Le samedi 23 novembre 2002

1-
Ça continue : ciel gris qui illustre « le mois des morts » de notre enfance.
Je repense au chanteur Lalonde quitant le studio. Les gazettes publient ce matin l’unanimité, les accords du public suite à son départ soudain. Aurait-il pu rester assis et entamer une vive critique sur « les pénis à rallonge » du Martineau ? Non ? Pas équipé intellectuellement pour débatte, s’opposer à cette télé publique dévergondée ? Gentleman, préférer fuir ? Ah si j’avis été là. Pas de censure, d’accord, pas de tabou, bien, mais mon Martineau à voix de fausset m’aurait vu le fustiger et raidement.
Avec cette idée de roman d’un jeune missionnaire exilé dans un monde primotif, besoin de rédiger sur la spiritualirté. Il me taraude depuis longtemps ce besoin. Donner un grand coup de pied dans le matérialisme ambiant quoi. J’ai pris des notes sur ce « Esnesto, l’exilé ». Si je m’y plonge, il sera composé très rapidement, je le sens. 125 pages ? J’ai « mélisé » à Jacob : « mettre notre album illustré sous le boisseau et publier d’abord ce roman… à venir. En février ? » Sa surprise à mon Beauceron !
J’ai « pitché » aussi un mél chez Victor-éditeur d’ « À cœur de jour » : pas une seule ligne d’annonce ce matin dans le Dev. Rien ? J’en ai marre…de ce silence. « Mélisé » (mél pour message é-lectronique) aussi au Devoir : « silence toujours, a) offre de chroniquer, b) offre d’un texte sur Cailloux mort, c) mon article sur les Temples de Cochin. Oui, en ai marre des silences. Combien de candides croient qu’avec de la notoriété, partout, on va vous répondre rapidement. Oh non ! Illusion.
2-
Titre du bon roman de Jacques Poulin que j’ai continué à lire avec plaisir au lit, hier soir : « Les yeux bleus de Misstassini ». Prénom de sa soeur adorée. Influence de Réjean Ducharme ?
Plein de jeunes créateurs avec de bons textes qui attendent… quand on décide de re-re-remonter « Séraphin ». J’y songeais tantôt. Pourquoi du vieux ? Succès facile, utiliser un gros mythe déjà bien installé dans la mémoire collective. Plamondon après le courageux neuf « Starmania », grugeant Victor Hugo et puis un conte de Perrault ( Le fôlatreur Infoman hier soir : « Cindy » vu à Paris, c’est nul » !). Ramener l’avare ultr-connu doc ? Paresse ? Crainte d’essayer du nouveau ? Sécurité obligée ? Une « culture » vivante ne fait pas cette démarche. Mais une « industrie », ah !
Oui.
Plus grave :on ramasse du solide, de l’éprouvé, mais c’est pour le transformer. Grignon doit se retourner dans sa tombe, pas loin d’ici. Binamé et son scribe change cavalièrement la donne du bref roman. Mensonges, trahison de l’auteur. Bof ! Claire, fille adoptive de G., laissait faire ce tripotage de l’histoire originale ? « Permette que l’on parle encore de mon père ou bien refuser cette métamorphose de son ouvrage » ! Hum…
En 2055, pourrait-on bousculer un de mes romans ainsi ? Le droit moral ? Mes enfants veilleraient au grain ? Héritage béni, gros sous, alléchage ? Je me pose des questions.
Ne pas confondre transexuel (avec chirurgie) et transgenre ! Gazette du jour : un type du type « transgenre » reste un hétéro (!), il ne veut que s’habiller en femme de temps en temps ! Le monde, mon cher ! Et le travesti, ce serait quoi ? Le showman, la « folle » dans un club du Village Homo ? On s’y perd non ?
3-
Un gourou visionnaire jase : sur la planète, il n’y aura que trois (ou quatre) grands vastes « centres commerciaux » vraiment prospères dans l’avenir. Selon la masse des populations consommatrices ? Oui. 1) En tête : la Chine, c’est parti (l’Inde suivra, sa voisine du sud), 2- Au second rang : la vaste Russie (et ses alliés-provinces), 3- Ah ! Les USA (et ses provinces alliées du Sud). Au troisième rang. Faut-il ajouter l’Europe unifiée ? Pas sûr. Trop de querelles, de résistances. Peut-être, dit ce nostradamus surdécoré de diplômes en économie. Tant pis pour les petits pays ? Adieu les recoins de la scandinavie, la fière Finlande. Le Québec : il sera amalgamé avec USA, c’est bien parti avec le pacte de l’Aléna. Le nivellement, l’identité particulière des nations pas trop populeuses ? Il dit : « Une notion agonisante en 2030 » ! On verra ça hein ? Pas moi. Je serai couché, avec Aile, dans la terre à Sain-Laurent ou avec « les artistes » à Côte-des-Neiges.
Seulement, au Mexique, aujourd’hui, 60 millions (oui, oui, millions) de jeunes instruits —quotidiens de samedi— veulent une pleine participation au monde moderne qui s’installe. Ici, où la natalité décline davantage que n’importe où au monde, nos jeunes instruits feront quoi? Défense d’émigrer au Mexique, ça c’est sûr.
4-
Page-une-cahier-culture du Devoir : alors que des tas ( paquet immense ) de neufs bouquins québécois surgissaient au Salon de la Place Bonaventure, on donne l’espace, en « une », à un Parisien et à des esquimauderies exotiques. Le racisme inverti ? Oui, toujours !
Hier, chez mon quincaillier, rencontre d’une ex-élève de l’Institut des arts appliqués. Elle se présente : « J’étais à vos cours en 1964-1965 ». Je dis : « J’étais comment comme prof ? » Réponse de la céramiste (son four sera vendu) : « Ben, j’sais pas, moyen ». L’ingrate, moi qui m’imaginais volontiers avoir été un prof unique. Je sors le caquet bas. C’est bon pour la santé mentale.
Hier soir, la sœur de ma bru, Carole du Sommet Bleu, au téléphone : « On vous invite pour souper à Noël, votre fils y sera ». Peux pas, nous serons à Duvernay, chez le Pierrot, frère de Aile. « Mais, Carole, j’ai perdu mon dico sur mon I-Mac, si…». Aussitôt : « J’irai demain » ! Bizarres ondes, deux minutes plus tard, Daniel sonne : « Dimanche, sois là, je monte pour te « nettoyer » à fond ton ordi, p’pa » !
5-
Les actualités télévisées : en prison le fou de la java diabolique à Bali, 35 ans, Iman Sandra, de Java, (!), coffré ! Émeutes ailleurs, une pancarte, zoom, on lit : « NO CHARIA, WE WANT JESUS ». Nigéria en chamailles. Les belles pour « Miss Monde » partent chercher de rubans à Londres. Des tués dans les rues. Mahomnet n’aime pas les belles filles aux courbes avantageuses. Israël : explosion encore, tuerie d’écoliers innocents dans un bus, un activiste du Hamas. Aile s’écroule, découragée, se lamente, trop sensible. Je vais lui interdire ces horreurs ! « C’est si révoltant » ! Oui, mon amour ! Quoi dire, qui faire. Bonnes nouvelles, pas de nouvelles. Plein de lieux dans le monde où, hier, il ne passait rien de dramatique. Silence sur la paix. Silence sur le bonheur. Le téléjournal :poison vif !
M. Rousseau (PDG nouveau de la Caisse de dépots) s’installera bientôt dans un beau château (chantez) ma tant-ti, relo, relo… ma tan-ti, reli, relire ! Au lieu de cent mille, ce sera 300 mille piastres : notre argent public ! Cher le verre ? Scandalisés, des gens protestent. Folie furieuse ! Un édifice tout vitré en face du bien (remis à) neuf beau Palais des Congrès, verrières partout là aussi. Aile éclate de rire entendant Yves Michaud disant : « Écoeurant ! Il faut plus de… transparence ». Ses rires. Et moi itou.
6-
Zapping frénétique hier entre une Monique Mercure (un peu ennuyeuse chez Homier-Roy), à l’accent très bizarre, mélange de tout, et, chez la Dussault, des médecins « pour » et « contre » le bonheur d’État, revenus garantis, du public en studio, tiraillé, les vains débats habituels…Zap ! Un bien long et niais reportage sur la « Cindy » de Plamondon, de Caen à Paris. Zap ! À Zone Libre (ennuyeux), les méfaits et les farces des « amateurs de célébrités » de Hollywood à…ici.
Ce zappetage m’ennuie. Il est justifié quand c’est pas fort à la télé. J’aurais dû éteindre et lire mon Poulin. On devrait toujours éteindre… plus souvent. Soudain : à Thalassa, TV-5, belles images de camaïeux rares dans une contrée sauvage —mer plate, ciel plat— à lumière basse, où vivent des pêcheurs primitifs pauvres, où il y a des lots d’inspecteurs honnis, même en ces lieux déserts, entre toundra et…bout… ou fin du monde. La désolation a des beautés inouïes. On admire la misère sous un tel décor envoûtant, c’est con. On savait pas rien sur ce pays perdu. Danger du zapping, de négliger de consulter le cahier-horaire. Paresse !
7-
Atom Egoyan, cinéaste d’origine arménienne : jeune, il veut oublier l’histoire de ses parents, il rejette sa langue maternelle, dit-il. Bien. Bravo, vivant à Vancouver, il veut s’intégrer et au plus vite. Saine attitude. Plus tard, oh plus tard !, plus vieux, ça revient. Il veut mieux savoir. Ce génocide conte « les siens », crime effarant des Turcs. La fuite de ses parents. Il a fait un film —« Ararat », très vanté— abordant le sujet pourri, fui, caché si longtemps. Histoire classique. Le saumon revenu, l’anguille remonte de la mer lointaine. La source, les commencements de quelqu’un.
Egoyan et Arsinée Khanjian, son épouse montréalaise, parlent de la Turquie qui ne s’excuse pas, parlent d’une Turquie qui voudrait enterrer cette tuerie, oublier l’horreur de 1914. Ils font un parallèle avec Québec, non reconnu par ce Canada actuel. On songe aussi aux Acadiens déportés qui attendent de excuses de Londres.Courageux, avec Luc Perrault de La Presse, de causer volontiers sur Québec-nation–pas- reconnue-par-Ottawa, comme Arménie-pas-reconnue-par-Istambul. C’est rare ce courage chez les nouveaux-venus-sur-clôtures. Bravo !
J’écoute Brel… « fils de roi ou fis de gueux, tous les enfants font des rêves… » Brel qui sera fêté en grande en 2003 à Liège avec le romancier (180 bouquins !) Simenon. Autre gloire locale.
Aile doit avoir un choix dans mes victuailles rapportées hier de l’École de la rue Lesage. Envie d’aller fureter autour du four. La faim.. .sans cesse, la faim. Malgré tant de cigarettes !
Et puis je veux aller relire ces notes sur ce jeune Ernesto qui rêve d’être… un saint, entouré par la beauté sauvage ensoleillée, proche, collé sur une jeune beauté indigène offerte, qui vit avec lui, qu’il n’a pas le droit de caresser, d’embrasser… Cette folle fringale « de faire vite un nouveau roman », comme quand j’étais plus jeune —et c’était toujours en novembre ou en décembre— je ne croyais pas qu’elle me reprendrait fin 2002.

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