LE RACISME INVERTI ?

AVIS: cette « lettre ouverte » fut envoyée lundi dernier à midi. Je voulais voir. Ni Le Devoir ni La Presse ne publiera ma ponte. À l’automne de 2001, envois divers aux gazettes et même manège :on ne publie plus mes polémiques. Ce sera une des raisons— dès décembre 2001— de me garrocher en un journal intime —et défoulant— pour tout 2002 (« À cœur de jour »). Je voulais encore tester « les portières crasses » avec cette « lettre » nouvelle. Le cadenas y est toujours. À la lire on comprendra que ce sujet (les ghettos glorifiés) est toujours « tabou » par icitte ! C.J.

– le 3 février 2003 –

LE RACISME INVERTI ?

Claude Jasmin

Ennuyante la québécitude ? Sans aucun intérêt ? On ne cesse de lire —en interviews— des témoignages (comédiens, littérateurs, etc.) qui se disent heureux, comblés, de vivre sur un territoire cosmopolite. Voici une Louise Latraverse tout contente de son Mile-End où elle « croise surtout des émigrants » de partout. Une Rafaële Germain vante les bars, « cafés aux meileurs cosmopolilains » (sic). Les M.-F. Bazzo ou Lysiane Gagnon s’excitent sans cesse de ce melting-pot. Et J.-C. Laurence proclame : « Montréal c’est comme New-York en mode soft ». Il décline heureux : Chinatown, Litlle Bonbay, coin latino, coin hassidim, marché vaudou, petite jamaïque, turqueries, ghetto grec, espagnoleries, cafés égyptiens, et « fumons le narghilé »…

Personne pour se dire heureux d’être parmi les nôtres ?

Le racisme ordinaire c’est de craindre —voire haïr— les autres, les étrangers, les nouveaux québécois. Il y a un racisme pas moins nocif qui est le racisme inverti. Oui, à l’envers. Se retrouver parmi les nôtres est ennuyeux ! Un racisme qui méprise les siens. Il est très remarquable —parmi ces mondains de la jet set d’ici— ce mépris « soft ». En sont victimes tous ceux qui éprouvent une sorte de honte envers eux-mêmes, envers nous tous —qui avons le tort d’être né ici.

Cette bizarrerie est occidentale. De New-York ou de Paris, de Rome ou de Berlin, on a pu lire de tels curieux témoignages en racisme inverti. La source ? La mauvaise conscience bourgeoise face aux « voyageurs » du Tiers Monde ? Ou bien la culpabilité des « crocodiles » confortables à larmes faciles.

Je reste étonné de « cette joie suspecte » à ne vouloir croiser que les « étrangers ». Cette attitude névrotique (?) ne favorise en rien l’harmonieuse et très souhaitable intégration des émigrants. Aux yeux de ces racistes invertis c’est « Longue vie aux ghettos » !

Pour ces « exotiquomanes » la saine appréciation des leurs est un nationalisme douteux. On ne dira jamais assez que ces racistes sont des expatriés volontaires, des émigrés chez eux. Celle ou celui qui vient d’ailleurs, en bonne intelligence, aura bien raison de mépriser ces étranges déracinés. Il a fui sa patrie misérable —souvent— et il souhaitait s’intégrer rapidement —pour ses enfants surtout— en un pays nouveau. Or, il découvre une bonne part de l’élite québécoise friande d’exotisme et crachant, bavant sur ce qu’elle constitue. Lamentable ce racisme inverti, nuisible.

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