Journal – 14 Décembre 2002

poing, main fermée, rage, colère, former un poing, arme de nudité, main fermé, vouloir la paix pourtant, paix sur la terre, aux hommes de bonne volonté, paix, paix, si facile à dire, s’enrager encore, vainement ?, me questionne hier une jeune frédérique david venue ici me confesser pour son « accès laurentides », me parlant de la vanité de nos colères, répondre que donquichottien on naît, don quichottien on reste, fermer fermement la main, pour nettoyer, rendre net, poing brandi, malgré le temps des fêtes partout, en studio de « tous les matins » hier, fausse fête bien organisée, agitation sur signaux du régisseur, avec les pauses pour l’odieux commerce des fêtes, moi jouant alors le trouble-fête, le régisseur énervé, on fume pas en studio, c’est interdit, oh les interdits partout désormais, je surgissais entre les deux animateurs avec pots de pointssettia brandis, ou apparition saugrenue, déplacée, d’un nonours géant, ou d’une longue guirlande décrochée, redevenu le collégien dérangeur de jadis que je disais à jacques languirand amusé, tranquille lui, jouer le turbulent, déranger l’ordre établi, à la fin, on verra ça mardi matin en ondes veille de noël, redevenir le papi qui conte un alligator pris dans la glace du lac, des petits enfants à mes pieds, sortis de la garderie de radio-canada, mort de peur avant, les enfants ne trichent pas, s’il avait fallu que mon conte fasse patate ! oh !

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tout est blanc ce samedi et décembre file, cadeaux à imaginer, ouash, vendredi dernier, après-midi à terrebonne, mon ange gabriel à sa trompette, chorales d’enfants sages et cantiques pieux comme laïcs, aile et moi contents d’écouter ce airs d’antan, redevenir un enfant à ce collège du saint-sacrement, entrerai-je au paradis, tara-tata-ta, petits tambours, mon beau sapin, roi des forêts, tremper volontiers dans la colle collante des chansons obligées, aimer la métamorphose rituelle, ambiance nostalgique, partout, il y a les noires nouvelles, revenus chez soi, radios et télés, encore ce poing qui me démange, un mitré vaticanesque qui démissionne —enfin— pour tant d’aveuglement bostonnais, pédophilie aux yeux fermés, complicité hiérarchique crase, l’intolérable toléré, le silence des faux agneaux en soutanes pourpres, ouash, ailleurs, un con fini, un coach bien con, enrage d’un petit fleurdelysé brandi sur estrade olympiquienne, non, non, pas de surprise niaise, la haine continue — tue, cachée— de notre patriotisme tout simplement, ne pas rugir, ne pas jouer les surpris, les scandalisés, comprendre une bonne fois pour toutes que ce fédérat est franc, lui, pas hypocrite comme les stéphane dion et compagnie, saboteurs stipendiés de notre patrie, un gérant de natation innocent, mais oui, si franc, sans masque, admirons plutôt sa franchise à ce jonhson, pas de poing brandi pour la vérité, celle que l’on camoufle sans cesse, la vérité éclate encore, une fois de plus, nos sommes tous des orphelins de patrie, à côté de chacun des nôtres, se rapetisse un niais qui imagine une fédération impartiale, les pauvres dadais

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comme chaque fin d’année, mon énervement, de quoi au juste? , comment bien savoir, une anxiété bizarre, cela depuis toujours, vouloir faire quoi, place nette, main nette, jésus au fouet, les marchands me tuent, les temples marchands me font râler, mille milliers de comptoirs et moi comme les autres, des gants neufs, un cellulaire, une tuque neuve, des skis meilleurs, comment résister, ça gueule tout autour, et moi, j’ai un livre nouveau à vendre, mon éditeur pauvre absent aux comptoirs, ma peur, écrire pour rien, pour personne, expédier du courriel de mécontent au pauvre éditeur, poing brandi encore, arriver à m’en ficher, publier pour rien, corriger mon conte pour ckac, corriger mon autre conte pour chez tit-paul houde, sans cesse vouloir améliorer, peaufiner, métier de fou, débuter ce midi le roman d’une sissi labrèche, elle met vulve, étale, ouvre sa brèche, dit-elle, pénis du prof universitaire mal marié, pose vagin, con de cette sotte étudiante énamourée, très vieille histoire, chair fraîche à couvrir, motel de banlieue, libido désaxée, sottises, langue fourrée, baise et culottes aux genoux, pas encore ça, être si lassé de ce dévergondage, le cul sorti, l’air vicié, sans cesse, partout, pour allécher le voyeur, littérature de fermeture-éclair, pouah, pouah, moi qui veut plonger dans un récit de foi et mission, qui veut tant parler de l’âme, un vrai fou et moins de lecteurs encore, s’en ficher carrément, avoir vu vendredi au faux party de studio le martineau au faux bar, draguant, tassant la chroniqueuse blondinette, croc niqueuse oui, ce même martineau qui rédige du projet de feuilleton pour tqs avec ex-star de porno, à voir tard, tristesse, où aller se laver, seigneur, où, télé publique, avoir vu son copain le benoit dutrizac jouant le grossier voyou avec landry qui ne bronchera pas, qui sait bien le jeu des effronteries télévisuelles à la mode, préférer se montrer comme sourd plutôt que corriger un blanc-bec noir, franc-tireur déboussolé, non plus de boussole nulle part, poing à brandir, oui, oh oui

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ainsi va la vie en décembre qui s’achève, avec, irresponsable, ce côté tout croche, médecin tripoteur de petits garçons, ou bien ce papa tordu à petite fille meurtrie, un cochon, non, n’insultons pas les cochons, la bassesse étalée sans cesse, mon aile effrayée qui bat de l’aile, assommée, mon aile qui se glace, un gendarme, hotte, à fourrer en cellule pour longtemps, coupable, un tueur à fusil de service, assassinats ici et partout, envie d’aller me réfugier, et prier, mais prier qui désormais, la lumière baisse encore, mais où aller réfléchir, dans quel abri, la saloperie se répand, arriver à garder un reste d’espérance, malgré tout, bien savoir qu’ici, bien modeste, là, bien secret, quelques esprits se réchauffent à la lumière d’une foi, d’une foi rare, héros galvanisés, belle résistance malgré tout

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la lumière va nous revenir, c’est le temps voulu, la fin de décembre annonce mieux, demain, bientôt, il fera clair un peu pus longtemps, le jour sera un peu plus long, on fêtait cela il y a des millénaires, pas vrai, toujours refuser la ténèbre, fuir ces vieux enfants infirmes, ceux de la ténèbre, aller fermement vers les enfants de lumière, où se cachent-ils, me reste trop peu de temps de vie pour continuer à m’embarrasser des poltron qui pullulent, arriverais-je à être bon, pourrais-je parvenir avant la fin à une existence de sérénité, pas facile, ce poing, le mien, celui de ma main gauche, ma droite cognant à ce clavier, poing qui se raidit toujours, trop souvent, tant pis, ne pas être capable ni de cesser de m’émerveiller pour un simple coup de vent dans les nuages, ni de m’indigner pour une petite injustice dans l’océan des coups bas donnés aux pauvre humains, j’aurais dû faire un prêtre, mais non, trop glouton, trop jouisseur, trop comme le monde ordinaire, pas assez de foi, pas assez d’élévation, simple comme bonjour, l’admettre lucidement avant de tourner la dernière page de ce calendrier fixé sur ma porte de bureau toujours ouverte qui cache un bénitier de fer, un chapelet de grand-mère en pierres pas bien précieuses, ma vie à courailler les petits bonheurs, comme tout le monde, arriver en fin de course maintenant et me questionner, il est tard, bilan dérisoire, ma chère aile qui s’inquiète, guignolée partout jeudi et pas même une cenne noire dan ces paniers ouverts, trop loin de ce trafic charitable, trop loin, prétexte

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les canons ronronnent soudain en face, neige fausse, venez les glisseurs, les amateurs de vitesse, le corps cogne, aile partie pour des exercices programmés, aller prendre mon maillot de bain, jeudi, me cogner sur la porte close de la piscine de l’hôtel l’autre bord du lac, c’est fermé m’sieur, réparations, ouverture à noël, bon, tant pis, revenir bredouille, manger des fruits de mer dans des pâtes fraîches hier soir, au « petit italien » rue bernard, et l’amie invitée qui déballe des misères familiales, qui dit :pas pour ton saudit journal, hein, quoi?, je ne le tiens plus, je lui dis, ici, je résume du temps, je presse des citrons jaunes et verts, rester capable d’éclats de rire, rester léger, ouvrir les poings, ouvrir les mains, applaudir des beautés infimes, chercher quoi voir, quoi lire, quoi admirer encore, purgation obligatoire, tout tenter pour rester léger, mon beau projet pour 2003 qui fonce sur nous tous, ce sera mon année de bonté, ne cesserai pas de m’enrager et du même souffle de vibrer à ces petits oiseaux minuscules qui, comme ce midi, s’agglutinaient à nos mangeoires de la galerie, aile si ravie, dans cette pauvre lumière blafarde d’aujourd’hui… et puis si déçue par le gras geai bleu qui fait fuir les plus petits, elle dit : « c’est la vie donc, toujours les gros qui… » hélas oui, aile

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envie d’abandonner mon roman de l’ exilé en mission, crainte d’être incapable de bien raconter une foi vive, j’ai glané, hier soir, dans des vieilles annales reliées des missions étrangères pour solidifier mon projet de fou, y ai déniché une chanson polissonne sur l’oncle ernest en chine, cocasserie, maintenant, soudain, envie de science-fiction, d’anticipation ?, la terre dévastée et deux survivants qui reprennent tout le travail, encore une idée, n’en pas finir d’avoir juste des envies, des projets flous, mon sort, mais… avoir reçu hier le permis de typo-sogides, oui, pour cet album illustré en beauce, chez le jacob pharmacien-éditeur, devoir donc aller au sous-sol pour brosser de belles images pour lui, non, me retenir, après le jour de l’an, après… toujours plu tard, procrastination maudite, une michou chèrebroukoise plonge aussi, un écrit en devenir, tiendra-t-elle le coup, elle me couriellise, me questionne, je la sens fragile, ne sais trop quoi lui recommander, « le dur désir de durer », cette foi chambranlante en soi, combien sommes-nous, un peu partout, avec un projet qui branle dans le manche, tudieu que c’est pas facile de garder une envie valable

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mon fidèle marcogendre me faisait signe, il faut y aller, il faut un début, ce premier poing net, faire sonner le coup du pistolet de départ, bin ça y est, pas une seule note, aucun calepin désormais, juste tenter de faire surgir ce qui flotte, ce qui surnage, ramasser le dessus du réservoir, fuir la lie, ma sœur marielle m’a expédié des photos de maman jeune fille, l’autre siècle à ses débuts, belle fille, je m’ennuie d’elle, ma morte de 1987, irai au bonisoir d’en bas de la côte, photocopies agrandies, veux mieux la voir cette première femme de ma vie, et faire aussi copie du permis-graveline pour le beauceron qui m’admire, dit-il, chaleur de savoir juste cela, un pharmacien artisan en édition m’aime, m’en montrer digne, tiens, je parlerai d’elle, ma germaine, dimanche soir le cinq janvier avec la Bombardier, oh!, craindre d’avoir trop parler, ma manière trop franche, avoir révélé des intimités et le regretter, on jase devant un kodak et on oublie que cela sera gravé, montré, grand péril, et puis quoi, non, non, foncer, ne pas regarder en arrière, c’est moi qui dit cela, hen quoi, pas de rétro, l’enfant de villeray, moi que l’on veut si souvent résumer, cataloguer, encadrer, enfermer en un bonhomme nostalgique, si on savait comment le temps qui vient —2003, 2003— m’excite bien plus que le temps perdu, cher proust

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faire ainsi chaque semaine dix strophes, ad lib, oui, oui, très librement, m’éparpiller, brefs contes des jours d’une seule semaine à la fois, pas le temps pour la ponctuation normale, ordinaire, enchaîner vivement, des petites sensations, des émotions légères, des sentiments forts et même des idées folles, en arriver chaque fois à me dénouer les doigts, de force, à rouvrir la main, à faire d’un poing nécessaire, une main ouverte, net de scories encombrantes, net de rancune, de vengeance, crier et puis me calmer, il y a que je me veux un autre, cher arthur rimbaud, me souvenir de nos bonnes résolutions de fin d’année, rédigées la langue sortie sur le pupitre de chêne avec son trou pour l’encrier, à la petite école du quartier, nous lisions cette liste aux parents distraits avec la ferme intention de changer, d’évoluer, pauvres petits nigauds —et nigaudes— merveilleux que nous étions, noël très bientôt, il y aura du bon manger sur les tables et il y aura des chansons, « c’est à boire , à boire, à boire… il y aura un peu plus de joie, on va oublier les salauds des actualités, aussi les bandits et les gueux, les grands enfants blessés de dan bigras qui implore notre pitié ce matin dans la presse, les indigents des afriques, les énervés au pouvoir washingtonien, on doit à la vie d’espérer, devoir inévitable, je suis si content, si fier, de nous voir espérer malgré tout, c’est l’honneur des humains, une vertu ignorée, l’espérance est vissée au fond de nous, sinon… sinon on pourrait ne plus jamais vouloir se réveiller le matin, tant pis pour les âmes mortes, c’est norman mailer qui a raison, il y a pire que la mort physique, il y a cette mort affreuse qui peut survenir, oui, nous sommes entouré de morts qui marchent, félix leclerc, c’est un environnement lugubre, la ténèbre biblique ne m’atteindra pas et je vais tenter de protéger tous ceux que j’aime, je vais chanter avec georges dor : « on est des bons larrons / cloués à nos amours… », je me fais la promesse de faire chanter les miens à noël, au jour de l’an, il fera noir mais nous n’aurons pas peur

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le plus grand, le plus grave des scandales c’est d’entendre râler ceux qui vivent ici parmi nous, en occident, les privilégiés que nous sommes, en bonne santé et qui braillent, c’est une injure incommensurable, une insulte d’une grave grossièreté à tous ceux qui en bavent, qui en arrachent sur tant de continents défavorisés, mes doigts s’ouvrent, je veux être bon, je veux écouter le conseil d’une correspondante internaute : « continuez mais ne soyez pas trop pessimiste », bien, je me corrigerai, ma main s’ouvrira plus souvent, quand mon poing, pas si net, se fermera, je le garderai au dessus de ma tête, un peu loin de ma cible, je ne cognerai pas, comme le demi-sourd que je suis devenu, non, non, c’est une arme un poing, je le sais bien , je ne frapperai pas, je me retiendrai, l’amour m’aura, il le faut, je dois mieux le savoir, c’est l’amour qui fait féconder…tout, fait s’épanouir tout, enfant, j’ai été aimé, je dois rendre cela, je veux apprendre la charité, je veux retrouver le petit garçon que j’étais, vous verrez, vous l’aimerez —on aime les enfants— je dois le retrouver, là, où je l’ai caché quand je croyais, jeune matamore, qu’il fallait vite devenir un …homme, je dois lui dire à l’enfant retrouvé : « je m’égarais, pardon, on continue », j’avais confiance, je croyais à la vie, fermement, je veux reprendre cette route de candeur, c’est l’amour qui gagne toujours, sur tout, je me ferai prédicateur d’ amour… misère, encore les belles promesses et déjà je frémis, je me connais si bien, il viendra encore des enragements, oui, bon, tant pis, je fermerai le poing et je vais crier, je vais rouspéter bien raidement et puis je me souviendrai de ma résolution de nouvelle année, alors je vais desserrer le poing, il sera net de colère stérile, promis, promis.

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