Le jeudi 28 novembre 2002

1-
Ouf et re-ouf ! De retour à ma machine. La Carole-sommet-bleu, après « le nettoyage » de mon fils dimanche dernier, sort (épuisée) de remettre en ordre l’ordi. Mon calepin déborde de notes. Soleil ce jour d’hier quand le triomphe « Alouette-foot » défilait dans la rue Ste-.Cat. Delphis et sa Francine-vendeuse-d’aquarelles sortent d’ici pour retourner à leur lac proche de Lachute. Mon aquarelle du Jésus saignant, « pas vendable » dixit F., m’est revenue. Je la garderai en souvenir de cet été 2002 à barbouiller pour « La Maisonnette » de Soeur Gagnon.
Téléphone hier, Chemin Bates, l’ex-reporter et puis relationniste, Marcel Brouillard:  » Claude ? J’ai lu ton « À coeur de jour ». Oh ! Premier écho. Pis Marcel ?  » Tu es comme un frère tant j’étais d’accord avec toutes tes opinions. Un frère ! » Content de constater qu’un tel journal sert à cela aussi: confronter (ou non) ses humeurs, ses sentiments, ses émotions et les polémiques… avec un autre, celui qui les publie.  » Moi je pourrais pas faire ça, je saurais pas… Ça m’a fait du bien de trouver toute cette concordance, Claude ».
2-
Mon Marcogendre au téléphone, je lui parle du maudit charivari de mon ordi et il persifle: « Ah , c’est ça le i-mac  » ! Oh lui ! Vu hier un docu sur le navigateur-courseur Rouch, « Perdu en mer ». Toujours étonné de voir des hommes, mûrs, risquer tant pour ces courses de voiliers. Risquer la mort ! Sportifs inimaginables pour le sédentaire bonhomme que je suis. J’achève le brûlot « Larose n’est pas… » Deux textes (vers la fin de ce mince bouquin) de Jean-Claude Germain m’épatent. Un ex-dramaturge qui sait fesser ‹sur la peur de s’affirmer‹ et avec brio, politiquement fort bien armé. Chapeau !

Sheil-drapeau-Cops verse de l’argent public via Patrimoine-Canada à des éditeurs qui ont imprimé ces livres (très illustrés) subventionnés en Chine. Ou aux USA. Ça gueule en Chambre des..communes ! À Ottawa Doris Boivin, tête de fouine bureaucratisée, rétorque: « Quoi ? Pourvu que ça soit de succès » ! À Québec (Sodec), Louis Dubé, tête de fouine aussi, se défend: « Pourvu que ces livres fonctionnent bien en librairies ». Non mais…
Dans notre cour arrière, le chantier évolue, Chemin Bates. Très puissant portrait des travaux modernes. Impressionnantes structures, Aile et moi regrettons de n’avoir pas pris des photos de ce work in progress. On ditrat d’énormes sculptures éphémères de Christo. L’enveloppement (toiles de plastique opaques) de ces murets, de ces fondations de béton, fait un paysage troublant. Le soir, c’est encore impressionnant quand nous rentrons (de La Moulerie hier) : silhouettes inquiétantes, écorchements austères dans la nature éventrée, éclairage de sécurité avec ombres des arêtes de fer, graphisme violent de tiges d’acier agressives, ce building en élévation constante. « Et plus de soleil le matin quand ce sera tout dressé », se plaint Aile ! Eh !
Dans Hochelaga on se plaint du déménagement d’une structure riopellienne oubliée, abandonnée, mise dans un recoin anonyme derrière le Stade O., que l’on déménage au centre-ville. J’aurais voulu voir cet ouvrage, je n’ai vu que des photos. Pas bien certain d’un bon et solide Riopelle. Bof, on va y paquer des jardinets, du feu permanent, de jolies fontaines, ça devrait bien paraître. Maquillage ? Suis allé, mardi, chercher mon oreillette neuve rue Fleury. 2,300 $ Aïe ! Là, je vais vous entendre 10 sur 10 ! La jeune prothésiste: « Oui, il fallu la refaire, ils (ce « ils ») avaient coulé trop de plastique dans le moule fait ici de votre creux d’oreille… » Hum…Ouen, ouen !
3-
Après ma chère bavette saignante aux oignons de La Moulerie, appel chez ma fille:  » Écoute, pour Noël, au lieu de cette déchiqueteuse offerte …Aile et moi n’avons que deux vieilles serviettes de plage, usées à la trame, alors.. Éliane:  » Ouin, à ce temps-ci de l’année… bon, je vais chercher papa  » ! Appel de mon « ex » « Leméac éditeur » hier midi: « Un éditeur anglo de manuels scolaires, à Toronto, veut un extrait de votre roman « Le loup de Brunswick city », on peut lui dire « oui » ? J’en profite: » Si vous pouviez me dénicher un éditeur à Toronto, j’ai une bonne traduction en anglais de ce « Loup ». Elle: « Ah oui ? On a des contacts là-bas. Je vais voir. Je vous reviens ». Le compagnon de Carole-Sommet-Bleu a fait ce travail, Paul Paltakis. Il va être content.
Téléphone tantôt de la Marie-Tous-Les-Matins:  » Notez bien cela m’sieu du Jasmin: trois topos à préparer pour enregistrer d’avance. Les 6 ( mes bonbons en ménagerie), 13 (un conte de Noël avec enfants en studio et 17, ( un party des fêtes). C’est bien noté. Elle ajoute: « Pour mardi prochain, table ronde avec deux actrices grands-mères: discussion sur ce que « peut » et « doit » faire une mamie. Ou un papi. D’accord » ? Je suis d’accord.
4-
Mercredi visite impromptue au chalet de deux voisins, Jean–Paul et Maurice. Ils viennent nous sonder: pour ou contre la fermeture, la vente, du Parc Grignon, en bas sur la 117. Moi…je balance. Avec l’argent la municipalité va installer un parc tout neuf ‹à l’emplacement de l’ex-hôtel Montclair, j’en ai parlé‹ en haut de la côte Morin. Jean-Paul:  » En bas, c’est plein de jeunes poucheurs de drogues « . Aile:  » Pis ? Quoi, ils vont montrer en haut, c’est tout « . Je grimpe à ma salle à clavier, après tout c’est Aile la proprio du domaine ici, non ? Aile est ‘ »contre » l’installation du gros marché Métro dans ce parc vendu: « Déjà cette 117 est bloquée sans cesse, non  » ? Ça grogne chez les deux mâles. Je rigole. Débat en bas.
Tremblay ne pîpé pas un seul mot. On va faire un film en anglais de ses fameuses « belle soeurs » mais ce sera dans un tout autre monde., À Stéphanie Bérubé Michel a parlé de ma « Germaine » qui est allé pleuré en France et en Espagne. « Ça a donné de très bons résultats « , dit-il. Il a raison. Il sait les changements. Il s’en fiche., Il veut voir son histoire traverser les paramètres du Plateau pauvre des années 50. Il faut bien. En effet, on va bien voir…à la condition qu’on ne démantibule pas complètement son oeuvre tout de même. C’est à suive, à voir.
5-
Nat Pétro, une envie subite ?, refait surgir l’horrible drame familial d’un fils de juge, d’un petit-fils de pionnier valeureux: Alain Montpetit, frère de l’animatrice Francine Montpetit, ex-épouse de Gérard Poirier. Ce Alain se tuait, drogues ! Il est enfin accusé ‹on vient de refermer le dossier à la police new-yorkaise, une fille-témoin a fini par avouer qu’elle avait menti pour protéger ce Alain‹ du meurtre d’une jolie mannequin québécoise à New-York, il y a très longtemps. C’est une histoire qui illustre bien d’ex-colonisés, de ce pitoyable petit monde des « jeunes aspirants candides à la gloire ». D’une grande tristesse. Combien sont-ils, Québécois rêveurs, en ce moment même, à espérer la célébrité, talents mal taillés qui attendent dans des appartements minables que Dieu-Manhattan ouvre ses grands bras dodus ? Plusieurs sans doute qui se joignent à tous ces « chercheurs de carrière » venus des quatre horizons des États-Unis. Une armée de floués…peu d’élus. Si peu.
Dimanche la « une » à Joyce Carol Oates (USA) , par Nat Connard, dans La Presse quand viennent de paraître des dizaines de nouveaux romans ici depuis le Salon du livre et avant. Mépris. Le racisme inverti se poursuit ! Miss Oates cherche ses racines (Hon !) dans ce « I’ll take you there », Collard écrit: « les critiques (là-bas) sont loin d’être dithyrambiques… » Quoi ? C’est assez bon pour la « une » du cahier-livres au Québec, c’est ça ?
Dany Laferrière, nouveau chroniqueur en cahier- spectacles (?) (La Presse) déménage à Montréal. « La vie dans un camion « , dit-il. Oui, un « truck » qui n’arrive pas vite, il attend… sa vie miamienne (Fla) tassée dans une boîte montée sur quatre roues. Même canard, Céline Tessier (de Trois-Rivières) :  » Nous sommes ce que le regard des autres fait de nous « . Elle dit aussi que les mots tuent (sartrienne ?). Vrai et faux à la fois. Personne n’est obligé de rester sous une lumière défavorable, désavantageuse. Ni sous la pluie des mots blessants. Il faut rompre parfois. S’éloigner de ce regard humiliant d’un autre… qui nous rapetisse. Je l’ai fait souvent. Cette Céline trifluvienne recommande « la tolérance », moi, je recommande « la fuite » alors et vite hein !Ceux qui restent là, écrasés, sont des masochistes.
6-
C’est Louise Beaudoin qui a raison. Elle n’éprouve aucune surprise et n’est point scandalisée face à ce Canada « english only » , partout même en stade de foot. Faire la même chose: cesser les Ô CANADA en anglais au Québec. Il y a deux nations, c’est tout. Il faut être des cons ‹comme Trudeau‹ pour s’imaginer bilinguiser tout un continent, allons. Ceux qui grimpèrent aux rideaux dans le « west country » sont de pathétiques rêveurs. À propos de PET, bien faite la série sur lui à la CiBiCi. Bien menée. Fameux talent. Chapeau.
Mémère Simone Cousteau, vraie dirigeante du fameux « Calypso », l’océanographe célèbre, regretterait à présent la négligence de sa famille. Trop tard ! « Les intouchables » publie un livre sur cette « Âme de la Calypso » et Robert Laplante raconte la grand-mère racontée. « Elle regrette d’avoir sacrifié sa famille au profit de sa passion  » Eh ! Grandie au Japon, ancrée maintenant à Monaco, la mémée pleure. Bien content de n’avoir pas vécu une telle passion au détriment des miens. Tant pis, la passion finit en remords, on le sait trop. On pourrait nommer des noms fameux installés sur des ruines lamentables qui ravagent « les fieffés passionnés » devenus vieux.
Une jeune chanteuse, haïtienne adoptée ici, ne voulait rien savoir de ses origines. Bizarre ? Non. Il y en a. Malaise curieux. Préférer ne rien savoir. Mélanie Renaud, bien jolie, talentueuse (vue au Grand blond et au Gala-Sdic), parle volontiers de religion, a même une médaille de Saint-Joseph (offerte par une amie). Porte bonheur, fétiche, paganisme ?, nous serions surpris de savoir chez tant d’artistes de variétés de ces croyances candides. Longtemps scénographe de télé dans ce milieu, j’ai pu obtenir des confidences ‹sur le sujet‹ fort étonnantes. Elle a refusé carrément l’idée d’un prêtre en ombre persistante dans un clip-vidéo « car il y jouait un rôle ambigu. Eh b’en voilà ce que c’est que d’avoir du caractère. Bravo !
Le vieux Faust voulait rajeunir, on le sait, et signait un pacte avec le diable.
Anna Prucnal, actrice et chanteuse, dit qu’elle a toujours 12 ans ! Pouvoir stopper le temps, songe-t-elle. Eh !
Le temps ne me fait plus peur. Jeune, j’ai oublié d’y penser. Devenu vieux, je fais face à l’échéance. Et…en attendant… je descend pour la bouffe du soir. Oh vie suspend…tout ce que tu voudras !

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