Mettre fin à mes jours ?

Mettre fin à mes jours ? Hon ! Oui, adieu mes journées annotés. Mes éphémérides ne faisant plus le poids quand j’observe le déroulement du monde : ici —élections dans deux semaines— ou, loin —l’Irak sous les bombes de W. Bush. Un bloc-notes est encore un journal.

L’Irak craque ! Cela devient très clair, lumineux. Ce sera un « deuxième Vietnam ». Quand —c’est parti— on verra revenir « at homeland » les cercueils trop nombreux, il y aura un effrayant « backlasch ». Scénario empoisonnant l’existence d’un Lyndon Johnson, d’un Nixon, l’Histoire bégaie. On verra un nouveau 1968 : caucus à Paris. « Traité de paix ». L’opinion publique américaine ayant virée de bord. On se souvient des hélicos en catastrophe à Saïgon rembarquant les « boys » paniqués. En Irak, même déconfiture prévue déjà par maints observateurs. Dans l’ex-Indochine, les communistes s’installaient. À Bagdad, ce sera qui ? Un Islam intégriste ? Sans doute. Nihil nove sub sole !

Bush-le-fou, désastre consommé, sera-t-il battu aux élections prochaines ? À n’en pas douter. 30 ans plus tard, le calme dans la pauvreté et « bienvenue aux sous du tourisme international » ! 2033 ? Plein de vétérans, quinquagénaires, iront visiter les funestes zones de combats, ceux de 2004, de 2005.. Saddam Hussein-le-fou sera oublié comme tous ces jeunes garçons envoyés à cette « busherie », juste leurs noms sur du granit au « Arlington National Cemetery » de Washington. Que de veuves et d’orphelins !

Le Québec : wô’ beck ! La vie, ici, continue en attendant la fin

—2005 ? — de cette guerre idiote. Imbécile alors de ne pas s’intéresser à notre avenir québécois ? Oui mais pour qui voter ? Je ne suis pas un militant péquiste — oh non ! — si je reste toujours un souverainiste. Le parti de Jonh (voir son baptistère) Charest, fils de « Red » comme on sait, fait l’unanimité totale chez tous nos Anglos. Et leurs assimilés. Est-ce assez clair ? Pour eux tous, y compris 4 francophones sur 10 —masochistes ou non politisés— le Québec reste une simple « province » et il n’y a pas de nation québécoise. Formons-nous 84 % de la population, oui ou non ? Rien qu’un petit 20 % aux yeux des fédéralistes, une minorité de plus dans la vaste mosaïque canadian. C’est le « diluer pour régner », moto du Elliott-Trudeau et ses suiveurs actuels.

Inutile de tirer sur une ambulance, sur l’Adq du « petit-Mario-de-plâtre ».Ce patineur torontois, cette girouette. Il perdra peut-être chez lui écrasé par le « Rapport » renié par Boubou et bafoué par lui.

Soyons lucides maintenant : un seul but à cette course, le pouvoir, voulant dire administrer nos milliards de « cochons de payeurs ». Aucun vrai « homme d’État » en vue, aucun grand dessein à l’horizon. L’écrivain Beaulieu l’a dit : « des impuissants », nuance entre « pouvoir » et « puissance » (mon pauvre fou de Nietsche !) Tous les chefs se pré-voient en simples administrateurs et distributeurs de nos argents au fisc :tant aux écoles, tant aux hôpitaux, tant aux transports etc. S’il en reste, un « petit tant » à la culture. Ferions mieux de nous installer (à quoi bon les urnes ?) un Coutu, un Beaudouin, un Péladeau, un Dutil, un Lemaire, ils feraient ni mieux, surtout ni pire.

Dans 15 jours donc, nous choisir « un simple gérant ». Parlons franchement :les élus du 14 iront couper des rubans, jouer les mouches de coche, inaugurer des sites —arénas, usines ou parcs publics. Plein de hautains fonctionnaires, non élus et inamovibles —dont nous ignorons même les noms— organiseront les dépenses. Ces mandarins, non élus, répétons-le, étaient tous là en 1985, en 1995, y seront encore en 2004, en 2005, etc. Pauvre nation orpheline d’hommes d’État véritables. Nous votons pour des « coupeux » de rubans qui sont aux ordres de ces « inamovibles », répétons-le, sous-ministres.

Irais-je aux urnes —c’est un devoir— pour annuler mon vote ? Il y a celui qui se rapproche un peu d’un homme d’État. Hélas, il ne combat pas vraiment pour « la puissance », juste pour « le pouvoir ». Cachons les idées, les grands desseins, il a choisi de « suivre » docilement l’électorat aliéné, il se nomme Bernard Landry. « Le moins pire » ? C’est cela. Consolation : il n’en va pas autrement à Londres ou à Madrid, à Rome ou à Paris. Hélas, nous vivons, peuples, une ère de simples « gestionnaires ».

21 mars 2003

Vendredi 21 mars, il pleut des bombes sur Bagdad et je rentre de Paris et de New-York. Mais oui, lire c’est voyager. À Paris ? Lu « D’amour » ( 219 pages, Gallimard éditeur), terrifiant récit par Danièle Sallenave. Une jeune bachelière follement éprise d’un aîné, homme marié —amateur d’art classique— incapable de quitter femme et enfants. Affligeant récit d’une fin de la liaison. Elle a les mains vides. Lui ? Vers 65 ans, enragé de vieillir, se tue. Que de tourments, de quêtes de ses visites —et/ou brefs voyages. Sallenave —façon Annie Arnault— écrit sans afféteries. Il y a —en parallèle— la mort de tante Odette. Une mondaine hantée par la vieillesse, comme son « homme marié ». Odette se jettera devant son train de banlieue.

– À New-York ? Krauss et McLaughin, deux étudiantes baby- sitters, racontent une famille « truquée » (Sartre). Des multi millionnaires, vaste penthouse en face de Central Park. Un récit-journal terrifiant que ce « Nanny » (343 pages, Albin Michel éditeur ). Il révèle la vie tragique du fils unique, Grover. papa banquier invisible, maman ultra mondaine se sauvant sans cesse de lui. L’horreur tragique d’un enfant enterré vivant sous les multiples pressions de la « jet society ». Congédiement brutal de la Nanny. Seul lien d’affection du « gardé ». L’enfant est perdu ! Récit qui a connu un succès foudroyant aux USA et je sais maintenant pourquoi.

Dimanche, 23 mars, hier, vu « The hours » à Saint-Jérôme, excellent film. Trois femmes névrosées. Un lesbianisme de compensation ? Troublant récit installé à partir d’un roman de la dépressive et célèbre auteure bourgeoise, Virginia Woolf. Ce soir, à Hollywood, le 75 ième « bal » à strass et paillettes, remise des « Oscars ». À moins de « trop de morts américaines », il aura lieu.

-Chaque fin d’après-midi, un « quatre à cinq » de commérages dans la file des acheteur de l’École hôtelière d’ici. Moi, je lis. Mes oreilles s’amusent de tant de méméring charmant. Hypocrite, l’écrivain y glane de tout. Une bavardeuse me dit : « On vous dérange pas trop ? » On rit. On rit moins quand s’ouvre la porte. Hélas, avant 17h, des étudiants, des profs, des employés du lieu (normal) ont enlevé les meilleurs lots ! Simples péquenots, on a droit… aux rares restes. Il reste des miettes ! Certains grognent. Un comptoir-tricherie au fond et qui ne devrait plus durer bien longtemps.

Mardi 25 mars, je sors du studio 45 (« Tous les matins »), un avion file vers l’est, bas. Grondement. Je songe au ciel iraquien. Le journal de ce matin : « plusieurs soldats US ont entre 18 et 20 ans, un colonel a 25 ans » ! Je revois sas cesse le visage angoissé d’un jeune prisonnier. « Je viens du Nebraska ». « Pour tuer des Iraquiens ? » dit une voix iraquienne. « Non, je suis un employé de maintenance ». C’est clair, ce ne sont pas des gosses de riches, venus de Harvard, de Princeton ou du MIT. Comme un beau-frère (Pierre), un neveu (Claude), ce sont des jeunes se servant d’un job dans « les Forces » pour pouvoir étudier un peu plus longtemps. Voilà ces enfants expédiés en Orient, aux mains des « méchants ». Inoubliables ces jeunes visages tourmentés, anxieux. Tous rassemblés aux portes de Bagdad maintenant et ce sera la mort pour combien d’entre ces enfants ? Son Oscar (mérité) à la main : « Honte à vous W. Bush ! », a crié Michaël Moore. Devant des centaines de millions de téléspectateurs du monde entier ! Les huées venant de « patriotes assis » en smoking. Oui, le jeune visage énervé du soldat me hante. « M. le Président, si vous voulez du sang, allez verser le vôtre », chantait Boris Vian. À la Maison blanche, dans son confortable bureau ovale, le Président Bush lit la Bible et joue aux dominos. Écœuré, je suis !

Venue prochaine du « Vooruit » de Gand

23 mars 2003

M. L’éditeur,

Un certaine Aline Apostolska, séjournant à Gand, nous annonce pour le 23 avril (jusqu’au 10 mai) la venue du groupe flamand « Vooruit » de Gand. Bienvenue mais… un du « Vooruit », Erick Temmerman, lui dit : « Ici, nous parlons quatre langues, de plus en plus l’anglais et de moins en moins le français ». Eh b’en ! « Vooruit » serait peut-être plus à l’aise à Toronto ? Il ajoute :

« Nous avons plus d’échanges avec Londres, Berlin, Amsterdam (etc.) qu’avec Paris ». Diable ! On peut imaginer qu’a Montréal, où l’on jase bien peu en flamand, les échanges culturels vont se dérouler… in english. Vive les échanges culturelles subventionnées madame la ministre, Louise Beaudoin ?

Luc Dewaele de ce même groupe flamand dit : « Ce qui nous unit à Montréal c’est le plurilinguisme, le multiculturalisme » —vive notre survivance française en Amérique où nous ne sommes que 2 %. Comptons sur « Vooruit ». Ce Dewaele ajoute : « Faut faire évoluer le classicisme artistique ». Qu’est-ce que c’est que cela ? Danse et musique contemporaines, certes, peuvent se présenter hors la langue mais pour échanger vraiment, cette union Québec-Flandre me semble hypothétique en diable. J’aimerais bien savoir si nos ex-résidents du « Vooruit » de Gand, tels Marie Chouinard et Pierre Hébert (cinéaste), échangeaient en français ou en anglais-américain.

Ou en Flamand mais j’en doute.

Claude Jasmin, écrivain

Sainte-Adèle

-30-

Journal – 19 Mars 2003

Vendredi 14 mars, partout, la beauté blanche ce matin et, hier, la saleté. À la télé : une sinistre parisienne sexooliste, Catherine Millet, chez Labrèche. Patrice L’Écuyer —semblant gêné— a lu de sa porno puis Marc-le-Blond — stoïque ébranlé— la questionne. Elle avoue : « je suis orpheline (ses parents épargnés donc) et je suis infertile (enfants épargnés aussi) ». Son best-seller —un demi million de voyeurs ! On dit que les monstres au cirque attirent la foule. Sainte-Catherine-de-Paris ? La débauchée, la dépravée ricane : « À Mexico, des femmes voulaient me toucher, j’étais la Vierge-de-la-Guadéloupe ». En somme elle imite la sexualité des chiens : on se renifle et on se monte ! Spécialisée en art plastique, jurée invitée à notre « Festival du film sur l’art », la Millet illustre qu’on peut être très instruit et perdre son jugement. Poursuivre en cour TVA et Le Blond-Sournois pour « Refus de secourir personne en danger », c’est dans la loi. Dans le studio un psychiatre aurait-il composer d’urgence le 911 ?

Dimanche 16 mars, hier, drôle de rêve : j’habite une sorte de pagode de bambou (!) rue De La Gauchetière. Beau soleil baignant ma rue, j’observe le quartier Chinois, surpris, une longue limousine glisse sous ma fenêtre ouverte. Un chauffeur casqué stoppe sa rutilante machine. Trois très jeunes femmes, vêtues de noir, en sortent, me saluent, hilares. Elles s’installent dans mon appartement. Caresses langoureuses de ces… Trois Parques —Trois Grâces ? Fatals baisers et je joue volontiers le vieux pâtre grec, bouddha chinois bien complaisant. Bains pris, elles repartiront : « Où vous en allez-vous mesdemoiselles ? » « Vers l’orient », me disent-elles, mythiques. La limousine, aux mains agitées d’ « au revoir », descend vers la rue Notre-Dame. Mystère des songes !

Mercredi 19 mars, les gazettes, sujets de réflexions sans cesse :étudiant la structure de l’ ADN, on approcherait (Dr James Winston) la fin des… fous ! Clic, clic, gêne changé, la stupidité disparue. À jamais ! Ma foi les biologistes vont-ils permettre un monde parfait ? Imaginons : gêne manipulé sur le fœtus et fin de l’inversion sexuelle, terreur des « bons » parents. Mais un autre savant s’énerve : « Il y a pas que la génétique, il y a l’environnement —famille, écoles, loisirs, travail. Un clone d’Einstein, dit l’adversaire de Winston, élevé dans une brousse d’analphabètes ne deviendra pas un génie ». On craint l’eugénisme avec masses d’obéissants à un tyran sanguinaire.

-Est-ce ce soir que de jeunes garçons armés —ex-chômeurs ?— auront l’ordre de foncer vers Baghdad ? Que des enfants iraquiens ne dormiront pas de sitôt. C’est parti. Tantôt, en remontant ici, je vois de jeunes skieurs —sur nos jolies « meringues » laurentiennes— dévalant librement des pentes ensoleillées ? Et j’ai mal partout. Bourgeois inquiet ? Hier soir, au « Petit extra », fêtions l’amie Josée. Facture : 40 dollars chacun. Le salaire mensuel en Iraq ? Les éternels râleurs d’ici sont des ingrats, non ? Au moins silence sur nos bobos insignifiants, au moins être reconnaissant chaque matin nouveau de vivre loin des « arabies » malmenées. Un devoir : d’une bouche dire « merci », d’un autre dire : « Mon Dieu, sauvez les innocents là-bas, épargnez les enfants enrôlés d’Uncle Sam et ceux de l’Irak ». Ce soir, mortels feux d’artifices aux actualités et skieurs sous les lumières dans la vallée de Saint-Sauveur. La vie, la vie.

L’HALLOWEEN EN MARS !

pour VOIR 13 mars 2003, chronique : Grandes gueules)

L’HALLOWEEN EN MARS !

par Claude Jasmin

En caucus, chez les girouettes de L’ADQ, le néo-Stéphane-Dion, l’a ouverte de travers. Ce Laforêt s’est mis le pied dans la bouch, les deux « popattes » dans le plat. C’est « À soir on fait peur au monde », décide le lavallois (décidément cette Université Laval grouille de fédérats empressés, pourquoi donc ?).

Le « brain à spin » mariolesque ouvre un vieux placard, en sort un vieux fantôme : Duplessis. « Bouh ! Beuh » ! Phylactère infantilisant ? Le Mario, point interloqué, emboîte aussitôt ce pas funeste ! Mes dames et messieurs hystérise-t-il : « Landry c’est Maurice Duplessis revenu » !

Personne n’a fui. Maurice qui ? Plein de jeunesses (même des baby-boomers) ignorent assez ce « bonhomme sept heures ». Chou blanc en vue !

« Bernard Landry et le Cheuf », même combat, glose la cervelle grise. Agitez les vieux draps, découpez des citrouilles. C’est novembre en mars ! Le « penseur à Mario », aspirant député, n’a étudié qu’en bouquins le duplessisme et sa Grande noirceur. Il n’en a pas gardé les images d’épouvante, il a lu de travers. Si,comme moi, il avait mieux vu —« sur le terrain »— les hordes de « patroneux abjects » à l’ouvrage et la totale terreur conservatrice de ce temps-là, il se serait « farmé » la margoulette, je vous le jure.

Plus ancien, le jeune Laforêt aurait compris l’hymalaya de différences entre l’ouvrage des péquistes (y compris leurs favoris) et la sordide besogne des unionistes de ce temps. Non mais… quelle bande d’innocents —le Mario reprenait donc le refrain volontiers ! Les gens de ma génération, eux —gauchistes ou non— ont vraiment connu « ce temps déraisonnable » (Léo Ferré).

Le « cheuf bleu » détenait un frein gigantesque et tuait dans l’œuf tout ce qui osait organiser le moindre changement. Duplessis, seul potentat, assassinait toute opinion libre. Même ses sbires stipendiés se taisaient. Le monarque trifluvien veillait jour et nuit. C’était un sordide patriarche omnipotent.

Le Québec était —« très »— complètement, minutieusement zoné, quadrillé. Pas une ville, pas une campagne, aucun petit village n’échappait à sa tyrannie; « sa » démocratie était un petit empire personnel. Duplessis avait ses « poteaux » infiltrés jusqu’au dernier marguillier de la dernière paroisse du dernier rang d’un comté éloigné. De la Gaspésie à l’Abitibi.

Soutenu, encouragé même, par la hiérarchie catholique ultra conservatrice, le plus modeste syndicaliste était dénoncé comme suppôt de Moscou ! Intelligent calculateur, machiavélique, Duplessis était fort capable de —momentanément— s’allier pour contrer n’importe quel aspirant leader (Camilien Houde. Paul Gouin ) aux pires crapules et même à la maffia de Montréal. Duplessis-le-bon-catholique était un amoraliste totalitariste.

De ses appartements au Château Frontenac, avec visiteurs trié, ce despote, magouilleur émérite, a verrouillé durant presque deux décennies toutes les issues du moindre progrès. Un homme aux cadenas empressés.

Pendus à ses basques, un zélé ramasseur de fonds —Martineau— et un chef de flicaille (la P.P.) obéissant –Beauregard, efficace matraqueur de grévistes. « Trio de verrats » qui tuaient tout ce qui bougeait. D’un bord : les heureux profiteurs satisfaits, financiers « anglos » et des USA avec quelques rares « francos » enrichis grâce au calculateur complaisant, le « cheuf ». De l’autre bord : les soutanes rouges, mitres et crosses, contents de la stagnation totale, du règne des dévotionnettes et piéticailleries. Tous à ses ordres : « Ils mangent dans ma main ».

Et vogue le pays québécois sauce « république de bananes ». Comparer à cette peste conservatrice le P.Q. ? On a le choix : ou le penseur « lavallois » de l’ADQ est un flagrant ignorant ou bien il est un nocif canon lousse. Qui tire n’importe comment ?

Tyran « soft » mais dictateur de son parti —parti aujourd’hui disparu— Duplessis reste donc « un modèle » incomparable. Pas même aux pires freineurs connus : le duo hilarant Côté-Mercier (bérets blancs) , le bouffon Caouette ou le clown Camille, voire le Cowboy-Johnson ou le mollasson Bourassa, longtemps héros du Dumont.

Duplessis a été, Dieu merci, « unique ». L’agiter en épouvantail en 2003 pour le comparer aux chefs actuels est d’une malhonnêteté intellectuelle crasse… Indigne d’un intello de droite, position idéologique qui est son droit certes. Que les droitistes dumontiers —démontés par la baise soudaine de popularité— commettent cette grossière amalgame —Landry-Marois égalent Duplessis— prouve, hors de tout doute, que l’ADQ sombre dans la démagogue infecte.

J’ai vu…

Étudiant, j’ai vu à l’ouvrage « la peur organisée ». Dans Villeray —et c’était partout pareil— un marchand de bois (Provençal) était un ignare aux ordres, un notaire (Poirier) veillait au grain, un dentiste (Marion) ramassait le fric, un pharmacien (Besner) guettait les « rouges » —tels, rue Jean-Talon, ce docteur Daniel Longpré ami de Bethune, rue Saint-Hubert, ce docteur « socialisse » Jacques Ferron —ou Bédard— tous de dangereux « bolchéviks ».

Quelques profs —de mon école comme de mon collège— dissidents prudents et muets, tremblaient dans leurs pantalons. Jusqu’à se cacher pour lire la feuille « nationalisse » Le Devoir ! L’avaricieux et mégalomane patriarche bleu régnait tranquille. La liberté était un spectre.

Avec les modernes médias —relativement— libres, il n’y a aucune commune mesure entre des élections d’aujourd’hui et celles d’antan avec achats de votes jusqu’aux aux quatre frontières, menaces concrètes, chantages éhontés, calomnies fabriquées. Non, l’ADQ, s’ils ne veulent pas sombrer dans le ridicule, ferait bien de condamner Laforêt, « ce fou qui crie au loup », marionnette désarticulé, tribun déboussolé.

Mon père —comme tous nos voisins fervents catholiques abusés— votait volontiers pour ce Duplessis « qui, mon petit gars va à messe tous les mercredis », —à pied sous son vieux feutre « populo » pour qu’on le voit bien.

Citadins et paysans votaient tous pour ce despote qui, par seul ignoble exemple, s’associait avec un cardinal (bien Léger ), de crapuleux médecins, fourrant en asiles d’aliénés des orphelins pour raison d’octrois d’Ottawa. Ce seul mais énorme « crime grave » montre bien la distance entre un Maurice Duplessis et un Bernard Landry.

Racolage immonde ! Rapprocher « Bernard » et ce « Maurice » à la veille des élections fait voir une panique électorale qui relève d’une démagogie, tiens, duplessiste ! Ceux qui —comme « le vieux » que je suis— savent qui était ce « cheuf de la Grande noirceur » n’en reviennent pas.

Hélas pour les Laforêt-Dumont, plein de jeunesses disent : « Maurice qui » ?

(30)

Journal- 12 Mars 2003

Jeudi 6 mars, que de froidure, que de neige nouvelle alors que héliotrope, je guette le printemps, chaises à coussins sorties sur la galerie d’en arrière. Ai terminé la biographie —vitement rédigée par R. Gauthier— du fameux animateur aux gouailles célèbres, Jacques Normand, mort il y a pas longtemps. Me sont revenus des tas de souvenirs de cet homme hors du commun. Je l’aimais. Si brillant bonimenteur populaire et à l’humour caustique cruel. Normand, un intelligent bambochard qui fondait un théâtre d’été ici, à Val David, le « Sun Valley », incendié puis repris par Norbert et Louis Lalande. Entubé, à l’agonie, mais encore frétillant, je lui avais redit toute mon admiration. L’intarissable bavard ne répliquait plus, rien, étonnamment mutique, m’écoutant le vanter ce —si populaire longtemps— pionnier-chansonnier. Il se savait fini. Ma grande peine. Oui, je l’ai aimé.

-« Le Devoir » va publier vendredi matin, demain, —veille du déclenchement des élections— sur quatre colonnes, ma charge anti-gauchistes-indépendantistes. En suis bien content. Recevrai sans doute horions et piques vicieuses pour oser accuser de traîtrise à « la cause sacrée » les Paul Cliche de l’UFP. « Ils ont les mains propres parce qu’ils n’ont pas de mains », Sartre.

Dimanche 9 mars, folie, besoin de m’installer un vrai atelier de « peinturlureur », bien définitivement. Mais voilà mon V.-L. B. qui rapplique de son Trois-Pistoles : « Claude, me ferais-tu un petit livre sur « Écrire pour la télé »? Faible, j’ai dit « oui ». Tiraillé? Oh oui. Je suis si libre, si heureux quand je barbouille. Décembre, janvier, plus de 60 jours à pondre mes illustrations —pour l’album d’octobre— m’ont fait revivre ce plaisir HÉNAURME de peindre en couleurs.

Mercredi 12 mars, neiges encore avec doux temps ce matin. Vu cet « après-déluge » de Bouchard au TNM, hier. Un texte verbeux hélas avec de grands moments d’une poésie très forte. Deux archivistes improvisés tentent de rapailler des éphémérides de leur village inondé. Poirier, Girard. Trois femmes y collaborent : de bénévoles, les femmes, on sait bien ! Mercure, Miller, Turcot. Un ange passe, ailé bien entendu, au rôle ambigu. Un spectacle à tenants et aboutissants incongrus. L’ennui alors ! Hélas !

Hier lunch du midi avec le benjamin de ma fille, Gabriel. Il ira au cégep en septembre. Devant son école, rue Sauriol, je ne le reconnais pas qui vient à ma rencontre. Lui ça ? Taille d’homme mûr ! Quoi, on a —dans la tête— toujours tente ans et les enfants devraient rester des enfants. Il est fou de musique mon jeune trompettiste. Seigneur ! On jase, rue Fleury, face à nos « thaïlanderies », de l’avenir. Sa peur qu’il cache. Ricanons de malaise. Ne pas trop savoir et pourtant obligation absolue de s’orienter pour toute la vie ! Le désarroi adolescent que l’on camoufle en blaguant.

À son âge, rêveur moi itou : je serai « grand reporter » ou bien « émérite criminaliste » ? Chassé du Grasset (zéro en maths, lui, Gabriel, champion !), ce sera pour moi une modeste école de poterie. Je n’allais pas parcourir le monde. Mon pauvre Arthur Rimbaud, farouche renieur de sa poésie éternelle, tout nu en Abyssinie, offrant vainement ses articles et ses photos à des revues !

Dès 1960, « l’accident littérature ». Alors comment prévoir son avenir ? S’orienter à jamais ? Plein de filles et de garçons qui hésitent, angoissés. L’art ! Ouais ! « Danger », songe maman et papa en 2003 comme en 1950. Moi lâche, ne pas oser lui dire « la musique, mon gars, par les soirs et les week-ends ». Comme ce fut pour moi « le roman par les temps libres », bossant trois décennies en scénographe de télé, pour qu’Éliane, sa maman —à Gabriel-le-trompettiste— et Daniel, mon fils, son oncle, puissent ne manquer de rien. Courage Gabriel, courage ! Mission impossible pour ce papi-conseiller en vieillard… malgré tout optimiste. Oui, si Gabriel est passionné, la musique gagnera. De cela je suis certain, seulement de cela : la passion.

La vie, la vie vive, quoi !

Journal -4 Mars 2003

Vendredi 29 février, le téléphon. Ghislaine Paradis : « Reçue votre pemier-jet-projet, on a bien ri, Christine (Lamer) et moi. Bon votre synopsis intitulée « Deux folles ». Faut nous revoir pour en jaser ». Ma crainte. S’il fallait.. »oui » à ce téléroman ! Mes autres projets ? Le créateur —trop de fers au feu— emmêlé… aussi, ce si beau soleil en Laurentie depuis deux jours invitant au farniente. Sacrées compulsions scriptomanes ! Je voudrais ne plus rien faire quoi, retraiter de tout.

-Terminé cette vie de la célèbre « Duras » de Virconcelet. Hagiographe certes mais avec un style à scansion —il imite sa chère M.D.— très captivant. Me rendre compte que la Duras —elle aussi ?— ramène sans cesse son enfance. Et l’ « amant chinois », en Indochine. La grande Colette disait donc « vraie » : « L’enfance, une plaie qui ne se referme jamais ».

-Oh ! Trois lettres de mes sœurs : de Marielle (avec antiques photos, je m’ausculte à six mois, dans les bras de môman !) de Marcelle « l’épivardée » de la famille, de Nicole, la sage benjamine. J’ai donc plein de nouvelles de la famiglia. En suis fort heureux. Y répondrai.

Dimanche le 2 mars, j’ai mal. Le petit-fils David, devenu un géant au « Café de Vienne ». J’ai tant joué avec cet enfant de ma fille. Pourquoi mon malaise ? Il a 20 ans ! Moi, 20 ans, c’était il y a un demi-siècle. Je suis jaloux. Toute la vie devant lui. Je me sais au bout de mon rouleau. Si peu de temps devant moi. J’ai mal. « Le temps nous tue et on tue le temps », Jean Genet. Se retrouvé essoufflé d’un simple escalier, être aux portes du dernier « droit ». Peur. Mon David ne se méfie pas, il a confiance. Il dit : « Salut papi, ça va ? » et jette son sac bourré de manuels savants sur une table, décroche son baladeur, pique un beignet (de Vienne), brasse son capucino, zieute une jolie Noire. Je ne l’intéresse plus trop ? Il a raison. Je me suis sauvé après le lunch, David est ailleurs, dans sa jeunesse et moi, l’intrus, je retourne au quai du grand âge, la gare où j’ai mal.

Mercredi 4 mars, neige après neige martiennes, doux temps soudain. Jadis, rire auprès de mon examinateur d’intestins. Écran avec vertes images. Je dis : « Faites une cassette. À vendre aux archives : « les entrailles (bénies ?) d’un écrivain ». Aucune cote (crotte) d’écoute. Hier, je lis qu’un loustic quidam a minutieusement préparé ses funérailles. Bonne idée ? Le ferai : procession du marché Jean-Talon à l’église italienne de mon enfance, puis exposition du corps (glorieux ?) sur un radeau au milieu du lac Rond avec feux d’artifice. Je plaisante à peine. Réveil brusque : « Voir » veut vite un « papier-grande-gueule » sur ce Duplessis résurrection par l’ADQ. Ça va fesser, je m’y mets drette là. Dire que Michel Dumont (chez Duceppe), ces temps-ci, examine mon texte dramatique : « Le patriarche bleu, Duplessis » (Lanctôt éditeur ) et voudra peut-être le monter. Le montrer. Je touche du bois.

Confession d’un homme de gauche

Jasmin vient d’envoyer, pour les pages « DÉBATS DES INTELLECTUELS », au Devoir, ce texte inédit.
Il l’a AUSSI envoyé à « LA PRESSE de Des-Marais » JUSTE pour voir…

Texte publié le vendredi 7 mars dans le Devoir,

Sainte-Adèle, 1er mars 2003 – corrigé le 2 mars –

Confession d’un homme de gauche

Par Claude Jasmin (écrivain).

Quelle bêtise, quel masochisme, quelle folie que ce regroupement politique de gauchistes anti-péquistes ! Combien étions-nous, combien sommes-nous —écrivains, journalistes, professeurs, intellectuels, étudiants— les insatisfaits des actions péquistes à nous taire ? Nous fermions, nous fermons nos gueules. Retenue utile.

Nécessaire silence. Il n’y a qu’un parti bien organisé pour faire advenir une patrie. Un seul à défendre « la cause sacrée » de la nation québécoise. Nous attendions, nous attendons qu’elle se réalise. Ensuite viendra le temps utile pour des querelles, des chicanes idéologiques. Elles viendront et ce sera normal.

Jeune, j’ai milité —d’abord pour le NPD (souvent via le Rhinocéros anti-Ottawa), puis pour le RIN, pour ceux de Parti-Pris, pour le socialisme; ensuite pour le MSA de René Lévesque. S’amenait enfin un vrai parti indépendantiste, bien organisé. Il n’y en a pas deux.

Deux fois, voulant m’évader de « l’ivoire » écrivain, j’irai en terrain politique. En octobre 1970, aspirant-échevin pour le « FRAP » municipal d’une gauchiste « CSN » avec Cliche. Le FLQ, sans le vouloir, assomma net cet essai socialiste avec la furie hystérique des Drapeau, Saulnier, Côté et Marchand ! En 1994, aspirant député —dans un P.Q. à « dure ligne de parti »— anti-ghettos je fus assommé cette fois par la paranoïa israélite. Mal que je pardonne volontiers à un peuple que les fascistes —du monde entier— voulaient liquider.

Les idiots d’une gauche farouche.

Combien de fois, je le confesse, je fus tenté de frapper, de gronder sévèrement ? Pas par envie de semer la zizanie. Parce que, parfois, des orientations péquistes me donnaient envie de hurler. Nous étions nombreux à nous taire. De sincères illuminés l’ouvrirent, s’amenait donc une bande d’impatients excités et on a vu l’ennemi d’un Québec libre gagner aux urnes dans Mercier. Beau gâchis !

Bientôt, ce sera —il faut le craindre encore une fois— le même néfaste résultat des indépendantistes-gauchistes écervelés. Jeu de cons. Pauvres idiots d’une gauche-la-farouche ! Romantisme niais. Utile aux adversaires de notre patrie québécoise. Héroïsme de pacotille. Faire ce vain jeu du critique tous azimuts, des grands désappointés, c’est faire le jeu des fédéralistes. Les candides rêvasseurs de la girouette-Mario-Adq vous félicitent « le purs ». Les fédérats disciples charestiens vous approuvent. Ils vous enverraient des fonds électoraux si c’était permis, misérables pressés. Engeance extrêmement nuisible au seul important combat qu’il faut mener.

Sabotage.

D’où vient cet aveuglement ? Ce très flagrant manque de stratégie ? Ces tactiques loufoques favorisent l’adversaire féroce, à deux têtes désormais : Jean Charest et Mario Dumont. Par quel entêtement stupide ces gauchistes-indépendantises pousuivent-ils ce sabotage électoral, il n’y a pas d’autres mots ? En des temps pas si lointains, on imaginerait la RCMP infiltrer ces dynamiteurs, les encourager —activement et clandestinement— en ce combat suicidaire pour la patrie.

Est-il trop tard pour les supplier d’attendre encore un peu. Au moins jusqu’en 2005 ? Ou un peu plus ? Ohé, les nécessaires furieux ! La souveraineté faite, je joindrais volontiers les rangs des valeureux surveillants du pouvoir, nous avons l’habitude des oppositions, vrai et c’est la bonne place des intellos progressifs.

Je ne suis pas membre du Parti Québécois, je ne possède aucune carte de parti. Le seul « parti » à défendre est celui d’une patrie pour la nation québécoise. Les candides suiveurs des Paul Cliche et Cie sont-ils encore capables de réfléchir ? Vont-ils se réveiller ? Se sortir d’une torpeur dangereuse ? Prendre conscience au plus vite qu’ils feront l’odieux jeu de tous les « traîtres » à la patrie…à faire naître et dont nous serons fort capables, tous les libéraux de diverses teintes, d’en corriger les actuelles et futures orientations « tout-au-marché » conservatrices.

Quelle manque de confiance en notre avenir commun ? Quelle est cette sordide vitesse de coupe-jarrets de « la » cause ? Pourquoi ainsi, zélotes « clichiens », vouloir « court-circuiter » les nombreux militants d’un Québec libre? Ce « pétage de plombs », cet sordide urgence —empressement d’un gauchisme nuisible— pourrait retarder l’avènement du pays québécois, pourtant souhaité par eux comme par nous tous qui sommes confiants et capables d’attendre.

Après la seule victoire qui importe nous guetterons et combattrons les déviances, surveillerons les dérives, contrecarrerons les conservateurs… puisque, bien entendu, il y en partout, dans les troupes de Bernard Landry comme —davantage, ne l’oublions jamais — dans tous les autres partis.

Gauchistes masochistes ?
Oui, je confesse — et cela depuis la première victoire de 1976— mes silences, mes retenues —mon épée me démangeait comme celle de Cyrano. Je vante la patience de tant d’autres esprits critiques, je loue la saine retenue de tous ceux qui, comme moi, attendent d’abord la concrétisation d’un pays bien à nous. L’horrible jeu que ces impatients pathologiques —et, répétons-le, masochistes— mènent est de se faufiler (ou de diluer le vote indépendantiste, entre acharnés adversaires et vaillants défenseurs patriotes est un effroyable leurre. De l’auto-dynamitage.

Espérons qu’il n’est pas trop tard pour les voir se ressaisir et abandonner les errements fatidiques. Les élections québécoises —qui s’annoncent pour bientôt— sont un moment important, capitale. Les têtes de linotte ultra-gauchistes peuvent interrompre stupidement un cheminement crucial et qui se fait, bien entendu, dans l’inévitable tiraillement des tendances.

Personne ne peut nier qu’ il y aura, face au seul parti indépendantiste, les forces d’un jeune courant bourgeois égotiste (l’ADQ) et les vieilles forces du parti férocement anti-patriotes (le Parti Libéral).

À vouloir installer la (stratégiquement stupide) querelle la (absolument stérile) chicane des « gauchistes purs » et des « gauchistes lents » —tous indépendantistes, ce sera le tir dans le pied. Une bêtise incommensurablement déplorable. Plus grave, la mort —pour longtemps ?— des aspirations fondamentales de notre nation.

J’implore donc nos progressistes de ne pas nuire. S’ils s’entêtent en cet affrontent délétère —objectivement : contre « la cause sacrée— je prie les gauchistes lucides de ne pas laisser abuser, de ne pas les rallier. De les fuir. Insistons : ils favoriseront par leur conne étourderie de diviseurs du vote indépendantiste la victoire des Libéraux, ces rongeurs à tous les rateliers. Ou de l’ADQ, l’aplatie en torontoisie. Nos valables luttes —anciennes et actuelles— pour davantage de compassion humaine seront gravement retardées (Charest), voire catastrophiquement interrompues (Dumont et l’arriviste Bourque).

Réfléchissons bien, camarades progressistes, à quoi bon cette bataille fratricide ? Répondez en vos âmes et conscience : à qui va-t-elle profiter ? Écrivains, intellectuels, artistes, professeurs, étudiants, amis gauchistes du Québec, la réponse —claire— serait pire que néfaste.