ton temps. Rédige tes projets et dépense ton énergie à trouver un producteur. Il semble un peu sidéré. Je lui dis : »À moins que tu ailles pour te faire des contacts… » Il a compris que je lui refuse une « bonne lettre » pour un de ces « lieux écoliers » bidon, car il se peut qu’un bon matin je rédige une lettre ouverte pour fesser tous ces profs à gogo, « en chômage de production actives », qui cherchent des cachets en fondant des cours prétentieux et factices.
Je lis : « Jean Cocteau, poète, dramaturge, dessinateur, cinéaste, etc. fut, au fond, le premier artiste multimedia. » Vrai ! Je l’admirais ce surdoué touche-à-tout. Mais cela lui coûta cher en réputation, le milieu littéraire noble détestant les talents polyvalents. Le mépris des puristes constipés l’arrosa copieusement longtemps. Désormais, on loue son génie partout dans le monde.
Gilles Courtemanche —comme « l’assimilé malgré lui », Yann Martel— va connaïtre un rayonnement immense. Son généreux éditeur a payé pour une traduction en anglais (lire en américain ?) de son bon roman « Un dimanche à la pisicine.. ». À la vaste et efficace « Foire du livre » de Francfoirt : bingo ! Un tas de maisons importantes vont répandre sa prose. Il y aura, probable, un film. L’anglais ( lisez…) est la clé, le passe-partout, pour la planète ? Le chanceux !
Drôle de songe avant-hier : je suis dans des caves de béton. Télé. Je dois quitter. Le spectacle est trerminé. Je suis perdu. Escaliers, ascenseurs, je ne retrouve plus la sortie. C’est un rêve familier. Cela fait bien dix fois que je le revis. Étonnement totale de ma part. D’où viennent ces images, toujours les mêmes ?
À la bouffe du dimanche ! Aile se dépasse ce jour-là…Yan, yam…Je ferme ma machine.

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