Le mardi 19 novembre 2002

1-
Je commence à comprendre tous ceux de mes entourages qui souriaient quand je disais : « fini la littérature, j’ai fait mes adieux dans « Écrire pour l’argent. Que du journal désormais ». Une idée de roman a fait assaut subit —sur bibi— ce matin. Un envoyé des « Missions étrangères » s’installe dans un pauvre petit village d’Amérindiens quelque part en Amérique du Sud. On a prévenu ce jeune idéaliste : pour ces aborigènes, il lui faudra accepter de vivre avec une femme, sans cela, il ne pourra pas « missionner » car ces primitifs jugent comme étant un crétin, un homme sans intérêt aucun, quelqu’un qui ne réussit pas à avoir une femme chez lui. Ce serait mon seul et premier roman se déroulant hors du pays.
J’avais déjà lu qu’au Vatican —cela ne se sait guère—, on accordait une autorisation « spéciale » dans certains lieux d’évangélisation. D’où me vient cette idée de rédiger un tel récit ? Ce matin, je sortais du studio 83-radio, avant de me rendre —il était 10 h— au 45-télé pour T.L.M. Je venais de confier —au questionneur à Chicoutimi— que, enfant de chœur zélé, je me voyais volontiers en prêtre sauf que, déjà, il y avait les…filles ! Que cela faisait problème —déjà— dans ma tête de petit garçon de dix ans.
Si l’idée de ce roman me taraude, il se fera.
Il a toujours fallu qu’une idée de bouquin me hante pour que je m’y jette, un bon jour. On verra.
Temps doux, mardi gris. Hier soir, envie de bouffer du smoke-meat. Aile et mo, descendus en ville, on s’installe donc chez Lester, rue Bernard, un « snack » aux allures 1950. Éclairage de gargote. « Root-beer ». Mes bons cornichons à l’aneth, moutarde en masse….Yam !
2-
Ce midi, Aile et moi, envie cette fois de junk food : hot-dog, oignons, moutarde, et frites avec vinaigre au Petit chaudron. Je ne compte pour rien ici :pas d’invitation à la première moniale de « Séraphin » au ciné Pine en bas de la rue Morin. Hier soir, face à Bureau-au-beau-bureau, le jeune Deschênes, après « Le point » sortait de la première montréalaise dudit film et patatra : « Ouais ! Pas fort, pas bon, le feuilleton-télé était meilleur. Tant de millions, j’suis déçu ». Notre Bureau tout étonné : »Vous êtes dur…Bravo pour votre courage ! À demain ! » Aile renversée, ce jeune D. d’habitude doux et gentil, servant à « plogguer » complaisamment les produits des industries culturelles. Eh bin ! Ça leur apprendra à négliger l’illustre adèlois pour les « premières ». Je ris. De moi.
« La vallée » (des avalés), hebdo laurentien : oui ou non, y publier ( à leur invitation) un conte de Noël adèlois ? J’y songerai.
Vu au condo du Chemin Bates le denier épisode de « Bunker ». Chiard visuel coûteux (avec grosse part de notre argent public). Pas d’histoire. Gallimatia, salmigondis, charabia…Le filmeur Houde s’est payé la traite comme on dit et René Dionne, l’auteur de cette non-histoire, se fit subjuguer. Triomphe de l’esthétisme sur le contenu. En fin de compote : avec d’excellents acteurs, des artisans doués, une immense platitude sur un sujet —les coulisses du pouvoir politique— qui aurait mérité de bonnes intrigues, compréhensibles.
3-
Vu aussi, hier soir, le film de Binamé sur l’artiste multidisciplaire (80 ans) Pierre Gauvreau. La mode infernale : le cinéaste se régales d’effets visuels dynamique, bande sonore couvrant de trop des propos, images floues très « travaillées », on reste sur sa faim de mieux connaître et le téléromancier et le peintre (sauce ludique à la Alfred Pellan) frénétique. On a su des bribes :un père qui disparaît à sa naissance (!), une mère monoparentale courageuse. De rares —et trop brefs— bons moments, ainsi quand Pierre revient à sa source : le 75 de la rue Sherbrooke, près de Saint-Laurent. Souvenir : j’y allais à dix-neuf ans, dans ce « salon » —soutenu par maman-Gauvreau— avant-gardiste. Expositions d’automatistes inconnus encore, séances de danse exotique. Chantons : la bohème, la bohème…
Rencontres ce matin : un Marc Laurendeau, encore comme mal réveillé, Gilles Gougeon. On jase « enfants de choeur », ce dernier a revisité sa paroisse d’Hochelaga : « Rien n’a changé, sacristie et tout ! J’y étais pour une commémoration nuptiale de mes vieux parents ». Le technicien au son, René, boulot terminé, jase. Lui aussi, fit ce drôle de métier de gamin ensoutané. « Pas n’importe où, me raconte-il, à la « cathédrale ». Il habitait Guy et Notre-Dame. On rigole :il servait des évêques, lui, et c’était 25 cents par messe, par cinq sous comme à Sainte-Cécile.
Un camarade de T.L.M. tout fier de sa plume à l’encre bien noire (que je lui emprunte) . Douce, souple et glissante. Il me recommande d’aller à « Bureau en Gros » pour ce —je note— « stylo Dr. Grip. Gel ». Me dit : Oui, spécifie : gel, c’est fameux et en bleu, c’est beau ».
4-
Je repense à « American beauty » : ah oui, toutes ces armes aux USA dans les foyers. La tentation si ça tourne pas rond. À portée de la main…Solution radicale. Ce fatal coup de revolver de la fin. Le sang comme nappe sur la table, sous la tête de Spacey —le mari docile, révolté, qui quitte 14 ans de conceptions de pubs pour un modeste job chez MacDo—, éclaboussures d’hémoglobines sur le mur. Cet autre papa, un colonel sadique — le meurtrier— se révélant un inverti sexuel qui refoulait sa sexualité via le militarisme — ô discipline, cachette de tordus !— imposé à son fils « poté ». Un effrayant récit filmé.
Le 10, rue Chambord, ma fille, rieuse —et peut-être plus soucieuse qu’elle ne le laissait paraître— de ce fils « du milieu » qui serait amoureux d’une « vieille » de 21 ans alors qu’il a, lui, 19 ans. Je me suis souvenu des inspections —mine de rien— de ma mère, chaque fois que je ramenais à la maison une nouvelle « blonde ». Ses sourcis froncés, son front plissé, sa moue boudeuse, face à cette Gisèle de Saint-Henri, plus âgée que moi. Nos chères mamans…
Je songe encore à ce Bertrand junior au confessional-Maisonneuve de RDI : ses deux millions (2,000,000 $ !) gaspillés en drogues dures ! Quelle caverne horrible, quelle effroyable dérapage et quel courage de tout révéler à l’immense public de la télé. Aile en était toute retournée. Et moi itou. Il a dit : « je sentais, jeune, que je devais « performer », qu’on attendait tout de moi, que je devais occulter mes émotions ». Danger.
Je me félicite de n’avoir pas joué de ces pressions parentales. Je disais à mes enfants : « Vous ferez n’importe quoi, ce que vous voudrez, j’espère seulement que vous soyez tout simplement heureux plus tard ». Je songe à tant de parents qui poussent fort sur leurs rejetons. Par un besoin inconscient de revanche face à leur existence décevante ? Malheur ! Cours de ceci et de cela. Surcharge imbécile. Vies atrophiées. Élèves débordés. La vie ordinaire de « l’enfance à vivre sainement » bousculée. Oui, danger ces attentes d’égocentriques ambitieux pour…leurs « petits génies » adorés, appréhendés. Ce Bertrand tombé si bas —il a songé au suicide, avouait-il— , fils de Premier ministre, s’en sortira-t-il ? Je le lui souhaite de tout cœur.
5-
Allé à l’École Hôtelière tantôt : que des desserts dans les montres ! Revenu aussitôt…malgré moi… moi qui aimerait tant me gaver de leurs bonnes pâtisseries encore chaudes… fraîches sorties des fours chauds. Asch ! Dure la vie, hein ?
Mister Hans Blix, chef-inspecteur pou l’ONU, est maintenant à Bagdad avec son peloton de 20 fouineurs. On croise les doigts. Oh, que tout aille bien ! Sinon…l’excité W. Busch donne le coup de fil fatidique à ses militaires préparés à l’attaque. 58 journalistes (choisis par qui ?) furent entraînés pour la bonne propagande USA lors du débarquement anticipé en Irak…Bonjour les reporters professionnels ! La désinformation organisée se prépare ?
La chronique de Stéphane Laporte dimanche (La Presse) : extraordinaire. Cette « Lettre ouverte à Ben Laden », un fameux texte de l’humoriste. Quel talent !
Qui a obtenu le plus de films sur sa vie ? Jésus ? Non. Napoléon, l’assassin de tant de jeunes garçons. Jésus est deuxième. Ensuite : Lénine ? Oui, Lénine. Un autre Adolph Hitler quoi, on le sait depuis « Le livre noir du communisme ». Ma foi… la machine de propagande soviétique produisait à un rythme infernal. Hollywood battu !
On publie beaucoup sur des personnages de télé enfantine, Fanfreluche, Pirate Maboule, etc. On a oublié quelqu’un, « Monsieur Claire Lamarche », l’animateur-rassembleur Guy Messier fut l’installateur du « Grenier aux images », au théâtre des Compagnons par exemple. Ce fut lui, Messier, le premier organisateur de ces héros tant vantés. La télé lui a tout enlevé dès sa naissance et Guy Messier sombra dans l’anonymat et puis épousa Claire, la grande oreille efficace. Pas juste cela.
6-
Nat Pétro tenait absolument à rencontrer l’épouse, l’ « Aile » de Dany Laferrière, revenu de son long exil à Miami. Photo de La Presse: on voit Maggie, floue, loin derrière l’écrivain Haïtien célébré. Aile : « je peux la comprendre ». À le voir aller, aux Salons de livres, j’imaginais mon Dany en playboy libertaire, moi. Bon, je me trompais. L’infirmière Magie a suivi son bonhomme en Floride en rechignant car, dit-elle, elle s’était parfaitement intégré à son pays d’adoption, le Québec. Dany, le froid, la neige se pointant déprimait, lui. Mais qui prend mari…
Et l’« Aile » de W. Bush ? Sa Laura ridiculise son « homme » devant le écoliers ! Elle a dit : « Il croyait, le cher homme, qu’une bibliographie… c’était la biographie de la Bible » ! Méchante compagne ça ! Laura Bush, nous informe une gazette lue, a une maîtrise en « science du livre ». Ah, c’est une science ? Pas de maîtrise en pédagogie, cela est sûr et certain. Un livre bien aimé ? « Le grand inquisiteur », section des « Frères Karamazov » de Dostoievski. On y voit Jésus revenu sur terre face au grand sadique espagnol, Torquemada. Qui fait jeter au bûcher purificateur, le Christ ressucité ! Une lecture bizarre pour l’épouse d’un inquisiteur agressif, bien ieux outillé que Torquemada, cherchant l’Axe du mal. Cette Laura tient « salon littéraire » à l’occasion dans son Aile (eh !) de l’est (« eastwing ») à la Maison blanche et invite des auteurs dissidents (?) de la bushomanie. Seigneur ! Moi, je mettrais la CIA sur ma femme, tiens !
Quand j’ai loué Aile trop fort dernièrement, elle me jette, la langue dans la joue : « Vas-tu cesser tes compliments, je vais me demander ce que je fais avec toi » ! Paf ! Touché !
Justement, appel de on cordon-bleu…On ferme !

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