Le vendredi 29 novembre 2002

1-
La belle neige, immaculée conception céleste, partout ce matin ! Ai perdu mon trousseau de clés ! Quand ? Où ? Je fouille partout. Merdre ! Robert Sansfaçon du DEV me fait comprendre que les permanents du canard détestent les pigistes, ces « voleurs d’espaces » que l’on chicane tant. .. Le dit pas aussi clairement. Mais je connais bien la situation. Partout où j’ai sévi (« le gars qui a un papier « libre », à humeurs, sans devoir s’asseoir de jours au journal !) j’ai senti cette…jalousie. Il me dit aussi « pas d’argent ». Je devine bien. Tant pis, le lectorat de l’avenue de Bleury se passera de mes lignes géniales, n’est-ce pas ? Il termine avec un mince espoir… « si jamais, un jour… » Ouen, ouen !
Le Salon du livre de l’Abitibi me veut. J’irai. Je voudrais revoir cette belle et austère province québécoise. L’hebdo « Accès.. » parlera de mon « À coeur de jour », en ai la promesse. Bien. Je ramasse des notes, fait un plan vague pour mon « Exilé, Ernesto ». Le ferais-je ? « Je suis parfois enceinte… » comme dit un topo pour la série « TABLO » annoncant mon passage pour cette semaine à ARTV.
2-
Carole-sommet-bleu n’est pas revenue ici ce matin comme promis, je suis sans « Wordl machin ». Promesse non tenue. La soeur de ma bru bosse comme une négrese (hon !) ces temps-ci. Contrats variés pour cette ordinophile échevelée ! Je lis dans mes deux magazines d’Histoire: j’en apprends. Sur le bouddhisme. Ouash ! Fatras (pseudo-philosophiques) semblable aux religions en titraillements. Les commentateurs expliquant (savamment ?) les premiers gestes du père fondateur. Oh ce Jésus…qui n’a pas écrit, lui, une seule ligne, hors ses barbots dans le sable face à la femme adultère…qu’on allait lapider (salut Nigéria !). Jésus qui ne voulait pas fonder une religion, lui. Le divin Bouddha malmené est exilé (sa pensée, très commentée ) en Indochine, en Chine, au Japon, et …en Californie plus tard, au Québec comme en France, mis à mille sauces.
Lecture aussi sur la Renaissance dans ces magazines de vulgarisation. Bonnes critiques sur des enflammés de cette époque. Lire c’est s’instruure. Sur Napoléon.
Sur tant d’autres sujets, « pas hot », mieux, toujours d’actualité tant la planète est le sujet des gloses le plus diverses. Longs et fascinants articles sur les Protestants, sur Luther et sur Calvin. Je garderai tout cela pour la branche-Barrière, convertie aux baptistes évangéliques, virage dont j’apprcie soivent les bienfaits et qui me donne même parfois la nostalgie d’une église, d’une quoi, d’un lieu de rassemblement commun, de paretage d’une…foi. Je ne serai jamais un vrai mécréant ? Ce projet de roman, justement, me fera plonger dans ce monde: vertu, dévouement total, mission, interrogations sur être ou avoir. Le grand âge venu, ambition de laisser un livre important…un bouquin pour faire réfléchir (moi, le premier). On verra bien.
3-
André Pratte à La Presse est un chien. C’est Alain Dubuc qui le dit. Hier. À McGill. Lisez, verbatin: « À l’intérieur de la page éditoriale (…) l’influence du patron (propriétaire) se manifeste « . ? Clair non ? Relire « Le chien et le loup » de Lafontaine. Sur la liberté mais « avec collier ». Pratte en page éditoriale est un chien. Je suis un loup. Sans espace public populaire pour m’exprimer et influencer. Ah ! Pas de braillage, c’est le sort du loup. Ta gueule et… « il court encore », dit le fabuliste. Je cours. En liberté totale.
Oh le beau et bon film d’une cinéaste douée hier soir au « Pine » en bas de la côte Morin. « Comment j’ai tué mon père », un récit fascinant. Michel Bouquet en père dénaturé y est éblouissant. Aile les larmes aux yeux. Trempes les miens. Effrayante rencontre entre un jeune gérontologue à grand succès, avec clinique florissante et splendide domaine à Versailles, proche de Paris, et ce papa revenant, fantôme. Le père qui, soudain, fuyait ses responsabilités…en ex-colonie africaine. Qui est revenu en France les mains vides, voir ce fils abandonné. Il a été chassé par les émeutiers en chamailles tribales là-bas. Face à face troublant. Des cris à la fin. Quelques répliques consistantes, impitoyables dans ces pitoyables retrouvailles. L’excellent cinéma d’auteure.
4-
Ma Francine, ici hier, avec des potinages fous. Une « échappeuse de noms » (names droper) forcenée ! À l’entendre X, ce pieux preacher (radio de soir, etc) n’est qu’un fumiste, un vil imposteur, amateur d’orgies, de bacchanales « raspoutiennes ». Mythomanie, probablement. J’en connais de ces divulgueurs de « vie privée », ils répandent et agrandissent des légendes urbaines folichonnes. Me méfier chaque fois car il m’est arrivé d’avoir pu vérifier certains bobards ‹sur l’animateur Giguère par exemple avec qui j’ai travaillé longtemps‹ et de constater des inventions absolument niaises. On veut quoi, se montrer intéressant ? L’on craint n’être pas assez captivant soi-même et l’on sombre alors dans le bavardage mondain ‹et diffamateur‹ éhonté.
À la télé hier soir, zappinage, « Trudeau » la suite, RDI, T.Q, « Le septième », un bon docu: sur les « junketts », ces patentes alléchantes payés par les firmes de cinéma riches. Bilets d’avion offerts pour rencontrer une vedette à Los Angeles, par exemple. Les participants se défendent. Bien parfois, bien mal aussi. Une certaine gêne. Isabelle Massé troublée par des questions d’éthique. La jolie Miss Diaz-nez-bouché aussi, il me semblait. Le reporter et critique Daniel Roux, si vieilli, tous, montrés en collabos pas toujours embarrassés. Ce Rioux (souvenir) je l’avais toisé vertement un jour ‹à mon micro de CJMS‹ à propos justement de ces ententes louches. Enragé, il m’avait viré raidement. Seule la vérité blesse ? Le voilà devenu plus prudent si j’en crois sa méfiance actuelle face aux « acheteurs » de chroniqueurs ‹logés, nourris, voyagés gratuitement.
5-
À Historia: le New-York de jadis bien raconté. Le temps de la Crise. Le « new deal » de Roosevelt.Le fameux urbaniste Robert Moose, qui va unifier New-York joignant le Bronx, Queen et Long Island avec ponts et tunnels nouveaux. Des cimenteries s’installent partout. Des jobs enfin pour les mal-pris. 180 millions de dollars (du temps) qui rouleront. Harlem qui éclatera, premiers émeutiers, bien avant les conflits du temps de Kennedy et de L.B. Johnson. Un personnage grouillant, visionnaire, un tribun habile, avec ses audaces, ses visions modernistes: de nouveaux parcs, un « périphérique » sur les berges de l’Hudson enfin nettoyées ‹comme Paris beaucoup plus tard. Le maire La Guardia, méprisant le populo, très jaloux de ce développeur inouï. Des images de ces années ’30 sur films en noir et blanc. L’Expo universelle de 1939 dans Central Park. Pavillons futuristes comme ici, en 1967.
Immense pavillon de G.M. prévoyant (maquettes futuristes en animation ) une cité sans plus aucun piéton, avec plein d’automobiles dans des corridors multiples partout, autoroutes urbaines à dix voies ! Une mégapole sur roues, bien remplie de véhicules: drôle l’égocentrique vision futuriste « sauce véhicules ». Un prêche visuel pour la « paroisse G.M. » La guerre qui surgit dès las fin de 1940, qui stoppera ponts, viaducs, tunnels, métros nouveaux …en construction ou sur plans. Tout ces projets fantasques qui figent ! La ferraille de cette expo ramassée pour l’effort de guerre. Quatre ans d’immobilisme.
Enfin, à TV-5, images toujours troublantes du Nunavik, des gens primitifs tiraillés. 4,000 ans de survivance héroïque ! Je ne me lasse pas de cette imagerie arctique si nue ! Une culture âpre, sommaire, us et coutumes de ces Innuits bouleversés par des Blancs qui montent enseigner…le progrès. Fameux documentaire. Ma foi, sans cette télé des canaux spécialisés, où irais-je donc fureter ? Je lirais.
Rencontré mardi un Guy Provost amoché dans le hall de la SRC. Il sort d’une autre opération. « La cariotide cette fois », me dit-il. Il aura 77 ans bientôt. Il m’a semblé si fragile. Oh oui ! Rencontré un de mes éditeurs, Lanctôt, mardi soir, à La Moulerie. Installé dans un recoin du restau avec une jeune beauté. Froid plutôt, a constaté l’amie Marie-Josée à qui je le présente. Bouderie qui dure depuis mon… envolée chez un rival, Beaulieu ? Sais pas. En tous cas, clairement, pas envie de bavarder avec nous trois. Moi qui avait envie de lui parler d’ « Enfant de Villeray » à éditer en poche…Bon, bon.
6-
Aile effrayée, troublée, et moi itou, quand nous regardons, à Tv-5, (« Envoyé spécial ») un reportage sur l’inceste familial. Une fillette qui doit dénoncer son père. Oh ! les ajustements tatillons à faire en cours d’une telle enquête. La police avec des psys spécialisés. On marche sur des oeufs. La crainte d’enfreindre la loi. Ce père dénaturé, dans une salle « à rencontre fatidique », qu’on va piéger. Bête immonde, à la voix qui s’étouffe face à sa fillette, pas loin, qui enfin le dénonce, on met du « bip » sur les paroles crues énoncées « Tu n’as jamais été un papa », criera-t-elle, « c’est ma mère qui est mon père maintenant ». On la voit s’éloigner dans un couloir, sa petite main dans celle de sa psy. L’incestueux ‹ »elle me provoquait en dansant nue devant moi »‹ tremblant de peur trop tard, aux aguets, il frémit, sachant bien qu’il aura 20 ans de prison au bout de ce chemin tortueux « de faire la preuve ». Une émission fascinante.
7-
Chez Arcand en direct (TVA) : Yvon Deschamps et Lise Dion, franche et naturelle toujours. On cause « argent vite gagné (par millions) quand on vient d’un milieu pauvre ». Formidables aveux de nos deux populaires humoristes alors qu’Aile et moi nous nous attendions à une émission ennuyeuse. Oh non ! Deschamps:  » Des pauvres oui , mais il y avait dans mon coin de Saint-Henri toute la parenté, des cousins et cousines par dizaines donc une sorte de chaleur humaine. Le clan ». Il dit aussi: »C’est curieux, ma belle maison à Westmount se trouve juste en vis à vis avec ma petite rue d’en bas du Mont-Royal. Juste en ligne droite  » ! Il dira encore: « il y avait pire que nous, la vraie misère, une famille voisine habitant dans un garage, un hangar quoi ». « Je suis un vieux millionnaire de gauche » car il avoue ne jamais arriver à se vivre en riche. a fait une crise. Ne sachant plus qui il est. S’achetant une moto, jouant à être « autre chose », N’arrivant pas à s’adapter à sa richesse nouvelle.
Lise Dion est de même farine, parle de sa mère en pavure et toujours fatiguée « femme de ménage ». Sa honte. À l’épicerie, au comptoir, devoir soudainement éloigner des ingrédients trop chers. Parle aussi de « pire: « J’ allais porter des biscuits de ma mère à des miséreux du quartier ». Humiliée à son tour: elle fut mère monoparentale, deux enfants à élever, pauvre serveuse de café. La reproduction fatale ? Non. Destin ? Son soudain succès « à faire rire ». Phénoménal. L’argent à flots. Oui, on se trompait: un trente minutes trop court, extrêmement captivant.
8-
Après le lunch tantôt, suis sorti. À quatre pattes dans la neige ‹qui tombe toujours abondante‹ sonder les abords des trottoirs de bois. Espoir farouche de retrouver mon trousseau de clés. Aile se creuse les méninges: savoir quand, exactement, ces clés disparurent. Où ? Je cherche, je récapitule les moments des deux derniers jours. On fait toujours ça, non ? Puis: plus du tout certain de rien, c’est classique. Avais-je mes clés quand on a quitté le studio du Chemin Bates jeudi midi ? Ah ! Suis-je allé aux journaux hier matin avec mes clés ou celles d’Aile ? Ah ! À l’école hôtelière avant-hier… Ouash ! Casse-tête. Sais plus trop. Enfer ! C’est rien les attentats d’hier au Kenya… Fou non ? On perd ses clés (ses cartes de crédit, ceci ou cela) et nous voilà à l’envers. Comme si on nous avait trouvé un cancer ! Ridicules petits bourgeois occidentaux. Des clés, ça se refait. Les « amputés de guerre » me les enverront par la poste, non ? Je veux me calmer.

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