Le samedi 9 novembre 2002

1-
Quatre jolis canards nagent ce midi sur le lac…ils glissent vers mon faux canard au bout du quai. Leurre fatal ? Du bleu poudré au firmament. Je regarde un plein pot rempli de bille multicolores sur une commode devant moi. Fou d’avoir tant aimé les « smokes », enfant ? « All that glitters is not gold » tout ce qui brille…, chantonnait-on jadis !
Hier soir, en ville, théâtre classique, rue Sainte-Catherine à l’est de Pie IX. Marquise lumineuse venue du temps que « Denise-Pelletier » était un cinoche de quartier. Petite foule dehors. On fume Aile et moi avant d’entrer. Je songeais aux marquises illuminées du Château, du Rivoli, mon coin de rue aux ampoules clignotantes, virevoltantes, de ma jeunesse. Mon ex-camarade radiocanadien (réalisateur de mon « Procès devant juge seul »), Richard Martin, pris du cœur, s’amènera tout lentement avec Élysabeth Chouvalydsé, sa compagne , vue au « Go », dans un bon Tardieu l’an dernier. Causerie avec réminiscences obligatoires. Nostalgia maudite ! Aile a mis notre bouquet de fleurs (à Dame Faucher) dans les mains du gérant pour qu’il l’apporte en coulisses.
Chagnon —et non Gagnon comme j’ai mis hier— s’est démené sur la scène : un Alceste noir. Courbé. À la diction pas assez claire pour moi, le demi-sourd. Malgré mes prothèses, ai perdu 75 % du dialogue moliéresque. Je regadais la mise en scène de Françoise, le beau décor. Maudit handicap du diable ! Bientôt, ne plus pouvoir qu’aller aux théâtres des petites salles intimes ! « Ayez pitié de l’homme qui a peur « chantait Rivard. Ayez pitié de l’homme qui n’entendra plus rien un jour !
Au retour, traversée de Maisonneuve et Hochelaga. La rue Ontario toute décorée de lumignons noellesques. Effort hardi pour dynamiser ce coin de Montréal qui se débat pour ne plus crever. Émouvant débat commercial.
2-
Appel hier : un gars de radio à Chicoutimi (SRC) prépare des émissions sur les anciens « enfants de choeur ». Bonne idée, je trouve. Il me questionne, je lui raconte mon plaisir de « servir » en des décors imposants avec soyutanes et accessoites divers (ô l’encensoir doré !). Il m’écoute amusé et il puis me dit : « Formidable votre témoignage. Cachet minimum de l’Union, on est pas des richards à Chicoutimi (il dit pas « Saguenay » ?) Rendez-vous à Radio-Canada, à Montréal, en studio de radio, après votre « Tous les matins » mardi prochain. J’y serai en soutane pourpre et surplis de dentelles fines, calruron violet, gréements des grandes fêtes !
Autre appel : la directrice dynamique (rencontrée à Rim-Ouski ) d’un mini-salon du livre aux Trois-Pistoles ! Elle me veut dans son village qui est celui de mon nouvel éditeur. J’ai dit « oui »’trop vite. L’agenda revu me montre que je ne peux y être fin-novembre. Je guette son mel pour la… désappointer ! Merdre ! J’aime pas ça. « Je dis « oui » à tous ceux que j’aime… », une chanson.
Élysabeth, la compagne de Martin, rue Sainte-Cahreine où l’on re-fume à l’entracte : « Faut absolument voir, en reprise à ARTV, « L’École des femmes » à Avignon, place des Papes, avec l’acteur Pierre Arditti, un truc génial, génial ». Le vilain tuteur Arnolphe « montré non plus en vieux dégueu dominateur, dit-elle, mais en homme fragile, perdue, désespéré, c’est étonnant ! ». Guetter cela donc.
3-
Vu hier soir, après l’Alceste si enragé face à sa société d’hypocrites complaisants, notre Geneviève Bujold face à Homier-Roy. Ças ne cliquait pas vraiment entre eux. Homier-Roy ramait fort. Bujold avec des « oui, oui », des « non, non », des réponses expédiées vitement. On aurait dit la Dufresne manquant de vocabulaire. Aile : « Peut-être a-t-elle perdue de son français, elle qui vit en Californie depuis si longtemps »? Ça se peut. Entrevue assez plate donc !
Aile bien contente, hier soir, de revoir en cette salle vieillotte réaménagée deux actrices du temps de ses réalisations véellebiennes : « La forgeronne » vélllebesque et Sylvie Tremblay. Me dira : « Deux vraies bonnes « troupers ». Il y avait deux pleins bus de jeunesse étudiante rue Sainte-Catherine pour « Le mysantrope ». Dans la salle, attention sérieuse et, à la fin, cris forts, applaudissements frénétiques de ces écoliers. Bon signe d’avenir !
4-
Ma fête, ce matin : aucune pub (pas une seule ligne agate) pour mon « À cœur de jour » dans les cahiers-livres épais du week-end (le Salon qui vient !). Pas choisi par le lectorat de La Presse dans la liste des 50 écrivains favoris. Pas choisi par Le Devoir dans le tas des consultés avec interview-éclair. Pas même nommé dans l’horaire des séances de « signatures », ni chez « 3-Pistolets », ni chez Lanctôt. Aucun placard pour mon livre frais-imprimé, frais mis en librairies. D’autres « modestes » éditeurs achetaient un peu d’espace. Non, vraiment pas ma fête ce samedi matin. Bof ! Habitué. « Dégage la voie, vieux mononcle » ! Ça ne fait presque plus mal à force…
Retraiter au plus vite de ce monde littéraire !
5-
Loto-Québec, vache au lait douteuse du Trésor national, ré-enligne son tir, ses cibles. On abandonne les « pauvres » : donc moins de machines-bandits un peu partout. On vise les poires riches. Plusse de casinos ! Eh ! Maîte Frigon, PDG, perdra des millions, c’est certain. La morale sortait des gros bâtons. Un recul politique. Les gens « en moyens » n’ont pas le même droit et on va les asticoter avec art. Avec astuces. Bon budget en publicité pour les harponner, vous verrez. Et ces cons de touristes, faut les vider non ?
Quelle surprise, ce matin ! Un écrivain et poète et chanteur populaire, célèbre se retrouve épinglé, malmené, en éditorial. C’est plus que rare. D’habitude on laisse les artistes, ces rêveurs insignifiants, en paix. Or, Gilles Vigneault, vendredi matin, sur deux pages du « Journal de Montréal » (j’ai lu) y allait très raide face au Dumont-Adq virant à droite. Bedang ! On sort son canon de fédérat droitiste et l’André Pratte, stipendié par Power-Gesca-Desmarais-La Presse, tire à boulets rouges sur l’écrivain. Avec citations de Vigneault bien fournies. Oui, c’est rare ! Le titre prattien ? « Mon pays… ce n’est pas le P.Q. »
On vient de voir nos « big shots » s’enfourner dans un club sélect, rue Sherbrooke, pour aller sonder (petit-déjeuner intéressé) les reins du jeune favori de l’heure, Mario. Comique de voir leur refus de jaser avec le reporter alerté —comme de vilains pécheurs entrant au bordel. Le pouvoir nouveau les excite. Le bon peuple (vous et moi) a pu voir ainsi que s’amènent toujours (au pas de course même) les « gens de finances » quand la victoire électorale montre du doigt un nouveau venu. Instructif en diable et vive la démocratie ! L’ADQ voit « sa petite caisse » d’hier grossir comme à vue d’œil !
6-
Le saumon cherche sa source. Plein d’anti-patriotes —déracinés volontaires par racisme inverti— qui recommandent d’enterrer les racines. Parlent de « rétro » nauséabonde en voyant des fiertés normales. Recommandent de regarder en avant seulement. Invité à jaser sur le besoin de généalogie mardi à T.L.M. je causerai sur ce inquiétude inévitable. « D’où viens-tu ? » On voit des immigrants, bien installés ici, qui retournent dans leur pays d’origine, affamés de savoir mieux d’où ils viennent. L’anguille revient de la lointaine mer des Sargasses. Toujours. « Rien de pire que d’être apatride », a dit Dostoievsky. Le brillant Libano-québécois, Mouawad Wouadji en a jasé avec sa pièce « Littoral » dont il va faire un film.
Le nouveau roman —éditeur « Les intouchables »— « La lente découverte de l’étrangeté » du souverainiste (eh oui pauvre Pratte !) Victor Teboul, Québécois depuis 1963, remonte à ses sources, à son tour. Lui aussi ! « Je suis un apatride qui découvre les facettes de mon étrangeté », dit Teboul racontant l’exil d’Egypte, de Tunisie. De Marseille où l’on se battait pour des visas.
7-
Scandale chez les blokes du ROC. L’éditeur québécois Turgeon (« Trait-d’union ») ose publier le témoignage de la complice diabolique du monstre ontarien Bernardo qui a torturé à mort deux adolescentes. Ce « Pacte avec le diable », de Stephen Williams, fut refusé partout en anglais. Après avoir buté sur 12 éditeurs, Williams fit vendre 370,00 copies d’un premier livre —sur Bernardo— titré : « Invisible Darkness ».
La compagne satanique de Bernardo, Karla Homolka, sort de prison (Saint-Anne des Plaines) le 6 juillet 2005 et Williams s’en inquiète fort. Un psychiatre qui l’a soignée (!) lui a dit : « C’est un mystère diagnostique ».
Le Ministre de la justice à Ottawa, malgré les pressions des familles des victimes, vient de déclarer qu’il « n’y aura pas les coordonnées de ces criminels sur registre »…pas avant la nouvelle législation. Projet de loi en décembre ! Karla Homolka est « contre », on peut comprendre celle qui acceptait un « pacte » mortel avec « son diable » de compagnon.
8-
Qui a tué le baseball (et son stade) à Montréal ? Hen, hen ? Répondez bande de morons ! On lit le Jonathan Ké du « National Post » et on a la réponse. C’est nous autres, le 84 % de méchants racistes. Ce J. Ké clairvoyant affirme : « Les séparatistes (du Kouaybec) refusaient de soutenir un sport pratiqué par des Graeme, Masato, Jose, Vladimir… Ils ne veulent que des Guy, Maurice et Yves ». Fin de la citation. On a le droit de rire !
Antoine Robitaille (Le Dev) nous offre une autre occasion de rire : le « Herald » de Halifax est son nid, il se nomme Jim « Meek » (docile in french). Ce Meek cite l’auteur de « Global Soul », Pico Iyer (du Harper’s) : « Le Canada refuse les racines communes, choisit plutôt les croyances communes ». Notre Meek d’y aller : Le Canada est le phare des déracinés, du cosmopolitisme et c’est merveilleux. Cessons de nous chercher une identité « canadian ». Il sort sa liste des célèbres immigrants, y plaque Yann Martel (« Life of Pi ») , « né en Espagne » (vérité accidentelle), Shields (né aux USA), Mistry (né à Bombay), Ondaatje (né au Sri Lanka) Et Bissoondath (né à Trinidad) même si ce dernier dénonçait le multiculturalisme nuisance à l’intégration normale ! Les éloges effrénées du métissage font bien voir l’inconfort de la non-identité des Canadians, c’est bien différent au Québec et cela fait enrager les inconditionnels du multicul trudeauiste.
9-
Un hebdo régional (« Accès ») d’ici héberge volontiers les proses du prof Lauzon. Bravo ! Par exemple, fin octobre, tout un public candide apprenait les horreurs (ave chiffres clairs et dommages anticipés) de la privation calculée de la santé, projet du Mario Dumont —lui attirant les mouches à marde de « Commerce et Industrie Inc. » Un très étonnant hebdo non ? D’habitude simples supports d’annonceurs locaux, ces hebdos sont bien sages, tranquilles. Un fait rare ce « Accès Laurentides » en tous cas.
On peut lire dans « Parutions » que « Boréal » publie « La voie canadienne », ouvrage d’un prof émérite de l’Université Queen. Will Kymlicka argumente : « Il y a au Canada (A) les minorités ethnoculturelles (émigrants), il y a aussi (B) les minoprités nationales et (C) les Premières nations (ceux d’avant la fondation du Canada) ». Clair comme ça ?
Nous voilà donc réduits, une fois de plus, chez ce diplômé de l’Université de Budapest, à une simple minorité parmi tant d’autres, nous, 82 % au moins de la population québécoise. C’est exactement à cela que voulait nous conduire le trudeauisme et tous ses zélotes anti-nationalistes. Nous faire oublier le fait et le mot « nation ». Ça n’a pas fonctionné parfaitement comme on sait. Dès la mort des nationalistes-fascistes (Allemagne, Italie, Japon, France nazifiée, et Cie) , plein de nations se décolonisant revendfiquèrent le beau mot de « nation ». Cela continue encore depuis la chute du fédéralisme atroce nommé URSS. Plein de nouveaux pays s’installèrent à l’ONU. Et nous ? C’est pour quand ? Vigneault disait : »Imitons nos anglos du Québec qui votent « non » à notre patrie, à 98 %, faisons comme eux et nous aurons une patrie. On ne peut mieux dire. Aux endormis, aux inconscients… inutile de vouloir convaincre les intéressés : mercenaires à conforts variés, stipendiés, valets rémunérés.
Reçues de jolies cartes de voeux, mon frère Raynald, mes soeurs… Aussi une lettre stimulante de ce René Jacob qui attend mes illustrations nouvelles pour un livre aux « Lilas », sa maison d’éditions en Beauce. Je vais m’y mettre dès le 9 décembre venu. Le journal quitté.
Demain réunion avec mes enfants, la belle bru Lyn, le dévoué gendre Marco (sans lui, au fond, pas de ce « À coeur de jour ») et de mes chers jeunes cinq mousquetaires (grandis si vite !), rue Chambord. Il y aura 72 chandelles sur le gâteau ? Je les compterai ! Lundi, caucus avec un reporter. Mardi, topo avec Houde-Betrand. Mercredi…annonce de mauvais temps et retour ici où la neige ne fond plus !
Aile : « Mautadit, cette neige persistante, les feuilles mortes impossibles à ramasser et les feuillus pas encore vraiment dépouillés, merde, merde » !
Ma foi, le plaisir du râteau la démange !

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