Le jeudi 24 octobre 2002

1-
Gros paquets de nuages en camaïeux de gris, ciel bas ce matin. Déboulez donc insipides ouates grises. Qu’il pleuve ou qu’il neige, j’en ai pris (enfin, enfin !) mon parti, l’été est terminé pour de bon. Les couleurs ternissent maintenant. Le lugubre novembre est proche. Ce matin, coup de fil troispistolien.
Victor : « Jeudi, Claude, tu devrais stopper chez moi en te rendant à Rimouski pour vendredi matin ». Moi : « Je pensais prendre le train, Vic ». Lui : « Oh, il part à une heure et arrive à Rimouski très tard. Je te le conseille pas ». Moi : « Bon, je prendrai mon char et je te fais une visite ». Je songe au bus aussi….Victor-Lévy : « Ainsi tu verras, chez moi, ton livre tout neuf. Oh ! Au fait, j’ai reçu ton nouveau stock —journal de juillet à septembre—, le livre-suite sera publié au Salon de Québec au printemps de 2003. Notre Martine va se mettre à la révision. C’est bon. J’ai lu, c’est bon ». Moi : « Oui, je crois que j’ai gardé le « beat » —Kérouac !— hein »? Il est bien d’accord le V.-L. B.
Tout baigne quoi ! En profiter pour le chicaner :il m’avait dit « oui » pour me parrainer au Prix David (de novembre), qu’il a remporté l’an dernier. Il a oublié c’est clair. Oui, le quereller là-dessus pour lui voir la fraise !
Aile refuse (je récidivais de « viens donc avec moi ») de nouveau de me tenir compagnie à Rimouski. Je peux la comprendre. Si Aile publiait, je ferais de même.
2-
J’ouvrais le livre tout neuf du poète Luc Perrier (« De toute manière » au Noroît) et tombe un vieux carton imprimé : « Buanderie Villeray », 8175 Lajeunesse, téléphone : Crescent 4531 ».
Une relique !
Ce Luc Perrier était un des brillants élèves du fameux (dans Villeray) « père Boyer », rue Saint-Denis. Les chassés des collèges q’y rassemblaient ! Comme chez Mongeau-St-Hilaire. Rue Saint-Hubert. Perrier me dédicace son livre avec plein de noms de la bande du temps. Chaud au cœur. Il se souvient d’un lunch, pris ensemble, plus tard, à la taverne « Royal Pub » avec Jean-Paul Fillion (« La parenté ») et le scénographe Chiriaeff. Étrange (mais le hasard n’existe pas n’est-ce pas ?), avant-hier, une biographe au travail (« La vie de Ludmila Chiriaeff ») me demandait un texte sur Alexis le mari de Ludmila ! Je le ferai.
Bizarre : encore au clavier-diariste ce midi ! Besoin de journaliser vif ? Savoir qu’il me reste 7 ou 8 entrées avant de tirer ma révérence. Mauvaise conscience ? Lire encore une aimable protestation : « Ne cessez pas ! J’aime votre journal ». Une autre fidèle : « J’aimais… mais je peux fort bien comprendre votre grand besoin de liberté, je suis comme ça moi aussi ». Mon fils me dit aussi bien comprendre. Daniel —pas libre lui aussi— se débat bien pour promouvoir son jeu de société tout neuf, « Top secret ». Je lui courriellise : « Chanceux les Bourgault, Foglia, etc. Si je me dénichais une colonne dans un quotidien, envie de me pointer au « Devoir », tiens.
3-
Daniel et sa jolie Lynn s’inquiétaient de l’angoisse manifestée par Aile (au souper chez eux) face à l’éduc actuelle des enfants-rois. Même sujet avec Christiane Olivier chez Bazzo ce matin : « Il ne faut pas craindre (les parents) de ne plus être aimé un moment et savoir dire « non », savoir refuser, poser des balises ». Hier (?) la Pétrovsky ridiculisait la brillante psychanalyste des enfants, la mère Dolto, et, hélas, son gros bouffon de vieux fils, un chanteur obèse un peu pénible. J’ai trouvé le procédé « vache ». Un être d’élite peut bien voir grandir tout croche un rejeton. Non ? J’aurais pu avoir un de mes enfants dans la délinquance ou pire encore …Tant de facteurs changent un destin. La mère Olivier, à CBF-FM ce matin, tombait dans ce panneau et moquait ce fils insignifiant de Dolto. Ouash !
Il y a des parents qui furent corrects et qui héritent d’enfants… très incorrects. Et vice versa. Vice de forme. Faut-il absolument, sans examen sérieux, culpabiliser les échecs d’une mère, d’un père ?
Dans cette veine, j’ai entendu parler de la compassion d’un psy à la radio pour —horresco referens— un « tueur en série »! Son drame intime. Sa folie et sa détresse profonde au fond. Un lecteur s’en indigne. Rien n’est tout noir… Ainsi je disais à Aile : « Imagines-tu la détresse psychologique effroyable d’un prêtre qui a la manie… des enfants de chœur ? Imagines-tu ce qu’il doit éprouver entre deux crises pulsives ? Qui il voit dans son miroir de presbytère ? Un monstre. Personne pour avoir la moindre pitié de ce fatidique malade, personne au monde.
L’écrivain ainsi juge parfois (personne n’est parfait) mais aussi il se doit de faire réfléchir, faire comprendre. Même le diable. Ce matin, Aile pensive, me disait : « Oui, sans doute, cet agresseur pédophile en soutane doit vivre le pire des cauchemars, c’est vrai ». Je l’aime quand elle me fait voir de l’humanité même face à un monstre humain. Cela dit, soulagement, on semble avoir mis (enfin !) le grappin sur le démoniaque tireur embusqué aux USA.
4-
Pu’ capab’ encore ! Cette Geneviève Asselin de la radio publique qui hausse ridiculement toutes ses fins de phrase, bafouant sa langue ! Elle ne sait pas se lire et on la garde en poste ! Très correct, lui, ce Michel Labrecque à un autre poste de correspondant-radio.
Parfois, aveu, je lance des bouteilles à la mer. Ainsi Lorraine Pintal vient de me dire « non » pour ma candide proposition de monter à son TNM mon « Patriarche bleu, Duplessis ». Pintal : « Nous sommes enterrés de projets nouveaux ». Bon, bon. C’est qu’elle m’avait signé de beaux compliments quand je lui fis parvenir un exemplaire de ce texte dramatique illustrant le vieux « Cheuf ». Bon, bon. Au moins il y a eu réponse. Tant d’autres gardent un silence compact face à mes offres. Tas de créateurs pourraient dresser une longue liste de ces murés indifférents, au mutisme froid.
Un salaud (une salope ?) —méchanceté pure— raconte à un Michel Dumont par exemple, que Jasmin le traite de « directeurs des flops chez Duceppe ». Dumont ne peut savoir la source de cette calomnie et il y croira. Il répétera cela à une amie à nous proche des Duceppe. Un soir, révélation de cette calomnie et: « Dumont est furieux contre toi, Claude, car… » Vous tombez de votre chaise (à la Moulerie). Jamais je ne cesserai d’être étonné de la méchanceté de certains individus. J’ai vite expédié une note à Michel Dumont. Me répondra-t-il ? Accordera-t-il de la crédibilité à ce salaud —qui doit me haïr viscéralement —l’ex-critique— pour quelque raison, non ? Il faut bien continuer à vivre parmi bien des ténèbres.
Admirant ceux qui le font… j’ai toujours voulu mémoriser des poèmes.
Je veux y arriver, par exemple, pour ce Miron : « Il fait un temps de soleil carrousel / la végétation de l’ombre partout palpitante / le jour qui promène des calèches de bonheur / le ciel est en marche sur des visages d’escale / d’un coup le vent s’éprend d’un arbre seul / il allume tous les êves de son feuillage /

je monte dans les échelles tirées de mes regards / je t’envoie mes couleurs vertes de forêt caravelle / il fait un temps de cheval gris qu’on ne voit plus / il fait un temps de château très tard dans les braises / il fait un temps de lune dans les sommeils lointains »
(tiré de : «Le temps de toi »)
J’y arriverai ma pauvre mémoire.
5-
J’y reviens : Daniel et Lynn, au Domaine Saint-Sulpice où ils gîtent, furent un peu beaucoup secoués d’une vive discussion, menée surtout par Aile, sur les enfants-monarques. Ce matin je lis : « Tant de célibataires ont des théories sur l’éducation des enfants ». Je lis cela à Aile qui rigole volontiers, elle a un excellent sens de l’humour, mon Aile. Je me souviens d’une Judith Jasmin, célèbre cousine « célibataire endurcie », qui palabrait lucidement et souvent sur le sujet. Le critique Gilles Marcotte (mon boss à La Presse) gloussant un : « Et que je suis donc inquiet pour les enfant de Judith ». En clair : « Si pas d’enfant, bouclez-la, les amateurs » ! Facile. La critique est un libre et vaste domaine. Je ne suis pas compositeur de « tounes » mais je peux vous prédire si une toune nouvelle va « pogner » ou non; Aile confirmerait mon… « don ». Quel critique disait : « Je ne peux pas pondre un œuf mais si on m’en sert un pourri, je le sais ».
Le Québécois « assimilé », Yann Martel (le neveu du rameau-Réginad) gagne un prix très envié à Londres avec son dernier roman : « Life of Pi » avec un héros en une sorte de « père Noé moderne. La gloire pour lui. Avec son papa diplomate, Martel fut élevé en anglais et il pense et écrit (« Life of… ») en anglais. Or, il proteste qu’il n’est pas un Québécois assimilé ! Eh b’en ! Allons, certes, pas sa faute mais voilà une réalité. On n’en meurt pas. Il en soufre ? Sans doute puisqu’il refuse sa réalité. Jocelyne Lepage (La presse) enchaîne sur cette grave question : « Martel, c’est un écolo très souvent en vélo ! (…) et il mettra l’argent de son prestigieux prix littéraire en placements d’ordre éthique… » Bon, reste que c’est un assimilé involontaire.
6-
Louis Riel, métis militant et chef de guerre au Manitoba ancien, fut pendu par les cliquarts de MacDonald, le cheuf à Ottawa. Ce qui allait barrer les Conservateurs très longtemps en pays québécois. Reconstitution de son procès à la télé (RDI) et l’auditoire consulté donne tort au maudit Bloke « bleu », le pendeur.
Riel sombra à la fin dans un délire religieux. On parla « folie ». Le fit-il pour échapper à la corde ? On peut le penser. Histoire fréquente en ces temps-là, on se souvient d’un Henri Bourassa, patriote de pointe, qui finit sa vie réfugié dans le giron souverainpontifiant. Les nôtres, si longtemps méprisés, bafoués, menacés par la dilution organisée des fédérats, se trouvaient une autre patrie, une patrie de religiosité, une sorte de patrie un peu floue : la catholicardise cléricaliste ambiante.
Ainsi, pour mon père, sa vraie patrie c’était Rome, le Pape. À la Saint-Jean Baptiste il pavoisait tous ses balcons aux couleurs vaticanesques, en jaune et blanc. Et fumait sa pipe. Pas l’ombre d’un Union Jack, plein de drapeaux aux tiares brodées d’or et d’argent sur « clés de Saint-Pierre » au vent de la rue Saint-Denis. Pauvre Louis Riel qui, bien plus lucide que l’on croyait, livrait un testament écrit fort, espérant par sa mort une confédération (de nations : Français, Anglais, Métis, Autochtones, un jour) vraie et juste. S’il revenait…
Je lis : « déposer son enfant ». Expression horrible ? Déposer un sac. Les garderies. Inévitable quand, chaque matin, la maison se vide. Chez moi, enfant, porte ouverte —jamais verrouillée, on avait pas la clé— 24 h. sur 24 h. Maman en otage ? Prisonnière heureuse puisque toutes ses voisines faisaient de même. Trop occupée —Yvon Deschamps— pour pouvoir aller travailler ! Quand il n’y a qu’un ou deux enfants… « le sac avec sac à dos », le lunch froid … « Sac de vie » chez des gardiens, huit heures par jour, parfois dix.
Hier, voir l’image de RDI. Deux bustes parleurs et, au-dessus, deux écriteaux : Montréal et Vancouver ! Non mais…Propagande subtile : allez vous comprendre, votre pays ce n’est pas le Québec, c’est « coasse tou coasse », jusqu’à Vancouver si francophone, si francophile ! Ottawa-CiBiCi : « tu penses qu’on s’ en aperçoit pas » ?
7-
Le Blond Labrèche avec Christiane Charrette hier soir à TVA. Cocasse, curieux spectacle de deux « speeddés » ! Aile : « Il ne l’écoute pas ! Il est froid ». Oh oui : dur même, ne relevant pas des « ouvertures » charettiennes offertes avec candeur, il ne songe qu’à sa prochaine question loufoque, son plan. Vaine tentative de provocation alors qu’elle devisait grande ouverte et sincère. Dommage !
Zapping intempestif hier soir : tragédies syndicales d’antan , invasion d’usines et sanglantes émeutes, incendies et tueries, scabs pour tuer le syndicalisme naissant en « Écosse et aux USA. Ailleurs, on raconte « la méthode » chez « Actors Studio ». Pleurez, pleurez, c’est bon. Ailleurs, démolition de « Balzac (le film) et la petite chinoise ». Aile avait aimé le roman. Pas moi. Faux. Artificiel. Une idée (farfelue d’une francophilie niaise) en place et lieu de la vraie vie.
Et puis quoi ? « Tag » : un maniérisme, oui, un maniérisme —une recette quoi— celui du réalisateur Pierre Houle. Tics de faciès ultra-nerveux sans cesse, coupures intempestives de caméra excitée, mimiques excessives. Ersatz de mouvement, résultat artificiel. Pu’ capab !
Je regrette d’avoir acheté (cher) hier matin, le « Couac » de Paris, « Le canard enchaîné ». C’est, à pleines colonnes avec caricatures, à propos des actualités du parlement parisien. Noms de députés (et ministres chiraquiens) inconnus donc piques et craques que je ne saisis pas. J’ai ma leçon.
8-
Au « Point » entretien vivifiant, hier soir, entre Le Bureau et Khan, directeur du magazine « Marianne ». Il dit : « Bush ? Le pire des anti-américains primaires. Un chef politique néfaste qui fait lever partout des ennemis des USA. Et du terrorisme, cela pour des décennies à venir ». Le grand Khan, politisé, structuré dans son argumentation, était à bout de…salive. Énervé, excité, on l’écoute tant il discute avec véhémence.
À la fin, je dis à Aile, qui a apprécié comme moi son discours enflammé : « Aile, ne devrait-il pas dire tout ça calmement, en souriant, il serait plus convainquant, non ? » Elle rigole et comprend ma moquerie. Je me dis : j’irai tout feu tout flamme moi itou à ma prochaine charge polémique. Hon !
Pour « Boîte noire » à T.Q. cette voix « hors-champ » suave, ronronnante, roucoulante, à la sauce « pub Canadian-Tire »,. Quelle niaiserie. Chez Arcand, hier, un expert de France en « tueurs en série ». L’homme dont l’amie fut victime d’un tel maniaque a adopté l’étrange métier d’étudier minutieusement tous les comparses de cet acabit meurtrière. Il dira à Arcand : « La police, W. BUSCH, les médias, tous encouragent ce maniaque pathologique en lui accordant tant d’impact,
d’importance. Ce qu’il désire. Danger ! » Ma foi, il a raison. Facile d’imaginer le délirant assassin s’imaginant une vedette, un indispensable bon négociateur. Le Président parle de lu, les gendarmes, sans cesse, les média (CNN en tête), oui, disait cet expert (il a publié un livre sur son sujet), une bêtise, une erreur. Il faudrait au contraire agir (officiellement) comme s’il n’avait guère d’importance et fouiller vite partout. Diable, cet homme disait vrai !
9-
Hier, ça jasait « débat de télé » et les préparations. Mode nouvelle. Souvenir, un ex-réalisateur de télé, était devenu « imagier » officiel de Lesage. Exemple : « Ne regardez même pas une seule fois votre adversaire, ne songez qu’à la caméra, au public électeur ». Son patron battu par Daniel Johnson (automne 1966 ), le grand conseiller en images avait « souitcher » au P.Q. Il voulait imposer ses précieuses recommandations au chef Lévesque. Comment se coiffer, s’habiller, sourire, se parfumer, marcher, discourir, etc.
À un homme comme Lévesque ! Celui-ci lui dit : « En somme, je vous écoute et je perdrai mes élections comme votre ex-chef Lesage vient de perdre les siennes ». Confusion et retraite. Puis disparition du grave spécialiste. Un bon débarras. Nous —du comité de publicité du jeune P.Q.— nous avions bien ri. Lévesque n’avait nul besoin de se faire une image.
Une voix d’outre-escalier : « Clo ? Quatre heure et demi, vas-t-y aller à l’École hôtelière, oui ? » Moi : « N on, pas question ». Raide de même. Je l’entends ricaner la démone. Quoi ? Tanné de ses gros yeux face à mon tri. Puis j’entends la porte qui claque. Elle y va. Honte un peu, juste un petit peu, de me sauver de ces corvées.
Fin de mes notes de calepin et je zieute le tas frais de coupures de gazette. Arrivage immodéré ! Il y en a trop. Ça suffit. On ferme, on ferme !

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