Journal – 27 Décembre 2002

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Hier, avant-hier aussi, le beau soleil, voici un vendredi sombre pas mal, pas grave, mais hier midi, un spectacle rare alors que nous montions en laurentie, le ciel en deux vastes sections, au loin un bleu pâle parsemé de nuages pourpres, presque noirs, et, plus proche, firmament d’un bleu royal, très saturé, avec des nuages d’un blanc immaculé, stimulant paysage céleste à deux voûtes dissemblables, tout roule, sommes sur une boule, l’oublier sans cesse, tout roule, jeu de bascule des jour, oui tout roule, l’an nouveau s’en vient, tout roule, 2003, paf, coup de pistolet, de départ, mercredi qui vient, vu à la télé mardi soir le pape agonisant sur son autel au vatican romain, temple sur-décoré, aile fort émue de ce petit vieux en blanc, incapable même de lever le calice symbolique, on lui tient tout, le missel, le livre des épîtres et des évangiles, image d’une caméra fureteuse, une belle romaine en train de bailler à pleine bouche, oh !; le lendemain, noël et pas de journaux, malaise, drogue absente enfin, je termine le document-magazine sur nietzsche, bon débarras, un réfléchissant mystérieux, une pensée se voulant décapante, novatrice et, au fond, des idées aventureuses, un programme fou sur le volontariat, la recherche d’une puissance insolite, superman non, me retenir de juger trop vite n’étant pas du tout familier avec ses livres, juste le sentiment d’un grand inquiet qui méprise au fond ses entourages, qui voudrait réformer radicalement l’homme, une prétention valable certes, il finira fou, à jamais interné dans ses condamnations, rares sont ceux qui sont aptes à un tel brassage des convenances, des héritages accumulés, ambition démesurée qui mène à des potences, des prisons, à la folie, et, il y a longtemps, à la croix du christ

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avant noël, deux sorties nulles, l’ouvre boîte chez duceppe avec deux bons acteurs mais un texte qui vieillit mal, du sous-beckett, une soirée bien décevante, même inutilité de descendre à saint-jérôme pour ce « gangs de new-york » du cinéaste martin scorcece, faux documentaire bien rempli de coups funestes, de sang, de morts, gros paquets d’images, immense tas de figurants et un récit inchoatif très insignifiant, espérer mieux en visionnant « le rapport minoritaire » de stephen spielberg, plongée dans l’anticipation, nous sommes en l’an 2050, récit d’une brigade policière sophistiquée, d’un visuel étonnant, une histoire compliquée quand trois « voyants », plongés dans un bain capricieux, ont le don de prévoir qui va tuer et où, l’organisme policier baptisé « precrime » est, hélas pour ses promoteurs enrichis, faillible, oh, et l’on assiste alors à une conspiration pour stopper ses manigances, aile toujours excitée quand il faut décoder un récit complexe, son vif plaisir et, à la fin, une certaine déception, hier soir, « infidèle », un film loué encore, et, cette fois, une bonne vieille histoire classique, le triangle connu, le récit d’un coup de sang, du coup de foudre surprenant entre une jolie épouse de banlieue newyorkaise et d’un bel amant, avec une fin amorale illustrant le mari cocu en tueur du jeune séducteur qui ne sera pas puni, bien reposant pour les méninges que ce drame bourgeois bien ficelé

un certain gaston beauchamp nous a fait part, la presse, de sa fuite des fêtes rituelles qu’il honnit, il s’en va loin, au soleil et « adieu familles et cie », mon frère raynald fait cela désormais, son droit bien entendu, il est rendu loin, à l’île maurice, il a quitté l’afrique du sud, cape town, il vante le soleil, la bonne bouffe, il nous annonce son retour pour bientôt, encore parti donc sans prévenir, il a toujours été secret, indépendant, ce « petit frère » me reste une sorte d’énigme, à noël, aile et moi à « la cité de la santé », dans une chambre d’isolement, observant fernande en débat grave contre un cancer, chauve, pâle, elle fait face, le frère d’aile, jacques, tente le stoïcisme devant la fatalité, après, au souper à la dinde et cie, chez colette, ce sera le petit bonheur des gens en santé, le gros labrador noir innocent qui fouine sans cesse, les jasettes variées sur la vie qui…roule, le lendemain, promenade au soleil sur l’anneau-aux-piétons du lac, le soleil revenu, c’était noël dépassé et il n’y a que les enfants pour y avoir pris tant de plaisir, c’est la fête de la candeur et nous sommes vieux, vieux mais sereins, laisser le temps rouler

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hier, ai signé le contrat de VLB pour « tuer le temps », le tome deux du journal, signé aussi pour les arrangements du salon du livre de l’abitibi au printemps prochain, ai reçu de gentils méls pour mon conte de ckac, l’amie marie-josée au téléphone tantôt qui me dit l’avoir entendu dans la nuit de noël, en reprise et l’avoir apprécié comme, me dit-elle, les appelants en tribune téléphonique qui suivait, ce récit naïf du temps de l’orphelinat saint-arsène si éloigné de ce que je lis :on vend, au nevada, usa, des lots sur la lune, folie pure ou quoi, je songe alors à mon île à la baie james, baptisé « la petite patrie », oh, y aller mettre les pieds un jour ? folie pure, j’ai terminé le raymond queneau, une vie bizarre, le fantaisiste de son académie de pataphysiciens : « la grand guidouille », il était savant mais refusait carrément ce qui se nomme l’esprit de sérieux, le mathématicien-poète abonné de « l’ouvroir », de « l’oulipo », naviguait entre sciences et surréalisme, offrit à la juliette gréco une chanson célèbre, « si tu t’imagines… », et quoi encore ?, se fit scénariste de cinéma et, jusqu’à sa mort, « fleuretera » avec le catholicisme, allant encore à la messe vieux, imprégné des lectures spiritualistes de sa jeunesse, dont son cher rené guénon, comme lui, influencé par le grand confucius et la pensée mystique asiatique, bref, un bonhomme hors du commun

une fidèle correspondante internaute, sachant que je veux écrire sur un missionnaire exilé me recommande de lire, d’émile zola, « la faute de l’abbé mouret », je dois dire que ce projet de roman semble s’évanouir, oui, il ne me tenaille plus très fort et quand un sujet se ramollit, je le sais d’expérience maintenant, vaut mieux m’en éloigner et jeter mes notes au panier, j’ai plutôt envie de mes illustrations pour l’album promis par mon beauceron-éditeur, le goût, cette fois, d’images vraiment libres et sans me limiter à l’aquarelle, oui, j’y mêlerai tout, mine de plomb, sanguine, feutres, encre de chine, pastel, huile, tout et mon rené jacob sera épaté…j’espère

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mohammed lofti, animateur valeureux des « souverains anonymes », se débat avec moi car nous échangeons des méls, il vomit la notoriété, s’insurge contre les dany laferrière qui feraient un bien mauvais usage de la célébrité; je tente de lui expliquer que « les gens connus » sont victimes d’un effet et que la cause de cette notoriété, si funeste aux yeux des lofti, est leur talent et non l’inverse, il me fait rire quand il dit « fuir comme la peste la notoriété », or, la célébrité, on ne la fuit pas, elle vous attrape que vous le vouliez ou non quand vos ouvrages sont reconnus; il y a chez les lofti une pose saugrenue quand, justement, aucune notoriété ne s’attache à eux puisque les lofti nagent en eaux de confidentialité; quoi?, il fuit ce qui le ne le poursuit pas ? c’est d’un comique non ?

avant noël, chez mon fils, pas de mon cher simon à Ahuntsic, ah les filles !, parti chez la petite amie, c’est inévitable quand nos enfants vieillissent, la maison se vide peu à peu, chez colette le soir de noël, pas de son cher Claude, une « blonde » à québec, eh !, je me souviens, à certains noëls, maman triste, ses plus vieilles parties fêter dans la famille du fiancé, ma crainte pour demain soir, à la fête de mon marcogendre, mes trois ex- mousquetaires y seront-ils ?, pas sûr, la vie roule, le temps roule; un internaute tantôt me narre qu’il fut contrarié par son enfant et son envie urgente de « pipi », lui qui rate, à regret me dit-il, la fin mon conte rituel à ckac, il ignorait le texte ici sur le site, il en est averti; je lis que Ricardo trogi, cinéaste à succès avec « québec-montréal », était gêné quand son papa parlait italien, il ajoute : « je l’ai appris plus tard pour comprendre aux fêtes familiales ce qui se disait », je me suis souvenu de la honte de mes petits camarades, rue drolet, quand les pères parlaient en italien pour les faire rentrer à la maison, cruel cette honte non ?, je ne comprenais pas cette gêne, enfant, j’aimais déjà cette langue, ce trogi ajoutera : « comme moi un jour, ils sont tous allés voir d’où ils venaient »; la vérité, la réalité : impossible de renier ses racines à la longue etc c’est bien parfait et cela fera suer les déracinés, tous ceux qui éprouvent une honte imbécile quand on veut causer « commencements, patrimoine, ancêtres, histoire, etc. »

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je me suis revu avec horreur à « tous les matins », la veille de noël, tentant à plusieurs reprises de faire taire mes petits auditeurs pendant que je racontais mon « alligator du lac gelé »; on vous a dit « tu as huit minutes, Claude, pas une de plus », le minutage horrible; avec mes petits fils c’était la liberté, mon bonheur de les écouter m’interrompre pour ajouter leurs inventions, des suggestions parfois, et je bifurquais volontiers, je joignais leurs spontané propos, ils collaboraient à l’édification de mes contes, ils me guidaient, j’y voyais un intérêt formidable, un besoin de corriger le tir avec des : « non, non, papi, pas de ça, on va dire plutôt que… », quel plaisir c’était alors; aucun régisseur de studio pour me montrer avec ses doigts : « quatre minutes, trois… »

on ira gueuletonner chez mimi lépine samedi soir, puis chez lynn-à-daniel, mercredi soir, jour de l’an neuf, aile toute heureuse dit : « c’est mon année de répit », on fait du chacun son tour par chez nous, or, hier soir, je lis un petit livre-guide pour voyageurs au mexique, bien fait, avec des conseils précis, me voilà rêveur, ah oui, partir visiter ce Mexique où nous ne sommes jamais allés, je m’empare alors d’un bouquin plein de photos —de larousse— sur ce pays, une bonne fois, une bonne année — hon! la tentation— plus de repas de famille en série, louer un véhicule de caravaning westphasia (?) de volkswagen, s’en aller parcourir les grandes villes mexicaines, vagabonder au soleil, de la caraïbe au pacifique, boire de la tequila, visiter les ruines précolombiennes; non, non, je ne pourrais pas, au fond, ces fêtes, encombrantes peut-être, sont le bon moment pour nouer un peu plus solidement les…racines, ces sacrées racines, ces racine sacrées… nous irons au mexique, aile, un bon jour, après ce temps des fêtes, des retrouvailles, promis… quand ?

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louis cornellier du devoir, séducteur habile, me donne le goût de lire « l’évangile selon pilate » du dramaturge connu éric-emmnkjel schmitt; cornellier écrit : « il a un génie inégalé », diable !, « une évocation d’une puissance renversante », diable de diable !; ce schmitt raconte judas, hérode, joseph d’arimathie, un jésus crucifié à mort qui aurait un double, un sosie peut-être… pilte se questionne, doute, cherche… le critique ajoute : ce pilate romain, pèlerin ébranlé, dont l’épouse s’est convertie secrètement … « offre une expérience dont le lecteur ne se remettra pas facilement », bonté divine !, faut le lire, non ? Piqué, je lis en finale que Norman Mailer aurait publié un tel « récit

bouleversant », titre : « l’évangile selon le fils » (chez pockett-2001) mais que cet « évangile selon pilate » (éditeur : livre de poche, paris, 2002), lui, subjugue », c’est dit, je me le procurerai…

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j’écoutais à la radio publique, cbf,fm, un beau parleur belge itinérant —la cinquantaine— qui racontait avec verve, innocent, inconscient— sa fabuleuse, selon lui, rencontre dans un restau avec l’acteur connu, burt lancaster; étonnante l’idolâtrie de ce « vieux tintin » face au cinéma américain, il va s’agenouiller devant l’idole de sa jeunesse, lui contera en détails sa filmographie, lui dira sa reconnaissance totale; le vieux lancaster ému, troublé même, lui donnera une belle longue dédicace, un souvenir —son chapeau— et lui fera une pirouette de cow-boy avant de quitter le restau; voilà mon petit belge, un intellectuel bien colonisé, complètement bouleversé de reconnaissance; j’ai jamais vu cela !, comme je suis étonné chaque fois quand j’entends un tel dévot des américaineries; la belgique fut, après la guerre, un chouchou des usa, c’est bien connu, dans ce petit pays —au fond, et en fait, colonie, province intellectuelle de la France, réticente, elle, à l’empire-usa— la puissance des puissances devait y dénicher une sorte de bonne volonté utile, la domination américaine s’y installait, pas seulement avec ses films; une déferlante face au grand chaos de l’après-guerre…viendra plus tard la « révolution tranquille » de sa majorité humiliée, les flamands et viendra une belgique menacée coupée en morceaux…

sur ce même sujet, j’expliquais l’autre jour à mon aile bien-aimée, une fatalité maudite : nos émigrants, pendant si longtemps, trop longtemps —portugais, italiens, grecs, etc.— se joignant aux anglais d’ici, une minorité pourtant; je faisais un parallèle, à Bruxelles, les émigrants ne se joignaient pas aux flamands pourtant majoritaires dans le pays, oh non, ils s’alliaient à la minorité régnante, dominatrice, les belges francophones; ainsi, imaginons la hollande comme une province allemande avec un bon noyau d’allemands à Amsterdam, les émigrants se joindraient à cette minorité allemande et négligeraient les hollandais…c’est inévitable; à montréal, nos nouveaux venus découvraient rapidement de quel côté était la puissance —économique, culturelle aussi— un continent entier était anglophone tout autour… l’émigrant, fragilisé toujours, songe à « l’avenir le meilleur » pour ses enfants; « cui cui cui », mon histoire est finie, elle illustre l’abandon généralisé —il faudra une loi, hélas, pour stopper l’hémorragie— de ces gens qui auraient dû —normalement, naturellement— se joindre à nous français d’amérique et ne le firent point

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aile revient du magasin public d’en bas de la côte morin, là où on vend l’alcool, foule, cohue, on donne une bouteille par achat de trois, elle parvient malgré tout, sans resquille, affirme-t-elle, à acheter son stock, pour chez lynn mercredi, pour chez mimi samedi qui vient, on a vu à la télé de ces foules furibondes envahisseurs de boutiques de toutes les tailles, on veut profiter des aubaines, mouvement moutonnier curieux baptisé « boxing-day », fou mais il m’arrive de me croire anormal ne participant jamais à ces vagues courantes, l’instinct grégaire, si fort au fond de nous tous, fait cela, on se questionne :pourquoi est-ce que ces modes répandues me laissent de glace ? suis-je bien incarné ? est-ce que je vis en… asocial ? je ne veux tellement pas me sentir différent de mon monde, de mes gens, de mon groupe, bêtise ?,

enfant, nous voulions le yoyo populaire, ou le bilboquet, le bolo à la mode, on va porter la casquette à palette… comme tout le monde, on va rire à des farces cochonnes idiotes ou racistes parfois, tout le mode rigole, pourquoi pas moi ?, faiblesse maudite, pour bien montrer son appartenance au groupe, le jeune résiste mal, bien mal, à se distinguer, à résister aux us et coutumes ambiants, c’est une loi, non écrite, personne ne veut se monter comme réfractaire à ce qui excite la foule, la foule des siens

j’ai vu parfois des nouveaux-venus, surmontant un certain dédain normal, une réticence louable, se fondre volontiers dans une mode niaise puisqu’elle allait se répandant et qu’il voulait tant montrer sa bonne intégration; il n’en va pas autrement face à cette rumeur confuse qui fait que, oui, oui, il faut absolument voir tel film, lire tel bouquin, regarder telle émission de télé, le plus souvent, je fais partie des méfiants et n’en suis pas toujours content car la fierté a ses limites, il vient un moment où l’on a envie —abandonnant ses airs rebelles, sa nature profonde de dissident— oui, où on a envie de se fondre, car il est bon, il es chaud, de faire partie d’une vaste famille, d’un vaste groupe, c’est un vieux besoin enfoui en chacun de nous, mais bon, je résiste et je résisterai encore et souvent aux diktats des « jet sets » mondains, je n’aurais pas dû aller voir « gangs of new-york » par exemple, on m’avait prévenu de l’inertie d’un récit mal mené, la putain de pub fait ces ravages, l’écœurante complaisance des (souvent jeunes) commentateurs fait cet ouvrage de « suiveurs », je n’aurais pas dû acheter le Rolin « si parisien », —« tigre de papier », comme je regrette d’avoir acheter ce tout récent livre du professeur Chassay, « l’angle mort », un roman bavard et si niais, si con, si emberlificotant et si nul, histoire sans colonne, invertébrée, que j’ai abandonnée vite, où le récit est noyé dans une affreuse diarrhée d’un logogriphomane fade, mais il y avait tous ces articles aux éloges mécaniques —dans « voir » surtout— ainsi ma chère aile regrette son achat du dernier john irving, « la quatrième main », disant : « j’ai négligé tant de bémols —avertisseurs utiles pour une fois— publiés un peu partout », que d’argent gaspillé, viande à chien ! oh, à propos, notre surprise, à duvernay, à noël, quand frère-pierre et sa colette nous révèlent n’avoir éprouvé aucune émotion, aucune, au film de binamé « séraphin », on se questionne, sommes-nous devenus des sentimentaux braillards, cette « donalda » sacifiée…jouée si parfaitement pourtant… mystère, de gustibus hein ?

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émus hier au bord du lac voyant l’ami et voisin jean-paul avec sa soeur aînée en visite, tremblotante un peu, toute contente d’admirer le paysage d’hiver en laurentie retrouvée, son élocution heurtée, fragile, la voix de ceux qui achèvent de regarder un paysage aimé justement, vieillir, mourir, oui, oui, le temps roule vraiment trop vite…

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aile monte , me dit : « pour fernande, ça va pas mieux, on va la vider de tout son sang, on va lui injecter de la moelle, je ne sais trop comment ça va finir, mon frère jacques en alarme, tu sais… », le temps roule tout croche pour trop d’entre nous…à noël, elle nous dit, assise raidement, poupée blanche, sur son petit lit d’hopital très mécanisé : « qu’est-ce que j’ai fait ? », le « pourquoi moi » fatidique; « non, fernande, tu ne mérites pas cela », personne ne mérite rien de mauvais, cette lancinante question quand on tombe, quand tombe le malheur sur soi —ou sur quelqu’un qu’on aime— ce terrible « qu’est-ce que j’ai fait », —sous-entendu :de mal— comme l’enfant puni sans raison, se sachant innocent, « pourquoi moi » ?; le temps roule de travers parfois, il roule tout croche pour ceux que nous aimons, victimes de malchance, peu importe la belle zizique à la radio, les tites lumières joyeuses pendues aux sapins ici, pendues aux balcons des maisons de ville, partout quand on roulait mercredi dans la noirceur, dans des rues si pauvres parfois…Éclate soudain tantôt à mon poste : « glo-ooo-ria… in excelsis deo… », si jamais on me laisse monter au plus haut des cieux, si jamais je rencontre ce Yaveh, oh lui, « l’éternel » ! Bon… me taire, redevenir modeste, aller lire cet « épître aux corinthiens » juste pour voir, pour savoir pourquoi nietzsche aimait tant ce vieux texte écrit d’abord en grec, tiens. !

« LE MONSTRE DU LAC ROND »


  • ( Ce conte fut narré à la SRC, pour « TOUS LES MATINS », devant des enfants d’une garderie en décembre 2002 – version abrégée.)
  • C’était un Noël adélois tout blanc cette année-là. Gros réveillon la veille, hier,et nous voulions, les adultes, nous reposer. Quoi faire des enfants, toujours en forme eux ? Bof ! j’avais fait, avec mon vilebrequin, emprunté à Maurice, mon voisin, un beau grand trou, tôt ce matin-là, dans la glace du lac. Avec le « grément » fourni par les Jodoin, mes petits-fils pêchaient. Cinq lignes à l’eau ! Ils allaient prendre des perchaudes, des crapets. Et des poissons rouges ? Il y en a ! J’aurais la paix.

    Soudain, David, l’aîné frappe à ma porte : « Papi, papi, apporte ton vilebrequin, et viens vite, on a vu un monstre sous la glace du lac ! » Je cours voir ça. Quoi ? Un monstre ? Le loch-ness au lac Rond ? Diable, si c’était vrai.

    C’était la vérité. J’ouvris les yeux grands comme des deux dollars ! Par un des trous, on pouvait voir l’énorme naseau d’un…d’un quoi ? Caïman ?, non c’est en Chine, crocodile ?, non c’est en Afrique. C’était un jeune… alligator ?

    Je n’en revenais pas. J’avais lu qu’on en trouvait dans les égouts de New-York, bestioles abandonnées par des gens lassés de leur « pet » spécial. Quoi ? On a déjà découvert, c’est connu, un gigantesque boa proche de Saint-Donat, non ? Des gens n’ont pas de cœur !

    Les enfants étaient très excités. Je saisis mon vilebrequin et, tout de suite, j’élargis le trou. La bête, dragon inconnu pour les petits, « Lochness » épatant, exotique, se sort du trou en gigotant et en frissonnant. On a pu l’entendre grommeler : « Merci mes amis de m’avoir délivrer » Quoi ? Ça parle ? « Oui, mes amis, j’ai reçu ce don du grand « Alligadieu » : parler pour quelque temps. Je voulais fuir trop tard vers le sud mais tout est gelé maintenant, je n’arrive pas à filer vers votre Rivière du nord et puis par l’Outaouais gagner le fleuve Saint-Laurent, puis la mer. Secourez-moi, je vous en prie comme chante votre Félix » .

    On avait envie de rire : il nous avait chipé — durant l’été ?— un snorkel bleu, des lunettes, notre masque violet, une montre amphibie verte, aussi une ceinture de sauvetage jaune et orange. Il s’était décoré de ces objets disparus. Vraiment comique à voir!

    Pendant que les enfants le frottaient pour le réchauffer, j’ai sorti un vieux sac de couchage, j’ai ouvert les deux extrémités, on a roulé notre petit dragon dedans, sa longue queue sortait du sac par derrière. On l’a aidé à se jucher sur le toit de ma voiture. Je lui ai ficelé un drapeau fleurdelisé après la queue. Et en voiture ! Saint-Jérôme, patatras ! sirène, gyrophare, on stoppe et la police : « Vous avez un maudit gros serpent vivant sur le top, mes amis ! » On lui a raconté « le monstre du lac Rond ». Gentil, il nous a ouvert la route, on le suivait à 150 km l’heure. Le bonheur pour les petits !

    Les médias écoutent la radio-police, ça n’a pas été long que reporters de radio, de télé, étaient par dizaines, où ? Là. Au port de Montréal… les enfants, patineurs derrière le marché Bonsecours, entouraient l’auto et s’émerveillaient de voir notre capture jouant à la vedette. On l’a remis à l’eau. Il semblait un peu triste. Mes petits-fils lui disaient : « Veux-tu que l’on te garde? Tu vivrais dans la baignoire chez nous, nos parents diront « oui ». L’alligator fit signe que non. Vite, il voulait retrouver sa mer caraïbe. Les enfants alors en chorus : « Tu vas promettre de revenir l’été prochain, c’est oui hein ? » Il fit signe affirmatif la gueule fendue jusqu’aux oreilles.

    L’été prochain si vous voyez un dragon à la plage municipal, au bord du parc, rue du Chantecler, vous saurez qui c’est.

    Il avait froid, il voulait vite retrouver l’eau chaude du sud. Il est parti comme une flèche avec ses longues grasses pattes de grenouilles en arrière. On a pris la 132, on le suivait grâce au petit drapeau accroché à sa longue queue. Les enfants riaient, s’amusaient de le voir apparaître ici et là puis replonger et nager si vite, si vite…

    On a fait un arrêt à Verchères chez le chef péquiste, m’sieur Landry, on lui a raconté notre monstre de Sainte-Adèle. Il y croyait pas mais celui qu’on avait surnommé « Alligator-Noël » a surgi sur son rivage le bec plein de petits poissons des chevaux; une vraie pêche miraculeuse, l’évangile sur Saint-Laurent frappé. On lui a crié des « mercis » et sa belle Chantal Renaud est allé nous cuisiner un vrai bon lunch.

    Avant de quitter, Alligator-Noël — pour faire son drôle et faire plaisir à m’sieur Landry— par trois fois, a bondi en l’air et, en plongeant, grommelait : « Vive le Québec libbb-rrr… »,grosse broue au bord du fleuve :« Vive le Québec libbb-rrr…libbrr ». Un vrai bain tourbillon, ses grosses babines faisaient de grandes remous et les enfants riaient de plus belle.

    Repus, on a filé sur la 132 vers l’est. À Québec, radio et télé encore, au pied du Cap Diaman, foule et des vivats ! Des acclamations au pied du Vieux Québec. Touristes épatés. Notre Alligator-Noël à longue queue jouait les héros, la vedette venue de Sainte-Adèle, imitant par ses cabrioles les marsouins du zoo, les baleines de cinéma, bien dressées. Il cabotinait quoi. Photos prises par milliers !

    Notre voyage continuait, il surgissait parfois ici et là, on guettait son petit drapeau de natation agité par sa queue tout le long de la 132. Aux Trois-Pistoles, le soleil de ce Noël si parfaitement cocasse baissait. Beauté rougeâtre. Nous étions chez notre ami, Victor-Lévis, notre joli monstre adélois est venu s’échouer au rivage, il nous a craché sur une table de pique-nique du Bic, des homards, des crabes, des pétoncles, plein de crevettes de Matane, il en avait encore emmagasiner plein sa margoulette. On a fait un feu de camp pour faire griller ce cadeau de Noël inattendu. Il rigolait. On a vu le soleil couler à pic en face, aux Escoumins !

    Alligator-Noël ne parlait plus. Par ses yeux tristes, ses longs cils qui battaient vivement, on a bien vu qu’il allait devoir nous abandonner. On a fait des adieux. Les enfants l’ont caressé une dernière fois et il a plongé vers l’est. Une raie de mousse se formait, très vite. Notre ami disparut vers la mer au loin.

    Rentrant chez nous, on l’a imaginé longeant la Gaspésie, contourner les maritimes et voguer plein sud. On rentrait tout de même joyeux d’avoir pu vivre un tel épisode.

    En congé, les enfants finirent par l’oublier ayant leurs étrennes. Au Jour de l’An, surprise pour mes petits, un cadeau du papi : des billets pour Varadero à Cuba. On a pris l’avion. Le premier matin, sur la plage cubaine … quoi ? Eh b’en, allez-vous me croire ? qu’est-ce qu’on voit. Lui ! Le doux monstre du Lac Rond de Sainte-Adèle ! Il avait, comme une jupe, mis à sa taille le tissu de la ceinture de sauvetage jaune et rouge qu’il nous avait piquée. C’était donc une fille, une femelle ? Elle se dandinait, se trémoussait, avait retrouvé la parole accordée par Alligadieu car elle s’écria dans notre direction : « Heureux de vous revoir mes amis, je m’en vais me marier demain matin, je file dans les Evergreens en Floride, mon fiancé est un bel Alligator aux yeux verts et il veut un jour voir le Saint-Laurent, l’été, vos Laurentides. Oui ! Notre voyage de noces est donc remis à cet été, on va remonter, via le lac Saint-Louis et l’Ouatouais, jusqu’au au Lac Rond, par la Rivière du Nord. Bonne idée hein ? Êtes-vous contents ? »

    Mes petits-fils crièrent de joie anticipée sur cette vaste plage où ils retrouvèrent, médusés, leur snorkel bleu, la montre verte, le masque de plongée violet et le fleurdelisé tout déteint par le sel.

    À l’horizon, Alligator-Noël plongea prodigieusement dans la mer caraïbe, filant vers la Floride à une vitesse folle. L’amour fait cela ? Derrière notre gentil « monstre du Lac Rond », on aurait dit une frisante et jolie longue traîne de mariée. Ah oui, c’était tout fleuri de mousse blanche sur la mer.

    FIN.

    Journal – 19 Décembre 2002

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    oui, comme chaque année, énervement quand s’achève une année, quand se pointe une nouvelle année, bêtise, oui, peut-être, car, au fond des choses, bien savoir qu’on ne changera pas, qu’on reste semblable, vouloir, tellement vouloir, une mue, être différent, nos faisons pitié avec ce désir de transformation alors que l’on traîne avec soi les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes tendances, foie, je me dis : s’en aller, vivre ailleurs, autrement, couper, oh, mais couper fait mal, comment accepter une distanciation qui fait peur, la vérité, ne pas vouloir changer vraiment, on aime bien ses petites affaites, pas vrai, la routine triomphe, je me secoue, faux que je n’arriverai pas à changer, à évoluer, le créateur, dans tous les domaines, souhaite un neuf projet, un travail qui le fera creuser une niche nouvelle, je lis la vie d’un auteur reconnu, je le vois s’instruire et puis tenter de faire sa marque, Raymond Queneau, le papa de «Zazie dans le métro », éducation de petit normand catholique, famille bourgeoise, monte à Paris, décroche un diplôme d’université et puis décide qu’il sera écrivain, il va d’abord, dans la vingtaine, se coller au pape André Breton et puis prendra ses distances, son refus permanent d’embrigadement, trois premiers romans assez (trop ?) hermétiques, à trente ans il va vagabonder, journalisme, employé-lecteur chez Gallimard (jusqu’à sa mort en 1976), Queneau n’aura pas les succès de son camarade Prévert, lui, Prévert, moins cérébral, Queneau entiché de notions mathématiques, aussi curieux de parapsychologie, par exemple, il demande une rencontre avec la stigmatisée, Thérèse Neumann, étudie minutieusement l’art des fous, s’égare dans des chemins d’un « encyclopédisme » flagrant, oh la la, je songeais sans cesse aux nôtres, même époque, un univers les sépare, Queneau nage dans des eaux intellectuelles savantes, ici, un Roger Lemelin tente de s’élever avec des moyens d’une modestie totale, une Gabrielle Roy rédige des articles commandés, un Yves Thériault joue le cow-boy à une radio des Maritimes, oui, un monde entre ces écrivains de France et les nôtres

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    j’observe de ma fenêtre des véhicules sur le lac, comme chaque année, l’on trace trois grands anneaux, l’un pour les patineurs, l’un pour les skieurs de fond, le dernier, le plus large pour les promeneurs, viendront des bancs de reps, viendra le week-end et de pas trop d’utilisateurs de ces aires pour résidents et visiteurs, voici donc l’hiver installé sérieusement, une centaine de jours avec la blancheur, déjà je m’ennuie des feuilles et des fleurs, fou cela, hier rue Lesage, écouter deux golfeurs pépiant joyeusement sur leurs projets d’exil pour bientôt en France du sud, volée de bonnes adresses, pour délicieux restaus, sites fameux sur la côte d’azur, grands bourgeois qui vont fuir notre hiver, j’aurais les moyens de les imiter désormais, je questionne, « oublier ça, la France et les belles plages chaudes, c’est deux choses », me dit mon voisin, compris mais je refuse la Floride et on ne va à Cuba ou en Guadeloupe pour deux mois, je resterai ici une fois de plus,

    je vois bien que je ne serai jamais un « snow bird » évitant l’hiver québécois, Aile qui me dit : « va-y, reprend le ski alpin, je resterai à t’attendre, toi en ski ou devant ton clavier, ça changera quoi », justement, tout car, à mon clavier, nous sommes ensemble tout de même, sous le même toit, non ?, oui, oui, les bons juges, « dépendance affective », mais oui, un couple uni fait cela, et si Aile insiste, je m’entends lui dire : « non, pas de ski alpin, non, à mon âge, s’il fallait que je me casse une patte, les ennuis, le lit d’hôpital, les soins de réparation, non, non », je ne m’ennuie jamais, accompagner Raymond Queneau jusqu’à son tombeau, et puis ce sera un autre, pondre ces images pour le Jacob, éditeur beauceron, à un moment donné, plonger radicalement, tout janvier ?, dans la rédaction de mon « éxilé », guetter des méls sur mon i-Mac bleu, y répondre, au fond voyager sans cesse par la lecture, être étonné si souvent par « les actualités », journaux, radio, télé, voilà comment va se vivre cette fin de décembre et le début de 2003, une vague honte, bien savoir que je resterai le même, chasser cette envie, ridicule ?, d’un « je » devenant « un autre », eh oui, au diable cette anxiété, en fin de compte bien comprendre —et mal accepter— que le temps coule, puissant fleuve indifférent à nos desiderata folichons

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    le « couac » de ce mois m’encadre —pour me citer— parlant dans mon « À cœur de jour », affectueusement, de cet hebdo d’iconoclastes enragés; mon beaulieu hier au téléphone : « claude, pas encore un seul article pour recenser ton journal, bizarre ça » !, non, et aucun « pré-papier » dans les gros quotidiens, suis habitué, « l’annuel jasmin » ce n’est pas de la nouvelle littéraire, ça m’apprendra à tant publier; beaulieu, répondant à mes reproches « aucune pub », me dira : « fini le devoir et compagnie mais j’ai mis des annonces dans toutes nos revues littéraires », eh b’en !, bien servi, moi justement le fuyard de ce maigre monde littéraire à lectorat confidentiel , ensuite, à sa demande, ai trouvé le titre du tome deux pour le « salon du livre de québec » au printemps : « tuer le temps », et, en exergue, il y aura de jean genêt : « Je tue le temps et le temps me tue, nous sommes entre assassins », me reste l’interview dans cet « accès laurentides » de samedi qui vient, aussi, dans « l’express d’outremont », me voilà donc « écrivain de quartier, de région » !, ça m’amuse, l’hebdo de Prévost voudrait un « deux pages », « la vallée » a voulu un conte de noël; retour à la case départ quoi quand je tentais de me faire imprimer dans « le progrès de villeray » à dix-neuf ans

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    ce soir, notre joyeuse « bande des six » à la bonne bouffe d’avant noël chez france-la-veuve dans son île des sœur, demain matin, lecture de mon conte-rituel pour paul arcand à ckac, l’après-midi, party des fêtes avec les équipes de « tous les matins », samedi nous fêterons mon marcogendre en « tout neuf cinquantenaire » —déjà?— c’était hier, il me semble, que le soupirant de ma fille, à bordeaux —un chemin de fer du cpr séparait les deux tourtereaux— frais diplômé de « concordia university », debout dans ma vieille camaro rouge rouillée, arrosait en rigolant le plancher de cette bagnole vendue pas cher; mercredi prochain, repas « du grand jour » —« alla collette »— à duvernay de laval, chez le frérot d’Aile, et, enfin, au jour de l’an nouveau, la tribu en entier chez mon fils, à ahuntsic…et puis fin des agapes rituelles, je serai attablé pour en finir avec cet « exilé », ou non, ce sera la mise en marche d’un autre paquet de jours, douze mois, 365 jours, et pour noël 2003, je me lamenterai de nouveau : comment muer, changer, devenir « un autre », connerie ?

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    le ciel est bien gris en ce jeudi de l’avent, à la radio, le midi et quinze, chroniqueurs et auditeurs jasent, funeste impression d’un bavardage vain, est-ce je deviens blasé, pas mon genre pourtant, mille et mille opinions déferlent partout, la loi immuable de la démocratie certes, pourtant la hantise d’une vaste inutilité, je devine trop bien, derrière ceux qui défendent des idées, des lots énormes de citoyens seulement accaparés par les petits devoirs du temps des fêtes : quoi donner en cadeau ?, et j’imagine la faramineuse foule aux comptoirs dans tous les centres commerciaux, carte de crédit en l’air, cherchant l’objet qui fera plaisir; m’émouvoir au fond de tant de quêtes sympathiques, candides, oui, vouloir rester léger, désirer être en sympathie avec la population qui oublie volontiers de vastes continents —afrique, inde, amérique du sud, amérique centrale— remplis de démunis qui n’ont pas nos loisirs, nos moyens de dépenser; en finir parfois, j’en rêve, avec cette maudite mauvaise conscience, des intellectuels, des écre-vices dans mon genre, ah oui, comment redevenir un enfant, bien égocentrique, très innocent, cet enfant que j’ai tété, si content de voir seulement les ampoules électriques si colorées dans le parterre de monsieur le notaire, de monsieur le docteur, voisins riches rue saint-denis …, s’exciter d’entrer à l’église paroissiale, à minuit, oh à minuit !, d’entendre le père de claude léveillée, maître chante à sainte-cécile, rue de castelnau, dans son jubé, s’époumonant d’un « minuit chrétiens… »; non, c’est terminé l’innocence, ne reste que la nostalgie, ne restent que des souvenirs, le mains vides ?, les mains pleine aussi de la lucidité qui nous encombre mais, oui, on le sait bien qu’elle est utile, il faut s’indigner du sort, du très mauvais sort, des autres, ailleurs, et, trop souvent, dans nos alentours, hier encore, raflant trois bonnes tourtières de l’école hôtelière, 4.50$, j’ai vu un dame, vêtue modestement, répondant à une « riche », un peu gênée : « non, j’en prends pas, sont trop chers, ma fille, des tourtières, elle m’a promis de m’en faire en masse », je l’ai vu, au milieu de nos voitures, qui rentrait chez elle, à pied, son petit sac pressé dans ses bras; j’ai revu en pensée les excellents décors adèlois du film « séraphin » : on a bien respecté le site —j’ai vu une monographie avec photos du village de jadis— l’église, que je revois, rue Lesage, en pierres, était une modeste petite chapelle de bois, et les pionnières faisaient leurs tourtières, pas de chic comptoir pour les paresseux dans notre genre, pas d’anneaux de glace vive et bien entretenue sur le lac Rond en 1880

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    pierre samuel chaleureux sur courriel : « en 1960 vos m’aviez dédicacé « la corde au cou », au premier salon du livre, avec Godin, Major (« parti-pris »), vous représentiez pour moi un grand bol d’air frais, comme les « automatistes » avant vous… »,

    il ajoute : « maintenant la vague est haute et les nageurs tellement prudents », je lui parle de la relève, d’un jeune parenteau (chez le bigot) par exemple; mon fleurdelisé tout rataplan sur la rive du lac, pas le moindre vent, un temps d’arrêt, d’attente, hier, mes petits-fils au téléphone, je ne décèle plus l’excitation du temps d’avant noël quand ils étaient plus jeunes, des voix d’homme désormais, des propos calmes, raisonnables, terminé les « papi, on a tellement hâte aux cadeaux, d’ouvrir tes gros « bas de noël » suspendues hauts, cloués aux chambranles de nos chambres »,quoi, resterons-nous toute notre vie comme inconsolables, accrochés maladivement à nos enfances, à ces temps de joie niaise ?, non, non, il ne faut pas, il faut parvenir à cette joie « gionesque » et qu’elle demeure; comment garder sa joie quand Aille téléphone chez son frère pour mieux avoir comment évolue un sale cancer accroché après la belle-sœur Fernande, qui se débat, se défend se fait soigner —chimio et radiothérapie— « c’est le cancer le mieux maîtrisable disent mes docteurs », soulagement un peu, pas de joie, oh non, juste l’espoir, fernande viendra-t-elle à duvernay ?, guy lachance de ckac : « claude, faut couper dans ton conte pour vendredi matin, beaucoup trop long », je coupe, toujours trop long les écrivains, tassez-vous entre les pubs

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    aile part pour son centre d’entraînement physique dans l’ancien hôtel « le totem », cette épaule qui l’a fait souffrir, en venir à bout, à son retour, encore devoir garnir le petit frigo portable et en voiture vers cette « île aux nonnes », margot larin-chenard, ancêtre guillerette, m’expédie une longue fameuse lettre remplie de souvenirs étonnants, je lui téléphone : « oui, un jour, je passerai à votre centre d’asbestos, rue simoneau, oui, on jasera sur l’époque des aïeux », un peu sourde comme moi, on se chevauche dans nos propos, et on en rit, voilà que mon fils, travailleur autonome, accepte d’aller bosser quelques jours par semaine chez publicor, pour de la « fabrication de livres », explique-t-il, il a misé trop bas dans une « offre d’achat » pour un chalet bon marché au lac marois, l’affaire lui échappe, semble pas vraiment déçu; un courriel étatsunien du « burlington art centre » : mon père mort mis sur un site web d’artisans émérites là-bas, comme « valeureux céramiste primitif », papa pas vraiment mort donc, je serais disposé à « donner » (disons contre crédit d’impôts ) toutes les céramiques du paternel, édouard jasmin, au musée de trois rivières mais…on me dit qu’il est fermé faute de fonds publics, ah !; je garde pas loin un terrible témoignage —paru le 30 novembre— de sébastien hotte, le fils aîné du tueur Jocelyn, ex-agent de la rcmp, il dit : « il était resté avec ma mère pour protéger les enfants, nous… j’avais l’impression de parler à un jeune enfant, j’avais peur qu’il se suicide tant mon père déprimait… maintenant, nous vivons une tragédie », non, je n’arrive pas à jeter cette coupure, le romancier ramasse et garde ainsi des bouts de vérité tragique, au cas où… non, je viens de le mettre à la poubelle, c’est fini le genre romancier dramatique, je dois pas l’oublier, il n’y aura plus jamais de « corde au cou » dans mes projets, j’ai vieilli…

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    fou, je repense encore au roman de dame sissie (!) labrèche, titre « la brèche », symbole du vagin, je n’en reviens toujours pas de cette histoire de copulations frénétiques et bien molles à la fois, entre un gras Tchékie et une (sic) Kikie; l’étrange relation tordue entre l’étudiante en lettres et ce vieux prof « à grosse bedaine », est-il souvent spécifié, l’épouse cocufiée montrée, évidemment, en grosse conne vache aux chairs étirées… un récit de désaxée totale, un appel clair au voyeurisme le pus grossier; aventure sinistre d’une groupie bien sotte et qui dit avoir vécu avec deux folles, sa mère et sa grand mère, dans les punaises et les coquerelles, qui, pourtant, fait une savante thèse à l’université tout de même; comment y croire, une jeune auteure qui pimente en masse, un « putain » numéro deux, tome deux, sauce nelly arcand; mode curieuse où des pages et des pages distillent des images de génitalité furibonde, les coulis de bave, du sang menstruel bien entendu, ce duo mal assorti se démène en sauces gluantes : pas de pénétration, jamais, ah ?, infantilisme du vieux prof de 56 ans ?, jus de vulve, sperme sur les joues; on se questionne : un besoin de quoi au juste, un goût de « commerce littéraire », j’en ai bien peur, la littérature à hauteur du « suçons-nous les uns les autres », puis ça veut un enfant, l’incroyable désir de l’hallucinée et, en finale, séquence classique, banale et prévisible, tentative de suicide de la jeune tordue; franchement, lire deviendrait « voyeuriser » le malheur sexuel d’un vieux con abuseur et dominateur avec sa masochiste enchaînée, pouah, ça pue fort, croyez-moi, et boréal décrétait : « bon à tirer », ah oui, c’est bonjour « le commerce du livre », le plus triste : cette « labrèche » a du talent, ici et là, de très bonnes lignes avec du style étonnant, quelle erreur de viser seulement à hauteur du cul, quelle tristesse et quel mépris des lecteurs, quelle manque de confiance en soi

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    ah, un vent d’ouest s’est levé, mon drapeau lève, la météo annonce de la pluie, consternation imaginable des proprios de centres de ski par ici, bon, j’avais voulu du journal plus trépidant, j’y arrive mal, le talent, le talent, en arriver à échapper aux éphémérides ordinaires de la vie ordinaire, non, impossible, comment s’empêcher de parler de ce bush-père vu à historia hier soir, un président mal servi quand l’économie s’écroule, un bonhomme qui a retenu son cheval et fait finir vite la guerre du koweit, refusant de traquer le saddam hussein, assez de morts, aurait-il dit, éviter de commenter de trop ce film ancien, de Tati, qui vieillit bien mal; « les vacances de m’sieur hulot » en une suite de séquences bien soporifiques, hier à artv, notre bien-aimé cinéma vénéré, maintenant du cinéma d’amateur très ténu, fragile, les choses aimées qui se métamorphosent en choses méprisables, aile et moi étonnés, « on trouvait ça si fort, jeunes », mais oui, tout change, ainsi, le passé sous examen, j’achève « le livre noir du canada » du vaillant normand lester, long chapitre instructif sur le racisme effroyable des anglais d’ici, la haine des japonais, même avant la guerre, horrible, découverte utile : ces canadians détestaient viscéralement les Juifs, les japonais, les canadiens-français, les chinois, vraiment des racistes pitoyables, les faits abondes, les vérifications bien montrées par lester, c’est pour tant des nôtres une révélation, quoi, « ces gens-là », m’sieur brel, nous dépeignaient en racistes fascistes maladifs mais ils furent, eux, pires que tout, il faudrait faire lire cet indispensable « manuel scolaire » impitoyable chez nos écoliers, pourquoi, pour qu’ils sachent démasquer nos accusateurs, pour qu’ils apprennent les sources de la francophobie ambiante, ils sont si nombreux les oublieux, les sucrés qui disent « il faut s’entendre, ils furent bons envers nous, ils nous tant apporté, toutes ces fadaises que répandent les zouaves du bon ententisme « coast to coast », une bible rare ce livre noir…

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    la bonne mémoire ce n’est pas la haine, c’est du « je me souviens » essentiel, c’est bien savoir les racines de nos malheurs, la mémoire c’est le sang de la vie, de l’histoire, henry miller acceptait le cri du parisien : « la mission de l’homme sur terre est de se souvenir »; trop de monde vit sans cette mémoire utile, ils vivent au jour le jour, ils sont des épaves, des bois morts qui flottent sur la mer trop tranquille des endormis, victimes sottes des événements, refusent de avoir d’où nous venons et ne savent donc pas où ils vont, se laissent dériver, n’ont aucun sens à donner à leur existence, ils vont en aveugles, « dodo, métro, boulot », c’est un devoir qu’il faut se donner —si on les aime vraiment nos concitoyens manipulés— ils n’aimeront pas cela au début, un devoir : les réveiller, chante l’acadien déporté, zacharie richard —qui dormait lui aussi, il le disait l’autre soir chez christiane charrette— chante maintenant avec lui, pauvre anesthésié d’ici : « réveille, réveille » ! ça n’empêchera pas la joie, ça n’empêche pas le bonheur, non, non, savoir n’assombrit pas, se souvenir ne tend pas nécessairement triste, allons, au contraire, c’est un tremplin formidable, pour refuser les manigances des fédérats, pour retrousser les manches et , désormais, vouloir toute notre liberté, ainsi, l’autre soir, au film de binamé, revoyant l’exploitation des politiciens retors sur les misérables villageois adélois, on se disait, je me disais, c’est le passé mais plus jamais… à jamais prendre la défense des nôtres, ne plus jamais laisser dire des inepties sur les nôtres, nous n’étions pas des racistes —s’il y avait un noyau de désaxés— encore moins des fascistes, nous ne sommes pas, collectivement, des caves, c’est faux, c’est du racisme inverti les bobards de diffamateurs intéressés, racistes, ces assertions sordides des Esther Delisle, des Francis, des PitBull Johnson, des Mauditkakailles Richler et cie, il y a parmi nous plein de citoyens, mieux informés, décidés à vivre debout, en cette fin d’année, j’y crois plus que jamais et je ris de ces urgentissimes dadais qui baissent les bras; des nations durent attendrent des centaines d’années avant leur liberté, ici, après 50 ans de luttes, on en voit qui se découragent, allons, je suis certain, très sûr, qu’un jour viendra où nous l’aurons notre état français, c’est écrit c’est si normal, inévitable partout sur la planète, comique d’entendre, autour de john charest ou du mario-adq, que « c’est assez le vœu de la souveraineté », au RIN, jadis, c’était pas même 10 % mais en 1980, c’était 50% des nôtres votant « oui », en 1995, c’était 60% des nôtres, pourquoi cette rengaine répandue : « l’indépendance, les gens ne veulent plus en entendre parler » ? du « whisfull thinking » dit-on aux USA, celui de nos adversaires —dont les « saboteurs », pas d’autre qualificatif pour les députés libéraux à Ottawa— une propagande entretenue par nos bons maîtres et leurs valets stipendiés….maintenant, accrocher un sourire à ma face, pas difficile, je suis d’un tempérament joyeux, et m’en aller fêter chez la chère France, demain matin livrer à ckac un autre petit pan de mon passé dans villeray et voir mon tit-paul arcand, goguenard, qui va m’écouter raconter un orphelin, rue christophe-colomb, hélas jamais revu… maintenant, je la connais, aile va sortir mon « beau linge », mon veston noir comme en cachemire, ma cravate et ma chemise comme en or, un vrai p’tit roi mage, elle va me sourire —j’aime ses si beaux yeux quand elle me sourit— me dira : « parle pas trop ce soir, écoute les autres, pas de farces trop crues, ne bois pas trop »; je l’aime, c’est vraiment un ange gardien incomparable vous savez…

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    Dimanche soir, le 5 janvier, Jasmin sera interviewé à « PARLEZ_MOI DES FEMMES » par Denise Bombardier à Radio-22h.30 à la SRC. Mais avant ça:

    Vendredi 20 décembre à CKAC, Jasmin et son conte de Noël (vous en recevrez le texte la veille!

    Mardi le 24 décembre, le matin de la veille de Noël, vers 11h et 45 à « TOUS LES MATINS », Claude Jasmin, devant quelques enfants en studio, racontera un conte de Noël: « Le dragon de Noël ». On pourra ainsi voir à l’oeuvre, à chaud,ce « papi raconteur » tel qu’il le fut dans la chambre de ses petits-fils de 1985 à 1995. Ne pas rater cet exercice d’impro !

    Journal – 14 Décembre 2002

    poing, main fermée, rage, colère, former un poing, arme de nudité, main fermé, vouloir la paix pourtant, paix sur la terre, aux hommes de bonne volonté, paix, paix, si facile à dire, s’enrager encore, vainement ?, me questionne hier une jeune frédérique david venue ici me confesser pour son « accès laurentides », me parlant de la vanité de nos colères, répondre que donquichottien on naît, don quichottien on reste, fermer fermement la main, pour nettoyer, rendre net, poing brandi, malgré le temps des fêtes partout, en studio de « tous les matins » hier, fausse fête bien organisée, agitation sur signaux du régisseur, avec les pauses pour l’odieux commerce des fêtes, moi jouant alors le trouble-fête, le régisseur énervé, on fume pas en studio, c’est interdit, oh les interdits partout désormais, je surgissais entre les deux animateurs avec pots de pointssettia brandis, ou apparition saugrenue, déplacée, d’un nonours géant, ou d’une longue guirlande décrochée, redevenu le collégien dérangeur de jadis que je disais à jacques languirand amusé, tranquille lui, jouer le turbulent, déranger l’ordre établi, à la fin, on verra ça mardi matin en ondes veille de noël, redevenir le papi qui conte un alligator pris dans la glace du lac, des petits enfants à mes pieds, sortis de la garderie de radio-canada, mort de peur avant, les enfants ne trichent pas, s’il avait fallu que mon conte fasse patate ! oh !

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    tout est blanc ce samedi et décembre file, cadeaux à imaginer, ouash, vendredi dernier, après-midi à terrebonne, mon ange gabriel à sa trompette, chorales d’enfants sages et cantiques pieux comme laïcs, aile et moi contents d’écouter ce airs d’antan, redevenir un enfant à ce collège du saint-sacrement, entrerai-je au paradis, tara-tata-ta, petits tambours, mon beau sapin, roi des forêts, tremper volontiers dans la colle collante des chansons obligées, aimer la métamorphose rituelle, ambiance nostalgique, partout, il y a les noires nouvelles, revenus chez soi, radios et télés, encore ce poing qui me démange, un mitré vaticanesque qui démissionne —enfin— pour tant d’aveuglement bostonnais, pédophilie aux yeux fermés, complicité hiérarchique crase, l’intolérable toléré, le silence des faux agneaux en soutanes pourpres, ouash, ailleurs, un con fini, un coach bien con, enrage d’un petit fleurdelysé brandi sur estrade olympiquienne, non, non, pas de surprise niaise, la haine continue — tue, cachée— de notre patriotisme tout simplement, ne pas rugir, ne pas jouer les surpris, les scandalisés, comprendre une bonne fois pour toutes que ce fédérat est franc, lui, pas hypocrite comme les stéphane dion et compagnie, saboteurs stipendiés de notre patrie, un gérant de natation innocent, mais oui, si franc, sans masque, admirons plutôt sa franchise à ce jonhson, pas de poing brandi pour la vérité, celle que l’on camoufle sans cesse, la vérité éclate encore, une fois de plus, nos sommes tous des orphelins de patrie, à côté de chacun des nôtres, se rapetisse un niais qui imagine une fédération impartiale, les pauvres dadais

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    comme chaque fin d’année, mon énervement, de quoi au juste? , comment bien savoir, une anxiété bizarre, cela depuis toujours, vouloir faire quoi, place nette, main nette, jésus au fouet, les marchands me tuent, les temples marchands me font râler, mille milliers de comptoirs et moi comme les autres, des gants neufs, un cellulaire, une tuque neuve, des skis meilleurs, comment résister, ça gueule tout autour, et moi, j’ai un livre nouveau à vendre, mon éditeur pauvre absent aux comptoirs, ma peur, écrire pour rien, pour personne, expédier du courriel de mécontent au pauvre éditeur, poing brandi encore, arriver à m’en ficher, publier pour rien, corriger mon conte pour ckac, corriger mon autre conte pour chez tit-paul houde, sans cesse vouloir améliorer, peaufiner, métier de fou, débuter ce midi le roman d’une sissi labrèche, elle met vulve, étale, ouvre sa brèche, dit-elle, pénis du prof universitaire mal marié, pose vagin, con de cette sotte étudiante énamourée, très vieille histoire, chair fraîche à couvrir, motel de banlieue, libido désaxée, sottises, langue fourrée, baise et culottes aux genoux, pas encore ça, être si lassé de ce dévergondage, le cul sorti, l’air vicié, sans cesse, partout, pour allécher le voyeur, littérature de fermeture-éclair, pouah, pouah, moi qui veut plonger dans un récit de foi et mission, qui veut tant parler de l’âme, un vrai fou et moins de lecteurs encore, s’en ficher carrément, avoir vu vendredi au faux party de studio le martineau au faux bar, draguant, tassant la chroniqueuse blondinette, croc niqueuse oui, ce même martineau qui rédige du projet de feuilleton pour tqs avec ex-star de porno, à voir tard, tristesse, où aller se laver, seigneur, où, télé publique, avoir vu son copain le benoit dutrizac jouant le grossier voyou avec landry qui ne bronchera pas, qui sait bien le jeu des effronteries télévisuelles à la mode, préférer se montrer comme sourd plutôt que corriger un blanc-bec noir, franc-tireur déboussolé, non plus de boussole nulle part, poing à brandir, oui, oh oui

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    ainsi va la vie en décembre qui s’achève, avec, irresponsable, ce côté tout croche, médecin tripoteur de petits garçons, ou bien ce papa tordu à petite fille meurtrie, un cochon, non, n’insultons pas les cochons, la bassesse étalée sans cesse, mon aile effrayée qui bat de l’aile, assommée, mon aile qui se glace, un gendarme, hotte, à fourrer en cellule pour longtemps, coupable, un tueur à fusil de service, assassinats ici et partout, envie d’aller me réfugier, et prier, mais prier qui désormais, la lumière baisse encore, mais où aller réfléchir, dans quel abri, la saloperie se répand, arriver à garder un reste d’espérance, malgré tout, bien savoir qu’ici, bien modeste, là, bien secret, quelques esprits se réchauffent à la lumière d’une foi, d’une foi rare, héros galvanisés, belle résistance malgré tout

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    la lumière va nous revenir, c’est le temps voulu, la fin de décembre annonce mieux, demain, bientôt, il fera clair un peu pus longtemps, le jour sera un peu plus long, on fêtait cela il y a des millénaires, pas vrai, toujours refuser la ténèbre, fuir ces vieux enfants infirmes, ceux de la ténèbre, aller fermement vers les enfants de lumière, où se cachent-ils, me reste trop peu de temps de vie pour continuer à m’embarrasser des poltron qui pullulent, arriverais-je à être bon, pourrais-je parvenir avant la fin à une existence de sérénité, pas facile, ce poing, le mien, celui de ma main gauche, ma droite cognant à ce clavier, poing qui se raidit toujours, trop souvent, tant pis, ne pas être capable ni de cesser de m’émerveiller pour un simple coup de vent dans les nuages, ni de m’indigner pour une petite injustice dans l’océan des coups bas donnés aux pauvre humains, j’aurais dû faire un prêtre, mais non, trop glouton, trop jouisseur, trop comme le monde ordinaire, pas assez de foi, pas assez d’élévation, simple comme bonjour, l’admettre lucidement avant de tourner la dernière page de ce calendrier fixé sur ma porte de bureau toujours ouverte qui cache un bénitier de fer, un chapelet de grand-mère en pierres pas bien précieuses, ma vie à courailler les petits bonheurs, comme tout le monde, arriver en fin de course maintenant et me questionner, il est tard, bilan dérisoire, ma chère aile qui s’inquiète, guignolée partout jeudi et pas même une cenne noire dan ces paniers ouverts, trop loin de ce trafic charitable, trop loin, prétexte

    6-

    les canons ronronnent soudain en face, neige fausse, venez les glisseurs, les amateurs de vitesse, le corps cogne, aile partie pour des exercices programmés, aller prendre mon maillot de bain, jeudi, me cogner sur la porte close de la piscine de l’hôtel l’autre bord du lac, c’est fermé m’sieur, réparations, ouverture à noël, bon, tant pis, revenir bredouille, manger des fruits de mer dans des pâtes fraîches hier soir, au « petit italien » rue bernard, et l’amie invitée qui déballe des misères familiales, qui dit :pas pour ton saudit journal, hein, quoi?, je ne le tiens plus, je lui dis, ici, je résume du temps, je presse des citrons jaunes et verts, rester capable d’éclats de rire, rester léger, ouvrir les poings, ouvrir les mains, applaudir des beautés infimes, chercher quoi voir, quoi lire, quoi admirer encore, purgation obligatoire, tout tenter pour rester léger, mon beau projet pour 2003 qui fonce sur nous tous, ce sera mon année de bonté, ne cesserai pas de m’enrager et du même souffle de vibrer à ces petits oiseaux minuscules qui, comme ce midi, s’agglutinaient à nos mangeoires de la galerie, aile si ravie, dans cette pauvre lumière blafarde d’aujourd’hui… et puis si déçue par le gras geai bleu qui fait fuir les plus petits, elle dit : « c’est la vie donc, toujours les gros qui… » hélas oui, aile

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    envie d’abandonner mon roman de l’ exilé en mission, crainte d’être incapable de bien raconter une foi vive, j’ai glané, hier soir, dans des vieilles annales reliées des missions étrangères pour solidifier mon projet de fou, y ai déniché une chanson polissonne sur l’oncle ernest en chine, cocasserie, maintenant, soudain, envie de science-fiction, d’anticipation ?, la terre dévastée et deux survivants qui reprennent tout le travail, encore une idée, n’en pas finir d’avoir juste des envies, des projets flous, mon sort, mais… avoir reçu hier le permis de typo-sogides, oui, pour cet album illustré en beauce, chez le jacob pharmacien-éditeur, devoir donc aller au sous-sol pour brosser de belles images pour lui, non, me retenir, après le jour de l’an, après… toujours plu tard, procrastination maudite, une michou chèrebroukoise plonge aussi, un écrit en devenir, tiendra-t-elle le coup, elle me couriellise, me questionne, je la sens fragile, ne sais trop quoi lui recommander, « le dur désir de durer », cette foi chambranlante en soi, combien sommes-nous, un peu partout, avec un projet qui branle dans le manche, tudieu que c’est pas facile de garder une envie valable

    8-

    mon fidèle marcogendre me faisait signe, il faut y aller, il faut un début, ce premier poing net, faire sonner le coup du pistolet de départ, bin ça y est, pas une seule note, aucun calepin désormais, juste tenter de faire surgir ce qui flotte, ce qui surnage, ramasser le dessus du réservoir, fuir la lie, ma sœur marielle m’a expédié des photos de maman jeune fille, l’autre siècle à ses débuts, belle fille, je m’ennuie d’elle, ma morte de 1987, irai au bonisoir d’en bas de la côte, photocopies agrandies, veux mieux la voir cette première femme de ma vie, et faire aussi copie du permis-graveline pour le beauceron qui m’admire, dit-il, chaleur de savoir juste cela, un pharmacien artisan en édition m’aime, m’en montrer digne, tiens, je parlerai d’elle, ma germaine, dimanche soir le cinq janvier avec la Bombardier, oh!, craindre d’avoir trop parler, ma manière trop franche, avoir révélé des intimités et le regretter, on jase devant un kodak et on oublie que cela sera gravé, montré, grand péril, et puis quoi, non, non, foncer, ne pas regarder en arrière, c’est moi qui dit cela, hen quoi, pas de rétro, l’enfant de villeray, moi que l’on veut si souvent résumer, cataloguer, encadrer, enfermer en un bonhomme nostalgique, si on savait comment le temps qui vient —2003, 2003— m’excite bien plus que le temps perdu, cher proust

    9-

    faire ainsi chaque semaine dix strophes, ad lib, oui, oui, très librement, m’éparpiller, brefs contes des jours d’une seule semaine à la fois, pas le temps pour la ponctuation normale, ordinaire, enchaîner vivement, des petites sensations, des émotions légères, des sentiments forts et même des idées folles, en arriver chaque fois à me dénouer les doigts, de force, à rouvrir la main, à faire d’un poing nécessaire, une main ouverte, net de scories encombrantes, net de rancune, de vengeance, crier et puis me calmer, il y a que je me veux un autre, cher arthur rimbaud, me souvenir de nos bonnes résolutions de fin d’année, rédigées la langue sortie sur le pupitre de chêne avec son trou pour l’encrier, à la petite école du quartier, nous lisions cette liste aux parents distraits avec la ferme intention de changer, d’évoluer, pauvres petits nigauds —et nigaudes— merveilleux que nous étions, noël très bientôt, il y aura du bon manger sur les tables et il y aura des chansons, « c’est à boire , à boire, à boire… il y aura un peu plus de joie, on va oublier les salauds des actualités, aussi les bandits et les gueux, les grands enfants blessés de dan bigras qui implore notre pitié ce matin dans la presse, les indigents des afriques, les énervés au pouvoir washingtonien, on doit à la vie d’espérer, devoir inévitable, je suis si content, si fier, de nous voir espérer malgré tout, c’est l’honneur des humains, une vertu ignorée, l’espérance est vissée au fond de nous, sinon… sinon on pourrait ne plus jamais vouloir se réveiller le matin, tant pis pour les âmes mortes, c’est norman mailer qui a raison, il y a pire que la mort physique, il y a cette mort affreuse qui peut survenir, oui, nous sommes entouré de morts qui marchent, félix leclerc, c’est un environnement lugubre, la ténèbre biblique ne m’atteindra pas et je vais tenter de protéger tous ceux que j’aime, je vais chanter avec georges dor : « on est des bons larrons / cloués à nos amours… », je me fais la promesse de faire chanter les miens à noël, au jour de l’an, il fera noir mais nous n’aurons pas peur

    10

    le plus grand, le plus grave des scandales c’est d’entendre râler ceux qui vivent ici parmi nous, en occident, les privilégiés que nous sommes, en bonne santé et qui braillent, c’est une injure incommensurable, une insulte d’une grave grossièreté à tous ceux qui en bavent, qui en arrachent sur tant de continents défavorisés, mes doigts s’ouvrent, je veux être bon, je veux écouter le conseil d’une correspondante internaute : « continuez mais ne soyez pas trop pessimiste », bien, je me corrigerai, ma main s’ouvrira plus souvent, quand mon poing, pas si net, se fermera, je le garderai au dessus de ma tête, un peu loin de ma cible, je ne cognerai pas, comme le demi-sourd que je suis devenu, non, non, c’est une arme un poing, je le sais bien , je ne frapperai pas, je me retiendrai, l’amour m’aura, il le faut, je dois mieux le savoir, c’est l’amour qui fait féconder…tout, fait s’épanouir tout, enfant, j’ai été aimé, je dois rendre cela, je veux apprendre la charité, je veux retrouver le petit garçon que j’étais, vous verrez, vous l’aimerez —on aime les enfants— je dois le retrouver, là, où je l’ai caché quand je croyais, jeune matamore, qu’il fallait vite devenir un …homme, je dois lui dire à l’enfant retrouvé : « je m’égarais, pardon, on continue », j’avais confiance, je croyais à la vie, fermement, je veux reprendre cette route de candeur, c’est l’amour qui gagne toujours, sur tout, je me ferai prédicateur d’ amour… misère, encore les belles promesses et déjà je frémis, je me connais si bien, il viendra encore des enragements, oui, bon, tant pis, je fermerai le poing et je vais crier, je vais rouspéter bien raidement et puis je me souviendrai de ma résolution de nouvelle année, alors je vais desserrer le poing, il sera net de colère stérile, promis, promis.

    Intro- Poing comme net

    Durant une année, du 9 décembre 2001 au 9 décembre 2002, Claude Jasmin a tenu ici son journal : Journées nettes.

    Journées nettes tient en 175 textes sur l’actualité, les arts, les autres, la philosophie, tout et rien. Les écrits des quatre premiers mois ont été publiés sous le titre « À coeur de jour« . Il s’agit certainement d’un des premiers livres tirant son origine entièrement du web.

    Le contenu original demeure toutefois sur le net. Les étudiants pourront y puiser inspiration pour leurs travaux. Un moteur de recherche leur facilite la vie.

    L’année est terminée. L’exercice aura été semble-t-il laborieux pour l’auteur. Une régularité, une discipline peu habituelle pour celui qui s’amuse à écrire rapidement. Exercice difficile car, dit-il, il devait tout noter pour se rappeler.

    C’est pourquoi Jasmin a annoncé le 9 décembre 2002 comme une jour de libération: « Avec ce Poing comme net – le mot poing pour colères, évacuation d’humeurs- je ne me fierai plus qu’à ma mémoire. À la mi-décembre, n’y aura plus, en hebdo, que les points forts des jours enfuis. Ce que j’oublierai méritera d’être oublié. Ça vient de finir

    Pourtant, il poursuivra autrement l’expérience. Poing comme net prendra la relève. Chaque semaine un coup, un nouveau cri du coeur.

    Marc Barrière

    Le samedi 7 décembre 2002

    [fin de Journées nettes, page Web originale]

    1-
    Adieu. Et au revoir ? Demain, le 8 décembre, il y a un an, je partais. Dans cette aventure que constitue un journal. Toute une année déjà ? Incroyable. Le chanteur : « On ne voit pas le temps passer ». Si vrai. Hier soir, bonne bouffe au « Afghan », rue Duluth coin Saint-Hubert –apportez votre vin—, avec soupe et entrées (delicioso !) afghanes, tendre mouton sur trois riz afghans, thé afghan. Délicieux repas. Petit restau où nous conduisaient sans égfaillir (ils savent les bons « spots ») Pierre-Jean « Cuire-Air-Riez » et sa « filiforme » —non filigrane— Ca(sse) role, la psy.
    En après-midi, j’étais en studio (pré-enregistrement pour le 31) avec le tandem disproportionné, le nabot Paul Houde et l’échassière Dominique Bertrand. Tentative risquée et folichonne de les faire bricoler une ménagerie avec mes bonbons. On a ri de mon échec…relatif. Geneviève Saint-Germain, dont je tente de retracer les origines, proteste faisant fi du passé, des souvenirs et de la nostalgie. La belle rébarbative aux racines me déconcerte. On sait ma manie de la généalogie. Un allié de mon goût : ce Pierre-Jean. Marchant vers sa voiture, rue Saint-Hubert, me voilà ravi quand il m’indique la maison-école de la fameuse prof de diction, Madame Audet, l’escalier où les élèves attachaient les vélos, le soupirail de la cave-studio « c’est mon père, dit-il, qui avait rénové cette cave ».
    Avant d’arriver à la rue Roy, je lui montre le garage derrière un petit manoir, jadis propriété des Prud’homme, quincailliers en gros, un oncle riche, où se vivait le « Studio XV » de l’animateur de théâtre Gérard Vleminck. Adolescent, enthousiaste j’y avais vu, de Lorca, « La maison de Bernarda ». Pierre-Jean : « On marchait souvent, Serge Turgeon, Yves Corbeil, d’autres, jusqu’à ma rue Leman, dans Villeray ». Je dis : « Diable, vingt coins de rues non »? Le temps, l’espace, comptaient pas, dit-il, on refaisait le monde »! Nos jeunesses trop vite enfuies. Les Saint-Germain riraient de nous si heureux de nos réminiscences.
    2-
    Hier, dans le noir du soir, au coin d’Hutcheson et Mont-Royal, sortant de chez Cuir-Air-Riez, revoir, pas loin, le petit édifice tout blanc au pied du mont Royal : je me suis revu, collégien sortant de cet ex-terminus des trams avec mes vieux skis, les soirs de congé en hiver. Loisir adoré où de si joies filles skiaient vers l’ange de bronze juché en l’air sur le monument à Louis-Phil Lafontaine, signé Laliberté. À notre thé afghan, plus tôt, nous jasions sur le grand rassemblement « des vétérans » de la télé mercredi soir, soudain Aile qui pleure abondamment. Notre désarroi. Elle racontait des remords. D’avoir revu —vingt ans plus tard, vingt ans trop tard— une fidèle amie, scripte qui sombrait dans la dépression à répétition. Cette H.L., qui, mercredi, la regarde muette, semblant lui reprocher son abandon… La douleur et voilà Aile inconsolable, se croyant avoir été très lâche. Carole, psy, a les bonnes paroles pour la consoler, la rassurer. Grand malaise et puis le calme revenu enfin.
    3-
    Ici m’empêcher de sombrer dans les phrases solennelles parce que je quitte le journal. Non. Continuer comme j’ai commencé. Tenez, cahier littérature du Devoir lu tantôt : la « une » consacrée encore à des auteurs étrangers. Le racisme inverti sévit. Je me tairais si je savais qu’en France —ou en Belgique, n’importe où dans le monde— les journaux consacraient des « unes » à nos livres. N’en croyez rien, bien entendu. Eux ne sont pas des colonisés jouant les « internationaux », pétant plus haut que le trou.
    En sixième page du cahier, bon papier de Biron sur le tout récent Poulin lu : « Les yeux bleus… » J’ai aimé ce bref roman se déroulant dans le Vieux-Québec. Honneur au mérite, comme on disait dans nos écoles jadis. Microbes, virus ? Ce matin j’ai jeté à la poubelle tout le stock de friandises apporté aux maladroits bricoleurs de « Tous les matins », étalées sur la table du studio, tripotées par toutes ces sales mains de salisseurs, de salauds —ils se sont bien moqués de ma tentative. À la fin mon Houde qui me lance : « Bon. Était-ce l’essentiel de votre topo, oui? Croyez-vous devoir être payé pour ça » ? Le saligaud !
    La Sodec et Téléfilm versaient, les yeux fermés, sept millions de notre argent public sur un scénario de Louis Saïa, « Les dangereux ». Le film est classé partout (radio-télé-journaux) le « pire navet jamais tourné dans nos murs ». Unanimité noire : « Les dangereux, c’est de la merde »! Ces jurés anonymes qui scrutent les projets à subventionner —avec notre mazoune— sont-ils des « bouchés des deux bouttes »? Des bornés pathologiques ? Eh oui !
    4-
    L’ami-réalisateur Castonguay, alias Tit-Cass, au téléphone à l’instant : « Claude ? Salut ! Ce soir, ton film belge « Pleure pas Germaine », montré à neuf heures et demi, à Télé-Québec ». C’est bien noté. Lui qui appréciait tant mes lettres ouvertes d’antan, je lui apprend s qu’il y a mon journal à claudejasmin.com, s’il a envie de me lire. Surpris il me dit : « Ah bon, je vais tout de suite aller voir ça ». Mon Tit-Cass lira donc l’avant-dernière entrée !
    Mél : invitation pour conférencer à Sainte-Thérèse en… février, j’y reviens, c’est loin. Dire « oui » sans être certain d’y être. Voyage obligatoire imprévu ? Maladie grave ? Accident fatal, euh… décès ? Eh, personne n’est immortel. Donner son accord et croiser les doigts.
    Aile me récitait le lot des atrocités habituelles glanées dans les gazettes de ce matin. Elle est revirée. Assassinats, scandales sexuels, un savant pédiatre complètement tordu à l’hôpital de Drummondville, un père, loque humaine, dénaturé, un jeune instructeur de loisirs pervers, pédophilie crasse chez des enfants amérindiens, l’ouvrage satanique d’un bon père Oblat en haute mauricie, meurtres crapuleux, détournements néfastes d’argent public… Une montagne, que dis-je, une chaîne de montagnes de malhonnêtetés.
    Moi, furetant dans une grosse bio de Queneau, je dis : « Eh oui, voilà d’où sort le cynisme de nous tous, notre méfiance. On devrait cesser de lire tous les matins ces listes d’horreurs, c’est démoralisant, désespérant, déstabilisant. Surtout démobilisateur, non ? Aile, comme se sortant d’un bain de boue, dit : « Oui, oui ». Mais demain matin, nous lirons la suite de ce « carnaval des animaux ». Animaux ? Non, n’insultons pas les bêtes, non !André Pratte, dans La Presse de ce matin, justement, dresse sa liste des monstruosités : 1-députés voulant doubler les retraites pourtant déjà bien payantes, 2- grands bureaux luxueux pour des PDG de l’État, 3- favoritisme éhonté —et bien politicien— tous azimut, 4- millions mal gérés (loi sur armements). Pratte est d’accord. Le résultat : le cynisme. Avec, forcément, le désintérêt des citoyens écœurés pour la démocratie élective. Danger très grave.
    5-
    Étonnant de lire la charge anti-fédérale d’une Lysiane Gagnon ce matin. Elle commente le centralisme effarant du projet fédéralisateur du sieur Romanow, ajoutant qu’il se cherche un bon job en suggérant l’invention —dans son rapport centralisateur— d’un BMS, Bureau mondial de la Santé. J’ai ri : la Gagnon n’oserait jamais publier (chez le père Desmarais): « Vive le Québec libre, libre du « tout à Ottawa ». Comme on dit « tout à l’égout ». À gauche de cette lysiatanie, la droitière ouimessie (M. Ouimet) bafouille en sa colonne sur « Vie de fou », cherchant qui blâmer sur « maman au travail », « papa absent stressé », une farce. Bien enfoncée dans sa presse consommationniste (à outrance ) elle fait mine de philosopher. Causerie à vide.
    Le Gérald Tremblez (sic) abolit la coutume chrétienne du grand sapin illuminée (hôtel de Ville). Pour pas gêner nos nouveaux-venus. Lettre ouverte de Caroline Dupuis pour se moquer : les autres cultures, c’est sacré, faut pas les offenser. « On ne voit pas ce reniement nulle part au monde » dit-elle, ajoue : « imbéciles colonisés ». À ses cotés, Khuong V Thanh : « Au Vietnam, mon pays bouddhiste à 90 %, Noël était fêté comme dans tout l’univers. Niaiserie que cette idée de ne pas offenser les autres cultures ». Une émigrante étonnante, Marie-Rose Bacaron, dit clairement que l’émigrant n’a pas à se sentir mal là où il a choisi de s’installer, mais à s’adapter. Elle livre son aversion de nous voir, collectivement, nous rapetisser, nous écraser par complaisance. Laisser s’écraser nos traditions, us et coutumes par « colonialisme » (son mot) . Elle regrette les ghettos qui encouragent à la non-intégration, elle note que tchador, kirpan, turban, hijab, s’installent hardiment. Son désaccord est courageux, il fait honte aux « trembleurs » de service un peu partout, toujours disposés à s’effacer de leur propre histoire. Comme les enragés de la laïcité —tel ce petit Baril-Tonneau des Droits de l’Homme en tête de ce cortège au neutre bien gris— s’énervant des croix chrétiennes en places publiques, héritage historique renié.
    Même « tribune des lecteurs », un ironiste doué, Daniel Savard de Belœil (même sujet), dit qu’il installera sous son palmier à cocos lumineux dans son salon, pas une crèche à paille, mais un igloo, pas d’âne mais un phoque. Un morse à la place du bœuf et, enfin, au lieu d’un enfant Jésus, un ourson… polaire. J’ai ri.
    6-
    J’avais 33 ans, c’était 1964, j’écrivais dans ma cave les premières lignes de « Pleure pas Germaine ». Cela se passe dans Villeray, le chômeur « au loyer pas payé », Gilles Bédard, râle face aux policiers de la rue Jarry, des paresseux incapables de trouver le meurtrier de sa grande Rolande. Il y a le laid viaduc du boulevard Métropolitain derrière sa caboche d’ivrogne.
    Un soir de l’an 2000, au Festival du film, je voyais un autre Gilles Bédard, flamand francisé, qui gueule lui aussi. Le laid viaduc d’une banlieue de Bruxelles proche de sa maison modeste. Il va partir à la recherche de l’assassin de sa Rolande avec sa Germaine qu’i aime toujours. Et les quatre enfants qu’il va mieux découvrir. Je regardais avec un vif plaisir la version filmique de « Pleure pas Germaine » par le jeune cinéaste Alain de Halleux. À Télé-Québec, ce soir, je regarderai encore ce film sans aucune cascade, ni effets spéciaux, rien de « dangereux », être ému encore quand le Gilles va s’écrier : « Débarrassez-vous de moi, partez sans moi, vite, laissez-moi ici, allez-vous en, à quoi je sers Germaine, à quoi je suis bon ? À rien » !
    7-
    Dernière entrée donc. Oui, adieu et au revoir. À quoi je servais avec ce journal ? À rien ? Non, non, j’ai reçu des messages chauds comme du miel, j’ai entendu des commentaires, bons comme du bon pain. Merci. Adieu et au revoir !

    JOURNÉES NETTES – 7 décembre 2002

    1-

    Adieu. Et au revoir ? Demain, le 8 décembre, il y a un an, je partais. Dans cette aventure que constitue un journal. Toute une année déjà ? Incroyable. Le chanteur : « On ne voit pas le temps passer ». Si vrai. Hier soir, bonne bouffe au « Afghan », rue Duluth coin Saint-Hubert –apportez votre vin—, avec soupe et entrées (delicioso !) afghanes, tendre mouton sur trois riz afghans, thé afghan. Délicieux repas. Petit restau où nous conduisaient sans égfaillir (ils savent les bons « spots ») Pierre-Jean « Cuire-Air-Riez » et sa « filiforme » —non filigrane— Ca(sse)role, la psy.

    En après-midi, j’étais en studio (pré-enregistrement pour le 31) avec le tandem disproportionné, le nabot Paul Houde et l’échassière Dominique Bertrand. Tentative risquée et folichonne de les faire bricoler une ménagerie avec mes bonbons. On a ri de mon échec…relatif. Geneviève Saint-Germain, dont je tente de retracer les origines, proteste faisant fi du passé, des souvenirs et de la nostalgie. La belle rébarbative aux racines me déconcerte. On sait ma manie de la généalogie. Un allié de mon goût : ce Pierre-Jean. Marchant vers sa voiture, rue Saint-Hubert, me voilà ravi quand il m’indique la maison-école de la fameuse prof de diction, Madame Audet, l’escalier où les élèves attachaient les vélos, le soupirail de la cave-studio « c’est mon père, dit-il, qui avait rénové cette cave ».

    Avant d’arriver à la rue Roy, je lui montre le garage derrière un petit manoir, jadis propriété des Prud’homme, quincailliers en gros, un oncle riche, où se vivait le « Studio XV » de l’animateur de théâtre Gérard Vleminck. Adolescent, enthousiaste j’y avais vu, de Lorca, « La maison de Bernarda ». Pierre-Jean : « On marchait souvent, Serge Turgeon, Yves Corbeil, d’autres, jusqu’à ma rue Leman, dans Villeray ». Je dis : « Diable, vingt coins de rues non »? Le temps, l’espace, comptaient pas, dit-il, on refaisait le monde »! Nos jeunesses trop vite enfuies. Les Saint-Germain riraient de nous si heureux de nos réminiscences.

    2-

    Hier, dans le noir du soir, au coin d’Hutcheson et Mont-Royal, sortant de chez Cuir-Air-Riez, revoir, pas loin, le petit édifice tout blanc au pied du mont Royal : je me suis revu, collégien sortant de cet ex-terminus des trams avec mes vieux skis, les soirs de congé en hiver. Loisir adoré où de si joies filles skiaient vers l’ange de bronze juché en l’air sur le monument à Louis-Phil Lafontaine, signé Laliberté. À notre thé afghan, plus tôt, nous jasions sur le grand rassemblement « des vétérans » de la télé mercredi soir, soudain Aile qui pleure abondamment. Notre désarroi. Elle racontait des remords. D’avoir revu —vingt ans plus tard, vingt ans trop tard— une fidèle amie, scripte qui sombrait dans la dépression à répétition. Cette H.L., qui, mercredi, la regarde muette, semblant lui reprocher son abandon… La douleur et voilà Aile inconsolable, se croyant avoir été très lâche. Carole, psy, a les bonnes paroles pour la consoler, la rassurer. Grand malaise et puis le calme revenu enfin.

    3-

    Ici m’empêcher de sombrer dans les phrases solennelles parce que je quitte le journal. Non. Continuer comme j’ai commencé. Tenez, cahier littérature du Devoir lu tantôt : la « une » consacrée encore à des auteurs étrangers. Le racisme inverti sévit. Je me tairais si je savais qu’en France —ou en Belgique, n’importe où dans le monde— les journaux consacraient des « unes » à nos livres. N’en croyez rien, bien entendu. Eux ne sont pas des colonisés jouant les « internationaux », pétant plus haut que le trou.

    En sixième page du cahier, bon papier de Biron sur le tout récent Poulin lu : « Les yeux bleus… » J’ai aimé ce bref roman se déroulant dans le Vieux-Québec. Honneur au mérite, comme on disait dans nos écoles jadis. Microbes, virus ? Ce matin j’ai jeté à la poubelle tout le stock de friandises apporté aux maladroits bricoleurs de « Tous les matins », étalées sur la table du studio, tripotées par toutes ces sales mains de salisseurs, de salauds —ils se sont bien moqués de ma tentative. À la fin mon Houde qui me lance : « Bon. Était-ce l’essentiel de votre topo, oui? Croyez-vous devoir être payé pour ça » ? Le saligaud !

    La Sodec et Téléfilm versaient, les yeux fermés, sept millions de notre argent public sur un scénario de Louis Saïa, « Les dangereux ». Le film est classé partout (radio-télé-journaux) le « pire navet jamais tourné dans nos murs ». Unanimité noire : « Les dangereux, c’est de la merde »! Ces jurés anonymes qui scrutent les projets à subventionner —avec notre mazoune— sont-ils des « bouchés des deux bouttes »? Des bornés pathologiques ? Eh oui !

    4-

    L’ami-réalisateur Castonguay, alias Tit-Cass, au téléphone à l’instant : « Claude ? Salut ! Ce soir, ton film belge « Pleure pas Germaine », montré à neuf heures et demi, à Télé-Québec ». C’est bien noté. Lui qui appréciait tant mes lettres ouvertes d’antan, je lui apprend s qu’il y a mon journal à claudejasmin.com, s’il a envie de me lire. Surpris il me dit : « Ah bon, je vais tout de suite aller voir ça ». Mon Tit-Cass lira donc l’avant-dernière entrée !

    Mél : invitation pour conférencer à Sainte-Thérèse en… février, j’y reviens, c’est loin. Dire « oui » sans être certain d’y être. Voyage obligatoire imprévu ? Maladie grave ? Accident fatal, euh… décès ? Eh, personne n’est immortel. Donner son accord et croiser les doigts.

    Aile me récitait le lot des atrocités habituelles glanées dans les gazettes de ce matin. Elle est revirée. Assassinats, scandales sexuels, un savant pédiatre complètement tordu à l’hôpital de Drummondville, un père, loque humaine, dénaturé, un jeune instructeur de loisirs pervers, pédophilie crasse chez des enfants amérindiens, l’ouvrage satanique d’un bon père Oblat en haute mauricie, meurtres crapuleux, détournements néfastes d’argent public… Une montagne, que dis-je, une chaîne de montagnes de malhonnêtetés.

    Moi, furetant dans une grosse bio de Queneau, je dis : « Eh oui, voilà d’où sort le cynisme de nous tous, notre méfiance. On devrait cesser de lire tous les matins ces listes d’horreurs, c’est démoralisant, désespérant, déstabilisant. Surtout démobilisateur, non ? Aile, comme se sortant d’un bain de boue, dit : « Oui, oui ». Mais demain matin, nous lirons la suite de ce « carnaval des animaux ». Animaux ? Non, n’insultons pas les bêtes, non !André Pratte, dans La Presse de ce matin, justement, dresse sa liste des monstruosités : 1-députés voulant doubler les retraites pourtant déjà bien payantes, 2- grands bureaux luxueux pour des PDG de l’État, 3- favoritisme éhonté —et bien politicien— tous azimut, 4- millions mal gérés (loi sur armements). Pratte est d’accord. Le résultat : le cynisme. Avec, forcément, le désintérêt des citoyens écœurés pour la démocratie élective. Danger très grave.

    5-

    Étonnant de lire la charge anti-fédérale d’une Lysiane Gagnon ce matin. Elle commente le centralisme effarant du projet fédéralisateur du sieur Romanow, ajoutant qu’il se cherche un bon job en suggérant l’invention —dans son rapport centralisateur— d’un BMS, Bureau mondial de la Santé. J’ai ri : la Gagnon n’oserait jamais publier (chez le père Desmarais) : « Vive le Québec libre, libre du « tout à Ottawa ». Comme on dit « tout à l’égout ». À gauche de cette lysiatanie, la droitière ouimessie (M. Ouimet) bafouille en sa colonne sur « Vie de fou », cherchant qui blâmer sur « maman au travail », « papa absent stressé », une farce. Bien enfoncée dans sa presse consommationniste (à outrance ) elle fait mine de philosopher. Causerie à vide.

    Le Gérald Tremblez (sic) abolit la coutume chrétienne du grand sapin illuminée (hôtel de Ville). Pour pas gêner nos nouveaux-venus. Lettre ouverte de Caroline Dupuis pour se moquer : les autres cultures, c’est sacré, faut pas les offenser. « On ne voit pas ce reniement nulle part au monde » dit-elle, ajoue : « imbéciles colonisés ». À ses cotés, Khuong V Thanh : « Au Vietnam, mon pays bouddhiste à 90 %, Noël était fêté comme dans tout l’univers. Niaiserie que cette idée de ne pas offenser les autres cultures ». Une émigrante étonnante, Marie-Rose Bacaron, dit clairement que l’émigrant n’a pas à se sentir mal là où il a choisi de s’installer, mais à s’adapter. Elle livre son aversion de nous voir, collectivement, nous rapetisser, nous écraser par complaisance. Laisser s’écraser nos traditions, us et coutumes par « colonialisme » (son mot). Elle regrette les ghettos qui encouragent à la non-intégration, elle note que tchador, kirpan, turban, hijab, s’installent hardiment. Son désaccord est courageux, il fait honte aux « trembleurs » de service un peu partout, toujours disposés à s’effacer de leur propre histoire. Comme les enragés de la laïcité —tel ce petit Baril-Tonneau des Droits de l’Homme en tête de ce cortège au neutre bien gris— s’énervant des croix chrétiennes en places publiques, héritage historique renié.

    Même « tribune des lecteurs », un ironiste doué, Daniel Savard de Belœil (même sujet), dit qu’il installera sous son palmier à cocos lumineux dans son salon, pas une crèche à paille, mais un igloo, pas d’âne mais un phoque. Un morse à la place du bœuf et, enfin, au lieu d’un enfant Jésus, un ourson… polaire. J’ai ri.

    6-

    J’avais 33 ans, c’était 1964, j’écrivais dans ma cave les premières lignes de « Pleure pas Germaine ». Cela se passe dans Villeray, le chômeur « au loyer pas payé », Gilles Bédard, râle face aux policiers de la rue Jarry, des paresseux incapables de trouver le meurtrier de sa grande Rolande. Il y a le laid viaduc du boulevard Métropolitain derrière sa caboche d’ivrogne.

    Un soir de l’an 2000, au Festival du film, je voyais un autre Gilles Bédard, flamand francisé, qui gueule lui aussi. Le laid viaduc d’une banlieue de Bruxelles proche de sa maison modeste. Il va partir à la recherche de l’assassin de sa Rolande avec sa Germaine qu’i aime toujours. Et les quatre enfants qu’il va mieux découvrir. Je regardais avec un vif plaisir la version filmique de « Pleure pas Germaine » par le jeune cinéaste Alain de Halleux. À Télé-Québec, ce soir, je regarderai encore ce film sans aucune cascade, ni effets spéciaux, rien de « dangereux », être ému encore quand le Gilles va s’écrier : « Débarrassez-vous de moi, partez sans moi, vite, laissez-moi ici, allez-vous en, à quoi je sers Germaine, à quoi je suis bon ? À rien » !

    7-

    Dernière entrée donc. Oui, adieu et au revoir. À quoi je servais avec ce journal ? À rien ? Non, non, j’ai reçu des messages chauds comme du miel, j’ai entendu des commentaires, bons comme du bon pain. Merci. Adieu et au revoir !

    Le jeudi 5 décembre 2002

    1-
    Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !
    Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.
    À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !
    Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.
    Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.
    B’en, en studio, j’étais fier de moi.
    2-
    Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.
    On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.
    Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !
    3-
    Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !
    J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.
    4-
    J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.
    Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.
    La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.
    Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.
    5-
    Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.
    Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.
    La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler
    de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.
    Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.
    Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.
    Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise
    et…je me réveille encore, maudit !
    En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !
    6-
    « Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !
    Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.
    Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.
    Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !
    7-
    Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.
    Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.
    Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?
    8-
    Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.
    Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !
    Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».
    Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

    Le samedi 5 janvier 2002

    Le samedi 5 janvier 2002
    1-
    Hier, fin de l’ensoleillement bien-aimé en après-midi. Ce matin, tout est dans un camaïeu de blancs et gris, hélas ! Sans le soleil, Aile et moi n’avons guère l ‘envie de sortir à pied ou à skis (de fond). On devrait mieux résister à cet héliotropisme maudit car la santé exige du remuement. Ô physique à entretenir sinon…Brr !
    La fille comédienne de notre amie Françoise Faucher, Sophie, depuis longtemps rêvait d’incarner une bizarre de bonne femme, Frida Khalo. Or, au bout d’un long cheminement, Sophie ose recourir au phénomène Robert Lepage pour qu’il lui fasse une mise en scène de son texte sur cette Frida mexicaine. Surprise, le gaillard de renommée internationale acceptait !Ce fut fait à sa « caserne atelier » de Québec. Présenté au « Quat’Sous », récemment, il y a eu, au domaine de la critique, quelques bémols maudits. Son texte serait par trop … lyrique, pas assez structuré dramatiquement. Bon. Elle filera tout de même, avec son spectacle hors du commun, en tournée dans des pays étrangers puisque cette peintre mexicaine surréaliste, Khalo, jouit d’une grande réputation.
    Je viens de débuter une biographie de Frida K. par de J.M.G. Le Clézio sur ce personnage curieux. Frida K., ex-victime de la polio, sauvage et têtue, étudiante à Mexico, amoureuse d’un petit bourgeois mexicain, est victime d’un accident horrible. Fractures partout ! Elle finira par se sortir encore de cet accident affreux. C’est une jeune fille handicapée qui a la volonté farouche de peindre. Un « retour de Madrid et de Paris », le peintre DIego Rivera, muraliste connu du monde entier aujourd’hui, est une sorte de « coqueluche » à Mexico. La jeune Frida vas se jeter à sa tête même si c’est un homme marié. Ce dernier, immense vedette de l’art qui se fait du temps de la révolution (1910, avant celle de 1918 à Moscou) et de la post-révolution, acceptera cette « groupie », cette « fan », cette « chair fraîche », une jeunesse qui le séduit. Il a vingt ans de plus que sa jeune égérie !
    J’en reparlerai. J’en suis donc au début de cette aventure d’une aveuglée et d’un marlou, aux allures de gros crapaud aux yeux exorbités, talent de forcené, jouisseur, menteur, inventeur d’un art propagandiste, assez proche de l’horrible art « réaliste-socialiste », art officiel communiste qui s’installera en URSS bientôt. Comme chez Hitler en 1933-39, Lénine, Staline et leurs sbires condamneront l’art dit moderne, (« art dégénéré » )qui, en pays russe révolté, avait déjà de solides représentants. Le texte de Le Clézio est plutôt plat. Avec des obscurités et une empathie qui sent un peu la complaisance. Je verrai bien en poursuivant ma lecture.
    2-
    Souvent le samedi matin, le dynamique bagou de Le Bigot et sa bande se terminant à la radio, journaux et horaires répandus autour de nos quatre mains, c’est la joie. De la stimulation opportune. Tantôt, au lunch, —le midi, on bouffe un simple sandwich— Aile me dit qu’elle éprouve une excitation peu commune. Elle lit qu’à Télé Québec (cahier publié l’annonçant) toute une ribambelle de films plaisants pour les mois qui viennent.
    Surtout pas de publicités, à part au début et à la fin, comme des diffuseurs civilisés, respectueux des œuvres comme des publics, devraient faire.
    Parmi ces quelques bons films à ne pas manquer, que dis-je, à ne pas rater sous aucun prétexte (!) le dimanche soir, 10 février, l’adaptation de mon roman « La sablière », en « Mario » (prénom de mon héros) par Jean Beaudin.
    Potin : j’avais appris par le producteur de l’ONF, Bobet, que l’un des commissaires de l’institution voulait,—y tenait beaucoup— à ce que l’on fasse cette adaptation de La sablière. Ce bonhomme venait-il des ïles de la Madeleine ? Sais pas. La direction de l’ONF, bien soumise à ces commissaires, s’inclinait aussitôt. Ainsi, grâce à ce type —McCormick ou Mac Donald, je ne me souviens plus— on monta le projet en vitesse ! Et Beaudin, à la réputation fort avantageuse, il venait de se signaler à Nice avec un trophée envié pour un film sur un photographe ambulant, joué par Marcel Sabourin, fut approché. Signature d’un contrat…payant et organisation d’un horaire à ces si belles Îles de la Madeleine pour le tournage.
    Soudain pépin ! Beaudin a une autre offre et veut retarder d’un an son « Mario! » Ma déception quand on m’ en parle. J’exige alors qu’on annule mon « permis d’adaptation » et que l’on me dédommage de ces délais imprévus ! Énervement, pressions partout… le tournage se fait comme prévu !
    J’ai toujours proclamé que c’est un beau, un très beau film. Mais « bon »… c’est une autre histoire. Dans mon roman « La sablière », cette sablière n’a rien des étendus sablonneux magnifiques des Îles, c’est un petit carré de sable de 500 pieds par 500 pieds, la carrière de Monsieur Pomerleau à Pointe-Calumet où on a tant joué mon frère Raynald et moi, enfants. Les deux héros transforment ce coin de sable en vastes déserts arabes pour s’imaginer —suivant les récits des tomes de leur encyclopédie à trente sous— d’intrépides cavaliers conquérants d’espagnes, gueulant des « Allah ou Akbar ! », interrompus brutalement dans leurs expéditions chimériques par des appels aux corvées ou aux repas, cris des mères dans les « camps » d’été, pas loin ! Le film de Baudin n’en illustre pas moins la beauté renversante des dunes et des falaises rouges là-bas au milieu de l’Atlantique. Ah oui, un très beau film !
    Des profs du secondaire me révélaient qu’ils visionnaient « Mario » avec les élèves et qu’ensuite ils les obligeaient à lire « La sablière ». Résultat : les élèves préféraient le livre au film ! Profs de littérature très heureux de faire découvrir aux jeunes générations, rébarbatives à la lecture comme on sait, qu’un livre peut être plus captivant qu’un film. Mon roman fait allusion à un garçon handicap, un autiste, le petit Mario. Dans ma vraie vie, il s’agit d’une fille, la benjamine, dont ma mère accouchait à plus de 40 ans. Hélas, en ce temps-là, il n’y avait pas de ces examens du liquide amniotique pour prévenir les mères enceintes.
    Je reverrai ce bel ouvrage de Beaudin avec plaisir ce dimanche de février tout comme j’ai grande hâte de revoir mon « Blues pour un homme averti » et mon « Tuez le veau gras à la cinémathèque en février aussi.
    3-
    Autres motifs de joie : à partir de jeudi prochain, à T.Q. encore, une série de trois émissions —le rebelle, années 1961-1974, le désenchanté— sur le célèbre romancier new-yorkais, Norman Mailer —dont je me souviens encore de son « Les durs ne dansent pas » qui se déroulait à Provincetown du Cap Cod.
    Abonnée à la bibliothèque Grignon, ici, Aile en revenait tantôt, toute contente, avec « Mystérieux Mozart » de Sollers, fortement louangé par Marcotte ce matin dans « Le Devoir », et, d’Amélie Nothomb, « L’hygiène de l’assassin ». Ainsi, entre le « best seller » plutôt cucul, et la saga méli-mélo, il arrive que l’on achète quelques bons bouquins. On a raison néanmoins de pourvoir la place de livres réclamés par les payeuses de taxes municipales. Vox populo…
    Ce matin : un article élaboré sur «comment devenir écrivain ». « Pas un métier » dit Suzanne Jacob. Bravo ! Gao- un asiatique— recommande d’avoir un vrai métier « second » avant de s’installer à ses grimoires. Bravo ! Un autre affirme que ces cours de création littéraire peuvent —comment, pourquoi donc ?— « faire gagner du temps ». J’en doute. Homel, écrivain émigré des USA, avoue regretter d’avoir fui, jeune, un tel cours, car, « donné par des auteurs reconnus, j’aurais pu s’y faire des… contacts ». Eh b’en ! Justement, dans « Écrire », le petit livre que j’achève de peaufiner, je m’exprime abondamment sur ce sujet. Non, pas un métier. Une vocation. Une passion. Il y faut le don. C’est redit dans l’article: « Pour vivre, faut se trouver un autre job avant tout ».
    Hier soir, on hésite :aller voir en bas de la côte, « Kandahar », récit afghan tourné au Pakistan, ou « surveiller » la télé. On ne sortira pas au « frette ». Télé donc. Paresse ? Oui. Après du Légaré, voici du Clémence Desrochers. Son art de jouer ou la prude ou l’ado initiée est d’un brillant ! Sa malice dans ses beaux yeux ! Sa silhouette de « vieille fille », ou soumise ou effrontée : des perles de fine observation. Ses chansons…hum…pas toujours bien solides !
    Vu aussi à la télé, canal « Musimax, un instructif et brillant « portrait » de la pétulante « Marjo », alias Marjolaine Morin, ex-serveuse de Verdun. Fascinés, Aile et moi. Marjo, jeune, se garroche d’abord avec des bruiteurs doués et vulgaires : « Corbeau ». Après le « show », drogues en coulisses tous les soirs. Vie de chien, bambocheuse nuitamment, une gueularde barouettée sans répit dans bars et clubs.
    Tout est dit comme implicitement. Telle la Dufresne, autre « chat sauvage » doué, les interviews affichaient la carence de ce milieu « rocker » à pouvoir s’exprimer. Ils n’ont pas de vocabulaire. Ils cherchent à bien dire mais…c’est, alors, péniblement, des grimaces compulsives, des gestes convulsifs, l’impuissance fréquente des nôtres à savoir dire un peu clairement ce qu’ils ont vécu.
    Le tempérament est vrai, la fougue étonnante, l’énergie dépensée généreusement, la quête de sons neufs bien réelle mais au delà de leurs frénétiques exercices sonores c’est le vide sidéral de la pensée articulée chez ces créateurs n’ayant ou jouir d’une bonne instruction. Des paralysés ! Tristesse ! Comme on est éloignés des Ferré, Brel, Brassens et Cie qui, eux, pouvaient marquer leurs témoignages de mille et une interrogations d’une vive intelligence. J’ai pu écouter parler des jeunes, ceux du rap, enfants d’émigrants nord-africains, nés dans des banlieues pauvres de Paris : idées bien structurées. Même en argot de « zonard ». Nous avons un réel problème langagier au Québec !
    4-
    Mon cul de certains films culte ! Ah oui ! Revoyant le célèbre « Harold et Maud » hier soir, Aile et moi, sommes très déçus. Ce jeune homme riche, joué par Burth Cort, est un « caractériel » abruti, couvé par une mère, veuve parvenue, arriviste et snob. On veut bien. La vieille émigrée juive, si remplie de bonne santé, séductrice —mais suicidaire à la fin— bien jouée par Ruth Gordon, est une invention tordue. L’idylle bien peu plausible entre l’ado et la bohémienne nonagénaire est abracadabrante en diable. L’histoire est tissé d’un…tissu convenu en fait. C’est une légende imbuvable. L’attirance du petit psychosé —ratées les scènes chez son psy—par cette vieillarde est cousue de gros fil blanc. L’anarchiste, voleuse de bagnoles, rte un cliché, une invention grotesque. L’ensemble est bien lent, ce qui n’arrange rien. Film-culte ? Mon cul, oui ?
    5-
    J’ai fait, il y a des mois, une sorte de songe… encore un peu éveillé, mal endormi en tous cas, il me semble. Je suis, rue Saint-Denis, sur le balcon du logis familial et il pleut, très fort. J’en suis absolument ravi. J’observe les grosses et puissantes larmes du ciel qui arrosent la rue, le trottoir. Me voilà envahi d’un sentiment de bien-être incommensurable. Je ne sais trop pourquoi. L’air sent bon toute cette eau qui se déverse. Ondinisme curieux ! La lumière est assombrie, tamisée, d’un gris rassurant (!), partout. Me voilà comme dans un bocal, heureux comme une…carpe ! Le parfait bonheur, oui, parfait et pour bien peu, pour presque rien au fond. Il pleut à verses, c’est tout.
    D’où m’est venu ce rêve si aimable ? Ce grand, profond bien- être ? Pas de réponse. Depuis, dans mon lit, je tente parfois de faire revenir cette impression d’une sérénité rarement éprouvée. Je revois la pluie battante, le balcon-refuge… Je veux respirer cette odeur d’eau rassérénante à pleines narines. Mais ça ne revient plus ! Bizarre cela.
    Ainsi longtemps, pour m’endormir vite, je partais m’installer en pensée, sous un soleil radieux, dans le mou du sable, sur un coin de plage précis à Ogunquit. Un endroit fixe, contre une clôture de lattes de bois pour endiguer l’érosion des joncs, lieu que je connais intimement… le sommeil venait me chercher chaque fois. Comment bien conduire ses sens, installer un décor douillet, au moment de s’en remettre aux bons bras de Morphée ? Je sais plus.
    6-
    Étrange « séance » d’amateurs, hier soir à la SRC, avec le sosie de Chantal Joly, cette Monique Giroux, animatrice du « Cabaret de refrains ». Une curiosité. Show un peu « freak » en somme. Des inconnus du grand public, quelques « connus », viennent s’adonner à la chanson devant un public bien conditionné pour cet exercice bizarre. Hier, ils fêtaient Bécaud, récemment « disparu », ce mot qui fait sourire ! Un gras bien bedonnant, une à frange fournie, un Tisseyre-fils dynamisé, une blondinette « seurieuse », faune qui décide donc qu’ils l’auront ce « 15 minutes de gloriole » promis par Andy Warhol, pape du pop art ! Votre canal local, oui, accepterait volontiers ce genre d’aimable démonstration mais la SRC ? Dame Giroux, voix de gorge, mimiques de « M.C. » de clubs de « nuitte » des années ’40, auto-emballée, y allait de sifflements à la garçonne, de louanges dithyrambiques (pour son patron !), d’une ferveur commandée et, à la fois, visiblement sincère. Bref, elle en fait beaucoup… jusqu’ à potiner « bas » avec son Bécaud marié, hon, amant de la jeune Bardot qui l’oubliais un jour dans une loge de l’Olympia où il se produisait. Seigneur !
    7-Projet :
    aller voir deux films aux salle de Saint-Jérôme, à vingt minutes d’ici : « Ali » et « Un homme d’exception » avec l’acteur Crowe, oui, un « e » à Crow.
    Aux huit salles du « Pine » de l’ami Tom, en bas de la côte, on enrage, Aile et moi, de trop rares films en français ou doublés. Le proprio m’a déjà raconté une histoire embrouillante pour s’excuser de trop de films « in english ». Pas de copies disponibles, rares copies réservées aux gros réseaux, etc. On se rend donc à Saint-Jérôme.
    Ce film, « Un homme d’exception», serait basé sur un livre de Sylvia Nasar, la bio de Forbes Nash. La vie d’un savant mathématicien de l’université coté, Princeton. Ce « Prix Nobel », s serait pourtant affligé de schizophrénie. Des reproches volent dans l’air malgré l’unanimité des critiques de cinéma. On dit que le film de Ron Howard aurait retranché des vérités encombrantes dont une part d’homosexualité du dit Nash. Négation du fait chez les Nash, monsieur et madame !
    D’autre part, des psys doutent qu’un tel malade eut pu se livrer à ses savants calculs (sur les chiffres et les jeux !) du temps de sa maladie. Bref, un article résume le débat : « disons qu’on a comprimé et synthétiser sa vie » ! Aïe, voulez-vous d’une vie maganée de même ? Le producteur, lui, rajoute : « Il est bien, non, de donner ainsi de l’espoir aux malades mentaux ? »
    Anecdote : j’ai appris que mon dessinateur de bd favori, enfant, Edgar Rice-Burrough, souffrait, lui aussi, de schizophrénie. Notre merveilleux, formidable, « Tarzan » ne s’en ressentais nullement dans nos chers « comics » de « La Patrie du Dimanche », pas vrai les vieux ?
    L’auteur du livre sur Foi4rbes Nash admet qu’on a retiré la photo du savant sur sa biographie et mis celle de l’acteur qui le personnifie ! Pratique courante. Quand le « Mario » de Beaudin sortait, se méritant trois prix au Festival de Montréal, mon éditeur —Leméac— fit mettre, vite, vite, une photo du film sur la couverture « La Sablière », réédition en « poche ». Il fit mettre aussi au bout du titre : »Mario ». De bonne guerre, bien entendu.
    Finale de ce samedi : Pressé un peu par Aile qui n’apprécie pas trop les bébelles, j’ai défait mon « sapin de Noël en cèdre » et enlever les guirlandes. Vas-y mon amour, passe le balai maintenant ! La petite vie, hein ?

    JOURNÉES NETTES – 5 décembre 2002

    1-

    Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !

    Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.

    À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !

    Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.

    Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.

    B’en, en studio, j’étais fier de moi.

    2-

    Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.

    On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.

    Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !

    3-

    Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !

    J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.

    4-

    J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.

    Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.

    La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.

    Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.

    5-

    Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.

    Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.

    La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler

    de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.

    Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.

    Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.

    Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise

    et…je me réveille encore, maudit !

    En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !

    6-

    « Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !

    Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.

    Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.

    Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !

    7-

    Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.

    Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.

    Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?

    8-

    Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.

    Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !

    Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».

    Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !