Journal – 30 Janvier 2003

Mercredi 22 janvier, nuit glaciale, archi-polaire. Notre fenestration (antique) fournit courants d’air arctique. Ici, cette « Gaillarde » me saluant en « conteur » : ne serait-ce pas Véronique, cette amie d’enfance ? Son frère, Nicolas, disparaissait un jour, on ne l’a jamais revu : effrayant mystère. Journal intime, mon bonheur : après celui —intello— de Drieu-le-raciste, celui —très intime — de Cocteau, « Le temps défini ». Étonnantes révélations. Plongé maintenant dans « la vie de Jean Anouilh », le dramaturge noir. Par sa fille. À la télé : le brillant Minc (essai nouveau) jase « homos » : « un puissant réseau international ».

Jeudi 23 janvier, arrêt-stop à cigarettes, etc. Mon toubib Singer de Saint-Sauveur, m’attend en « Dracula ». Demain, à jeun, y jeter du sang :j’aurai de l’ail et un pieu ! Aile lit en « poche » —énervée de tant d’emmêlements— « Les heures », de Cunningham, en attenant de voir le film éponyme, très fêté. Ce matin, Foglia s’énerve : « Que les aveugles oublient donc le ski, que les handicapés assument leur impuissance ». Il est tanné de « la rectitude » emmerdant la majorité. Hon ! Ai terminé « vie d’Anouilh, hagiographie complaisante, temps perdu.

Vendredi 24 janvier, vu hier soir, au Pine, « L’être et l’avoir », fameux film. Un instituteur d’une France paysanne. Troublée, Aile pleurait et moi itou. Louez la cassette ! Posté —en Beauce— vingtaine d’illustrations pour « La petite patrie illustrée par son auteur ». Revenu de chez Dracula ce matin, écoute Bourgault chez Bazzo qui avoue être « sous censure » à Radio-Canada ! Donc, ne causera pas sur « Ottawa et l’argent ». Très surpris de cette soumission. Il vieillit ?

Samedi 25 janvier, vu « Le pianiste » de Roman Polanski. Oh ! Effrayant récit sur l’antisémitisme. Salauds d’Européens (Polonais compris) aux yeux bouchés. « Collabos » partout. Du cinéma essentiel. Je lis l’excellent « tome 3 » de Godin sur René Lévesque :victoire de 1976 et la dégringolade, la patrie à installer refusé ! Son chagrin total. Dehors, le froid qui dure et qui va bien avec ma désolation de cet échec historique.

Dimanche 26 janvier, le froid nous lâche enfin. Sur le lac alors : plein de patineurs et fondeurs, un bouffon-ourson, un Bonhomme-hiver, attelage avec chiens, des feux de bivouac, des ballons. Beauté hivernale, tableaux vivants, d’un Breuegel, d’un Krieghoff, d’un Lemieux.

Lundi 27 janvier, firmament tout bleu avec soleil, la dure froidure revenue. Demain à « Tous les matins » : une vérité tue : le destin —foin des mérites, des talents, des études. Il est fait de « hasards et de circonstances ». Injustice de la vie ?

Mardi 28 janvier, « frette noére » persistant et matin-studio : débat donc sur « saisir sa chance ». À midi je file —à Ahuntsic— chez Radio-Ville-Marie, une Yolande questionne : dans votre livre, « Écrire », pourquoi vous peindre en raté ? Je lui raconte nos grandioses aspirations adolescentes et la dure réalité, les échecs. Le soir à « La Licorne », un étonnant —et fort bien joué— « casse-tête » de Létourneau : « Cheech ».

Mercredi 29 janvier
, le bleu du ciel avec l’Astre. Après dix ans en Laurentie, conscience de n’être plus Montréaliste mais Adélois. Vaine résistance : on a acheté un four micro-machin. Mon fidèle et amusant Daniel Marleau, 50 ans, me courrielise: « Mon premier bouquin, c’est fait ». Il va voir l’aventure que c’est « romancier ».

Hier soir, rue Mont-Royal, après le captivant « Cheech », achat de livres usagés rue Mont-Royal. Aubaines rares. Ce matin, chemin Bates, Aile et moi tristes : dans la cour, dernier soleil de nos mercredis matins car le building-à-condos monte, monte.

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