Le mercredi 13 novembre 2002

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IL Y AURA DONC UN HEBDO JASMIN SUR LE (notre) SITE dès la mi-décembre ! :
Le titre (une trouvaille !)
« POING COMME NET »

1-
Reviens d’ «encore » quatre jours loin du clavier, du cher journal. Un mercredi bien gris. Ciel d’une chétive lumière novembrienne. 20 courriels (au diable le mot Mel) et devoir y répondre au moins brièvement. Bonne chaleur venue de tous ces « bons vœux » pour mon anniversaire de naissance. Tantôt au téléphone le jeune Beau-soleil bien « ennuagé », lui. Poursuite de 60,000 tomates au bout du nez. Semble se chercher des appuis, des défenseurs. Lui ai dit qu’on ne peut mettre sous copyright une idée, hélas. Mais qu’il se trouve vraiment bafoué et qu’éthiquement il a mille fois raison.
Il avait « parti » (édité aux « Intouchables ») les folleries « verbachimes » du Chrétien qui ne parle aucune des deux langues officielles. 50,000 copies ! Le jeune Beausoleil trouvait que deux livres, c’était assez. Mais on a voulu presser le citron. Brûlé et puis Lanctôt font fi de « son sens de la mesure » et, sous d’autres signatures, publient un tome 3. C’est très triste chez des gens de livres. Mercantilisme fréquent en ce domaine ? Ça arrive, oui. L’idéateur a fait publier une bonne lettre de colère. D’indignation. Les avocats ripostent donc ! Bon, je lui ferai « une lettre ouverte », n’ayant aucune chronique (Le Devoir ne répond pas ). Qui sera publiée ? Ça…
2-
Ce matin donc remontée en Laurentie. Gros petit-déj au « Petit poucet » de Val David, un ogre : deux foetus de poule, au miroir, mes chères bines, leur bonne confiture aux fraises, le pain de fesse…Yam ! Nous irons aux injections anti-grippes tantôt. Vendredi après-midi (et en soirée) qui vient :aller m’installer en kiosque (Trois-Pistoles éditions) Place Bonaventure. Le Salon aux 700 auteurs ! Hum !
Je me suis fait des copies de certains messages reçus. Y répondre au plus vite ? Énervé, je refuse des invitations (à conférencer) ici et là. Ma peur de dire « oui » et de décevoir ensuite. Débordement. Hier soir, le « Groupe des six », bonne bouffe au « Petit italien » de la rue Bernard. Tour de table longuet sur les coiffures par ces dames. André (Dubois) et moi :attentifs et sourires au bec ! Autre tour de table sur les bobos de nos compagnes. Longuet. Voilà mon « Grand sec d’Orléans » vantant le Mario Dumont. Tout pour nos faire enrager. On ne mord pas et il est déçu.
Ring, ring ! C’est la Francine L. de mes aquarelles-à-vendre. Pas en bonne santé du tout. Reviens d’une semaine chez… Castro. Éblouie ! « Mer si verte, mon cher ». Me recommande un hôtel choisie avec bonheur— « six piscines » Claude !— viendra dans dix jours nous visiter. Me rapportera l’invendue bannière de procession de Fête-Dieu, celle au Christ ultra-saignant. Bien.
3-
Dimanche midi le très bon poulet « de sa recette » chez ma fille, Éliane, rue Chambord. Mes cinq ex-gamins, devenus de grands jeunes hommes, à mes côtés. Le bonheur ! Chandelles soufflés d’un seul coup. Vœu exaucé donc. Que Dieu me prête vie encore longtemps. Danier, mon fils, en bonne forme. Un petit peu triste :son chien Zoé resté (ordre d’Éliane !) à la maison. Remise de mon « À coeur de jour ». Rituel annuel au fond ! Me rendrais-je à 100 bouquins avant de lever les pattes !
Vu le « 24 poses » à la télé de ARTV. Effrayant portrait (en 24 poses) d’un pauvre petut monde sans horizon généreux. Réalisme qui blesse. Vérité crue qui me remue toujours. Le désastre des « gens heureux de si peu » ! Avec un moret dans la cave à la fin de ces dialogues de crétins. Oh la la ! Une dramaturgie « d’icitte » et pourtant pas si éloignée de celle des grands Russes. Les âmes en peine.
Dany Laferrière (il a une couverture de presse fantastique en ayant simplement rajouté 120 pages à un livre ancien ) chez Bazzo à Cbf.fm. Il dira : « Si la princesse Diana, morte dans cet accident, avait aussi tué, dans sa rutilante voiture, un magrhébin de Paris, elle devenait un monstre effroyable de sa Jet Set ». Vrai. Un fil sépare l’héroïnisation et la diabolisation. Le hasard. Il parle de la Monica à Bill Clnton. Il dit des choses étonnantes. Ah si on invitait parfois un écrivain aux actualités ! Mais non. Chacun son ghetto. Sur le 11 septembre, Dany dit : « l’Événemenmt important c’est le Proche-Orient depuis 30 ans, pas le 11 seulement ». Si vrai. Mais (contradictoire) il dit aussi que les actualités (politiques ou autres) ne l’intéressent pas vraiment ! Bizarre affirmation.
J’ai lu (où, où ?) que tous ces Cubains anti-Castro, se sauvant aux USA et faisant du démarchage pour faire durer l’embargo, sont d’ex-riches capitalistes cubains bien nostalgiques du bon vieux bordel antillais. Que Castro les a connus aux « écoles de petits bourgeois » de sa jeunesse. Que c’est ce vieux combat qui dure toujours. Que le pauvre peuple de Cuba doit payer les frais de cette antique « chicane de classes » du leur Leader Maximo. Horreur non ?
Laferrière parle de son retour de deuxième exil : Miami. Il va affronter l’hiver qu’il n’acceptait plus.
Émile Ollivier ( originaire aussi de Haïti) meurt dimanche dans la nuit. Crise cardiaque. Je l’avais un peu connu. Sobre, grand seigneur, prof instruit, rien du genre « cabotin joyeux » de Dany. Il a bien parlé du malheur d’être apatride. Disant —pas verbatim— qu’un exilé ne revenait jamais, jamais, de sa patrie originaire. Eh oui ! Et plein de monde autour qui ne supportent pas que nous parlions de la patrie que nous n’avons pas eu le malheur de devoir quitter. Ah ces déracineurs volontaires !
UnMardi, hier, je veux faire un petit tour chez Daniel, or, en roulant, distrait —je songeais à mon topo à livrer pour Chicoutimi-Radio— j’oublie sa rue Legendre et me retrouve à… Jarry sur Christophe-Colombn ! Bon. J’irai boire un café rue Henri-Julien à l’ombre de ma vielle église Sainte-Cécile. « L’Ambiance » —ex-snack-bar où on allait siroter un Coca-Cola, la messe trop longue— est un sympathique joli café. Deux jeunes filles écrivent, studieuses, sur des cahiers lignés. Romans à venir ?
Je lis un vieux « Voir ». Puis, je revois l’école de ma jeunesse rue De Gaspé. Cour d’école avec plein d’enfants d’immigrants, des gamins Noirs nombreux, pas un seul dans mon temps !, le site des Sourds et muets, rue Saint-Laurent, l’ex-Gare Jean-Talon… mon passé enfui quoi, et je rentre Chemin Bates.
Revenant de chez mon prothésistes à oreillettes, rue Fleury, arrêt chez Éliane, mardi : pas un chat ! J’ai la clé, besoin de pipi. Je monte voir les chambres…Oh misère ! Le carphanaüm habituel. Les portes se bloquent sur les fatras. J’admire l’aquarium géant du benjamin Gabriel : joliesse de ces eaux vertes à poissons rouges…et bleus !
Incroyable, mon amerloque grognon, Tod, sur un Mel. Popr marquer mon anniversaire, encore une fois, il me traîne dans la boue. Ça le démangeait ? Genre : « Falardeau, lui, pas un vendu, n’obtiendrait jamais une chronique au Devoir. Si vous l’avez, Jasmin, comprenez » !
Bien, j’ai compris que je ne suis pas un vendu car je suis assez certain de ne pas l’avoir !
Laferrière, lui, a annoncé chez Bazzo qu’il chroniquera régulièrement à « La Presse », le chanceux. Non mais quel « vendu » hen ? D.L. a dit que les sujets n’ont aucune importance dans les bouquins « que seul le style » restera …ou pas ! Drôle, je le voyais pas du tout en styliste appliqué. Cela, le talent ? Dany a vanté et « l’ambiguïté essentielle » et les contrats avec les gens. Il déplore ce Réjean Ducharme invisible, secret, réfugié loin du monde ! J’ai toujours aimé placoter avec lui (salons du livre), ce bon géant Noir est plein d’humour (chez Marc Labèche il fut cocasse), a un esprit caustique et souvent désarmant. Soudain il dit : « je déteste farouchement la familiarité. Parce qu’on aime ce que vous écrivez , on se croit tout permis. Il faut garder des distances sinon il n’y a plus vraie sincérité ». Je sais ce qu’il a voulu dire. Il y a des gens sans jugement là-dessus. Je l’aime et je ne serai pas trop familier avec lui, promis.
4-
Oh, courriel nouveau : promesse de Guy L. à CKAC. On me veut chez Paul Arcand le 20 décembre au matin pour « mon » rituel conte de Noël. Je sais déjà ce que je raconterai.
J’étais encore dans un cimetière lundi matin. Pas mal plus vaste que celui des Jasmin à Saint-Laurent. La SSJB de Montréal veut désormais joindre, à sa façon, le Jour du Souvenir, le 11 novembre quoi. Ne plus laisser aux fédérats seulement ce rappel de nos soldats morts outre-mer.
C’est correct. Il fallait entendre mon président Guy Bouthiller —excellent prof d’Arcand, il me l’a dit, en sciences-politiques jadis— faire un étonnant raccordement : si le Canada de 1942-43 avait été nazifié, il n’y aurait plus eu « d’indépendance du Canada » et, partant, cette idée d’un Québec indépendant n’aurait pu naître et croître comme elle a cru. Vive donc nos braves vétérans !
J’applaudissais intérieurement cet habile détour stratégique et fort amusaant. Guy parle avec enflure, un min-DeGaulle. J’aime ça. J’aime cette vielle rhétorique à ronrons bien tournés. Si je me retenais pas des fois…j’y recourrais volontiers. La peur du ridicule ? Je devrais pas me retenir.
Au pied d’une grande croix de granit, plein de petits soldats boutonneux, plein d drapeaux au vent, très violent lundi midi, du tambour qui roule, une trompette qui pleure « The last call », de la cornemuse…Mes délices, mon goût des parades comme du temps des « Corps de clairons et tambours » des écoles. Je me sentais bien, redevenu un gamin malgré la pluie, les sentier boueux, les feuilles mortes partout.
Et puis ces vrais vieillards en avant-scène qui me rajeunissaient, à béquilles, à fauteuil roulant, couverts de belles médailles luisantes. J’ai tant voulu ces médailles, écolier ! « Salut…! », me fit Bernard Landry me tendant la main lui qui venait de donner une opinion très actuelle : pas de guerre sans l’aval de l’ONU, jamais la guerre si possible. J’étais fier de mon Premier ministre. Une fillette distribuait des colliers à fleur de lys marquées ‘Je me souviens ». À mon côté, une vieille « kouak » en uniforme kaki, médaillée, fit un « non » vigoureux à la distributrice, « une anglaise « me dis-je. Non, elle causa français avec le fils de feu le célèbre héros (campagne d’Italie), le Général Dollard Ménard, le seul haut-gradé de l’armée « canadian » à inviter, en 1980, les gens à voter « oui » à notre patrie. Il en a payé le prix !
Rigolo d’observer les quatre caméras des quatre réseaux, au coude à coude, bien collées, filmant tous… la même chose !
5-
Un lundi soir formidable. Tout petit restau ( La forchetta rue Laurier, « apporter vot’vin ») loué pour l’anniversaire de l’épouse de feu le fameux comédien Georges Groulx, Lucille Cousineau, « fille » du père Legault. 80 ans et en forme splendide ! Vint-cinq convives —dont l’amie Françoise Faucher, Hughette Oligny, Gilles Pelletier, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, etc.— qui font de joyeux drilles. Piano loué, vieilles chansons françaises —reprises en chœur tonitruant— des fleurs en vingt bouquets différents, de brèves adresses. Que de rires joyeux ! Un souper hors du commun. Reconduisant Lucille à son chic « Sanctuaire », au bout de la rue Lajoie, Aile et moi avons les bras « fleuris » surchargés. Le concierge tout étonné de tant de bouquets veut actionner deux ascenseurs !
Le lendemain —gras « osso bouco », vin rouge de trop— pas trop en forme pour aller jaser « racines » à « Tous les matins », croyez-moi. La maquilleuse : « Vous avez les yeux petits à matin ! » Moi : « Oui, agrandissez-les moi sioupla ! »
6-
Samedi soir dernier, fameux film à Télé-Q. « Magnolia », signé Paul-Thomas Anderson, trois heures au moins. Du vrai Altman, avec du chassé-croisé étonnant, des liens qui se tissent peu à peu. À la fin, réunion étonnante d’un lot de protagonistes. Je reverrais volontiers ce film. Le louer un jour au vidéo-club du coin. En conclusion de tant de misères humaines, soudain, une pluie de…grenouilles. L’effet visuel est effroyable. Plaie d’Égypte en Californie ! Ah oui, ce « Magnolia » , classé « chef d’œuvre » exagérément reste un film vraiment hors de l’ordinaire. Et pas de ces pubs maudites aux huit minutes ! Youopi !
Dimanche, Daniel Marleau, se fait volontiers mon vaillant consolateur (ma tristesse de samedi quand je ne déniche pas une seule ligne dans les cahiers des gazettes-livres pour annoncer la sortie du tome 1 de mon journal). Celui-là, envie de le nommer Président —à vie— de mon fan-club…qui ne compterait qu’un membre, lui, Marleau.
Retour de l’École-Bouffe. J’y suis allé cum pedibus. Quatre rues…mais souffle court. Que des gâteaux ! Pris une tarte pas trop sucrée. Aile ne dit rien. Hâte de descendre à « son » souper et… au dessert ! Je suis en manque. Descendons. On ferme ! On ferme !

Le samedi 9 novembre 2002

1-
Quatre jolis canards nagent ce midi sur le lac…ils glissent vers mon faux canard au bout du quai. Leurre fatal ? Du bleu poudré au firmament. Je regarde un plein pot rempli de bille multicolores sur une commode devant moi. Fou d’avoir tant aimé les « smokes », enfant ? « All that glitters is not gold » tout ce qui brille…, chantonnait-on jadis !
Hier soir, en ville, théâtre classique, rue Sainte-Catherine à l’est de Pie IX. Marquise lumineuse venue du temps que « Denise-Pelletier » était un cinoche de quartier. Petite foule dehors. On fume Aile et moi avant d’entrer. Je songeais aux marquises illuminées du Château, du Rivoli, mon coin de rue aux ampoules clignotantes, virevoltantes, de ma jeunesse. Mon ex-camarade radiocanadien (réalisateur de mon « Procès devant juge seul »), Richard Martin, pris du cœur, s’amènera tout lentement avec Élysabeth Chouvalydsé, sa compagne , vue au « Go », dans un bon Tardieu l’an dernier. Causerie avec réminiscences obligatoires. Nostalgia maudite ! Aile a mis notre bouquet de fleurs (à Dame Faucher) dans les mains du gérant pour qu’il l’apporte en coulisses.
Chagnon —et non Gagnon comme j’ai mis hier— s’est démené sur la scène : un Alceste noir. Courbé. À la diction pas assez claire pour moi, le demi-sourd. Malgré mes prothèses, ai perdu 75 % du dialogue moliéresque. Je regadais la mise en scène de Françoise, le beau décor. Maudit handicap du diable ! Bientôt, ne plus pouvoir qu’aller aux théâtres des petites salles intimes ! « Ayez pitié de l’homme qui a peur « chantait Rivard. Ayez pitié de l’homme qui n’entendra plus rien un jour !
Au retour, traversée de Maisonneuve et Hochelaga. La rue Ontario toute décorée de lumignons noellesques. Effort hardi pour dynamiser ce coin de Montréal qui se débat pour ne plus crever. Émouvant débat commercial.
2-
Appel hier : un gars de radio à Chicoutimi (SRC) prépare des émissions sur les anciens « enfants de choeur ». Bonne idée, je trouve. Il me questionne, je lui raconte mon plaisir de « servir » en des décors imposants avec soyutanes et accessoites divers (ô l’encensoir doré !). Il m’écoute amusé et il puis me dit : « Formidable votre témoignage. Cachet minimum de l’Union, on est pas des richards à Chicoutimi (il dit pas « Saguenay » ?) Rendez-vous à Radio-Canada, à Montréal, en studio de radio, après votre « Tous les matins » mardi prochain. J’y serai en soutane pourpre et surplis de dentelles fines, calruron violet, gréements des grandes fêtes !
Autre appel : la directrice dynamique (rencontrée à Rim-Ouski ) d’un mini-salon du livre aux Trois-Pistoles ! Elle me veut dans son village qui est celui de mon nouvel éditeur. J’ai dit « oui »’trop vite. L’agenda revu me montre que je ne peux y être fin-novembre. Je guette son mel pour la… désappointer ! Merdre ! J’aime pas ça. « Je dis « oui » à tous ceux que j’aime… », une chanson.
Élysabeth, la compagne de Martin, rue Sainte-Cahreine où l’on re-fume à l’entracte : « Faut absolument voir, en reprise à ARTV, « L’École des femmes » à Avignon, place des Papes, avec l’acteur Pierre Arditti, un truc génial, génial ». Le vilain tuteur Arnolphe « montré non plus en vieux dégueu dominateur, dit-elle, mais en homme fragile, perdue, désespéré, c’est étonnant ! ». Guetter cela donc.
3-
Vu hier soir, après l’Alceste si enragé face à sa société d’hypocrites complaisants, notre Geneviève Bujold face à Homier-Roy. Ças ne cliquait pas vraiment entre eux. Homier-Roy ramait fort. Bujold avec des « oui, oui », des « non, non », des réponses expédiées vitement. On aurait dit la Dufresne manquant de vocabulaire. Aile : « Peut-être a-t-elle perdue de son français, elle qui vit en Californie depuis si longtemps »? Ça se peut. Entrevue assez plate donc !
Aile bien contente, hier soir, de revoir en cette salle vieillotte réaménagée deux actrices du temps de ses réalisations véellebiennes : « La forgeronne » vélllebesque et Sylvie Tremblay. Me dira : « Deux vraies bonnes « troupers ». Il y avait deux pleins bus de jeunesse étudiante rue Sainte-Catherine pour « Le mysantrope ». Dans la salle, attention sérieuse et, à la fin, cris forts, applaudissements frénétiques de ces écoliers. Bon signe d’avenir !
4-
Ma fête, ce matin : aucune pub (pas une seule ligne agate) pour mon « À cœur de jour » dans les cahiers-livres épais du week-end (le Salon qui vient !). Pas choisi par le lectorat de La Presse dans la liste des 50 écrivains favoris. Pas choisi par Le Devoir dans le tas des consultés avec interview-éclair. Pas même nommé dans l’horaire des séances de « signatures », ni chez « 3-Pistolets », ni chez Lanctôt. Aucun placard pour mon livre frais-imprimé, frais mis en librairies. D’autres « modestes » éditeurs achetaient un peu d’espace. Non, vraiment pas ma fête ce samedi matin. Bof ! Habitué. « Dégage la voie, vieux mononcle » ! Ça ne fait presque plus mal à force…
Retraiter au plus vite de ce monde littéraire !
5-
Loto-Québec, vache au lait douteuse du Trésor national, ré-enligne son tir, ses cibles. On abandonne les « pauvres » : donc moins de machines-bandits un peu partout. On vise les poires riches. Plusse de casinos ! Eh ! Maîte Frigon, PDG, perdra des millions, c’est certain. La morale sortait des gros bâtons. Un recul politique. Les gens « en moyens » n’ont pas le même droit et on va les asticoter avec art. Avec astuces. Bon budget en publicité pour les harponner, vous verrez. Et ces cons de touristes, faut les vider non ?
Quelle surprise, ce matin ! Un écrivain et poète et chanteur populaire, célèbre se retrouve épinglé, malmené, en éditorial. C’est plus que rare. D’habitude on laisse les artistes, ces rêveurs insignifiants, en paix. Or, Gilles Vigneault, vendredi matin, sur deux pages du « Journal de Montréal » (j’ai lu) y allait très raide face au Dumont-Adq virant à droite. Bedang ! On sort son canon de fédérat droitiste et l’André Pratte, stipendié par Power-Gesca-Desmarais-La Presse, tire à boulets rouges sur l’écrivain. Avec citations de Vigneault bien fournies. Oui, c’est rare ! Le titre prattien ? « Mon pays… ce n’est pas le P.Q. »
On vient de voir nos « big shots » s’enfourner dans un club sélect, rue Sherbrooke, pour aller sonder (petit-déjeuner intéressé) les reins du jeune favori de l’heure, Mario. Comique de voir leur refus de jaser avec le reporter alerté —comme de vilains pécheurs entrant au bordel. Le pouvoir nouveau les excite. Le bon peuple (vous et moi) a pu voir ainsi que s’amènent toujours (au pas de course même) les « gens de finances » quand la victoire électorale montre du doigt un nouveau venu. Instructif en diable et vive la démocratie ! L’ADQ voit « sa petite caisse » d’hier grossir comme à vue d’œil !
6-
Le saumon cherche sa source. Plein d’anti-patriotes —déracinés volontaires par racisme inverti— qui recommandent d’enterrer les racines. Parlent de « rétro » nauséabonde en voyant des fiertés normales. Recommandent de regarder en avant seulement. Invité à jaser sur le besoin de généalogie mardi à T.L.M. je causerai sur ce inquiétude inévitable. « D’où viens-tu ? » On voit des immigrants, bien installés ici, qui retournent dans leur pays d’origine, affamés de savoir mieux d’où ils viennent. L’anguille revient de la lointaine mer des Sargasses. Toujours. « Rien de pire que d’être apatride », a dit Dostoievsky. Le brillant Libano-québécois, Mouawad Wouadji en a jasé avec sa pièce « Littoral » dont il va faire un film.
Le nouveau roman —éditeur « Les intouchables »— « La lente découverte de l’étrangeté » du souverainiste (eh oui pauvre Pratte !) Victor Teboul, Québécois depuis 1963, remonte à ses sources, à son tour. Lui aussi ! « Je suis un apatride qui découvre les facettes de mon étrangeté », dit Teboul racontant l’exil d’Egypte, de Tunisie. De Marseille où l’on se battait pour des visas.
7-
Scandale chez les blokes du ROC. L’éditeur québécois Turgeon (« Trait-d’union ») ose publier le témoignage de la complice diabolique du monstre ontarien Bernardo qui a torturé à mort deux adolescentes. Ce « Pacte avec le diable », de Stephen Williams, fut refusé partout en anglais. Après avoir buté sur 12 éditeurs, Williams fit vendre 370,00 copies d’un premier livre —sur Bernardo— titré : « Invisible Darkness ».
La compagne satanique de Bernardo, Karla Homolka, sort de prison (Saint-Anne des Plaines) le 6 juillet 2005 et Williams s’en inquiète fort. Un psychiatre qui l’a soignée (!) lui a dit : « C’est un mystère diagnostique ».
Le Ministre de la justice à Ottawa, malgré les pressions des familles des victimes, vient de déclarer qu’il « n’y aura pas les coordonnées de ces criminels sur registre »…pas avant la nouvelle législation. Projet de loi en décembre ! Karla Homolka est « contre », on peut comprendre celle qui acceptait un « pacte » mortel avec « son diable » de compagnon.
8-
Qui a tué le baseball (et son stade) à Montréal ? Hen, hen ? Répondez bande de morons ! On lit le Jonathan Ké du « National Post » et on a la réponse. C’est nous autres, le 84 % de méchants racistes. Ce J. Ké clairvoyant affirme : « Les séparatistes (du Kouaybec) refusaient de soutenir un sport pratiqué par des Graeme, Masato, Jose, Vladimir… Ils ne veulent que des Guy, Maurice et Yves ». Fin de la citation. On a le droit de rire !
Antoine Robitaille (Le Dev) nous offre une autre occasion de rire : le « Herald » de Halifax est son nid, il se nomme Jim « Meek » (docile in french). Ce Meek cite l’auteur de « Global Soul », Pico Iyer (du Harper’s) : « Le Canada refuse les racines communes, choisit plutôt les croyances communes ». Notre Meek d’y aller : Le Canada est le phare des déracinés, du cosmopolitisme et c’est merveilleux. Cessons de nous chercher une identité « canadian ». Il sort sa liste des célèbres immigrants, y plaque Yann Martel (« Life of Pi ») , « né en Espagne » (vérité accidentelle), Shields (né aux USA), Mistry (né à Bombay), Ondaatje (né au Sri Lanka) Et Bissoondath (né à Trinidad) même si ce dernier dénonçait le multiculturalisme nuisance à l’intégration normale ! Les éloges effrénées du métissage font bien voir l’inconfort de la non-identité des Canadians, c’est bien différent au Québec et cela fait enrager les inconditionnels du multicul trudeauiste.
9-
Un hebdo régional (« Accès ») d’ici héberge volontiers les proses du prof Lauzon. Bravo ! Par exemple, fin octobre, tout un public candide apprenait les horreurs (ave chiffres clairs et dommages anticipés) de la privation calculée de la santé, projet du Mario Dumont —lui attirant les mouches à marde de « Commerce et Industrie Inc. » Un très étonnant hebdo non ? D’habitude simples supports d’annonceurs locaux, ces hebdos sont bien sages, tranquilles. Un fait rare ce « Accès Laurentides » en tous cas.
On peut lire dans « Parutions » que « Boréal » publie « La voie canadienne », ouvrage d’un prof émérite de l’Université Queen. Will Kymlicka argumente : « Il y a au Canada (A) les minorités ethnoculturelles (émigrants), il y a aussi (B) les minoprités nationales et (C) les Premières nations (ceux d’avant la fondation du Canada) ». Clair comme ça ?
Nous voilà donc réduits, une fois de plus, chez ce diplômé de l’Université de Budapest, à une simple minorité parmi tant d’autres, nous, 82 % au moins de la population québécoise. C’est exactement à cela que voulait nous conduire le trudeauisme et tous ses zélotes anti-nationalistes. Nous faire oublier le fait et le mot « nation ». Ça n’a pas fonctionné parfaitement comme on sait. Dès la mort des nationalistes-fascistes (Allemagne, Italie, Japon, France nazifiée, et Cie) , plein de nations se décolonisant revendfiquèrent le beau mot de « nation ». Cela continue encore depuis la chute du fédéralisme atroce nommé URSS. Plein de nouveaux pays s’installèrent à l’ONU. Et nous ? C’est pour quand ? Vigneault disait : »Imitons nos anglos du Québec qui votent « non » à notre patrie, à 98 %, faisons comme eux et nous aurons une patrie. On ne peut mieux dire. Aux endormis, aux inconscients… inutile de vouloir convaincre les intéressés : mercenaires à conforts variés, stipendiés, valets rémunérés.
Reçues de jolies cartes de voeux, mon frère Raynald, mes soeurs… Aussi une lettre stimulante de ce René Jacob qui attend mes illustrations nouvelles pour un livre aux « Lilas », sa maison d’éditions en Beauce. Je vais m’y mettre dès le 9 décembre venu. Le journal quitté.
Demain réunion avec mes enfants, la belle bru Lyn, le dévoué gendre Marco (sans lui, au fond, pas de ce « À coeur de jour ») et de mes chers jeunes cinq mousquetaires (grandis si vite !), rue Chambord. Il y aura 72 chandelles sur le gâteau ? Je les compterai ! Lundi, caucus avec un reporter. Mardi, topo avec Houde-Betrand. Mercredi…annonce de mauvais temps et retour ici où la neige ne fond plus !
Aile : « Mautadit, cette neige persistante, les feuilles mortes impossibles à ramasser et les feuillus pas encore vraiment dépouillés, merde, merde » !
Ma foi, le plaisir du râteau la démange !

Le vendredi 8 novembre 2002

1-
Fin du soleil arctique d’hier, si luisant, ce matin peu de bleu au ciel, bien peu. S’en aller voir le travail de l’amie Françoise Faucher ce soir à « Denise-Pelletier ». Revenir ensuite…ou rester à dormir Chemin Bates ? On verra. Aile surveille notre agenda. Fêtes à venir : chez ma fille, chez Dame Cousineau, chez ma soeur Nicole, au restau italien…Mmm…
Ai encore sorti la brosse, neige tombée cette nuit. L’hiver déjà ? Rallonge au journal : j’ai vu qu’il débutait le 9 décembre, je ferai donc huit jours de décembre. Aile l’a lu. Pas déçue. Craignait des indiscrétions ? Bof ! Y a vu un tas de coquilles, les miennes, nombreuses, et celles de la révision qui s’ajoutent. Inévitables ces erreurs. Ai l’habitude.
Fringale de diariste ? Sorte de deuil à venir ? J’aimais bien jaser ad lib ici…Possibles, ces regrets inconscients. Pas d’écho à ma demande de chroniquer au Devoir. Bof ! Peu d’espoir en réalité. Je songe maintenant à l’hebdo d’ici « Accès ». On verra. Ou bien…me taire une bonne fois. Et aquarelliser en paix. Et lire encore davantage ! Mystère de constater que Le Devoir ne publie pas mon texte sur les ruines de Cochin à installer à Larouche, Saguenay ! Grand mystère. Une secrétaire me dit : « Le directeur a voulu que l’on montre votre « papier » à un de nos journalistes ». Bon, bon.
2-
Devenant de plus en plus sourd, il vient un moment où je ne peux plus entendre ces criard à la télé et je monte me coucher. Hier soir Aile : « Tu as manqué Grégory Charles et ses remèdes farfelus, Paul Houde, excellent à ses nouvelles folles… » Dany Laferrière, qui ré-écrit ses bouquins, y fut savoureux, très « poker face », fort bon comédien. Cré Dany va ! Je m’ennuie de lui, le verrai au Salon de Montréal ?
Vu hier un Claude Léveillée en acteur à « Tabou », il y est fameux. Souvent les chanteurs excellent en comédiens :Aznavour, Yves Montand, ici, Dan Bigras (si naturel dans « Tag », Gauthier, etc.
Mode conne : on tourne deux séquences d’un texte (« Tabou » hier, scène d’hôpital, scène avec le télescope) et puis on les saucissonne ! Faux rythme. Imbécile manière pour donner du « pep » à une émission. Foutaise qui me fait enrager. Peur…mépris du public. Imitation des poubs quoi., Pas plus d’une minute sinon, n’est-ce pas, le public (tous des imbéciles impatients ) va zapper ! Démagogie des monteurs aux ordres !
Ai vu la suite des « Le rêve brisé » à TV-5 hier. Conclusion navrante. un : il y a eu des tas de négociateurs sincères pour cette paix difficile entre Israéliens et Palestiniens, des tas. Deux : il y a les religions et les « mythes historiques ». Reste du Temple antique, mosquée sacrée…Barrières funestes ! Échec donc ! Les pacifistes des deux côtés des barricades sont minoritaires. Très. Paix qui fuit, qui fuit…Des morts sans cesse, plus nombreux certes chez les pauvres, les Palestiniens. Horreur !
3-
Faut absolument que j’aille m’inscrire à la piscine la plus proche, au Chantecler, ern face. Faut ! Tous les toubibs : la santé ? De l’exercice physique. Y voir Cloclo !
Godbout (que le dernier « Couac » matraque de nouveau) raconte le livre étrange de la fille du mythique J.D. Salinger, Margaret. « L’attrape-rêves » fat voir une fillette coincée entre ce papa célèbre « tranchant » et une mère « agressive ». Margaret au couvent ! « Papa l’ermite » se livrant aux « boudhas nouveaux » et à « sa » dépression, à Cornish, état de New-York. Cette famille éclatera. « Lucide et tendre », dit Godbout. Des rapports complexes quand on a un père…génial ? Oh oui, on le devine. Je lirai ce bouquin, j’aime tant les biographies.
Ah certains Québécois ! Fameux. Dans tous les domaines. Le trafiquant Lucien Rivard, un Québécois fort célèbre, fut recherché par toutes les polices et dans toute l’Amérique du nord, son « histoire » fut bien raconté par Auger et Cie à TQS. Camouflé par son dancing populaire célèbre « Plage Idéale, Inc » à Sainte-Rose, Rivard organisait ses commerces illégaux en paix. Montréal était devenue, sous Rivard, la formidable porte d’entrée des drogues dures. Héroïne en masse !
Il y eu délation et puis énergique « chasse à l’homme ». On le « voyait » partout, à Los Angeles, à New-York…Il se cachait pas loin d’ici, à Piémont ! Déménagé vite au bord du Lac Saint-Louis, il y fut cerné et amené. Ensuite, évasion inouïe de la prison de Bordeaux, ma voisine dans ce temps-là. Le FBI exigea qu’on le « déménage » aux USA ! Le bras-droit des Cotroni ira donc « tauler » aux USA longtemps malgré ses appels à l’aide aux politiciens importants (Libéraux d’Ottawa !!!) qu’il avait aidé (en organisateur d’élections) si longtemps. « La filière française » (Paris, la Corse et Marseille) en fut ébranlée très fort ! Il va mourir ici, retraité de tout cela, à 85 ans. Ah oui, il y a des Québécois hors du commun !
4-
Encore les coupures de gazettes qui s’amoncellent sur ma table. Les jeter à la poubelle ? Oui. Le journal intime devant rester un vrai journal avec « pas trop » des journaux ordinaires. Copup de fil soudain : la peintre Michèle Bastin que j’avais loué dans le temps. Elle expose. Veut me voir (« en invité d’honneur », dit elle ) à son vernissage. Ne peut le lui promettre.
Beausoleil (Les Chrétienneries ») m’expédie un mel : son dossier contre « Les intouchables » de Brûlé où il ne « touche » pas ses redevances. Une affaire sale. Scandaleuse. Envie de plus de me tenir loin du petit monde mesquin de l’édition et de peinturlurer, pour moi tout seul, des images folles, dans ma cave. La paix.
Départ pour la métropole : aller entendre brailler sur scène un homme qui est insulté par les hommes de son temps, légers, inconscients, calculateurs, …un texte de Molière, avec Gagnon en misanthrope. Y trouver comme un écho à mes enragements quotidiens ? Y résister aussi car j’aime la vie comme un fou si je hais tant la société actuelle. Oui, départ. Aile m’appelle et j’aime aller vers elle quand elle m’appelle.

Le jeudi 7 novembre 2002

1-
Ciel si bleu, Hamelin dixit : « le plus beau soleil du monde est ici, dans les régions nordiques ». Vrai ? Il me semble. La neige offre son immense réflecteur ! Lumière réfléchissante partout en Laurentie. Stimulant. Je n’en reviens pas de cette voyageuse qui avait tant apprécié que je siffle (pourtant pas fort) dans le bus pour Rimouski jeudi, qui tenait à me le dire. Je regardais les cha,mps labourés partout. La terre virée. La terre à l’air. Les paysages si bruns, parfois au caramel sombre, imposantes visions. Le citadin oublieux de ces travaux qui défilent durant des kilomètres et des kilomètres. Sillons à perte de vue, rangées bien droites, fossés d’égouttement sans cesse. Maisons de fermes, bâtiments idoines. Ces bruns divers, parfois des plaines noires, une peinture rurale, fresque tranquille, gigantesque murale terrienne, boueuse, impressionnante en diable ! Un art sobre de Pays-Bas ancien :Bruegel ou qui encore ?
Appel téléphonique : un jeune, Beausoleil (« Les Chréchiennries », je crois ), veut appuyer ma demande de chronique au Dev. Ils sont trois déjà. Si content de cela. Beausoleil se débat contre l’éditeur Brûlé (« Les Intouchables ») …qui ne lui crache « pas pantoute » ses droits ! Indigné, il dit : « Ils vont dans des foires du livre partout ces voleurs… ». Je lui dis : « bon courage » ! après lui avoir raconté quelques déboires de mon temps à moi —chez Leméac « en faillite » :une vraie cochonnerie ! Lassé de ces histoires…ne plus vouloir publier. Beaulieu m’a juré qu’il crachait les droits à ses auteurs avant tout. On verra bien.
À la SRC de Rimouski, je racontais mon discours aux jeunes collégiens : « Choisir la liberté ou l’amour un jour ». Impossible les deux ! L’amour, mon choix, enlève des libertés mais c’est un tel bonheur. Plein de jeunesses mâles qui font un enfant et puis « lèvent les feutres » en toute liberté. Petits saligauds d’égoïstes. Je m’emportais. Tant de monoparentales, tant de divorces rapides ! L’animatrice d’abord muette et puis m’approuvant.
Au Salon, j’ai fini par rédiger une bonne lettre de recommandation pour le Rivière, le Madelinot qui veut fréquenter cet Institut INNIS (installé à la Cinémathèque rue De Maisonneuve à Montréal) afin de savoir les trucs (!) pour écrire du ciné ou de la télé. Il était content. Bonne chance, candide Sylvain !
L’animateur bien connu, Duval —Lionel— publie et joint ainsi le fort peloton des animateurs-reporters-auteurs radiocanadiens (de Garneau à Nadeau). Il semblait tout fier d’être d’un Salon littéraire. Vain prestige, il va le découvrir vite.
À « Zone libre », à la SRC, reportage effrayant sur un tueur de pauvres péripatéticiennes vancouvériennes (80 victimes probablement !) Impuissance de la police. « On avait pas les moyens », dira un chef de police ! Et pas l’intelligence ? De longs mois passaient. « C’était juste des putains, comprenez-vous, si les mortes avaient été de jeunes bourgeoises… » dira un loustic lucide. Frissons dans ma chambre numéro 3027. L’horreur, la fouille des terrains délabrés où gîtait (en roulotte) le tueur fou. Restes humains à trier dans une banlieue de Vancouver bien morne. Oui, l’horreur ! Il a fallu qu’un délateur, enfin, jase sur un certain voisin louche. « J’avais vu du linge ensanglanté dans sa baraque, ça fait que… ». Il l’ouvrira, sa maudite trappe, Longtemps, trop longtemps, après les premiers crimes.
Lu le « Écrire » de Jacques Hébert, le vieux scout-sénateur libéral (installé par son ami Pet). Pas bien fort. Trop court. Pas assez franc ? Suite de souvenirs sur un ton très bref. Sa « carrière » en un chétif chapelet d’éphémérides. Trop modeste ? On reste sur sa faim. L’homme en sait long. Je le crois malin, calculateur, discret par intérêt. Des passages m’allumaient. Celui sur le vieux snob cultivé, Victor Barbeau, par exemple. Hébert brosse en vitesse. Il se dit non-écrivain sans cesse. Ah ! On ne peut forcer le cheval à boire —l’adage vrai— une fois mené à l’abreuvoir.
Je repense à mes enfants en sacs de couchage qui doivent écouter les conteurs du Salon de Rimouski. Les joyeuses jolies bouilles de ces veilleurs volontaires qui gigotaient de trop soudain indiquant clairement quand votre conte perd du sens à leurs jeunes oreilles. Des coups de fouet.
Je songe encore à cette Marie X, dimanche matin à Rim-Ouski, qui m’indique avec clarté des cohérences que j’ignorais dans mon lot de bouquins, des points communs, des symboles persistants, entre les personnages de mes romans dont je n’avais aucune idée, écrivant « par oreille », sans plan solide. Elle m’a comme envoûté. L’intelligence (jeune), vive face au vieux bouc qui chie ses histoires sans souci de cette cohérence… bienvenue, évidemment. Ah oui, hâte de lire sa thèse.
La Julie de Victor tout heureuse de se voir dans « À cœur de jour », bas de la page 400. Elle rit, moi aussi lui disant : « Tu es entrée dans la littérature québécoise, Julie » !
Étonnant Bertrand Leblanc (« Les trottoirs de bois », ,etc.) qui me dit dimanche soir à une tablée d’auteurs : « Je ne vous aimais guère. Pas du tout même. Je vous avais mal jugé. Je découvre un homme fort sympa, dynamique, drôle, et suis ravi d’avoir fait meilleure connaissance » !
Non mais.. quel coco ce rimouskois, rimouskitain (?)Bertrand ! C’est cela un pré-jugé, non ? Ça m’est arrivé souvent hélas. On me fait la gueule d’abord, on me bast froid, on me la baîlle belle, et… en fin de soirée on vient me complimenter. J’ai toujours évité. ce genre de pré- jugement sans connaître quelqu’un. Quoique je ne dois pas être sans péché, je suppose.
J’observais à Rim-Ouski ces très jeunes vidéastes, mouches fourmillantes autour de nous. Une belle jeunesse. De la ferveur. Partout, ainsi, des jeunes « capteurs d’images », caméscope au poing, se débrouillent en des projets divers. Cherchent à marquer un espace bien à eux. Pisser son territoire ? Avec des signaux personnalisés. Singuliers. Originaux. C’est pas facile et cela m’émeut toujours.
Il vous vient des gens étonnants à un kiosque d’exposant. Un prof de littérature de l’UQUAR, vient causer. C’est un spécialiste du surréaliste Marcel Duchamp. Il a publié une brochure « C’est… » (Gramon éditeur) sur ce peintre étonnant. On en jase. Je l’admirais .Son » Duchamp. Ce jeune prof érudit, cultivé, m’a étonné. Il enseigne en province québécoise (ne jamais dire « région », c’est trop con ), loin d’un milieu vraiment stimulant et semble en être fort heureux.
Le fafouin rouynesque, Léandre B. me corrige : « faut pas dire « barbàqueue », Jasmin, pour BBQ, mais « barbacoa », c’est du portugais ». Bergeron, l’habitant abitibien (qui achètera peut-être les lamas de Gilbert Forest) me révèle qu’après ce Manitoba natal quitté, avant d’être célébrer en « joualeur » lexicographe et historien iconoclaste, il vécut deux ans à Paris-France, y fit un thèse de doctorat sur Valéry, sioupla ! Envie de le vouvoyer !
Ring, ring ! C’est la recherchiste cibicienne (de CBC) : « Allô! Pour votre topo de mardi, vous voulez bien venir jaser sur la mode, le besoin, de la généalogie qui taraude tant les nôtres ? » J’ai dit « oui’ ». J’avais pris, en vain, des notes sur les jeux à inventer pour les gamins. À plus tard, chères notes.
À un repas d’Hauteurs (hum !) sur la rive du grand fleuve, Rivière et Leblanc partent en contes noirs sur les Acadiens déportés, exilés aux quatre horizons —Londres, Poitou Australie, Louisiane surtout— leurs ancêtres. Je m’instruis encore sur ce génocide monarchiste. Fi du refus du « Serment du Test », raison ajoutée. (Appris à mon école ). Les colons des alentours —de Boston à Portland— et non pas les blokes d’Angleterre, stimulaient ce bal armé (1755), un « nettoyage ethnique » radical, pour, avant tout, faire main basse sur les champs cultivés —depuis 1600— et les magnifiques troupeaux de ces agriculteurs évolués.
Amusant : les réfugiés acadiens aux îles françaises de St-Pierre et Miquelon déguerpissaient lors de la révolution de 1789 : la peur d’un gouvernent anti-catholiques.
Tout ce jour la belle lumière bleue et blanche (québécoise !) a régné. Lu : il nous faut (dénatalité funeste) 40,000 nouveaux venus au Québec seulement. 50% seront francophonisables…les autres ? Ah ! Problèmes en vue. Pas question à Québec de stimuler, d’encourager les jeune couples à avoir davantage de rejetons. Les argents à investir sont-ils comparables ? Sais pas. 15 sur cent iront en…provinces québécoises (ne plus dire, oui, régions). Les autres, surtout à Montréal, enverront les enfants aux collège anglais. C’est permis. Comme mon David rendu à Concordia ! Comme Laurent, c’est probable, ira là aussi. Je ne me mêle pas des enfants de mes enfants à ce niveau.
Grosse nouvelle du jour :madame Robillard menace. Les cadres fédéraux seront punis s’ils ne deviennent pas vite bilingues ! Quelle farce ! Des talents forts, utiles aux Canadians, seront ainsi chassés. Pour faire croire à un Canada bilingue. Fumisterie. Voyez-vous ça à Québec, les « pas bilingues » dehors ! Un gaspillage insensé pour un maquillage idiot. Le Canada est un pays anglais, le Québec est (sera?) un pays français. Et il y aura, ici et là, des personnes bilingues, trilingues, etc. Voilà le bon sens.
Curieux : moi l’auteur de « Pleure pas.. », me sens mal à mon aise en écoutant le gras joual de « Autour de Nana » à CBF-Fm, le matin. Aile : « Moi aussi. On dirait que c’est une vieux jargon d’antan. D’il y a très longtemps. Au théâtre chez « Duceppe », (« L’année du championnat ») vendredi soir, mon grand malaise en entendant ces sacres en litanies incessantes, cette parlure en joual gras. On a collectivement changé, on a évolué » ? Cependant Aile a trouvé très bons les acteurs, Michel Dumont très fort en « coach » vieilli.
J’entends —à « La tribune du Québec »— dire : « pour colmater la brèche », je songe à « pour calmer Labrèche ». Mon cher « Laideron avec une chaussure jaune » hier, avec le comique Lemire, pétait le feu des quatre fers. Rien à colmater ! S’il le décidait sa série-télé vespérale grimperait carrément au vaste ciel du surréalisme créateur…et perdrait le monde ordinaire… mais ce serait un réel événement télévisuel. Il ne le fera pas. Il ne peut pas. Les autorités le stopperaient en cours d’envol. Maudites crottes d’écoute !
Yann Martel, lauréat heureux, se voit accuser. « Saudit copieur d’un roman brésilien ». Affaire-bidon je crois, à suivre néanmoins. C’est la forme d’une création qui est exclusive, mon premier éditeur, Tisseyre m’avait expliqué cela, me disant : « on ne peut mettre sous copyright une idée.»
Je sens une conspiration du côté « ailé » des choses, un souper d’anniversaire à un restau italien avec « la bande des six. Fou mais je n’aime pas trop ça. Une gêne. Sauvage ? Oui.
Hier, à TV-5, le 19 en Laurentie, un très fameux docu-télé sur la guerre inégale entre colons protégés juifs et Palestiniens encerclés. Floppée de noms hélas. Pas facile à suivre. Un pourtant bon travail avec de bonnes archives visuelles. Suite ce soir. Je veux pas manquer ça.
Dan Bigras, le chanteur, a un fort bon « naturel’ en jouant dans la série Tag que je regarde d’un œil…Je préfère lire le magazine spécial (Nouvel Ob) sur la vie et les ouvrages du philosophe Nietzsche, là, je l’orthographie comme il faut ce nom du bizarre penseur allemand, tombé fou raide (1880 ?) à la suite d’une querelle pour défendre, à Turin, un cheval fouetté ! Souvent du blablabla par des jargonneurs savantasses parfois des articles clairs.
Toujours décousu et pas si fort que le prétendait Foglia ce roman juif new-yorkais, bohème-bourgeois, signé Blank (« Manuel à l’usage…des jeunes filles »). Je le continuais en attendant tantôt l’ouverture des comptoirs de l’École hôtelière, rue Lesage. Bon stock aujourd’hui. Je reviens les bras chargés. Aile toute contente. Découvrant un cake aux fruits sucrés…un index levé…a m’fait peur torrieu !
J’ai osé découper les pages à chansons du livre de Brouillard reçu à Rim-Ouski. Gros yeux encore de mon Aile chérie ! « Quoi ? C’est pour cette fête chez Lucille C. bientôt. On va pouvoir chanter ». Aile : » Clo, faut laisser les organisateurs organiser cette fête comme ils l’entendent, tu n’as pas à t’immiscer… » Toujours le gamin en faute, moi !

Le mercredi 6 novembre 2002

1-
Le mois des morts ! On y est. Si soudainement. Au lever : store ouvert. Paysage de fer. De tôle. De gris divers. Vision d’étain. Camaïeu émouvant. Sapins très chargés de… plâtre ! Souvenir : jeune, papa le bricoleur-artiste me montrait, avec du plâtre liquide, à garnir les petits sapins de notre crèche de Noël. Je trouvais ça si beau. C’est cela dehors ce matin. Avec ciel gris, lac de mercure. Image austère. L’hiver total en début de novembre ! J’ai gratté le trottoir de bois, allant à drogues douces (tabac et nouvelles) comme en plein janvier.
Claudette Béliveau du Devoir : « le directeur a demandé que l’on montre à un journaliste de la boite mon article sur « ce déménageur de temples de Cochin au Saguenay » ! Eh ben ! On verra…
Trépanier : « en Belgique ils ont accepté notre « courriel », en France, c’est un « mel » (pour un message électronique, contraction ). Bon. Oui, pourquoi pas ? Ils sont 55 millions, faut bien s’incliner. Impérialisme des nombres ! Enrageant non ?
2-
J’ai perdu un tas de notes utiles pour bien narrer mon excursion à Rimouski. Grrr…J’y vais donc de mémoire. J’en ai une sacrée bonne, heureusement. Allons-y. Jeudi, Aile me mène au terminus des bus Orléans, rue Berri. Achat de magazines. De chocolats aux raisins en boites. En voiture… vers 17 h, arrêt à Lévis, 55 minutes, pour bouffer un peu. Gargotte. Club-sandwich. À 21 h 30, tout le monde débarque. Noirceur. Le vaste fleuve en face, horizon noir. Taxi pour l’Hôtel Rimouski où se tient le Salon du livre.
Vendredi matin, camarades écre-vices (!) attablés et bouffe du matin. « Le Soleil » à lire. Kiosque en après-midi. Défilé habituel. Un salon modeste et donc bien plus chaleureux que les gros de Montréal, Québec ou même Trois-Rivières. Pas de « quant à soi », pon vient jaser volontiers au bonhomme assis derrière son neuf « À cœur de jour ».Toujours étonné de rencontrer des gens qui connaissent votre voisin adèlois, Maurice, votre sœur, Nicole, au Club Épic à Rosemont. Un rimouskois qui est ami avec Raymonde L. une voisine « qui va rédiger un livre sur sa vie ». Ah ! Savais pas ça ! Le Québec tissé serré, toujours.
Assis avec moi pour Les éditions Trois-Pistoles, Nicole Filion, sa troisième ponte, Rivière-le-gaspésien, un roman nouveau, Bertrand Leblanc, un livre tout neuf, le « Bouscotte » tome 3, le « boss » Victor viendra demain seulement me dit Julie sa fille dévouée , habile pour le seconder, son papa barbu si pris dans ses projets de télé, Léandre Bergeron avec sa saga familiale si singulière, Côté, « le Chapleau » du « Soleil » avec un bel album…D’autres. Tassons-nous ! Fessier conte fessier. Entrevue publique avec une jeune reporter très blondie sur ;a scène « Hydro-Québec », commanditaire important du Salon. Je m’enflamme soudain, suite à une question, et je fustige les « racistes invertis ». Applaudissements frénétiques dans la salle. Me voir transformé soudain en tribun politique ! Moi en député farouche… vieux songe de jadis, je me calme.
3-
Le soir de ce vendredi, même manège. Photographe du journal régional me croque, cherche des « photos de groupe » à faire. Me colle avec Claire Caron et Lester. Mon journal se vend mieux —Côté a des fervents en masse, lui aussi— que les autres pondeurs du kiosque. Une certaine gêne chaque fois. C’est très embarrassant. En fin de compte pour une vingtaine « d’acheteux », plein de vaines rencontres pourtant bien chaudes.
J’y vais toujours à reculons à ces salons et j’en sors toujours le cœur guilleret, justement à cause de ces jasettes avec des personnes aux anecdotes fleuries. Je fume en cachette dans mon coin de kiosque. Hon ! Dans le hall, découverte d’un jeune barbouilleur surdoué, Masson. Vraiment un frère en aquarelles baveuses, torchées si spontanément. Je l’encourage. Le jeune homme tout content de mon enthousiasme me fera un min-cadeau signé. Bavardages au souper avec Norman Lester (« Le livre noir du Canada »), avec Marcel Brouillard (un formidable livre de chansons ultra-populaires ). Monique Proulx (« Le coeur est un muscle… ») et moi nous croisons, salutations bien brèves. Gaétan Soucy (« Music-Hall ») arrive demain. En avion ! Lester est venu, lui, en train à couchette comme Brouillard. C’est plus cher tout cela que le simple bus que j’ai pris. Éditeurs plus riches ?
Aux repas, le midi ou le soir, au joli restaurant de cet hôtel, occasions de regroupement. La « bande à Vic » et d’autres. Farces, piques, horions parfois. Un gheto. Il neige fort. On reste, tous, comme enfermés dans le complexe, le Salon est dans une salle de l’hôtel. Ghetto consenti. Merde, ai oublié d’apporter un maillot, belle et vaste piscine. Samedi matin, on vient me chercher (chauffeur bénévole) : charmante entrevue à la radio de la SRC-Rimouski. En après-midi, samedi, interview avec Jean Fugère dans l’espace central. On rigole bien. Avec le temps, Fugère est devenu plus léger, semble adopter un mode plus fantaisiste en fidèle questionneur des « gens de lettres ». Il y excelle.
4-
Vendredi soir, après kiosque, au bar, jeu de bingo ! Du bon porto du Portugal à gagner, en belles bouteilles. Victor est arrivé, surveille ses deux cartes de bingo, boit du jus de tomate, du jus d’orange, un Duplessis dégrisé à jamais ! Je lui ai bien dit ma joie du joli bouquin pondu par sa maison pour ce « À coeur de jour ». Joue le pap-boss satisfait, content, content. Le tome deux du journal (de avril à juillet 2002) …pour après janvier 2003. Bien. Samedi soir, même bar de l’hôtel, récital modeste avec de jeunes poètes de la région. « Ces visages de vieux qu s’effritent.. » Og ! À la fin, je fonce vers la table de ce jeune Villon : « C’est quoi ça, vos « vieux qui s’effritent, jeune homme ? » Il rit un peu jaune. Je songeais à nous, jeunes veaux, à « colliers de barbe » jeunes, en 1950, cherchant partout des oreilles pour écouter nos poésies de révoltés. J’étais ému de constater que cela dure toujours cette vague hargne contre les « assis ».
Dimanche matin, Fugère questionne maintenant Monique Proulx qui répond toujours sans vraiment répondre. Camouflage ? Pudeur ? Noyade en propos incertains. Prudence ? Gaétan Soucy après des confidences brèves sur sa jeunesse dans Hochelaga (lire son bon « L’immaculée Conception ») décide de démonter sa machine à rédiger, ses outils de travail et c’est alors un confus discours —bizarre— de mathématicien, de quasi-physicien. Jeune, il songeait à foncer dans ce monde concret à hauts calculs réalistes ! Sa démonstration — avec paraboliques et parallaxes— ne nous dit pas la vérité sur sa manière de composer un roman. Vanité ? Pudeur lui aussi ? Quant vient le tour de Lester, c’est clair et net. Sa démonstration bien archivée des leaders « Canadians » fourbes, menteurs et francophobes laisse fort silencieux son petit public rimousquois (rimouskain ?). Lester annonce un tome 2 pour très bientôt et dira qu’il a ramassé tant de matière (explosive) sur les hypocrisies des Canadians, qu’il fera même un tome 3. J’ai hâte de les lire cr ce premier tome est renversant d’informations historiques, vérifiées, tues, cachées —pendant que les salauds de Richler, Délisle, Francis et autres diffamateurs des nôtres (tous des racistes et des fascistes !) distillaient ces venins à tort et à travers.
Découvrant, à Radio-Canada, que Sheila C. payait pour les mensonges fédéraux (« Minutes du Patrimoine » de Scully), les dirigeants inquiets lui ordonnaient de se taire et l’expédiaient aux voix hors-champ en week-end. Lester a trouvé de l’embauche chez TVA, claquant la porte aux pleutres fédérats.
5-
J’écoutais, fasciné, tous ces auteurs qui causaient brillamment à Rimouski pour 50 auditeurs, et je me disais qu’il était regrettable de ne pas les entendre aux grands médias de la Métropole. Hélas. Aucun reporter affecté pour mettre sur rubans divers les propos divulgués. Rien ! Une anglophone, bouleversée, se levait à la fin, alla au micro, tenta de protester face à un Lester fort amusé. J’allai l’embrasser lui disant : « Demandez pardon, on vous l’accordera, les papistes sont forts en pardon ces temps-ci ! » Fugère éclatait en rires : « Je pensais jamais voir ça, il a embrassé une anglophone » ! Grande rigolade dans la salle.
Dimanche après-midi, taxi pour mon bus. Arrêt encore à Lévis pour souper à 17 h. Grrr….Soupe, sandwich. Mn vis à vis a des allures de jésuite intellectuel. J’engage la conversation. Sur Rimouski. Sur le Salon du livre. Lui : « Seriez-vous un frère enseignant par hasard » ? Ma surprise et je lui dis : « Non, pourquoi « frère » » ? « Pour rien » et il fixe ma chemise et ma cravate… noires. Là-bas, rencontre d’un ex-de la SRC, Gilbert F. Veuf depuis peu, il élevait des ..lamas ! « Sont à vendre mais il y a pas d’acheteur ». J’en ai parlé à Bergeron de Rouyn qui joue le paysan-fermier. Gilbert F. veut revenir à Montréal « Je suis si seul, mes enfants sont là ». Ainsi, à Lévis, mon « jésuite » qui est un homme simple, qui parle « habitant » vigoureusement, est un autre veuf qui a ses enfants à Québec et qui se sent seul. En régions, les « vieux » sont sans ces enfants instruits, exilés dans les grandes villes.
Quand la noirceur tombe, je fais de la lumière au-dessus de mon siège pour continuer avec mon livre ou un magazine. La seule lumière de tout le véhicule, à l’aller comme au retour. Personne ne lit donc plus ?
6-
Aile doit être là au terminus, rue Berri. Pas d’Aile ! J’attends dehors. Froid. Je met ma tuque de laine noire. La haute grue à deux paliers de la future Grande biblio forme sa haute croix, bien immobile, c’est dimanche, dans le ciel noirci. Trente minutes passent. Pas d’aile en chaleur. J’ai mis ma lourde sacoche de cuir entre des traces de vomi et de pisse. Plein de silhouettes vont et viennent. Allures misérables des voyageurs du Métro et du terminus. Des quêteurs quêtent. Des vagabonds rôdent. Des bommes échangent discrètement des…marchandises invisibles, louches. La police passe. Repasse. Le haut clocher de l’Uquam veille sur cette lie.
Voilà soixante minutes à me lasser d’examiner les passants, à observer cette faune voyageuse. À guetter Aile. Rien. Un accident ? Je songe à un hôpital, à une voiture dans une fourrière, toute écrapoutillée. Anxiété. Téléphoner chez me enfants ? Savoir…apprendre l’horrible…Je fais enfin ce que j’aurais dû faire en débarquant. Téléphone. Sa voix. J’enrage : « Merde ! Que fais-tu ? Je t’attends rue Berri depuis plus d’une heure ? » Aile : « Tu devais me téléphoner en arrivant ». Je fulmine. J’aime mieux ne pas raconter ma colère quand, enfin, elle s’amène. Mes injures. La bouderie féroce arrivé chez moi. Aile chavirée. Insultée par mes attaques verbales.
Ma honte le lendemain. Mes excuses. Je veux oublier ma crise de nerfs de la veille. Un lundi bien triste à tenter de me faire pardonner. Quand j’irai vers le duo Houde-Bertrand de T.L.M. pour faire mon topo sur « les vieux si seuls », le beau temps est revenu à la maison, Dieu merci. À midi, Aile est venue me retrouver à Radio-Canada. Rencontre avec sa fiducière-conseillère —que j’adopte— en « Reers » et « Feers. (pour moi) dans un bureau de la banque Desjardins de la SRC. N’étant pas des consuméristes, le couple a pas mal de fric à placer mais nous expliquons à la jolie « courtière en placements » que notre « seuil de tolérance aux risques » est bien faible. Miss Caron sourit et nous conseillera fortement de nous dénicher un notaire et faire nos testaments. Brrr…je déteste songer à ma mort. Aile aussi. Davantage que moi. « Le fisc prendra sa très grosse part à la mort de l’un des deux, nous prévient-elle, il faut « testamenter » et vite » ! On y verra.
7-
Maintenant, se rapproche le vaste Salon du livre de Montréal, Place Bonaventure. À Rimouski, merveille, une cinquantaine de kiosques, ici, 280…Ouash ! Brrr…
Vu hier soir, le docu sur le bonheur du fils Bombardier. Décevant. Aile : « C’est insatisfaisant, trop court chaque fois, on reste sur notre faim… » D’accord avec elle. Les interviewés défilent trop rapidement. Le jeune réalisateur, Guillaume Bombardier s’en donne à coeur joie, incessants effets infographiques, caméra sophistiquée, belles images qui ont pas « rap »… La mode des clips quoi ! C’est de son âge ? Les 36 interruptions commerciales, —aux mêmes effets de clips— semblent devenir la vraie matière d’une telle émission. Écoeurant ! Abrutissant. Assommant avec pubs de chars, de pneus quand —ironie— le présentateur Alain Gravel, en début proclamait « qu’il était imbécile de chercher le bonheur en reluquant des chars neufs » !
Mercredi dernier, chez Labrèche, un Grégory Charles brillant, si drôle quand il cause —la langue dans la joue— maladies, corps physique. Du talent ! Chez Lipton, l’acteur Gabriel Byrne (« Miller’s crossing », « Unusual suspect »), exilé d’Irlande, se racontait avec grand talent. Quelle bonne série à « portraits » que ce « Inside Actors’ studio ».
8-
Lundi soir, bouffe à bonnes pâtes à la « Spaghattata » rue Laurier, seul restau ouvert à cause de pannes électriques dans tout le secteur. Hier soir, bouffe de juteuses bavettes chez « Mamie nature », ici, rue Valiquette. Au retour le Bombardier à bonheur et, paf !, pas de « Duceppe » sur magnéto…Patate ! Aile l’enregistreuse patentée du « home » enragée de son erreur. Rien sur le ruban, de la schnoutte ! Ma fille au téléphone pour nous inviter chez elle dimanche à fêter mon anniversaire. Repas du midi rue Chambord : « Duceppe raté ? Pas grave, ça va repasser dimanche ». Belle carte de souhaits Marielle, ma quasi-jumelle et lettre courte. Et des coupures de journaux. Tantôt Nicole : « C’est plate, on voulait vous inviter, tu vas donc chez ta fille et ton fils y sera, et tes cinq mousquetaires…c’est bien. Bon, on te fêtera plus tard ». Je lui ai dit ne pas trop estimer tout ce cérémonial des anniversaires. « Claude, t’es sauvage comme moi, on tient ça de notre sauvageon d’Édouard, notre père ».
L’autre soir, relisant un peu de mon journal édité (oh les coquilles maudites !), je tombe sur une entrée à propos de Cyrulik, et bang ! au « Point » de Bureau, Cyrulik en personne ! Le hasard existe-il ? Bon boulot de Bureau. Il jasait, tiens, sur le bonheur ! Ce Cyrulik : une lumière.
9-
Étonnant ce duel verbal très viril entre Martineau en inquisiteur et le Rozon de l’empire-du-rire. Ce dernier avouant jouer le « mac », le « pimp », l’entremetteur pour fournir Trenet (vivant !) en jeunes prostitués « commerciaux ». Les gazettes en feront des gorges chaudes avec raison. L’adjointe nouvelle de Gilbert-subventionné-Rozon, dame Cinar-escroqueries, se fait « pleumer » si férocement par un Martineau braqué que les directeurs de Télé-Québec reculeront quant cette « voleuse » les menacera, le lendemain, de poursuites judiciaires. L’émission sensationnelle n’aura donc aucune reprise. « Franc-tireurs » mis sous le boisseau !
Quel journaliste équipé va vérifier les chiffres de Rozon qui lui font dire : « Quoi ? Nous, nos festivals publics, très subventionnés avec un petit 10% ? C’est moins qu’aux USA : 25%, moins qu’en France : 40%, moins qu’en Angleterre : 55 % Martineau muet à ce moment. Est-ce la vraie vérité ?
10-
Vu encore « Le septième (art) » avant de m’en aller à Rim Ouski. Je dois y être bientôt à cette série, on va me dire quel film aller voir. Le gras Georges Privet connaît le métier. Mais cette animatrice, Catherine Perrin, (Aile l’aime bien, elle ), sèche, raide, rêche même, roffe, hautaine un tantinet, sévère d’allure, si « sérieuse », tendue plutôt, yeux creux, cadavérique parfois…On y a démoli « Le marais », le « Frida » Khalo, trop sucré, sauce « midinette ». On y a vu des images de la suite d’Arcand pour son « Déclin… ». Hâte de voir cela. Bedang sur le show-filmé, triste raté de cette Pol Pelletier-la-masochiste effrénée. Hâte aussi de voir Bourqet dans « Comment j’ai tué mon père ».
Chez l’ami Popaul Arcand, une ex-envoûté de Raël. Souriante, calme, elle a eu besoin d’un groupe exotique. « Il se dit le demi-frère de Jésus ». Il dit que Moïse, rencontré lors de son voyage extra-planète-terre, est le plus drôle des grands prophètes. L’ex-journaliste de sport sombre ans le ridicule avec un aplomb digne d’un déséquilibré conscient. S’enrichit. « On donne 10 % de nos revenus ». Comme à l’OTS ? Il aurait un harem. De très jeunes filles. En France les accusations de « subornation de mineures » pleuvaient sur le devenu Québécois. Le fisc le guette aussi. Un fumiste étonnant. Quelle paix trouve-t-il à Valcour, au Québec ? Nos agents gouvernementaux en cette matière sont-ils plus mous ? Il y aurait une organisation vraiment internationale ! L’ex-victime parle à Arcand d’un délire ! Arcand s’en pourléchait les babines. « On y joue beaucoup avec des jeux vidéos », dit la déprogrammée. Existences hors du réel quoi ! Non mais quel habile rastaquouère pour les âmes en mal de groupes sociaux désaxés. « Il joue le Dieu, un mythe vivant et c’est là que j’ai décroché », dit l’ancienne folle abusée.
11-
Gilbert Sicotte fait une narration lourdement appuyée, comiquement sur-dramatisée à la série « La boîte noire »… où l’on repasse, où l’on remâche de vieux documents d’archives. Redondance niaise. Le fameux 24 juin 1968 du Trudeau, « fier pet », bravant les émeutiers : du vu et revu ! Le retraité reporter, Gabriel Drouin, témoin oculaire, a livré des propos mesurés et n’a pas vraiment fustigé la censure honteuse, scandaleuse, des patrons d’alors à Radio-Canada qui refusait à ses reporter (dont De Virieux) de révéler l’événement…historique. Auto-censure idiote par frousse de celui qui était en élections actives et qui les menacera plus tard de « mettre la clé dans le réseau français de Radio-Canada ». Toujours étonnantes (vues et revues) ces images sur le pape tiré à bout portant et qui écoutera, plus tard, les confidences de son assassin (raté) en prison, en Turquie !
Très bon papier dans « Voir » pour analyser le dernier jeu de société de mon fils, Daniel, « Top secret ». Si content pour lui. Il y travaille si fort.
12-
Neil Bissoondath, exilé à Québec pour bonne raison d’amour, eut le courage de condamner le multicul de Pet. Il a crié sa peur des ghettos entretenus sciemment par Ottawa et qui nuit à l’intégration normale. J’applaudissais dans le temps. Maintenant, il publie un nouveau livre (qui est traduit de l’anglais) « Un baume pour le cœur » où il raconte un vieillard anglo uniligue de Montréal, achevant sa vie et se questionnant. Neil jase sur…les deux solitudes. Aveugle ou quoi ce Bissoondathe, il ne pipe mot (dans « Voir) sur le racisme totale de ces anglos d’ici qui ne parlaient pas un seul mot de français au milieu de 82 % de francophones. Lâcheté ? Prudence sotte ? Je suis si déçu de constater que N. B. fait de grands détours pour éviter cette question. Il veut quoi, la paix des hypocrites, la bonne entente de surface ?
Ou bien, comme tant d’autres néos-québécois, il préfère se boucher les yeux sur la question. Son vieil héros, Alistair Mackenzie, a un voisin, M. Tremblay, qu’il ignore complètement et le Neil de dire : « Ça m’a toujours étonné cette séparation entre deux communautés… »
Le coco ! Il y a, il y avait qu’une minorité vaniteuse, dominatrice, raciste, refusait de s’intégrer, méprisait la majorité.Faut-il lui faire un dessin ? Le racisme anglo d’ici, c’est cela. Point à la ligne. Aucun étonnement à y avoir alors sur cette « séparation », cher talentueux Neil ! Ce prof de littérature à Laval, à Québec, rédige en anglas mais nous menace : « Si un jour mon héros —en gestation— me dit « bonjour » au lieu de « good day », j’écrirai mon livre en français ! Promesses, promesses ?
13-
De quoi j’ai l’air quand je dis que Gabrielle Roy fut, jeune aspirant écrivain, mon inspiratrice ? Ou Yves Thériault. Ça fait pas « seurieux » de nos jours. Je lis, et c’est fréquent, les sources d’inspiration des nouveaux auteurs québécois. Pas un seul d’ici. Une sorte de snobisme ? On s’efforce de ne citer aucun écrivain québécois. Une sorte de racisme ? Exemple : Élyse Trurcotte (chez Leméac). Lisez sa liste actuelle d’inspirateurs :Clarice Lispector, Hildegarde de Bingen, Goran Tunstrom, Michael Cunninham et Toni Morrison. Pas de commentaires autres.
Rencontré à Rimouski un jeune femme, Marie X, qui prépare une thèse sur mes écrits. Sosie de Christine Brouillette. Des yeux brillants. Une intelligence qui m’a effrayé. Des notes cocasses. Une lecture fort perspicace. Elle m’a sorti des trucs sur mes ouvrages… à terre le bonhomme ! Hâte de lire sa thèse. Je lis que des psys voient des choses terribles en fouillant les entrailles des livres « Harry Potter ». Pédophilie…nazisme ! Diable ! La crainte de me voir un jour ausculter de cette manière freudienne ! Inconsciemment, quelles tares est-ce que je cache ! Seigneur, éloignez de moi ces analysants analysateurs !
Le gras étatsunien Gore Vidal, exilé en Italie pour ses vieux jours (77 ans) lance des flèches raides anti-Usa, selon Nicolas Trépanier.

1- W. Bush aurait « délibérément » ignoré les avertissements d’Al-Qaïda et de Ben Laden. 2- Il y avait longtemps qu’il voulait envahir l’Afghanistan, cherchant un prétexte, il l’a eu avec ce 11 septembre.
2- On a refusé la procédure normale automatique lors de détournement d’avion ce 11 septembre. L’on aurait abattu immédiatement ces avions détournés. Il y a eu refus d’agir. Pourquoi ? 4- Si incompétence il y a eu, il n’y a pas eu réprimandes à la grandeur de cette incompétence. Bush a même exigé qu’on mette fin à l’enquête sur cette incompétence. Pourquoi donc ? Vidal en Oliver Stone ? À suivre ?

14-
J’ai vu les annonces de jolis condos dans le stationnement de Radio-Canada mardi matin. Stupeur. Des organismes veulent plutôt des logements sociaux pour les citoyens du secteur. En effet, on a démoli les logis des pauvres en s’installant là en 1971. Tout un quartier ultra modeste (où vivait l’artiste Gladu, jeune, il en a fait un beau petit livre) fut sauvagement jeté par terre, cela de la rue Amherst à Papineau. Vaste quadrilatère qui fut effacé. Voilà donc une entreprise bizarre. Il y en a toujours que pour les bobos ! Les bourgeois bohémiens du monde des communications. Une honte.
Zut ! Maudit journal ! J’ai oublié d’aller marchander les leçons culinaires du jour, à l’École des jeunes chefs, rue Lesage. Aile devra cuisiner. Quand, à Rimouski, j’ai prévenu Victor-Lévis, l’éditeur d’ « À coeur de jour », que j’allais cesser sans doute, fin novembre, de tenir journal, il n’a rien dit. Pas un mot, le saligaud. Il m’a regardé. J’ai ajouté : « tu comprends, c’est difficile, les notes partout, l’impression de ne pas vivre vraiment librement, la sensation d’être lié, accroché… » Il m’écoutais attentivement sans un mot toujours. Et puis, voyant que je ne disais plus rien là-dessus, il est passé à un autre sujet de conversation. Bin…
Paul Trudeau, m’expédie un… « mel » (adieu joli mot « courriel » !) : il est allé à Grasset lui aussi. Deux frères : en maths au collège, il y fut un gros zéro, comme moi. Un prof incapable puisqu’à l’université Trudeau y fit florès…en maths, plus tard. Il blâme donc ces Messieurs de Saint-Sulpice de n’avoir pas engager des compétences. Il me fait du bien. Ce prof Maheu à moi, mes notes catastrophiques……quoi ? peut-être un incapable, peut-être que j’étais pas si borné, si bouché en maths ! Eh !
Aile me prévient, elle sort pelleter toute cette neige précoce sur la longue galerie aux cèdres. Je ne dis rien. Il faut de l’exercice pour se maintenir en santé, pas vrai ? Et les femmes sont dorénavant nos égales, non ? J’ai acheté, au terminus des bus, un Nouvel Ob spécial avec plein de pages sur Nietsche et ses écrits philosophiques. Je descend le lire avant souper.